‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 36 sur 58 · BOUTON DE BISKRA · texte numérisé non relu

BOUTON DE BISKRA

OU DES ZIBAKS ; CHANCliE DU ZAHARA, DE BERTHt'RAND.

A côté du bouton d'Alep se place l'affection connue sous le nom de bouton de Biskra. Il débute, comme le bouton d'Alep, par une petite nodosité de la grosseur d'un pois. Il peut aussi commencer par une vésicule ou une pustule. Après quelques jours ou quelques semaines, il se fait à sa surface une desquamation épidermique ; ensuite la peau s'ulcère et donne lieu à une sécrétion séro-purulente qui se concrète en une croûte plus ou moins épaisse. Cette ulcération est assez semblable à celle du rupia. La durée totale de cette petite éruption est en moyenne de huit à]dix mois. Cet ulcère guérit souvent sans traitement, et à sa place il reste une cicatrice analogue à celles qui sont consécutives à une brûlure.

Cette affection présente, comme on le voit, une certaine

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analogie avec le bouton d'Alep. Comme ce dernier, le bouton des Zibans attaque non-seulement les indigènes, mais encore les étrangers qui viennent s'établir dans le pays. On a même observé le bouton de Biskra en France. M. A. Favre en a cité un exemple. Son siège habituel est la face, notamment l'aile du nez, le dos des mains et des pieds, les membres supérieurs et inférieurs, etc. Il n'est pas contagieux.

De même que pour le bouton d'Alep, les causes restent encore obscures. Les auteurs l'ont attribué, comme son congénère de l'Asie, à la composition des eaux potables, aux chaleurs excessives de l'été, etc. C'est surtout à la suite de cette saison qu'il se développe, c'est-à-dire durant les mois de septembre, d'octobre et de novembre. On n'a, en général, le bouton de Biskra qu'une fois.

Traitement. — Les natifs abandonnent, en général, à la nature le soin de leur guérison. Mais, d'après les rapports des médecins militaires qui ont habité ce pays, la cautérisation serait le moyen le plus efficace et le plus rapide pour en triompher. Le docteur Massip a- obtenu aussi d'excellents résultats de l'emploi des mercuriaux iutus et extra. On guérit, en général, plus vite lorsque l'on quitte le pays.

Des bulles plus ou moins volumineuses, à contour arrondi, contenant tantôt une sérosité transparente, tantôt un liquide purulent ou semi-purulent, constituent le pe/w|j/iz^i<s. Parfois, dans ce liquide huileux, on trouve des fragments de fausses membranes analogues à celles que contiennent les épanchements pleurétiques. Le plus souvent la peau n'est le siège d'aucune inflammation apparente ; d'autres fois, il existe un liséré érythémateux autour de chaque bulle. Au bout de peu

de jours, cette petite ampoule se rompt et au-dessous de la pellicule épidermique la surface cutanée est rouge, enflammée, légèiwncnt érodée.

Le pemphigus est en général une affection chronique ; cependant la plupart des dermatologistes décrivent une forme aiguë, ne différant du précédent que par sa marche, et dont nous allons nous occuper d'abord.

Quelques auteurs font de cette forme un exanthème aigu ; M. Bazin le range dans les pseudo-exanthèmes, Hebra paraît mettre en doute son existence.

Dans ces derniers temps, M. le docteur Horand a rapporté deux cas de pemphigus aigu fébrile, dans lesquels l'état bulleux de l'éruption, son développement par poussées successives, sa marche rapide et les phénomènes de réaction qui l'ont accompagnée ne laissent pas de doute sur le caractère de cet état, tel que l'a défini notre judicieux confrère. Un des malades a succombé le dixième jour.

Le pemphigus aigu fébrile présenterait donc une certaine analogie avec les fièvres éruptives, mais, comme le fait fort bien remarquer M. Horand, il ne saurait leur être complètement assimilé. Il s'en distingue en effet, en ce qu'il n'est ni contagieux ni inoculable ; l'éruption chez ces deux malades, s'est faite par poussées espacées ; enfin les tracés du pouls et de la température différaient de ceux qui sont propres aux fièvres éruptives, etc.

Partant de ces données, M. Horand rapproche le pemphigus aigu de la varicelle, de l'herpès généralisé fébrile, en un mot de ces affections que M. Parrot a groupées sous la dénomination de fièvre herpétique.

Nous partageons entièrement cette manière de voir ; le pemphigus aigu fébrile de M. Horand et l'herpès généralisé fébrile de M. Coutagne sont évidemment de la même famille.

La seule différence appréciable entre eux, serait que dans le premier cas on aurait affaire à des bulles et dans le seeond

à des vésicules ; ce n'est donc presque qu'affaire de diamètre, avec cette différence, en outre, cependant, que dans l'herpès généralisé fébrile l'éruption se fait par groupes, tandis que, dans le pemphigus, les poussées buUeuses sont irrégulèrement disséminées.

Il nous suffit d'avoir signalé, en passant, ce côté de la question dont l'étude nous entraînerait trop loin.

Le traitement du pemphigus aigu n'offre rien de particulier; il doit être autant que possible expectant, dirons-nous avec M. Deverçfic. 11 faut s'abstenir d'émissions sanguines qui seraient dangereuses, car le malade peut avoir à fournir une sécrétion séreuse plus ou moins considérable qui amènera toujours une déperdition notable des forces.

L'état fébrile ici ne donne lieu à aucune indication particulière ; la conduite à tenir est la même qu'en présence d'une pyrexie ordinaire. Quelques boissons rafraîchissantes, le repos au lit, les préparations de quinquina, — s'il y a lieu, — etc, suffiront pour remplir cette première indication.

Localement, il faut éviter de rompre les bulles de pemphigus, du moins les petites, l'épiderme et la sérosité qu'il recouvre étant les meilleurs préservatifs contre l'influence fâcheuse soit du contact de l'air soit de l'irritation que déterminent si souvent les frottements. Les bains doivent également être proscrits, afin de maintenir intacte l'éruption huileuse.

La poudre d'amidon, ou de riz, ou de lycopode est le topique par excellence. La pommade à l'oxyde de zinc, le cérat de Goulard laudanisé trouveront aussi une utile application pour favoriser la cicatrisation des petites plaies qui succèdent parfois aux bulles.

Le pemphigus s'observe quelquefois chez les nouveau-nés (P. neo-natorum) . Très-souvent alors les bulles existent dès la naissance, ayant leur siège presque exclusif aux mains et aux pieds.

SCO BULLES.

11 reconnaît presque toujours alors une origine syphilitique, soit que la diathèse spécifique ait agi comme cause directe de l'éruption, soit qu'elle ne figure que comme agent débilitant spécial de la constitution. Cependant MM. Simon, Moissenet, Lailler, ont observé des pempbigus simples cliez les nouveau-nés.

La variété chronique est, nous l'avons dit, celle sous laquelle on observe le plus souvent le pemphigus. Or, il peut d'abord se présenter sous une forme discrète, bénigne : une ou plusieurs bulles survenant sur une région limitée du corps, — P. benignus.

D'autres fois, l'éruption huileuse commence également, il est vrai, par quelques bulles, mais à peine cette première poussée tend-elle à disparaître, qu'une nouvelle éruption se produit et cela, à intervalles plus ou moins réguliers, et en général assez rapprochés, — P. diutinus. L'éruption finit ainsi par envahir la plus grande partie du tégument et l'abondance delà sécrétion détermine peu à peu une altération profonde de la santé.

M. Hardy a nommé pemphigus prurigineux une forme où les bulles s'accompagnent de vives démangeaisons et dcgrattages. Er. Wilson fait de cette maladie, un herpès circiné survenant pendant la grossesse.

Enfin, sous le nom de pemphigus foliacé, on a décrit une forme qui diffère notablement des précédentes. Au début, les bulles sont souvent peu nombreuses, flasques, molles, comme flétries ; le liquide qu'elles contiennent est jaunâtre. Les bulles se rompent de très-bonne heure, souvent même elles ne se forment pas et la maladie se présente alors sous l'aspect de squames minces, grises ou brunâtres, enroulées sur ellesmêmes. Le tégument qui finit par être envahi tout entier offre un aspect étrange par suite de la présence de ces lamelles épidermiques à moitié détachées. Cazenave l'a comparé à une pâtisserie feuilletée, AYilson à la peau en lambeaux.

PEMPIIIGUS. 561

A mesure qu'elles tombent elles sont remplacées par de nouvelles écailles dont la reproduction se fait si rapidement, que M. Hardy les a vues remplir le lit des malades dans l'espace de quelques heures.

Si l'on soulève les squames épidermiques, la surface cutanée apparaît congestionnée, rouge, humide, exulcérée, laissant échapper un liquide séreux, fétide, nauséeux.

Dans des cas très-rares, l'éruption a paru débuter d'emblée par Texfoliation épidermique dont nous venons de parler, ce qui pourrait faire confondre le pemphigus foliacé avec d'autres maladies cutanées — notamment avec le pityriasis rubra généralisé, maladie qui, d'ailleurs, se rapproche de celle-ci par la nature de l'état constitutionnel qui les accompagne toutes deux ; mais le plus ordinairement l'apparition de bulles isolées vient démontrer le caractère véritablement huileux de cette dermatose.

Ètiolocjie. — En dehors des agents énumérés à propos de toutes les affections de ce genre, refroidissements, émotions morales, alimentation excitante, abus alcooliques, etc.. et qui peuvent agir comme causes occasionnelles — sans cependant qu'on soit encore bien fixé sur la réalité de leur influence, — il est impossible d'apprécier exactement les conditions dans lesquelles le pemphigus se développe. Le pemphigus est toujours, dit-on, l'indice d'un mauvais état général ; cela est vrai dans beaucoup de circonstances, mais quelquefois aussi la dépression des forces, l'amaigrissement, le marasme, etc.. ne sont que l'effet de la maladie. Ceci s'observe, notamment dans le pemphigus successif et dans le pemphigus foliacé, non-seulement par suite de l'intensité de la sécrétion séro-purulente ou de l'exfoliation épidermique, mais encore par les complications si fréquentes à une période avancée de la maladie : diarrhée chronique, appétit insatiable, épanchemcnts séreux, bronchites, etc., complications qui achèvent d'épuiser le malade et hâtent le dénouement fatal.

M. Wilson pense que la cause du pemphigus tient à une débilité générale ou locale se rapprochant de la cachexie, ce qui est assez yague. Cet auteur admet aussi une variété de pemphigus liée à l'irritation de l'appareil utérin ; dans un cas la fétidité du liquide sécrété était excessive et ressemblait à à celle de Tozène des jeunes filles hystériques [Whystericus); il considère le processus pathologique comme identique dans les deux affections ; aussi propose-t-il de le désigner sous le nom de P. ozœnode.

Zsous ne signalerons que pour mémoire les bulles de pemphigus qui, d'après Bœck et Daniellssen, surviennent souvent dans les premières périodes de l'éléphantiasis des Grecs.

Traitement. — La thérapeutique de cette affection n'a pas fait beaucoup de progrès depuis l'époque où Franck disait que : le meilleur mode de traitement est de ne rien faire. Avec cet éminent observateur et la plupart des dermatologistes actuels, nous estimons que le rôle du médecin consiste surtout à s'abstenir de tous les agents qui pourraient être nuisibles, à régler l'intervention de l'art d'après les antécédents et les conditions actuelles propres à chaque malade, à faire, en un mot, la médecine des symptômes, la médecine surtout des complications.

« .Je ne connais encore aucun remédie interne qui se soit montré efficace contre le pemphigus, » dit M. le professeur Hebra. Malheureusement ces décourageantes assertions ne sont que trop vraies : en effet, amers, toniques, mercuriaux, arsenic^ iodure de potassium, sels de fer, acides minéraux, etc., sont restés impuissants contre cette affection, du moins dans sa forme chronique grave.

M. Devergie conseille le perchlorure de fer à la dose de six à

* "Wilson dit cependant avoir obtenu de bons résultats de l'emploi de ce métalloïde.

huit gouttes par jour dans un y erre d'eau sucrée, en trois fois dans les vingt-quatre heures.

Les purgatifs trop'et trop banalement conseillés ont riaconvénicnt de proToquer l'apparition de ces diarrhées incoercibles qui deviennent une des plus fréquentes et des plus graves complications du pemphigus.

Les bains ordinaires sont en général contre-indiqiiés : ils ont le double inconvénient de rompre prématm'ément les bulles, de congestionner la'peau et de favoriser les poussées éruptives. M. Devergie fait aussi remarquer, en véritable praticien, que la difficulté, l'impossibilité même d'e^sî^j/e?' les malades, si ce n'est au prix de douleurs souvent intolérables, constitue une autre contre-indication non moins sérieuse.

On peut cependant prescrire un bain lorsque toute sécrétion a complètement cessé et qu'il ne reste qu'un état écailleux de la peau. On y ajoute alors soit 4 à 6 grammes de sublimé (Devergie). soit 100 à 150 grammes de sous-carbonate de soude dans le pemphigus piiu^igineux (^Tilbm'v Fox). Pour débarrasser la surface cutanée des écailles qui rendent les mouvements difficiles et douloureux, — notamment dans le pemphigus foliacé. — on fait des lotions avec du savon cadique et de l'eau chaude, suivies d'onctions avec la pommade à l'oxyde de zinc (E. TVilson).

Ces remarques s'appliquent également à l'emploi des cataplasmes et de l'enveloppement imperméable.

Quand les bulles sont parvenues à leur complet développepement. il est bon de les percer avec la pointe d'une aiguille ou d'une lancette, afin que l'épiderme s'appliquant sur le chorion puisse lui sei^vii" d'enveloppe protectrice.

Si le bain ordinaire présente, comme nous venons de le voir, de sérieux inconvénients, il n'en serait pas de même d'après le professeur Hebra du bain simple contin u. Chezplusieiu^s pemphigineux, il a obtenu la guérison de cette manière. L'un d'eux resta au bain cent jours et cent nuits sans inter-

ruption, sauf le temps nécessaire à l'accomplissement des fonctions ahines. Neuf mois après, une récidive s'étant produite, le sujet fut de nouveau soumis au traitement balnéaire pendant cent neuf jours et autant de nuits. Il fut guéri de son pemphigus.

Depuis lors,Hebra a, dit-il, employé les bains continus dans trois autres cas de pemphigus : un pendant soixante-dix-sept jours, un autre quarante-sept et le troisième vingt-six. Chez tous les trois, la guérison a eu lieu. Il résulte des recherches poursuivies par l'auteur, que si le bain continu ne guérit pas tous les malades, du moins il atténue toujours les douleurs et dans aucun cas n'est nuisible.

Tout en tenant grand compte des recommandations deî'éminent dermatologiste, nous croyons que peu de malades consentiront à se soumettre à une pareille médication, qui doit être un véritable supplice. D'ailleurs, le but qu'elle se propose — mettre à l'abri du contact de l'air — est réalisable par d'autres moyens moins pénibles, il faut en convenir, ainsi que nous l'indiquerons dans un instant.

Les bains de goudron comptent aussi des succès. Hebra fait frictionner le malade sur toute la surface du corps avec du goudron ou de l'huile de cade, et l'envoie, immédiatement après, au bain où il reste dix à quatorze heures ou même un jour et une nuit. Ces applications sont assez douloureuses, pendant la première heure. Elles deviennent ensuite de moins en moins pénibles , et sous leur influence excitante l'épiderme tend à se reconstituer.

L'hydrothérapie peut également revendiquer quelques guérisons, et il est facile de comprendre dans quel sens, à la fois détersif et reconstituant, peut et doit s'exercer l'action de cette précieuse ressource thérapeutique.

M. Hillairet, comparant avec beaucoup de raison les conditions dans lesquelles se trouve la peau chez un individu atteint de pemphigus avec celles qui caractérisent les bru-

lures du premier et du second degré, a eu l'heureuse idée d'appliquer à ces deux affections le même traitement, c'est-àdire des onctions avec le linimcnt oléo-calcaire, suivies de l'enveloppement avec l'ouate. C'est réaliser, et d'une manière plus commode, l'effet du bain continu.

Le docteur Tilbury Fox a aussi indiqué, comme une des meilleures applications, et efficace dans tous les cas, un mélange de blanc de Troye ordinaire, de glycérine et d'eau, mélange que Ton étend sur toutes les surfaces malades à l'aide d'une brosse.

D'autres enduits ont été préconisés, tels que le collodion, la gutta-percha dissoute dans le chloroforme; mais ces applications n'ont pas donné les résultats satisfaisants qu'on paraissait en attendre. Au-dessous des couches collodionnées, la sécrétion continue de se faire, la pellicule protectrice se soulève, se déchire ; ou bien la compression qui résulte des suintements cutanés donne parfois lieu à des douleurs trèsvives. D'ailleurs, lorsque l'exfoliation épidermique occupe toute la surface cutanée, ces badigeonnages sont impossibles, souvent même leur application serait très-douloureuse, par suite de la dénudation et de l'irritation des régions affectées.

Enfin, on devra saupoudrer les surfaces, d'amidon, de lycopode, de tan, etc. ; s'il existe des démangeaisons vives, M. Hardy conseille d'ajouter à ces poudres un tiers d'oxyde de zinc. On peut remplacer les substances pulvérulentes par des pansements avec des linges enduits de pommade à l'oxyde de zinc ou à l'acétate de plomb, — 0,'25 à 0,50 centigrammes pour 30 grammes d'excipient, — ou bien encore par des lotions avec l'acide phénique très-dilué. M. Devergie a obtenu de bons résultats de l'emploi de compresses trempées dans une solution de coaltar saponiné, étendu de 4 ou 5 fois son poids d'eau.

Dans la forme gangreneuse, qui s'observe quelquefois à l'état épidémique , notamment en Irlande, dans la classe

pauvre, le docteur Whitley Stokes conseille de frictionner avec la pommade de scrophularia nodosa, contenant autant do parties végétales vertes que possible. C'est un remède populaire, et celui dont le résultat a toujours été comparativement le plus satisfaisant.

Tout en reconnaissant que les toniques sont insuffisants pour guérir le pemphigus, ou du moins n'ont pas ici une action plus spéciale que dans d'autres dermatoses compliquées de dépérissement, d'anémie, etc., il n'est pas moins certain que le pemphigus se rencontrant souvent chez des individus débilités ou affaiblis, soit originairement, soit par suite de la maladie, il importe de les soumettre non-seulement à une médication reconstituante, mais encore à une hygiène et surtout à une alimentation instituées dans le même sens. L'influence décisive d'un meilleur nourrissage sur les nouveau-nés syphilitiques, affectés de pemphigus, est une preuve sans réplique de l'utilité absolue des fortifiants. Nous n'avons pas à indiquer quelles sont les règles à suivre dans ce cas. Les agents de la médecine tonique sont nombreux, et c'est au praticien de les choisir et de les graduer suivant les indications présentées par chaque malade.

La viande crue administrée d après le mode indiqué par M. Lailler peut rendre de grands services :

Viande crue râpée 100 grammes.

Sucre pulvérisé 40

Vin de Bagnols 20 —

Teinture de cannelle 3 —

On incorpore le sucre à la viande crue, dans un mortier de marbre, puis on ajoute le vin et la teinture. On obtient ainsi un mélange qui a l'aspect d'une marmelade, une saveur agréable. Cette composition répond aux exigences d'une alimentation tonique et reconstituante. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit dans une note de notre traduction des maladies

RUPIA. SôT

de la peau d'Hebra, si l'administration du fer, du quina, des amers, de l'arsenic, des acides minéraux, etc., telle qu'on est à même de l'employer dans les hôpitaux, est insuffisante , il en serait peut-être tout autrement , si l'on pouvait faire jouir le malade des bienfaits d'une alimentation variée et réparatrice, du séjour à la campagne, du calme moral et par-dessus tout des douceurs de l'espérance. Ces conditions seraient d'autant plus efficaces qu'on les appliquerait à des sujets qui, jusqu'alors, en auraient été privés, et dont la maladie, ou tout au moins son caractère le plus fâcheux, seraient précisément dus à l'action longtemps agissante de conditions toutes contraires.

RUPIA

Des phlyctènes ou bulles isolées, plus ou moins volumineuses, aplaties, contenant un liquide sanio-purulent, de mauvaise nature et se concrétant en croûtes aplaties, d'un brun noirâtre, tels sont les caractères les plus tranchés de l'affection connue sous le nom de rupia. Si la sécrétion de l'humeur sanieuse continue, comme elle se dessèche au fur et à mesure de sa production, la croûte s'élargit graduellement, tout en conservant son aspect primitif. D'autres fois, au contraire, les croûtes sont formées de couches successives, imbriquées, et dont les lamelles superposées et de plus en plus larges prennent l'apparence d'une coquille d'huître, — rupia proeminens, conchyoïde. — Dans le rupia ordinaire, comme dans le rupia proeminens, on trouve,, au-dessous des croûtes, des ulcérations plus ou moins profondes, ayant l'aspect des plaies de mauvaise nature.

Quant au rupia escharotica , — variété que, d'après M. Devergie, on observerait souvent chez les enfants à la mamelle, — il présenterait la plus grande analogie avec l'éruption décrite par le docteur Whitley Stokes sous le nom de pem-

pliigiis gangreneux. Du reste, avec M. Hardy, nous serions très -disposé à admettre que c'est l'affection désignée sous le nom de rupia escharotica.

Quelle que soit sa forme, le rupia est une maladie essentiellement chronique, à marche lente ; il est toujours l'indice d'un mauvais état général. De môme que l'ecthyma cachectique et le pemphigus grave, il survient chez les sujets déhilités, affaiblis, épuisés. La misère, les chagrins, les travaux excessifs, les veilles prolongées, les excès de tout genre, etc., doivent être inscrits en tête des causes du rupia.

Une fois le rupia développé, il exercera, à son tour, une action pernicieuse sur la constitution du malade ; les sécrétions abondantes que fournissent les surfaces ulcérées, voire, dans certains cas, les hémorrhagies, seront une nouvelle cause de déperdition de force et d'épuisement, et contribueront à affaiblir le malade et à le jeter dans le marasme. Aussi le rupia des enfants à la mamelle et celui qui atteint les vieillards débilités ou minés par des maladies antérieures est-il, en général, grave.

Traitement. — Le traitement du rupia consiste principaîemente dans la médication interne. C'est aux toniques et aux roborants de tout genre qu'il importe de faire appel. Mais à côté des amers, des toniques, des ferrugineux, il faut faire une large place au régime et à l'hygiène. A cet égard nous n'avons qu'à renvoyer au chapitre précédent. Les règles que nous avons formulées pour le pemphigus cachectique sont de tous points applicables aux individus atteints de rupia.

Quoique les remèdes internes soient, et de beaucoup, les plus utiles, il ne faut pas négliger les soins locaux. Ayez donc l'œil sur les bulles ou les ulcérations qui leur succèdent. Ainsi que nous l'avons indiqué pour l'ecthyma, il importe de conserver le plus possible intactes les croûtes qui, en maintenant les ulcérations rupioïdes à l'abri du contact de l'air, favorisent leur cicatrisation. Mais si elles se détachent, il faut pan-

LICHEIN-. 569

ser ces ulcères comme les plaies de mauvaise nature : lotions alcooliques, pliéniquées, de vin aromatique, etc., poudre de quinquina et de charbon, pommade astringente, etc.

PAPULES

11 aurait peut-être été plus rationnel de considérer exclusivement comme lichen les seules éruptions caractérisées par des élevures papuleuses, petites, discrètes ou confluentes et restant sèches pendant toute leur existence-, et de rattacher à l'eczéma toutes celles dans lesquelles à l'élément papuleux se joignent les sécrétions humides de l'eczéma, ou de l'eczéma impétigineux. Telle est du moins l'opinion d'un grand nombre de dermatologistes, qui considèrent notamment le lichen agrius comme une simple variété de l'eczéma. En France, cependant, on continue de le compter au nombre des formes du lichen. Nous nous conformerons à cet usage; toutefois nous décrirons d'abord le lichen dans ses formes sèches, pour étudier ensuite celles dans lesquelles il est associé à l'eczéma.

Dans sa forme la plus simple le lichen est caractérisé par des papules petites, agminées, plus ou moins rouges, dont la coloration peut même être celle de la peau normale, et dont la présence est accompagnée de sensations de chaleur, de picotement ou d'un prurit dont l'intensité est variable suivant l'état des parties lésées et le tempérament des malades. Sous l'influence des frottements ou des grattages, les papules sont excoriées et il se produit une petite sécrétion séro-sanguine, qui se concrète en une croutelle mince, squameuse, en général d'un gris brunâtre. En outre, la peau sur laquelle reposent ces papules est souvent sèche, rugueuse et épaissie. Ces

570 PAPULES.

papules sont disséminées sur différentes régions du corps. — lichen dispersus, lichen diffus (Devergic); parfois même on ne les reconnaît qu'à un état chagriné, rugueux de la peau.

Le lichen simple diffus s'ohserve en général à la face interne des membres, sur la poitrine, au cou, à la figure, etc.

D'autres fois les papules de lichen sont réunies en groupes parfaitement délimités; elles forment alors des plaques sèches, rugueuses et recouvertes de squames. Ces plaques guérissent souvent au centre tandis qu'elles s'accroissent par leur périphérie, ce qui leur donne un aspect circiné. Après un certain temps, les squames diminuent et il ne reste qu'une surface dont la peau est rouge, épaissie, parsemée de plis entrecroisés, — lichen circonscrit. Cette forme de lichen est presque toujours le siège de sensations de cuisson, de picotements, de démangeaisons, occasion d'inévitables grattages, d'où résulte souvent un petit suintement séreux ou séro-sanguin qui se convertit momentanément en croûtes. Mais on ne voit jamais survenir ces poussées eczémato-pustuleuses, qui sont un des caractères du lichen agrius. Parfois plusieurs plaques de lichen circonscrit se touchent par leur circonférence et forment le lichen gyratus (Biett) . Le lichen circonscrit se rencontre principalement sur la partie externe des membres, sur le dos des mains, dans la région lombaire, aux fesses, etc.

Mais le lichen n'est pas toujours une simple éruption papuleuse. Souvent l'état lichénoïde, au lieu de débuter par des papules, aura pour point de départ, soit un épaississement de la peau, soit une éruption vésiculeuse ou pustuleuse. Aussi bon nombre d'auteurs rattachent-ils, avec raison, ces formes de lichen à l'eczéma, — eczéma papuleux, eczéma lichénoïde. Papules, vésicules et pustules sont alors confondues sur une base érythémateuse, enflammée, qui se recouvre rapidement de croûtes gris brunâtre, résultat du mélange de la sécrétion séro-purulente et du sang dont l'exhalation a été provoquée par les grattages.

Dans cette variété, en effet, les sensations de cuisson, de picotement, de prurit sont très-intenses ; aussi les surfaces malades sont-elles, par suite des grattages, le siège d'une inflammation très-vive. Au-dessous des croûtes la peau est rouge, luisante, épaissie, rugueuse ; elle est en même temps « parsemée de plis parallèles ou entrecroisés, qui ressemblent à ces hachures qui existent dans certains dessins et dans certaines gravures. Sur le visage, ces rides nombreuses visibles surtout au front, aux tempes et aux joues, donnent aux personnes qui ont été atteintes de lichen pendant un certain temps une apparence de vieillesse anticipée, qui persiste quelquefois très-longtemps » (Hardy) .

Cette variété de lichen est souvent très-longue, car sur la peau ainsi modifiée il se fait, à des intervalles plus ou moins éloignés, de nouvelles poussées papulo-vésiculeuses qui retardent la guérison, — lichen agrius. En réalité cette variété de lichen nous paraît être un mélange de lichen et d'eczéma ou d'impétigo. Nous renvoyons au chapitre des néoplasies, article mycosis, la description de l'affection qu'on a décrite sous le nom de lichen hypertrophique.

Quelquefois les papules du lichen, plus volumineuses, sont rouges, d'un rouge livide.

Elles s'accompagnent de prurit et au bout d'un temps variable, de quelques jours à quelques semaines, elles se terminent par une légère desquamation épidermique ; les grattages peuvent aussi amener l'excoriation des éminences papuleuses et le suintement qui en est le résultat se convertit en croûtes minces, jaunâtres ou brunâtres. Cette variété de lichen est fréquente chez les enfants ; on l'observe habituellement à la face, aux joues, sur le dos des mains, plus rarement sur les membres et sur les autres régions, — lichen strophulosiis , strophulus simple de M. Hardy , feux de dents.

Suivant que les papules du lichen strqphuleux présentent

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certaines modifications dans leur mode d'arrangement ou leur coloration, on en a fait différentes variétés. Ainsi les papules sont-elles rouges et disséminées, reposant sur un fond érytlîémateux, c'est le strophulus interstinctus ; si au contraire les papules sont moins rouges et groupées en plaques d'une étendue variable, strophulus confertiis ; d'autres fois les papules sont blanches, petites, entourées d'une auréole inflammatoire, strophulus alhidus; enfin les groupes papuleux sont dispersés sur diverses régions du corps, leur durée est éphémère comme les élevures de l'urticaria evanida, strophulus volaticus.

Sous le nom de strophulus prurigineux, M. Hardy décrit une variété de strophulus dans laquelle l'éruption des papules s'accompagne d'autres petites saillies papuleuses moins grosses recouvertes à leur sommet de la petite croûte noirâtre qui caractérise le prurigo . D'après l'éminent dermatologiste, cette complication constante du prurigo serait le caractère distinctif de la variété dont il s'agit. Mais est-ce que ces croûtes sanguines ne peuvent pas aussi se voir sur des papules de lichen et le volume des papules dans ces cas est-il assez différent pour que l'on puisse, sur ces deux signes, admettre dans ces cas la présence d'un prurigo comme complication d'un lichen aigu et disséminé ? Le prurit, dans cette forme, est toujours très-violent ; il se manifeste surtout le soir et est parfois assez fort pour occasionner des insomnies dont la persistance peut devenir une cause directe d'affaiblissement et d'épuisement pour les malades. Le strophulus prurigineux envahit de préférence les membres supérieurs, la figure etc. On l'observe surtout chez les enfants ou de jeunes sujets et principalement chez des individus faibles, anémiques ou lymphatiques.

Les mauvaises conditions hygiéniques propres à certaines classes pauvres, l'habitation dans des chambres mal aérées, humides, favorisent son développement. Comme l'érythème

IJCIIEN. 573

et l'urticaire, c'est une affection qui survient en général au printemps et disparaît ensuite avec les premiers froids.

Le lichen urticatus de Bateman, (lichen urticosus deMason Good) n'est pas autre chose, qu'une variété d'urticaire. Il est, en effet, caractérisé au début par de larges élevures que Bateman comparait à des piqûres de cousin ou de punaise. Sur ces plaques se développe secondairement une éruption de papules lichenoïdes.

Ce n'est donc en réalité qu'une urticaire compliquée de lichen. Les papules du lichen urticatus sont le plus ordinairement disséminées, mais on les rencontre aussi rapprochées les unes des autres et disposées en groupe. Cette éruption est très-fréquente chez les enfants.

Quant au lichen tropicus, ce n'est pas autre chose qu'une éruption abondante de très-petites papules, papules miliaires, rouges et prurigineuses, qui surviennent dans les pays tropicaux sous l'influence des chaleurs excessives de l'été. Nous en avons déjà dit un mot en parlant de la miliaire.

Sous le nom de lichen lividus ou de lichen à papules déprimées, M. Bazin a décrit une espèce dans laquelle les papules de lichen, plus volumineuses que celles des autres variétés, sont aplaties et réunies par groupes de deux, trois, quatre ou en plus grand nombre, pour former des plaques. Il existe en général pas ou peu de démangeaison. L'éruption présente souvent une teinte brune ou violacée ; elle coexiste souvent avec le purpura. D'après M. Bazin, le lichen à papules déprimées se développe de préférence sur le front, le menton, le nez, les oreilles et les membres, et il serait toujours symptomatique de l'arthritis. C'est une affection très-rebelle.

Le lichen pilaris est une variété caractérisée par de petites élevures papuleuses situées à la partie supérieure des follicules pileux et dont le centre est perforé par un poil. Il paraît être le résultat de l'inflammation du follicule. Il s'accompagne.

574 PAPULES.

comme le lichen ordinaire, de sensations de chaleur et de picotements.

M. Bazin admet deux yariétés de lichen pilaris : 1° lichen par hypertrophie papillaire, 2° lichen par altération fonctionnelle de la papille. Dans le premier cas, les papules sont volumineuses et constituées par l'hypertrophie du follicule pileux et de la papille pilifère; elles sont traversées par un poil. Cette éruption prend alors un aspect rugueux que l'on désigne sous le nom de cutis anserina, chair de poule.

Dans la seconde, la papille donnerait naissance à des cellules épidermiques molles, polyédriques et pourvues d'un noyau

très-visible Cette seconde variété est caractérisée par des

papules petites, déprimées à leur centre, d'une couleur jaunâtre ou brunâtre, et disposées en plaques, qui ressemblent à une croûte de pain superficiellement brûlée.

Les éléments du poil cessent d'être sécrétés de bonne heure ; aussi les papules ne sont point traversées par un poil comme celles du lichen par hypertrophie papillaire.

La description de cette seconde variété de lichen pilaris, que nous transcrivons textuellement du remarquable ouvrage de M. Bazin', nous paraît se rapporter en grande partie à l'affection que l'on a désignée dans ces dernières années sous le nom de lichen planus, du moins de sa forme discrète.

Nous emprunterons aux auteurs anglais et allemands qui s'en sont particulièrement occupés la description de cette variété de lichen à laquelle nous pensons qu'il convient de laisser la dénomination de lichen planus qui en donne une idée exacte.

D'après E. Wilson, le lichen planus est caractérisé par des papules aplaties, rouge foncé, à sommet brillant, uni, à base angulaire, et dont le centre, qui est quelquefois déprimé ou

^ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau, page 324.

ombiliqué, laisse voir l'orifice du follicule pileux. Parfois quand l'éruption est abondante, les papules sont groupées sur une base infiltrée et forment une plaque d'étendue variable. Au début les papules sont toujours discrètes, mais elles ont de la tendance à s'agglomérer de manière à former des plaques, non par leur développement périphérique, mais par des éruptions successives de nouvelles papules qui apparaissent dans les espaces laissés libres entre les papules primitives. Après la formation des plaques et au bout d'un certain temps la peau devient plus ou moins infiltrée; cependant il est toujours possible de reconnaître facilement les papules. Elles conservent leurs caractères anatomiques jusqu'au moment où elles disparaissent. A ce moment, les papules s'affaissent, leur sommet se déprime, s'ombilique au-dessous du niveau de la circonférence, d'où résulte une disposition annulaire. Aux papules succèdent alors des taches d'un brun foncé qui donnent à la peau, dans les points où l'éruption était abondante, un aspect bigarré ; d'autres fois lorsque la papule disparait elle est remplacée par une petite plaque rouge desquamante , plus large que sa base.

Le lichen planus s'observe de préférence sur la partie antérieure des avant-bras et des poignets, à la nuque, sur l'abdomen, aux reins, au niveau du sacrum, etc

D'autres fois le lichen planus, au lieu de rester localisé à certaines régions, envahit la plus grande partie du corps, il constitue alors le lichen ruher du professeur Hebra.

D'après lui, cette affection consiste en une éruption de papules miliaires, à leur début distinctes les unes des autres, mais qui se réunissent bientôt en plaques par le développement de nouvelles papules apparaissant dans les intervalles des papules originaires. Ces plaques sont recouvertes de squames petites, minces et peu adhérentes. Elles n'occasionnent que peu de démangeaison.

Ces éruptions papuleuses se produisent successivement sur

576 PAPULES.

différents points restés jusque-là indemnes, et à la fin, il en résulte un état dans lequel les papules, et l'infiltration de la peau qui en est la conséquence, occupent des régions entières, ou même toute la surface du corps. Le tégument est alors rouge dans toute son étendue, recouvert de nombreuses écailles minces, et tellement infiltré que lorsqu'on soulève un pli de la peau, on trouve qu'elle a plus de deux fois l'épaisseur normale. Les mouvements de flexion et d'extension deviennent très-difficiles; la peau de la paume des mains et de la plante des pieds est très-épaissie. Les doigts et les orteils sont en général séparés les uns des autres, ils ont une position demifléchie, ils sont rouges et infiltrés, et les articulations des phalanges sont le siège de fissures transversales, de crevasses qui pénètrent fréquemment jusqu'au chorion.

Les ongles sont épaissis, opaques, rugueux et très-friables. Les cheveux, les poils du pubis et de l'aisselle ne sont pas malades. Si au début l'état général n'est pas modifié, il n'en est plus de même quand l'éruption a envahi toute la surface cutanée, le malade maigrit et tombe dans un état de marasme qui peut se terminer par la mort.

Qusiui au lichen scrofulosorum, ilconsiste, d'après Hebra % en une éruption de papules miliaires, jaune pâle ou rouge brunâtre, ou encore de la même couleur que la peau. Elles sont toujours disposées en groupe et quelquefois forment des cercles ou des segments de cercles. Ces papules sont situées sur les follicules pileux ; elles sont toujours recouvertes de quelques minces squames. Il n'y a pas de prurit et par conséquent pas d'excoriations. Elles ne subissent aucune transformation, c'est-à-dire ne deviennent jamais vésiculeuses. Cette affection est en général limitée au tronc, il est très-rare de l'observer sur les membres.

1 D'après le traducteur anglais de l'ouvrage du professeur Hebra, quelques cas de lichen scrofulosorum, qu'il vit à la clinique dermatologique de Vienne, aur,\ient été considérés en Angleterre connue des exemples de lichen circumsriptics.

Sa marche est très-lente, aussi les plaques papuleuses restent-elles pendant longtemps stationnaires. Leur existence peut passer inaperçue jusqu'au moment où se développent d'autres phénomènes. A ce moment on voit survenir entre les groupes de papules et dans des régions telles que les membres et la face, indemnes jusqu'alors, de petites nodosités, rouge bleuâtre, de la grosseur d'une lentille, isolées et semblables à celles de l'acné. Quelques-unes contiennent du pus qui se dessèche ou est rejeté lorsque les nodosités disparaissent; d'autres ne suppurent pas, mais diminuent graduellement. Dans les deux cas, ces nodosités laissent après elles des macules discoïdes d'une pigmentation très-foncée et de l'étendue d'une lentille, tandis que sur d'autres points surviennent de nouvelles nodosités. La peau comprise entre les parties malades se desquame souvent sous forme de petites écailles semblables à du son et brillantes ; tout le tégument a en général dans ces cas un aspect cachectique..

Le lichen scrofulosorum affecte presque exclusivement les sujets scrofuleux (90 fois sur 100). Hebra ne l'a jusqu'à ce jour observé que chez les hommes, entre l'âge de quinze et vingt-cinq ans.

Comme l'eczéma et le psoriasis, le lichen est une affection diathésique, dartreuse. Du reste dans bon nombre de cas le lichen n'est qu'une forme de l'eczéma et se manifeste dans les mêmes conditions. Comme pour toutes les dartres, l'hérédité joue un grand rôle, c'est là une des causes prédisposantes admises par tous les auteurs.

Le lichen est-il plus commun chez les personnes nerveuses que chez les autres? Nous serions très-disposé à le croire en raison des faits que nous avons observés. Toutefois on le rencontre aussi chez des sujets doués d'autres tempéraments. On l'observe aussi de préférence pendant l'été et au changement des saisons. Il survient à tous les âges, et, chez les enfants, au moment de la dentition.

578 PAPULES.

Certaines professions paraissent favoriser son apparition, notamment celles qui exposent les individus au contact de matières acres, irritantes : les épiciers, les confiseurs, les cuisiniers, les teinturiers, les boulangers, les maçons, etc., — lichen professionnel. Il en est de même des éruptions licliénoïdes qui surviennent sous l'influence de l'action irritante et des grattages occasionnés par des parasites, notamment des acares et des poux, — lichen parasitaire de M. Bazin. Les substances irritantes, médicamenteuses ou non, appliquées sur la peau, sont souvent aussi une cause déterminante de l'affection. Les écarts de régime, les excès alcooliques, les veilles prolongées, les travaux excessifs, les émotions violentes, etc., agissent au même titre. Mais toutes ces causes, il faut le noter, n'auront, en général, leur effet que chez certains individus seulement, chez ceux qui se trouvent sous l'influence de la diathèse dartreuse.

Traitement. — Aux premières périodes, tant qu'il existe de l'inflammation, il faut se borner à des applications émollientes. Comme pour l'eczéma, ce seront des bains tièdes, additionnés de son, d'amidon, de colle, etc.; des lotions ou des fomentations avec la décoction de mauve et pavot, de sureau ; des cataplasmes de fécule, d'amidon; des poudres inertes, etc.. Rappelons aussi les avantages de l'enveloppement miperméable.

Mais à côté de ces symptômes inflammatoires, qui cèdent assez facilement à un traitement approprié, il est un autre phénomène morbide presque toujours présent dans le lichen chronique, qui souvent aggrave les lésions locales et exerce secondairement une influence fâcheuse sur tout l'organisme. C'est le prurit très-intense et dont le praticien doit toujours se préoccuper, car le lichen est une affection essentiellement prurigineuse ; et chez les individus nerveux ce symptôme peut atteindre un degré très-prononcé. J'ai vu dernièrement, chez deux vieillards, un lichen diffus des membres inférieurs

et de la région lombaire occasionner des démangeaisons atroces qui mettaient ces deux infortunés dans une espèce de rage. Ils se déchiraient la peau avec une véritable fureur en poussant des gémissements, des cris et en trépignant comme dans un accès de folie.

Ces démangeaisons sont en général peu marquées durant le jour, c'est surtout vers le soir et après le premier sommeil qu'elles se manifestent dans leur redoutable intensité. Impossible de résister au besoin impérieux, dominateur, qui saisit alors les malades. Ils éprouvent même un véritable soulagement à la suite de ces grattages violents et réitérés qui font presque toujours cesser l'éréthisme nerveux. Cette surexcitation est le plus habituellement secondaire, elle m'a paru être, dans la plupart des cas, la conséquence des démangeaisons et des grattages. Cet état nerveux, du reste, ne se produit que graduellement et naît, en quelque sorte, sous les ongles du malade. Presque tous vous disent, en effet, qu'ils se sentent devenir chaque jour plus excitables, qu'ils supportent moins facilement les démangeaisons, que les nuits sont plus mauvaises, plus agitées, qu'ils perdent de

plus en plus le sommeil, etc Par le fait, on voit leur santé

se modifier, leurs traits s'altérer, ils deviennent sombres, inquiets. Le jour « cela va encore » disent-ils, mais le soir, mais la nuit,... ce n'est qu'avec les plus grandes et malheureusement les plus légitimes inquiétudes qu'ils la voient approcher. Il faut donc intervenir, et d'une manière énergique, pour enrayer un état dont la persistance ne serait pas sans danger.

Au nombre des antiprurigineux les plus efficaces figurent le chloroforme et le cyanure de potassium. On pourrait aussi essayer les lotions avec une solution concentrée de saponine, récemment indiquée comme un anesthésique local. On peut employer le premier à la dose de 1 à 2 grammes pour 30 grammes d'axonge.

580 PAPULES.

Le cyanure de potassium se prescrit sous l'une des formes suivantes :

Cold-cream 30 grammes.

Cyanure de potassium 0,50 centigrammes.

Cochenille 0,05 »

(Anderson.)

Axonge 30 grammes.

Cochenille 0,50 centigrammes.

Cyanure de potassium 0,25 »

Soufre j « „

r,- , , j , . / aa ii grammes.

Di-carbonate de potassmm. . ) "

(id. — in Skin diseases de T. Fox).

La pommade camphrée ordinaire calme parfois les déman geaisons, mais il est en général préférable de formuler : axonge 30 grammes, camphre de 0,25 à 0,50. De même que le chloroforme ou le cyanure de potassium on peut l'employer seul ou bien l'associer à d'autres médicaments, notamment aux alcalins.

Rappelons les lotions de chloral, que j'ai vu réussir, chez bon nombre de malades, principalement dans le lichen circonscrit. Les lotions au sous-acétate de plomb, au borax, à l'alun, avec l'eau de laurier cerise diluée, etc,... sont souvent utiles.

Un des meilleurs moyens sont les lotions de sublimé :

Eau distillée 500 grammes.

Sublimé. ...... 0,05 à 0,10 centigrammes.

Alcool q. s.

L'huile de cade pure, ou mitigée en proportion variable avec l'huile d'amandes douces, modifie souvent favorablement les surfaces malades et atténue le prurit. Mais ces applications locales sont souvent insuffisantes ; il faut, en général, leur adjoindre l'usage interne des antispasmodiques et des opiacés. Le bromure de potassmm m'a souvent donné de bons

résultats; il en est de même de l'opium à dose progressive conseillé par M. Devergie, de l'aconit, vanté par M. Cazenave comme ayant une action spéciale sur le lichen chronique ou plutôt sur l'état nerveux qui tiendrait sous sa dépendance l'éruption cutanée. Les préparations de castoreum, de valériane, etc., seront toujours d'utiles auxiliaires.

Mais pour guérir le lichen, il ne suffit pas de faire cesser le prurit, il faut surtout s'attaquer à la maladie elle-même. Une fois la période aiguë passée, on administrera les alcalins intus et extra.

Le traitement alcalin a surtout été préconisé par M. Bazin contre le lichen d'origine arthritique dont cet auteur admet trois variétés : lichen circonscrit, lichen pilaris, lichen lividus. Toutefois, cette médication m'a paru convenir chez tous les individus d'un tempérament nerveux ou bilieux. On doit, d'autre part, s'en abstenir chez les sujets scrofuleux ou lymphatiques.

On prescrira un sel alcalin et de préférence le bicarbonate de soude, à la dose moyenne de 2 grammes par jour, dans de la tisane ou dans un sirop approprié, à prendre soit dans l'intervalle des repas, soit aux repas. On peut remplacer la tisane par une eau minérale alcaline, telle que l'eau de Vichy, de Vais, de Fougues, etc., que l'on mélange, au repas, avec le vin.

Le malade est-il, au contraire, lymphatique ou scrofuleux? On prescrira les amers, les toniques, les ferrugineux, l'huile de foie de morue. Dans le lichen agrius, M. Hardy a retiré de grands avantages de l'administration de l'arséniate de fer à la dose journalière de 3 cà 6 centigrammes.

A la troisième période, le lichen sera presque toujours justiciable des préparations arsenicales ; arséniate de soude, de fer, d'ammoniaque, etc., suivant les indications particulières et aux doses que nous avons déjà indiquées au chapitre de l'eczéma. C'est surtout chez les sujets dont la santé ne

582 PAPULES.

présente pas de troubles particuliers que l'on devra conseiller la médication arsenicale qui agira aussi dans une certaine mesure contre l'état diatbésique ou dartreux. Si le malade est dyspeptique, rhumatisant ou goutteux, les alcalins, Tiodure de potassium, le colchique seront employés avec avantage. En un mot, ne perdez jamais de vue, au moment de prescrire, les conditions de santé dans lesquelles se trouvait et se trouve le malade.

Dans les lichens chroniques à forme lymphatique ou lichens scrofuleux, M. Devergie recommande tout particulièrement la teinture de cantharides, médicament sur lequel Bictt avait déjà appelé l'attention.

Toutefois, pour remédier à l'opposition que certaines personnes pourraient faire à l'emploi de ce remède, M. Devergie a l'habitude de prescrire cette teinture sous le nom do teinture de meloe vesicatorius. Il la fait prendre aux enfants comme aux jeunes gens. « Je la donne, dit-il \ par gouttes, en commençant par 1 goutte le matin, 1 goutte le soir, augmentant d'une seule goutte pour la journée et pour chaque jour, de manière à arriver à 10 gouttes pour les enfants de sept ou huit ans, 15 gouttes pour un âge plus avancé, et 20, 25 et même 50 pour l'âge de vingt-cinq à trente ans. C'est dans un julep simple, ou dans un verre d'eau sucrée, ou dans une tasse de tisane, que je fais prendre ce médicament ; la dose de la journée toujours en deux fois, moitié le matin, moitié le soir. Ces sortes de gastralgies en vertu desquelles un enfant a, comme on le dit communément, l'estomac capricieux, ne s'accommodant que de friandises ou de mets qui excitent l'appétit, cessent comme par enchantement sous l'influence de cet agent. Un appétit franc se dessine, et l'usage des viandes et des aliments ordinaires devient un besoin pour le petit malade. En même temps, s'il s'agit d'un enfant

* Devergie, Traité des 7naladies de }>eaii,ô^ éd'ûion, pag. 743.

lymphatique, pâle, décoloré, porteur d'ailleurs d'un lichen agrius si souvent lié à un pareil état, l'affection lichénoïde diminue peu à peu et se guérit à. merveille.

Je ne nie pas les accidents possibles qui peuvent résulter de l'emploi de doses exagérées de ce remède, même de son usage continué à 20 ou 25 gouttes, tels que la difficulté à uriner, allant parfois même jusqu'à rendre un peu de sang avec les urines ; mais cet effet est tellement passager, en même temps qu'il est si peu fréquent, qu'il ne saurait arrêter dans l'administration de cette teinture. Au surplus, ce n'est pas l'éréthismc qu'il amène, mais la dysurie douloureuse allant jusqu'à la suppression de l'urine. Il suffît de cesser tout à coup son emploi pour voir disparaître en quelque temps tous ces accidents, surtout si l'on enduit les parties génitales d'un peu de pommade camphrée. En résumé, c'est un de nos moyens les plus héroïques et dont je ne saurais trop préconiser l'usage dans les affections papuleuses à forme chronique, et surtout quand il s'agit de jeunes gens et de jeunes filles. »

Contre l'épaississement et l'induration de la peau, qui s'observent si souvent dans certaines formes de lichen chronique, on devra recourir aux pommades résolutives ou aux pommades fondantes. Nous préférons les premières, car, n'ayant jamais vu les pommades à l'iodure de potassium ou à l'iodure de plomb, associé ou non à l'extrait de ciguë, donner des résultats bien marqués, nous serions très-porté à croire qu'elles agissent dans ces cas comme sur les tumeurs dont elles doivent amener la résolution. Les pommades aux sels alcaUns (1 gr. de carbonate de soude pour 30 gr. d'axongc), à l'oxyde de zinc, au sous-nitrate de bismuth, etc., peuvent avoir une action favorable.

Un excellent topique résolutif est l'onguent diachylon d'Hebra, dont voici la formule :

Huile d'olive 450 grammes.

Litharge 90 »

584 PAPULES.

Faites bouillir jusqu'à consistance convenable, et ajoutez :

Huile de lavande 8 grammes.

On étend cette pommade sur des bandelettes de toile qu'on laisse appliquées pendant toute la nuit.

La pommade d'iodoforme, dans certains cas rebelles, a donné de bons résultats. Contre les gerçures et les crevasses qui surviennent dans le lichen des articulations, le glycérolé au tannin procure un soulagement marqué. Parfois on pourra, pour modifier la vitalité de la surface cutanée des plaques lichénoïdes, les badigeonner avec une solution de nitrate d'argent ou même les soumettre à des cautérisations superficielles avec le crayon ou avec la teinture d'iode pure ou additionnée de glycérine. C'est dans ce sens qu'agit la pommade au proto-nitrate de mercure, à la dose de 5 à 6 centigrammes pour 30 grammes d'axonge. Dans le lichen eczémateux rebelle, M. Devergie a obtenu de bons résultats en faisant suppurer la surface malade à l'aide de pommade épispastique étendue d'axonge, de manière à modifier la vitalité du tissu.

A ces diverses médications, il faut encore joindre l'usage des bains. Les bains alcalins sont] souvent très-utiles contre le lichen simplex, le lichen diffus. On commencera toujours par des doses peu élevées de carbonate de soude, en augmentant ensuite graduellement la quantité de sel. Chez les malades à peau irritable, de trop fortes doses, comme on a souvent l'habitude de les prescrire, déterminent parfois une excitation fâcheuse. 100 à 150 grammes de carbonate de soude représentent une proportion suffisante dans la plupart des cas. Contre les lichens circonscrits anciens, [contre le lichen agrius, alors que l'état aigu est passé, on pourra conseiller avec avantage les bains sulfureux. Si la peau est sèche, il faut prescrire les bains ou les douches de vapeur.

Dans le lichen planus, le praticien n'oubliera pas qu'il doit se préoccuper de l'hypérémie idiopathique des parties les plus profondes des follicules pileux et de l'accroissement hypertrophique de la gaine de la racine, suivis secondairement de l'hypertrophie de la couche papillaire de la peau et en connexion avec le trouble hypérémique et fonctionnel d'organes internes importants et de dérangements graves de la santé générale.

Pour essayer de diminuer l'hypérémie, on peut donner à l'intérieur le perchlorure de fer, si l'état des voies digestives le permet. L'arsenic, d'après T. Fox, serait plutôt nuisible dans ces cas; s'il s'agit d'un lichen phmus à forme discrète, où les papules sont particulièrement solides et où l'hypérémie est moins prononcée qu'à l'ordinaire et le malade robuste, le mercure à doses altérantes employé concurremment avec r huile de foie de morue peut donner de bons résultats.

Quant au lichen planus, en général, le traitement qui a le mieux réussi entre les mains d'Erasmus Wilson est la mixture ferro-arsenicale , et, comme application locale, des lotions avec une solution de bichlorurc de mercure.

Contre le lichen ruber, Hebra n'a trouvé aucun remède efficace, à l'exception de l'arsenic.

Etant données les causes qui paraissent tenir sous leur dépendance le lichen scrofulosorwn, il était naturel de songer tout d'abord à l'huile de foie de morue, le plus énergique des antiscrofulcux que la médecine possède. Aussi le professeur Hebra recommande-t-il de l'employer intus et extra. Il résulte de ses recherches que, si l'on donne l'huile seulement à l'intérieur, la guérison exige plus de temps que si l'on y associe l'usage externe du remède. 11 la fait prendre à la dose de 30 à 60 grammes par jour en deux fois, avant les repas.

Localement, on frictionne les parties^malades avec la même huile, en ayant soin, si la chose est praticable, de faire tenir le malade couché nu entre deux couvertures de laine ou deux

586 PAPULES.

draps de flanelle. En cas d'impossibilité, on le fait vêtir d'une veste étroite et de pantalons de laine tricotée. Durant la première partie du traitement, les frictions d'huile de foie de morue sont renouvelées quatre fois par jour ; plus tard, lorsque les vêtements et les couvertures sont suffisamment saturés d'huile, on peut se borner à faire l'onction deux fois en vingtquatre heures. Quant aux bains, ils ont paru rendre la guérison plus lente que lorsqu'on employait l'huile seule.

Le succès de cette médication a été tellement satisfaisant, que, jusqu'à ce jour, dit l'auteur, il n'y a eu aucune raison de tenter l'essai d'un autre genre de traitement. Inutile d'ajouter que les malades étaient en même temps soumis à une alimentation reconstituante. Ne peut-on, d'ailleurs, se demander si l'emploi de tous les autres remèdes anti-strumeux, fait avec une semblable persévérance, n'aurait pas été suivi de résultats également satisfaisants ?

PRURIGO

Avant de définir le prurigo, tel qucTentendent aujourd'hui la plupart des dermatologistcs, il importe de rappeler que bon nombre d'entre eux, — Hebra, Er. Wilson, T. Fox, etc., — se basant exclusivement sur l'élément anatomo-pathologique, ne considèrent comme prurigo que l'état dans lequel des papules existent manifestement à la peau, et rejettent les autres espèces décrites par les auteurs sous le nom de prurigo latent ou sans papules.

Selon nous, au contraire, il est rationnel de conserver ces dernières variétés admises parles auteurs français, car, si les papules ne sont pas toujours visibles, l'ensemble des symptômes, le tableau morbide est toujours le même, que ce soient les papules ou les démangeaisons qui prédominent. Que l'on ait affaire à un prurigo partiel, avec papules imperceptibles, ou à un prurigo généralisé, avec éruption papuleuse bien

PRURIGO. 587

manifeste, les phénomènes subjectifs, auxquels donneront lieu ces deux variétés, présenteront toujours assez d'analogies pour mériter d'être compris sous le même nom, dans la même description.

Le prurigo est une affection cutanée, caractérisée par uno éruption de petites papules discrètes, isolées, peu élevées audessus du niveau de la peau, ayant au début la même coloration que le tégument sain, et provoquant des démangeaisons plus ou moins vives. Les gratlages répétés que suscitent ces démangeaisons amènent l'érosion de l'épiderme, la sécrétion d'une petite quantité de sérosité, souvent l'issue d'une gouttelette de sang, qui se dessèche et forme au sommet de la papule une croûte noire caractéristique.

Le prurigo peut être général {prurigo vidgaris) ou localisé à une région circonscrite {prurigo podicis, p. scroti, vulvœ, etc.), enfin, il peut tenir à la présence de parasites {prurigo pedicularis , scabiei),

On a aussi décrit les prurigo mitis, formicans et senilis. Mais ce sont là des degrés plus que des espèces, à proprement parler.

Prurigo vulgaris, comprenant \ep. mitis et le j^- formicans. L'éruption papuleuse est souvent précédée de démangeaisons plus ou moins vives ; on voit ensuite survenir des petites papules sous-épidermiques, souvent plus facilement perceptibles au toucher qu'à la vue et donnant au doigt une sensationderudessebien caractérisée. Ces papules déterminent une grande irritation, qui provoque des grattages répétés, lesquels détruisent l'épiderme, enflamment les papules déjà existantes et deviennent le point de départ de nouvelles poussées papuleuses.

Lorsque l'éruption existe depuis quelque temps, ces démangeaisons prennent un caractère plus grave. Elles ne sont plus une simple incommodité, — prurigolmitis, — mais deviennent très-vives, atroces, s'accompagnant de sensations aiguës

588 PAPULES.

de chaleur, de brûlure, de picotement. Il semble, à l'un de ces malades, qu'un fer rougelui laboure le corps, à un autre, que des milliers d'aiguilles lui traversent le derme ou que des légions d'insectes se promènent sur sa peau. Quelques-uns ont comparé cet état au supplice de saint Laurent. Le malade éprouve alors un irrésistible besoin de se gratter ; les ongles même ne lui suffisent plus, il se déchire la peau avec des brosses dures, avec tous les corps aigus qui lui tombent sous la main. C'est lors des variations de température, à la suite d'excès alcooliques, et surtout la nuit, sous l'influence de la chaleur du lit, que des exacerbations se produisent et que le malade, en proie à ce qu'on pourrait appeler le délire prurigineux, s'arrache la peau, se lacère de déchirures profondes, en vue d'obtenir un soulagement momentané aux tortures qui l'assaillent. Souvent même il est obligé de se lever, de passer la nuit à se promener, à se lotionner avec de l'eau ou un liquide quelconque. Ces insomnies répétées, l'excitation nerveuse qui en résulte, les souffrances horribles qu'il endure, le désespoir que cause la persistance de cet état, amènent quelquefois le trouble des facultés intellectuelles et le suicide. M. Hardy a vu, il y a quelques années, un malade de l'hôpital Saint-Louis se donner la mort pour échapper au supplice sans cesse renaissant de cette terrible douleur.

Le tégument, cependant, s'est modifié d'une manière sensible. La peau devient sèche, parcheminée, rugueuse, épaisse. Les poils cutanés ont en partie disparu, arrachés par les ongles ; ceux qui restent sont plus durs, plus courts qu'à l'état normal.

En même temps, dans les régions qui sont le siège des grattages et des excoriations, la peau prend une teinte pigmentaire plus foncée. Alors aussi les papules sont devenues plus volumineuses, les croûtes sanguines qui les recouvrent sont plus nombreuses, et les excoriations plus profondes, plus accusées,

PRURIGO 589

Souvent, sous l'influence de l'irritation tégumentaire, il vient des complications eczémateuses ou ecthymateuses, des engorgements ganglionnaires, etc — Aussi pourrait-il se faire que, au premier abord, de véritables prurigos fussent pris pour une des affections que nous venons de nommer, les papules de la première, de la principale, se trouvant masquées par des lésions plus apparentes.

C'est dans ces cas surtout qu'un examen d'ensemble pourra donner des résultats^aussi rapides que certains. Si, dans la plupart des maladies, il existe une collection de traits fugitifs, de nuances vagues, impossibles à définir, à décrire, à enseigner, et qui, cependant, fournissent à l'art du diagnostic ses plus sûrs éléments, c'est à propos du prurigo surtout qu'il est vrai de le dire et qu'il est bon de le savoir.

Ainsi cette affection couvre presque toute la surface cutanée; toutefois le cuir chevelu, la face, en sont habituellement indemnes ; son siège de prédilection est sur les épaules, l'abdomen et notamment la face externe des membres , signe distinctif d'avec les éruptions qu'engendre la présence des acares (lesquels siègent sur la face interne).

Dans le prurigo senilis les papules sont moins nombreuses que dans le prurigo formicans et même dans le prurigo mitis\ presque toujours même elles sont précédées par les démangeaisons. Ainsi que son nom l'indique, on l'observe à un âge avancé, en opposition avec le prurigo mitis, qui se rencontrerait plus souvent dans la jeunesse.

Le prurigo senilis est presque toujours, selon M. Hardy, accompagné de poux ; aussi est-il difficile, dit cet auteur, de savoir si ce sont les poux qui engendrent le prurigo, ou si c'est le prurigo qui attire les poux. Dans tous les cas c'est une ■des variétés les plus rebelles et les plus tenaces.

Dans le prurigo partiel, local, notamment dans celui de l'anus, des parties génitales, les papules sont le plus souvent il peine visibles et le prurit existe seul (P. sine papulis des

590 I'APIjLES.

auteurs.) C'est à ces cas surtout qu'appartiennent les démangeaisons atroces, à paroxismes nocturnes.

La peau des régions atteintes est souvent notablement épaissie, formant des replis volumineux au-devant de l'anus et fournissant une sécrétion séreuse qui soulage les malades ; d'autres fois elle est sèche, luisante, parcheminée, portant des traces évidentes des ravages causés par les ongles.

Le prurigo des parties génitales, chez la femme, s'observe souvent à l'époque de la ménopause.

L'hyperesthésie cutanée, par son extension à la région clitoridienne, peut devenir le point de départ de l'onanisme et de la nymphomanie. Le limbe du prépuce subit les mêmes altérations, ce qui conduit parfois à de semblables conséquences.

Le prurigo peut encore être dû à la présence des parasites (P. pedicularis et P. scabiei). Dans le premier cas on observe moins des papules véritables que de nombreuses et caractéristiques excoriations occasionnées par les grattages violents et réitérés qui tiennent à la présence des parasites. On le rencontre dans les diverses régions du corps, mais de préférence à la nuque et aux épaules.

La gale s'accompagne souvent d'une éruption papuleuse qui a son siège le plus habituel sur l'abdomen, la face antérieure des cuisses et externe des membres.

Enfin, mentionnons pour mémoire les démangeaisons, sans rougeur ni altération appréciable du tégument, qui accompagnent souvent l'ictère, l'albuminurie, l'hydropisie, certaines irritations des organes génito-urinaires, etc., et que quelques auteurs ont décrites sous les noms de prurit cutané.

Selon Hcbra, le prurigo est incurable. Le prurigo général, il est vrai, est toujours grave, non en lui même, mais par les démangeaisons qui l'accompagnent, et chez certains malades il résiste à tous les traitements.

Quant au prurigo local partiel, il se modifie plus facilement,

PRURIGO. 591

surtout si on le traite de bonne heure, avant que la peau ait subi des altérations profondes.

Enfin, le prurigo parasitaire, celui qui accompagne la gale, cesse avec les causes qui lui ont donné naissance.

Quand on veut se rendre compte des causes de cette dermatose, on se trouve en présence des opinions les plus contradictoires, ce qui paraît tenir à ce qu.e l'on n'est point d'accord sur ce qu'il convient réellement d'entendre par prurigo. A côté des causes que nous pourrions appeler fondamentales de cette affection, il en est d'autres qui ne jouent évidemment qu'un rôle accidentel, occasionel : le parasitisme (acares et pediculi) .

Quelques auteurs (Schônlein et son école) ont supposé que l'urémie donnant lieu à des sueurs exagérées, à du prurit cutané, pouvait être le point de départ du prurigo. Mais les observations d'urémie recueillies jusqu'à ce jour n'ont pas confirmé cette manière de voir.

Selon M. Cazenave le prurigo proviendrait d'une hyperesthésic cutanée qui amène la démangeaison, puis le grattage et consécutivement une éruption papuleuse. L'observation nous paraît très-exacte, mais à la condition de l'appliquer à un tout autre objet ; car, dans le prurigo Mrai^ les papules précédent toujours la démangeaison, tandis que dans le prurit cutané, affection nerveuse de la peau (et qui n'a aucun rapport avec celle que nous étudions ici), le prurit survient d'abord, puis le grattage, lequel détermine secondairement les lésions cutanées.

Cette distinction entre le purit cutané (hyperesthésie de la peau) et le prurigo est d'autant plus fondée que la première affection s'observe dans des états très-différents et ne s'accompagne jamais des modalités cutanées qui sont caractéristiques du véritable prurigo.

Suivant Alibert, le prurigo serait une affection héréditaire ; Er. Wilson l'attribue à la faiblesse du système nerveux. D'à-

592 PAPULES.

près M. Devergie, c'est dans la misère, la malpropreté et les chagrins qu'il faudrait rechercher les causes de cette affection. 11 se relierait également au tempérament sanguin ou lymphatico-sanguin ; les mauvaises conditions hygiéniques, une alimentation excitante, épicée, l'abus des liqueurs, les excès de tout genre, un travail excessif, les veilles, etc., ont été successivement donnés comme les causes du prurigo.

Le prurigo, ainsi du reste qu'il en est d'autres affections cutanées, tiendrait, d'après le professeur Hebra, exclusivement à une irritation mécanique des papilles. A l'appui de cette théorie, l'auteur fait observer que, dans les manifestations cutanées des exanthèmes, de la syphilis et de la scrofule, il n'y a pas de démangeaison ou du moins si elle existe ce n'est jamais qu'accidentellement et à un degré léger, tandis que les lésions de la peau qui résultent de la présence de parasites ou d'irritants mécaniques s'accompagnent d'un violent prurit.

Enfin, remarquant que le prurigo est aussi fréquent sur des personnes fortes, robustes et bien portantes que chez des individus affaiblis, émaciés et cachectiques ; considérant, d'autre part, que si le prurigo affecte des sujets dyscrasiques, on le voit tout aussi souvent dans des conditions opposées, l'auteur rejette toute influence diathésique, constitutionnelle, comme cause productive.

Nous ne saurions accepter cette théorie mécanique de l'origine du prurigo, et, au nombre des arguments que nous lui opposerons, il en est que nous emprunterons à Hebra luimême.

Cette affection, dit quelque part, p. 699, cet éminent dermatologiste, s'observe presque exclusivement chez des sujets pauvres, chez ceux qui sont mal nourris dans leur enfance, et par conséquent le plus souvent chez des enfants trouvés et chez ceux des mendiants. .. Ceux qui ont toujours été convenablement nourris suivant leur âge sont très-rarement atteints de prurigo.

raUlilGO. 595

Or, le prurigo est en effet sensiblement plus fréquent chez les enfants dont une alimentation insuffisante, un logement insalubre, un travail excessif, l'onanisme, quelques maladies générales ont altéré la nutrition ; il est notoire qu'on en voit moins de cas en ville que dans les hôpitaux, mais d'autre part cette cause ne suffit pas absolument pour rendre compte de toutes les variétés de prurigo.

C'est un fait bien avéré que, sur cinq ou six enfants d'une même famille, nés et vivant dans des conditions hygiéniques identiques, offrant des antécédents d'allaitement et de santé entièrement pareils (enfants de 5 à 6 ans, d'ailleurs, âge où l'influence morale n'existe pas, ne saurait être invoquée), on en voit un ou deux seulement être atteints de prurigo, les autres en demeurant exempts.

Il est donc évident qu'une cause interne préside au développement du prurigo : vu le très-jeune âge des sujets (d'après Hebra, il se manifeste ordinairement pendant l'enfance), il est permis de supposer que cette cause est congénitale ; enfin on est conduit par là à se demander si cette cause ne serait point l'hérédité (ainsi que l'avait déjà admis Alibert), influence qui s'exerce, dans la même lignée, sur tel ou tel enfant, suivant qu'il participe plus ou moins de la constitution de son père ou de celle de sa mère, ou qu'il est né pendant que celle-ci ou celui-là se trouvaient dans telles ou telles conditions temporaires de santé.

Pourquoi encore cette cause interne ne serait-elle pas la dartre qui joue aussi^un rôle incontestable dans la production de certaines variétés de l'eczéma et du psoriasis ? Pour ne parler en ce moment que du prurigo, en quoi répugne-t-il d'admettre que des parents vivant habituellement dans des logements insalubres, adonnés à l'abus des liqueurs alcooliques, à un régime excitant, à des excès de tout genre, à un travail excessif etc., procréent des enfants entachés de maladies diathésiqucs, procréent dans un cas des enfants rachitiques,

594 PAPULES.

dans un antre des tuberculeux, dans un troisième des rejetons atteints de prurigo? Ne voit-on pas fréquemment, dans une famille composée de plusieurs enfants, un d'une belle santé mais envahi par un psoriasis ou un prurigo, un autre souffrant de douleurs névralgiques, de migraines etc., un troisième avec des manifestations du côté des bronches, du poumon ou des ganglions lymphatiques? Est-ce que les maladies des parents, leurs excès, ne sont pas toujours une cause directe de maladie pour les enfants, n'entraînent pas au moins une dépression de l'organisme qui doit favoriser l'apparition chez ces derniers de lésions constitutionnelles, rebelles souvent à toute intervention thérapeutique"?

Eh bien! si, au sein de ces transmissions occultes, complexes, venant de toute date et de toute origine, l'élément dartreux figure, à un degré quelconque, dans l'apport de celui des ascendants plus ou moins éloignés qui se trouve avoir doté de son cachet tel des enfants, celui-là aura un prurigo, tandis que les autres payeront à l'hérédité un tribut, différent.

Traitement. — La première indication étant de supprimer les causes qui l'ont engendré ou l'entretiennent, il faut, pour le prurigo scabi@i, détruire l'acarus (voy. l'article gale). J'en dirai autant du prurigo pedicularis, qui réclame le traitement de la phthiriase.

Dans le prurigo partiel, notamment dans celui du pourtour de l'anus et des parties génitales (P. sa^oti, podicis. P. vidvœ), la médication topique mérite une préférence presque exclusive.

En première ligne se placent les solutions de sublimé qui ont été très-recommandées par M. Hardy. Mais ce précieux remède étant efficace, impuissant, ou préjudiciable, selon la manière dont il est employé, il faut entrer dans quelques détails.

PRURIGO, 593

Je formule :

Eau distillée 100 grammes.

Sublimé • . 1 »

Alcool 5 ))

Une cuillerée à café de cette solution, dans un verre d'eau tiède, pour une lotion qu'on renouvelera plusieurs fois chaque jour. Il faut qu'il résulte de ces lotions (faites sans frotter) une cuisson à peine sensible. Ce n'est qu'à cette condition qu'elle soulage.

Au bout de quelques jours, si l'effet sédatif reste incomplet, ou si après avoir d'abord été complet il se dément, on met deux, puis trois cuillerées, selon le besoin. Si, au contraire (ce qui arrive souvent, vu l'impatience des malades), la dose, portée d'emblée trop haut, a déterminé une vive irritation, suspendez la médication, laissez la phlegmasie artificielle s'apaiser, puis ne recommencez qu'à beaucoup plus petite dose, sauf à l'augmenter ensuite graduellement. (Diday).

Outre les lotions au sublimé nous recommanderons encore celles avec l'eau alunée, l'eau blanche (1 gramme sur 3 à 400 grammes d'eau), l'eau vinaigrée, l'eau de goudron, les cautérisations tous les trois ou quatre jours avec une solution de nitrate d'argent au dixième ou au cinquième et même le crayon de pierre infernale (Devergie), des solutions de chloroforme, d'éther, de l'iode, etc.

Le docteur Barosh a guéri en un mois un prurigo scrotal et inguinal, très-douloureux et très-ancien, par des compresses imbibées de la solution suivante :

Iode 0,75 centigr.

lodure de potassium. ,..»... 0,40 » Eau distillée 150 gram.

Faites dissoudre, ajoutez alcool rectifié, 50 grammes, mêlez exactement par agitation.

Le médicament était employé pendant plusieurs heures

596 PAPULES.

matin et soir, et chaque jour notre [confrère prescrivit un ffrand bain émollient.

On pourra aussi employer des pommades au goudron, à l'huile de cade, au précipité blanc, k l'oxyde de zinc, etc.. mais d'une manière générale elles réussissent moins bien que les solutions aqueuses.

Toutefois M. Bazin a obtenu de bons résultats de la pommade sédative suivante :

Axonge 50 grammes.

Morphine. 0,05 à 0,10 centigr.

Dans le prurigo podicis, nous nous sommes toujours bien trouvé de l'emploi des douches en arrosoir à une température assez élevée (55° à 40° centigrades), et pendant une durée assez longue — 8 à 10 minutes, — répétées tous les jours ou tous les deux jours. Elles sont en général bien supportées et amènent rapidement par leur action modificatrice une certaine atténuation des démangeaisons. Nous les préférons de beaucoup aux douches et aux lotions froi(!es qui procurent, il est vrai, un soulagement marqué au moment où on les emploie, mais provoquent habituellement une réaction fâcheuse.

Les eaux sulfureuses ou salines, en raison de leurs propriétés légèrement caustiques, me paraissent devoir mériter la préférence dans ces cas.

A propos du prurigo de l'anus M. Devcrgie fait remarquer que souvent cette variété se relie, sinon à la phthisie directement, au moins à des poitrines délicates, et dans plusieurs cas il a eu à rechercher si une guérison des lésions anales n'avait pas contribué au développement d'accidents pulmonaires graves, tels que des hémoptysies'. Aussi cet auteur prescrit-il toujours, durant le traitement externe, l'usage de l'huile de foie morue associé au sirop sulfureux.

' On peut se demander si, dans ces cas de répercussion dangereuse, le prurigo anal n'était pas symptomatique d'une affection hémorrlinïdale mal caivactéris6e, mais réelle, et dont la suppression a fait tout le mal.

PRURIGO. 597

Dans les cas graves, invétérés de prurigo vulgaire, la thérapeutique offre malheureusement peu de ressources, et les moyens les plus actifs, les plus variés, les plus rationnels en apparence, n'amènent le plus souvent qu'un soulagement passager. Mais si nous sommes impuissants à guérir, au moins devons nous chercher à épargner aux malheureux atteints de prurigo ces atroces tortures qui peuvent conduire à la folie et au suicide.

Les bains émollients, les bains sulfureux, s'ils sont insuffisants pour déterminer la guérison, soulagent cependant toujours les malades. Ceci est vrai surtout des bains minéraux qui provoquent une poussée plus ou moins prononcée. Ces poussées, en quelque sorte substitutives, agissent évidemment ici comme les lotions modificatrices que nous avons indiquées pour le prurigo partiel.

Baerensprung a vanté les bains de sublimé comme pouvant guérir toutes les variétés de prurigo, mais les expériences faites par Hebra ont montré que les résultats ne différaient pas de ceux obtenus avec des bains simples.

D'après l'expérience d'Hebra,tous les remèdes internes sont absolument inutiles contre le prurigo, et, se rangeant entièment à l'opinion de Rayer, il déclare que « en dehors des modifications particulières que peut réclamer l'état de la constitution dans des cas spéciaux, il faut se borner exclusivement au traitement externe ».

Dans cet ordre de médications, leprofesseur de Vienne donne la préférence aux onctions, soit avec le savon mou « cure de savon», soit avec la pommade de Wilkinson, modifiée par lui, et dont voici la formule :

Fleurs de soufre ! - isn

Huile de cade | ja

Savon vert ) ^ p.^^

. } aa 500

Axonge (

Craie 120

5i8 PIPULES.

Le malade prend un bain, puis il se met au lit immédiatement après, tout nu entre des couvertures de laine ; il reste ainsi pendant six jours et six nuits, sans interruption. Matin et soir on le frictionne Tigoureusement sur tout le corps avec une quantité suffisante de la pommade ci-dessus. Cette période terminée, le malade quitte son lit, et reste durant trois jours encore sans faire aucune espèce de traitement, jusqu'à ce que l'épiderme soit en partie tombé ; vers le dixième jour il prend un bain A la suite de cette médication, le prurigo, s'il est léger, sera complètement guéri ; si Ton a affaire à un ca5 grave il se produira toujours une amélioration notable.

Quelque désagréable qu'il soit, ce traitement est toujours facilement supporté, parce que pendant toute sa durée le malade n'éprouve pas de démangeaison et peut reposer tranquillement ; aussi la plupart des^patients s'y soumetlenl-ils volontiers une seconde et même une troisième fois.]N'éanmoins tous les maladesne peuvent pas consacrer des journées, des semaines entières à un traitement. — ïïebra, après avoir employé, pendant les buit ou dix premiers jours, la métbode ci-dessus, prescrit ensuite chaque soir^un bain sulfureux ou de goudron d'une ou deux heures chaque jour* ou une friction avec une pommade de composition analogue.

En dehors des agents externes on a préconisé contre le prurigo une foule de remèdes internes ; et d'abord les narcotiques et les antispasmodiques, dans la pensée de calmer l'excitation nerveuse et les démangeaisons : l'opium, la belladone, le chloral, l'aconit, le bromure de potassium, le camphre, l'oxyde de zinc, etc., mais les résultats ne paraissent pas avoir répondu à l'attente des malades et des médecins. Ces préparations procurent bien au début un certain soulagement en ce sens qu'elles rendent, momentanément au moins, le sommeil à des malheureux qui depuis longtemps en étaient privés, mais elles ne sauraient, on le comprend, agir d'un

PRURIGO. 599

manière eflBcace sur la cause morbide, qui, au bout d'un certain temps . fait de nouveau sentir ses aiguillons. Du reste, ce sommeil u" amène pas toujoiu-s ramélioration sur laquelle on pourrait être eu di'oit de compter , puisqu'il n'est pas toujours un obstacle aux grattages , lesquels sont une des causes les plus actives d'aggravation de la lésion cutanée.

Les émissions sanguines (générales ou locales) conseillées par Raver. Hunt. £. Wilson, etc — peuvent, dans des cas exceptionnels, avoir une certaine utilité chez des sujets jeunes et pléthoriques ; mais elles sont presque toujours complètement impuissantes à modifier la marche dupriu"igo. Elles seraient même directement nuisibles chez les sujets anémiés, cachectiques, état assez commun chez les prurigineux ; nous ne saurions donc trop conseiller de ne les prescrire qu'après un examen attentif du cas.

Quant à l'arsenic, dont M. Hardy a obtenu im effet curatif réel chez quelques sujets, il a paru agir à la fois comme antispasmodique et comme modificateur cutané. Nous croyons, en effet, qu'à ce double titre, il sera toujom's sage d'y avoir recours, surtout si l'on est disposé à admettre comme nous la nature herpétique, dartreuse du prurigo.

Si, d'autre part, on a constaté que le prurigo existe chez un sujet arthritique, il est évident que dès lors, tout en employant la médication locale, — indispensable dans tous les cas, — on devra concurremment prescrire les alcalins. Si l'on a affaire cà un sujet scrofuleux, il faut agir tout connue si l'on était en présence d'eufants ou de vieillards affaiblis, anémiés, et prodiguer les anti-strumeux, les toniques et les reconstituants. >'ous ne saurions trop insister sur cette vérité, banale à force d'être vraie : à côté de la maladie il y a le malade.

Selon M. Devcrgie, le prurigo papuleux serait d'autant plus facile à guérir qu'il est accompagné du développement d'un plus grand nombre de papules. D'après cet auteur, on effet.

COO PAI'LLES.

des bains sulfureux tous les deux jours et des onctions avec la pommade suivante :

Axonge 30 grammes.

Carbonate de potasse ou de soude. . 0,50 cent, à 3 gram. Fleur de soufre Ià6 gi-amraes.

donneraient des résultats si rapides et si complets, que, dans beaucoup de cas, on n'aurait, dit-il, que la crainte de guérir trop vite! — Il est évident que, entre le savant médecin de l'hôpital Saint-Louis et les auteurs qui considèrent le prurigo comme incurable, il doit y avoir un malentendu et qu'il ne saurait être ici question de la même maladie.

Le prurigo tel que nous avons eu l'occasion d'en rencontrer quelques cas, remontant à la première enfance, nous pourrions dire congénital, — les malades disant l'avoir toujours eu, — la peau toute entière étant profondément modifiée dans sa structure et dans son aspect par la présence de nombreuses papules recouvertes de croûtes noirâtres , sillonnée d'excoriations profondes, brunâtres, de taches pigmentaires foncées, etc , ce prurigo, dis-je , ne se modifie pas sous

l'influence de quelques bains et d'une pommade sulfo-alcaline. Et surtout — ne le guérissant, hélas ! presque jamais —

on n'a pas à redouter de le guérir trop vite Il y a pour

cela de trop bonnes raisons !

Nous sommes donc disposés à croire que cette forme du prurigo papuleux généralisé, dont parle M. Devergie, est celui qui, né avec la gale, disparaît ensuite facilement par le traitement qui a guéri celle-ci. Remarquez, en effet, que la pommade dont M. Devergie obtient de si beaux succès est justement, dans sa composition et pour ses doses, la pommade d'IIelmérich, le remède classique, populaire de la gale. Du moins est-ce une hypothèse que nous émettons ici, car nous ne saurions apporter trop de réserve quand il s'agit de discuter l'assertion précise d'un de nos plus judicieux confrères.

Ce n'est du reste pas la seule occasion où nous aurons à constater les divergences profondes qui existent entre les appré

ciations des dermatologistes.

TIBERCLLES

Par ce nom bizarre on désignait autrefois en masse toutes les lésions qui détruisent la peau. iVujourd'hui on le réserve en général pour certaines affections ulcératives et rongeantes du derme, qui paraissent être de nature scrofuleuse ou coïncider avec une constitution scrofuleuse. Cette distinction, que je devais formuler dès l'entrée en matière, pose immédiatement une question fondamentale. Le lupus est-il une dermatose essentiellement, exclusivement scrofuleuse? Ou bien, à côté des cas se rattachant évidemment à cette diathèse, en existe-t-il d'autres dans lesquels la lésion doive être considérée comme idiopathique, en termes plus précis, comme non scrofuleuse? Cette seconde proposition ne me paraît pas douteuse, et l'on rencontre assez fréquemment des individus bien constitués, robustes, ne présentant, n'ayant jamais présenté à un degré quelconque aucun signe de scrofulose et qui cependant sont affectés de lupus.

Quoi qu'il en soit de cette notion étiologiquc, je désigne sous le terme de lupus, non pas une altération toujours et partout identique, mais un groupe d'affections dans lesquelles la lésion initiale peut consister en taches erythémateuses, en pustules, en tubercules, etc., affections constituées par des lésions locales de la peau, indolentes, limitées, siégeant sur un ou plusieurs points du corps, à marche envahissante, et se terminant toujours par une cicatrice déprimée, indélébile.

Le lupus se termine toujours par une cicatrice : c'est là sa

caractéristique essentielle, et que l'on retrouve dans toutes les variétés de cette affection. Mais en dehors de leur signification posthume, comme phénomène ultime, les cicatrices en ont une autre, plus utile peut-être, pour le diagnostic. En effet, quand les cicatrices terminales se sont formées, tout est accompli, le malade n'a plus rien à faire avec le médecin, ni réciproquement.

Mais pendant le cours de la maladie — que, ultérieurement,^ elle doive ou non guérir — il se fait presque toujours une série de cicatrices. Celles-ci ont pour caractère d'être partielles et de n'être pas définitives. Ainsi, tant que le processus morbide n'est pas radicalement enrayé,on voit, l'un après l'autre, un des points ulcérés se fermer, se couvrir d'un tissu cicatriciel, tandis que d'autres points restent en suppuration, en même temps que le mal progresse et creuse, à côté, de nouveaux ulcères. Et non-seulement d'autres régions voisines peuvent devenir le siège de la maladie qui, pour s'être déplacée, ne perd rien en étendue; mais, même dans ce cas, les cicatrices qui paraissaient le plus solides, sont sujettes à se rouvrir. Il n'y a donc aucun jugement rassurant à baser sur l'aspect d'une cicatrice tant qu'elle n'occupe pas la totalité de la surface malade, et c'est véritablement au pronostic du lupus qu'est applicable la tranchante maxime : tout ou rien.

Mais à côté des caractères généraux du lupus il existe certaines particularités qui appellent une classification contenant des divisions qui correspondent à chacune d'elles. S'il est, en effet, des allures communes à ce groupe de lésions tégumentaires, d'autre part aussi il y a lieu de créer plusieurs genres dans lesquels puissent être comprises les principales formes de l'affection autour desquelles viendront ensuite se grouper toutes les variétés qu'offre l'aspect de l'éruption, soit à son début, soit dans sa marche ultérieure.

On peut ramener les variétés du lupus à deux principales, savoir : le lupus non ulcéreux et le lupus ulcéreux.

Dans le lupus Jion ulcéreux nous comprenons le lupus érythémateux, le lupus acnéiforme et le lupus tuberculeux superficiel.

Le lupus érythémateux [énjthème centrifuge de Bictt, scrofulide maligne e'rythémateuse de M. Bazin, scrofulide érythémateuse de M. Hardy, etc.) consiste en taches en général ovalaires ou arrondies, d'un rouge foncé, violacé, d'aspect luisant, formant une saillie à peine appréciable au-dessus de la surface cutanée. La rougeur disparaît à la pression, mais elle reparaît immédiatement dès qu'on enlève le doigt. Ces taches ont, au début, la dimension d'une pièce de vingt à cinquante centimes ; elles peuvent rester ainsi longtemps stationnaires ; d'autrefois elles augmentent d'étendue et finissent par envahir successivement la région entière.

Toutes les causes d'excitation générale ou locale augmentent, momentanément du moins, l'intensité de leur coloration. Au-dessous de cette rougeur il existe souvent une légère infiltration, ou induration des tissus sous-jacents. Sur ces taches il se forme de petites squames épidermiques, minces, très-adhérentes. — Quand laguérison a lieu, la coloration pâlit d'abord au centre, et, par suite d'une résorption interstitielle, il se produit une cicatrice déprimée et indélébile qui occupe toute la surface primitivement malade, quoiqu'il n'y ait pas eu d'ulcération. Dans quelques cas cependant il survient de légères ulcérations.

Le lupus érythémateux s'observe presque toujours à la face, sur les joues, sur le nez, au cuir chevelu ; on le rencontre aussi, mais plus rarement, aux mains, aux doigts et aux orteils.

Les dermatologistes allemands ont décrit une autre variété de cette forme, et qui mérite bien plutôt le nom de lupus acnéique sous lequel l'a désignée M. Hardy ou ceux de lupus acnéiforme ou d'adénome lupiforme, proposés par le docteur Tilbury Fox. C'est la séborrhée congestive d'Hebra, Veryihema lupinosum de Veiel ; le lupus seborrhagicus de

Volkiniuin, etc. Elle a les mêmes caractères initiaux, la même marche et la même terminaison que la forme précédente ; seulement, ici le processus morbide débute par les follicules sébacés et gagne ensuite les parties adjacentes (caractère essentiel de cette variété) .

Ce sont encore des plaques rouge foncé, légèrement saillantes, dont le centre un peu déprimé correspond à l'orifice d'un follicule pileux. De la face inférieure^des squames qui recouvrent ces taches partent de petits prolongements épidermiques qui pénètrent dans le follicule dilaté (Hebra). Le liséré périphérique de ces taches est formé par un rebord rouge, saillant. Au bout d'un certain temps les plaques s'accroissent par leur circonférence ; souvent deux ou plusieurs se réunissent en une plaque d'étendue variable. Le centre de ces espèces de disques lupeux est déprimé, la surface est d'un blanc brillant, cicatriciel; elle est recouverte tantôt de petites squames minces, sèches, parfois brillantes comme delà graisse, tantôt de croûtes d'un brun jaunâtre.

C'est à la figure que l'on rencontre le plus habituellement ces plaques de lupus érythémateux acnéiforme. Il en existe aussi aux oreilles, sur le cuir chevelu où elles forment des taches arrondies, chauves, sur lesquelles on aperçoit les follicules dilatés et remplis de sébum ; plus tard ils disparaissent dans le travail de cicatrisation (Neumann). Après une durée plus au moins longue, ces plaques laissent toujours, elles aussi, une cicatrice déprimée bien qu'il n'y ait eu d'ulcération à aucune période de leur existence.

Pour Rindfleisch, le lupus érythémateux est un adénome des glandes sébacées; toutes les nodosités lupeuses ont toujours, dit-il, dans cette variété de lupus, une structure acineuse. Il est toutefois difficile de concilier cette assertion avec certains faits dans lesquels on a rencontré le lupus érythémateux à la paume de la main où n'existent pas de glandes sébacées.

Quant au liqms tuberculeux superficiel, non ulcéré, il se jjrésente sous la forme de nodosités cutanées, en général arrondies, isolées ou confluentes, et, dans ce dernier cas, se réunissant pour constituer des groupes plus ou moins considérables. Leur volume varie entre celui d'une petite lentille et celui d'une olive ; leur base est plus ou moins enfoncée dans le tissu cutané; aussi la saillie qu'elles font à la surface de la peau ne donnc-t-elle pas toujours une idée exacte de leur grosseur réelle. Parfois même, à leur début, elles ne sont appréciables qu'au toucher. Leur face supérieure est d'un rouge livide, tantôt unie, lisse, luisante, tantôt recouverte de petites squames épidermiques ou de croûtes peu épaisses. Ces tuméfactions ont une dureté rénitcnte, élastique; elles ne sont douloureuses ni spontanément, ni à la pression, leur rougeur ne cède que momentanément sous le doigt. Elles apparaissent par poussées successives; aussi, sur une même plaque lupeuse, trouve-t-on des nodosités aux difiérentes phases de leur évolution. Ces poussées viennent à intervalles variables, sans cause appréciable, mettent souvent un temps considérable à se produire; elles ont, enlgénéral, lieu à la périphérie de l'éruption primitive maisj)arfois se font sur des parties jusque-là indemnes. Elles s'observent surtout à la face.

Le lupus tuberculeux non ulcéreux a une marche essentiellement chronique ; son évolution peut souvent se prolonger pendant un nombre indéfini d'années, sans amener le plus léger trouble apparent dans la santé générale.

La plupart du temps, après une durée très-variable, les nodosités lupeuses s'affaissent, se flétrissent, perdent leur teinte rouge; la peau, primitivement tendue, se plisse, s'exfolie en lamelles épidermiques, et^le lupus disparaît ainsi graduellement par résorption interstitielle des tissus, en laissant toujours après lui une cicatrice déprimée et indélébile.

D'autres fois, les nodosités lupeuses s'accompagnent d'un

processus iilcératif, constituant alors le lupus ulcéreux. Dans ce cas, après un temps variable, on voit les saillies cutanées se ramollir, se désagréger, se recouvrir de croûtes brunâtres, épaisses, adhérentes. Au-dessous se trouvent des ulcères phagédéniques, plus ou moins profonds, abords irréguliers, nettement délimités ; tantôt durs, renversés en dehors, douloureux ; tantôt mous, aplatis; d'autres fois, enfin, la peau qui entoure l'ulcération lupeuse est amincie, plus ou moins décollée et d'un rouge violacé livide. La surface de l'ulcère est souvent anfractueuse, inégale, recouverte de granulations molles, fongueuses, saignant facilement au moindre contact, recouvertes dune sanie ichoreuse, fétide, ayant tous lescarac lères d'un pus de mauvaise nature.

Ces ulcères prennent, dans certains cas, une marche envahissante par suite de l'apparition de nouvelles nodosités qui suivent la même marche que les premières, et on voit alors de vastes ulcérations lupeuses qui envahissent successivement toute une région du corps.

D'autres fois aussi, d'autres groupes de nodules, également ulcérés, se rencontrent et se réunissent avec les premiers, et, dans ce cas, forment ce qu'on a appelé le lupus serpigineux.

Dans d'autres circonstances, au contraire, l'effort destructif de la maladie se fait surtout en profondeur ; alors le tissu cellulaire, les cartilages, les os, sont envahis et disparaissent réellement, comme sous la dent d'un loup ou sous une influence corrosive. Les croûtes qui recouvrent les ulcérations sont épaisses, dures, adhérentes, d'une coloration brun foncé, très-souvent noires par suite d'une extravasation sanguine. De là ces mutilations affreuses, repoussantes, et surtout ces perforations que l'on remarque si souvent, soit entre les narines, soit entre la bouche et les fosses nasales, perforations qui constituent l'une des plus terribles conséquences auxquelles puisse conduire cette affection, — lupus vorax.

Parfois les nodosités lupeuses sont molles, aplaties, repo-

sant sur une base large, infiltrée ; les bords sont bien limités. Cet état prend quelquefois un développement considérable : on l'observe surtout à la face, notamment aux joues et au nez; on le rencontre aussi aux membres inférieurs. Quand les joues sont le siège de cette espèce d'engorgement lupeux, elles deviennent tuméfiées, saillantes, et donnent à la face un aspect étrange, repoussant, — lupus hypertrophique.

Sous le nom à' esthiomène de la région vulvo-anale , M. Huguier a parfaitement décrit le lupus de l'appareil génital, localisation assez rare, d'ailleurs, et que jusqu'ici, croyonsnous, on n'a rencontrée que chez la femme, et surtout chez les femmes de la basse classe, vivant dans une misère crapuleuse et dans un manque absolu de soins de propreté; aussi, d'après MM. Huguier et Bernutz, doit-on considérer tous les écoulements plus ou moins irritants qui viennent souiller la région génitale comme des causes occasionnelles de l'apparition du lupus dans ces points.

L'esthiomène ou lupus génital peut offrir diverses formes, décrites ci-dessus. Parfois il détruira les tissus en surface, s'étendant par sa marche graduellement envahissante sur toute la région vulvo-anale et même gagnant les parties voisines : le pli génito-crural, les cuisses, le bas-ventre, etc., — esthiomène superficiel^ serpigineux (Huguier). D'autres fois l'ulcération s'étend, au contraire, en profondeur, — esthiomène perforant (Huguier) .

L'ulcération, dans ce cas, s'enfonce, dit M. Bernutz S « le long d'un et quelquefois simultanément de deux des trois conduits naturels : urèthre, vagin, rectum, qui s'ouvrent dans la région vulvo-anale. Elle les décolle plus ou moins profondément, dans une plus ou moins grande étendue de leur pourtour, et porte atteinte à leur continuité par des perforations, mais surtout par un rétrécissement plus ou moins

* Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, tome XIV, page 125.

marqué, qu'elle détermine constamment et qui vient, dans certains cas, entraver d'une manière plus ou moins marquée leurs fonctions. »

Enfin, le lupus génital peut révêtir le caractère hypertrophique, soit qu'il se produise sous la forme de végétations mamillaires, d'un rouge violacé, luisantes, formant, quand elles sont confluentes, une espèce de tumeur framboisée, — esthiomème végétant; — soit que, sous l'influence d'une stase veineuse ou lymphatique, due à des érysipèles répétés, à des phlébites, à des angioleucites (Huguicr), il se développe une induration et un épaississement des tissus qui se transforment en véritables tumeurs, lesquelles peuvent atteindre parfois un volume assez considérable, notamment aux grandes lèvres, qui prennent alors un aspect éléphantiasique.

Lupus des muqueuses . Il peut coexister avec le lupus cutané, — lupus de la face, — ou bien exister isolément.

D'après M. G. Homolle\ « sur 59 faits de lupus recueillis par M. bailler chez 12 malades, bien que l'affection remontât parfois ai 5 et 17 ans, l'absence de toute lésion des muqueuses est expressément constatée ; sur 29 autres , aucune altération n'est signalée ; 13 sujets avaient des lésions plus ou moins graves ; 6 avaient seulement des modifications très-minimes de la muqueuse buccale ou pharyngienne. »

Quant au lupus érythémateux, il n'envahit les muqueuses que dans des cas très-exceptionnels. M. Bazin et M. Homolle n'en citent que trois cas.

Les lésions lupeuses de la bouche et de la gorge, qui accompagnent le lupus de la face, peuvent se manifester sous différents aspects. M. le docteur G. Homolle décrit avec le plus grand soin les modifications que la muqueuse buccopharyngicnne présente dans le cinquième environ des cas de lupus de la face. Cette muqueuse, siège d'une rougeur érythé-

Des scrofulides graves de la muqueuse bucco-pharyngienne, pag

matique, vineuse, violacée, livide, est boursouflée, tuméfiée, recouverte en quelques points de granulations miliaires; dans d'autres, de plaques blanchâtres, semblables à des cicatrices. Les glandes labiales sont souvent tuméfiées et donnent, au toucher, la sensation de noyaux saillants, coniques, durs. Les lèvres supérieure et inférieure prennent parfois un développement considérable, la lèvre inférieure parait renversée, pendante; elle est épaissie, rénitente au toucher (Hebra). Quelquefois il se développe des excroissances mamelonnées, saignant facilement au plus léger contact. La muqueuse est aussi souvent le siège d'excoriations ou de véritables ulcérations. Les ulcérations bucco-pharyngées, dit M. Homolle\ sont, chez les individus atteints de lupus facial, remarquablement atoniques et torpides. « Larges ou limitées à une petite surface, elles sont peu profondes, de niveau avec la muqueuse qui les entoure ; parfois, cependant, elles semblent déprimées, à cause de la tuméfaction des parties périphériques. La zone qui les entoure est d'un rouge violacé ou a conservé sa teinte normale ; leur fond jaunâtre, uni, sans saillies bourgeonnantes, semble revêtu d'une couenne coriace à peine humide; on en a comparé l'apparence à celle dn mastic, du tissu adipeux. »

Les gencives participent toujours à l'inflammation kipeuse des lèvres et de la bouche. Elles sont ramollies, boursouflées, saignent facilement; il existe des granulations fongueuses, des ulcérations ; les dents se déchaussent et, chez quelques malades, finissent par tomber.

Sur le voile du palais, la muqueuse est érodée, excoriée, granulée ; on y remarque des ulcérations plus ou moins étendues, qui forment souvent de véritables perforations. Ces ulcérations envahissent fréquemment le rebord du voile du palais, la luette, les piliers antérieurs et les piliers postérieurs, qui, plus

* Loc. cit., pag. 25.

tard, se soudent à la paroi postérieure du pharynx (Hebra).

M. G. Homolle a constaté la fusion d'un des piliers postérieurs, tuméfié et granuleux avec la portion contiguë de la muqueuse laryngée. La luette est alors fréquemment détruite par le processus ulcératif, ou bien il n'en reste qu'un petit appendice verruqueux.

Les cicatrices qui succèdent à ces ulcérations n'ont rien de particulier ; elles sont, en général, d'un blanc opalin, brillant. On rencontre aussi, dans le lupus de la muqueuse pharyngienne, ces cicatrices radiées, qui ont été décrites comme survenant également à la suite des ulcères syphilitiques et scrofuleux de cette région.

Les lésions bucco-pharyngiennes concomitantes du lupus de la face, que nous venons d'indiquer, peuvent aussi se développer primitivement sur la muqueuse de la bouche et du pharynx. D'après les recherches de M. Homolle, elles se montreraient alors sous deux formes principales : l'érosion progressive et l'ulcère perforant.

Le lupus des muqueuses, présentant ce caractère d'indolence que nous avons déjà signalé dans le lupus cutané, fait que, notamment dans le lupus primitif de la gorge, le début du mal passe presque toujours inaperçu. Quand les malades viennent vous consulter, les altérations sont, en général, trèsavancées. Ce sont surtout le voile du palais et les piliers qui sont le siège de ces exulcérations, de ces érosions que M. Homolle a si bien décrites sous le nom d'érosion progressive. c( Les surfaces affectées, dit cet auteur, ne restent pas égales et lisses, mais dans une étendue variable se couvrent de petites éminences, tantôt sous forme de gonflement un peu inégal, tantôt constituant de simples élevures peu saillantes ; ou, enfin, l'apparence mamelonnée devenant plus distincte, il semble qu'on reconnaisse d'une façon plus évidente des éléments tuberculeux cohérents. Au fond du pharynx, on trouve le même état mamelonné. Dans ces points qui sont en

voie de destruction, la perte de substance se fait suivant une direction régulière, progressivement, parallèlement au bord libre du voile, par exemple, ainsi que procède un lupus qui échancre peu à peu l'une des narines ^ »

Le voile du palais, attiré en dedans et en arrière, s'accole à la muqueuse pharyngienne ; il forme alors un rideau transversalement tendu d'avant en arrière ; il ne reste entre lui et la paroi postérieure qu'un orifice dont le diamètre peut ne pas dépasser celui d'une plume d'oie ou s'effacer même complètement ; les fosses nasales n'ont plus alors de communication avec la gorge (Homolle). En même temps, il se produit des perforations plus ou moins étendues. L'inflammation s'étend parfois à l'épiglotte et aux cordes vocales ; ces parties sont rouges, tuméfiées, granuleuses, excoriées ; sur la face supérieure et sur le bord libre de l'épiglotte, on aperçoit de petites ulcérations. Dans ces cas, il y a toujours de l'enrouement, quelquefois même une aphonie complète.

Le lupus est une affection chronique à marche lente et envahissante. Il peut mettre parfois plusieurs années pour atteindre la largeur de la paume de la main. Piien de plus capricieux, du reste, que son développement, que ses reprises parfois si inattendues après un long temps de calme. Il n'a que peu de tendance à la cicatrisation, et les guérisons spontanées sont très-rares.

Les malades conservent, en général, tous les attributs de leur santé habituelle, et l'on voit fréquemment des individus dont la figure a été rongée, dévastée pendantquinze ou vingt ans, sans que, à aucune époque, il se soit produit un retentissement fâcheux appréciable sur l'organisme. Toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement, la nutrition et l'assimilation ne paraissent modifiées en aucune manière. En un

* Loc. cit., pag. 45.

mot, on ne constate chez les personnes atteintes de lupus, et même des formes les plus graves de cette maladie, aucunes altérations, aucuns changements organopathiques généraux dignes d'être notés, et qui soient en rapport avec la nature et la ténacité des lésions cutanées.

Généralement le lupus se limite à son siège de prédilection habituel, à la face, notamment au nez et aux pommettes (régions malaires).

Quelle est la raison de cette regrettable préférence ? Faut-il l'attribuer, comme l'a pensé M. Horand, à la structure anatomique de ces parties? La peau du nez, en effet, est mince, fine, très-vasculaire, et les vaisseaux lymphatiques sont peu nombreux sur ses faces latérales, « conditions éminemment favorables, dit cet auteur, à la congestion et à la stase sanguine d'abord, puis à l'exsudation morbide et à l'abaissement de la nutrition, c'est-à-dire au développement du lupus. De plus, le nez est exposé à subir toutes les influences, de nature variable, propres à produire des altérations vasculaires, telles que changements de température, excoriations, etc. »

Ces explications ont sans doute quelque fondement, mais elles pourront paraître insuffisantes tant que, ignorant la véritable nature du lupus, l'observateur sera hors d'état de contrôler les prédispositions anatomiques à cette maladie par les tendances pathogénétiques qui lui- sont propres.

En outre, si ces conditions de structure jouaient en réalité le rôle que leur assigne M. Horand, il n'échappe à personne que, dans l'immense variété que la nature étale à nos regards, il y aurait des nez privilégiés, des textures nasales dont l'examen pourrait, à priori, y faire considérer l'invasion du lupus comme plus probable que sur d'autres. En est-il ainsi? Nous ne le croyons pas.

Les conséquences que détermine le lupus varieront, comme on le pense bien, suivant les régions atteintes ; nous ne parlons pas ici des cicatrices en tant que résultat final de la ma-

ladie, mais des suites de certaines pertes de substance, des saillies blanches et plissées, par exemple, ou des adhérences qui peuvent défigurer ceux qui en sont atteints et apporter une gêne sérieuse aux fonctions de quelques organes.

Ainsi, on voit souvent, comme résultats consécutifs de la présence antérieure d'un lupus, un nez pointu, aminci, effilé, comme « usé » , dont les orifices rétrécis laissent à peine passasse à l'air : d'autres fois, tous les cartilao^es ont été détruits, et le nez a l'air d'avoir été coupé à sa racine. Aux lèvres , il peut en avoir détruit une portion notable et déterminer une coarctation de l'ouverture buccale aussi disgracieuse qu'incommode. Aux joues, outre les cicatrices profondes qu'il taille dans les parties molles et l'absorption du tissu cellulaire de cette région, s'il a atteint la paupière inférieure, il peut ou l'entraîner dans une cicatrice déterminant ainsi un ectropion, ou provoquer la destruction, soit partielle, soit totale, de ces deux voiles membraneux, et occasionner ainsi la perte presque complète de la vue et un écoulement lacrymal continu sur les joues, sécrétion dont l'action, corrosive à la longue, trace sur les tissus cicatriciels deux lignes rougeâtres qui causent au malade les plus vives souffrances. S'il gagne, d'autre part, les régions sous-maxillaire et sternale, il se produit des cicatrices, des adhérences et des rétractions, origine des difformités les plus pénibles. Il en est de même des brides cicatricielles qui, dans le lupus des membres, se forment au voisinage des articulations.

Étiologie. — Causes prédisposantes. D'après nos recherches dans les divers traités de dermatologie et les résultats assez nombreux de notre expérience personnelle, il nous parait démontré que le lupus s'observe plus fréquemment chez l'homme. Quant à la raison de cette différence, elle nous échappe complètement, malgré les hypothèses qui ont été émises sur ce point.

Quant à l'âge, il résulte des recherches faites à l'Anti-

quaille par M. le docteur Horand', que le lupus ne se montre guère avant l'âge de cinq ans. Il est rare de dix à quinze ans; mais â partir de cet âge, sa fréquence va en augmentant jusqu'à vingt-cinq ans, puis elle diminue progressivement jusqu'à soixante-dix ans.

C'est aussi entre dix et trente ans qu'apparaissent le plus ordinairement les manifestations de la scrofule ; cette coïncidence a sa signification ainsi que son importance ; nous y reviendrons plus tard.

D'après M. Devergie, le lupus naît plus fréquemment en hiver.

Quant à l'influence de certaines professions ou plutôt l'action de matières pulvérulentes irritantes, telles que celles auxquelles sont exposées les personnes adonnées à certains travaux, les tisseurs, les mineurs, les serruriers, les corroyeurs, etc., assurément l'absence de précautions hygiéniques peut favoriser l'apparition d'eczémas, d'impétigos de la face, mais jamais, que nous sachions, celle du lupus. D'après M. Devergie cependant les enfants qui travaillent les tissus en général, filatures, tissage, etc., y seraient plus disposés que d'autres.

Quant au tempérament, bon nombre de dermatologistes considèrent le lupus comme une manifestation de la diathèse scrofuleuse, une scrofulide, selon l'heureuse expression de MM. Bazin et Hardy. Et si, dans un certain nombre de cas, on a trouvé le lupus chez des malades doués d'une bonne constitution, ne présentant et n'ayant jamais eu antérieurement aucun signe de la scrofule, nous croyons que la lésion lupcuse, dans ces cas, résumait en elle toute la diathèse, dont elle constituait cette manifestation que nous spécifierons un peu plus loin.

Quelles sont les causes efficientes du lupus? D'après M. Huguier, les érysipèleset les angioleucites répétées seraient souvent la cause accidentelle de cette affection. Suivant d'autres

* Du lupus, pag. 47.

auteurs, les coups, les chutes, paraissent en être le point de départ. Le plus souvent c'est un petit bouton accidentel gratté ou écorché par le malade, qui marque l'origine du mal. On comprend que, dans des conditions diathésiques dont nous avons parlé et avec la vulnérabilité spéciale des tissus, que ces conditions engendrent, tout puisse être considéré comme une cause efficiente, sans qu'il y ait lieu d'en admettre une comme plus particulièrement efficace.

Quelle est la véritable cause du lupus ?

Agitée depuis des siècles, cette question, la plus ardue de toutes, n'a pu encore être résolue d'une manière satisfaisante.

Ce ne sont point cependant, comme on le pense bien, les explications ou les théories qui ont manqué, et, dans cette circonstance plus encore que dans toute autre, les idées médicales régnantes ont successivement marqué de leur empreinte les diverses hypothèses émises à cet égard. Plutôt que de les discuter en détail, nous préférons exposer l'opinion que nous a suggérée l'étude très-longue et très-attentive non-seulement des faits bruts, mais des conditions diverses dans lesquelles ils se produisent, et surtout des concomitances morbides qui les accompagnent ou qui, d'autres fois contre toute prévision, font défaut à leur cortège. Voici donc, précédée de son exposé de motifs, l'explication qui nous paraît la seule légitime de la production des diverses variétés de lupus.

Comme on observe assez souvent le lupus chez des sujets qui offrent l'habitus scrofuleux, mais n'ont pas pendant tout le cours de leur existence d'autre lésion réelle de la scrofule ; — comme on l'observe également chez des sujets qui, nonseulement n'ont jamais eu aucune autre lésion strumeuse, mais sont doués d'une constitution éminemment sanguine, sans la moindre teinte de lymphatisme, il est permis de se demander pourquoi le lupus a été rangé exclusivement au nombre des maladies engendrées par le vice scrofuleux. Arrêtons-nous sur ce point.

La scrofule diffère sous plusieurs rapports essentiels des diathèses types, du rhumatisme, de l'herpétisme. Elle n'a pas une cause unique; elle n'engendre pas non plus, comme elles, un ordre d'altérations identiques.

Et d'abord, elle n'a pas une cause unique. Ceci est évident et généralement admis. L'insuffisance de nourriture est une de ses causes ; l'encombrement en est une autre ; le froid humide une troisième ; les passions tristes la produisent aussi. L'on pourrait sans peine allonger cette énumération ; mais ce que nous devons seulement faire ressortir, c'est que si, par le fait de notre organisation sociale, toutes ces influences réunies se rencontrent dans l'étiologie de plus d'un scroluleux, il ne faut pas croire que leur réunion soit nécessaire pour amener ce résultat. Bien au contraire, chacune d'elles, agissant isolément, suffit parfaitement pour faire un scrofuleux. Les exemples n'en sont que trop communs.

J'ai dit, en second lieu, que la scrofule ne détermine pas toujours les mêmes lésions; que son tableau est variable, en effet, depuis le sujet à grosses lèvres, à teint fleuri, à paupières rouges et qui n'a jamais d'autre lésion morbide, jusqu'au pauvre être sillonné, couturé sans relâche par des abcès froids dans toutes les régions!

Mais, notons-le, il n'y a pas seulement dans cette séméiologie à relever des variétés dans le degré d'intensité du mal; il existe des différences, et bien plus tranchées encore, quant à la nature des lésions. Ainsi, il n'est pas rare que chaque ordre des altérations qui remplissent le cadre de la scrofule se concentre distinctement sur tel ou tel sujet. L'un n'a que des éruptions; l'autre que des engorgements ganglionnaires ; celui-ci payera son tribut avec quelques angines ou ophthalmies ; celui-là avec des abcès froids ; un cinquième sera plus spécialement atteint d'altérations osseuses. Lisfranc, avec son pinceau si animé, avait créé dans cette affection deux classes encore plus tranchées par la différence des symp-

tomes en signalant à chaque instant, dans sa clinique, tout ce qui sépare, comme il le disait, le scrofuleux de ville du scrofuleux de campagne.

Or, si chacun doit sa scrofule à une cause distincte, si, d'autre part, chacun paraît être scrofuleux à sa manière, il est permis d'établir que pathologiquement et séméiologiquement il existe plusieurs espèces de scrofules.

Ceci posé, l'on n'a pas plus de peine à admettre que l'une de ces espèces de scrofules corresponde à la lésion bien définie, bien distincte, qu'on connaît sous le nom de lupus. Dans cette manière, aussi rationnelle que pratique, d'interpréter la filiation des phénomènes, le lupus constitue l'expression univoque d'une variété de scrofule, de même que la prédominance des lésions osseuses, que la multiplicité des abcès, etc., est l'expression d'autant de variétés morbides, d'autant de branches se rattachant toutes, sans contredit, à un même tronc, mais dont la nature diverse se reconnaît à la diversité des fruits que chacune d'elles porte.

Peut-on aller plus loin ? Peut-on spécifier d'où procède, de quel type se rapproche la variété de scrofule dont nous nous occupons ici, la variété lupigène? Nous le pensons; et, sûr de n'être désavoué par aucune analogie, nous guidant, au contraire, sur la plus frappante, sur la plus apparente de toutes, ne craignons pas d'avancer d'un pas dans cette voie.

Demandez à un clinicien pur quelle est l'affection avec laquelle, quant à l'aspect, le lupus offre le plus de ressemblance. A coup sûr, il n'en nommera pas d'autre que la syphilis. Le processus érosif, l'extensivité, la couleur cuivrée, tout, jusqu'aux cicatrices, rapproche ces deux productions morbides. Si le lupus compte de nombreux degrés, depuis la simple rougeur jusqu'à l'ulcération, en passant par les squames et les pustules, la nomenclature des syphilides offre de quoi y retrouver les parfaits analogues de ces diverses formes, dans la syphilide érythémateuse, dans la serpigineuse : similitude

tellement forte que, dans le cas, par exemple, de certains lupus commençants, de l'aile du nez ou de son voisinage, le praticien le plus exercé, s'il s'abstient volontairement de consulter les antécédents et les concomitants, est dans l'impossibilité de porter entre lupus et syphilide un diagnostic dont il soit parfaitement sûr.

Or, en établissant tout à l'heure que le lupus provient d'une espèce particulière de scrofule, je n'ai pas voulu dire qu'il ne peut provenir que de la seule scrofule. L'observation journalière prouve, en effet, que le lupus se rencontre chez des sujets absolument exempts de toute atteinte, ainsi que de toute apparence du vice scrofuleux, soit héréditaire, soit acquis. Quel est donc, chez ces individus, l'état pathologique, la cause à laquelle on peut rapporter l'invasion du lupus?

Eh bien ! sur la foi de l'analogie ci-dessus rappelée, nous nous croyons 'autorisé à penser que, chez ces individus — comme aussi chez quelques-uns de ceux qui sont en même temps scrofuleux et lupeux, — que, chez de tels sujets, disons-nous, la syphilis joue un rôle réel, quelque voilé cju'il soit dans ses origines : analogie des plus démonstratives, si, à côté des cas de ce genre où l'on a pu constater positivement l'existence de la syphilis chez les ascendants du lupeux, on nous permet d'ajouter ceux dans lesquels, quoique la syphilis n'ait point été reconnue, il est impossible d'affirmer qu'elle n'existait pas. Ces quelques mots demandent une explication.

En admettant l'existence de la syphilis, quelle sorte d'influence y a-t-il lieu de lui attribuer dans la production du lupus?... Pas d'autre possible, pas d'autre supposable, n'estce pas, qu'une influence tout à fait médiate, essentiellement indirecte; car, si c'était le sujet lui-même qui eût contracté la syphilis, il eii résulterait pour lui des lésions syphilitiques, et non pas un lupus. Si ses ascendants directs, au moment où ils l'ont engendré, avaient l'un ou l'autre une syphilis franche,

ce sont également des lésions syphilitiques et non lupeuses dont il serait, lui, porteur.

Cherchons donc plus haut. Pour que le produit lupus soit engendré par l'élément sypJiilis, il faut que cet élément ait été atténué avant d'entrer en action ; il faut que le père ou la mère du sujet lupeux ou quelqu'un de ses ascendants plus éloignés eût eu, au moment de sa procréation, une syphilis à l'état tertiaire, c'est-à-dire arrivée à cette période où, transmise par génération, elle ne peut plus produire, chez l'enfant, disent les auteurs, a dit le premier Ricord, que quelque chose d'analogue à la scrofule.

Eh bien ! ce quelque chose d'analogue à la scrofule^ n'estce pas justement cette espèce particulière de scrofule dont nous parlions tout à l'heure?... Tout l'indique, et la similitude presque absolue d'aspect entre les lésions syphilitiques et lupeuses produites tend à confirmer la presque identité que l'analyse des influences productives autorisait déjà à établir.

— « Mais, dira-t-on, soupçonner, pour les besoins d'une théorie, la syphilis dans tant de cas où rien n'en démontre la présence, n'est-ce pas scientifiquement la plus gratuite comme socialement la plus injurieuse des hypothèses?» — Oui certes, répondrons-nous, si à la période oîi il faut qu'elle soit arri' vée pour produire le lupus par transmission héréditaire la syphilis était visible, reconnaissable, s'accusant par des lésions caractéristiques. Mais, comme il n'en est point ainsi, comme la syphilis, pour être lupigène, doit au contraire avoir été assez atténuée, assez altérée, assez défigurée pour être aisément méconnue, même par des médecins ; comme, d'autre part, dans de tels cas, on ne se met jamais à la recherche de la syphilis qu'au moment où l'on constate le lupus chez la progéniture devenue adulte, époque à laquelle toute trace de syphilis a certainement eu le temps de s'effacer du corps et de la mémoire des parents ; comme enfin ce ne serait pas seu-

lement sur les père et mère, mais aussi sur des ascendants plus éloignés, qu'il serait nécessaire de faire porter l'investigation, concluons que le résultat le plus souvent négatif de cette recherche est loin de prouver tout ce qu'il semble contenir, et que probablement il aurait une signification entièrement contraire et éminemment favorable à notre théorie, si l'enquête était faite plus tôt, et surtout si elle ne s'exerçait pas sur des altérations essentiellement méconnaissables de leur nature.

En somme, il nous paraît ressortir de cette étude deux conclusions importantes, savoir :

1° Que le lupus provient de l'une des espèces morbides dont se compose la diathèse scrofuleuse, ou, si l'on aime mieux, d'une espèce particulière de scrofule ;

2° Que, vraisemblablement, l'espèce particulière de scrofule qui résulte de la syphilis tertiaire transmise par hérédité joue un rôle important dans la production de certains cas déterminés de lupus.

On sait que l'influence syphilitique qui s'exerce par hérédité est toujours plus forte chez les aînés, plus forte aussi chez ceux des enfants dont le type ^ rappelle celui du géniteur qui était infecté.

Traitement. — Nom générique de plusieurs espèces morbides di&tinctes, le mot lupus semble indiquer, mais en réalité il n'implique aucune identité dans la thérapeutique de ses diverses variétés. 11 faut donc, en abordant la dernière partie de son histoire, se mettre en garde contre les entraînements où pourrait nous conduire cette dénomination ultra-compréhensive.

Ce n'est pas tout à fait à tort cependant qu'elle fut créée, qu'elle reste appliquée aux différentes espèces d'affections

* M. Diday a vu deux jumeaux, fille et garçon, dont l'un (le garçon, ressemblant à son père) mourut au bout de quelques mois, de la syphilis héréditaire, tandis que la fille resta indemne et vit aujourd'hui, saine et robuste.

esthioméniques. Un aspect semljlable, des altérations histologiques de même ordre, un élément étiologique constamment présent, quoique son rôle ne soit toujours ni également prononcé, ni également reconnaissable : voilà des caractères qui appartiennent à toutes les modalités de l'affection lupeuse et lui ont valu un nom unique comme une place à part dans le cadre nosologique.

Une pensée juste le plus souvent, mais pour beaucoup de cas insuffisante, a influencé les monographes du lupus. Tous sans exception ils conseillent, recommandent, préconisent avec instance , et comme indication capitale , l'emploi des différents agents antiscrofuleux, tirés soit de la matière médicale, soit de l'hygiène.

Dans le plus grand nombre des cas, je le reconnais, c'est là une base rationnelle et fructueuse de la thérapeutique. Presque tous les lupeux de nos villes, d'abord, sont justiciables de cette médication ; il faut la leur faire suivre avec persistance ; en varier les moyens selon la tolérance gastrique ou constitutionnelle, d'après l'effet produit ou non produit; — s'adresser autant que possible aux grands modificateurs, tels que bains de mer, stations méridionales, eaux minérales, voyages maritimes, hydrothérapie; — veiller avec une égale et constante sollicitude à la régulière observance de tout ce qui concerne l'hygiène courante, non-seulement pour l'alimentation, mais pour le sommeil, le vêtement, l'aération, la chaleur et la bonne exposition du logement, la réduction des heures de travail, l'exercice, etc.; — insister sur la persévérante exécution de ces conseils ainsi que des prescriptions médicamenteuses pendant un temps très -long, et même après que la guérison du mal local a été obtenue et semble radicale.

Les remèdes antistrumeux éont nombreux et le praticien devra, pour leur choix et leur emploi, se décider d'après la susceptibilité spéciale soit du malade, soit du mal. Là scrofule n'est pas une et identique : selon sa source particulière et ses

complications fondamentales ou accidentelles, selon qu'elle se teinte d'anémie, de chlorose, d'hyposthénie, qu'elle incline vers la tuberculose ou d'autres dégénérescences, on préférera ou l'on placera au rang principal les toniques nutritifs, les ferrugineux, les alcooliques, les préparations iodurées, etc., tout en se guidant toujours, pour cette option ou ces alternances, non-seulement sur l'amélioration de la constitution qui sera réalisée par ces moyens, mais sur les changements beaucoup plus appréciables et plus importants de l'état local. Ainsi, toutes les fois que l'on sera en présence d'un lupus paraissant se rattacher à la diathèse strumeuse, — ce qui est le cas le plus fréquent, — c'est au traitement général antiscrofuleux, et surtout à l'huile de foie de morue, l'antiscrofuleux par excellence , qu'il faudra tout d'abord s'adresser. Selon M. Devergie, c'est de tous les moyens le plus efficace. Employée seule, indépendamment de toute application externe, elle suffit, dit cet auteur, à la guérison.

Il la prescrit, — et exclusivement l'huile brune, — à la dose quotidienne de six à dix cuillerées à bouche en deux fois, matin et soir , en y associant les ferrugineux , l'iodure de potassium et les amers, soit en tisane, soit en vin. « Cette association, dit-il, est une conséquence logique de l'action isolée de chacune de ces substances. Je prescris donc au malade un mélange : 1° d'huile de foie de morue brune ; '2° de sirop composé, dans lequel entrent l'iodure de fer, un excès d'iode, l'iodure de potassium^ ; 5° de vin de gentiane : le tout

1 Iode 1 i" 70, 75 ou 80 cent.

Eau C »

Limaille de fer non oxydée. . . 40 gram.

Combinez comme pour la préparation des sirops d'iodure de fer. Dissolvez dans la plus faible quantité d'eau possible :

lodure de potassium , 0, 8 ou 10 grammes.

mêlez les deux dissolutions, et incorporez à :

Sirop de sucre 500 grammes.

battu ensemble, et, immédiatement après, une tasse de tisane de feuilles de noyer ou de houblon, par une cuillerée à bouche matin et soir de chacune, en augmentant la dose, seulement de l'huile, tous les trois jours, de manière à arriver, suivant les circonstances de prédominance de symptômes scrofuleux, à huit ou dix cuillerées d'huile au plus. Souvent je m'arrête à six ou huit, moitié le matin, moitié le soir; la dose du sirop et celle du vin restent toujours les mêmes. Je continue à ces doses ces médicaments pendant plusieurs mois ; dans les deux premiers mois je ne fais aucune application externe, je me borne à l'usage de bains sulfureux ; une bonne alimentation, de l'exercice, de la gymnastique, s'il est possible, et un travail manuel qui développe la force suivant les positions sociales. »

M. Bazin donne également la préférence à l'huile de foie de morue, qu'il associe au sirop d'iodure de fer. Pour commencer, il prescrit ces remèdes danç des proportions égales et, si le malade tolère l'huile, il en porte graduellement la dose à 2 et 300 grammes par jour, en ne dépassant que rarement 60 à 90 grammes de sirop d'iodure de fer.

Si, cependant, les ulcères des scrofulides malignes prennent un mauvais aspect, deviennent blafards, comme putrilagineux, augmentent d'étendue, répandent une odeur infecte, il faut supprimer l'huile de foie de morue, qui paraît aggraver cet état. Même précaution en cas d'intolérance gastrique.

L'huile de morue est en général mal supportée pendant les chaleurs de l'été : aussi est-on souvent dans l'obligation de la suspendre complètement alors ou d'en diminuer considérablement la dose. Mais, dans ce cas, le mal reste stationnaire, « ce qui montre clairement, ajoute M. Bazin, combien est grande l'erreur de ceux qui prétendent qu'avec de petites doses d'huile de morue on obtient les mêmes effets qu'avec de fortes doses. »

Voici, en somme, comment le traitement est institué : il fait prendre le matin à jeun une tasse de tisane amère —

gentiane ou houblon; — demi-heure ou une heure avant le premier repas, une dose de mélange d'huile de morue et de sirop d'iodure de fer ; une heure avant le diner, une seconde dose du mélange, et le soir une tasse de tisane amère.

Nous avons reproduit dans les plus grands détails le principal traitement employé contre le lupus par MM. Devergie et Bazin. Quant à nous, conformément à ce qui a été dit plus haut, nous pensons que, le lupus n'étant pas toujours une manifestation de la scrofule, l'huile de foie de morue ne doit pas être employée indifféremment chez tous les sujets, et que, même chez les scrofuleux, il est inutile de la donner à doses aussi élevées : deux à quatre cuillerées dans les vingt-quatre heures sont, selon nous, une dose bien suffisante. A la dose de trois ou quatre cents grammes, voire même de mille grammes par jour, comme le prescrivait M. Emery, l'huile est mal tolérée par l'estomac ; la plus grande partie môme n'est pas digérée.

Voici quelle était la méthode de M. Emery ^ Il commençait en général par la dose de 100 grammes dès le premier jour. « J'augmentais ensuite, dit-il, assez rapidement, de manière à arriver à 500 grammes, dose que je continuais pendant une quinzaine, et que je n'augmentais que si l'amélioration ne se prononçait pas assez vite. Si l'estomac ne supportait pas bien le médicament, je faisais prendre un verre ou deux d'eau de seltz ; et j'en suspendais l'usage quand il y avait des vomissements, des évacuations alvines répétées avec coliques, une éruption érythémateuse à la peau, ou une érysipèle sur les parties malades avec fièvre plus ou moins intense. Les accidents apaisés, je recommençais par 100 grammes, et j'arrivais promptement à 700 et à 1000. J'ai traité ainsi soixante-quatorze lupus. Je ne dirai pas que

* Mémoire sur le traitement du lupus et spécialement sur Vemploi de riiuile de foie de morue dans cette maladie, extrait de la Reçue médicochirurgicale de Paris.

je les ai tous guéris, mais j'ai amélioré considérablement l'état de la plupart. Vingt-huit sont sortis de mes salles n'ayant plus que les cicatrices des tubercules qu'ils portaient en entrant. Douze sont partis en grande voie de guérison. »

Aux sujets qui ont pour cette huile une répulsion invincible on donnera la teinture d'iode, 3 ou 4 gouttes matin et soir, dans une tasse de tisane amère, ou dans du sirop de Portai ou de gentiane, etc., en élevant graduellement la dose jusqu'à dix et même vingt gouttes par jour en deux fois, ou l'iodure de potassium.

Les préparations iodées m'ont surtout paru indiquées dans les lupus ulcéreux ou lorsque le processus morbide a envahi le tissu osseux. On préférera l'iodure de fer ou la liqueur ferro-arsenicale d'ïïebra ^ chez les individus lymphatiques, — Mentionnons, au même titre, les amers, les préparations de phosphate et de chlorhydrate de chaux. L'arsenic, les sels de "mercure, l'antimoine, l'huile animale de Dippel ont été aussi employés, mais sans beaucoup de succès.

Mais en dehors des individus scrofuleux, anémiques, débilités, il est, nous l'avons dit, des sujets où nulle défectuosité de tempérament ou de constitution, nulle altération passée ou actuelle de la santé ne peut être découverte. Eh bien ! lorsqu'on peut constater que, malgré l'abondante sécrétion purulente des surfaces malades, malgré les desti'uctions considérables de tissus, malgré la gêne que subissent certaines fonctions, en dépit des tristes et incessantes préoccupations qu'engendre le lupus, de la réclusion, de l'isolem.ent que souvent il commande, les sujets, n'en conservent pas moms In pleine régularité des actes nutritifs et l'apparence d'une santé

* Liqueur de Fowler 4 grammes.

Teinture de mnlate de 1er 60 »

Eau de menthe 120 »

à la dose de deux cuillerées à bcuclie par jour.

irréprochable, dans ces cas, le malade jouit des meilleures conditions que l'on puisse souhaiter et il faut se garder de risquer d'obtenir pis en voulant faire mieux. Ainsi, puisqu'il digère et qu'il profite, lui charger l'estomac de remèdes — quelque bien indiqués qu'ils paraissent en médecine rationnelle — serait rendre à ce lupeux un service contestable.

Mais dans ce cas, je l'ai dit, à défaut de la scrofule, on peut supposer une influence syphilitique.

Or, modifiée, atténuée par une ou plusieurs transmissions héréditaires, cette diathèse a sans doute perdu un grand nombre de ses caractères ; nosologiquement, comme pathogéniqucment, ce n'est pas là, à coup sûr, la syphilis classique. Mais malgré toutes ses transformations, elle réclame encore le traitement par les préparations d'iode. Il faut donc réserver à l'iode, mais surtout à l'iodurc de potassium, une place dans la thérapeutique du lupus. A quelque titre qu'il agisse, comme remède spécial ou spécifique, presque toujours il se trouve indiqué ; car, en dehors de ses deux précieuses attributions, antiscrofuleux et antisyphilitique, il possède encore la propriété de stimuler l'exercice des fonctions digestives, d'exciter l'appétit, but toujours des plus utiles à se proposer chez les sujets lymphatiques.

Presque tous les auteurs, du reste, ont placé l'iodure de potassium au premier rang des agents destinés à combattre le lupus. L'un de nos anciens maîtres, Potton, médecin de l'Antiquaille, répétait souvent que le meilleur remède contre le lupus est l'iodure de potassium ; il le donnait à tous les malades, et soutenait que, en l'administrant avec insistance longtemps et à doses suffisantes, on obtient des succès inattendus.

Or, Potton pratiquait dans un hôpital où, à côté d'un service de dartreux, il existe un service de vénériens. Il savait donc distinguer le lupus des affections syphilitiques qui peuvent jusqu'à un certain point le simuler. Mais surtout il pratiquait

dans une population où la syphilis — qu'on le sache ou non, que ses effets soient ou patents ou plus ou moins méconnaissables— intervient fort souvent comme cause. Et c'est à ce point de vue que la pratique de notre si estimé et si loyal maître nous a semblé digne d'être rappelée à la plus sérieuse attention des médecins.

Par conséquent, dans la plupart des cas de lupus, il faut conseiller l'iodure de potassium ; et lorsque le lupus existe chez des sujets bien portants {lupus validorum) il suffît de donner cet unique remède, et cela toujours comme s'il s'agissait de combattre une syphilis franche, c'est-à-dire en solution aqueuse, pendant trois ou quatre mois, à la dose quotidienne moyenne de 2 à 4 grammes. Ce n'est qu'ainsi que, obéissant aux suggestions des données étiologiques, on pourra arguer des résultats de l'épreuve thérapeutique pour contrôler la justesse de l'indication par le résultat clinique et le plus souvent par la guérison du malade.

Traitement local. — Il est presque toujours nécessaire, sinon indispensable ; mais quelque efficacité qu'on s'en promette ou qu'il possède, il ne doit jamais détourner d'employer, pendant qu'ont le met en œuvre, le traitement général décrit ci-dessus. C'est là, notamment pour leiupus scrofuleux, l'opinion très-formelle de M. Hardy.

Le traitement local a pour but d'arrêter la marche envahissante de l'affection en détruisant les productions lupeuses et de favoriser la cicatrisation des parties malades. Bien des remèdes ont été conseillés dans ce double but, nous les passerons rapidement en revue, en indiquant autant que possible leurs cas spéciaux d'application, ainsi que leur mode d'action.

En première ligne figurent les moyens destinés à faire disparaître des efflore'scences lupeuses en provoquant une inilammation plus ou moins vive dans les tissus malades.

Ainsi, dans le lupus érythémateux, le traitement local tcn-

dra à modifier les taches rouges qui le constituent, et notamment le liséré périphérique.

Toutefois comme dans cette variété de lupus les cicatrices sont minces, aplaties et ne présentent jamais l'aspect difforme de celles du lupus vulgaire, il faut laisser de côté les caustiques trop énergiques qui, une fois la maladie guérie, pourraient laisser des cicatrices plus prononcées que celles dues au lupus lui-même.

Ici, nous plaçons au premier rang l'huile de cade, qui est, du reste, un excellent topique contre les formes non ulcéreuses du lupus, en frictions faites avec un pinceau de charpie, tous les jours ou tous les deux jours. Il faut avoir soin, après chaque application, d'essuyer, avec de la charpie sèche, les surfaces touchées, de manière à laisser le moins possible d'huile, laquelle sans cela agirait comme un irritant. Nous ne saurions engager trop vivement les praticiens à essayer cette application avant tout autre topique, môme dans le cas de lupus vulgaire non ulcéré.

Au début, lorsque le lupus érythémateux est récent, peu étendu, qu'il a son siège sur des régions où la peau est délicate, Ilebra se sert d'une solution alcoolique de savon de potasse : ■

Savon vert 120 grammes.

Alccol rectifit' GO »

Laissez digérer pendant 24 heures, filtrez et ajoutez :

Alcoolat de lavande 8 grammes.

Employée en lavage avec un pinceau de charpie, la solution alcoolique de potasse dissout les plaques épidermiques graisseuses qui se trouvent sur les efflorescences lupeuses, A la suite de ces lotions on aperçoit facilement les orifices dilatés des follicules; il se fait alors une sécrétion séro-sanguinolonte, qui se convertit en croûtes d'un brun jaunâtre. On renouvelle ces lotions plusieurs fois.

Cette méthode n'est nullement doulom'eiise ; elle n'offre aucun inconvénient et elle suffit quelquefois, dans les cas que nous avons spécifiés, à guérir le lupus en un laps de temps relativement très-court. — On peut remplacer l'alcool de savon par le savon vert, qui, employé en frictions une ou deux fois par jour, donnera, au bout de quelques jours, des résultats physiologiques et thérapeutiques analogues à ceux décrits ci-dessus. C'est un caustique léger, dont l'action suffira dans le lupus érythémateux superficiel.

Le savon vert s'emploie aussi sous forme de cataplasme, en l'étendant sur un morceau de flanelle et l'appliquant sur les parties malades. On renouvelle cette application toutes les 12 heures. Au troisième jour, les parties lupeuses sont rouges, excoriées, légèrement escharifiées. Les phénomènes inflammatoires cèdent ensuite rapidement à des applications émollientes, et on constate que les bords du lupus se sont aplatis et sont devenus plus pâles.

Si la circonférence du lupus est formée par des bords durs et épais, on pourra les toucher tous les 4 ou 5 jours avec la solution aqueuse conccnti^ée de potasse caustique, dont il sera question plus loin, à propos du traitement du lupus vulgaire.

Dans le lupus érythémateux, lupus érythémato-tuberculeux, M. le docteur Ernest Besnier s'est bien trouvé d'appliquer sur les parties malades un emplâtre vésicant dépassant de un demi-centimètre environ la surface malade ; aussitôt la vésication établie, dénuder la circonférence du vési». Uoire obtenu; à l'aide d'une spatule, éponger le liquide qui s'écoule et déposer sur cette partie dénudée (comprenant la circonférence la plus externe de la plaque malade et une petite portion de peau saine) soit de la poudre de bromure de potassium, soit du nitrate de plomb en poudre. L'application de cette poudre se fait très bien avec une spatule, qui permet de la déposer exactement sur les points désignés, de la tasser

légèrement et de l'égaliser uniformément. La douleur est vive, mais elle devient tolérable dans le cours de la journée, surtout si l'on donne au malade du chloral à dose convenable.

Après l'application de la poudre, un plumasseau épais de charpie sèclie et fine est déposé sur la surface entière et enlevé, le lendemain, à l'aide de lotions d'eau tiède. A partir de ce moment, tout pansement simple approprié est suffisant ; la surface suppure, les petites eschares se détachent, et il s'établit une cicatrice plate, très-régulière, habituellement solide et définitive, quand l'opération a été convenablement exécutée dans tous les détails. Il est bien entendu que le malade reste soumis au traitement combiné de l'huile de morue, du fer, de l'iodurc de potassium et des bains sulfureux, qui est, quoi qu'on ait pu dire, absolument efficace.

Contre les très-petites plaques lupeuses, des acides faibles, tels que l'acétique concentré, le chlorhydrique, le chromique, etc., pourront suffire.

J'ai observé, par l'emploi de l'acide phénique, des résultats plus satisfaisants qu'avec les précédents. Il ne cautérise pas profondément et ne laisse, par conséquent, pas de cicatrices trop apparentes, ce qui est un grand avantage dans le lupus érythémateux. Toutefois il occasionne des douleurs très-vives, qui persistent souvent plusieurs heures après l'emploi du remède.

Bien que l'acide nitrique soit un caustique très-énergique, Hebra pense qu'on peut s'en servir quelquefois avec avantage dans le lupus érythémateux ancien, avec induration des tissus sous-jacents. Il donne lieu à des eschares jaunes, épaisses, à une réaction inflammatoire intense et à des douleurs violentes. Il ne faut en user que rarement et à des intervalles éloignés. Parfois, dit Hebra, on voit survenir un nouveau lupus au niveau de l'auréole inflammatoire, produite par la cautérisation.

LUPUS. es"!

Dans cette forme, on obtiendra encore de bons résultats de la glycérine iodée :

Iode . . • . ) ~ /

^ , : • . aa 4 grammes,

lodure de potassmm ) °

Glycérine ^ . . 8 »

On en badigeonne les parties malades, matin et soir, avec un pinceau, ayant soin de recouvrir chaque fois ces application d'un morceau de gutta-percha. Au bout de 4 ou 5 jours, il se forme une croûte épaisse, adhérente. On suspend alors les badigeonnages ; peu de jours après, l'inflammation tombe et la couche épidermique, mortifiée, se détache sous forme de lamelles parcheminées. Ces lambeaux entraînent avec eux les prolongements épidermiques qui pénètrent dans les glandes sébacées, ainsi que les amas cellulaires contenus dans ces prolongements. Il arrive quelquefois que la réaction inflammatoire, provoquée par les badigeonnages iodés, réveille la tonicité, la contractilité des parois glandulaires et favorise ainsi l'amélioration et la guérison du lupus érythémateux acnéiforme. Toujours est-il que, à la suite de ce traitement, les orifices folliculaires sont moins visibles, les bords du lupus plus aplatis et moins enflammés.

On peut encore employer, dans ce cas, la solution concentrée de nitrate d'argent, mais il importe de nettoyer préalablement les parties malades avec du savon, afin de faire disparaître les matières grasses, qui, sans cela, s'opposeraient, à l'action de ce caustique.

On use d'une solution concentrée par parties égales ou à la moitié — (10 grammes sur 20 grammes d'eau distillée). — On applique cette solution au moyen d'un pinceau de charpie ; on renouvelle l'application, matin et soir, pendant quelques jours. Il se forme une croûte grise, ensuite noire, qui se détache au bout de peu de jours. Une fois la croûte tombée, on recommence les badigeonnages. '

Ces badigeonnages sont toujours utiles, soit pour modifier de jeunes cicatrices, soit pour provoquer une réaction inflammatoire qui opère le retour à l'état normal des vaisseaux dilatés, etc., en un mot, pour obtenir la pâleur et l'égalisation de la cicatrice (Ilebra).

Contre le lupus tuberculeux, quand il existe des groupes nombreux de nodosités cutanées occupant des surfaces trèsétendues, M. Bazin recommande l'huile de noix d'acajou. Son action est analogue à celle de la cantharide. Si on l'applique sur le lupus, on trouve, dit cet auteur, au bout de vingt-quatre heures, la partie couverte d'une véritable eschare, tout à fait analogue à une feuille de parchemin. Si la couche d'huile a été fort mince, si le malade l'a enlevée quelques minutes après son application, il se produit une vésication analogue à celle occasionnée par les cantharides, avec cette différence que la peau est soulevée non par de la sérosité pure, mais par une sérosité purulente. L'eschare se détache au bout de quelques jours, et, en général, sans laisser de plaie. A la suite de cette cautérisation, les nodosités du lupus sont moins rouges et moins saillantes ; on renouvelle ces applications jusqu'à ce que les tubercules cutanés aient disparu.

L'emplâtre rouge, dont nous avons déjà donné la formule, a été employé avec succès par M. Yidal, soit pour favoriser la résolution des nodosités, soit pour amener la cicatrisation des ulcérations du lupus. Les résultats obtenus par M. Yidal à l'hôpital Saint-Louis sont des plus encourageants.

Le lupus tuberculeux peut aussi être avantageusement modifié par la solution concentrée de nitrate d'argent et surtout par le crayon de pierre infernale. C'est principalement contre les infiltrations lupeuses, contre ces masses à aspect fongoïde qui sont constituées par des nodosités agglomérées, comme on les observe si souvent dans les lupus des joues et du nez, que ce moyen sera efficace. 11 faut enfoncer le crayon au milieu des tissus dégénérés jusqu'à ce qu'on rencontre une cer-

taine résistance indiquant qu'il porte sur des parties saines. La pâte de chlorure de zinc rend les mêmes services. Mais le crayon de pierre infernale a surtout son indication quand il s'agit des ulcérations lupeuses de la bouche et du pharynx.

C'est là, d'après Hebra, le moyen « par excellence ». Son action est parfaitement limitée et, avec lui, l'on n'a pas à craindre de cautérisations trop profondes ou trop étendues, comme cela peut avoir lieu par l'emploi d autres caustiques plus énergiques.

Concurremment avec la solution argentique, Hebra emploie la solution de potasse caustique :

Potasse • . . . 4 grammes.

Eau distillée.. . , 8 »

pour détruire les jeunes tubercules de lupus profond. On applique la solution potassique avec un pinceau de charpie ; on lave ensuite avec de l'eau afin d'enlever l'excès de potasse et l'on absterge. Puis, avec un autre pinceau, on applique la solution de nitrate d'argent qui produit des eschares blanches sur les points dénudés par la potasse. Ces eschares tombent par suppuration au bout de quelques jours. On renouvelle ces applications autant que cela est nécessaire.

La pâte de Vienne, la pâte de chlorure de zinc, l'arsenic, sous forme de pâte du frère Cosme, modifiée par Hebra :

Arsenic blanc 0,50 centigrammes.

Cinabre artificiel 2 grammes.

Onguent rosat 15 »

pourront également être employées pour détruire les masses lupeuses.

Voici comment Hebrâ recommande de se servir de la pâte arsenicale. On l'étend sur de la toile, en couche de l'épaisseur du dos d'un couteau. On coupe des bandelettes d'une largeur

suffisante pour pouvoir recouvrir la partie de peau malade que l'on veut cautériser. On recouvre ensuite avec de la charpie ou de l'ouate et l'on fixe le pansement avec du sparadrap et des bandes de flanelle. L'appareil est laissé en place pendant vingt-quatre heures ; au bout de ce temps, on renouvelle l'application de la même manière sans laver la plaie. A la fin du second jour, on recommence pour la troisième fois ' le même pansement et à la fin du troisième jour on le cesse définitivement.

Au bout du premier jour, la partie est à peine modifiée et les malades n'éprouvent pas de douleur. Dès le second jour il se manifeste des douleurs aiguës, lancinantes, la peau cautérisée est tuméfiée et la surface des tubercules lupeux grise, macérée. Le troisième jour les douleurs deviennent assez vives; le tégument environnant la plaie est le siège d'une tuméfaction œdémateuse. Après l'enlèvement du pansement, à la fin du troisième jour, les tubercules de lupus sont réduits en une eschare d'un brun noir parfaitement délimitée. Enfin les douleurs cessent rapidement et complètement, et l'œdème disparaît dans l'espace de quelques heures. La cicatrisation ne tarde pas à se faire.

Le principal avantage de cette pâte arsenicale est de ne pas attaquer la peau saine, mais seulement les nodosités lupeuses; aussi, à la chute des eschares, la peau parait-elle comme découpée à l'emporte-pièce. — Ce mode de procéder est indiqué, d'après Hebra, dans tous les cas où l'on veut conserver les moindres parcelles de peau saine.

Il rend de grands services dans les lupus de la face, et dans tous les cas où de nombreux tubercules de lupus sont disséminés sur une surface étendue. En une seule application on peut les détruire, tandis qu'avec un autre caustique on serait obligé de poursuivre chaque nodosité isolément.

La cautérisation avec cette pâte arsenicale peut être encore

beaucoup plus rapide si les tubercules sont déjà dépouillés de leur épiderme ou ulcérés.

M. Pétrequin a employé avec succès le chlorure d'or. Voici la formule :

Or laminé ] -^ ai\

. . , .^ . aa 10 grammes.

Acide mtriqiie \ °

Acide hydrochlorique 50 »

Ce caustique a joui d'une grande réputation, A une époque il était le caustique le plus employé à l'hospice de l'Antiquaille, contre les manifestations lupeuses. On l'applique avec un pinceau de charpie ; au bout de quelques heures les points cautérisés prennent une teinte violette caractéristique. Les résultats m'ont paru analogues à ceux que l'on obtient avec une solution très-concentrée de nitrate d'argent ou avec le nitrate acide de mercure.

M. Horand, dans son excellent mémoire sur le lupus, recommande avec raison de restreindre l'emploi du chlorure d'or au lupus ulcéré ; car, appliqué sur des nodosités lupeuses non ulcérées, il laisse sur la peau une teinte bleuâtre, violacée, qui ne disparaît jamais ; ce qui tient à ce que, à la suite de la cautérisation, il se fait sur l'eschare un dépôt de paillettes d'or. Aussi peut-on se demander avec M. Horand, si les effets de ce caustique, d'ailleurs d'un prix si élevé, ne sont pas uniquement dus au mélange d'acide nitrique et d'acide chlorhydrique.

Quand les tubercules lupeux sont distincts, il faut cautériser soit avec une solution à parties égales de potasse caustique et d'eau, étendue à l'aide d'un pinceau sur les parties malades, — on applique par-dessus un cataplasme ou une pommade anodine, — soit avec le mélange suivant :

Iode 2 grammes.

lodm'e de potassium 15 »

Glycérine 60 »

Pour les cas graves, M. T. Fox emploie :

Nitrate de zinc 6 grammes.

Eau distillée -4 »

Glycérine 4 »

Farine 4 »

On étend sur la plaque lupeuse cette pâte l'raîchenient préparée, qu'on recouvre d'un cataplasme si la douleur est trèsvive. La surface ulcérée est ensuite pansée avec la pommade à l'oxyde de zinc. Quand la plaie est sèche ou recouverte de croûtes, on recommence les applications caustiques jusqu'à ce que la tumeur lupeuse ait été détruite. S'il se forme des croûtes et si le lupus suppure, une excellente marche à suivre est de l'aire tomber les croûtes avec des cataplasmes et de panser ensuite la plaie avec la pommade de goudron (4 grammes sur 50 grammes d'axonge).

Les ulcérations lupeuses sont souvent modifiées très-heureusement par la poudre d'iodoforme. Cette année encore, j'ai vu se cicatriser rapidement, sous l'inlluence de pansements réguliers avec la poudre d'iodoforme, des ulcères lupeux du nez et de la muqueuse nasale, qui n'avaient éprouvé aucune amélioration d'autres topiques.

A ce propos, je rappellerai que M. Ernest Besnier a donné le premier dans le Bulletin de Thérapeutique, en 1867, les indications de l'emploi de l'iodoforme en poudre dans le traitement d'une série de plaies et d'ulcères ; il insiste, encore aujourd'hui, sur deux conditions de succès dans l'emploi de ce moyen dont on n'a pas suffisamment compris la portée.

1" Nécessité de porphyriser avec le soin le plus extrême la poudre qui ne doit plus laisser voir la forme cristalline ;

2° Surveillance minutieuse du pansement qui doit être fait à sec.

Les plaies lupeuses ont encore été traitées soit à l'aide du nitrate d'argent, soit au moyen d'attouchements avec le ni-

trate acide de mercure. C'est là aussi un excellent caustique dont nous ne saurions trop recommander l'usage. J'en ai obtenu d'excellents résultats dans bon nombre de cas ; il est facile d'en régler en quelque sorte l'action, en imbibant plus ou moins le- pinceau de charpie dont on se sert pour l'appliquer. Le nitrate acide de mercure peut aussi être utilisé pour détruire les nodosités ou les infiltrations lupeuses.

Contre le lupus ulcéreux, M. le docteur Laillcr se sert avec succès de la pommade suivante :

Axoni^e 99 grammes.

lodure de potassimn ■ • i ^ n t-n

rv 1 • j j'u j âa 0,50 centiffr.

Deiitoiodure d hydrargyre .... ! ' <=

11 emploie parfois la même pommade, au 50% au 25% au [(y et quelquefois même à parties égales, mais rarement. Cette pommade donne lieu à des douleurs assez vives au début de son application ; elle est surtout indiquée dans les cas d'ulcères lupeux atoniques ; elle- provoque alors une irritation locale qui modifie favorablement la vitalité des bourgeons charnus souvent grisâtres, indolents et fongueux, et, par suite, elle hâte la cicatrisation de ces plaies de mauvaise nature.

On peut encore y avoir recours contre le lupus tuberculeux. M. Lailler en a obtenu également de bons résultats dans les cas de celte nature ; appliquée sur les surfaces malades, elle détermine une abondante exfoliation épidermique et entraîne souvent la résolution des nodules lupeux en augmentant le travail de résorption interstitielle.

Enfin, M. Ernest Besnier retire le plus grand avantage, dans le traitement des scrofulides ulcéreuses, des bains locaux quotidiens (une demi-heure à une heure) de décoction forte de feuilles de noyer, et des pansements fails pendant l'intervalle du bain avec les feuilles de noyer qui ont servi à préparer la décoction directement appliquées sur les ulcères et recou-

vertes de toile vulcanisée qui entretient l'application humide.

On a aussi conseillé l'excision du lupus; toutefois, on ne peut y avoir recours que dans les cas où les nodosités cutanées occupent des espaces restreints. L'excision exige souvent une autoplastie consécutive qu'il ne serait pas prudent d'entreprendre avant un certain laps de temps, afin d'éviter les récidives du lupus sur la peau transplantée.

M. le D"" R. Volkmann a proposé un nouveau traitement, qui consiste à enlever les tubercules de lupus à l'aide de cuillers tranchantes et à pratiquer des scarifications ponctuées et multiples sur les infiltrations lupeuses qui peuvent subsister après la première opération. L'opérateur règle le degré de force à employer sur la résistance que les tissus sains offrent aux cuillers et au scarificateur, de manière à ménaojer les tissus sains environnants.

Nous reproduisons, d'après le professeur Hebra, le procédé de scarification de Volkmann^ :

On fait avec un couteau pointu, à lame très-étroite, dans le tissu malade, des centaines, même des milliers de piqûres rapprochées les unes des autres da quatre millimètres et davantage encore. Dans bien des cas, la peau prend, après l'opération, une teinte plus ou moins douteuse, devient même blanche et semblable à de la viande gâtée, mais jamais on n'observe de gangrène. Les parties ponctuées sont ensuite recouvertes de charpie, que l'on maintient serrée sur la plaie pour arrêter l'hémorrhagie et qu'on laisse tomber d'ellemême. On renouvelle ces ponctions trois, cinq et même huit fois dans un espace de deux à quatre semaines. La première fois, le couteau pénètre très-facilement dans les tissus abondamment pourvus de proliférations cellulaires, et l'hémorrhagie est très-forte. Plus tard, on rencontre une résistance chaque fois de plus en plus prononcée. La peau devient

^ Loc. cit., tome second, pag, 485.

aussi plus ferme, la rougeur et la tuméfaction anormales disparaissent. Il n'y a jamais de cicatrice.

Cette méthode agit et par la destruction des nombreux vaisseaux dilatés et par l'inflammation consécutive qui provoque la désagrégation et la résorption des infiltrations cellulaires.

D'après Volkmann, « jusqu'à présent aucun lupus n'a résisté à ce traitement ; » des lupus graves ont été ainsi guéris dans l'espace de six à huit semaines. C'est là un résultat encourageant. Remarquons néanmoins que les méthodes opératoires de Volkmann sont trés-douloureuses, et que chaque fois on est obligé d'anesthésier le malade.

La lèpre est une affection générale caractérisée par l'apparition sur la peau et les muqueuses de taches, de nodosités, de tumeurs se terminant quelquefois par ulcération et destruction des tissus et d'hyperesthésie et d'anesthésie.

La lèpre est-elle précédée de prodromes? Danielssen et Bœck répondent par l'affirmative, tandis que d'autres médecins le nient. Dans les pays où la lèpre règne d'une façon endémique, on est habitué à considérer comme symptômes prodromiques des phénomènes qui seraient peut-être méconnus partout ailleurs. Cependant la plupart des auteurs admettent l'existence fréquente de malaises précurseurs ; ainsi, les malades sont mous, abattus, tristes, somnolents, ils se fatiguent facilement. Souvent ils éprouvent des douleurs vagues dans les membres, il y a de l'inappétence, des nausées, des vomissements, des frissons, parfois même un peu de fièvre le soir.

Que ces symptômes aient ou non existé, on voit survenir sur la peau des taches de dimension variant entre celle

g/k) tubercules.

d'une lentille et celle de la paume de la main. Ces taches ont une coloration variable, tantôt elles sont rouges (mal rouge de Cayenne), tantôt d'un jaune bruucâtre, café au lait, parfois même bronzées, noirâtres ; leurs contours sont en général bien délimités. Au premier abord on pourrait les prendre pour de simples épbélides, Au début, elles ne font aucune saillie sur la surface cutanée, mais plus tard leur base s'épaissit et s'indure, — lèpre maculeuse.

Erasmus Wilson, qui décrit cette lèpre maculeuse sous le nom de raorphée, en fait quatre variétés : la mnrphée blanche lardacée, la morpJiée blanche atrophique, la morphce nozV^etla niorphée avec alopécie [morphea alopecïata). les taches sont souvent rouges, ou d'un rouge pâle au début, prurigineuses, — niorphea ruhra; au bout d'un certain temps elles deviennent blanches au centre tandis qu'elles s'étendent par leur périphérie, — niorphea alba ; ces taches blanches peuvent aussi se manifester par une induration de la peau qui présente alors un aspect brillant, lardacé, — m. alba lardacea; quelquefois la peau qui constitue ces plaques blanchâtres s'enfonce pour ainsi dire au-dessous des parties environnantes, s'atrophie — m. alba airophica ; la pigmentation cutanée peut aussi se traduire par des taches grises, brunâtres et même noires, — m. nigra\ enfin l'éruption maculeuse déterminant dans les points malades l'atrophie de la peau, les follicules pileux sont détruits en partie, les poils perdent leur pigment, ils deviennent blancs, lanugineux. Si ces taches existent au cuir chevelu, il se forme des plaques arrondies et chauves comme celles de l'alopécie areata, — m. alopeciata.

Au bout d'un temps plus ou moins long on voit survenir sur ces taches ou sur les parties de peau restées indemnes des nodosités arrondies, rénitentes, d'un rouge brunâtre, douloureuses à la pression, dont la surface est brillante, comme vernissée. Ces nodosités restent parfois isolées, disse

minées, d'autres fois elles se réunissent pour former de véritables tumeurs plus ou moins considérables. Leur base est large, indurée, infiltrée.

Les nodosités ont leur siège de prédilection à la face, à laquelle elles donnent alors un aspect étrange, bizarre. La peau du visage est épaissie, tuméfiée, bosselée. Le front, les paupières, les joues, les oreilles sont souvent envahis par des nodosités ovoïdes, saillantes, d'un rouge foncé; les altérations des oreilles donnent au malade un aspect caractéristique dans les pays où la lèpre est endémique. Entre ces élevures, notamment au front, les sillons de la peau sont plus profonds, il se forme des replis cutanés volumineux. Le nez, par suite des nodosités qui le recouvrent, paraît aplati, comme écrasé ; les joues sont pendantes, les lèvres épaissies, déjetées en dehors, le menton est volumineux, parsemé de nodosités qui lui donnent un aspect mamelonné, inégal.

Sur les taches cutanées ou sur les nodosités les poils subissent des modifications variables, ils deviennent secs, cassants, et finissent par tomber. L'alopécie lépreuse est caractéristique, elle s'observe de préférence aux sourcils — où il ne reste souvent qu'une touffe de poils en forme d'aigrette, — à la barbe, aux aisselles, sur la face antérieure des membres.

L'ensemble du teint est rouge foncé, livide, bleuâtre; on dirait un mulâtre : la physionomie a une expression de tristesse morne, résignée d'habitude. Ces caractères avaient fait donner à la maladie le nom de leontiasis, aujourd'hui encore on désigne cet état de la figure sous le terme de faciès leontina.

Mais on trouve encore ces nodosités lépreuses sur les autres régions du corps, au cou, au tronc, sur le ventre, les fesses, les organes génitaux et principalement aux membres supérieurs et inférieurs. Les mains et les pieds en sont le siège habituel ; la peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont épais-

sis, tuméfiés, œdématiés : les doigts deviennent raides, les ongles opaques, secs, friables. Il en est de même aux pieds ; aussi les malades ont-ils beaucoup de peine soit à prendre les objets dont ils ont besoin, soit à marcher. Les mouvements sont douloureux.

Après un temps plus ou moins long, les nodosités peuvent disparaître par résorption, en laissant après elles une pigmentation foncée ou blanche avec atrophie de la peau.

D'autres fois les nodosités se ramollissent et se terminent par un abcès dont la guérison est suivie d'une cicatrice. Dans d'autres cas encore les nodosités s'ulcèrent : ce processus s'observe principalement sur les nodosités qui ont leur siège aux phalanges des doigts et des orteils. Ces ulcérations sont en général peu profondes, ont une base dure, infiltrée, leurs bords sont renversés, aplatis, elles sécrètent une sanie purulente qui se concrète en croûtes plus ou moins épaisses. Elles guérissent en général assez facilement; dans quelques cas cependant l'inflammation augmente, gagne en profondeur, envahit les articulations sous-jacentes et donne lieu à des mutilations semblables à celles que l'on observe dans la lèpre anesthésique.

Lèpre anesfJtésique. — Elle est surtout caractérisée par une éruption huileuse qui peut survenir soit comme symptôme initial, soit après des prodromes analogues à ceux^ qui marquent le début de la lèpre tubéreuse. Cette éruption consiste en bulles présentant la plus grande ressemblance avec celles du pemphigus. Leur grosseur varie entre celle d'une lentille et celle d'une grosse noix. Elles sont en générai peu nombreuses et disséminées sur diverses régions du corps, notamment au voisinage des articulations, — pemphigus leprosus. Ces bulles pemphigoïdes ont en général une durée éphémère. Elles se déchirent assez facilement, et après la chute de la croûte qui se produit par la dessiccation de leur contenu, il .se forme une tache blanche. D'autres fois, à la place de la bulie,

on voit une ulcération superficielle recouverte de croûtes ; au bout d un temps variable, l'ulcère se termine par une cicatrice mince et blanchâtre. En même temps ou peu de temps après, il se manifeste des taches cutanées plus ou moins étendues dont les sièges ^de prédilection sont le visage, les membres, la paume des mains et la plante des pieds. Ces taches sont de forme et de dimension variables, quelques-unes atteignent l'étendue de la paume de la main.

L'apparition de ces taches n'est pas constante, mais le plus souvent elles existent dans la forme anesthésique de la lèpre.

Sur les ulcérations, sur les pigmentations cutanées, il se produit une sensibilité excessive, très-pénible. Cette hyperesthésie cutanée est accompagnée de frissons, de tremblements. La marche est pénible, les mouvements douloureux, difficiles , au point que les malades sont dans l'impossibilité de prendre leurs aliments. Certains nerfs sous-cutanés sont tuméfiés, très-douloureux à la pression ; le sommeil est agité, les malades se réveillent en sursaut parce que la pression du lit sur certains troncs nerveux provoque de vives souffrances (Hebra).

Cette hyperesthésie dure quelquefois très-longtemps, et s'accompagne d'altérations du système nerveux. A cet état succède l'anesthésie des parties primitivement hyperesthésiées; on la rencontre aussi sur des portions de peau qui n'ont subi aucune modification appréciable ; elle est surtout prononcée au niveau des taches blanches.

La peau qui correspond aux parties anesthésiées est sèche, mince, parcheminée, ridée comme celle des vieillards ; elle est d'un jaune paille ou grisâtre, terreuse. Sur les muqueuses, les lésions lépreuses se traduisent également par des taches de coloration variable sur lesquelles se forment ensuite des nodosités, des ulcérations qui détruisent la muqueuse et les tissus sous-jacents y compris les os. Au début, les ulcérations sont indolentes, et les malades sont étonnés quand on leur

demande de voir leur gosier, où l'on trouve souvent de nombreuses ulcérations dont ils ignoraient l'existence. Les nodosités et les ulcérations lépreuses s'observent surtout au voile du palais qu'elles perforent. Les lèvres sont épaissies, la muqueuse buccale boursouflée, excoriée, les gencives fongueuses saignent facilement. La langue — notamment sa face dorsale — est parfois le siège de nodosités qui une fois ulcérées deviennent très-douloureuses. Le pharynx, le larynx, les cordes vocales sont ultérieurement envahis par des nodosités qui s'ulcèrent ensuite à leur tour et sont l'occasion d'accès de toux, d'oppression, d'étouffemcnts très-pénibles. Au début de mon internat à l'Antiquaille j'ai vu un lépreux, originaire de Cayenne, qui était en proie à des accès terribles de suffocation, dus à la présence de nombreuses nodosités ulcérées dans la région laryngienne. L'épiglotte, les cordes vocales, les replis aryténo-épiglottiques étaient tellement envahis par les lésions lépreuses que ce malheureux ne pouvait qu'à peine respirer.

Le visage est amaigri, la physionomie souffreteuse, le regard atone; la paupière inférieure est relâchée, renversée en dehors, il se produit du larmoiement, la cornée devient opaque. La bouche est déviée, la lèvre inférieure pendante laisse échapper la salive. L'atrophie musculaire envahit non-seulement le visage, mais encore les mains ; les muscles des éminences thénar et hypothénar disparaissent. « C'est alors que se produit le phénomène connu sous le nom de distorsion des pieds et des mains. Les doigts deviennent paresseux et recourbés ; les premières phalanges s'étendent, tandis que les autres se recourbent ; ces lésions ne font que s'accroître et il vient un moment oii il est impossible de les vaincre. » (Hardy et Edouard Labarraque.) Les ongles sont amincis, friables." A cette période de l'affection, il se forme, de préférence aux mains et aux pieds, soit des ulcérations indolentes, insensibles, soit des abcès qui détruisent les tissus, dénudent

les OS et entraînent la chute des phalanges et des orteils, — lèpre mutilante. La mutilation peut même se produire au niveau du poignet ou des malléoles et entraîner ainsi la chute de la main et du pied. D'autres fois les phalanges ou les orteils peuvent être atteints de gangrène sèche, se momifier.

La température du corps s'ahaisse, ce qui donne au patient une impression de froid. Toutes les parties s'atrophient, la vitalité de tous les organes diminue, le malade tombe dans le marasme et finit par succomber à la suite de phénomènes tétaniques ou de diarrhée colliquative.

D'après le docteur Carter la lèpre est plus fréquente chez l'homme que chez la femme. Sur 545 décès de lépreux à Bombay, dans l'espace de 12 ans, 409 ont eu lieu chez des hommes, et sur 906 lépreux traités à l'hôpital Saint-Georges à Bergen (Norvège) de 1841 à 1846, 461 appartenaient au sexe masculin, 445 au sexe féminin. La proportion des sexes parmi tous les lépreux de la Présidence de Bombay est de 4,38 hommes à 1 femme. La maladie apparaîtrait aussi plutôt chez les hommes que chez les femmes, et la forme tuberculeuse plutôt que la variété anesthésique (Tilbury FoxK

Les causes de la lèpre sont encore inconnues. On a accusé le régime et en particulier le poisson et notamment le poisson corrompu, pourri. Mais si dans certaines localités, où la population se nourrit presque exclusivement de poisson de mauvaise qualité, la lèpre est très-répandue, d'autre part on a observé qu'elle n'était pas moins fréquente dans d'autres pays où le poisson est très-rare. Le W Farquhar pense que le grain qui est venu sur une terre non cultivée peut contribuer à la genèse de la lèpre. On a dit aussi que l'absence de végétaux contenant une notable proportion de potasse, paraît en favoriser le développement. Cette affection [aurait diminué en Islande depuis l'introduction de la pomme de terre dans ce pays (T. Fox).

I! est certain que la diminution de la lèpre a presque tou-

jours coïncidé avec ramélloration de la condition générale des habitants d'un pays. Si la lèpre n'est pas absolument un înal de misère, on voit cependant, comme pour la pellagre, qu'une hygiène défectueuse, une nourriture insuffisante, de mauvaise qualité, le séjour dans des habitations humides, mal aérées, l'absence de soins de propreté, etc., sont autant de causes qui, si elles n'engendrent pas directement la lèpre, favorisent du moins son développement.

Bien que le climat ne paraisse jouer aucun rôle dans l'étiologie de la lèpre, puisque on la rencontre dans les climats les plus opposés, — elle existe d'une manière endémique dans les pays du Nord, tels que l'Islande, la Suède, etc., aussi bien qu'en Egypte, au Brésil, dans l'Inde, etc.; — cependant quelques auteurs admettent que la lèpre serait occasionnée par quelque influence analogue à la malaria.

Autrefois Téléphantiasis des Grecs était considéré comme contagieux; dans certains pays, les malheureux lépreux sont encore parqués dans des quartiers séparés, afin de soustraire les autres habitants k leur contact. Mais il est aujourd'hui démontré que la lèpre n'est nullement contagieuse, et si l'on voit cette affection sévir dans une famille ou dans une même localité, cela tient à ce que tous les individus, dans ces cas, restent soumis aux influences générales — encore inconnues — qui président au développement de la maladie.

Quant à l'hérédité, les opinions sont très-contradictoires. Danielssen et Bœck soutiennent énergiquement la réalité de cette cause. D'autres, au contraire, notamment Kessler, Bidenkap, etc., repoussent l'origine héréditaire de la maladie. Si l'on a vu des enfants issus de parents lépreux, atteints de cette affection après avoir été transportés dans des pays exempts de lèpre, il est non moins vrai que des personnes nées dans des régions où il n'y a jamais eu de lèpre, et de parents sains, n'en ont pas moins contracté cette maladie après s'être établis dans des pays où l'éléphantiasis des Grecs

est endémique. Il est bien évident aussi que l'influence héréditaire sera d'autant plus accusée que les générateurs seront, au moment de la procréation, à une période plus avancée de la maladie. 11 en est de même de l'influence des mariages entre lépreux, ils constituent une des causes les plus puissantes de la transmission à la disposition lépreuse. Aussi l'hérédité ne doit-elle ici s'entendre que dans le sens d'une disposition générale, analogue k celle admise par tous les médecins pour la tuberculose ou d'autres diathèses, et nullement comme celle qui dérive de la syphilis. Du reste, la lèpre n'est jamais congénitale, et ce n'est que très-rarement qu'on a eu l'occasion de l'observer avant l'âge 4e cinq ans.

L'hérédité ne saurait donc être invoquée comme la cause de la lèpre, elle contribue sans doute à son développement que favorisent certaines conditions physiques et géographiques, une mauvaise hygiène et un régime défectueux et insuffisant. Du moins sont-ce les seules données que l'on puisse aujourd'hui formuler, jusqu'au jour où il sera possible de découvrir la cause réelle de cette cruelle affection. -. Traitement. — De ce rapide tableau dans lequel nous avons cherché à esquisser à grands traits les principaux caractères de la lèpre, il résulte, croyons-nous, que le traitement de cette affection doit comprendre trois ordres de moyens, savoir : traitement hygiénique , médication générale et applications locales.

Si la cause de la lèpre est encore inconnue, il est certain du moins que, comme dans toutes les affections générales, l'amélioration de l'hygiène des individus prédisposés à la lèpre ou atteints de cette affection jouera un grand rôle au point de vue de la prophylaxie. Dans tous les pays en puissance de lèpre, on a vu cette affection diminuer en raison des améliorations apportées à l'hygiène publique. Et parmi les nombreuses médications qui ont été successivement préconisées contre la lèpre, — et, comme nous le verrons tout à l'heure,

la liste en est longue, — celles qui ont donné des résultats satisfaisants l'ont dû, sans doute, en grande partie aux prescriptions hygiéniques qui les accompagnaient. C'est là aujourd'hui un fait hors de tout conteste.

Le séjour dans des lieux salubres, dans des maisons aérées, non humides ; un exercice régulier entretenant les fonctions de la peau; une alimentation de bonne qualité, suffisamment réparatrice; le changement de climat, etc., figurent donc en première ligne parmi les moyens qui, s'ils ne guérissent pas la lèpre, contribueront du moins à améliorer l'état des malades.

Bien des remèdes internes ont été conseillés contre la lèpre; mais, jusqu'à ce jour, le but reste encore hors de nos moyens d'action. L'arsenic, le mercure, l'antimoine, l'iode ont été administrés sous les formes les plus variées, mais ils sont sans efficacité.

Toutefois le docteur Schlimmer^ cite un fait de guérison très-probable d'un lépreux par l'arséniate de potasse à la dose d'un vingtième de grain (2 milligrammes 1/2) par jour, pendant une semaine, dans une quantité d'eau aussi considérable que le malade en pouvait prendre en vingt-quatre heures — réfracta dosi, puis l'administration pendant une semaine de chlorhydrate d'ammoniaque à la dose de 10 centigrammes par jour dilué dans beaucoup d'eau pour prévenir la saturation arsenicale. Après dix semaines, il y eut une amélioration indubitable. La cure entière dura seize mois.

Mais, dans ce cas, ne faut-il pas tenir compte du passage d'une misère extrême à une hygiène excellente et des soins médicaux intelligents?

Lliydî'ocotyle asiatica, vantée au début comme spécifique des maladies chroniques de la peau, a été employée aux Antilles et à Paris depuis plusieurs années contre la lèpre, mais n'a

' Gazette hebdomadaire, 2» série, t. Xf, (i. 649. — 1874.

pas répoiidu aux espérances fondées sur son prétendu pouvoir.

Cependant, sur dix malades observés par M. Mouftlet' quatre seraient sortis guéris, après un traitement de trois ans; chez quatre autres, il y a eu amélioration notable, résolution partielle des tubercules; quant aux deux derniers malades, l'un n'a éprouvé aucun effet; l'autre, traité alors que la cachexie était profonde, a succombé après quelques mois. Les faits recueillis à Paris sont moins favorables. .

L'huile de Chaulmoogra a été essayée par le D"" Hillairet ^ à la dose de 2 à 50 gouttes, deux fois par jour. Si pendant le traitement il survenait de la diarrhée ou toute autre indisposition, il faudrait suspendre ou diminuer le nombre des gouttes.

En même temps on stimule les fonctions de la peau à l'aide de douches froides ou de bains alcalins.

On fait aussi des frictions sur les parties affectées, excepté sur les ulcères qui seront pansés tous les jours avec de la charpie imbibée de cette huile.

Mais les résultats obtenus n'ont pas été plus satisfaisants qu'avec les remèdes précédents.

Il en a été de même de la cautérisation des plaies au moyen d'une solution d'acide phénique, combinée avec l'usage interne de l'huile de Chaulmoogra, et il en est de même encore de l'asclepias gigantea, de la veronica quinquefolia, de l'assacou et d'autres dépuratifs végétaux que l'on avait un moment considérés comme des spécifiques de la lèpre. Nous trouvons encore dans l'excellente thèse de M. Lamblin des renseignements très-précis sur le mode d'emploi de l'assacou. Cette plante « fournit un lait qui a été administré à la dose de 5 centigrammes par jour sous forme pilulaire. Toutes les semaines, les malades prenaient aussi une décoction vomitive préparée avec 15 grammes d'écorce d'assacou pour

* Lamblin, Etude sur la lèpre tuberculeuse ou éléphantiasis des Grecs, p. 92.

- Lamblin, loc. cit.. p. 89.

500 grammes d'eau, additiomiée de 15 à 20 gouttes de suc de la plante, et enfin, tous les deux jours, un bain préparé avec l'infusion saturée de l'écorce. M. le D"" Malcher avait noté, sous l'influence de ce régime, une résolution des tubercules et l'amélioration de l'état général. Mais le résultat a-t-il toujours été aussi favorable et surtout durable ? »

M. Bazin^ s'est bien trouvé, chez quelques lépreux, de l'administration intus et extra des préparations alcalines. Sous l'influence de ce traitement il « a vu survenir des améliorations surprenantes et tout à fait inattendues ; il a vu les tubercules diminuer rapidement de volume, les taches s'effacer ou tendre à s'effacer, l'état général devenir meilleur ; le malade semblait aller franchement vers la guérison; celleci arriverait-elle? »

M. Bazin a encore essayé l'acide phénique contre la lèpre, mais sans obtenir d'effet bien apparent.

Le seigle ergoté, employé pour la première fois par M.Hillairet, en raison de son action sur les capillaires sanguins, n'a pas jusqu'ici donné de résultats bien encourageants.

Dans une discussion qui a eu lieu cette année à la Société médicale des hôpitaux à propos de la présentation d'un malade atteint de lèpre nostras, M. le D"" Ferréol a rappelé que dans un cas analogue il avait eu de bons résultats du traitement suivant qui lui avait été indiqué par Ricord : granules de Dioscoride à dose croissante jusqu'à 12, 15 même, par jour; fumigations tous les deux jours, combinées avec des bains sulfureux; quinquina.

L'amélioration obtenue sous l'influence de cette médication fut très-remarquable et très-rapide ; malheureusement elle ne persista pas au delà de quelques mois. Toutefois ces moyens avaient été employés à une époque avancée de la maladie, alors qu'il existait déjà un état cachectique très-prononcé, et

1 Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées artificielles et sur la lèpre, les diathèses, etc., p. 294.

l'on peut se demander, avec notre distingué confrère, si, commencé avant que la maladie ait atteint ses dernières périodes, ce traitement n'eût pas été couronné de succès?

Mais en dehors d'un spécifique qui est encore à trouver, il est une série d'indications qu'il importe de remplir. En présence de la déchéance organique qui se produit dans la lèpre on devra avoir recours aux reconstituants les plus énergiques : huile de foie de morue, ferrugineux, amers, hydrothérapie, bains salés, sulfureux, etc., dont on variera et les doses et le mode d'administration suivant les indications spéciales ou les complications présentées par chaque malade. On a conseillé, à ce titre, la quinine à haute dose et continuée pendant un certain temps ; le D' Tilbury Fox l'a employée avec grands avantages à dose graduellement croissante, jusqu'à un gramme deux fois par jour et pendant assez longtemps.

Quant au traitement local, on recommandera avant tout les soins de propreté. Les ulcérations seront lavées avec des résolutifs divers, tels que l'alcool camphré, une solution légère de sublimé ou de nitrate d'argent ; on fera sur les nodosités sèches des badigeonna ges avec la teinture d'iode, etc. Mais de tous ces remèdes, celui qui paraît avoir donné les résultats les plus satisfaisants, c'est encore l'acide phénique ; selon MM. Hardy et E. Labarraque, il a une influence trèsnotable sur la disparition des tubercules qui, traités ainsi, ne laissent qu'une cicatrice à peine visible. Le W Fleming (Indes) l'emploie dans la proportion de 4 grammes sur 60 grammes d'huile, de glycérine ou d'eau. Toutefois il recommande, à une période plus avancée de la maladie, de surveiller l'emploi du remède ; autrement il pourrait déterminer des excoriations. La cessation des applications phéniquées pendant quelques jours et des onctions avec de l'huile ou du cérat simple suffisent pour mettre fin à ce petit accident (T. Fox).

L'acide arsénieux en pommade — 0,50 centigrammes à 5 gr., sur 30 grammes d'axonge, l'huile de noix d'acajou

ont été employés avec succès contre les nodosités lépreuses ; du reste, et d'une manière générale, les différentes applications dont il a été question au chapitre du lupus peuvent être utilisées ici avec avantage.

Contre l'hyperesthésie cutanée, les onctions avec des pommades calmantes au chloroforme, à l'opium, etc.; les injections hypodermiques de morphine pourront rendre de trèsgrands services pour calmer les douleurs qui sont parfois intolérables.

Danielssen et Bœck, Duchenne (de Boulogne), ont retiré quelques avantages de l'emploi de l'électricité contre l'anesthésie cutanée et les contractures.

Dans ces dernières années on a beaucoup préconisé un mode de traitement qui a été officiellement donné par le D"" Bakewell dans une « Correspondence relating to the Discovery of an alleged cure of Leprosy, » publiée dans les Archives parlementaires de 1871 ^

Ce traitement ne s'applique qu'aux malades qui sont encore dans la première période de la maladie, c'est-à-dire chez lesquels la lèpre ne remonte pas à plus de deux ans et dont les lésions sont exclusivement limitées à la peau ou au moins dont la bouche est très-légèrement envahie. Si le larynx est attaqué et quoique à d'autres égards le malade soit dans de bonnes conditions, il faut savoir qu'on ne le traite que pour le soulager, car, jusqu'ici, aucun des cas dans lesquels la cavité buccale ou le larynx était envahi par les altérations lépreuses n'a été complètement guéri.

La lèpre anesthésique et la lèpre tuberculeuse sont également justiciables de ce traitement qui, bien entendu, a d'autant plus de chances de succès que le mal est plus récent et moins intense.

La médication se compose de trois parties : 1 " hygiène ;

* Tilbury Fox, Skin diseuses, 3= éd., p. 528.

2" applications locales sur les parties malades ; 3" remèdes internes.

Mesures hygiéniques. Elles sont indispensables. Sans leur concours on ne peut obtenir qu'une amélioration passagère. Elles consistent à placer le malade dans un air pur : à lui donner une alimentation réparatrice, notamment une quantité convenable d'aliments frais chaque jour ; à supprimer le poisson et toute espèce de mets épicés, la viande de porc frais ou salé ; à faire prendre une proportion suffisante de légumes frais ; si les malades en font déjà usage, on leur prescrira une dose modérée de vin léger, mais ce n'est pas indispensable.

Les applications externes consisteront en bains d'eau de savon deux fois par jour ; en frictions huileuses sur toute la surface cutanée. On peut employer l'huile de coco ou simplement l'huile d'olive. On laisse l'huile pendant trois ou quatre heures sur la peau, et ensuite on fait prendre un bain de propreté dans de l'eau de savon.

On fait alors sur les parties malades et au moyen d'une petite éponge une ouction d'huile de noix d'acajou. 11 faut d'abord ne faire porter cette application que sur une portion restreinte de peau, par exemple de la largeur de la main, et, suivant les résultats obtenus, on la pratiquera ensuite sur des surfaces plus étendues. Au bout de douze à vingt-quatre heures, l'huile produit une vésication.

Il faut, autant que possible, ne pas rompre l'épiderme de manière que l'exsudation puisse se dessécher et former une croûte. Après dix ou douze jours, cette croûte se détachera, laissant la peau parfaitement nette et sans aucune ulcération. Si les parties sont engourdies, mais non tout à fait anesthésiées, la sensibilité reviendra complètement après une première application ; si, au contraire, l'anesthésie est complète, deux ou trois onctions avec l'huile d'acajou seront néiîessaires pour rétablir la sensibilité normale.

On lie doit pas faire ces applications sur une surface plus considérable qu'une jambe, un avant-bras ou sur une partie d'une dimension équivalente, et entre chaque application il est indispensable de mettre un intervalle d'au moins une semaine.

S'il survient, comme cela a lieu très-souvent, des éruptions herpétiques ou autres, leC" Beauperthuis emploie avec grand avantage les deux liniments suivants :

1° Saturez 30 grammes d'alcool avec de l'iode. Quand la solution est complète, ajoutez une solution de soude caustique en excès; peu importe qu'il y en ait un peu plus ou un peu moins, pourvu que la dose soit suffisante pour s'unir avec tout l'iode; ajoutez alors 680 grammes d'huile d'olive ou de coco. Agitez le mélange avec soin avant de l'employer ;

2° Prenez : jaunes d'œuf n° 2 ; baume de copahu 130 grammes ; faites une émulsion ; ajoutez 500 grammes d'huile d'olive ou de noix de coco.

11 faut employer ce liniment au lieu de bains huileux dans tous les cas où il y a un état squameux de la peau.

Quand les pieds sont affectés, comme il n'est pas commode de se servir d'huile d'acajou, on la remplace par des bains de pieds chauds d'huile de coco matin et soir. On doit recommander d'en surveiller avec soin la température qui ne doit pas dépasser 34° centigrades, car la sensibilité étant diminuée ou nulle, le malade pourrait avoir les pieds brûlés sans s'en apercevoir.

Les remèdes internes administrés par le D' Beauperthuis sont le bi-chlorure de mercure à la dose de 2 à 3 milligrammes deux fois par jour pour les adultes. Dans les cas où le mercure estcontre-indiqué, le D'' Beauperthuis donne le carbonate de soude à la dose de 0,60 centigrammes à 1 gramme deux fois par jour.

Selon le D'' Milroy, cité par le D"" T. Fox, les résultats obtenus par le traitement du D' Beauperthuis seraient dus surtout à

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l'emploi des mesures hygiéniques et à l'usage des aliments frais.

En résumé, la première et la plus importante de toutes les conditions dans le traitement de la lèpre est de quitter les pays où cette maladie est endémique. Le régime et l'observance des règles hygiéniques contribueront plus que tous les remèdes sinon à guérir, du moins à atténuer l'intensité des symptômes et à rendre moins grave l'évolution des phénomènes morbides et des complications.

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