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bons, etc., etc. Tout autant de sujets d'effroi pour le client, et d'un tourment au moins égal pour le médecin ; car naturellement on l'assiège, on l'obsède tant qu'on n'est pas guéri. Et comment pourrait-on guérir de conformations qui entrent dans le plan régulier de la nature? « Comment voulez-vous, fmis-je quelquefois par dire à certains obstinés de cette classe, que je vous guérisse d'avoir dix doigts et un nez? »
Mais si ces gens-là ont une affection vénérienne quelconque ou se figurent en avoir eue, comme ils savent ou croient qu'elle peut se répandre par tout le corps, alors il n'est pas, sur tout le corps, de partie d'apparence un peu bizarre ou inexplorée par eux jusque-là, qui, à leurs yeux, ne devienne une maladie et la preuve d'une infection constitutionnelle.
Les conformations naturelles qu'un jeune homme se découvre alors, deviennent la base, l'aliment de toutes les perversions syphilimaniaques. Que d'organes très-naturels ne nous signale-t-il pas comme autant de produits de la vérole, organes qu'il n avait pas, dit-il, auparavant!... C'est ainsi que l'on m'a désigné comme symptômes de syphilis : la saillie que forment les follicules pileux du scrotum, — l'apophyse mastoïde, — le condyle du maxillaire inférieur, — la glande sous-maxillaire, — le repli lacinié qui côtoie les veines ranines, — les papilles de la base de la langue, — les glandules situées de chaque côté à l'endroit où la langue s'unit au pilier antérieur du voile palatin, — les plis de la muqueuse palatine derrière les incisives supérieures, — les lacunes amygdaliennes, — un segment de la surface du voile du palais circonscrit par trois vaisseaux capillaires, simulant un ulcère, — les gros follicules de la paroi postérieure du pharynx, — le point lacrymal inférieur, — la caroncule lacrymale , — le clitoris et jusqu'à l'hymen !...
En face de ces aberrations que doit faire le médecin ?
D'abord il expliquera aussi clairement que possible, en restant toujours sérieux malgré le§ remarques et les questions
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les plus saugrenues, la structure et le fonctionnement, à l'état normal, des organes que l'on croit malades. Et cette explication aura beaucoup plus de chances d'être admise, si vous la donnez au client, dès qu'il ouvre la bouche, dès qu'il a commencé à indiquer le siège du mal dont il se plaint, et sans lui laisser le temps d'achever sa confidence. De cette manière, votre exposé physiologique échappera au soupçon d'avoir été improvisé pour la circonstance, créé pour les besoins de la cause.
Un excellent argument consiste à montrer au malade que son médecin lui-même porte les conformations qui lui causent tant d'effroi.
N'omettez pas non plus d'insister sur ce point, — et de l'en faire convenir, — que ces prétendus maux ne lui causent absolument aucune douleur, n'apportent aucune gêne à aucune fonction.
S'il s'obstine à soutenir que ces conformations n'existaient pas avant qu'il se fût exposé à prendre du mal, représentezlui combien il est peu raisonnable de supposer que, avant ce moment-là — et n'ayant par conséquent alors aucune inquiétude — il se fût occupé à dresser un inventaire complet de l'état normal de ces régions dont l'aspect l'effraie maintenant.
Énumérez-lui les principaux symptômes de la syphilis, ainsi que des autres affections vénériennes ; ne craignez pas de renvoyer, sur ce point, le client aux auteurs classiques, afin que, s'édifiant à cette lecture, il reconnaisse que ce dont il se plaint ne figure dans aucun tableau, dans aucune nomenclature pathologique spéciale.
Obtenez de lui l'aveu explicite que ces soi-disant lésions, quoique non traitées, n'augmentent, ne progressent en aucune manière, ne tendent ni à ulcération, ni à suppuration, ni à dégénérescence.
S'il a, concurremment, quelque maladie vénérienne, rappelez-lui qu'il a vu celle-ci diminuer, puis s'éteindre, spontané-
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ment ou sous l'influence du traitement employé, mais que les fonctions ou conformations naturelles qu'il accuse ont continué à subsister comme devant.
Si cela est absolument nécessaire pour le persuader de l'inanité de ses craintes, ordonnez lui encore un traitement spécifique de quinze jours, mais en l'avertissant bien d'avance : 1" que ce traitement guérira les lésions vraiment vénériennes ; 2° qu'il n'exercera aucune influence sur les prétendues lésions ; prédiction dont la réalisation infaillible dessille les yeux les plus aveugles.
Faites, enfin, à sa raison, à son bon sens, un appel énergique. Priez-le de réfléchir — ceci s'adresse aux paysans ; c'est l'argument ad rusticum — que si vous leur dites, si vous leur répétez qu'ils n'ont point de mal, il faut que ce soit bien réellement la vérité, puisque, en agissant ainsi, vous allez contre vos propres intérêts. ! . . .
Enfin si vous voyez planer encore l'ombre d'un doute, invitez-les à aller consulter pour ce mal un de vos confrères — un collègue en spécialité. Mais qu'ils évitent, bien entendu, de lui révéler d'abord votre propre opinion, et s'en rapportent au jugement qu'il aura porté.
Ces conseils risqueront peut-être de paraître à un lecteur ordinaire trop minutieux, trop développés. Dieu veuille cependant, qu'il ne les juge pas insuffisants le jour où il sera en face d'un malade de cette catégorie! Je m'y suis arrêté avec une insistance particulière, d'abord parce que l'arsenal le plus complet n'a que trop d'occasions de trouver, dans ces cas, son emploi ; puis parce que les mêmes règles peuvent servir au médecin vis-à-vis des syphiliphobes, classe nombreuse dont celle que je viens de décrire n'est qu'une variété.