Eau distillée 25 grammes
Nitrate d'argent 5 centigrammes.
Nitrate d'argent 5 centigrammes.
J'ai quelquefois, pour mieux remédier à l'accoutumance, combiné avec avantage les astringents et les caustiques dans la formule suivante :
N° 17. — « Pendant quinze jours, faire trois injections par jour avec :
Eau distillée 250 grammes.
Sulfate de zinc 1 ,.-,,.
„ . âalo decierammes.
lannin \ °
« Les troisième, sixième, neuvième et douzième jour, remplacer ces injections par une seule, faite ce jour-là avec :
Eau distillée 60 grammes.
Nitrate d'argent 15 centigrammes *.
* Il y a lieu quelquefois de poursuivre, par une application plus directe du caustique, l'irritation blennorrhagique dans les points de l'urèthre où, soit un excès
PÉRIODE CimOMQUE. 47
Je rejette presque absolument les injections au nitrate acide de mercure très-dilué, à cause de la presqu'impossibilité d'en prévenir les mauvais effets, même au moyen d'un dosage aussi exact, aussi prudent, aussi timide que possible. — J'en parle par expérience.
Les injections cathérétiques ou caustiques ne constituent qu'un des moyens de la méthode substitutive. Cette méthode compte d'autres procédés. Ainsi, pour raviver une blennorrhée rebelle, pour la faire repasser à l'état subaigu [état répressible) , on a conseillé :
1° De contracter ou de s'inoculer une nouvelle blennorrhagie. Quand, intentionnellement ou non, cela a lieu, le malade devra s'attacher, avec toute la patience possible, à laisser mûrir très -complètement sa blennorrhagie, afin de pouvoir,
de sensibilité, soit la constatation de la provenance de la sécrétion, dénote que cette irritation existe plus forte qu'ailleurs. Ces points sont :
1° Le méat. — Ceci s'observe surtout chez les hypospadiaques. Ces larges méats doivent alors être touchés directement, 5 ou 4 fois, à cinq ou six jours d'intervalle, avec le porte-caustique de Lallemand.
2° Les follicules des bords du méat. — C'est là une véritable blennorrhagie qui, occupant un siège obscui, presque toujours masqué par la croûte qui se forme sur l'orifice du follicule, est très-souvent méconnue des malades et du médecin, et reproduit fréquemment, par une contagion de source insidieuse, la blennorrhagie uréthrale, au moment où l'on croyait celle-ci guérie; et cela à charge de revanche, entre l'iuèthre et le follicule qui se rccontagionnent alternativement l'un l'autre.
Le traitement consiste à cautériser l'intérieur de la cavité du follicule; ce qui ne peut guère s'effectuer qu'en y introduisant une aiguille de bas ou un fil d'archal (un trait de fleuriste) assez gros pour n'y entrer qu'cà frottement; puis en chauffant à la flamme d'une bougie cette aiguille, après qu'elle a été préalablement introduite dans le follicule. Un écran, une carte que l'aiguille a trouée, permet d'approcher la bougie assez près pour chauffer l'aiguille sans brûler la peau. J'ai aussi réussi à exécuter cette cautérisation, parfois très-difficile, en taillant un tout petit fragment de bois, que je trempe dans l'acide nitrique, et que j'enfile ensuite dans le trajet dont il faut toujours, au préalable, avoir bien étudié, par un sondage, avec l'instrument simplement huilé, la direction et la profondeur.
5° La fosse naviculaire. — J'ai expliqué, p. 10, le mécanisme par lequel on peut obtenir que l'écoulement distende cette partie du canal, de façon à pénétrer tous les replis, toutes les arrière-cavités de la muqueuse.
4° La ii'ortion membraneuse et prostatique. — Pour faire parvenir d'emblée
48 BLEjSNORRHAGIE.
alors, à l'aide du copahii, détruire Fancieu mal on même temps que le nouveau. C'est là, pour le blenuorrhéen, une chance de guérison que je ne l'engagerai jamais à rechercher, mais dont, si elle lui échoit, il peut profiter et souvent il profitera.
2° D'introduire dans le canal des bougies molles, et de les laisser à demeure quelques minutes ou davantage, plusieurs jours de suite, jus(prà ce qu'il s'ensuive une irritation, un retour de l'état aigu, dont on tire parti comme dans le cas précédent.
Ce vieux procédé n'atteint qu'imparfaitement, que lentement le but ; et pendant le temps qu'il exige pour y arriver, les accidents auxquels expose tout cathétérisme, les accès de fièvre, la cystite, l'épididymite peuvent se développer.
et sans alténuation la solution caustique sur la muqueuse de cette région, voici comment je procède :
J'introduis une sonde en gomme élastique, à béquille, dans la vessie. Quand elle y est parvenue (ce qui se reconnaît à ce que l'urine sort] ; je la retire lentement jusqu'à ce que l'urine cesse de couler; ce qui indique que l'œil de la sonde correspond, en ce moment, à la partie prostatique du canal. Alors, j'adapte à l'ouverture extérieure de la sonde la petite seringue en verre, pleine d'une solution de nitrate d'argent au 50°, et je pousse un cinquième environ de son contenu par un brusque coup de piston. On ne voit rien refluer entre la sonde et le canal. J'attends cinq ou six secondes. Je retire encore la sonde d'un centimètre. J'attends cinq ou six secondes pour laisser à la couche musculaire de ■ l'urèthre le temps de se contracter sur la sonde, de manière à empêcher le reflux du liquide injecté; et alors je donne un nouveau coup de piston. J'attends cinq secondes. Je retire encore la sonde d'un centimètre. iNouvelle attente de cinq secondes; puis, au quatrième ou cinquième coup de piston, le reflux du liquide, qui finit par avoir lieu, m'apprend que l'œil de la sonde est maintenant hors de la portion de l'urèthre où les injections, faites avec la seringue seule selon le procédé vulgaire, ne pénètrent que difficilement.
Cette petite opération, qui ne demande pour son exécution que des instruments usuels, est souvent suivie de succès; on peut surtout compter sur elle pour faire disparaître l'endolorissement périnéal, mal défini et fort incommode, qui complique certaines blennorrhées. Le seul inconvénient auquel elle donne lieu est un ténesme vésical, qui dure pendant une heure environ.
Il faut ordinairement réitérer trois ou quatre fois ces injections, à quatre jours d'intervalle, pour obtenir l'effet qu'on attend d'elles.
J'ai dû énoncer cette manœuvre avec quelques détails, d'abord parce qu'ils sont utiles à connaître, puis parce que le procédé, décrit sous mon nom dans certains ouvrages, a été complètement défiguré.
rÉRIODE CHRONIQUE. 49
Je lui préfère, et j'emploie, dans les cas réfractaires, la médication ainsi formulée :
rs" 18. — « Tous les jours, introduire, à 16 centimètres environ, dans le canal, et y laisser 5 minutes, une bougie en cire de 4 ou 5 millimètres, enduite de :
Cérnt 25 grammes.
Alun calciné 2 »
Calomel 5 »
« Si, au bout de trois jours, il n'est pas survenu de la douleur, de la tension du canal, avec augmentation et épaisissement de l'écoulement, on s'arrangera de manière à provoquer peu à peu ces effets, ce qui a lieu : soit en faisant deux sondages par jour; soit en gardant la bougie cinq minutes ; soit en la faisant tourner sur elle-même deux ou trois fois dans le canal ; soit enfin, s'il le faut, en ajoutant à la pommade un gramme d'alun et un gramme de calomel en plus. »
Quelques pharmaciens ont imaginé des bougies médicamenteuses dans la substance desquelles sont incorporés des agents de l'ordre de ceux que je viens de nommer.
De quelque manière qu'on ait obtenu l'exacerbation désirée, que ce soit par les injections, par une nouvelle blennorrhagie ou par l'usage des bougies, il faut, quand cette exacerbation s'est prononcée à un degré qu'on juge suffisant, cesser l'emploi des remèdes qui l'ont réalisée, et attendre; mais attendre en observant les règles de l'hygiène spéciale et en évit nt toutes les causes capables de troubler le processus salutaire sur lequel on compte pour que la fluxion artificiellement provoquée se termine par une résolution complète et la guérison.
Mais pour que ce processus s'achève, pour qu'on soit, par conséquent, à même de juger si oui ou non il a produit une guérison solide, il faut quelques jours. De là ce précepte formel, qu'on ne saurait trop répéter, avant de les congédier, aux clients à qui on vient de prescrire des injections :
50 BLE^^JNORRHAGIE.
« Si VOUS croyez avoir encore besoin cVune consultation^ ne revenez (lu après avoir laissé passer trois ou quatre jours à partir de la dernière injection. »
A ce terme, en effet, à ce terme seulement, on sait à quoi s'en tenir sur le résultat définitif de la médication. Mais ce résultat, en fait, quel est-il?...
Parfois, c'est la guérison — qui, pour se consolider, exige encore un mois de régime S — mais le plus souvent ce n'est qu'une amélioration; et, pour la convertir en guérison, il faut recommencer une série analogue d'injections ou de sondages, en ayant soin de varier les agents de la médication substitutive ou d'augmenter les doses de ses agents.
Les rétréciss^ements de l'urèthre — que l'état subinflammatoire générateurde la blennorrhée produit souvent — peuventils, à leur tour, entretenir la blennorrhée? A quel degré, et avec quelle fréquence cette influence s'exerce-t-elle?... Chaque auteur, chaque praticien l'apprécie selon ses tendances, selon ses habitudes, selon sa spécialité surtout. Pour nous éclairer sur ce point, écoutons le dialogue suivant entre un urologiste et un syphiligraphe :
L'uROLOGisTE. — Yous uc uiercz pas que, autour et surtout en arrière du point coarcté de l'urèthre, il ne s'établisse une pjdegmasie dont la sécrétion blennorrhéique est justement la conséquence.
Le syphiligraphe. — D'accord ; c'est possible, probable même. Mais est-ce réel ? Ne s'y trompe-t-on point ? Ne cherchet-on jamais à tromper les malades? Que de fois n'ai-je pas vu
* Ni bière, ni vin blanc, ni vermouth, ni bains chauds, ni boissons rafraîchissantes prises en abondance. Eviter de passer des nuits sans se coucher, de monter à cheval, de faire des courses forcées, de voyager plusieurs jours de suite. De ce régime fait obligatoirement partie la continence : sans regarder une infraction commise accidentellement comme un obstacle absolu à la cure, je proscris le coït hab tuel. A plus forte raison condamnerai-je la doctrine accommodante qui, pendant qu'il y a encore sécrétion purulente, fait du fonctionnement modéré et régulier de l'appareil génital une condition de guérison de la blennorrhée.
PÉRIODE ClIROMQUE. 51
de pamres diables sondés sans pitié pour un rétrécissement soi-disant cause unique de leur goutte. Ils venaient alors me voir ensuite, toujours avec leur goutte; et quand, les sondant à mon tour, j'arrivais au collet du bulbe, là où, normalement, la bougie rencontre toujours une certaine résistance : a Oh ! c'est là, s'écriaient-ils, c'est bien là le rétrécissement qu'on a voulu me faire passer ! »
L'uROLOGisTE. — Yous parlez de charlatans ou d'ignares. Mais, vous-même, peut-être, combien de fois n'avez-vous pas méconnu un rétrécissement, si vous en déclarez exempt un homme qui urine bien, un canal dans lequel on passe sans résistance un cathéter conique ou cylindrique, même d'un diamètre de 7 à 8 millimètres.
Le stphiiigraphe. — Il est certain que, dans ces conditions, il me serait difficile de croire à un rétrécissement. Du moment qu'on urine bien....
L'uROLOGisTE. — Et VOUS auricz tort. Les diverses parties de l'urèthre n'ayant pas le même diamètre, une des parties larges peut s'être rétrécie sans qu'il en résulte un resserrement du calibre minimum, qui seul mesure la largeur du jet d'urine D'autre part, un rétrécissement commençant peut très-bien être aplati, effacé par un cathéter ordinaire, et par conséquent ne pas donner, lors d'un pareil sondage, de signe sensible de son existence. Il en sera tout différemment si vous vous servez d'une bougie à boule. En la retirant, vous ne pouvez manquer, d'après la sensation de ressaut que produit alors la rencontre du moindre obstacle, d'apprécier le plus faible resserrement. . . .
Le syphiligraphe. — Et de le traiter, pendant des semaines et des mois, par la dilatation ou l'incision, au risque des cystites, des hémorrhagies, des accès de fièvre uréthrale. Et pour quel résultat?... Hélas! la stricture passe, je l'accorde, mais la blennorrhée reste, et elle n'est devenue ni moins incommode, ni moins aisée à ouérir.
52 BLEMNORRHAGIE.
Ces derniers mots sont l'expression de ce que j'ai observé assez fréquemment. En somme, il est indiqué de faire disparaître tout rétrécissement uréthral bien constaté qui coexiste avec une blennorrhée. Mais en commençant cette cure, soyez sobre de promesses relativement à l'effet qu'elle doit avoir sur 1 "écoulement ; car le plus souvent le résultat ne répond point aux espérances que la tbéorie semblait autoriser. Le plus souvent, vous vous trouvez avoir par là supprimé une complication de la blennorrhée, mais non sa cause. Et son traitement par les autres agents, par les médications ordinaires, reste tout entier à instituer.
J'ai dit que, après un certain temps, la blennorrhée est parfois devenue presque une fonction de l'organisme. Aussi peut-on espérer, et est-il rationnel do tenter la guérison locale par des moyens pharmaceutiques ou hygiéniques qui s'adressent à l'organisme tout entier; genre de médication qui, d'ailleurs, se concilie on ne peut mieux avec l'emploi des topiques.
Ainsi l'huile de foie de morue, les ferrugineux, l'air de la campagne, aident puissamment à obtenir la guérison chez les sujets lymphatiques.
Ainsi j'ai toujours obtenu de bons résultats de l'usage de la flanelle : c'est même là un secovirs à ne jamais négliger, et, par conséquent, une question à ne jamais omettre d'adresser aux malades.
Dans ce même sens, je leur recommande de faire, matin et soir, en changeant de chemise, une friction avec un linge rude sur toute la peau, et assez vivement pour la rougir.
Les bains de mer ou de rivière (surtout avec natation), les douches froides comptent de nombreux succès, comme agents toniques, et doivent toujours, dans la saison favorable, être utilisés à titre d'auxiliaires.
Une alimentation plus réparatrice, un changement de rési-
PÉRIODE CiiRÛAlQUE. 55
dence, de profession, exerceront parfois l'influence curative décisive : mais ce n'est qu'autant qu'il résultera de ce changement un appel plus énergique du sang à la périphérie. En 1857, tout jeune docteur alors, et n'ayant jamais jusque-là habité de pays plus méridional que Lyon et Vienne, j'allai, en juillet, passer dix jours à Marseille. J'y souffris cruellement de la chaleur; mais, au retour, je constatai, avec autant de plaisir que de surprise, en échange de mes flots de transpiration, la fin radicale d'une goutte que je traînais depuis quatorze mois, et qui avait résisté aux divers moyens, patiemment et activement employés, de la médication locale.
Les eaux minérales, les bains de vapeur thérébcnthinée, l'hydrothérapie S les bains sulfureux ou alcalins promettent aussi des cures assurées. Je crois, quant à moi, à l'élément reconstituant de ces divers agents. Je crois à Royat, à Salins, pour relever la nutrition et donner par suite plus de ton ta la muqueuse devenue le siège d'une sécrétion passive, ainsi qu'on disait autrefois. Je crois, d'autre part, aux eaux sulfureuses, notamment à Bagnères-de-Luchon, à Cauterets, à Aix, surtout à Uriage pour combattre l'élément herpétique qui entretient tant de blennorrhées. Hors de là, ma foi est des moins robustes; et pour me convertir, il faudrait autre chose que des promesses ou des observations rédigées en style de prospectus.
Une maladie aiguë violente, de quelque durée, telles qu'une attaque de rhumatisme articulaire, une fièvre typhoïde, une fluxion de poitrine, un érysipèle, une série de furoncles, ont parfois fait disparaître la blennorrhée. 11 en est de même.
* Les annonces de l'un de ces établissements, en 1853, affirmaient la guérison certaine, radicale des vieux suintements. Or, pendant que le médecin de la maison cherchait à me prouver la réalité de ces admirables, de ces immanquables succès, j'avais justement pour client assidu le garçon de l'établissement, qui, liar profession, participait à tous les exercices balnéatoires de tous les malades, et qui, malgré cet excès de médication infaillible, n'en restait pas moins porteur d'une blennorrhée des plus rebelles.
54 BLEMNORRHAGIE.
comme nous ie verrons plus loin, par le fait de l'épididymite. Mais souvent, en même temps que la maladie aiguë diminue, que la fièvre dont elle s'accompagne tombe, on voit revenir la blennorrhagie, et parfois avec le même degré d'acuité qu'elle offrait au moment où elle se suspendit. Je l'ai vue reparaître à l'état aigu, après une disparition, en apparence complète, de 45 jours, chez un typhoïque, durer encore trois mois et assez caractérisée pour donner lieu à des accidents multiples et sérieux du côté de la vessie et de l'épididyme.
G. — Suintement muqueux.
Son caractère clinique est de ne plus pouvoir, sous Vinfluence de quelque cause excitante que ce soit, repasser, même momentanément, à Vétat contagieux.
Le type physiologique de la sécrétion muqueuse normale de l'urèthre est le liquide qui sort du méat à la suite d'une érection violente et prolongée. Ses attributs physiques sont d'être transparent et filant.
A la suite de la blennorrhagie, on voit parfois persister un suintement de cette espèce, mais se produisant sans érection.
Or, ce suintement peut soit offrir au complet, soit ne pas offrir entièrement les deux caractères ci-dessus.
Si, par exemple, il ne file qu'à un ou deux centimètres ; si, au lieu d'une transparence absolue, d'une absence complète de couleur, il est opalin, alors il conserve encore à un degré inoffensif mais réel le caractère morbide ; et, sans qu'il y ait aucune nécessité de le combattre, on peut, pour céder aux sollicitations des clients, entreprendre de le réduire à l'état de pure mucosité, c'est-à-dire de mucosité pure.
Ce qui réussit le mieux dans ce cas, sont les injections qui déposent et laissent à demeure sur la surface uréthrale des parcelles médicamenteuses solides ; telles sont le sous-nitrate
de bismuth (de 4 à 6 grammes dans 120 grammes d'eau, deux ou trois fois par jour^)
L'injection demi-solide au glycérolé d'amidon, seul ou additionné de divers astringents, peut aussi, dans ce cas, rendre de bons services.
Je me sers souvent avec avantage du vin rouge ordinaire contenant de la lie (pris aux dernières bouteilles qu'on tire du tonneau). S'il produit de la cuisson, il faut l'affaiblir par l'addition d'eau ; car on n'a à demander à ces diverses injections aucune action irritante.
Mais, dans beaucoup d'autres cas, la matière du suintement est exclusivement muqueuse, c'est-à-dire, qu'elle a la transparence du blanc d'œuf, et que, prise entre deux doigts, elle file à quatre ou cinq centimètres de distance.
Dans ces conditions, l'innocuité est absolue, évidente. Mais la plupart des clients ne l'entendent point ainsi. Vous avez beau leur affirmer que ce n'est pas une maladie ; qu'il ne s'agit que d'une humeur naturelle, seulement un peu plus abondante que dans l'état naturel ; qu'il n'y a pas la plus petite chance de contagion, pas la moindre suite fâcheuse, locale ou générale, à appréhender soit pour le présent, soit pour l'avenir... ils n'en attachent pas moins sur vous leur regard consterné en vous répétant : « Docteur, çà ne passera donc jamais ! » et : « Puisque c'est si peu de chose, ajoutentils, quoi de plus aisé que de le guérir? »
« Mais, c'est que, justement, devra-t-on leur répondre, un état qui ne diffère presqu'en rien de la santé est extrêmement difficile à modifier, » — On peut cependant y travailler, et par trois ordres de moyens.
* Secouer le flacon. Après l'avoir gardée cinq minutes au moins, il faut ne laisser sortir l'injection que peu à peu, en trois ou quatre fois. De cette façon, les parois uréthrales n'étant pas sollicitées à se contracter brusquement, op, si l'on aime mieux, à revenir brusquement sur elles-mêmes, une certaine quantité de la matière injectée peut rester dans le canal.
56 BLEiNNORRIIAGIE.
D'abord, en reconstituant, s'il y a lieu, l'organisme, à l'aide des agents appropriés.
Secondement, en tonifiant la muqueuse uréthrale ; et cela non par les injections, absolument impuissantes dans l'espèce, mais par les lotions et irrigations froides, les lavements froids, les bains de siège d'un quart d'heure, à 25°, les douches d'eau froide, les bains de rivière et de mer, les bains sulfureux et eaux minérales de même nature, l'application de la glace au périnée (une séance de quatre heures consécutives, réitérée tous les huit jours, pendant un mois.)
Simultanément, il convient de veiller au fonctionnement de l'appareil génital : ne pas prolonger l'érection sans objet ; ne pas la provoquer par des attouchements ; régler les rapports sexuels en les proportionnant aux besoins réels et sans se permettre de répétition, séance tenante ; traiter les pertes séminales qui coexisteraient.
Avec ces soins, en prosciivant toute cautérisation, toute injection irritante, il est rare que, avec le temps, ce suintement iTiuqueux ne finisse pas par disparaître. Le pis qu'il puisse arriver à l'individu qui en est atteint c'est de conserver cette hypersécrétion, laquelle, au faible degré qu'elle affecte le plus souvent, n'est pas même une incommodité.
Je reviens : pendant la blennorrhée et même après sa guérison complète, il se produit parfois dans le canal une douleur qui est continue ou à paroxysmes, naissant spontanément, n'augmentant ni par la pression, ni durant la miction, ni durant l'érection, et ne s'accompagnant d'aucun signe local d'inflammation. C'est la névralgie uréthrale, qui tantôt occupe tout le canal, tantôt se fixe dans quelques points, dont l'un est presque constamment la fosse naviculaire.
Pour traiter efficacement cette douleur dont la ténacité tourmente les malades, il faut d'abord s'assurer si elle ne tient pas à un reste de phlegmasie, d'engorgement d'un folli-
cule, de subinflammation de l'arrière canal ou du col de la vessie. Mais quand il n'y a eu ou qu'il n'y a plus que l'élément névralgique, on l'attaquera de deux côtés, c'est-à-dire par le canal et par la peau.
1" Par le canal : On laisse à demeure, pendant dix minutes, matin et soir, une injection sédative d'huile de morphine , d'infusion concentrée de feuilles de belladone. Si cela échoue, on peut réussir avec deux ou trois injections de nitrate d'argent au 1/100 ou 1/200, réitérées à cinq jours d'intervalle, dont on cherche à localiser l'action en pressant simultanément d'une main d'avant en arrière et de l'autre d'arrière en avant, pour faire que l'injection distende le point douloureux du canal. Si ces injections soulagent mais ne guérissent pas, on complète leur effet par une cautérisation avec l'instrument de Lallemand.
2° Paj' la peau : Vésicatoires volants morphines ; applications de chloroforme ; glace ; compression ; injections souscutanées narcotiques. J'ai vu cette névralgie céder très-rapidement à quelques bains de la verge pris dans la solution suivante :
Eau distillée 150 grammes.
Sulfate neutre d'atropine. ... 5 centigrammes.
La médication narcotique et antispasmodique générale (quarts de lavement laudanisés, valérianatc de zinc, pilules de Méglin) et- la médication antipériodique rendent aussi des services. Mais, comme pour toutes les névralgies, et notamment pour toutes celles nées d'une lésion génitale, il faut toujours compter avec l'état névropathiqiie constitutionnel qui les engendre et que, par un singulier effet, elles entretiennent à leur tour. Les bains froids, les ferrugineux, le retour aux occupations et au régime habituel sont d'utiles en même temps que d'indispensables adjuvants pour la thérapeutique* de cette torturante quoique insignifiante affection
que, en définitive, on est souvent forcé, ne pouvant faire mieux — et Ton pourrait faire beaucoup plus mal — de traiter par le mépris !
BLENNORRHOIDES
Les uréthropathies, non traumatiques, qui peuvent simuler la blennorrhagie sont au nombre de deux : l'uréthrorrhée, et l'herpétisme uréthral.
Uréthrorrhée.
Cette affection ressemble à la blennorrhagie par certains caractères et en diffère par d'autres.
Elle lui ressemble : en ce qu'elle ne survient qu'à la suite du coït; — qu'elle apparaît deux ou trois jours après ; — qu'elle produit un écoulement et s'accompagne d'irritation; — qu'elle dure au moins deux mois.
Elle en diffère : en ce qu'elle peut résulter du coït avec une femme saine, exempte même de perte blanche ; — qu'elle s'établit, dès son début, sous la forme et avec le degré d'intensité qu'elle gardera pendant toute sa durée ; — que la sensation n'est jamais qu'une sorte de chatouillement continu un peu exagéré par la miction, mais plutôt incommode que douloureux; — que l'écoulement qui en résulte, clair, très-peu abondant, contient à peine du pus, ne donne lieu qu'à une tache sans épaisseur, dont le centre seul est légèrement jaune ; — enfin, que le copahu et le cubèbe n'ont aucune action contre elle.
Quelle est donc la cause de cette singulière maladie, bien connue d'ailleurs, que les clients appellent e'chauffement, et qui répond à la gonorrhée non virulente des anciens auteurs ! . . .
Cette cause — que j'ai vérifiée par de nombreuses constata-
BLENNORRHOÏDES. 59
tions cliniques ^ — est le coït avec une femme ayant ses règles.
Les caractères différentiels énoncés ci-dessus peuvent remplacer une description plus étendue. J'appelle seulement l'attention du praticien sur la longue durée de cet état et sur la résistance qu'il oppose aux moyens ordinaires de la médication anti-blennorrhagique. Envoyant cette fluxion rester, au bout de huit ou dix jours, insignifiante, indolente, le médecin est naturellement porté à partager l'avis du client qui ne voit là qu'un échauffement, et à lui promettre par conséquent une prompte et facile guérison. . .
Qu'il ne commette pas cette faute , car elle lui serait par la suite durement reprochée ; et même l'on ne manquerait pas d'attribuer la ténacité du mal, soit à ce que le médecin aura mal à propos temporisé, soit à tel ou tel remède qu'il aura eu tort ou d'employer ou de ne pas employer !... Il faut le dire, et pour cela il faut le savoir : l'uréthrorrhée, maladie trèsréelle et assez fréquente, n'est pas un degré faible de la blennorrhagie ordinaire ; c'est une espèce à part, ayant sa cause, son évolution, sa durée et surtout ses incompatibilités thérapeutiques. Son cours ordinaire est long, très-long, souvent de plusieurs mois ; et, pour la combattre, le médecin n'a pas à sa disposition les ressources,- les remèdes spécifiques, qui lui rendent de si grands services contre la blennorrhagie.
Quant à moi, lorsque j'ai reconnu l'existence d'une uréthrorrhée,']Q. ne manque jamais de notifier au patient ce pronostic relativement défavorable ^
« Vous ne souffrirez jamais plus qu'à présent, lui dis-je ;
* M. le docteur Deville a fait cette constatation de la manière la plus exacte, la plus péremptoire dans un cas publié par la Gazette médicale de Lyon, 1862, p. 6^, cas dont les circonstances ne me permettent point de le reproduire ici.
Mais, en même temps, je lui dis que ce n'est pas une maladie vénérienne, que la femme qu'il a vue n avait pas de mal; et cette déclaration suffit ordinairement à le consoler.
60 BLEN^ORRHAGIE.
mais l'écoulement et la sensation légèrement pénible que vous éprouvez peuvent persister plusieurs mois sans augmenter et sans s'atténuer. »
L'uréthrorrhée coïncide, dans quelques cas, avec la blennorrhagie. Cette coexistence est probablement parfois la cause latente mais réelle de la tendance que certaines blennorrhagies ont à se maintenir à l'état chronique.
Si l'on me consulte dès le début de la maladie, comme, à cette période, rien ne différencie l'uréthorrhée d'une blennorrhagic, je pratique l'injection abortive.
Si, au contraire, les caractères propres de la maladie ont déjà eu le temps de se dessiner, j'essaye une série d'injections astringentes, et sans interruption, pendant dix ou douze jours.
Si, nonobstant, le mal persévère — ce qui n'est pas rare — je prescris des bains répétés, des boissons délayantes à dose modérée, un ou deux purgatifs salins, la continence, la chasteté même, et très-obligatoires, les lotions, irrigations, douches froides ; et, après avoir laissé la subinllammation s'user par ces moyens et par l'effet du temps, j'ai de nouveau recours à des injections, soit astringentes, soit légèrement caustiques.
Il faut aussi songer et remédier à la dyspepsie qui parfois est une cause connexe de la persistance de ce flux.
Herpétisme 'uréthral.
Le propre de la diathèse herpétique est, on le sait, de donner lieu à certaines fluxions cutanées ou muqueuses, à formes déterminées, mais à siège variable.
Or, chez un individu qui a eu des chancres on des chancrelles, cette fluxion est, de par cet antécédent, plus spécialement sollicitée à se faire sur le prépuce : c'est V herpès préputialis, dont il sera question plus loin.
De même, l'individu a-t-il eu des blcnnorrhagics? Alors, c'est sur l'urèthre que se portera ordinairement la fluxion ; et selon la loi qui circonscrit ces sortes de jetées aux orifices, la
BLENNORRHOIDES. 61
fluxion s'effectuera notamment sur les trois ou quatre premiers centimètres du canal : c est V lier pétis me uréîhral.
Souvent on voit la fluxion sur l'urèthre coexister ou alterner avec les fluxions sur le prépuce ; ce qui achève de prouver la nature herpétique de la première. D'ailleurs, on observe ordinairement, dans ces cas, d'autres éruptions manifestement dartreuses, l'eczéma de l'anus ou- des bourses, des mains ou des jarrets, le pityriasis capitis, l'angine herpétique, etc.
Un homme placé dans ces conditions, et qui depuis près de deux mois, je le suppose, n'a pas payé son tribut accoutumé à la diathèse, ressent à la fosse nariculaire un embarras, une gêne. En douze heures, cette gêne devient une douleur, qui est cuisante lors de la miction et de l'érection. La partie correspondante du canal est chaude, tendue. Si l'on y regarde, on voit le méat un peu rouge, très-légèrement tuméfié. Mais, en pressant, on ne fait venir au dehors qu'une sorte de sérosité à peu près incolore et en si faible quantité qu'à peine peut-on en recueillir (c'est la chaiide-pisse sèche des anciens).
Après avoir atteint, en trente-six ou quarante-huit heures, son summum, la douleur, parfois très-pénible mais toujours localisée à l'extrémité du canal, persiste trois jours environ, puis diminue. Jamais elle ne dépasse la semaine. Par sa nature et ses limites, cet état est une sorte de septennat constitutionnel !
S'il n'y a pas eu de coït quelques jours avant le début de cet accident, on n'est pas exposé à le prendre pour une blennorrhagie. Mais, dans le cas contraire, je conçois que le malade s'alarme; car la douleur a le même siège, la même intensité que celle de la blennorrhagic commençante ; et la presque absence d'écoulement n'autorise pas à nier qu'il y ait blennorrhagic, puisque celle-ci, à sa période tout à fait initiale, ne donne justement lieu, on le sait, qu'à une sécrétion presque imperceptible...
Le diagnostic est donc difficile, et, cependant, il faut le porter, et le porter sans retard; car, faute d'avoir reconnu à temps une blennorrhagie, on perd l'occasion de la faire avorter.
On peut, à la rigueur, se tirer d'affaire en attendant, pour pratiquer l'injection abortive, qu'il y ait de l'écoulement, et en la pratiquant dès lors, quelque faible, quelque exclusivement séreux que soit cet écoulement, par conséquent fût-ce même sans nécessité réelle.
Mais, pour agir rationnellement, pour ne rien faire d'inutile, un guide nous est offert ; et ce guide est le témoignage du malade. La douleur de l'iierpétisme uréthral et la douleur de la blennorrhagie commençante ne peuvent guère être différenciées dans une description^; mais celui qui les a ressenties l'une et l'autre en saisit parfaitement la différence. Or, il est rare qu'un client qui vous consulte pour un herpès de l'urèthre n'en ait pas déjà été atteint. Il suffira donc de fixer son attention sur ce point, de l'engager à se rappeler s'il n'a pas, précédemment, éprouvé déjà cette même espèce de douleur, et s'il ne se rappelle pas que l'inflammation, dont cette douleur fut le premier signe, passa d'elle-même en cinq ou six jours. L'enquête, ainsi conduite, épargnera aux malades plus d'une injection abortive, qui, d'ailleurs, n'aurait pas eu la moindre peine à guérir en cinq jours une maladie dont la durée normale est de six ou sept.
Le seul intérêt que présente cette fluxion herpétique est sa ressemblance avec une blennorrhagie au début. Son seul trai-
1 Essayons cependant. Outre que la douleur de l'herpétisme uréthral atteint plus promptement une assez forte intensité que celle de la blennorrhagie, elle s'en distingue aussi en ce qu'elle n'apparaît guère qu'au moment de la miction et de l'érection, cessant complètement le reste du temps. Les malades exercés disent qu'ils sentent alors l'urine passer comme sur une coupure, tandis que dans la blennorrhagie il leur semble qu'elle passe sur une brûlure. Enfin cette douleur a cela de caractéristique que, avec l'acuité qu'elle offre, on verrait déjà, s'il s'agissait d'une douleur de blennoiThagie, un écoulement blanc très-perceptible, ce qui n'a pas lieu.
BLENNOPATHIES. 63
tement est de la laisser se terminer spontanément, en prescrivant un bain et quelques boissons délayantes pour calmer la douleur, en conseillant aussi la continence, mais cela uniquement pour le même motif, et non dans un but préservatif pour la conjointe, car ce mal n'a rien de contagieux.
BLENNOPATHIES
ou LÉSIONS EXTRA-URÉTHRALES CONSÉCUTIVES A LA BLENNORRHAGIE,
Je viens de décrire le cours régulier de la blennorrhagie uréthrale. Mais souvent elle s'accompagne d'accidents, de complications.
Or, ces lésions ont une telle fréquence, elles sont tellement variables quant à leur siège et leur nature, elles affectent, pour la plupart, une telle gravité, elles éclatent si souvent sans qu'il soit possible d'en expliquer l'apparition par une cause accidentelle ou par une prédisposition individuelle appréciable, que leur pathogénie reste comme un défi porté aux syphiligraphes de tous les âges et de toutes les écoles.
Quant à moi, voici, pour ces lésions, la base de classification qui me semble être le plus en rapport avec les réalités de l'observation comme avec les besoins de la pratique.
Dans la blennorrhagie uréthrale, se trouvent réunis trois éléments pathogéniques, éléments capables, soit chacun isolément, soit opérant ensemble, de devenir agents des lésions consécutives. Ces trois éléments sont : 1° une inflammation; 2" une affection de Viirèthre ; 5" une affection contagieuse, sui generis, la blennorrhagie. Or :
1° V inflammation peut, là comme dans toute autre région, produire des abcès de voisinage, de l'engorgement ou de l'infiltration séreuse (et les changements de configuration qui s'en suivent), la phlegmasie des vaisseaux et des glandes lympha-
tiques, etc. Par conséquent, je mets sur le compte exclusif de l'inflammation une première série d'accidents, savoir : les abcès péri-uréthraux, l'œdème, le phimosis et le paraphimosis, la lymphangite, l'adénite, les varices lymphatiques.
2" Une affection de Vurèthre exerce deux sortes bien distinctes d'influence, savoir : a. par continuité de tissu avec certains conduits muqueux et avec les organes que ceux-ci desservent; b. par une action de retentissement sur V organisme : action assez obscure, mais dont la réalité est prouvée par les accès de fièvre, par les accidents articulaires ou viscéraux souvent graves, quelquefois mortels qui, dans certaines conditions, peuvent suivre une opération pratiquée sur l'urèthre et même le simple cathétérisme. — A cette deuxième classe, se rapportent la prostatite, la Cowpérite, la cystite, l'épididymite et l'orchite, les névralgies uréthrales.
3° Comme blennorrhagie, la blennorrhagie uréthrale détermine chez certains individus une modification constitutionnelle, dont le mécanisme (sympathie, métastase ou pyoémie ébauchée) est encore à déterminer, mais dont l'existence est mise hors de doute par ce triple fait que, chez quelques sujets affectés de blennorrhagie, certaines lésions apparaissent à distance de l'urèthre ; que, chez ces sujets, elles n'apparaissent que lorsqu'ils ont une blennorrhagie ; enfin qu'elles les frappent ordinairement à chaque nouvelle blennorrhagie qu'ils contractent. — L'arthrite et l'iritis sont des exemples tranchés de 1 effet de cette influence, d'où proviennent aussi certains cas de cystite et d'épididymite.
Mais l'élément blennorrhagique et l'élément uréthral possédant chacun sa manière de produire des lésions extra-uréthrales (et ce dernier en possédant même deux), on comprend que l'une des lésions dont je parle puisse être la résultante de plusieurs de ces influences, ou plutôt qu'une de ces lésions puisse compter autant de variétés qu'il y a d'influences capables de l'engendrer ; si bien que, sous une entité morbide en
BLENNOPATHIES. 65
apparence unique parce qu'elle n'a qu'un seul nom, l'observateur éclairé par les données précédentes sait distinguer, selon les cas, telle ou telle forme en rapport avec la cause particulière qui a agi. C'est ainsi que l'orchi-épididyniite, par exemple, que la vulgaire chaudepisse tombée dans les bourses^ tantôt débute par le cordon, tantôt par l'épididymc, — atteint son summum en trois jours et n'en dure que huit, ou se prolonge pendant trois ou quatre semaines, — a ou n'a pas des récidives spontanées, — suscite soit une simple réaction fébrile, soit des troubles généraux sans aucun rapport de durée ni de gravité avec l'intensité du processus phlegmasique local. Eh bien ! ces différences, que tous les observateurs ont remarquées, accusent nettement l'existence de deux individualités distinctes, cachées sous une seule individualité apparente ; elles prouvent qu'il y a, cliniquement comme étiologiquement, au moins deux sortes de chaudepisse tombée dans les bourses, selon que l'accident est dû à la propagation accidentelle, traumatique, de la phlegmasie par continuité de tissu (cathétérisme) ou à une perturbation spéciale de l'organisme, éclose spontanément chez un sujet prédisposé.
La même analyse appliquée aux autres blennopathies autoriserait non moins rationnellement à les scinder en autant d'espèces traduisant chacune, par des symptômes spéciaux, l'action ou l'immixtion d'une influence spéciale.
Mais ces questions, qui, d'ailleurs, sortent un peu de mon plan, reviendront avec plus de fruit, dans ce qu'elles ont de pratique, à propos de chacune des lésions extra-uréthrales que je vais passer en revue.
Inflammation, œdème, phimosis.
Il est rare qu'une blennorrhagie un peu aiguë ne s'accompagne pas de tuméfaction douloureuse avec rougeur du gland et du prépuce. Et il est rare aussi que, outre le gonflement
66 BLENNORRHA.GIE.
inflammatoire, il ne s'établisse pas alors une infiltration séreuse du tissu conjonetif qui unit le feuillet cutané du prépuce à son feuillet muqueux.
L'œdème peut donc être causé par l'inflammation ; son caractère est alors d'être douloureux à la pression. Mais il peut également être déterminé par tout obstacle à la circulation de retour, tel, par exemple, que la présence d'un engorgement mffuinal volumineux. — Une autre cause d'œdème, et du même ordre, est cette conformation naturelle dans laquelle le prépuce, à la fois trop court et trop étroit, serre à sa base le gland, qu'il laisse constamment à découvert. Dans ces conditions, pour peu que le gland, en s'enflammant, augmente de volume, il s'étrangle ; mais en même temps, par suite de la réaction du corps étranglé sur le cercle étranglant, le prépuce, comprimé lui-même, ne tarde pas à s'œdématier.
Le prépuce œdémateux se présente donc sous deux formes tout à fait opposées : chez les sujets dont le gland, à l'état normal, était à découvert, c'est un bourrelet circulaire (toujours plus volumineux et parfois énorme en bas) ; chez ceux qui ont le gland couvert, c'est un prolongement, quelquefois très-long (de 4 et 5 centimètres) et alors replié, tordu sur lui-même, d'aspect bizarre, en forme de saucisson de campagne, et toujours objet d'effroi pour les malades inexpérimentés. Dans ces cas, le phimosis (c'est-à-dire l'état qui rend impossible de tirer assez le prépuce pour découvrir le gland) est une conséquence forcée de la conformation anatomique, coïncidant avec un gonflement de l'anneau préputial, gonflement qui diminue le calibre de cet anneau. Il importe d'expliquer aux malades que cet état qui les alarme est essentiellement temporaire.
Qu'il engendre ou non un phimosis, l'œdème donne à la peau une minceur, un brillant, une coloration blanc bleuâtre tout à fait caractéristique. On complète à la fois le diagnostic et la consolation du client, en pressant entre le bout de deux doigts la partie œdématiée, et en lui faisant voir que, par
BLENNOPATHIES. Gl
cette simple pression, le gonflement a instantanément diminué.
L'inflammation balano-préputiale se traite par les bains émollients locaux et généraux, par la position élevée de la verge S qu'on a soin de tenir enveloppée, pour prévenir le frottements — Quant à l'œdème, il se dissipera grâce aux mêmes précautions et en multipliant les bains locaux pris dans de l'eau végéto-minérale froide. S'il y a phimosis, ne jamais essayer de décaloter, mais entretenir cependant la propreté au moyen d'injections avec de l'eau fr'oide, de l'infrision de mauve ou de roses de Provins, faites entre le gland et le prépuce. — Bien entendu, il faut, autant que possible, faire cesser les obstacles à la circulation, et notamment l'étranglement. L'un des plus fréquents est cet état de demi-paraphimosis , dont j'ai parlé plus haut. J'en neutralise en grande partie l'effet en conseillant au client de le réduire, c'est-à-dire de ramener le prépuce en avant, chaque fois que, dans la journée, il urine ou prend un bain local. Cette réduction n'est que momentanée, il est vrai ; mais, souvent réitérée, elle contribue trèsefficacement à prévenir un développement excessif de l'œdème.
Lorsqu'il n'y a point d'inflammation, on maintient le gland couvert, en tirant le prépuce en avant, puis en engageant son limbe dans un trou fait à une rondelle de caoutchouc vulcanisé, rondelle au centre de laquelle le limbe qui la
* Pour maintenir cette situation durant la marche, je recommande au client de découdre une des poches de son pantalon, de façon à pouvoir saisir et relever de temps en temps la verge.
^ On a imaginé des étuis en caoutchouc, fort commodes, mais qu'on trouve rarement au moment du besoin. On ne saurait faire la même objection à l'enveloppe membraneuse usuelle, qui se trouve ainsi appelée à soulager ce qu'elle n'a pu prévenir. Enfin on se sert le plus souvent d'un simple linge, en forme de compresse-languette, dont le plein, placé sur le gland, et les deux bouts repliés sur les faces dorsale et inférieure de la verge sont maintenus par une bande roulée. Mais pour empêcher que cette bande ne glisse en avant et ne tombe, il faut en faire passer un ou deux tours en arrière des bourses.
traverse et la déborde 'se présente alors comme une tête de seigneur du moyen âge, au milieu de sa fraise.
Abcès péri-uréthraux.
L'inflammation qui envahit les tissus sous-jacents à l'urèthre peut produire la suppuration. Ces abcès sont rares : on les voit le plus souvent pointer de chaque côté du frein. Je dis de chaque côté; car presque jamais il ne s'en forme un à gauche, par exemple, sans que, quelques jours après, la même intumescence molle, rénitente, assez peu douloureuse, inévitablement et rapidement fluctuante, se montre à droite.
Leur diagnostic est aisé. Un coup de lancette en fait justice. Il importe de les inciser de bonne heure, si l'on craint qu'ils ne s'ouvrent dans l'urèthre.
Lymphangite.
Au summum d'acuité de la blennorrhagie, on constate, chez quelques malades, principalement au dos de la verge, parfois près du frein, une ou plusieurs cordes sous-cutanées, avec des traînées rouges k la peau sur leur trajet. Un peu sensibles à la pression, elles diminuent et se résolvent en même temps que l'inflammation uréthrale décline. Jamais elles ne suppurent.
Le repos et les cataplasmes émollients* sont nécessaires si, au début, il y a de la douleur. Plus tard, on agit contre l'engorgement subaigu ou chronique au moyen d'une pommade iodée, ou mieux de frictions avec la teinture d'iode, continuées jusqu'à rubéfaction légère de la peau.
Dans les environs du frein, on voit quelquefois persister
1 Pouf que le cataplasme ne glisse pas en avant, pour qu'il reste appliqué sur toute la longueur du dos de la verge, y comprise la racine de cet organe, il faut le préparer un peu long, en mettre le jjlein sous la verge, puis croiser les deux chefs sur la face dorsale, en les dirigeant ensuite l'un et l'autre vers l'une et l'autre aine-
ADENITE. 69
longtemps une tuméfaction allongée, sinueuse, de un à deux centimètres de longueur, indolente. C'est la varice lymphatique. Elle n'est gênante que par l'aspect singulier qu'elle donne à la veree. — Pour la traiter efficacement il faut l'enfiler selon sa longueur avec une aiguille portant un fil de soie cirée. Après avoir retiré l'aiguille, on laisse en place le fil qu'on noue lâchement. On coupe et on en enlève le fil au bout de cinq à six jours, lorsque sa présence a déterminé de l'irritation, et qu'on juge cette irritation suffisante pour amener l'oblitération de la varice.
Adénite.
Il peut coexister avec la blennorrhagie soit une lésion (chancrelle), soit une constitution individuelle (scrofule), soit un mode spécial d'absorption (celui qui produit le bubon d'emblée), toutes causes capables de donner lieu à une véritable adénite, à un bubon. Mais jamais, par elle-même, la blennorrhagie uréthrale ne produit de bubon suppurant. Il y a vingtcinq ans que je le professe.
S'il en était autrement, le bubon de la blennorrhagie serait aussi fréquent dans cette maladie que le bubon inoculable l'est dans la chancrelle, et il aurait des caractères tranchés. ■ 11 n'en est rien, et voici tout ce qu'on observe.
Pendant l'état aigu, et surtout suraigu, quelques blennorrhagiens ressentent dans l'une ou l'autre aine un peu de sensibilité, qu'augmentent la pression et les mouvements. Si le médecin, après s'être fait indiquer le siège précis de cette sensibilité, y porte le doigt, il reconnaît que un ou plusieurs des ganglions du pli inguinal ont un peu augmenté de volume et sont légèrement sensibles à la pression.
Cette tuméfaction douloureuse dure huit ou dix jours, en diminuant, cessant, recommençant selon le cours de l'inflammation uréthrale, selon aussi que le malade modère ses
mouvements, garde un repos absolu ou au contraire se fatigue beaucoup.
Finalement lorsqu'aucunc autre cause locale ou générale n'entretient ou n'aggrave cet engorgement purement sympathique, il disparaît constamment et l'on peut ajouter spontanément; car quoique le repos, les bains, quelques cataplasmes émollients exercent une influence incontestable pour hâter la résolution de ces légères adénites, il est non moins incontestable que, sans aucun agent thérapeutique et par le seul l'ail du décours de la phlcgmasie uréthrale, elles disparaissent toujours, rapidement et complètement.
Cette notion sur l'absence du bubon blcnnorrhagique mérite d'être vulgarisée : d'abord parce qu'elle est juste; puis aussi parce qu'elle est des plus rassurantes pour les malades ; enfin parce que, en dissipant l'une des objections jadis élevées contre la médication abortive de l'urèthrite, — qu'on accusait de produire des bubons, — elle contribuera à encourager nos confrères à tenter plus volontiers cette méthode.
Prostatite et Cowpérite.
Ces lésions diffèrent étiologiquement des précédentes en ce qu'elles ne procèdent pas exclusivement de l'inflammation. Bien qu'elles se manifestent le plus souvent pendant la période aiguë de la blennorrhagie, elles peuvent, en effet, coïncider aussi avec un écoulement chronique; et d'autre part, on les voit, chez quelques sujets, réapparaître à chaque nouvelle blennorrhagie, quelle qu'en soit l'intensité, quel qu'en soit le degré d'acuité, ou survenir chez des individus qui, durant une blennorrhagie précédente, ont été atteints de cystite ou d'épididymite. L'influence blennorrhagique et ce que j'ai appelé l'influence individuelle jouent donc toutes deux un rôle dans îa pathogénie de ces lésions.
Prostatite. — Le malade attribue ordinairement à la fatigue,
PROSTATITE. 71
à un excès de marche, la douleur, la sensation de poids qu'il éprouve au périnée. Mais parfois c'est là une méprise ; a prostatite a éclaté spontanément, et c'est parce que la marche était déjà douloureuse que le malade juge qu'il a marché avec excès. Bientôt le ténesme anal et vésical, la constipation, la difficulté d'uriner et d'aller à la selle, la vive douleur locale qui accompagnent ce dernier acte, appellent l'attention sur le périnée ; et l'on y constate une tuméfaction profonde, sensible à la pression, située sur la ligne médiane. Le diagnostic, dès lors, n'est plus douteux.
Il n'est guère besoin, et je ne conseille pas de le compléter par le toucher rectal. Outre la souffrance que cause cette manœuvre, elle peut déterminer une orchite^
La prostatite augmentant, la fièvre s'allume ; le malade incapable du moindre mouvement, reste non-seulement couché, mais, au summum d'intensité, immobile dans son lit, la ligure anxieuse : une rétention complète d'urine peut alors s'établir ; heureusement, il est facile d'y mettre fin à l'aide de la sonde molle à béquille, introduite très-lentement.
Traitement. — Dès qu'on a constaté l'existence ou même l'imminence d'une prostatite, il faut, d'abord, suspendre l'emploi des injections et du copahu ; en même temps modérer la marche, interdire l'équitation.
Si le malade est docile, on réussit souvent, en s'y prenant à temps, à faire avorter l'inflammation par le repos complet durant deux jours, les cataplasmes, les frictions avec une pommade belladonée, et quelques quarts de lavements émollients.
A une période plus avancée ou à un plus haut degré, n'hésitez pas à appliquer huit sangsues, bien exactement sur le point le plus sensible à la pression: un bain, ou un bain de siège après la chute des sangsues, puis repos et cataplasmes arrosés d'huile de morphine, boissons délayantes; quarts de
* J'en f(i vu un exemple incontestable, dont le souvenir me restera toujours présent.
72 BLENNORRHÂGIE.
lavement, matin et soir, avec six gouttes de laudanum ; ou si l'introduction et le séjour d'une aussi grande quantité de liquide est difficile à supporter, injection dans l'anus de quinze grammes d'huile de morphine ou de belladone.
Grâce à ce traitement, l'inflammation ordinairement diminue peu à peu pour s'éteindre au bout de dix ou douze jours. Durant son déclin, il ne faut permettre que le moins de mouvements possible ; maintenir le ventre liljrc par de doux purgatifs salins (un ou deux verres de limonade de Rogé ou d'eau de Pullna, tous les deux jours) et frictionner l'engorgement, matin et soir, avec la teinture d'iode. S'il survient une reprise d'inflammation subaiguë, un vésicatoire volant mis sur la tumeur peut la conjurer.
Quelquefois, au contraire, mais plus rarement, on observe, au bout de dix jours, une sorte de détente des phénomènes inflammatoires, mais sans diminution de volume de l'engorgemCnt et sans que la défécation et la miction deviennent plus faciles. A ces signes, à la sensation de pulsations dans la tumeur, à l'apparition de quelques frissons on reconnaît que du pus est en voie de se former. Il faut, dès lors, explorer trèsattentivement le périnée et se tenir prêt à y faire une ponction avec le bistouri dès qu'on y sent de la fluctuation. Grâce à cette intervention, aussi hâtive que possible, on préviendra le plus souvent l'ouverture de l'abcès dans l'urèthre ou dans le rectum. Cette terminaison, d'ailleurs, quoique moins favorable que l'issue du pus à l'extérieur, n'entraîne pas ordinairement de conséquences fâcheuses. Qu'elle ait eu lieu spontanément ou par le fait du cathétérisme, la perforation de la paroi uréthrale se cicatrise presque toujours avec une facilité, une promptitude remarquables ; et les cas de fonte purulente de toute la glande, de fusées étendues vers le périnée, du côté du rectum, avec complication de péritonite sont, heureusement, tout à fait exceptionnels.
Cowpérite. — Au siège près, l'histoire de la cowpérite
CYSTITE. 73
(inflammation des glandes de Coopcr, qui sont du volume d'un petit pois, situées au-dessous de la portion membraneuse de l'urèthre, de chaque côté de la ligne médiane) est, sous les rapports principaux, celle de la prostatite. A la même période de la blennorrhagie, soit spontanément, soit à la suite de contusion, de fatigues, notamment de l'équitation, d'excès de coït, d'injections forcées, il apparaît dans la région du bulbe, plus souvent à gauche qu'à droite, parfois des deux côtés, une petite tumeur ovoïde. A son début elle tient au canal, et par conséquent, la peau est mobile sur elle. L'inflammation y parcourt ses phases accoutumées : et vers la fin, un empâtement étendu dissimule la tumeur primitive. La peau devient adhérente, rouge, s'amincit. Enfin, l'ouverture se fait le plus souvent à rextéricur, quelquefois en dedans de l'urèthre.
On met en œuvre les mêmes médications que pour la prostatite, et dans le même ordre. Un seul point mérite attention. Quand l'abcès s'est ouvert dans l'urèthre, l'urine entrant dans le foyer peut donner lieu à une stagnation, à des infiltrations, des décollements parfois assez longs à guérir. Il est donc indiqué : 1° de faire d'emblée, une incision à la peau aussitôt qu'on sent une fluctuation distincte ; 2° de faire aussi cette incision à la peau, si l'évacuation du pus qui s'est fait jour par l'urèthre, paraît s'opérer difficilement ; 5° enfin, même lorsque le foyer se vide bien dans l'urèthre, si sa guérison souffre des lenteurs, de pratiquer l'incision extérieure, à titre de contre-ouverture. La prostatite mérite d'autant plus d'être traitée activement que, négligée et passant à l'état chronique, elle peut devenir le point de départ d'une tuberculisation, ou tout au moins d'une dégénérescence caséeuse de l'organe.
Cystite.
Quoique entièrement passée sous silence par plusieurs auteurs classiques, cette complication de la blennorrhagie uré-
74 BLE>'AORRHAGIE.
thrale est des plus importantes à étudier. D'abord, elle est la plus fréquente de toutes : elle frappe au moins un blennorrhagien sur quatre, dans ma pratique actuelle ^ En second lieu, elle est cause de l'un des incouYénients les plus incommodes de la blennorrhagie, la dysurie. Enfin, elle entrave la guérison en mettant obstacle, tant qu'elle dure, à l'emploi des médications anti-blennorrhagiques réellement actives.
L'histoire de la cystite blennorrhagique n'est rien moins que faite, et, pour celui qui l'entreprendra, elle ne sera rien moins que facile à mener à bien. Et d'abord, est^ce^une cystjt^EsjH^û^amc ijifUimmation?... A voir la rapidité avec laquelle elle débute et parfois atteint son maximum — l\ab- ^encejde fièvre durant ses périodes même les plus aiguës — pai'fois l'absence, et parfois l'absence complète, pendant son cours entier, de toute sécrétion catarrhale ou purulente, on se demande si elle n'est pas plutôt un spasme, une contracture, si le nom de cystalgie ne lui conviendrait pas mieux que celui de cystite?
Mais en y regardant de plus près, on découvre dans la pathogénie des divers cas de cette singulière affection des différences telles que, si l'on veut rester dans le vrai, il vaut mieux conserver l'ancienne dénomination, en réservant la précédente à certaines variétés déterminées. En effet, ainsi que j'ai eu occasion de le dire plus haut, la cystite qui survient durant le cours d'une blennorrhagie peut être produite par plusieurs causes très-distinctes ; et c'est justement en raison de la diversité de son étiologie que sa symptomatologie paraît complexe et obscure.
* Je dis avec intention « dans ma pratique actuelle, » car, depuis trente-deux ans que j'exerce, le nombre proportionnel des cystites compliquant la blennorrhagie a manifestement augmenté. Comme d'autre part le traitement de la blennorrhagie est devenu, de nos jours, beaucoup moins perturbateur, je ne peux m'expliquer cette multitude de cystite^, que par l'usage, de plus en plus répandu chez les jeunes gens, de la chemise de flanelle, qui leur donne un degré, jadis inconnu, d'impressionnabilité aux causes extérieures d'irritation, pour la vessie, comme pour les amygdales et les bronches.
CYSTITE. 75
La cystite peut être causée par une injection. Il est peu de personnes faisant un usage habituel d'injection uréthrale, qui n'aient quelquefois éprouYé, dès qu'elle a pénétré l'arrièrecanal, des envies d'uriner irrésistibles et réitérées. Or, ce ténesme se dissipe ordinairement au bout d'une heure à une heure et demie. ^lais, il peut persister. En 1856, étant atteint depuis trois mois d'une deuxième blennorrhagie, je sentis, immédiatement après une injection à' eau, cet accident. Il fut suivi de tous les symptômes d'une cystite bien caractérisée qui ne céda qu'au bout de six mois.
Dans de tels cas, évidemment l'injection n'est qu'une cause occasionnelle; car pour une seule injection d'eau, on n'aurait pas de cystite si l'on n'avait pas en même temps de blennorrhagie. Mais des injections plus irritantes, réitérées, des excès de coït, des érections prolongées, le cathétérisme, un refroidissement peuvent, à eux seuls, amener la cystite.
Par le fait, on la voit souvent se produire sous l'action de causes de cet ordi'c, et les vieux auteurs la leur attribuaient même exclusivement. Pour eux, un excès, une fatigue, un coup de froid, ayant eu lieu avant l'apparition de la cystite, étaient en quelque sorte un précédent obligatoire ; ils étaient de rigueur : lorsqu'on ne s'en souvenait pas, on les supposait. ,
L'observation moderne, plus éclairée, est devenue plus impartiale. On sait maintenant que, chez les blennorrhagicns, la cystite éclate, non pas quelquefois mais le plus ordinairement, en l'absence de toute influence de ce genre, au milieu de la vie la plus régulière, du régime le mieux surveillé, au moment où le malade ne faisait pas usage d'autres remèdes que de boissons délayantes. En d'autres termes, chez la plupart de ceux de nos clients sur qui elle vient k sévir, la cystite apparaît plutôt comme une des phases régulières du mal que comme un épiphénomène imprévu : en un mot, 'on peut bien, dans le langage médical, lui conserver le nom
d'accident, mais dans le sens usuel elle ne mérite point ce nom; à peine est-elle un incident.
Notons, enfin, que lorsqu'elle a existé durant le cours d'une blcnnorrhagie, il y a beaucoup de probabilités qu'elle réapparaîtra à chaque blennorrhagie ultérieure.
Donc, jamais avant le quinzième jour, le plus souvent vers la fin du premier mois, le blennorrhagien sent ses envies d'uriner devenir à la l'ois j)lus fréquentes et plus pressantes ; et, en finissant d'y satisfaire, il éprouve comme un besoin instinctif de pousser avec force, à plusieurs reprises, les dernières gouttes d'urine. Voilà le tableau abrégé, et cependant complet, de la cystite blennorrbagi que. Ajoutons que l'on ressent une légère cuisson au méat, et qu'on a la sensation presque continuelle d'une goutte d'urine prête à sortir. En trois ou quatre jours, souvent plus tôt, la maladie a atteint son maximum.
Mais si ces trois signes s'observent chez tous les malades, leur intensité ainsi que leur durée offrent, selon les cas, des différences aussi tranchées que nombreuses. Tandis que souvent tout se borne à un malaise supportable qui s'éteint presque spontanément, au bout de dmize oiijquinzc jours, chez d'autres sujets, les besoins d'uriner se rapprochent au point de revenir tousjes quarts d'heure, et la contracture du col vésical, qui accompagne la miction provoque des douleurs extrêmes ainsi que l'émission d'un peu de sang, qui sort en même temps qiie les dernières gouttes d'urine. (Ceci est caractéristique : dans l'hémorrhagie, d'ailleurs sans importance par sa quantité, qui accompagne toute cystite blcnnorrhagique un peu intense, le sang ne se mêle intimement ni avec la matière de l'écoulement, ni avec l'urine ^)
* Cette exhalation sanguine est une oes formes de ïurélroirhagie, dont quelques auteurs semblent faire une entité morbide, en la décrivant à part comme une des complications de la blennorrhagie. Pour moi, bien loin d'écrire un chapitre spécial sur l'urétrorrhagie, je dirai seulement que, durant une bien-
CYSTITE. 77
La situation des malades atteints à ce degré paraît parfois, à un certain moment, déplorable, menaçante même. Le ténesme s'étend au périnée, à l'anus ; les reins, l'hypogastre, les cuisses et les aines participent à l'endolorissement du point de départ ; des crampes, des spasmes, une soif vive, le grippement de la face peignent la souffrance la plus vive. Venvie cVuriner, qui, à l'état normal, n'apparaît que de temps en temps et sans douleur, est devenue une sorte de pesanteur et de cuisson continue, dont on sent qu'on ne se débarrassera qu'en urinant ; et l'on sait aussi qu'uriner sera une autre souffrance moins longue, mais plus vive. Mais, chose remarquable î tout se borne à une excitation purement Ijeryeuse ; l'insomnie, les souffrances, les elforts extrêmes que causent ces micturitions incessamment renouvelées, suffisent à tout expliquer; et, au milieu d'angoisses, d'agitation, de plaintes, qui semblent annoncer une maladie aiguë arrivée à son dernier terme, iLn'j a pas de fièvre ou il y en a à peine. — Trouvez un moyen (et il en existe) de calmer ce quasi moribond, et ce soir il va dormir sa nuit complète, et demain il manoera ses deux côtelettes !
L'urine a quelquefois sa couleur et sa limpidité normales ; dans d'autres cas, elle contient une matière semblable à du blanc d'œuf, qui flotte d'abord au milieu du liquide et finit par se déposer au fond du vase auquel elle adhère parfois (dépôt catarrhal).
norrhagie uréthrale, il peut sortir du sang par le canal dans quatre cas distincts : 1° Quand la blennorrhagie est suraiguë : alors le sang est combiné à la sécrétion •purulente. 2° Pendant les érections forcées, et notamment quand le malade a cassé la corde, en redressant violemment le canal courbé par l'érection : alors, il coule du sang pur dont on arrête l'effusion en restant couché et en tenant la verge élevée, entourée de linges mouillés d'eau glacée. En cas d'hémorrhagie persistante, comprimer le canal par un cathéter métallique introduit dans l'urèthre, et ime bande de caoutchouc roulée autour de la verge. 5° A la suite d'une injection caustique de nitrate d'argent :. alors le sang sort mèié, mais non combiné avec l'urine, et il sort dès le commencement de l'émission de l'urine ; ce qui distingue ce cas du quatrième, à la suite de cystite, où le sang ne commence à couler qu'à la fin de la miction.
Cette affection peut se prolonger, même à l'état aigu, plusieurs semaines. Le plus souvent elle se termine par uneguérison complète. Mais si le sujet est âgé, ou atteint de diathèsc herpétique ou rhumatismale, s'il existe un rétrécissement, si ce n'est pas la première atteinte de cystite, le mal peut devenir chronique, se transformer en une véritable inflammation du corps de la poche urinaire, devenir quelquefois une infirmité définitive. On cite même des exemples de py élite et de néphrite consécutives à une cystite blennorrhagique.
Un homme affecté d'hypertrophie sénile de la prostate et de la dysurie spéciale qui en résulte souffre cruellement, s'il vient à contracter une cystite blennorrhagique. La cystite lui causant de pressantes envies d'uriner et l'hypertrophie prostatique l'empêchant d'y satisfaire, on peut se former une idée du supplice qui s'en suit. Là où le cystipathe ordinaire se lève huit ou dix fois par jour pour uriner, c'est à se sonder huit ou dix fois que le cysti-prostatifère est condamné. J'ai vu de cette affreuse complication deux exemples qui ne s'effaceront pas de ma mémoire. Heureusement, l'âge des hypertrophies prostatiques n'est point l'âge des blennorrhagies.
Que devient, pendant la cystite, l'écoulement uréthral? Règle générale, il diminue, et, en général, au moins des trois quarts; et cela dès le premier jour de l'invasion. Et règle générale aussi, il reparaît à mesure que la cystite décline et se dissipe ; si bien qu'il n'y a espoir d'une guérison complète et définitive de la cystite, que lorsque l'écoulement est revenu. Presque jamais, toutefois, il ne revient ni aussi abondant, ni accompagné d'autant d'inflammation qu'il l'était auparavant ; car, outre l'influence dérivative qu'exerce la cystite, le temps, pendant c|u'elle dure, a fait son œuvre, et le processus phlegmasique s'est apaisé.
J'ai, quelquefois, vu la sécrétion uréthrale qui s'était supprimée, ne reparaître pas ou ne reparaître qu'à peine. Les malades, dans ce cas, ont ainsi obtenu la guérison spontanée
CYSTITE. • 79
de leur écoulement ; mais je la trouve payée un peu cher, puisque, pour la plupart, ils restent alors atteints de cystite chronique ou d'une tendance fâcheuse à des répétitions de cystite subaiguë à l'occasion du moindre écart de régime. Cette terminaison, d'ailleurs, est rare.
J'examinerai, plus loin, la coïncidence et les alternances de la cystite avec l'épididymite.
Traitement. — La cystite blennorrhagique peut, je l'ai dit, naître sous l'influence de différentes causes, lesquelles agissant séparément ou s'unissant, produisent chacune la nuance qui donne à chaque ordre de cas sa physionomie spéciale. Ce qui démontre le mieux cette nature variable et complexe de la maladie, c'est encore, selon l'adage Hippocratique, son traitement, ou, pour parler plus clairement, son impressionnabilité aux divers agents thérapeutiques. En effet, cette affection n'a pas un spécifique, elle en a plusieurs, et tous éprouvés par des succès; mais tous aussi, notons-le, éprouvés par des insuccès. Je m'explique :
Pas n'est besoin de porter le nom de spécialiste, il suffit d'être arrivé à un certain âge pour avoir vu célébrer une foule de remèdes contre la cystite. En assistant à ce défilé d'antidotes, tous donnés comme certains et successivement remplacés par un nouveau (ce dernier seul infaillible), le praticien ordinaire croit juger sainement — et il ne s'en prive point — en concluant que, sans exception, tous les auteurs de ces arcanes divers se sont trompés ou ont voulu tromper.
Mais quand on a vu beaucoup, on ne tarde pas à apprécier autrement la cause qui rend si dissemblables les éditions successives de nos formulaires. Moi-même, parfois, j'ai mis la main sur des remèdes que, les voyant admirablement réussir trois, quatre, six ou huit fois, je n'hésitais pas à proclamer spécifiques de la cystite blennorrhagique. Puis, venaient les déceptions, les échecs, et il en fallait rabattre ; et — n'habitant point Paris, n'étant, par conséquent, enchaîné par aucune
80 BLEIS'NORRHAGIE.
position professorale ou doctrinale — je rabattais sans effort et sans réserve.
Eh bien! ce qui m'arriva est arrivé à tous les inventeurs. S'ils sont sincères, ils le reconnaîtront ; et, s'ils veulent tirer de leurs mécomptes le seul profit que comporte le culte loyal de la science, ils en déduiront avec moi la conséquence que :
Comme des quatre médications qui possèdent une efficacité réelle contre la cystite blennorrbdgique, chacune reste impuissante chez quelques sujets, alors qu'elle réussit bien chez d'autres, cela conduit à penser que la maladie ne doit pas, chez tous, être la même.
Sans doute, pour transformer cette présomption en ccrtititude, il faudrait pouvoir discerner les formes morbides qui indiquent telle médication de préférence à telle autre : ce serait à la fois logique et pratique. Mais la science — la mienne, du moins — quoique engagée depuis quelques années dans cette voie, n'y est point, je le reconnais, assez avancée pour permettre d'établir a priori d'aussi sûres déterminations. Je vais donc simplement tracer les règles usuelles du traitement tel que je l'applique.
Avant tout, avant de chercher les moyens de supprimer le mal, il faut prévoir le cas où ces moyens tarderaient à agir, et, en attendant, empêcher le malade de souffrir. Dans ce but, on doit tenir les urines constamment à l'état le plus liquide possible, ce qui s'obtient par l'usage en abondance d'une boisson délayante.
Cela fait, nous avons en présence quatre médicaments dont chacun, parfois, enlève, en quelques jours, à la cystite son acuité. — Ce sont les narcotiques, les révulsifs, les balsamiques, la glace. Je ne parle pas des sangsues, des cataplasmes et lavements émollients, des bains ; moyens insuffisants, si on les emploie seuls, mais actifs auxiliaires de toutes les médications, dans tous les cas.
CYSTITE. 81
Les narcotiques et les révulsifs étant toujours utiles et ne nuisant jamais, je commence, en général, par eux. Voici, par conséquent, ma première prescription pour une cystite blennorrhagique :
N° 18. — « Boire, trois ou quatre fois par jour, un grand verre de tisane de graine de lin émulsionnée ou d'orgeat ^
« Au cas où les envies d'uriner deviendraient plus fréquentes, doubler momentanément cette quantité de boisson.
« Appliquer, au bas des reins, un emplâtre stibié, de 12 centimètres. Ne l'ôter que lorsqa'il aura fait sortir quelques boutons.
« Résister à l'envie de pousser fortement les dernières gouttes d'urine^. »
« Délayer, dans trois des verres de tisane qu'on prend par jour, la poudre de l'un des paquets suivants :
Poudre de sucre 15 grammes.
— de feuilles de jusquiame ... 2 »
■ Mêlez et divisez en 20 paquets.
Ceci est la narcotisation lente, insensible, qu'on obtient également par les onctions au périnée avec une pommade belladonée, ou un suppositoire contenant de 1 à 2 décigr. d'extrait de belladone.
Mais si la douleur résiste et presse, je ne crains pas de porter la dose jusqu'à un commencement d'effet toxique, soigneusement surveillé. Ainsi :
N° 19. — « Pendant une matinée, et à jeun, boire toutes les demi-heures, une cuillerée à bouche de :
* A remplacer, à volonté, par rinfusion de mauve et feuilles d'oranger, de queues de cerises, par la décoction de pariétaire, de marcantia ou même par de l'eau d'Évian ou de Contrexéville.
^ Cette dernière précaution a constamment une heureuse et immédiate influence sur les ténesmes et sur l'exhalation sanguine, laquelle, comme on le sait, ne se produit que lors de l'expulsion forcée des dernières gouttes. Il faut donc multiplier les recommandations propres à bien faire comprendre au client l'importance de cette règle, ainsi que les moyens de l'exécuter.
82 BLEîy>"ORRHAGIE.
Infusion do 5 grammes de feuilles de jusquiame dans i 00 grammes d'eau bouillante.
« On cesserait d'en boire si, avant d'avoir terminé la dose ci-dessus, on sentait la bouche sèche, et un peu d'assoupissements »
J'ai, par ce moyen, en quelques heures, presque toujours soulagé et quelquefois guéri des cystalgies extrêmement douloureuses.
La glace est un autre agent très-efficace. Elle est surtout avantageuse quand la cystite s'accompagne d'engorgement prostatique, de pertes séminales, de téuesme anal. Elle ne serait contre-indiquée que par une disposition hémorrhoïdaire habituelle. Le froid, inopportunément appliqué dans ce cas, pourrait, en réprimant la congestion locale salutaire, causer des accidents ultérieurs graves dont le médecin aurait à supporter moralement la responsabilité. — On laisse foudre, dans la bouche ou dans la main, un morceau de glace oblong, afin d'en faire disparaître les aspérités; puis on l'introduit dans le fondement, comme un suppositoire. On en inet ainsi successivement 2, 5 ou 4 à 20 ou 30 minutes d'intervalle. J'avais, autrefois, conseillé de pousser d'abord dans le fondement un condom, afin de pouvoir les introduire sans difficulté et sans douleur.
Quant aux balsamiques, il est banal de prescrire, contre la cystite, l'eau de goudron, l'infusion ou le sirop de bourgeons de sapin, le baume de Tolu ou du Pérou, etc. J'ai obtenu de meilleurs, sur moi-même d'excellents et prompts effets, d'un bol de térébenthine de Venise, avalé, soir et matin, enveloppé
^ Ceci, bien entendu, ne doit être fait qu'un seul jour. Ou le répéterait cependant le lendemain, et en élevant la dose de jusquiame à 4 ou 5 grammes, si l'effet semi-intoxicatif avait fait défaut. On le répéterait également, mais seulement au bout de quelques jours, si, à ce terme, l'amélioration d'abord obtenue s'était démentie. — Une tasse de café mettrait ordre aux accidents auxquels on pourrait s'exposer si l'on continuait trop longtemps le remède, malgré l'avertissement donné par les premiers symptômes d'intoxication.
CYSTITE. • 85
dans de l'hostie. Dans cet ordre de remèdes, il s'en trouve un très-vanté et qui mérite en grande partie sa réputation, c'est la potion de Chopart. Mais nul mieux que lui ne justifie ce que je disais tout à l'heure de la faillibilitc de certains médicaments réputés infaillibles. Assurément la potion de Chopart, administrée à la dose de deux à quatre cuillerées par jour contre la cystite aiguë, fait souvent et très-vite cesser les douleurs, les ténesmes.
Mais assez souvent aussi, je l'ai vue être complètement impuissante. En conséquence, je recommande de l'employer si les narcotiques n'ont pas donné de résultats au bout de trois jours, mais en observant de ne pas la continuer elle-même au delà de trois jours, si, à ce terme elle n'a pas produit une amélioration appréciable ^ Je conseillerais même de s'en abstenir entièrement s'il s'agissait d'une cystite développée pendant la période suraiguë d'une blemiorrliagie.
Ceci me conduit à une question toute différente, et qui ne se pose pas uniquement entre médecins :
« Durant le cours d'une cystite, faut-il essayer de couper la blennorrhagie? » Ecartons d'abord les injections qui, par leur action directe, pourraient aggraver l'irritation du col. Quant aux anti-blennorrhagiques internes, je sais bien que si l'on voit assez souvent la cystite se déclarer lorsqu'on commence à les employer, c'est parce que la période de la blennorrhagie où il est usuel et rationnel de les employer est justement celle où la cystite survient le plus fréquemment. Mais cependant j'ai été, je reste frappé de certains faits où la simultanéité de l'acte médicateur et de l'apparition de l'acte morbide me firent entrevoir plus qu'une coïncidence. Je me rappelle, entre autres, un brave homme dont la blennorrha-
^ Depuis quelque temps j'associe avec avantages l'action des narcotiques à celle (les balsamiques, en employant une potion de Chopart modifiée, dans laquelle je remplace les 60 grammes d'eau de menthe, que contient la potion classique, par une infusion de 2 grammes de feuilles de jusquiame dans 60 grammes d'eau. On arromatise avec l'essence de menthe.
gie, coulant paisiblement depuis trois semaines, n'était pas encore tout à fait mûre, et qui, ayant commencé, — sur sa demande, fort heureusement pour moi — à prendre 1 gr. de cubèbe à 5 h. du soir, eut, à 7 h., l'invasion comme foudroyante d'une cystite qui dura deux mois à l'état aigu ! Et je me dis : « En pareil cas le médecin peut bien être absous par la science; mais devant l'opinion il sera certainement responsable. » — La science d'ailleurs serait-elle entièrement fondée à l'innocenter? Si la blennorrhagie cesse, en général, dès que la cystite commence, je sais qu'on attribue cela à une influence révulsive de la seconde exercée sur la première. Mais est-ce bien sûr? Yoit-on, dans ce cas, une autre affection, non fébrile, de même intensité, une pleurodymie, une conjonctivite, un violent coryza, par exemple, supprimer l'écoulement uréthral aussi vite et aussi complètement? Ces affections ont-elles même sur l'écoulement une influence appréciable?... Non : et cette différence justifie bien au moins un doute sur la légitimité de l'aperçu pathogénique, accrédité chez quelques auteurs, qui déclare sans danger pour la vessie les tentatives de suppression du flux de l'urèthre.
D'ailleurs, en considérant les choses au point de vue pratique, est-on, pendant la cystite, dans de bonnes conditions pour coi^^er l'écoulement?.. Non. Il est peu copieux cà ce moment, je l'avoue, mais il n'est pas réellement mûr. Sitôt la cystite passée, il va augmenter. Vous agiriez donc alors sur un principe morbide dont la manifestation présente est faible, mais qui, demain peut-être, bientôt à coup sûr, doit se développer à nouveau. Ignorant le degré d'intensité qu'il possède actuellement, comment vous y prendriez-vous pour proportionner la dose et la durée du remède aux exigences du cas ? Attendez : laissez, après la cystite passée, l'écoulement librement reparaître; étudiez alors sa force, et ajournez encore, s'il le faut, ajournez autant qu'il le faudra la médication anti-blennorrhagique. Pour être plus tardive, son application n'en sera que
CYSTITE. 85
plus rationnelle et partant que plus fructueuse. — Faitesvous différemment? Voulez-vous profiter du moment où la cystite a réduit l'écoulement, pour combattre celui-ci par le copahu?... Oh! vous en aurez facilement raison; mais à mesure que les symptômes de la cystite disparaîtront, l'écoulement reparaîtra, lui ; et malgré tous vos efforts médicateurs, il persistera, vous laissant le regret d'avoir usé vos meilleures armes pour n'obtenir qu'un triomphe éphémère. J'ai trop souvent vu, et éprouvé moi-même jadis, cette déception, pour ne pas signaler à mes confrères les conditions où elle les attend ainsi que le moyen de l'éviter.
En somme, la meilleure règle de conduite consiste, le malade étant muni d'une tisane délayante et d'un bon révulsif au sacrum, à essayer, l'un après l'autre et selon l'indication, les agents tirés des médications antiphlogistique, narcotique, sédative directe, dont je viens d'énumérer les moyens et de décrire l'emploi. Ne s'opiniâtrer systématiquement dans l'administration d'aucun d'eux, quelque rationnel qu'il puisse paraître, mais passer à un autre si le malade continue à souffrir; tel est actuellement, je l'avoue avec humilité, le dernier mot de la médecine en pareil cas.
Si la cystite devient chronique, on la traite par les préparations de térébenthines les révulsifs profonds à l'hypogastre, aux lombes, au périnée, l'usage en boisson des eaux de Contrexéville, dEvian; en boissons et en bains, d'Uriage, si un principe dartreux est soupçonné ou convaincu d'entretenir l'affection. — Les injections médicamenteuses dans la vessie, si efficaces contre les autres cystites, sont
* Voici une bonne préparation mixte : n° 20 : « Avaler, matin et soir, dans de l'hostie, gros comme un noyau de cerise de :
Térébenthine de Venise 45 grammes,
Camphre 1 »
Extrait de jusquiame. 15 centigr.
contre-indit|iiées dans celle-ci, puisqu'elle a eu son origine dans une irritation du col, irritation que le contact de la sonde raviverait à coup sûr.
Epididyniite et orchite.
Epididymite. — Un blennorrhagien, sur huit ou dix, sent tout à coup, mais jamais avant le quinzième jour, le plus souvent au déclin de l'état aigu de Turéthrite, sent, dis-je, dans l'une des bourses, une douleur sous forme de pesanteur ; douleur qui débute, tantôt par le cordon spermatique, tantôt, et le plus souvent, par l'épididyme, mais qui, ordinairement, et en moins de vingt-quatre heures, s'étend à la fois à ces deux parties. 11 ne peut se tenir debout et surtout marcher sans éprouver la gène que donnerait une balle de plomb tirant sur le testicule, le cordon et les reins. A mesure que cette sensation augmente, la fièvre s'allume, l'appétit se perd, la langue devient saburrale ; il y a constipation ; les douleurs s'irradient dans le petit bassin, aux hanches, aux reins, en dedans de la cuisse ; la bourse, peu à peu, double ou triple de volume ; enfin, tel est le progrès constant de l'inflammation que, dans les cas même moyens, le malade, en moins de trois jours, se voit obligé de s'aliter.
Le caractère de cette blcnnopathie étant d'affecter toujours l'épididyme avant le testicule (qui n'est pris qu'exceptionnellement et n'est jamais pris que consécutivement), c'est poser le diagnostic que découvrir 1 engorgement de l'épididyme. Pour y parvenir même lorsque cet engorgement n^a encore qu'un faible volume, voici comment on s'y prend. Placé du côté droit du malade, s'il se sert de la main droite, le médecin tenant cette main en demi-pronation, forme avec les doigts d'une part, et le pouce de l'autre, comme les deux branches d'une pince à sucre. Saisissant alors entre ces deux branches et par ses deux faces
EPIDIDYMITE. 87
le testicule, qu'il reconnaît à sa mollesse, il fait glisser lentement le pouce et les doigts d'avant en arrière, jusqu'à ce qu'ils rencontrent un corps allongé, dur, douloureux à la pression : c'est l'épididyme engorgé. Au déimt du mal, il a à peine doublé de volume ; mais en deux ou trois jours, il grossit au point que, tandis que, à l'état normal, le testicule coiffe et masque l'épididyme, c'est alors le testicule qui se dissimule et se perd dans l'épididyme tuméfié, lequel le déborde de toutes parts.
A ce degré, d'ailleurs, les autres membranes du scrotum participent assez ordinairement au gonflement inflammatoire ; le tissu sous-cutané s'œdématie ; la peau elle-même devient rouge et tendue. Le cordon spermatique qui, s'il n'a été le point de départ de l'inflammation, en est bien vite atteint, peut être suivi par la palpation dans l'aine et jusqu'au-dessus de l'anneau inguinal interne, sous forme d'un cordon dur et douloureux. Tel est même quelquefois le grossissement du cordon que, serré dans le canal inguinal, il donne lieu, par la compression qu'il subit, à tous les symptômes de l'étranglement, vomissements, lipotymies, etc.
Ainsi la bourse du côté affecté a un volume toujours considérable; mais toute cette masse n'est pas constituée par de l'engorgement. Une partie de la tumeur provient d'un épanchement liquide contenu dans la tunique vaginale. Piien de plus variable que la quantité, que la coloration, que le mode de sécrétion de ce liquide, que sa présence même; car il est loin d'exister dans tous les cas. Le plus souvent il n'y a que douze à vingt grammes d'une sérosité citrine, ce qui exclut l'idée d'une vaginalite, et rapproche cette liypercrinie du mécanisme des hydropisies dites passives ^
* A moins d'une grande habitude, constater s'il y a du liquide est souvent trèsdifficile, à caiise de sa faible quantité et à cause aussi de la mollesse rénitente du testicule, laquelle, simulant à s'y méprendre la fluctuation, fail souvent croire à la présence d'un épanchement qui n'existe pas. Pour porter ce diagnostic, il faut,
Traitement. — Le traitement de l'épididymite, comparé à celui de la cystite, justifie parfaitement le jugement de notre fabuliste sur les dangers du Trop cV expédients .
N'en ayons qu'un; mais qu'il soit bon.
Tandis que, pour la complication précédente, on hésitait entre quatre ou cinq spécifiques, ici il n'y en a qu'un, mais excellent ; et plus qu'excellent, nécessaire. Traité par les sangsues, le repos au lit et les cataplasmes émollients, un épididymique est soulagé en douze heures, délivré de toute douleur en une semaine. Refuse-t-il ce traitement? Il souffre au moins cinq jours et ne pourra reprendre ses occupations avant trois semaines pour le moins.
Malheureusement, le malade à qui on pose cette alternative n'est pas toujours, à ce moment, assez souffrant pour accepter sans hésitation le conseil qui en découle. S'il ne sent encore qu'une pesanteur en marchant, pesanteur que le repos de la nuit atténue assez pour lui permettre de travailler, il ne consentira pas volontiers à garder immédiatement le lit ; il voudra d'abord essayer d'autres remèdes moins assujettissants : l'application de boue de rémouleur ^ le perchlorure
de la main gauche en supination, saisir la bourse malade entre les bords cubital de l'indicateur et radial du petit doigt; avec ces deux doigts, attirer en arrière la peau de manière à donner à la partie du scrotum, qui vient faire saillie entre eux, en avant, le plus de tension possible. Le pouce de cette main se trouve ainsi commodément placé pour, en concertant avec l'indicateur de l'autre main, presser alternativement l'un et l'autre pour percevoir et produire tour à tour la sensation de fluctuation. — Voici un bon moyen de découvrir la plus petite quantité du liquide vaginal. La bourse étant amenée, comme je l'ai dit, à l'état de tension, pressez vivement, du bout de l'indicateur de la main droite, sur sa face antérieure : s'il y a une couche de liquide, le bout du doigt, après avoir senti qu'il l'écarté, sent qu'il tombe sur un corps plus dur (le testicule) : cette sensation de choc est pathognomonique. iS'usez jamais de la lancette sans l'avoir bien nettement ressentie, professeurs qui voulez publiquement faire montre de votre tact clinique !
* Appliquée à nu sur le scrotum. Comme elle se dessèche très-rapidement, il faut y laisser tomber, de temps en temps, un peu de vinaigre.
ÉPIDIDYMITE. 89
de fer S la teinture d'iode ^ le nitrate d'argent^, le collodion % etc.
Toutes ces médications peuvent suffire dans des cas légers ; mais comme on n'a aucun moyen de discerner si un cas qui, à son début, paraît léger, est tel parce qu'il doit rester léger, ou seulement parce qu'il n'en est alors qu'à son début, le médecin ne doit pas se faire trop longtemps le complice d'une temporisation le plus souvent irrationnelle. Si, après vingt-quatre ou trente-six heures au plus, les petits moijens n'ont rien fait, à plus forte raison, s'ils ont laissé le mal progresser, il faut qu'il pèse de toute son autorité pour décider son client à faire plus et mieux.
Voici, en ce cas, mon ordonnance très-impérative :
N° 21. « Appliquer bien exactement sur le cordon, au-dessus du testicule, six sangsues^.
« Après la chute des sangsues, rester au lit quatre ou cinq jours, sans en sortir un seul instant, pour aucun motif, et en
* Barbouiller, toutes les trois heures, la partie malade avec un pinceau humecté de perchlorure de fer à 50°.
2 Même mode d'application ; mais, de peur de produire une irritation trop forte, n'employer d'abord la teinture d'iode qu'affaiblie, ainsi qu'il suit :
Eau distillée IT) grammes,
Teinture d'iode. ..... 8 »
lodure de potassium. . . 2 »
5 Trois ou quatre fois, à deux heures d'intervalle, appliquer sur la bourse malade un linge mouillé d'une solution de nitrate d'argent au 15'=.
* Appliquer successivement trois couches de collodion riciné sur la bourse. Le perchlorure de fer, la teinture d'iode, le nitrate d'argent n'agissent, n'ont
d'efficacité qu'à la condition d'avoir irrité la peau. On doit donc en cesser l'application dès que cet effet est produit, sauf à la recommencer ensuite si le résultat thérapeutique a été insuffisant. On n'a pas la même faculté avec le collodion : mais, s'il irrite beaucoup et d'emblée, il a, par contre, l'avantage de servir comme excellent suspensoire en même temps que comme puissant révulsif. ^ Six sangsues, placées exactement sur le point voulu, en valent douze ou quinze disséminées. — Une hémorrhagie, ennuyeuse plutôt qu'inquiétante, a quelquefois lieu. Si le malade et les assistants échouent dans leurs efforts pour l'aiTêter, c'est qu'ils ont négligé d'enlever préalablement tous les caillots, afin de pouvoir porter l'agent hémostatique (le linge brûlél directement sur la piqûre, où il faut le maintenir pendant quelques minutes pressé par le bout du doigt.
s'y tenant étendu et non assis, un traversin sous le jarret du côté malade.
« Dans cette situation, mettre, toutes les trois heures, un cataplasme de farine de lin assez large pour envelopper les bourses et s'étendre sur le cordon. Le recouvrir de coton ou de linges pour en conserver la chaleur. Tenir les bourses soulevées sur une serviette massée en forme de coussin et placée entre les cuisses ^
« Un lavement, avec addition de 40 grammes de miel de mercuriale, tous les jours ou tous les deux jours. »
Quelques heures après la chute des sangsues, la douleur est notablement calmée. Mais le gonflement, au contraire, ne commence à diminuer qu'au bout de quelques jours. Quelquefois même il augmente après l'application des sangsues, si celle-ci a été faite dès l'invasion du mal. — Il faut prévenir le client de ces circonstances qui, si l'on se bornait à les lui expliquer après coup, seraient de nature à l'inquiéter.
Autre avis à ne pas omettre. Par suite de l'émission sanguine et du repos, l'inflammation ordinairement décroît, et elle décroît graduellement. Parfois, cependant, les choses ne vont pas ainsi. Assez souvent, bien certainement chez un malade sur huit, j'ai vu, malgré la plus stricte observance de l'hygiène spéciale, quoique le séjour au lit fût exactement continué, j'ai vu, dis-je, vers le quatrième ou cinquième jour, sans aucune cause appréciable, l'inflammation de l'épididyme reparaître avec presque autant d'intensité qu'avant l'application des sangsues. — Cette récidive spontanée du cinquième jour est, en pathogénie, un fait considérable, qui rapproche l'épididymite de l'arthrite blennorrhagique et montre que les accidents de cet ordre (ce qu'on appelait jadis les complications
* Quelques malades, au lieu de laisser les bourses reposer sur un coussin, ]es relèvent avec lui linge fixé derrière les reins à une ceinture, puis ramené en avant. Il s'ensuit une compression légère mais continuelle de l'organe malade, condition défavorable à la résolution de l'inflammation.
EPIDIDYMITE. 91
de la blennorrhagie) jusqu'ici attribués à une cause accidentelle, à un effort, à un refroidissement ont, au contraire, leur origine dans une disposition particulière de l'organisme^ : mais elle est non moins digne d'attention, en pratique; car, si le médecin la laisse venir sans en avoir prédit la possibilité, il peut être sûr qu'on l'imputera au traitement qu'il a institué.
D'autres fois, et alors qu'on s'y attend le moins, l'autre épididyme est envahi. Mais alors celui qui était malade éprouve de cette invasion de son congénère une influence telle que, quelqu'enflammé qu'il fût à ce moment, la douleur y cesse et le gonflement y diminue très-rapidement. Parfois tout ne se borne pas à un déplacement unique du processus morbide. L'échange continue, à plusieurs reprises, de l'un des épididyracs à l'autre, réalisant ainsi la pittoresque appellation de Ricord, épididijmite à bascule. Mais on remarque alors, comme d'ailleurs, pour la récidive du cinquième jour, que l'épididyme nouvellement envahi ne l'est jamais ta un aussi fort degré que celui précédemment atteint, l'inflammation s'épui-
* A l'appui de cette thèse, je pourrais citer deux familles dans lesquelles les jeunes gens (trois frères dans l'une, deux dans l'autre) ont tous, immanquablement, à chaque blennorrhagie qu'ils contractent, une épididymite, et de la pire espèce, à répétition, à bascules, laissant à sa suite un endolorissement névralgique de l'épididyme, que réveille ou qu'empire le moindre écart de régime. Par contre, on voit journellement des blcnnorrhagiens demeurer exempts de cette complication, malgré toutes les causes qui semblent de nature à la faire naître. .T'ai vu, moi, un commissionnaire, ayant gardé cinq ans une chaude-pisse, qui s'est souvent exaspérée, qu'il a taquinée par d'innombrables traitements; il n'a jamais porté de suspensoire ; il traîne et soulève journellement les plus lourds fardeaux, et n'a pas eu d'épididymite. — Les sujets ainsi marques ])our Vépididymite ont, en cas de blennorrhagie, des précautions particulières à prendre. Us doivent, outre l'usage régulier du suspensoire, tenir le ventre libre (plutôt à l'aide du régime et de doux minoratifs que par les lavements qui, en comprimant, irritant les canaux éjaculateurs, peuvent occasionner l'épididymite] ; éviter les longues marchés, les efforts violents; et éviter également, comme tout aussi préjudiciables, d'après mon expérience, les mouvement légers, mais régulièrement répétés, tels que l'action de ramer, de clouer des caisses, de peigner des châles, de toucher du piano, de piler, de repasser, etc.; s'ils font usage d'injections uréthrales, ne pas les pousser trop profondément; point de coït, et médication appropriée pour empêcher les pollutions noctui'ues. Du reste, cette instruction prophylactique n'est pas seulement à l'adresse des individus prédisposés : il n'est pas un blennorrhagien qui n'ait à en faire son profit.
sant, pour, ainsi dire, dans ces migrations successives. Aussi est-il fort rare, dans ma pratique, que je juge à propos de réitérer l'application de sangsues.
Un purgatif salin est presque constamment indiqué, du quatrième au sixième jour. Chez quelques malades, la propension aux récidives coïncidant avec un embarras gastrique et parfois étant sous la dépendance de cet état, ne peut être neutralisée que par un émétique, excellente remarque de mon collègue, M. Rodct. — L'épididymc reste toujours, pendant plusieurs mois, plus volumineux qu'il n'était auparavant. N'attendez donc pas qu'il soit revenu à l'état normal pour permettre au malade de se lever. Il suffit que l'organe ne soit plus, ou qu'il ne soit qu'à peine sensible à la pression, à l'influence des efforts, de ceux de la toux par exemple. Quand le mal en est à ce degré d'indolence, autorisez le patient à quitter le lit, à faire quelques pas dans la chambre, avec un suspensoir à sous-cuisses, un peu large, garni en dedans d'une couche de coton cardé. S'il n'a pas souffert de cet essai ; si, au bout de quelques heures, à la fin de la journée, il n'y a pas plus de douleur qu'au moment où il s'est levé, alors, le jour suivant il peut sortir, puis bientôt reprendre ses occupations.
La com^alcscence n'est pas toujours franche et graduelle ; à la suite de quelques imprudences il se produit non pas des rechutes à proprement parler mais un mouvement de recul. Dès que vous constatez quelque chose de semblable, n'hésitez pas à conseiller, à exiger encore deux ou trois jours de repos absolu avec les cataplasmes en permanence. Quelques topiques sédatifs et révulsifs peuvent à ce moment être utilement employés. Ainsi :
N" 22. — « Rester trois jours au lit, en appliquant, toutes les quatre heures, un cataplasme fait avec des oignons cuits à l'eau, puis écrasés, et auxquels on ajoutera assez de farine de lin pour donner la consistance molle.
ÉPIDIDYMITE. 95
« Toutes les fois qu'on renouvelle le cataplasme, étendre sur la partie malade un peu du mélange suivant : »
Extrait de Lelladone 10 grammes.
Fau de laurier cerise, q. s. pom- donner la consistance demi-liquide. Puis aj. chloroforme. . 6 »
Autre formule bonne pour les cas, assez délicats à discerner à priori, où l'on croit devoir autoriser le malade à marcher, malgré un reste de tendance au retour de l'inflammation.
N° 23. — « Tenir dans le suspensoire, et enveloppant les testicules, un linge plié en double, qu'on mouillera, toutes les trois heures, avec :
Décoction d'opium brut 10 grammes dans 120 grammes d'eau.
Ajouter chlorhydrate d'ammoniaque 18 grammes.
« Cesser cette application si, au bout de quelques jours, elle a donné aux bourses l'aspect et la sensibilité d'une peau qui s'entre-cuit pendant les chaleurs et par le frottement : ceci est l'indice d'un effet suffisant du remède.
« Il faut faire usage de bretelles. »
On obtient, au prix d'un peu plus d'incommodité, un effet résolutif plus prononcé de l'application de trois couches de collodion sur toute la bourse malade. Il faut, pendant six ou huit jours, en mettre, tous les matins une nouvelle couche par-dessus les anciennes, afin de les maintenir en place à mesure que, par l'effet du temps, elles tendent à se détacher.
Quelquefois, c'est dans le cordon que l'engorgement persiste, mais, presque toujours alors, seulement à l'état subaigu. Un vésicatoire volant, de 6 centimètres sur 2, mis bien exactement sur le trajet oblique qu'affecte l'engorgement, est le meilleur moyen et un moyen assuré d'en avoir raison.
Puis qu'il est question de remèdes efficaces j'omets volontairement les mouchetures du scrotum, jadis préconisées comme pouvant suppléer les sangsues. La déplétion sanguine
qu'elles fournissent est insignifiante et ne produit aucune amélioration. — A un autre point de vue, si quelque praticien veut, en ponctionnant le scrotum, prouver à son malade ou à ses élèves qu'il sait diagnostiquer un épanchcment de la tu-^ nique vaginale, il est libre de se donner cette satisfaction ; mais je l'avertis qu'il n'en résultera pas le moindre soulagement. D'ailleurs, en général, de même que la collection liquide, après avoir été évacuée, ne tarde pas à se reproduire tant que dure l'état inflammatoire, de même aussi elle disparaît d'elle-même lorsque l'inflammation se dissipe. Il n'y aurait donc lieu d'intervenir par la lancette c{uc si, exceptionnellement, un épanchcment d'un certain volume persistait longtemps, trois mois, par exemple, après toute phlegmasic éteinte. On donne alors un coup de lancette ; mais ensuite, au lieu de retirer l'instrument, on le laisse dans l'incision en lui faisant décrire un quart de cercle, de manière à ce qu'il maintienne la plaie béante, afin de faciliter l'évacuation du liquide.
Je ne mentionne non plus que pour mémoire la pratique, jadis populaire, de chercher à rappeler V écoule ment. Mais si elle était dangereuse quand on se servait, pour atteindre ce but, du cathétérisme ou même de l'inoculation de pus blennorrhagique, elle est innocente et peut n'être pas sans efficacité quand on se borne à envelopper la verge d'un cataplasme très-chaud.
L'engorgement de l'épididyme survit presque constamment plusieurs mois, assez souvent plusieurs années, quelquefois toujours, sous forme d'un noyau dur, ayant ie double du volume de l'organe normal. Si, dans la grande majorité des cas, cet état est indolent, ne gêne point la marche, n'entrave en rien les rapports sexuels, il peut, chez quelques personnes, devenir le point de départ soit de névralgies très-incommodes et particulièrement rebelles au traitement; soit, en
ÉPIDIDYMITE. 95
cas de syphilis coïncidante ou ultérieure, d'une albuginitc spécifique. D'autre part, en se prolongeant à l'état chronique, l'épididymite produit, plus fréquemment qu'on ne le pensait autrefois, des oblitérations soit du canal déférent, soit de la queue de l'épididyrae; et cette oblitération, qui parfois dure indéfiniment, peut causer des douleurs dans le testicule lors d'une érection prolongée et surtout mettre obstacle, quand elle est double, à la fécondation. La double perspective de névralgie et d'infécondité, si pénible pour les clients, et créant une si grave responsabilité au médecin, doit donc porter celui-ci à intervenir aussi activement que possible, et notamment à l'époque où le processus inflammatoire n'étant pas entièrement éteint laisse encore prise aux médications. Comme, à cette période, le malade souffre à peine, et que, en général, il lui tarde d'être débarrassé de tout traitement, il y a souvent lieu d'insister, en l'effrayant sur son avenir, pour lui faire accepter la continuation de soins, dont rien, dans le présent, ne lui démontre la nécessité.
Outre la prolongation d'un repos modéré, voici comment je pourvois pharmaceutiquement à cette indication :
N" 24. — « Prendre, matin et soir, une des pilules :
Calorael 1 gramme.
Extrait de ciguë 2 »
Pour 50 pilules.
« On double ou triple, tous les cinq jours, la dose pour produire une légère purgation.
« Yàïreune friction, un soir, sur l'engorgement avec gros comme une noisette de :
Onguent napolitain 15 grammes.
lodure de potassium 15 décigramraes.
« Si le lendemain matin il n'y a pas eu d'irritation déterminée par cette friction* en faire une seconde. »
On peut aussi faire quelques applications rubéfiantes de chloroforme sur les points qui resteraient le siège d'une certaine sensibilité. Afin de mieux circonscrire cette application, je verse le chloroforme sur du coton dont j'ai rempli un dé à coudre, que je renverse ensuite sur l'endroit malade. — J'ai obtenu de beaux succès en promenant, pendant 25 à 30 secondes, le crayon de nitrate d'argent, préalablement mouillé, sur de petits engorgements, siège de névralgie persistante.
Orchite. — L'inflammation, sans abandonner pour celal'épididyme, envahit quelquefois le testicule lui-même.
Cette complication, assez rare, et dont rien, à ma connaissance, ne peut ni faire prévoir ni expliquer la survenance, se dénote par deux signes : d'abord la modification de volume et surtout de consistance du testicule ; et en même temps le caractère tout nouveau que prennent alors les douleurs. Le malade est visiblement angoissé, il voudrait s'agiter (car le changement de situation apparaît instinctivement à tout être souffrant comme un remède efficace); mais le moindre mouvement augmentant la douleur, il se retient jusqu'à ce qu'une crise plus forte le pousse à remuer. Il gémit, crie, se lamente sans trêve ; la bouche est sèche, la soif vive, nausées, demi-syncopes ; impossible à lui de parler d'une manière suivie, ni d'autre chose que de cette horrible torture. Fait-on mine de toucher à l'organe malade? Il y porte la main pour le défendre et deviendra furieux si l'on insiste... Quœque ipsel...
Après quelques heures de crise, la douleur diminue, et diminue cV elle-même, sans cesser néanmoins entièrement. L'épine
* L'irritation cutanée ainsi obtenue va quelquefois jusqu'à la vésication, et la douleur est très-vive. Mais je recommande, nonobstant, ce moyen comme trèsefficace. Constamment, après que l'irritation artificielle est terminée, on constate ime diminution notable de l'écoulement.
ORCHITE. 97
est là; il la sent et annonce que tout n'est pas fini. Profitons de ce répit pour examiner. Le testicule a à peine, même au summum et dans les cas graves, le double de son volume normal. Mais il est marroné, remarquablement dur et trèssensible au toucher. Au bout de deux ou trois heures, la sensibilité morbide se manifeste de nouveau par quelques élancements d'intensité croissante, et en un quart d'heure environ la douleur est redevenue la même, et dure comme précédemment 2 ou 5 heures.
Un des caractères les plus significatifs de cette douleur est que les cataplasmes émollients, chauds, qui soulagent incontinent celle de i'épididymite, l'aggravent, au contraire, elle : preuve certaine qu'elle est due à l'étranglement du parenchyme testiculaire qui, sollicité par l'inflammation à se gonfler, rencontre de toutes parts une barrière dans l'enveloppe inextensible que constitue l'albuginée. On comprend ainsi l'effet du cataplasme, puisque la chaleur concourt à augmenter cette expansion du parenchyme, qui est la cause réelle, la seule cause des souffrances.
En voulez-vous une autre preuve? — et celle-là apportera le remède en même temps que la conviction : — IVppHcation dp la glace soulage immédiatement; et cela si vite, si complètement, si radicalement que le traitement de l'orchite blennorrhagique est tout entier dans cette application.
Traitement . — Donc, dès que l'orchite est diagnostiquée, prenez deux vessies de porc ; mouillez-les ; agrandissez-cn l'ouverture ; introduisez dans chacune deux ou trois morceaux de glace du volume d'un œuf; chassez l'air; ficelez l'ouverture de la vessie. Cela fait, prenez une serviette ou un grand mouchoir plié en cravate, et enroulez-le comme si vous vouliez en faire un nœud, mais sans le serrer ; vous avez ainsi un rond comme celui que les boulangers mettent sur la tête : cet appareil improvisé sert à contenir la vessie garnie de glace, que, sans cela, il faudrait tenir avec la main. Vous appliquez
98 BLEîsNORRHAGIE.
ainsi une vessie en dessous, l'autre en avant du testicule.
En trois quarts d'heure ou une heure, la souffrance est calcinée.. J'ensuis tellement sûr qu'il m'est arrivé, appelé auprès d'un client qui se tordait dans d'horribles souffrances, d'ordonner la glace, puis de partir pour un voyage de vingt-quatre heures, bien tranquille sur le résultat, qui ne fait jamais défaut, de cette médication.
Il se comprend de soi-même que la glace doit être renouvelée à mesure qu'elle fond ; que le médecin doit, par conséquent, veiller à ce qu'il n'y ait aucune interruption dans son emploi. On la laisse de vingt-quatre à soixante-douze heures, selon le degré de l'inflamnicàtion parenchymateuse, selon la période où celle-ci en était quand on a pu commencer le traitement. Il m'est arrivé de la laisser cinq ou six jours de suite, les malades la réclamant à grands cris, dès qu'on essayait de la discontinuer.
D'autres, lassés de cette médication (qui n'est pas sans ennui soit pour eux, soit pour les assistants), voulaient essayer des remèdes plus commodes, le laudanum, le chloroforme, l'extrait de belladone, ou plus actifs, tels que les sangsues, les opiacés à l'intérieur, les bains. Toujours, et d'eux-mêmes, ils revenaient à la glace, regrettant le temps perdu et la souffrance causée par ces tentatives.
Quand, depuis douze heures, le malade n'éprouve plus aucune douleur du testicule à la pression ou en toussant, on peut cesser la glace, mais en tenant tout préparé pour la ]'ecommencer immédiatement si la douleur reparaissait.
On comprend que, armé d'un tel moyen' je n'en emploie et n'en recommande pas d'autre ; que je condamne surtout le débridement de la tunique albuginée. Il agit, à la vérité, dans le même sens que la glace contre l'un des deux éléments de
* J'ai vu, une seule fois, par l'effet de la glace, un testicule fortement repoussé de bas en haut s'engager dans le canal inguinal, où il subit un certain degré d'étranglement : l'accident, d'ailleurs passager, fut sans conséquences.
ORCHITE. 99
rétranglemeiit, c'est-à-dire en supprimant la résistance du corps étranglant, tandis que la glace supprime l'expansion du corps étranglé. Mais, outre que c'est une opération douloureuse, et, malgré la simplicité de son manuel, effrayante pour le malade, elle expose à l'exfoliation de l'organe, à l'issue des tubes séminifères et par suite à l'atrophie ou à la perte des testicules. J'ai vu trois fois cet accident grave suivre le débridement, et je ne l'ai pas tu seulement dans ma pratique.
A l'emploi de ce véritable spécifique, je n'ajouterais qu'un seul agent, c'est l'éthérisation, qu'on pourrait faire en même temps qu'on applique îa glace, afin de supprimer d'emblée la douleur que la glace ne calme, je l'ai dit, qu'au bout de trois quai'ts d'heure ou d'une heure.
Par l'usage de la glace, la guérison est aussi radicale que le soulagement a été prompt. Appelé auprès de malades déjà presque exténués par les souffrances, l'insomnie, l'inappétence complète résultant d'une épididymite suivie dorchite, dont le début remontait à cinq ou six jours, j'ai souvent été étonné de les voir, après trois jours de glace, se rétablir, supporter la marche et reprendre leurs occupations beaucoup plus vite que ceux qui n'avaient été affectés que de simple épididymite.
Et néanmoins ayant, sur la foi de ces succès, essayé de traiter par la glace quelques épididymites sans orchite, j'ai dû y renoncer, i'intlammation, dans ce cas-là, cédant moins vite que par la médication décrite plus haut, c'est-à-dire par les sangsues, les cataplasmes et le repos au lit.
L'influence de l'épididymite sur l'écoulement uréthral est la même que celle exercée sm" lui par la cvstite. Je n'ai donc qu'à renvoyer à ce que j'ai dit ci-dessus.
Mais la cystite et l'épididj-mite, quand elles coexistent, l'une ou l'autre ou l'une et l'autre avec la blennorrhée, créent au praticien un des plus sérieux embarras qu'il puisse rcncon-
trer. Mutuellement liées par une sympathie que l'état morbide vient révéler, l'urèthre, l'épididyme, le col vésical, blcnnorrliagiquement parlant, ne font qu'un, pour ainsi dire. Aussi leurs irritations deviennent tellement solidaires qu'on ne peut réduire l'une sans que l'autre ou les aittres n'augmentent si elles avaient diminué, ne se rallument quand on les croyait éteintes ^ Cet effet est surtout manifeste pour ce qui concerne la cystite, laquelle s'exaspère aussitôt que l'on tente de guérir la blennorrhée, d'autant plus qu'on ne peut attaquer celle-ci que par des injections (les remèdes internes n'ayant pas, comme je l'ai dit, d'action contre le suintement uréthral). Car la cystite est alors réveillée par une double cause et un double mécanisme, savoir: métastatiquement par la suppression de la sécrétion uréthralc, et directement par le contact de l'injection sur le col de la vessie. Dans ces conditions, chacune des trois affections étant une incommodité si on ne la traite pas, et devenant un danger si on la traite, elles sont en quekjue sorte inexpugnables.
Encbre si le malade, comprenant ses vrais intérêts, consentait à garder quelque temps son suintement (mal indolent, souvent presque imaginaire), pour échapper, à ce prix, aux ténesmes de la cystite, aux névralgies, et surtout à l'incessante menace de séjour forcé au lit, que l'épididymite fait peser sur lui ! Mais non : c'est du suintement qu'il veut surtout être guéri, être guéri immédiatement, et coûte que coûte!
* Un homme atteint de cette triple blennopatliie amltulante peut souvent en ignorer l'origine, ou du moins la laisser passer inaperçue de son médecin, parce qu'il ne le consulte quelquefois que pour la cystite ou pour l'épididymite, les seules des trois qui soient vraiment- incommodes ; et que, d'ailleurs, justement au moment où l'une ou l'autre réapparaissent et par cela même qu'elles réapparaissent, elles diminuent ou même annihilent momentanément la blennorrhée. Le médecin, ne trouvant pas, au moment de l'examen, trace de cette dernière,, est par là exposé <à en ignorer l'existence et à méconnaître le rôle qu'elle a joué, qu'elle joue dans la production de l'état morbide complexe qu'il a sous les yeux.
ORCHI-ÉPIDIDYJIITE. 101
Que le médecin ne s'engage pas dans cette Yoie : elle serait sans issue. Grâce aux injections l'écoulement disparaîtrait, je l'accorde : mais l'irritation d'où il dérive ne serait que déplacée, non guérie. Et dès que la cystite ou l'épididymite, aggravées par sa cessation, viendraient ensuite à diminuer, il ne manquerait pas, lui, de reparaître.
La ligne de conduite à tenir en pareil cas n'est point expéditivc, mais c'est la seule sûre et efficace : éteindre ou laisser éteindre les irritations vésicales et épididymiques, et n'attaquer le suintement qu'ensuite et que par des moyens assez doux pour ne pas raviver les deux irritations concomitantes. Je formule ainsi cette pensée:
IN" 25. — « Boire trois verres d'orgeat par jour. - « Suspensoire, continence; traiter, s'il y a lieu, la disposition aux pertes séminales, combattre la constipation.
« Flanelle, bains de vapeur, frictions sèches excitantes sur toute la peau.
« Attendre jusqu'à ce que l'irritabilité de la vessie ou du testicule ait cessé; et alors profiter d'une saison chaude, d'une époque où l'on n'a l'occasion d'aucune fatigue, d'aucun écart de régime, pour commencer à faire trois injections par jour avec un mélange à parties égales d'eau et de vin rouge ordinaire, qu'on fera tiédira »
Pendant et après l'épididymite et l'orehite, il se développe chez certains sujets des lésions d'un autre ordre, consistant le plus souvent en névralgies, mais quelquefois aussi semblant dénoter l'existence d'un trouble générai de l'organisme. Quant aux névralgies, j'en distingue trois espèces : • D'abord une sorte d'endolorissement du testicule qui a été affecté; endolorissement que la marche, le brusque croisement des cuisses, la station debout, la pression, la constipation
' Ceci s'obtient commodément en tenant, pendant quelques instants, sur la flamme d'mie bougie une cuillère pleine du liquide à injecter.
102 BLEINÎSORRHAGIE.
aiigmenteiit. C'est une simple gène, une sorte d'agacement intérieur, qui, léger mais toujours présent, assombrit l'existence en condamnant à l'inaction, éloignant toute idée de rapprochement sexuel, et, inspirant, atout moment, pour peu qu'il augmente, la crainte d'une récidive de l'épididyraite. Il cesse huit jours, puis reparaît à l'occasion de la moindre cause. Peu à peu, les intervalles qui séparent les retours de l'affection augmentent en même temps que diminuent l'intensité et aussi la durée des exaspérations. Enfin, après un temps variable (quatre, six mois et jusqu'à deux ou trois ans), le malade questionné répond que cette ennuyeuse sensibilité a totalement disparu.
La seconde espèce est V irritable tcstis des auteurs anglais, le testicule douloureux, dont je n'ai pas à refaire ici la description.
La troisième classe comprend les névralgies qui ont leur siège en dehors du testicule. Il est rare que, durant le cours même de l'épididymite ou de l'orcliite aiguë, il n'existe pas quelques irradiations de douleur, plus ou moins fugitives, du côté de la hanche, de l'hypogastre, des lombes, du périnée, du membre inférieur ; et parmi ces dernières l'une des plus fréquentes s'observe au bas de la région antéro-externe de la cuisse. Mais ces douleurs prennent, dans quelques cas, le caractère, l'importance et la durée de véritables névralgies, ordinairement mais pas toujours bornées au côté du testicule malade, quelquefois bilatérales; névralgies réflexes qu'on a divisées en rachialgies, névralgies lombo-abdominale, crurale, sciatique, etc., pouvant provoquer des crampes, des contractures, des impotences consécutives. . .
Mais ce n'est pas tout. Dans des cas assez rares, il survient, soit avec soit sans ces névralgies, certains troubles qui paraissent accuser un état eénéral. Localement le malade ne souffre pas, a proprement parler, mais il traîne, il a des bouffées de chaleur, des sueurs coupées de frissons sans régu-
ORCHI-ÉPIDIDYMITE. • 105
larité, des éructations, des nausées, vomissements, une tendance aux lypotimies; la langue reste saburrale, l'appétit presque nul, constipation. Le moral lui-même s'affecte ; il y a du découragement, de l'insomnie avec cauchemars, vertiges, dyspnée, palpitations, etc. Ces accidents se reproduisent parfois sous forme intermittente. D'autres fois, le groupe de phénomènes gastriques alterne avec ceux de l'appareil respiratoire, de la caloricité ou de l'innervation proprement dite. J'ai vu un pareil ensemble de symptômes se prolonger pendant près de trois mois, portant une atteinte profonde, quoiaue passagère, aux fonctions essentielles.
A quelle cause, attribuer ces divers désordres ?
Certains pathologistes les expliquent résolument par une anémie, dont quelques-uns professent que non-seulement les blennorrhagiens affectés d'orchite, mais que tous les blennorrliagiens sont plus ou moins atteints !
Pour d'autres, c'est une irradiation névralgique réflexe, laquelle peut s'étendre, sans aucune régularité, non-seulement aux nerfs dont l'origine rachidienne touche à celle des nerfs de l'organe primitivement affecté, c'est-à-dire du testicule, mais à d'autres nerfs plus ou moins éloignés et même aux plexus du grand sympathique, d'où les troubles viscéraux variés.
Mais si le physiologiste est par là satisfait, le praticien se pose une ■ question à la fois plus topique et plus ardue : « Pourquoi, se demande-t-il, certains sujets sont-ils seuls frappés de ce genre d'accident ? » Je réponds par les faits d'observation suivants :
Sur le nombre total des individus dont la chaudepisse tombe dans les bourses, les plus exposés à la diffusion névralgique sont ceux qui ont eu une épididymite à répétition ou à bascules ; ceux aussi qui, après l'épididymite, ont eu une orchite ; ceux, en un mot, qui ont longtemps et beaucoup souffert de la complication qui porte sur l'appareil testiculaire.
104 • BLERNORRHAGIE.
Et cependant tous les blennoniiagiens qui ont été l'ortement atteints dans cet appareil ne sont pas voués aux irradiations névralgiques. Je suis, heureusement, moi-même un irréfutable exemple de cette immunité.
D'autre part, la blennorrliagie, avec ses complications testiculaires, est, à la vérité, la plus fréquente, mais n'est point l'unique cause qui donne lieu à ces accidents névralgiques locaux ou généraux. On les a vus survenir dans le varicocèle, dans la colique néphrétique, après la ponction simple d'un kyste du cordon, durant une orchite traumatique, à la suite d'une injection irritante dans le tissu cellulaire du scrotum, etc. ^
Remarquons enhn que les lésions de l'appareil testiculaire ont sur le système nerveux une influence toute spéciale. La nature l'a ainsi voulu pour la protection d'une fonction qui, dans ses vues, est la plus essentielle de toutes. Et les habitudes, les exigences de l'état social augmentent encore la force de ce lien physiologique. Un mal qui, tout léger qu'il paraisse, condamne le patient au lit pour plusieurs semaines, l'éloigné de ses occupations, l'oblige à dissimuler et à rougir, lui fait entrevoir l'impossibilité de se marier, ou, comme on le dit, de s'établir^ ce mal-là, avouons-le, a bien de quoi retentir profondément sur les centres nerveux.
Lors donc que ces deux conditions se trouvent réunies, d'un côté une lésion très-intense et très-longue, de l'autre un sujet que son tempérament ou que les circonstances rendent trèsimpressionnable sous ce rapport, l'on s'explique aisément la survenance de l'état que je viens de décrire.
Cette étiologie, on va le voir, n'est point stérile pour la thérapeutique. Chez les blennorrhagiens, on traite les névralgies
* Quant à l'anémie, invoquée à titre de cause, je l'ai vu survenir par suite des accidents testiculaires prolongés. Mais comme état existant primordialement, c'est-à-dire comme étant la cause de ces mêmes accidents, j'ai cherché, examiné attentivement, surtout depuis 1866, et n'ai rien trouvé de semljlable.