‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 21 sur 58 · QUATRIÈME VISITE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME VISITE

La que^tlon de nourrice

Ah docteur Didcnj , à Lijon.

« Au secours, docteur, je vous en prie! Voici ce qui m'arrive :

« Ma femme n'a pas eu de mal pendant sa grossesse ni depuis l'accouchement, qui date, aujourd'hui de trois mois.

« Quant à l'enfant, le plan de conduite que vous me traçâtes était excellent; mais il nécessitait ma présence continuelle. Et, par malheur, je suis quelquefois appelé subitement à Paris.

« Tout marchait donc à souhait lorsque, au quinzième jour, profitant d'une de mes absences, ma belle-mère, — la peste étouffe les meilleures ! — ma belle-mère, qui n'avait jamais vu de bon œil sa fille allaiter, fit sa petite révolution. Invoquant la santé du marmot qui, selon elle, dépérissait, elle l'envoya en nourrice.

« Aujourd'hui, ce que vous aviez prévu arrive. L'enfanta eu des boutons; la nourrice a du mal; elle l'a, dit-elle, communiqué à son mari, et je suis menacé de recevoir du papier timbré !

« Ce n'est pas tout, docteur. Circonvenu par ma belle-mère, le médecin accoucheur, non-seulement a conseillé de mettre l'enfant en nourrice, mais s'est chargé d'en trouver une. Il croyait pouvoir le faire en toute assurance ; car moi, ne voyant jusqu'ici de mal ni à ma femme ni à mon enfant, j'avais jugé inutile de lui faire une confession toujours pénible. — La

nourrice, qu'il a nou-seulcment autorisée mais invitée à prendre mon enfant, le rend responsable et menace de l'appeler subsidiairement en garantie pour le payement des dommagesintérêts qu'elle va réclamer. Et lui, ne nous trouvant malades ni moi, ni ma femme, incline à croire que le mal a été non pas communiqué à la nourrice, mais communiqué par la nourrice.

a Mon avoué me confirme dans cette pensée. Aussi, une consultation entre trois médecins d'ici a-t-elle déclaré que « nous ne présentions, ma femme ni moi, aucun symptôme, « aucune trace de syphilis. » Muni de cette pièce, fort du soupçon que fait peser sur la nourrice la maladie coexistante de son mari, notre avoué veut aller de l'avant, et parle d'introduire , en mon nom , une demande reconventionnclle ; attitude qui, d'après lui, sauverait tout.

« Un seul point l'arrête, — et c'est ici que vous pouvez me tirer d'embarras, docteur. Il s'agit de prouver non pas tant, vous le comprenez, ma santé actuelle que ma santé passée. — Or, on sait que j'ai habité Lyon ces deux dernières années; et, comme je n'ai pas laissé ignorer nos bonnes relations, vous vous trouvez naturellement désigné pour être mon garant en cette circonstance.

« Envoyez-moi donc, cher docteur, un petit bout de certificat, rédigé à votre gré, comme vous savez si bien le faire. C'est un acte de simple obligeance, et qui ne vous compromettra en rien, car, je vous le répète, grâce à vos bons soins, je suis maintenant exempt de symptômes; et s'il m'en revenait, je vous promets de ne pas vous exposer, en me laissant examiner dans ce moment-là, à recevoir un démenti. Il n'y aura peut-être pas même besoin, dit mon avoué, de montrer ce certificat. La nourrice et son mari sont aussi ignorants des affaires qu'on le puisse souhaiter. En prenant vis-à-vis d'eux l'offensive, on en aura facilement raison; et si je vous importune de cette demande, ce n'est qu'afin de me sentir en

règle pour tous les cas. Rien ne doit donc vous empêcher de me rendre ce service dont je vous serai éternellement reconnaissant ; car vous devinez ma situation entre ma femme, ma belle-mère et le docteur, auxquels j'ai dû affirmer mon innocence. On y croit jusqu'ici : mais un bon répondant n'est pas de trop, et je compte sur vous.

« Je connais toute la délicatesse de votre conscience, cher docteur, mais n'ayez aucun scrupule. Je m'engage, sur l'honneur, une fois l'affaire étouffée, à faire, par-dessous main, lara^cment indemniser la nourrice.

« Votre bien reconnaissant

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