‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 23 sur 58 · SIXIÈME VISITE · texte numérisé non relu

SIXIÈME VISITE

lie SjîenBiorrhagien esi vacasBces.

— Monsieur, vous savez bien? c'est moi qui suis cet étudiant en médecine, que vous soignez pour une blennorrhagie, depuis près de six semaines. Yous m'aviez dit, vous vous en souvenez, qu'elle serait mûre au bout d'un mois?

— D'un mois environ, mon ami ! en pareil cas, je dis toujours environ. Eh bien?

— Eh bien ! monsieur, voici dans quinze jours les vacances de Pâques. Je viens vous prier de me la couper; car vous comprenez combien il me serait désagréable d'avoir à faire des remèdes pendant que je serai chez mes parents.

— D'accord; mais explorons, avant tout. Hum!... Yoilà encore un peu de rougeur du méat ; puis, ici, sur le coin de la chemise, une tache jaune assez épaisse. — Souffrez-vous durant l'érection ?

— Si je souffre!... (se reprenant) oh, c'est-à-dire, presque plus, monsieur.

— Bon, j'ai compris. Comme tous les clients, mon futur confrère, vous voulez me forcer un peu la main. Mais je lis à travers vos réticences; et votre blennorrhagie est tout juste mûre, si tant est qu'elle le soit.

— Eh bien î monsieur, je vous en prie, essayons ! oh! vous pouvez compter sur ma docilité et mon exactitude.

— Je n'en doute pas, mon ami; car je me rappelle personnellement ce que tolère de cubèbc l'estomac d'un étudiant de vingt ans. Et vous ne doutez pas non plus, je l'espère, de mon désir de vous obliger. Mais où est, actuellement, votre intérêt véritable? C'est ce qu'il faut examiner. « Essayons, » m'avezvous dit? — Faisons mieux, raisonnons :

Votre blennorrhagie est à peine mûre. Si, dès à présent, vous prenez des spécifiques, tout ce qu'on peut espérer d'eux c'est qu'ils auront, dans douze jours, l'ait cesser l'écoulement. Mais ce résultat aura été trop difficilement obtenu pour n'avoir pas impérieusement besoin, si l'on veut le maintenir, d'être secondé par un régime sévère, des abstentions assujettissantes, et par des injections astringentes répétées très-régulièrement trois fois par jour.

— Mais, monsieur, je vous l'ai dit : rien ne me coûtera pour guérir. Ma mère ne manque jamais de visiter mon linge ; et j'aurais trop à rougir...

— Qu'elle le trouvât jaune, j'entends. — Mais, malheureux enfant, est-ce que le premier chiffon venu porté en travers du méat et retenu par le prépuce, ou un mouchoir plié en quatre et piqué par deux épingles en dedans de la chemise, ou le classique chausson, ne vous mettront pas en règle vis-

à-vis de la surveillance maternelle ? Et songez, par contre, au revers de la médaille. Votre situation est bien un peu celle de l'enfant prodigue, n'est-il pas vrai ? Eh bien ! l'on vous attend pour tuer le veau gras. Mais n'en doutez point, on vous attend surtout pour observer comment vous allez l'arroser. Toutes les invitations qui accueillent un étudiant au retour ne sont pas purement amicales. Dans la moitié au moins d'entre elles, flairez une éprouvette. Si papa fait volontiers sauter, au dessert, un bouchon de Champagne ; si vos oncles se relaient pour vous offrir bocks, vermouth et bitter ; si tante Eudoxie insiste plus que d'habitude pour qu'on vienne goûter son Saint-Péray, c'est que ces gens-là, voyez-vous, ont lu un chapitre de Ricord, et qu'ils vous appliquent, à table, le vieux proverbe : « Dis-moi ce que tu refuses, et je te dirai... »

— Oui, je vois bien, monsieur, que j'aurais beaucoup de peine à suivre, chez moi, le régime et surtout le traitement consécutif que vous dites nécessaire. Mais ne pourrait-on pas couper dès à présent, sauf à ne commencer les injections que lorsque je serai revenu de vacances ?

— Hélas ! mon pauvre ami, ce ne serait pas à commencer: ce serait tout à recommencer. L'écoulement, momentanément dompté par le copahu, reparaîtrait pendant votre absence ; et quand vous reviendriez à Lyon, votre constitution venant de subir récemment l'effet du médicament, celui-ci n'aurait plus ou presque plus de pouvoir sur le mal, et il faudrait de nouveau temporiser et fort longtemps, pour vous refaire une impressionnabilité à son action curative, puis ensuite reprendre tout le tiaitement. Faites le compte, voyez le total et prononcez.

— Ouel parti y a-t-il donc à prendre, nionsieur?

— Le plus simple et à la fois le meilleur. Pour le moment, vous le voyez, nous sommes dans de détestables conditions pour tenter de couper votre écoulement; car, comme il n'est que presque rnwr, il faudrait, pour avoir quelques chances do

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réussir, un traitement et un régime que les circonstances vous rendent à peu près impossible de suivre avec l'exactitude et pendant le temps nécessaires.

Changeons donc de plan. Au lieu d'un essai immédiat, fatalement condamné à échouer, employez, jusqu'après vos vacances, le temps à couler. Tout ainsi devient facile. D'abord le traitement à suivre chez vous sera des plus simples, puisqu'il consistera uniquement à boire trois ou quatre verres d'eau par jour; et, quant au régime, autant il importé de soutenir par de rigoureuses abstentions l'effort médicateur qu'on tente par les spécifiques, autant il est indifférent de commettre quelques infractions durant la période où on laisse couler. Dans ce dernier cas, les imprudences commises ne coûtent que quelques jours de retard; tandis que, dans le premier, elles compromettent un résultat qu'on ne peut pas de longtemps, lorsqu'il a été manqué d'abord, essayer de produire une seconde fois.

Conclusion : en agissant ainsi, mon ami, vous épargnez votre estomac ; vous ménagez plus sûrement votre réputation ; vous ne perdez pas même de temps, et enfin vous aurez une guérison radicale, au lieu de la goutte, conséquence presque inévitable du traitement intempestivement hâtif que, faute d'y avoir bien réfléchi, vous me pressiez de vous ordonner.

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Je m'étais toujours promis de faire, sur ce sujet, une conférence publique, complément indispensable, ce me semble, d'une bonne éducation. Dès son adolescence, le jeune homme, poussé par un instinct irrésistible, explore, étudie, interroge l'appareil générateur. Mais les organes et les fonctions de cet appareil sont pour lui autant d'inconnues sur lesquelles il n'ose aller nulle part solliciter un éclaircissement. Aussi se forge-t-il mille chimères, et ordinairement plus inquiétantes

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les unes que les autres. Tout lui est mystère ; aussi tout lui devient terreur. Une conformation naturelle, une sécrétion entièrement physiologique prennent, à ses yeux, le caractère de maladies. Ces clients bien portants peuplent nos cabinets, lorsque, après des mois, des années d'hésitations, d'angoisses, d'insomnie, il se décident enfin à y venir frapper. Ecoutons-les quelques instants :

1" — Monsieur, je crois que j'ai un chancre.

— Ça? mais c'est un fragment de matière sébacée. 2° — Pour sûr, j'ai des végétations.

— Où donc?

— Là, voyez, tout autour de la calotte.

— Mais c'est la série des papilSes nerveuses qui, normalement, hérissent la base du gland.

5" — Monsieur, je viens vous consulter pour des pertes de semence .

— Quand viennent-elles? le jour ou la nuit?

— Le jour, monsieur. Oh! je suis bien malade, allez ! j'ai des pertes à chaque instant. Il me suffit d'approcher une femme...

— Chut 1 asseyez-vous là, mon jeune ami, et veuillez m'écouter.

Il sort par l'urèthre trois espèces de matières : 1" le sperme; ce qui arrive soit quand on voit une femme, soit quelquefois en dormant, mais alors ordinairement en rêvant à une femme; dans ce cas, on a senti une jouissance ; et, quand on s'éveille on se trouve mouillé d'un liquide abondant ayant une odeur et formant sur le linge des taches de couleur toute particulière ; 2° le liquide de la prostate ; celui-ci d'aspect et de consistance assez semblables au sperme, mais qui s'en distingue en ce qu'il sort seulement pendant les efforts faits pour aller à la selle, après les dernières gouttes d'urine, et saiis jouissance ; 5° enfin le liquide muqueux sécrété par les parois du canal ; celui-ci sort après toute érection prolongée,

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surtout en présence d'une femme qu'on désire ; il est d'une transparence parfaite et très-iilant, ne donne lieu, bien entendu, à aucune jouissance \ — Eh bien ! mon ami, de ces trois liquides, il n'en est qu'un, le premier, dont la perte soit nuisible, constitue une maladie.

— Pourtant, monsieur, j'ai lu dans un livre fait pour les gens du monde, que les pertes diurnes...

— Ces livres-là, mon bon ami, sont spécialement écrits pour effrayer celui qui les lit et pour l'engager à consulter l'auteur.

— Et mon pharmacien qui me donne, depuis six mois, des dépuratifs à dix francs le flacon !

— Votre pharmacien avait probablement quelques litres de mélasse en train de fermenter, qu'il fallait écouler à tout prix.

4" — Monsieur, regardez donc ce chancre qui m'est venu dans le canal.

— Mais il n'y a rien du tout.

— Comment vous ne voyez pas, là, tout à fait à l'entrée®. J'abrège et me contente de mentionner : les follicules de

chaque côté du frein, pris pour des chancres ; — la couleur noirâtre que donne au gland le tissu érectile sous-jacent, prise pour une gangrène commençante ; — le raphé sous-pénien, les gros follicules pileux du scrotum, pris pour des pustules vénériennes; — les caroncules myrtiformes, prises pour des excroissances ; — les ganglions de l'aine pour des bu-

^ Un paysan des environs de Lyon me consulta pour un écoulement interinittent, lequel, disait-il, reparaissait après chaque érection, et, pour me faire perdre le moins de temps, ce brave homme s'était préalablement mis en mesure de me présenter \dL maladie pendant un de ses accès...

^ Ici, comme on le dit souvent au figuré, tout dépend du point de vue où l'on se place. Si c'est le malade qui examine lui-même l'intérieur de son méat, j'ai constaté que le rayon de lumière se reflète effectivement sur cette partie de manière à lui donner, à ses yeux, une teinte grisâtre brillante qu'un esprit tant soit peu timoré prendra pour une ulcération. Au contraire, le médecin, qui peut y regarder de plus près et sous un angle convenable, ne trouve là qu'une muqueuse d'aspect tout à fait normal.

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