A. DOYON
* Je prie MM. Diday et Lailier de vouloir bien acccpLcr tous mes l'caierciements pour les bons conseils qu'ils m'ont donnés.
Les classifications abondent en dermatologie. Toute nationalité, toute doctrine, toute époque médicale même revendique la sienne. Obscur ou célèbre, il n'est guère de spécialiste qui n'en ait proposé, professé une,... une pour le moins.
On a dit et l'on répète, — souvent avec plus d'emphase que de raison, — que les systèmes tuent la pratique. Ce qui se passe en fait de classifications dermatologiques suffirait à prouver la vérité relative de cette assertion. Que nous apprend, en effet, un examen rétrospectif sommaire de ce sujet?... Pendant que les anciennes divisions (Mercurialis, Willan, Bateman, etc.), basées sur des considérations purement graphiques, se disputaient la faveur publique, un avis plus radical surgit : celui de fonder l'étude des maladies cutanées sur la considération de leurs causes diverses, et cet avis se produisit à deux reprises, sous deux formes différentes.
Or, ces deux propositions, éminemment rationnelles et pratiques, ont été faites, développées, défendues par deux
hommes d'mi immense savoir, d'une réputation méritée et reconnue, ardents polémistes d'ailleurs autant que judicieux praticiens, enfin occupant tous les deux un poste d'honneur dans les deux principaux hospices spéciaux de France, l'un à Lyon, l'autre à Paris.
£h bien I malaxé ces conditions si favorables à l'enfantement et à la vitalité d'un système, aucune de ces deux propositions, mises en avant l'une après l'autre, n'a pu rallier la majorité des esprits. El y a plus, — et voici où éclate le péril de ces sortes d'aventures. — Les considérations étiologiques si sages, si incontestables en elles-mêmes, émises par M. Baumes, puis par M. Bazin, ont été discutées et attaquées avec une vivacité aussi exagérée qu'étrange. Pourquoi cela?... Selon nous, c'est l'intention manifestée de faire servir ces idées de base à un système dermatographique, qui a empêché leurs contemporains de les juger froidement, sainement, de les apprécier à leur valem' réelle, d'en tirer, pour l'application, tout le fruit qu'elles comportaient. On les eût applaudies, distribuées dans le corps de l'ouvrage; on les a combattues, se présentant, se prétendant coi^ps de doctrine.
Ce coup d'œil, jeté sm^ le passé, nous justifiera de la sobriété qui longtemps encore semble imposée en pareille matière.
Ni l'espoir, ni la prétention ne sauraient nous appartenir de dresser ici l'inventaii-e complet des diverses classifications des maladies de la peau. — De plus patients que nous ont montré, en même temps que les difficultés, l'inanité d'un tel effort. M. le docteur Jacquaize, dans sa thèse inaugurale (De la valeur relative des bases qui ont servi à établir les classifications des affections cutanées. Strasbourg, 1862), a réuni 42 classifications, y comprise la sienne,... et dans cette exubérante nomenclature, malgré toute l'érudition qui s'y remarque, il serait aisé de relever plusieurs omissions importantes.
Notre intention est donc simplement de résumer le plus succinctement possible ce qui a trait à la question, en indiquant les principaux systèmes qui ont marqué dans la science ; tels sont ceux de Galien, de Mercurialis, sur le siège présumé de ces affections; de Lorry, sur leur nature; de Plenck, de Willan, de Bateman, de Biett, de Cazenave, Schédel, etc., sur les lésions élémentaires des maladies de la peau ; celui d'Alibert surtout, fondé sur les caractères généraux des maladies, qui permit de grouper par catégories les maladies cutanées ayant entre elles des symptômes communs. Cette dernière classification présentait des ayantages incontestables au point de vue du traitement, en ce qu'elle permettait de comprendre dans une ^^.le d'ensemble des affections dont la forme peut, il est vrai, varier, mais dont la cause, restant la même, conduit à des indications identiques. C'était là une idée vraiment médicale ; idée qui avait sans doute l'inconvénient de ne pas préciser le diagnostic anatomique avec la même rigueur que l'école anglaise, mais dont l'incontestable avantage était de conduire à des règles thérapeutiques sûrement et fructueusement applicables. — M. le professeur Hardy, du reste, a adopté cette base de classification.
Le système de M. le docteur Devergie repose sur plusieurs éléments : élément anatomique, considérations séméiologiques et, dans certains cas, nature des maladies; c'est donc ce que nous pourrions appeler une classification mixte.
Enfin, s'appuyant sur les lésions anatomo-pathologiques des maladies de la peau, Hebra a doté la science d'une nouvelle classification. Peut-être est-ce là la véritable base pouvant servir à édifier plus tard une meilleure nomenclature. Mais il est bien difficile de préjuger dès à présent rien de positif à cet égard, et quelque rationnel que puisse paraître au premier abord cette méthode, il demeure trop évident que nous ne sommes pas encore assez avancés dans les recherches de cet ordre pour pouvoir établir avec rigueur un tableau
1° Exanthèmes non contagieux.
hémafiques. .
2» Taches. . pig^j^ntaires. j hyperchromateuses. ( ^ ( dyschromateuses. . .
3» Vésicules.
4° Pustules.
5° Bulles. . .
6° Papules. . , 7° Tubercules.
8° Exfoliations.
congénitales, acquises. . .
9° HïrERTnoPHiES.
10° Atbopuies. . .
11° NlîOPLASIES.
12° Maladies des glandes sébacées. . . . 15° Lésions de l'épiderme et des ongles. .
14° Lésions des poils.
lo° Difformités.
16° Affections parasitaires.
Parasites animaux. .
Parasites végétaux..
Maladies à éléments parasitaires indéterminés.
Éry thème.
Urticaire.
Roséole.
Purpura.
Éphélides.
Mélasma.
Vitiligo.
Miliaire.
Eczéma.
Herpès.
Impétigo.
Ecthyma.
Fui'oncles.
Anthrax.
Bouton d'Alep.
Pemphigus.
Ikipia.
Lichen.
Prurigo.
Lupus.
Lèpre.
Ichthyose.
Pityriasis.
Psoriasis.
Éléphantiasis des Arabes.
Sclérodermie.
Mycosis.
Kéloïde.
Carcinome.
Mélanose.
Acné et toutes ses variétés.
Tylosis.
Onyxis.
Péri-onyxis.
Canitie.
Alopécie.
Atrophie.
Nœvi.
Verrues.
Gale.
Poux.
Favus.
Tricophytie.
Pityriasis versicolor.
Pityriasis capitis.
Pelade.
synthétique et philosophique des dermatoses, sur les données incomplètes que nous possédons aujourd'hui.
Le plan restreint et le but pratique de cet ouvrage devraient nous interdire d'apporter, nous aussi, une nouvelle pierre à cet édifice déjà si surchargé. Mais si nous présentons cependant, nous aussi, une classification, ce n'est nullement dans la pensée qu'elle est préférable à celles de nos devanciers ; c'est donc moins pour offrir au lecteur un modèle qu'un guide, qui lui permette de se reconnaître au milieu des diverses affections cutanées dont la ressemblance ne le déroute pas moins que la diversité.
Notre nomenclature, en effet, n'a la prétention d'être ni nouvelle, ni doctrinale, ni même homogène; nous avons uniquement cherché le meilleur mode de groupement des affections de la peau au point de vue du but principal de ce livre, c'està-dire de leur thérapeutique. Aussi ne devra-t-on pas s'étonner si nous en avons emprunté les éléments, tantôt à la forme éruptive, tantôt au siège anatomique, tantôt à la constitution histologique, tantôt à un caractère séméiologique saillant, tantôt enfin, et toutes les fois que nous l'avons pu, à la nature démontrée ou présumée de la maladie.
406 EXANTHEMES NON CONTAGIEUX.
EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX
ÉRYTHÈME.
L'érythème est une inflammation superficielle de la peau, caractérisée par des taches rosées ou d'un rouge tendre, plus ou moins larges, diffuses ou circonscrites, formant parfois une légère saillie au-dessus de la surface cutanée, disparaissant sous la pression du doigt pour revenir immédiatement après elle et s'accompagnant ou non de desquamation.
Nous diviserons l'érythème en trois classes : 1° érythèmes idiopathiques ; 2° érythèmes symptoma tiques, c'est-à-dire survenant dans le cours d'autres maladies ; 3° érythèmes généralisés. Hebra a décrit ces derniers sous le nom d'éry thèmes exsudatifs.
1° Érythèmes idiopathiques.
Nous comprenons dans cette classe l'érythème simple, l'E, intcrtrigo, l'E. paratrimc, l'E. lisse.
Erythème simple. — Il est caractérisé par l'apparition do rougeurs plus ou moins étendues, peu élevées au-dessus du niveau de la peau et disparaissant sous la pression pour reparaître immédiatement après. Ces taches rouges s'accompagnent en général d'une sensation légère de cuisson ou de démangeaison. Il peut se faire des poussées successives de plaques rouges qui donnent ainsi à la maladie une durée assez prolongée, mais le plus souvent ces rougeurs persistent peu et se terminent par desquamation.
L'érythème idiopathiquc peut être déterminé soit par des causes mécaniques ou physiques, telles qu'une pression lente
ÉRYTHÈMES IDIOPATHIQUES. 407
comme celle que produisent des vêtements trop étroits, des bandages, des sièges trop durs, etc., le calorique, le froid (brûlure, coups de soleil, air chaud ou froid, bains pris dans les mêmes conditions, etc.), soit par le contact de substances irritantes. Tout le monde connaît ces rougeurs qui sont produites par des frictions sèches, des onctions avec des pommades rances, l'action prolongée de matières acres. Ainsi dans le coryza, dans la blennorrhagie, dans l'ophthalmie, etc., la matière sécrétée donne parfois lieu à de l'érythème sur les parties qu'elle touche. Chez les nourrices un érythème mammaire est souvent engendré par le lait aigre ; chez les enfants, les vieillards, l'incontinence d'urine, des matières fécales le provoquent très-facilement au niveau des parties génitales. Il en est encore de même des écoulements, des flueurs blanches que l'on observe chez les petites filles de trois à six ans, très-lymphatiques. Ces écoulements engendrent sur les grandes lèvres des rougeurs érythémateuses très-tenaces.
Dans tous ces cas il importe de recommander avant tout les soins de propreté, de faire des lavages répétés soit avec de l'eau chlorurée ou phéniquée, soit avec un liquide légèrement astringent, solution de sulfate de zinc, etc.. ou encore de saupoudrer les parties enflammées avec des substances pulvérulentes : poudre d'amidon, de lycopode, de tan, etc.
Ce dont il faut avoir soin dans la plupart des cas, c'est d'éviter autant que possible le contact des liquides irritants ; aussi doit-on avoir recours aux enduits protecteurs, tels que des onctions avec l'axonge ou d'autres matières grasses.
Certaines matières minérales, végétales et animales occasionnent encore des rougeurs analogues, circonscrites, par exemple : le foie de soufre, les semences de moutarde, les chenilles, etc.
Erythème intertrigo ou intertrigo. — ■ Une variété particulière de cette classe, Vintertrigo s'observe exclusivement dans les régions m la peau est en contact avec elle-même :
408 EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
aux aisselles, aux oreilles, aux fesses, au sein, aux aines, à la partie supérieure des cuisses, etc., surtout chez les personnes obèses ou les enfants. Cetérythème s'accompagne de rougeur, de démangeaison et d'un suintement tantôt séreux, tantôt purulent (erythema purifluens, Devergie). Dans l'intertrigo il ne se forme pas de croûtes comme dans l'eczéma, il y a, do plus, une odeur fade caractéristique. La maladie est entretenue par les frottements, par la malpropreté.
M. Hardy a décrit sous le nom d'érythème vésiculo-pustuleux l'éruption déterminée par des frictions avec l'onguent mercuriel, éruption désignée à tort par quelques auteurs comme maladie spéciale, sous le nom àliydrargyrie. Cet érythème est caractérisé par des taches rouges sur lesquelles surviennent de petites vésicules ou de petites pustules, qui se rompent et sèchent très-vite, laissant après elles une tache rouge légèrement desquamante ; la maladie se termine ainsi en huit ou dix jours.
Marchai (de Calvi) a le premier signalé un intertrigo qui survient aux parties génitales externes et à la partie interne et supérieure des cuisses chez les femmes diabétiques. La présence de cet érythème peut souvent aider à faire reconnaître un diabète jusqu'à ce moment méconnu.
Si l'intertrigo est le plus souvent le résultat des frottements de deux surfaces cutanées appliquées l'une contre l'autre, notamment chez les personnes grasses, il paraît d'autre part, comme l'a indiqué M. Bazin, que cet érythème s'observe assez fréquemment chez les goutteux. Aussi chez ces derniers, comme chez les diabétiques, doit-on plutôt le rattacher à la cause générale qu'à une irritation purement locale.
Traitement. — Il ressort de notre description sommaire que dans la plupart des cas la première indication à remplir est l'isolement des parties malades. Souvent l'interposition seule d'un linge en toile fine, continuée pendant un certain temps, suffit pour déterminer la guérison. On peut aussi avoir
ÉRYTHÉMES IDIOPATIQUES. 409
recours à des substances pulvérulentes telles que la poudre d'amidon, de lycopode, de vieux bois, au mélange de poudre d'amidon et d'oxyde de zinc au quart et au tiers, suivant la sensibilité de la peau des sujets, etc.. M. Devergie conseille aussi le coaltar mêlé à 6 ou 8 fois son poids d'amidon. Ces poudres doivent être appliquées à l'aide d'une houppe. Il faut en renouveler l'application deux ou trois fois par jour et à chaque pansement on doit avoir soin de laver les surfaces malades avec un liquide légèrement astringent : solution de sulfate de zinc, de perchlorure de fer, d'acide phénique, d'alun, au centième. Mais on obtiendra toujours les meilleurs résultats avec une solution de nitrate d'argent (2 grammes sur 20 grammes d'eau distillée), de sublimé 0,10 à 20 centigram. sur 500 gram. d'eau) ; ces applications modifient favorablement la vitalité des tissus malades. Ces solutions seront employées plus ou moins concentrées suivant les indications et les effets obtenus, parfois même on pourra faire de légères cautérisations avec le crayon de nitrate d'argent ; car ce qu'il importe, c'est dans les cas rebelles de rompre la disposition morbide des parties affectées. Quant aux pommades, nous croyons que d'une manière générale elles ont plutôt de la tendance à irriter les surfaces malades; nous leur préférons les solutions que nous venons d'indiquer ou les applications d'huile de cade au dixième ou au vingtième, renouvelées tous les deux ou trois jours. Cependant dans l'intertrigo anal la pommade à l'oxyde de zinc et au camphre ou au sous-nitrate de bismuth calme les démangeaisons et agit souvent d'une manière résolutive.
L'intertrigo est en général lié au tempérament lymphatique, il prend alors facilement les caractères de l'eczéma dont il est souvent fort difficile de le distinguer. Er. Wilso,n l'a décrit sous le nom d'eczéma mucosum. Outre le traitement local, il faut alors instituer une médication reconstituante, dont le fer, les amers, les toniques de toute nature doivent former la base.
410 EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
Toutefois nous ne croyons pas qu'il soit utile, comme le recommande M. Devergie, dans les cas d'intertrigo scrofuleux, purifluens, d'appliquer un exutoire au bras sain pour obtenir une dérivation : du moins n'avons-nous jamais vu survenir d'accident à la suite de la cessation de la sécrétion abondante qui caractérise cette variété d'intertrigo. Chez les goutteux ou les diabétiques, les applications locales seront également utiles, mais elles seraient souvent insuffisantes si l'on n'adjoignait pas au traitement topique une médication générale appropriée, et dans le second cas, le régime hygiénique.
ii'érythème paratrime consiste en ces rougeurs diffuses qui précèdent souvent les eschares que l'on voit survenir dans les affections graves, après un séjour prolongé au lit. Développées sur des parties qui sont exposées à une pression continue, la première indication à remplir est donc de diminuer autant que possible cette cause ; aussi doit-on entourer de coussins circulaires les parties malades. Mais le plus souvent ces précautions sont insuffisantes, et il se produit des eschares gangreneuses qui laissent, après leur chute, des ulcérations grisâtres, sanieuses, de mauvaise nature. Ces plaies seront traitées par les moyens habituels : lotions stimulantes, suc de citron, alcool camphré, eau phéniquée, chlorurée, poudre de quinquina et de charbon, etc.
Nous n'avons rien à dire du traitement général qui doit être tout entier subordonné à la maladie principale.
Erythème lœve, lisse. -- Il survient dans l'anasarque, soit sans cause bien appréciable, soit autour des mouchetures faites pour donner issue à la sérosité, sous forme de taches rouges, lisses et unies, accompagnées d'un gonflement plus ou moins prononcé. Cet erythème dure plus ou moins longtemps ; toutefois il disparaît en même temps que diminue la tension de la peau. Parfois il se complique de phlyctènes gangreneuses qui laissent après elles des ulcérations de mauvaise nature.
ÉRYTHÈMES SYMPTOMATIQUES. 411
Dans ces cas, il faut avoir recours à des applications toniques et astringentes, telles que la poudre de quinquina et de charbon, la décoction de quina, les pansements phéniqués, etc.
3° Éry thèmes symptoiuatiques.
Ces érythèmes surviennent en général dans le cours d'autres affections. Dans cette classe nous comprenons l'érythème pernio, les érythèmes pellagreux et acrodyniques.
Ery thème pernio, engelure. — Cet éry thème, pour nous, a sa place marquée entre les érythèmes de cause locale et ceux qui sont sous la dépendance d'influences générales. Dans une même pension, chez des enfants soumis aux mêmes règles, au même genre de vie, au même régime, on voit les uns toujours indemnes, tandis que d'autres présentent constamment, dès l'apparition des premiers froids et pendant toute la durée de l'hiver, ces rougeurs luisantes des extrémités que nous avons tous observées. Ces rougeurs sont le siège d'une cuisson, d'une démangeaison très-vive, et qui s'exaspère sous l'influence de la chaleur. Cet érythème qui s'accompagne de tuméfaction se déclare aux mains, aux pieds, aux oreilles, au nez. Il peut se terminer, soit par résolution, soit par ulcération. La plaie qui en résulte présente alors un aspect de mauvaise nature ; ses bords sont irréguliers, anfractueux ; le fond en est sanieux et grisâtre : la guérison est parfois assez longue à se produire.
Les engelures coïncident assez habituellement avec le temnérament lymphatique et avec des jetées scrofuleuses ; aussi est-il jusqu'à un certain point rationnel de les rattacher à la scrofule ; cependant il n'est pas rare d'en voir des exemples en dehors de toute affection diathésique, et chez bon nombre d'enfants elles disparaissent vers l'âge de dix ou douze ans.
Traitement. — Chez les sujets prédisposés, M. Bazin rc-
412 EXANTHEMES NON CONTAGIEUX.
commande les lotions fréquenles avec les liquides stimulants, l'eau-de-vie, l'alcool camphré ou phéniqué, les frictions avec la neige, l'emploi habituel de l'eau froide, en un mot, tous les moyens propres à réveiller l'activité fonctionnelle de la peau.
Bien des topiques ont été conseillés contre les engelures ; nous nous bornerons à indiquer ceux qui nous ont paru donner les meilleurs résultats :
Le perchlorure de fer, employé en badigeonnages ou bien appliqué au moyen d'une petite compresse;
Ou encore lotions renouvelées plusieurs fois par jour avec une solution au borate de soude (5 à 10 grammes sur 300 grammes d'eau distillée).
M. Devergie s'est en général bien trouvé de la pommade suivante :
Axonge. 50 grammes.
Créosote 8 gouttes.
Sous-acétate de plomb 6 id.
Laudanum de Sydenham 10 id.
Le cérat saturné, le Uniment oléo-calcaire, les lotions de sublimé au 300" ou au 1000" (Bazin) ont souvent une efficacité réelle.
Contre les engelures ulcérées, on peut employer avec succès soit des lotions avec du vin aromatique tiède, soit les badigeonnages avec le perchlorure de fer étendu d'eau.
On pourra également avoir recours à la pommade suivante î
Baume d'Arcéus 15 grammes,
Jaune d'œuf. ........ N° 2.
Teinture d'aloès 1 gramme.
Extrait thébaïque 0,10 centigrammes.
Les pansements avec le styrax, l'onguent digestif, la pommade au ratanhia, les topiques légèrement excitants seront toujours employés avec avantage.
En même temps — et c'est là une des plus importantes
ÉRYTHÈMES SYMPTOMATIQUES. 413
indications — il faudra s'adresser à l'état général- et combattre le lymphatisme, cause prédisposante de la maladie, par tous les moyens appropriés : huile de foie de morue, les amers, notamment les préparations de gentiane, de quina, de Colombo, etc.; les ferrugineux, l'iodure de fer, etc.
Érythème pellagreux. — L'érythèmc n'est ici que l'un des symptômes et l'un des moindres, d'une affection grave de tout l'organisme.
L'éry thème pellagreux se manifeste de préférence, au printemps, sous l'influence des rayons solaires, sur les parties du corps découvertes, notamment sur le dos des mains, aux avant-bras, au cou, sur la région antérieure de la poitrine, etc. La peau est rouge, soit par plaques, soit uniformément ; cette rougeur, comme dans tous les érythèmes, disparaît sous la pression du doigt; il y a, en général, peu de gonflement, mais au contraire un aspect lisse, parcheminé du tégument. Cette éruption cesse spontanément à l'approche de l'automne ou de l'hiver; le plus souvent elle se termine par une légère desquamation épidermique.
En même temps le malade offre une faiblesse marquée, il se fatigue vite , parfois de légers vertiges se produisent, il y a de l'inappétence, des nausées, etc.
Cet état peut se prolonger ainsi plusieurs années, toutefois à l'approche de la saison froide l'éruption disparaît et les phénomènes généraux s'amendent notablement, au point que les malades peuvent se considérer comme complètement guéris.
C'est là le premier degré de la pellagre. Mais au printemps suivant, les mêmes lésions cutanées se produisent et cela progressivement, avec une intensité de plus en plus prononcée : la peau non-seulement prend une rougeur erythémateuse plus foncée, mais elle s'amincit, devient luisante, comme parcheminée ; les lamelles épidermiques qui s'en détachent sont bleuâtres, épaisses, résistantes. Les phénomènes généraux
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sont aussi plus graves ; les malades se plaignent de céphalalgie, de vertiges continuels, d'éblouissements ; on les voit tristes, mélancoliques ; souvent même leurs facultés intellectuelles s'affaiblissent à un degré prononcé, quelques-uns arrivent ainsi à un état de démence qui les pousse au suicide. C'est là le second degré de l'affection. Dans une troisième période, pour ne parler que des phénomènes objectifs de la maladie, l'état érythémateux de la peau s'étant reproduit pendant plusieurs années de suite, il survient des altérations de plus en plus graves. Le tégument se recouvre de croûtes noirâtres au-dessous desquelles la peau est épaissie, dure, fendillée, fortement pigmentée — elephantiasis italica de Mason Good.
Quelle est la cause de la pellagre?... vaste et ardue question, que nous ne pouvons, que nous ne devons qu'effleurer. Le coup de soleil, l'érythème ne s'accompagne des phénomènes généraux que nous venons d'indiquer à grands traits que chez des individus placés dans des conditions particulières de santé, chez les personnes affaiblies, débilitées.
Est-ce à la misère, à une nourriture insuffisante, à un état cachectique ou bien à l'usage d'une alimentation spéciale, du maïs altéré, comme le pensent quelques auteurs, que l'on doit rattacher l'origine de cette singulière affection ? Il est bien difficile de se prononcer. En Italie, oii la maladie règne d'une manière épidémique, l'influence de l'alimentation par le maïs altéré est généralement admise, mais, d'autre part, on a reconnu que cette affection existait dans des pays où l'on ne faisait pas un usage habituel du maïs. Ces notions, néanmoins, ne sont point contradictoires, car la pellagre, étant à juste titre, considérée comme l'effet d'une sorte de misère organique, on comprend que l'usage ou exclusif, ou prédominant de grain de maïs altéré, constitue l'une des causes les plus effectives de cette affection.
Traitement. — Soustraire à l'action nuisible des rayons
ÉRYTHÈMES SYMPTOMATIQUES. 415
solaires les régions habituellement découvertes et qui sont le siège de l'éruption érythémateuse, suffit toujours pour faire disparaître la pellagre, au moins dans ses premières manifestations cutanées. Toutefois, à mesure que les lésions de la peau vont se répétant, elles prennent un caractère de plus en plus persistant, de plus en plus rebelle à la simple précaution hygiénique qui a d'abord suffi. Les applications locales n'ont qu'une importance secondaire ; toutes les lotions émollientes ou astringentes peuvent être utiles, elles contribueront toujours à atténuer la lésion de la peau. Mais pour qu'il en soit ainsi, il importe avant tout et par-dessus tout, de modifier le régime alimentaire des pellagreux, de supprimer l'usage du maïs altéré, de le remplacer autant que possible par une alimentation convenable. Tous les agents reconstituants trouveront ici un utile emploi, mais une nourriture réparatrice et de bonnes conditions hygiéniques suffiront dans la plupart des cas pour faire cesser en même temps les lésions locales et les phénomènes généraux qui caractérisent cette maladie.
Èrythème acrodynique. — L'acrodynie est une affection assez rare : elle se développe presque toujours sous la forme épidémique ; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on l'a vue à l'état sporadique.
La première épidémie bien constatée remonte aux années 1828 et 1829, pendant lesquelles elle sévit à Paris. Depuis, d'autres épidémies se sont produites, notamment en Belgique et plus tard à l'armée d'Orient, lors de la guerre de Crimée.
De même que dans la pellagre la lésion de la peau, l'érythème cutané n'est ici qu'un des symptômes d'une maladie générale dont la cause est encore des plus obscures.
Dans l'érythème acrodynique, les mains, mais plus encore peut-être les pieds, sont rouges et tuméfiés, — on les dirait le siège d'engelures : les malades, entre autres sensations^ accusent des picotements et des fourmillements parfois trèspénibles. Au bout de quelques jours ces fourmillements sont
416 EXANTHEMES NON CONTAGIEUX.
remplacés par l'hyperesthésie superficielle ou profonde, avec élancements, etc. Il existe parfois aussi de l'anestliésie, de l'analgésie, isolées ou réunies (Tholozan). On observe de la contraction musculaire, des crampes, des soubresauts de tendons, etc. En même temps la peau est épaissie, pigmentée comme chez les individus qui ont eu un coup de soleil. L'érythèmc cutané est souvent compliqué de vésicules et de bulles dont la rupture est suivie de desquamation.
Après un temps plus ou moins long, les phénomènes nerveux diminuent, l'éry thème disparaît et il se produit un certain affaissement qui est le point de départ de la convalescence.
Cet état érythémateux est toujours précédé ou accompagné de troubles du côté des voies digestives, inappétence, vomissements, diarrhée, etc. Enfin chez la plupart des malades on a constaté une insomnie plus ou moins opiniâtre.
Quelles sont les causes de l'acrodynie ? Il est impossible de le dire dans l'état actuel de la science. On a invoqué les variations de température, les refroidissements, les fatigues excessives, l'encombrement, la présence dans les céréales d'un champignon parasitaire, une alimentation insuffisante, etc.. Toutefois à l'exception des cas sporadiques, l'acrodynie paraît se développer sous une influence épidémique dont la nature nous échappe encore complètement.
Traitement. — On devra se borner à la médecine des symptômes. Dans les cas peu graves, le repos, quelques bains émollients, le régime, une hygiène réparatrice, l'éloignement des causes occasionnelles qui ont favorisé l'apparition de l'état local, — le contact habituel avec des matières irritantes, — suffiront pour faire cesser les symptômes morbides.
Si la maladie s'aggrave, si les douleurs sont vives, M. Hardy conseille l'application de ventouses scarifiées, de vésicatoires le long de la colonne vertébrale, l'emploi des purgatifs des opiacés.
ÉRYTHÈMES GÉ1NÉK.\LISÉS. 417
Quant à l'état local, des lotions ou des pommades résolutives suffiront toujours pour amener la guérison de lésions cutanées peu importantes en elles-mêmes, et dont la cause première doit être recherchée dans une altération plus ou moins grande de l'organisme.
3° Érythèmes généralisés.
Ces érythèmes s'accompagnent toujours de phénomènes généraux, de céphalalgie, de fièvre, de douleurs articulaires, d'un état saburral plus ou moins prononcé, etc. Ils ne sont jamais la conséquence d'une cause locale, mais jusqu'à ce jour on ignore sous quelle influence spéciale ils peuvent se produire ; toutefois, sous bien des rapports, on pourrait les rapprocher des fièvres éruptives.
Ces érythèmes peuvent se présenter sous différents aspects : E. papulalum. E. tuberculatum, E. amiulare, E. iris, E. gyratum, variétés que Hebra a considérées comme autant de formes de la même maladie à ses différentes périodes, qu'il décrit en bloc sous le nom à'érythème multiforme.
[° Erythème papuleux ou érythème polymorphe (T Hebra. — Il consiste en taches d'un rouge brun, plus ou moins saillantes, circonscrites ou disséminées, et séparées par un intervalle de peau saine. Leur forme est très-variable; elles constituent parfois des cercles dont le centre est sain : érythème annulaire., circiné ; d'autres fois, il existe une petite papule au milieu de cet anneau, ou bien un second anneau se développe autour du premier : érythème iris ; enfin, les anneaux primitivement isolés peuvent se rapproeher les uns des autres, se toucher, se confondre, et former des lignes sinueuses plus ou moins ondulées : erylhema gyratum.
Ces taches constituent, au début, de petites élevures douloureuses au toucher, qui ensuite s'affaissent, s'aplatissent graduellement; il se produit alors une légère desquamation,
418 EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
et la maladie disparaît sans laisser de traces. Cette éruption est, en général, indolente; quelquefois, cependant, les parties affectées sont le siège d'une sensation de chaleur et de cuisson.
L'érythème papuleux s'observe surtout aux mains, aux poignets, aux avant-bras, à la nuque, aux membres inférieurs.
Il est habituellement précédé par un malaise général, par un état saburral des premières voies, par des douleurs articulaires plus ou moins vives. Après cette période prodromique, qui varie d'un à cinq jours, les taches apparaissent. Les douleurs articulaires persistent souvent pendant toute la durée de l'éruption, parfois même après la disparition des taches.
L'érythème papuleux avec cette forme arthritique a été décrit pai" M. Duriau, sous le nom de péliose rhumatismale. L'érythème papuleux a une marche aiguë, sa durée est d'un à trois septénaires. Quelquefois des poussées érythémateuses peuvent se faire d'une manière successive, et augmenter ainsi la durée de la maladie.
Au nombre des causes prédisposantes, figurent certainement les influences saisonnières ; on l'observe presque exclusivement au printemps et à l'automne.
D'après Hebra, la roséole qui survient dans le choléra épidémique ne serait pas autre chose qu'un érythème papuleux. On le rencontrerait dans environ 1 pour 100 des cas, et notamment dans ceux ayant une terminaison favorable. 11 apparaît, en général, vers la fin de la maladie, envahissant le dos des mains et des pieds, les avant-bras et les jambes, et sa coloration est d'un bleu rouge ou livide. Il ne se convertit jamais en une autre forme.
2" Eryllième noueux^ fièvre essentielle érythémateuse, de quelques auteurs. — C'est une affection constituée par des nodosités, nouures, arrondies ou ovales, dont le volume
ERYTHEMES GENERALISES. 419
peut varier entre la grosseur d'un pois et celle d'une noix. Ces élevures sont dures, souvent douloureuses à la pression. Leur coloration d'abord rose devient plus tard rouge sombre et même livide; enfin, il se forme une tache ccchymotique jaunâtre qui persiste souvent très-longtemps. Elles passent ainsi par les mêmes changements de couleur que les contusions résultant de violences extérieures ; aussi donne-t-on quelquefois à cette maladie le nom de dermatite contusiforme.
Elle occupe de préférence les extrémités, le pourtour des articulations, poignets, avant-bras, jambes, malléoles; dans quelques cas, elle se généralise et envahit le reste des membres, et même une partie du tronc, la face, etc.
L'apparition des nodosités est presque toujours précédée de troubles généraux : inappétence, céphalalgie, fièvre légère. Il peut se faire plusieurs poussées successives de nodosités, et annoncées chaque fois par un malaise général. Néanmoins la durée totale de la maladie ne dépasse jamais deux à quatre semaines.
Au nombre des complications les plus constantes se trouvent les douleurs articulaires, accompagnées souvent d'un léger épanchement dans certaines articulations, de ténosite, de douleurs osseuses ou tendineuses. Quelquefois les nouures sont remplacées par un large érythème, s'étendant en surface avec gonflement œdémateux du tissu cellulaire (docteur Revillout).
Un caractère essentiel de cette éruption, c'est que la rougeur des élevures isolées ne s'étend pas à la peau adjacente, comme cela a lieu dans les autres formes d'érythème, dans l'urticaire, l'érysipèle (professeur Hebra).
L érythème noueux devient quelquefois chronique, et l'on voit notamment chez les sujets scrofuleux des éruptions se succéder pendant plusieurs mois, et même une ou deux années. Dans cet état chronique, les tumeurs noueuses des jam-
420 EXAîsTHEMES iNO?s CUiNTAGIEUX.
bes peuvent persister longtemps et finir par se ramollir et s'ulcérer : érythème induré scrofuleux de M. Bazin.
Nous avons déjà signalé les relations qui existent entre le rhumatisme et l'érythème noueux, relations signalées depuis longtemps par les auteurs. M. Bazin se fondant soit sur les causes occasionnelles et les caractères objectifs de l'érythème noueux, soit sur ses rapports avec d'autres affections arthritiques, en fait une maladie essentiellement et exclusivement arthritique et le classe, ainsi que l'érythème papuleux, parmi les arlhritides pseudo-exanUiématiques .
Les causes qui paraissent favoriser le développement de l'érythème noueux sont : les refroidissements, les suppressions menstruelles; mais, dans bien des cas, il est impossible de rattacher son apparition à une cause quelconque. On l'observe principalement aux changements de saison. Il sévit surtout pendant l'adolescence; il est rare après trente ans.
Traitement. — 11 est des plus simples, car l'évolution du mal s'opère en général dans une période définie et se termine par la guéri son. Il faut donc se borner à des boissons rafraîchissantes, à quelques abstinences peu assujétissantes quant au régime. S'il y a de l'anorexie, de la constipation, on peut administrer quelques doux purgatifs salins, des amers (gentiane, quinquina). Les bains amidonés, de son, légèrement alcalins, peuvent contribuer à soulager les malades. En même temps le repos au lit, des précautions contre le froid seront très-utiles et devront être conseillés avant tous remèdes.
Si les douleurs articulaires étaient vives, on pourrait avoir recours aux moyens que l'on emploie contre le rhumatisme articulaire aigu : nitrate de potasse, sulfate de quinine, vératrine, colchique, etc.. Si le malade est tourmenté par l'insomnie, on prescrira les opiacés, les anti-spasmodiques, le chloral, etc.
Comme applications locales on aura recours soit à des fomentations chaudes avec des décoctions de plantes émoi-
ERYTHEMES GE>'ERALISES. 4'21
lientes, soit à des compresses mouillées d'eau froide, comme le recommande Hebra. Mais on devra, autant que possible, éviter toute intervention locale active, l'affection cutanée n'exigeant par elle-même aucun traitement. Le professeur de Tienne s'élève notamment contre les lotions répétées avec la teinture d'arnica, pure ou diluée, conseillées banalement et qui, sur la peau de certaines personnes, donnent souvent lieu à des inflammations cutanées plus ou moins prononcées. Enfin il faut soumettre le malade à un régime doux, lui défendre les mets excitants, le vin, les liqueurs, etc.
Sous le nom à'érythème scarlatini forme, M. Hardy a décrit une éruption érythémateuse qui présente la plus grande analogie avec la scarlatine, au point, qu'à un examen superficiel, on pourrait confondre ces deux affections. Après un jour ou deux de malaise, ou même sans aucune espèce de prodromes, on voit survenir sur la partie antérieure de la poitrine, aux plis du bras, aux cuisses, au ventre, d'autres fois partout, mais toujours plus fortement en avant, des plaques d'un rouge vif, accompagnées d'une légère cuisson et de démangeaisons. Au bout de 24 à 48 heures, l'éraption pâlit et il se produit une légère desquamation.
On ne saurait confondi-e cette éruption avec la scaiiatine. En effet, dans l'éruption érythémateuse on ne trouve ni l'angine caractéristique, ni la coloration rouge des amygdales, du voile du palais, etc. Les symptômes généraux sont peu marqués. La desquamation est légère, furfuracée, tandis que dans la scarlatine elle se fait par larges plaques.
Causes obscures : changements de saison, alimentation excitante, émotions morales, etc.
Traitement. — Boissons rafraîchissantes, acidulées ; s'il y a de l'embarras gastrique, on prescrira un léger purgatif, un peu de diète; comme topiques, de la poudre d'amidon pure ou associée à de la poudre d'oxvde de zinc et de camphre.
422 EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
L'urticaire est caractérisée par l'apparition à la surface cutanée tantôt d'élevures de dimensions variables, régulières ou non, ayant parfois l'aspect sinueux d'une carte de géographie ; tantôt de lignes rouges, ondulées, et qui semblent le résultat d'un coup de fouet : urticaria gyrata. Lorsque les plaques, très-rapprochées les unes des autres, se confondent, c'est Vurticaria conferta.
Les saillies de l'urticaire présentent une coloration blanche ou rouge; souvent aussi la plaque blanche est entourée d'une auréole rosée qui fait encore mieux ressortir la teinte pâle de l'élevure. L'éruption s'accompagne de sensations de clialeur et de démangeaisons analogues à celles que produisent les piqûres d'orties.
Cette éruption apparaît toujours brusquement et disparaît de même, après une durée de quelques heures ou de plusieurs jours, pour revenir ensuite tout à coup et de la même manière, au bout d'un intervalle plus ou moins long. C'est une affection essentiellement erratique. Les plaques de l'urticaire ne sont jamais suivies de desquamation.
L'urticaire peut se développer sur tous les points de la surface tégumentaire ; parfois avec les élevures coexiste une tuméfaction œdémateuse plus ou moins prononcée [urticaria œdemata), notamment dans les régions où les tissus sont lâches : sur la figure, aux paupières, aux lèvres, aux bourses, à la région mammaire. Au niveau des articulations, la peau se tuméfie, devient rigide, au point de rendre les mouvements très-difficiles.
Le plus souvent l'éruption ortiée se déclare sans aucun prodrome ; d'autres fois elle est précédée de troubles dans les fonctions digestives, de malaise, d'embarras gastrique, de vomissements, de fièvre, etc. L'urticaire peut aussi survenir
dans le cours d'autres maladies : affections catarrhales des voies respiratoires, rhumatisme, dans certaines formes de la fièvre intermittente.
L'éruption peut envahir toute l'enveloppe cutanée ou être limitée à un point quelconque, aux mains, aux membres sup'érieurs ou inférieurs, à la face. Son invasion est, en général, instantanée et le malade, après avoir éprouvé une sensation de chaleur ou de démangeaison, remarque que la peau se recouvre de plaques plus perceptibles au toucher qu'à la vue.
L'urticaire a ordinairement une marche aiguë ; cependant elle revêt quelquefois un caractère chronique, plusieurs poussées successives se produisant à des intervalles variables ; elle peut alors persister pendant très-longtemps et devenir, par l'insomnie qu'elle occasionne, une cause réelle d'affaiblissement et de marasme.
Dans certains cas l'éruption est discrète, les élevures petites, fugitives [urticaria ephemera^ evanida) ; dans d'autres, au contraire, les plaques sont nombreuses; elles ne disparaissent sur un point que pour revenir sur un autre [urticaria perstans) .
Quelquefois les plaques éruptives atteignent la grosseur d'une noisette ou d'une noix {urticaria tuherosa) et se présentent d'ailleurs avec les caractères ordinaires de l'urticaire. Les faits relatés par Graves et M. Perroud \ sous le nom de « tumeurs éphémères congestives de la peau, » me semblent devoir être considérés comme des exemples d'urticaire tubéreuse. Ces tumeurs ont paru liées soit à des états généraux constitutionnels ou diathésiques : scrofule, goutte, herpétisme ; soit à des troubles des fonctions sexuelles : dysménorrhée, puerpéralité. Ces tuméfactions, dans les sept observations citées par l'auteur se sont toujours produites avec une
1 Annales de dermatol. et de syph., tome I.
42i EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
très-grande rapidité; en général elles ne duraient que quelques heures, même quelques minutes, et disparaissaient sans laisser de traces. Elles s'accompagnaient de rougeur, de chaleur, de sensation de brûlure et de démangeaison.
Au point de vue du traitement, il n'y a pas lieu de se préoccuper de ces tumeurs congestives en elles-mêmes; ce sont des lésions insignifiantes et dont la gravité paraît ne tenir qu'à leur siège ; il faut se borner à combattre l'état diathésique qui les entretient.
Les caractères de l'urticaire sont si tranchés que le diagnostic est en général facile. Lorsqu'elle s'accompagne de gonflement œdémateux, on pourrait quelquefois la confondre avec l'érysipèle ; on évitera cette erreur en se rappelant que, dans la première, la rougeur est moins prononcée, la tuméfaction plus molle que dans l'érysipèle, enfin que la maladie a débuté brusquement par plusieurs plaques rouges prurigineuses, restant telles pendant toute leur durée, et non par une seule plaque se couvrant bientôt de phlyctènes.
Étiologie. — L'urticaire peut dépendre de causes externes et de causes internes.
Urticaire de cause externe. — Elle est alors produite par la piqûre soit de l'ortie, soit de certains insectes, tels que les chenilles \ les punaises, les cousins, etc. Chez quelques personnes, une simple piqûre de puce donne lieu à des plaques d'urticaire très-nombreuses et très-étendues. Dans cette urticaire traumatique on aperçoit toujours, au centre des élevures, un point d'une couleur plus foncée; c'est le siège de la piqûre.
Chez certains individus la susceptibilité de la peau est telle que l'urticaire peut apparaître sous la seule influence du grattage.
Urticaire de cause interne. — Elle survient souvent à la
* Leur seul contact détermine l'urticaire.
suite d'émotions morales vives, telles que la joie, la frayeur*, la colère.
Certains aliments provoquent aussi l'urticaire. Ceux qui lui donnent le plus habituellement naissance sont : les moules, les huîtres, les langoustes, les homards, les écrevisses, le poisson de mer, surtout peu frais, le porc, les fraises, les groseilles, etc. Il en est de même de l'ingestion de quelques médicaments : le copahu, la térébenthine, l'iodure de potassium, la valériane, etc. Cet effet tient évidemment à l'idiosyncrasie des sujets, car la plupart des individus peuvent faire usage de ces substances sans le moindre inconvénient.
Parmi les causes internes, rangeons encore les troubles des voies digestives, notamment ceux qui sont occasionnés par des vers intestinaux. Le professeur Hebra et Scanzoni ont aussi signalé, au nombre des agents de l'urticaire, certaines modifications physiologiques ou pathologiques dans les organes génitaux de la femme.
Enfin, selon M. Bazin, l'urticaire chronique peut être une manifestation de la dartre et de l'arthritis.
Traitement. — La première indication qui se présente est de faire cesser les causes. Il est vrai que lorsque le malade vient vous consulter, la cause a en général disparu et la méthode expectante suffit alors pour rétablir l'équilibre. Si cependant il existe encore quelques malaises, on pourra conseiller avec avantage les boissons rafraîchissantes, acidulées : la limonade, l'orangeade, la macération de bois de réglisse, etc., un léger purgatif s'il y a encore un peu d'embarras gastrique. Mais il faut s'en tenir à la classe des tempérants ; tous les remèdes qui poussent à la peau, notamment les bains sont parfaitement inutiles et plus qu'inutiles, car ils n'auraient pour effet que de prolonger l'éruption en provoquant l'apparition de nouvelles plaques ortiées.
* J'ai vu, il y a peu de temps, sur une jeune femme, à la suite d'une chute flans un escalier, une urticaire envahir instantanément toute la surface du corps.
426 EXANTHÈMES NON CONTAGIEUX.
En cas d'urticaire récidivant facilement, il convient d'attacher une grande importance au régime. Avant tout, il faut proscrire de l'alimentation toutes les substances dont nous savons que l'ingestion, chez quelques personnes, est suivie de plaques d'urticaire. L'usage des viandes blanches rôties ou grillées ; la diète végétale ou lactée peuvent dans certains cas, empêcher le retour de toutes manifestations cutanées.
Si l'urticaire paraît liée à une irritation des premières voies, à une dyspepsie, on devra agir contre l'affection digestive et avoir recours aux moyens appropriés.
Lorsqu'elle est le résultat de troubles ayant leur siège dans la sphère génitale, il est souvent bien difficile d'en supprimer la cause. On n'en devra alors intervenir que plus activement dans le sens, parfois bien déterminé, des indications que fournira une étude attentive de la maladie.
Dans l'urticaire chronique, il est presque toujours à peu près impossible d'instituer un traitement rationnel, puisque l'on ignore le plus souvent les causes qui l'entretiennent. Quelques auteurs ont cependant obtenu des guéri sons incontestables par l'emploi des préparations arsenicales. Dans quel sens agit alors l'arsenic, comme modificateur de la peau ou comme antipériodique?... M. Duchesne-Duparc recommande l'usage interne de la teinture d'aconit comme un spécifique contre la démangeaison. Selon Hebra, au contraire, l'arsenic, et l'aconit seraient sans efficacité contre la forme chronique de l'urticaire.
Si l'urticaire survient dans le cours d'une maladie fébrile, il suffit, par rapport à cette complication, de s'abstenir de toute médication excitante ou diaphorétique.
Le moyen qui paraît le mieux calmer les démangeaisons et les sensations analogues parfois très-pénibles, consiste en lotions froides. Les lotions vinaigrées, les topiques pulvérulents donnent en général peu de résultat. Une recommandation
ROSEOLE. 427
qu'il importe de faire aux malades, c'est d'éviter de trop se couvrir la miit.
L'urticaire est souvent rebelle à toutes les médications et ne disparaît que lorsque l'individu affecté a complètement changé son régime et sa manière de vivre et même sa résidence, parfois sa profession.
ROSÉOLE.
Il est assez difficile de définir bien exactement ce que l'on doit entendre par roséole. D'une manière générale, cette affection est caractérisée par des plaques rosées, très-légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, et disséminées sur une assez grande surface du tégument, notamment à la poitrine, au ventre, sur les membres supérieurs. Ces taches, le plus souvent confluentes, sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine.
Au premier abord, on pourrait confondre les plaques de la roséole avec celles de la rougeole ; cependant, quoique dans quelques cas le diagnostic puisse présenter certaines difficultés, on se rappellera que dans l'exanthème rubéolique les plaques sont ordinairement plus larges, qu'elles tendent à se confondre et enfin qu'elles sont plus proéminentes ; ceci dit sans tenir compte de l'appareil fébrile et des fluxions concomitantes spéciales sur les orifices muqueux, accompagnement obligé de la rougeole et qui en facilite singulièrement le diagnostic. Cependant, de même que dans les exanthèmes, on voit parfois, dans la roséole, quoique à un moindre degré, une légère congestion de l'isthme guttural; souvent aussi il existe un peu de tuméfaction et de sensibilité des glandes sous-maxillaires.
11 en est de même des phénomènes généraux : ils ne sont pas différents de ceux observés dans la rougeole, la scarlatine ou la variole ; ils s'en distingent toutefois par leur bien moindre
428 EXAÎNTIIÈMES NON CONTAGIEUX.
intensité. Toujours très-légers, d'une durée éphémère, ils ne persistent pas en général au delà de deux ou trois jours, par- Ibis même ils sont à peine appréciables. Si l'on observe la roséole à l'état épidémique, elle n'est d'autre part jamais contagieuse. Dans tous les cas, c'est une éruption fugace, bénigne, dont la durée ne dépasse pas trois ou quatre jours.
Ce sont les éruptions roséoliques, si fréquentes au printemps et à l'automne, qui sont souvent prises à tort pour de véritables rougeoles et qui font dire à tant de parents que leurs enfants ont eu plusieurs fois le véritable exanthème rubéolique.
Que la roséole soit idiopathique ou qu'elle survienne dans le cours d'une autre maladie : fièvre grave, rhumatisme, goutte, etc., ou qu'elle apparaisse durant l'évolution d'un exanthème fébrile ou de la vaccine, etc., la roséole ne présente pas de différences essentielles. La roséole syphilitique seule mériterait de nous arrêter, mais il en a été question ailleurs, voy. p. 250.
La roséole comme nous l'avons déjà dit, se montre de préférence aux changements de saison, notamment au printemps et à l'automne, aussi l'observe-t-on souvent sous forme endémique. Les variations de température, la fatigue, les écarts de régime paraissent favoriser son développement et agir comme causes déterminantes.
Traitement. — Le traitement des éruptions roséoliques est des plus simples, car il ne faut point l'oublier, elles disparaissent le plus souvent d'une manière spontanée au bout de peu de jours. De légers laxatifs, des boissons rafraîchissantes, des amers font promptement cesser l'embarras gastrique qui accompagne ordinairement la roséole dans sa forme idiopathique. Si elle coexiste avec d'autres affections, elle n'exige pas de médication spéciale.
Localement, il est préférable de ne pas intervenir à moins
PURPUUÂ. 429
d'indications particulières. S'il existait une vive irritation de la peau, quelques lotions avec de l'eau de son tiède ou une légère solution ammoniacale en triompheraient rapidement. Le régime doit être celui de toutes les inflammations cutanées légères : réclusion, repos, chaleur, alimentation modérée, non excitante.
TACHES HÉMATIQUES