ÉTAT STATIONNAIRE
Une blennorrhagie non traitée ou mal traitée ne se termine que très-rarement par résolution. Peu à peu, elle passe à un état dont les caractères sont : qu'elle est plus ou moins indolente ; ne donne lieu qu'à une sécrétion très-faible comparativement à celle de l'état aigu ; n'est presque plus sensible à l'action curative du copahu et du cubèbe ; enfin, n'a aucune tendance à cesser spontanément ^
Mais cet état, bien connu, trop connu sous le nom de blennorrhée, suintement, goutte militaire, n'est rien moins qu'une individualité morbide. Il serait aussi contraire à l'observation que nuisible à la pratique de la décrire en bloc, comme une affection toujours identique à elle-même; car, naturellement, il doit offrir une foule de variétés en rapport avec la période où on l'observe, en rapport aussi avec les antécédents, les tendances physiologiques et les prédispositions constitutionnelles du malade. En fait, des quatre caractères que j'ai assignés ci-dessus à lablennorrhée, l'un ou l'autre peuvent manquer, manquent chez quelques malades ; et ceux qui existent se combinent de telle manière, offrent de telles différences d'intensité, et ces différences dictent si impérieusement au médecin la conduite à tenir que, de toute nécessité comme de toute évidence, il y a lieu, ici, de distinguer largement et profondément ; car, parmi les clients, la tendance opposée, la propension à généraliser et à confondre est aussi enracinée qu'elle est répandue. Ainsi :
* Cette propension à persister à un degré atténué n'est pas exclusivement propre à la blennorrhagie. D'autres maladies en offrent l'exemple; telles que l'intoxication paludéenne, certaines ophthalmies, l'ovarite, la phlegmosia alba dolens, un grand nombre d'engorgements ganglionnaires, d'angines, de catarrhes bronchiques, etc.
5i BLENNORRHAGIE.
A. Au troisième ou quatrième mois de sablennorrhagie, un homme reste avec uu écoulement n'apparaissant , sous forme de gouttelette blanche ou jaune, que s'il est resté trois ou quatre heures sans uriner; il éprouve un peu de sensibilité durant la miction et l'érection ; le méat n'est que frèspeu rouge. Mais, un voyage, deux nuits sans sommeil, quelques excès de table, la bière, le coït causent une légère et passagère augmentation de douleur et d' écoulement (lequel de mucoso-purulent qu'il était, redevient alors purulent) ; et si, au moment de cette exacerbation, il voit une femme, il peut lui transmettre une hlennorrhagie. — Cet homme dira qu'il a une blennorrhée, une goutte, un suintement; et son médecin ne le démentira pas.
B. Chez un second sujet, la sécrétion ne se rassemble en quantité perceptible qu'après un long repos et un long intervalle à partir de la dernière miction (c'est-à-dire elle n'apparaît gz^c le matin) ; elle est d'un blanc laiteux, ou d'un blanc opalin, jamais jaune ; parfois elle ne fait que coller les lèvres du méat, ou ne se remarque que sous forme de filaments blancs en suspension dans les premières gouttes d'urine ; aucune tuméfaction ne l'accompagne, non plus qu'aucune douleur, à part quelques légers frémissements ou chatouillements, naissant spontanément et ayant la durée d'un éclair; les écarts de régime, le coït, même répété, n exercent pas une influence bien appréciable sur l'acuité des symptômes qui accompagnent cet état. — Pour le malade, comme pour le médecin, c'est encore là une blennorrhée, une goutte^ un suintement.
C. Passons au troisième. Chez celui-ci, vous avez beau, même le matin, même après 8 ou 10 heures passées sans uriner, presser l'urèthre de par delà le bulbe jusqu'au méat, jamais vous n'amènerez ni pus, ni muco-pus, mais seulement une gouttelette d'un liquide transparent qui file entre les doigts « 4 ozi 5 centimètres. — Quoiqu'il n'ait plus, et parfois
quoiqu'il n'ait jamais eu ni douleur, ni inllammation à aucun degré ni d'aucune sorte, celui-ci encore se dira — et je ne jurerais point qu'il ne trouve un médecin prêt à lui donner raison — se dira affecté de hlennorrhée, de goutte, de suintement.
Cette confusion est aussi préjudiciable qu'irrationnelle. C'est en son nom que l'on administre sans motifs, sans choix, au hasard, les mêmes remèdes contre trois états qui n'ont, cliniquement, d'autre caractère commun que d'avoir succédé à la blennorrhagie. Et c'est, sur les mécomptes trop aisés à prévoir d'une pareille thérapeutique que s'est fondé le préjugé de l'incurabilité du suintement uréthral !
Quant à moi, quand je constate le groupe de symptômes A, je dis qu'il y a blennorrhagie chronique. Je réserve au groupe B le nom de blennorrhée. Enfin, j'appelle suintement m,uqueux le groupe C.
Bien discerner auquel de ces trois états on a affaire n'est certes pas chose toujours facile ; mais pour le praticien c'est la première condition à remplir, car c'est la condition sine quâ non du succès. Qu'il interroge donc soigneusement, et surtout qu'il examine directement. Le traitement jjar correspondance de la blennorrhée est une utopie.
Mais, ici, voir le malade ne suffît point : il faut tenir le corps du délit, c'est à dire le produit de la sécrétion morbide : Il faut voir la goutte. Ce n'est qu'après l'avoir examinée, après avoir jugé de son abondance, de sa couleur, de sa consistance qu'on peut apprécier sa curabilité, ses dangers ou son innocuité ; dire si, oui ou non, telle qu'elle est, le mal dont elle est l'indice met obstacle à un mariage; poser enfin l'indication rationnelle d'un traitement efficace.
Eh bien ! les clients ne se doutent point, mais point du tout, de cette nécessité. Quand ils vous ont dit qu'ils ont une goutte tous les matins, quand ils ont ajouté, comme pour vous faire reste de droit, que cette goutte est blanche, ils ne comprennent
55 BLE>'NORRHAGIE.
pas que vous souhaitiez quelque chose de plus et que vous différiez de prescrire jusqu'à ce qu'ils vous aient mis à même de voir. Demandez-leur seulement ce qu'ils entendent par goutte blanche, si c'est de blanc comme du lait, ou blanc comme du blanc d'œuf, qu'ils veulent parler?... Et leur ébahissement vous prouvera que, pour la plupart du moins, ils sont hors d'état de vous éclairer même sur ce détail si simple et si essentiel.
Après une exploration soigneuse et directe — répétée au besoin — qu'on éclaire, s'il est possible, en observant si certaines causes excitantes produisent ou ne produisent pas de changement dans les symptômes, et, dans le premier cas, quel est ce changement, si, par exemple, l'exacerbation résultant du coït est passagère ou durable \ le médecin a de quoi s'édifier sur la nature du mal. Et s'il ne peut pas toujours classer franchement le cas dans l'une des trois catégories que je viens d'établir, il sait au moins de laquelle il se rapproche le plus, s'il appartient à la blennorrhagie chronique, à la blennorrhée proprement dite ou au suintement muqueux. — Examinons maintenant les moyens de traitement qui sont plus spécialement en rapport avec chacune de ces catégories.
* Il arrive souvent qu'un malade, affecté de goutte, se présente quatre ou cinq jours après un coït, offrant alors une exaspération de l'état uréthral. Estelle une simple irritation, effet du fonctionnement des organes? Y a-t-il eu, au contraire, une contagion nouvelle?... Problème important, parce que la conduite à suivre est toute différente dans l'un et l'autre cas; mais problème difficile, parce que, justement au cinquième jour, une blennorrhagie nouvelle n'a pas encore acquis le degré d'intensité qui empêche de la confondre avec une blennorrhée surexcitée.
Le client, bien entendu, incline vers la première solution et affirme que la femme qu'il a vue n'a jias pu lui donner de mal. Quant au médecin, il n'a, pour démêler ce qu'il en est. qu'à adresser une question, à demander si l'exaspération observée a commencé dès le lendemain du coït ou seulement deux ou trois jours après. Dans le premier cas, il n'y a pas eu incubation, donc ce n'est qu'une simple surexcitation ; dans le deuxième, il y a eu incubation et, par conséquent, il s'an;it d'une nouvelle blennorrhagie contractée.
PÉRIODE CHROiSIQUE. 37
A. — Blennorrhagïe chronique.
Son caractère clinique est de pouvoir, sous V influence des causes excitantes, repasser momentanément à Vétat subaigu .
Chez la plupart des malades appartenant à cette classé, il subsiste encore un peu d'acuité. Et ce 7'este d'acuité, il importe d'en bien préciser le degré, car, selon les cas, c'est ou une ressource ou un obstacle ; on peut l'utiliser ou il faut le combattre. Je m'explique :
Le copahu, on le sait, n'a plus d'action contre un écoule- | ment tout à fait indolent^ mais il en a encore contre celui | gui garde quelque purulence. Par conséquent, si, au moment { où le blennorrbagien chronique se présente à vous, il n'a pas pris de copahu depuis un certain temps, depuis six semaines au moins, vous pouvez compter, chez lui, sur l'efficacité de ce remède. Mais il convient alors de le donner à doses faibles et soutenues, de manière à user la maladie ; et il convient aussi de l'associer à une injection astringente. Ainsi je formule dans cette intention.
N" 8. — « Prendre, trois fois par jour, 4 des pilules suivantes :
Baume de copahu 12 grammes.
Pour f. s. a. avec magnésie q. s. des pilules de 2 décigraiumes.
« Les continuer pendant quinze jours; puis pendant 8 jours
encore, en prendre 5 le matin et 5 le soir.
« En même temps faire trois injections par jour avec^ :
Eau distillée 250 grammes.
Sulfate de zinc 1 »
Acétate de plomb . 2 »
Laudanum de Sydenham ' - 'z
Teinture de cachou i ^'^
* Baumes a donné, pendant 6 jours, 64 capsules de copahu, par jour, à un homme de 22 ans, affecté de suintement, sans que l'écoulement ait été modifié en rien par cette dose exceptionnelle.
^ C'est la formule justement populaire deRicord; c'est la meilleure des injec-
« Lotions froides sur le périnée, les bourses et le bas-ventre, matin et soir. »
Au lieu de persister aussi longtemps dans l'emploi d'une préparation unique, on se trouvera bien, chez les sujets qui ont déjà été saturés de copahu durant la période aiguë, de demander le succès à la variété du remède. Je m'y prends alors ainsi :
N° 9. — « Boire, le matin, une cuillerée à café de:
Potion de Chopart.
« Au milieu du jour, avaler quatre des pilules ci-dessus. (Voy. n° 8).
« En se couchant, boire un verre d'eau sucrée, où l'on aura délayé 2 grammes de poivre cubèbe récemment pulvérisé.
« Le reste, ut supra. »
Le lavement de copahu, remède fort peu efficace d'ailleurs, peut aussi répondre à cette indication de médication atténuée dont il est un digne auxiliaire. J'en dirai autant des capsules de copahu, introduites tous les soirs, au nombre de 5 ou 4, dans le fondement.
Mais il peut se rencontrer, je l'ai dit plus haut, des conditions tout opposées : le malade se présente avec un reste d'acuité, il est vrai ; mais cette acuité n'est pas portée au degré où le copahu a de l'influence sur elle ; ou bien le mal vient justement de résister à l'emploi du copahu tenté selon les règles précédentes. Que faire?
Pour dompter cette inflammation insignifiante mais tenace, les boissons délayantes, les bains, le régime ont quelque pouvoir sans doute. Mais, à cette période, il y a surtout à compter sur les révulsifs ; et les plus rapprochés de la région malade sont les meilleurs. J'ai depuis longtemps renoncé aux
tions astringentes ; elle remplace avec avantage les produits variés de l'imagination, si fertile cependant, de tous les inventeurs qui, au nom de leur composé spécial, promettent la guérison en trois ou quatre jours, ou même instantanée, . pour peu que vous le désiriez.
PERIODE CHROiSIQUE. 39
exutoires sur les cuisses ou les lombes, pour m'en tenir aux rubéfiants ou vésicants appliqués sur l'urèthre même. Souvent, je fais pratiquer là (principalement au niveau du bulbe et de la fosse naviculaire, sièges où le plus ordinairement l'inflammation se cantonne), une friction, tous les matins, avec la teinture d'iode, en recommandant de cesser ces frictions dès qu'elles ont un peu irrité la peau, pour les recommencer ensuite. On peut aussi faire une application de chloroforme sur les follicules engorgés qui quelquefois se dessinent, qu'on sent dans l'épaisseur de la paroi uréthrale.
Mais le plus efficace de ces topiques, celui qui parfois guérit et toujours prépare la guérison est celui que j'ordonne en ces termes :
N° 9 . — « Appliquez sous la verge un vésicatoire de 7 centimètres de longueur, sur 2 de largenr. Fixez-le avec une bande ; et ôtez-le au bout de cinq heures environ.
« Après l'avoir ôté, percez les ampoules, enlevez avec de l'huile d'olive les parcelles adhérentes ; puis pansez avec un linge enduit de cérat.
« Ce pansement devra être continué, deux fois par jour, jusqu'à guérison de la plaie. »
Cette guérison a lieu en 8 jours, au maximum ; mais dès le deuxième, le malade peut marcher sans gêne et reprendre ses occupations ordinaires. Le vésicatoire sous-uréthral a un avantage indirect mais précieux : c'est, chez quelques malades^ le seul moyen d'obtenir une continence réelle. — Dans certains cas, les mêmes injections, qui jusque là avaient été impuissantes, réussissent quand on les recommence après le vésicatoire.
Les diverses médications précédentes peuvent guérir la blennorrhagie chronique ; mais, dans d'autres cas, elles ne réussissent, en la dépouillant de tout élément, de toute tendance phlegmasique, qu'à la faire passer à l'état de blennorrliée.
40 BLE>'>'ORRIIAGIE.
B. — Blennorrhée proprement dite.
Son caractère clinique est de pouvoir , sous V influence des causes excitantes , repasser momentanément à F état contagieux.
Interminable et désolante incommodité, désolante, d'ailleurs, pour le médecin non moins que pour le malade, §lle a justement inspiré le mot de Ricord à ses auditeurs : « Si je dois aller en enfer. Messieurs, je sais le supplice qui m'attend : c'est de me voir entouré de blennorrhéens m'obsédant de leurs lamentations, de leurs instances, de leur geste significatif, pour obtenir guérison. »
Il est à peme un blennorrhéen qui, dès la porte, ne vous dise : « Monsieur, je viens vous consulter pour une vieille goutte ; mais je vous préviens que j'ai déjà fait tout ce qu'on peut faire. » N'acceptez cette déclaration que sous bénélice d'inventaire ; et avant de chercher autre chose, assurez-vous si tout ce qu on peut faire a été bien fait, c'est-à-dire :
Si les remèdes ont été exécutés exactement et pendant un temps suffisant ;
S'ils ont été secondés par un régime convenable, et notamment par les privations spéciales indispensables en pareil cas;
Si, par exemple, tout en ayant renoncé au coït, le malade n'a pas conservé, en forme de dédommagement, l'habitude de certaines privautés , de certaines cohabitations semi-platoniques qui congestionnent les organes autant et plus que ne le ferait un fonctionnement régulier, espacé à intervalles physiologiques.
Dans la blennorrhée, les injections sont, sinon le remède souverain, du moins le premier remède à employer; et presque toujours il y en a déjà eu de faites, et faites sans succès. Avant d'en prescrire de nouvelles, vérifiez d'abord comment les premières ont été exécutées. Priez donc le client d'en faire une devant vous, avec de l'eau, et souvent vous serez étonné
PÉRIODE CHROMQUE. 44
de son inexpérience. Plusieurs n'en font pénétrer dans l'urèthre que quelques gouttes, et n'en redisent pas moins qu'ils ont fait tout ce quon peut faire. N'hésitez pas alors à leur donner une leçon. Mais parfois leur maladresse dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Je me rappelle un brave homme de cinquante ans, qui, malgré un quart d'heure de patient enseignement, ne put jamais venir à bout de s'en tirer à ma satisfaction, et dut aller prendre un abonnement de douze cachets chez mon interne d'alors, qui voulut bien se charger de faire lui-même l'opération.
Voici le manuel de l'injection uréthrale, tel que le malade doit l'exécuter : Etant debout, ou assis sur le bras d'un fauteuil, la verge tenue élevée, saisir la seringue .par le haut de son corps, entre le pouce et le médius droits, l'index placé sur le bouton ou dans l'anneau du piston; en introduire le bec à 10 ou 12 millimètres dans le méat, dont on pince le bord avec le pouce et l'index gauche, en tirant ce bord de côté, de manière à ce qu'il coiffe le bec de la seringue, pour empêcher le liquide de refluer à mesure qu'on l'injecte. Pousser alors le piston, de façon à vider en deux ou trois secondes le contenu de la seringue ; puis, en la retirant, pincer solidement le méat entre le bout de l'index et du médius droits ; attendre une minute dans cette situation; enfin refouler le liquide en arrière, en pressant la verge, de haut en bas, entre les deux doigts de la main droite, puis entre les deux doigts de la main gauche alternativement et successivement portés les uns derrière les autres, depuis le méat jusqu'au devant des bourses, par un mouvement analogue à celui d'un homme qui monte une échelle en en saisissant alternativement de chaque main les échelons l'un après l'autre.
Recommandez, en outre, de préférence, la seringue en verre, mais en avertissant qu'il faut soi-même regarnir le piston avec du coton, bien peu de pharmaciens livrant cet instrument en état de servir.
42 BLElNNORRHAGIE.
Ne reste-t-il plus alors qu'à formuler l'injection ? Non : vous la prescririez en vain si vous n'avez pas d'abord répondu à cette objection stéréotypée sur toutes les lèvres : « Je ne veux pas faire d'injections parce qu'elles amènent des rétrécissements ! » Je dissipe ces craintes en expliquant que toute injection astringente diminue, en effet, le jet d'urine, mais que cette réduction, toujours momentanée, et d'ailleurs prévue, du calibre de l'urèthre, n'a rien de commun avec les désosganisations de tissu qui constituent les rétrécissements véritables. Je demande si la production de ces derniers ne s'explique pas plus naturellement par l'inflammation chronique qui constitue la blennorrhée que par les injections qui ont pour but de la guérir? Je fais observer que les injections pénètrent rarement au-delà du bulbe, tandis que, au contraire, les rétrécissements ont leur siège habituel en arrière de ce point (Voir la fable du Loup et V Agneau): J'ajoute enfin, — mais cet argument n'est pas, heureusement pour eux, à l'usage de tous mes confrères, — que je me suis certainement fait, durant ma jeunesse, au moins 500 injections (dont une vingtaine au nitrate d'argent, sur lesquelles quatre ou cinq au -^) et que je suis arrivé à soixante-trois ans, sans le moindre rétrécissement.
Ces préliminaires réglés, quelles injections faut-il ordonner?
A moins que le malade ne les ait déjà faites, je commence presque toujours par l'injection de Ricord (voir ci-dessus, n" 8), continuée douze ou quinze jours, faite trois fois par jour, gardée cinq minutes, avec l'utile précaution de n'uriner que trois ou 4 heures après l'avoir laissé sortir.
Mais cette injection, — et tant d'autres analogues, que je pourrais citer, avec l'alun j^, le perchlorure de fer (6 gouttes sur 100 grammes d'eau), le tahnate de zinc, y|^, le sulfate de cuivre -^, l'alcoolature de guaco (une partie sur 8 ou 10 d'eau), l'eau distillée de copahu, le chlorure de zinc, le chlorure d'or, — ces injections, dis-je, ont beaucoup plus de
chances de réussir, si on les combine de façon à lutter contre l'accoutumance, qui finit par atténuer ou annihiler leur action. J'atteins ce but par l'une ou l'autre des prescriptions suivantes :
]N° 10. — « Faire trois injections par jour avec une cuillerée du mélange suivant :
' Sulfate de zinc. . 1 - i
m • ( aa 1 »
lannin 1
« Après chaque injection, verser dans le flacon qui contient la solution précédente une cuillerée du mélange suivant :
Eau distillée 100 grammes.
Sulfate de zinc I ^ ^^
m ■ . aa !2 »
iannm '
« Cesser ces injections dès qu'elles viendraient à produire une irritation un peu trop vive. »
Dans ce même ordre de moyens, je recommande la combinaison suivante, assez bizarre, mais qui m'a donné de bons résultats :
N" 11. — « Faire trois injections par jour.
« Celle du matin, avec :
Eau distillée 100 grammes.
Vin aromatique 30 o
« Celle du milieu du jour, avec :
Eau distillée 100 grammes.
Liqueur de Van Swieten 20 »
« Celle du soir, avec un mélange d'une partie d'encre ordinaire sur cinq parties d'eau.
« Si l'un de ces liquides cause une cuisson trop vive, l'affaiblir par l'addition d'eau. »
44 BLENWORRHAGIE.
Je copie encore ici, par reconnaissance, une ordonnance qui m'a valu quelques succès :
« N° 12. — User, pendant quinze jours, des trois liquides ci-dessous, en en changeant tous les deux jours :
a. Eau distillée 100 grammes.
Liqueur de Vàn Swieten 25 »
h. Eau de roses 120 grammes. '
Sulfate de zinc j .
lannm )
c. Eau distillée 120 grammes.
Acétate de plomb i ^ j t j ■ •
, , o 1 1 aa 15 decigrammes.
Laudammi de bydenham )
« Faire deux injections par jour. »
Tels sont les agents principaux de la médication astringente. Elle suffit ordinairemenl pour les cas où la maladie ne date que de quelques mois et dénote par de sensibles variations dans son intensité, selon les conditions météorologiques et hygiéniques, qu'elle n'a pas encore complètement pris racine dans l'organisme.
Mais lorsqu'il en est autrement, lorsqu'on a affaire à ces blennorrhées de deux, quatre, huit ou dix ans, absolument indolentes et immuables, il faut changer de système; il faut mettre en œuvre, et souvent ce n'est pas trop de tous ses agents, la médication substitutive.
Nous l'avons déjà vue à l'œuvre comme moyen abortif. Mais ici on ne peut plus espérer de vaincre par un heureux coup de main. Pour modifier le processus établi de longue date, il faut une influence thérapeutique qui lui soit, en quelque sorte, adéquate par la lenteur de son action. N'espérez donc rien d'une injection violente ; c'est à une série méthodiquement combinée d'effets substitutifs qu'on doit s'adresser pour avoir raison de ces hypercrinies tenaces, qui semblent être devenues plus qu'une habitude, presqu'une fonction de l'organisme.
Le nitrate d'argent est le premier des agents substitutifs. Avec lui, on a des effets définis, prévus, une inflammation graduable à volonté, mais toujours franche, invariablement inoffensive, et aboutissant à la résolution complète du processus sécrétoire. Je L'emploie de deux manières :
a. A doses faibles mais continues, comme il suit : N° 13. — « Faire, matin et soir, une injection de :
Eau distillée 150 grammes.
Nitrate d'argent 5 centigrammes.
« A continuer huit jours. »
b. A doses plus fortes, mais espacées.
N° 14. — « Faire, toutes les trente-six heures environ \ une injection de :
Eau distillée 70 grammes.
Nitrate d'argent 1 décigramme.
« En faire cinq. »
Mais sur les caustiques faibles, V accoutumance exerce son fâcheux effet comme sur les astringents. Il est rare que les troisième et quatrième injections provoquent sur la muqueuse uréthrale le même degré d'irritation que la deuxième, et surtout que la première. Or, cette irritation étant la condition d'efficacité de ces injections, il faut s'arranger de façon à l'obtenir pendant toute la durée du traitement. Voici, quand la blennhorrée a résisté, comment, pour neutraliser l'effet de l'habitude, je modifie les procédés ci-dessus, a et b.
c. N" 15. — « Faire deux injections par jour avec plein une cuillerée à bouche d'eau distillée, dans laquelle on versera d'abord deux gouttes de la solution suivante :
Eau distillée "20 grammes.
Nitrate d'argent 4 décigrammes.
* Le mot environ signifie que l'injection suivante doit être faite aussitôt que l'effet irritant de l'injection précédente (augmentation et épaississement de l'écoulement, douleui' durant la miction et l'érection) est fini.
« Augmenter tous les jours de deux gouttes la quantité de la solution, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à produire une irritation assez forte. Alors, cesser les injections.
« Si, huit jours après les avoir cessées, il y a encore de l'écoulement, les recommencer, mais en allant, cette fois, jusqu'à un plus grand nombre de gouttes, de manière à obtenir une irritation plus vive que la première fois. »
rf. N° 16. — « Faire quatre injections (une toutes les trente-six heures) -successivement avec les solutions suivantes :