ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES
C'est une affection caractérisée par une hypertrophie de la peau, du tissu conjonctif sous-cutané et ultérieurement des organes et des tissus avoisinants. Cette affection, endémique dans certains pays, a comme représentation dégradée dan* nos contrées ces états hypertrophiques des membres inférieurs consécutifs à certains eczémas, à certains lichens, et entretenus surtout par les ulcères chroniques de la jambe. La marche de ces deux affections est assez différente pour qu'on ne puisse établir entre elles que des rapports très-éloignés.
L'éléphantiasis peut s'observer sur toutes les régions du corps ; cependant ses sièges de prédilection sont les membres inférieurs, le scrotum, les grandes et petites lèvres, etc. Aux membres inférieurs, la maladie est souvent précédée de phénomènes fébriles, de frissons, de nausées ; au bout de quel-
ÉLÈPHAINTIASIS DES ARABES. 715
qiies jours, la peau se recouvre de traînées rouges (lymphangites),clic devient chaude, douloureuse au toucher, enflammée, le membre se tumélie. Cet état aigu tombe après un certain temps, mais il reste de l'empâtement de toute la région ; puis surviennent de nouveau des phénomènes inflammatoires qui se reproduisent sous forme d'accès à des intervalles plus ou moins éloignés. La tuméfaction qui a persisté après le premier accès augmente ensuite graduellement et le membre finit par atteindre un volume considérable.
La jambe présente alors une grande ressemblance avec un pied d'éléphant, elle a parfois un aspect monstrueux, elle forme une masse énorme, compacte, qui se continue sans interruption avec le pied ; souvent il est impossible de reconnaître l'articulation tibio-tarsienne ou, si à ce niveau il existe une dépression, elle est presque toujours recouverte par des replis cutanés.
Dans certains pays, notamment aux Barbades, l'inflammation cutanée s'accompagne fréquemment de la tuméfaction des ganglions lymphatiques. Selon ïïendy , l'engorgement ganglionnaire précéderait même quelquefois les phénomènes inflammatoires ; aussi .cet auteur a-t-il décrit l'éléphantiasis sous le nom de maladie glandulaire des Barbades.
Une fois la maladie établie, la fièvre disparaît ; parfois même l'hypertrophie cutanée et cellulaire survient sans être précédée de phénomènes généraux et les individus ne s'aperçoivent de leur affection qu'à l'intumescence du membre qui est survenue d'une manière lente et graduelle.
Si l'on examine un membre ainsi affecté, on constate les phénomènes suivants : augmentation notable de volume, la peau est tendue, luisante, pâle ; quelquefois elle est rugueuse, fendillée, recouverte de squames épidermiqucs ; d'autrefois les plis et les sillons cutanés forment des rainures profondes dans lesquelles on trouve des débris d'épiderme macérés par la sécrétion sébacée et la sueur.
714 HYPERTROHIES.
Au toucher, les tissus malades présentent au début une induration œdémateuse ; plus tard, ils sont durs, rénitents, élastiques. La peau fait en quelque sorte corps avec les tissus sous-jacents ; il est difficile de la pincer.
L'éléphantiasis s'observe aussi aux parties génitales ; au scro tum, il forme parfois des tumeurs d'un volume considérable. Quelques auteurs l'ont désigné sous le nom de hernie charnue, de sarcocéle égyptien, àliydrocèle endémique. Le scrotum éléphantiasique peut atteindre un développement énorme et former des tumeurs pyramidales descendant jusqu'aux genoux ; on a rapporté des cas de tumeur éléphantiasique du scrotum pesant jusqu'à 20, 50 et 40 kilogr.
Sous l'influence des tiraillements exercés par la tumeur, le pénis finit par disparaître complètement et la peau de la verge ainsi tiraillée forme un canal étroit, une espèce de gouttière par où s'écoule l'urine.
Chez la femme, le clitoris, les grandes lèvres peuvent être le siège d'éléphantiasis et former des tumeurs plus ou moins volumineuses. On a noté aussi, mais plus rarement, l'éléphantiasis des mamelles, des oreilles. 11 ne faut pas confondre cette dernière affection avec les manifestations lépreuses ayant ie même siège.
L'éléphantiasis des Arabes est rare en Europe, en France, du moins, où on ne l'observe jamais qu'à l'état sporadique. Il est au contraire endémique dans certaines régions : l'Egypte, le Brésil, les Antilles, Ceylan, les Barbades, le Malabar, etc., pays dans lesquels des conditions climatèriques, que l'on ne peut encore préciser, paraissent favoriser son développement, sans qu'il soit actuellement possible d'indiquer sous quelles influences il se manifeste.
Si, au début de l'éléphantiasis de la jambe, on peut constater des inflanunations érysipélateuses, des angioleucites, des lymphangites, etc., qui expliquent son apparition, il n'en est plus ainsi quand cette affection a son siège aux parties
ELEPHMTIASIS DES ARABES. 715
génitales. En effet, dans les pays où cette maladie règne d'une manière endémique, on n'a jusqu'à présent signalé aucuns phénomènes précurseurs capables d'en rendre compte. Des influences climatériques et hygiéniques, qu'il est encore impossible d'apprécier exactement, peuvent seules être invoquées.
Traitement. — La première chose à faire est de combattre les causes qui ont donné naissance à l'éléphantiasis ; on instituera donc une médication appropriée aux indications. C'est à ce titre que l'on devra recourir soit aux antiphlogisquess'il existe des phénomènes inflammatoires, soit aux purgatifs, si l'on reconnaît l'embarras de premières voies ou un certain degré de sténose abdominale . Si l'état éléphantiasique est sous la dépendance de troubles dans la circulation ou de lésions antériem-es des tissus, qui ont amené Fafflux du sang et l'engorgement consécutif de parties dans certaines régions, le traitement sera institué d'après ces diverses données. Mais tout en s 'efforçant d'atteindre le mal dans sa cause, il faut chercher à modifier les lésions existantes.
Comme traitement externe, un des moyens les plus efficaces contre l'éléphantiasis des Arabes, et celui par lequel on doit toujoiurs commencer, est incontestablement une compression méthodique et régulière à l'aide de bandes de toile ou de flanelle, mais sm-tout avec des bandes élastiques qui ont l'avantage de se resserrer d'elles-mêmes à mesure que le membre diminue. La compression doit être accompagnée de repos absolu au lit, en ayant soin de faire tenir eu même temps la partie malade dans une position un peu élevée.
Outre la compression, on peut aussi recourir au massage qui, pratiqué avec soin et d'une manière régulière, active les fonctions de la peau ; dans certains cas il contribue beaucoup à la guérison. On l'emploiera seul, mais de préférence avec la compression ou les bains.
Ces derniers, notamment les bains sulfureux, les bains et
710 HYPERTROPHIES
douches de vapeur, en imprimant une excitation plus grande à la peau, en stimulant la circulation, seront utiles dans la plupart des cas. Mais ces divers moyens agissent trèslentement; aussi quelques chirurgiens ont-ils cherché un mode plus rapide et plus radical.
Ainsi, on a conseillé pour la guérison de l'éléphantiasis la ligature de l'artère principale du membre. C'est Carnochan de New-York qui, pour la première fois, en 1852, a fait cette opération. Depuis elle a été pratiquée un certain nombre de fois ; d'après une statistique relatée par M. le D'' Marduel\ cette méthode thérapeutique a été employée vingt-trois fois au moins, et par des hommes d'une véritable autorité.
Sur les vingt-trois faits recueillis par M. Marduel les résultats se décomposent de la manière suivante :
4 mort.
1 résultat presque nul.
4 récidives.
6 améliorations. /
11 guérisons.
Toutefois, comme le fait remarquer avec beaucoup de raison le chirurgien lyonnais, il ne faut accepter ce chiffre de guérisons qu'avec une extrême réserve. D'une manière générale, la plupart des opérés n'ont pas été suivis assez longtemps pour qu'il soit possible de considérer chez tous la guérison comme définitive. Dans plusieurs cas la récidive ne s'est, en efiet, produite qu'après un an, et on peut présumer que des faits donnés au moment de leur publication, comme des exemples de guérison, seraient devenus des récidives si l'observation eût été poursuivie plus longtemps.
Cette récidive est au moins très-probable ; n'est-il pas à
* Lyon médical, t. XI, p. 584.
ÉLÉPHANTUSIS DES ARABES, 717
craindre, en effet, qu'après la ligature, une fois la circulation complètement rétablie par les artères collatérales, on ne voie reparaître les mêmes accidents et la maladie momentanément enrayée par la diminution de l'afflux sanguin suivre de nouveau une marche envahissante. C'est à cette circonstance que sont dues sans doute les récidives tardives observées un an et même plus après l'opération (cas de Queirel, deBuchanan, un des malades de Carnochan), récidives qui sont à redouter chez les malades dont l'observation n'a pas pu être continuée assez longtemps.
En présence de l'incertitude qui règne encore sur les résultats définitifs d'une opération aussi dangereuse , de nouveaux faits sont nécessaires avant de pouvoir la faire entrer dans la thérapeutique de l'éléphantiasis.
La ligature d'une artère importante, comme, par exemple, l'iliaque, la fémorale, etc.. est toujours une opération grave, aussi quelques chirurgiens, notamment MM. Vanzetti, Gosselin, etc., ont-ils conseillé d avoir recours à la compression prolongée de l'artère. Ce procédé qui est à peu près sans danger compte déjà quelques succès. La compression digitale ou à l'aide d'un appareil spécial réalise des effets identiques à ceux de la ligature ; comme cette dernière, elle arrête la circulation sanguine, et, employée avec succès dans le traitement des anévrysmes, elle mérite aussi de prendre place dans celui de l'éléphantiasis. Avant de recourir à la ligature, on devra donc toujours commencer par la compression.
On a proposé aussi l'amputation du membre, à laquelle on n'aura évidement recours que lorsque tous les autres moyens auront échoué et que le malade condamné à une immobilité absolue par suite de la masse éléphantiasique verra sa santé générale se détériorer au point qu'il devienne rationnel de lui faire subir les chances d'une aussi grave opération.
Dans le traitement de l'éléphantiasis des parties génitales, il ne saurait être question de recourir à la compression ; la
718 HYPERTROPHIES.
nature des tumeurs, leur forme, etc., sont des obstacles absolus à l'application de cette méthode.
Si les tumeurs éléphantiasiques de ces régions ne sont pas une affection dangereuse et n'entraînent ni douleurs, ni troubles sérieux dans l'organisme, il n'en est pas moins certain que lorsqu'elles atteignent un volume considérable, elles constituent une gêne très-grande pour les malades et un obstacle à la marche. Dans ces conditions le seul traitement est l'ablation totale ou partielle de la tumeur. Nous n'avons pas à indiquer ici quelles sont les règles à suivre pour cette opération ; elles varient, on le comprend, suivant le siège de la maladie et suivant son étendue, on les trouvera du reste indiquées dans tous les traités de chirurgie.
SCLÉRODERMIE
Sous le nom de sdérodermie, de sclérème des adultes [sclériasis des auteurs anglais), on désigne une affection chronique de la peau, non contagieuse, caractérisée par l'induration du tégument sans changement de coloration au début, avec atrophie consécutive. L'altération de la peau envahit le tissu cellulaire sous-cutané et peut même s'étendre aux os et aux articulations.
Le symptôme le plus important, signalé par tous les observateurs, est cette dureté particulière de la peau, dureté qui n'est ni celle de l'œdème, ni celle de l'inflammation. Les plis et les sillons cutanés disparaissent presque complètement, il est impossible de pincer la peau, de la faire glisser sur les tissus sous-jacents, d'y laisser une empreinte en appuyant avec le doigt. On a comparé cet éiat scléreux de la peau à celui du cancer ligneux, d'un cadavre congelé, etc. Cette induration cutanée peut se présenter par plaques disséminées ou bien envahir tout un membre ou toute une région. On l'a observée dans
SGLÉRODERMIE. 719
les différentes parties du corps, le plus souvent elle a son siège dans les régions supérieures du tronc, notamment au cou, à la face, aux épaules, aux mains, aux bras, etc. Quand l'induration existe à la figure, elle enlève toute expression, on dirait une statue de cire ou de marbre.
La peau présente d'autres altérations, elle est amincie, rétractée, elle paraît être devenue trop étroite pour les parties sous-jacentes sur lesquelles elle est comme collée, d'où le nom de scrofule momifiante que lui avait donné Alibert. Les mouvements sont difficiles, incomplets, il peut même se produire de fausses ankyloses. Les orifices naturels sont rétrécis, les paupières, les lèvres ne peuvent plus se fermer que d'une manière incomplète.
La peau au bout d'un certain temps perd sa coloration normale ; chez quelques malades elle est décolorée, d'un gris jaunâtre, brune sur les parties indurées. On trouve aussi des taches que M. Horteloup ^ a divisées en deux classes : « les unes se présentant sous la forme de plaques assez étendues, rougeàtres et violettes, ne changeant pas d'aspect à la pression, et pouvant siéger sur toutes les parties du corps, mais peut-être plus particulièrement sur les parties osseuses ; les autres, beaucoup plus petites, d'une coloration beaucoup plus rouge, de l'étendue de 1 à 2 lignes, disparaissant sous la pression du doigt et semblant produites par des dilatations vasculaires. »
Les premières s'ulcèrent fréquemment, et à la place de l'ulcération il reste ces cicatrices blanchâtres, déprimées, que l'on voit notées dans la plupart des observations. Les taches vasculaires sont beaucoup plus rares ; très-petites sur le tronc ou sur la face, elles peuvent occuper une étendue plus considérable aux mains, aux doigts et présenter ce que M. Raynaud a décrit sous le nom à' asphyxie locale.
* De la sclérodermie, p. 57.
720 HYPERTROPHIES.
Rappelons encore que l'on voit survenir l'induration et la tension cutanées dans des points qui avaient été le siège de douleurs considérées comme étant de nature rhumatismale. Les malades accusent souvent des douleurs au bout des doigts, douleurs qu'ils comparent à l'onglée. Presque tous aussi se plaignent d'une sensibilité extrême au froid.
Chez certains sujets les plaques scléreuses de la peau sont précédées d'éruptions de diverse nature.
Nous aurions encore bien d'autres symptômes à noter si nous devions faire un tableau complet du sclérème des adultes; on en trouvera l'exposé détaillé dans les divers mémoires publiés sur ce sujet.
Malgré les altérations graves que présentent la peau et les tissus sous-jacents, la santé des sclérodermiques est satisfaisante, du moins pendant les premières périodes de l'affection. Il n'y a pas de fièvre, les fonctions s'accomplissent régulièrement chez quelques malades. Toutefois après un certain temps on voit leurs forces diminuer : ils deviennent anémiques, maigrissent et finissent habituellement par tomber dans le marasme.
Cette affection, comme nous l'avons dit, atteint de préférence des sujets nerveux chez lesquels on a parfois observé dans le cours de la maladie des troubles psychiques. M. Lailler l'a constaté deux fois.
Quelles senties causes de la sclérodermie? L'étiologie de cette affection est encore bien incomplète, et dans un certain nombre des cas rapportés, il a été impossible de découvrir une cause même probable, — Elle paraît plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Sur 45 observations réunies par M. Colliez, il n'y a que 10 hommes. L'âge ne paraît avoir aucune importance, on a rencontré cette maladie chez des enfants de huit à dix ans et chez des vieillards ayant dépassé soixante ans.
SCLÉRODERMIE. 721
MM. Lasègue et Horteloup ont fait remarquer que la sclérodermie survenait souvent chez des personnes qui étaient malades depuis longtemps, chez des sujets cachectiques, cet état cachectique pouvant du reste dépendre de causes trèsdiverses. C'est là, croyons-nous, une donnée très-prohable et d'une manière générale on peut dire que le sclérème des adultes s'observe le plus souvent chez des sujets nerveux, affaiblis, anémiés, etc., dont l'organisme en un mot a été déprimé par une cause quelconque.
Comme causes occasionnelles on a surtout noté l'influence du froid, mais dans d'autres circonstances la maladie a débuté d'emblée sans qu'il ait été possible de lui assigner un point de départ.
Pour M. Bazin, « la sclérodermie est une lésion de même ordre que la kéloïde et les tumeurs fibro-plastiques. Elle naît et se développe sous l'influence d'un état morbide général, de nature diathésique, état qui se traduit par l'infiltration dans le tissu de la peau d'un élément de formation nouvelle, l'élément fibro-plastique. » [Bazin, leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées artificielles, etc., pag. 361).
M. Horteloup (loc. lit. pag. 122 et suiv.) a émis, quant à la nature de l'affection, une autre théorie basée sur les propriétés anatomiques et physiologiques de la peau. On sait, dit-il, que outre des fibres lamineuses qui forment de véritables faisceaux, entre lesquels se trouvent les fibres élastiques, il existe dans la peau des fibres-cellules ou fibres du tissu musculaire organique, fibres lisses, contractiles et qui forment de véritables petits muscles dans l'intérieur du derme. Ces fibres-cellules entrent aussi dans la structure des artères et des veines. Les remarquables travaux de MM. Schiff, Cl. Bernard et Marey ont prouvé de la façon la plus nette l'aptitude de ces fibres musculaires des capillaires à se contracter sous rinfluence du grand sympathique. M, le docteur Raynaud s'est
722 HYPERTROPHIES.
appuyé sur ces découvertes pour expliquer la syncope locale, l'asphyxie locale et la gangrène des extrémités. M. Hortcloup a cherché à son tour à expliquer la sclérodermie par un mécanisme analogue.
« Si, dit cet auteur, les fibres musculaires des canaux vasculaires, en se contractant, diminuent assez leur volume pour empêcher la circulation du sang, nous pouvons donc admettre que, dans le derme, ces fibres de même nature puissent se contracter pour produire une véritable rétraction. »
C'est encore l'élément nerveux qui permettrait de se rendre compte, d'après M. Horteloup, des taches rouges que l'on observe dans la sclérodermie, 11 en est de deux espèces : celles qui ne changent pas de couleur à la pression du doigt seraient des plaques de sclérodermie dans lesquelles aurait eu lieu un travail de pigmentation, probablement sous une influence nerveuse ; quant aux autres taches, elles auraient la même origine que les taches violacées de l'asphyxie locale. La forme symétrique du sclérème des adultes viendrait encore à l'appui de l'origine nerveuse de cette affection. Enfin, «pour expliquer la persistance de la sclérodermie, il faut admettre que, lorsque la contracture du derme a duré pendant un certain temps, il se produit entre les fibres condensées un travail agglutinatif qui l'empêche de revenir à son état primitif et est la cause d'une véritable altération matérielle de la peau » (Horteloup).
On admet bien aujourd'hui que le sclérème est dû à une influence nerveuse, mais on l'explique par un mécanisme différent.
La plupart des anatomo-pathologistes considèrent en effet que cette affection est sous la dépendance de troubles de l'innervation.
Est-ce une trophonévrose, comme le pensent quelques auteurs? MM. Hallopeau, Colliez ont essayé d'étabUr l'identité de ces deux affections. On retrouve, en effet, dans les troubles
SCLERODERMIE. 723
trophiques consécutifs aux altérations traumatiques ou fonctionnelles des nerfs, des lésions cutanées, cellulaires, osseuses, etc., semblables à celles qu'on rencontre dans le sclérème.
Mais les troubles trophiques ne sont pas toujours primitifs.
Ainsi, pour ce qui est du cas rapporté par M. Lagrange^, on ne trouva aucune lésion appréciable dans la moelle épinière, les nerfs et les muscles. Est-ce une raison pour rejeter les troubles trophiques dans la sclérodermie? « Pas le moins du monde, et, sans nous départir de la logique, dit cet auteur, nous pourrons bien admettre que les extrémités périphériques des nerfs, atteintes comme nous avons pu nous en convaincre sur nos coupes totales du petit doigt gauche par la sclérose cutanée et sous-cutanée, seront capables de déterminer des bulles, des vésicules, des ulcérations même et d'autres troubles trophiques ; mais ces troubles trophiques seront alors secondaires et le fait de l'altération consécutive, soit de la gaîne des nerfs cutanés, soit des tubes nerveux eux-mêmes. »
Disons cependant que, malgré les investigations que nous venons de signaler, bien des points restent encore à élucider dans cette singulière affection. Cependant si les recherches modernes n'ont pu dissiper toutes les obscurités, elles éclairent du moins la véritable route par laquelle on doit, un jour, arriver à mieux se rendre compte des lésions existantes.
Traitement. — La médication a, comme il est facile de le comprendre, beaucoup varié suivant l'idée que chaque auteur se faisait de la nature de la maladie. Nous n'avons point à énurnérer ici tous les traitements qui ont été successivement préconisés ; nous nous bornerons à indiquer ceux préconisés dans ces derniers temps. Les sudorifiques, les diurétiques et les purgatifs ont été recommandés par quelques dermatolo-
* Contribution à V étude de la sclérodermie avec arthropathies et atr-^ hie osseuse.
724 NEOPLASIES.
gistcs, mais ne paraissent pas avoir donné de résultats. Nous en dirons autant des émissions sanguines qui seraient plutôt nuisibles qu'utiles en contribuant à augmenter l'état d'anémie et de faiblesse des malades. Le mercure, l'iode ont été également prescrits, mais sans grand succès. Les bains de vapeur, les bains alcalins ont été utiles, d'après M. Bazin, dans certains cas. L'hydrothérapie a été employée avec un succès relatif ; on pourrait peut-être l'essayer de nouveau, mais avec précaution et en surveillant avec soin la réaction.
La seule médication qui paraisse avoir exercé une influence favorable sur la sclérodermie , c'est la médication reconstituante. Huile de foie de n^rue, ferrugineux, amers, régime tonique, etc., devront donc toujours être prescrits dans ces cas, du moins chez les individus cachectiques et anémiés. C'est surtout à l'état général qu'il faudra s'adresser, et c'est dans l'étude attentive du malade que le médecin devra puiser les meilleures indications.
NEOPLASIES •
MYCOSIS
Sous la dénomination de mycosis fongoïde, de lymphadénie cutanée, etc., on désigne actuellement des tumeurs de la peau qui paraissent être la manifestation ultime d'une affection, encore inconnue dans sa nature, dont le début se fait par de simples taches qui, à une période plus avancée, deviennent des plaques saillantes, auxquelles succèdent des tumeurs plus ou moins volumineuses, décrites par Alibert et plus tard par M. Bazin sous le nom de mycosis fongoïde.
Cette affection présente des caractères très-différents suivant l'époque à laquelle on l'examine. A l'origine, la maladie se révèle le plus ordinairement par des éruptions obscures,
MYCOSIS. 725
mal définies, qui ne penneltcnt pas toujours d'en reconnaître la nature. Ainsi, on constate la présence de taches congestives, rouges, irrégulières, disséminées, non saillantes, survenant tantôt sur le tronc, tantôt sur les membres inférieurs, et, après un temps plus ou moins long, pouvant envahir toute la surface tégumentaire. « A mesure que cette éruption progresse, elle s'accompagne, dit M. Gillot S de démangeaisons plus ou moins vives ; les malades se grattent parfois violemment, et, sous l'influence de ce grattage, les surfaces malades peuvent s'excorier, suinter, et même se recouvrir de croûtes molles ; elles ont alors une assez grande ressemblance avec un eczéma... Quand les taches congestives ont existé pendant quelque temps, ou qu'elles onl été irritées, elles se recouvrent de squames fines, et revêtent laspect d'un pityriasis ou plutôt d'un eczéma à la période de dessication. » Après une durée assez longue ces taches finissent par disparaître ; elles se reproduisent ensuite par poussées successives à des intervalles plus ou moins éloignés. Cependant au bout d'un certain temps la peau s'altère, s'épaissit, il se forme des plaques lichénoïdes ; elles surviennent, soit sur les points qui ont été primitivement affectés, s'oit sur des parties encore indemnes. Ces plaques lichénoïdes s'observent de préférence au tronc et à la face ; leur forme est en général arrondie ; leur coloration est d'un rouge sombre ; leur surface rugueuse (Gillot).
Les taches congestives et les plaques lichénoïdes ne sont pas constantes ; M. Démange ^ a vu le lichen faire complètement défaut dans un cas.
Après un temps variable, souvent très-long, on voit apparaître sur les plaques eczémato-lichénoïdes ou dans leurs intervalles des tumeurs fongoïdes, d'un rouge violacé, de la grosseur d'un pois ou d'une noix. Parfois, plusieurs d'entre
* Etude sur une affection de la peau, décrite sous le nom de mycosis fongoïde (lymphadénie cutanée), p. 14.
^ Étude sur la lymphadénie, p, 40.
726 NEOPLASIES.
elles se réunissent et forment des excroissances plus ou moins volumineuses, mamelonnées, qui rappellent, pour la forme et pourle volume, des morilles (Alibert) ou des tomates mures (Bazin). Ces tumeurs ont en général une forme orbiculaire, globuleuse ; la peau qui les recouvre est lisse, tendue, sans vascularisation apparente ; elles ont un aspect œdémateux, mais la pression du doigt ne laisse aucune empreinte (Gillot). Leur consistance est ferme, élastique, résistante; quelquefois elles ont une dureté presque fibreuse (Guérard) K
Une fois que ces tumeurs ont atteint un certain volume, elles restent stationnaires pendant quelque temps, puis les unes peuvent diminuer et même disparaître complètement, tandis que d'autres se ramollissent et s'ulcèrent. Cette rétrocession est un des phénomènes les plus caractéristiques de cette affection ; M. Bazin l'a tout particulièrement signalée, et dernièrement MM. Gillot et Démange en ont fait ressortir toute l'importance. On retrouve cette rétrocession des tumeurs indiquée dans toutes les observations de mycosis publiées jusqu'à ce jour.
« On voit alors les tumeurs diminuer rapidement de volume, s'affaisser, fondre pour ainsi dire, sans que la peau se plisse à la surface, ni s'exfolie. En quelques semaines, en quelques jours parfois, une tumeur du volume d'une noix a disparu sans laisser de traces. Ce phénomène se reproduit en général à plusieurs reprises dans le cours de la maladie (Gillot).
Dans toutes les régions envahies par les éruptions mycosiques, on observe presque toujours la chute des poils et des cheveux ; les ongles sont déformés, amincis, cassants.
Chez tous les malades atteints de mycosis on a noté l'engorgement des ganglions lymphatiques. Partout les altérations des ganglions paraissaient en rapport avec les lésions du tégu-
* Guérard, Du mycosis fongoïdc géncralisé.
MYGOSIS. 727
ment externe (Gillot). Les masses ganglionnaires subissaie t les mêmes phénomènes de rétrocession que nous avons signalés pour les productions mycosiques.
Toutefois, la plupart se terminent par ulcération. La tumeur se ramollit, il se fait une perte de substance qui s'agrandit progressivement. Ces ulcères ont l'aspect terne et blafard des ulcérations cancéreuses ; ils n'ont aucune tendance à s'étendre en profondeur ; les bords en sont durs, taillés à pic, irréguliers, non décollés, le fond est inégal, anfractueux, recouvert d'une sanie purulente. Cette affection paraît en général peu douloureuse; les tumeurs surviennent surtout par poussées, et leur apparition est précédée d'un certain malaise.
Dans l'intervalle de ces poussées, le mal subit parfois un véritable temps d'arrêt. Mais à mesure que les tumeurs fongoïdes se généralisent, que les ulcérations se produisent, la santé s'altère, des troubles généraux graves et profonds se manifestent. Le malade présente alors tous les signes d'une cachexie irrémédiable : exacerbations fébriles le soir, amaigrissement, perte des forces, diarrhée colliquative, marasme.
Les causes du mycosis fongoïde sont complètement inconnues. On y a fait figurer toutes les causes déprimantes.
Traitement. — En dehors d'une médication reconstituante qui s'adressera à l'état anémique, cachectique de la lymphadénie, il est bien difficile d'indiquer un traitement rationnel de cette affection tant que l'on ignorera les causes qui lui donnent naissance. L'hydrothérapie, les eaux bromo-iodurées, le fer, les amers, etc., pourront intervenir d'une façon utile pour modifier l'état général et enrayer, sinon arrêter, la dégradation organique.
La décoction de Zittmann a semblé, dans un cas, produire des effets salutaires ; toutefois son action ne fut que momentanée (Gillot).
Contre les ulcères mycosiques on emploiera les mêmes
728 NÉOPLASIES.
moyens auxquels on a recours contre les plaies de mauvaise nature : acide phénique dilué, alcool camphré, vin aromatique, poudre de quinquina et de charbon, chlorure de chaux, etc., en un mot pansements détersifs et un peu excitants de manière à modifier la vitalité des ulcérations.
Si dans le même chapitre je réunis le mycosis fongoïde el ces tumeurs papilloraateuses décrites par quelques auteurs sous le nom de lichen hypertrophique, ce n'est pas que je considère cette dernière afl'cction comme une simple variété du mycosis. Mais les lésions cutanées que l'on observe dans ces deux maladies présentent certains phénomènes communs qui permettent de les ranger dans la même classe, bien que sous certains rapports elles offrent de grandes différences, ne serait-ce que la rétrocession des tumeurs et la tendance à la généralisation qui sont deux des caractères les plus importants du mycosis et que l'on n'a jamais signalés dans le lichen hypertrophique.
Du reste, il est bien difficile de savoir quelle est la place que l'on doit assii^ner à ces lésions cutanées. Dans ses leçons sur les affections cutanées dartreuscs, M. Hardy en a fait un lichen hypertrophique, on pourrait aussi les comprendre dans le groupe des modifications de la peau que l'on rencontre dans ces états éléphantiasiques qui se rapprochent de l'éléphantiasis des Arabes.
Quoi qu'il en soit, nous désignerons sous les noms de tumeurs papillomateuses, de lichen hypertrophique^ à^ eczéma dégénéré (Bazin), ces végétations, pkis ou moins saillantes, mamelonnées, inégales, parfois avec ulcérations, donnant lieu à une sécrétion séro-purulente fétide. La peau et les tissus sous-jacents sont infiltrés, épaissis, indurés, comme
MYCOSIS. 729
hypertrophiés. Cette affection s'observe presque exclusivement aux membres inférieurs. Tous les cas rapportés par M. le docteur Demeules ^ occupaient ce siège . Ces tumeurs végétantes n'ont pas toujours pour point de départ les mêmes lésions élémentaires : elles peuvent se développer sur une surface eczémateuse ancienne aussi bien que sur des plaques lichénoïdes , ou même consécutivement à d'autres altérations de la peau. Du reste, on est bien rarement appelé à voir la maladie à son début et par conséquent il est diffficile de pouvoir en apprécier le véritable point de départ. Mais pourtant il est incontestable que l'eczéma en est souvent l'origine, ce qui fait que M. Bazin a pu justement lui donner le nom d'eczéma déo'énéré.
Dans ces cas, le membre aifecté est toujours plus volumineux que le membre sain, il en résulte souvent une déformation considérable, notamment au niveau du cou-de-pied. Chez tous les malades, M. Demeules a constaté la présence de varices sur le membre correspondant ; aussi considère-t-il comme cause de cette hypertrophie cutanée un trouble de la circulation dû à un état variqueux. Un de ses malades vit disparaître les varices de sa jambe à mesure qu'elle devenait le siège d'un lichen hypertrophique. On doit faire, cependant, quelques réserves en faveur de la participation probable du système lymphatique dans la genèse de ces végétations cutanées. Quant au traitement, M. Demeules insiste sur l'emploi d'une compression méthodique et régulière. Au début, on combattra les phénomènes inflammatoires à l'aide de topiques émollients, de bains de vapeur, etc.
?rl. Lailler emploie depuis quelque temps, et il lui semble avec avantage, la médication suivante empruntée en partie à la pratique d'iiebra. Voici en quoi elle consiste. On fait sur les parties malades nue lotion avec une solution alcoolique
* Du lichen hypertrophique, in Mémoires de V Académie de nu^decine, t. XXX, 1" fascicule, 1871-1873.
730 NÉOPLASIES.
au 20" de potasse caustique, on y étend ensuite une couche assez épaisse de savon noir, puis on les enveloppe de tours de bandes de flanelle largement imbibée de savon noir. On recouvre ie tout d'une couche de ouate et d'une bande roulée. Si la douleur n'est pas trop vive on laisse ce pansement en place pendant deux ou trois jours. Quand on l'enlève, on trouve, après lavage, les parties malades d'un rouge vif et recouvertes d'une suppuration de bonne nature. Après quelques jours d'application de cataplasmes de fécule, on recommence de la même façon l'application du savon. Après trois ou quatre séries de ces applications, les surfaces malades sont en voie de cicatrisation et l'on termine la guérison par des pansements simples. C'est surtout dans les papillorncs ulcérés que ce moyen parait réussir le mieux.
Dans la forme hypertrophique on se trouve bien d'adjoindre à ce traitement la compression à l'aide du bandage ouaté de A. Guérin.
CHELCIDE OU KELOIDE
On donne le nom de kéloïde à des excroissances aplaties, de forme irrégulière, dures, rénitentcs, plus ou moins volumineuses, saillantes, à bords nettement délimités, siégeant dans l'épaisseur du tégument ou d'une cicatrice et qui ont une grande tendance à se reproduire dans les points où elles ont primitivement existé. Ces excroissances cutanées forment des tumeurs parfaitement distinctes, mobiles sur les tissus sousjacents et qui sont comme encastrées dans la peau. On en décrit deux variétés : kéloïde spontanée, kéloïde cicatricielle. Ces dénominations correspondent aux divisions admises par Alibert de kéloïde vraie et kéloïde fausse. Retz, qui le premier a parlé de cette affection, l'avait désignée sous le nom de dartre de graisse.
KÉLOÏDE. '331
La kéloïde spontanée se présente en général comme une tumeur légèrement saillante au-dessus du niveau de la peau ; elle paraît constituée pr.r l'hypertrophie du tissu fibreux de cet organe. La forme en est quelquefois cylindrique — kéloïde cijlindracée d'Alibert ; d'autrefois elle offre un aspect cruciforme ou étoile ; le plus ordinairement elle affecte la forme d'un quadrilatère allongé. De ces tumeurs partent des irradiations, des prolongements qui vont se perdre dans la peau saine et lui donnent une ressemblance éloignée avec les pattes d'un crabe ou d'une écrevisse. C'est cette ressemblance qui lui a fait donner, par Alibert, le nom de kéloïde [yr^à] pince d'écrevisse, et elcoç figure) .
La surface des kéloïdes est en général unie, lisse.
La coloration est tantôt pâle, blanchâtre, d'un aspect cicatriciel, — kéloïde blanche de M. Bazin; tantôt rougcâtre, violacée, parsemée de stries vasculaires, — kéloïde rouge ^ du même auteur. Cette dernière variété — kéloïde vasculaire — a pour siège élémentaire la glande sébacée pileuse, et s'observe fréquemment sur le devant de la poitrine et à la nuque, — acné kéloïdique (Bazin).
Souvent on n'observe qu'une seule plaque kéloïdienne ; cependant il n'est pas rare d'en rencontrer plusieurs chez le même individu. Hebra et Kaposi citent le fait d'un officier chez lequel ils en constatèrent jusqu'à vingt.
La kéloïde n'est pas naturellement douloureuse. D'après le D-" Firmin, quelques malades ressentent, dans les points affectés, des picotements et des démaugeaisons insupportables ; dans certains cas même, des douleurs pongitivcs et lancinantes. Pendant la nuit surtout, ils accusent un prurit trèsincommode ; les variations atmosphériques, les repas copieux et excitants, amènent le même résultat que la chaleur du lit. Ces phénomènes douloureux se rencontrent surtout dans la kéloïde spontanée (Hardy).
La kéloïde s'observe de préférence à la partie supérieure du
752 i^EOPLASIES.
corps, notamment à la région sternale, au lobule de l'oreille, à la suite de la perforation de cet organe (Lhonneur, Kaposi), aux épaules, sur les bras, etc., ce n'est qu'exceptionnellement qu'on Fa rencontrée aux membres inférieurs. Une fois arrivée à un certain degré de développement, la kéloïde peut rester stationnaire pendant longtemps ; elle a du reste une marche très-lente , n'a nulle tendance à se généraliser, et ne s'accompagne pas d'engorgement des ganglions correspondants ; elle ne se termine pas par ulcération (Hebra) , M. Hardy n'a jamais non plus rencontré de kéloïdes ulcérées spontanément.
La kéloïde n'entraîne aucun trouble de la santé générale. Seulement par son siège ou son volume elle peut occasionner la gêne de certaines fonctions.
La kéloïde spontanée débute soit par un petit èoMtou rouge, dur, proéminent, soit par une plaque saillante, rosée, d'une étendue variable (Firmin'). La forme initiale peut encore se produire sous d'autres aspects : une simple tache, une pustule, etc.
Les plaques kéloïdiennes peuvent disparaître spontanément. Alibert, Ilebra et d'autres observateurs en ont rapporté des exemples. On trouve à la place occupée par les tumeurs, un tissu blanchâtre, cicatriciel. Ce tissu de cicatrice occupe la même étendue que les tumeurs qu'il remplace, il est de niveau avec la peau adjacente, sans la moindre dépression. « Cette sorte de cicatrice, ajoute M. Firmin^, est blanche, fine, unie, régulière, ne présentant pas les irrégularités que l'on remarque habituellement sur les cicatrices ordinaires. On trouve à la surface de ces plaques les orifices des follicules pileux et des follicules sébacés dilatés ; il en résulte un aspect piqueté particulier. En effet, sur ces espèces de cicatrices, comme sur les tumeurs, on peut distinguer des poils fins et soyeux ; dans
* De la kéloïde, p. 14.
^ Loc. cit., p. 16.
KÉLOÏDE. 733
certains cas même, on a pu constater la présence de la sueur. »
Les causes de la kéloïde spontanée sont encore inconnues. D'après Alibert, le tempérament lymphatique prédisposerait à cette affection. M. Hardy a fréquemment rencontré des kéloïdes chez des personnes qui, ni par leurs antécédents, ni dans leur santé actuelle ne pouvaient être soupçonnées de scrofule. M. Bazin considère la kéloïde comme appartenant à la diathèse fibro-plastique. Rayer attribue une certaine infiuence à l'hérédité. Suivant le W Firmin, la kéloïde serait une tumeur bénigne, de nature simple, résultat d'un travail organique dont la cause première est inconnue dans son essence. La kéloïde se produit en général à l'âge adulte, elle est plus rare chez les enfants et les vieillards.
La kéloïde spontanée peut donc survenir sans cause appréciable ou à la suite de frottements, d'applications irritantes faites à la surface de la peau, notamment après des frictions stibiées, sur la surface d'un vésicatoire. Des contusions, des cautérisations ont été quelquefois suivies de saillies kéloïdiennes. Elles se produisent aussi à la suite d'une simple érosion, d'une égratignure, d'une piqïire de sangsue, etc.
La kéloïde fausse oU kéloïde cicatricielle se développe dans le tissu des cicatrices. Elle survient fréquemment à la suite des ulcérations scrofuleuses et syphilitiques, sur les cicatrices des brûlures, des vieux ulcères (Bazin), après des plaies de toute nature.
La surface des kéloïdes cicatricielles est inégale, souvent sillonnée de brides épaisses analogues à celles que l'on trouve à la suite des brûlures. Si dans la kéloïde spontanée la peau conserve ses fonctions normales, il n'en est plus de même dans la kéloïde cicatricielle où, à la place du tégument, il s'est développé un véritable tissu de cicatrice.
Elles se produisent de préférence chez les individus lymphatiques ou scrofulcux.
734 INEOPLASIES.
Quand une cicatrice doit devenir le point de départ d'une transformation kéloïdienne, on observe, dit Follin^ sur sa surface un ou plusieurs points indurés et saillants, qui parfois semblent faire partie du tégument lui-même. Ces élevures peuvent ne donner lieu à aucune gêne, ni à aucune douleur et les malades rester longtemps sans s'en apercevoir.
Ces points indurés peuvent se pédiculiser et acquérir un volume considérable. Il n'est pas rare de voir naître sur d'autres points de la cicatrice des tumeurs analogues. Dans certains cas, CCS cicatrices s'hypertrophient en masse et envoient des prolongements analogues à ceux qu'on observe dans la kéloïde spontanée.
Ces tumeurs fibro-plastiques ou kéloïdiennes peuvent s'affaisser et disparaître spontanément, mais c'est là un phénomène rare ; le plus habituellement elles ont une marche lente et progressive ; parfois elles deviennent le siège d'une ulcération dont la cicatrisation se fait ensuite difficilement.
Traitement. — Aucune médication interne n'a d'action sur la kéloïde, qu'elle soit spontanée ou cicatricielle. L'iodure de potassium, la ciguë, l'arsenic, etc. ont été essayés, mais sans aucun succès. Nous en dirons autant des résolutifs, des modificateurs locaux, tels que les pommades mercurielles,
iodurées, à la ciguë, etc Les courants continus, conseillés
par quelques auteurs, n'ont pas amené de guérison. La compression à l'aide de bandelettes de diachylon ou d'emplâtre de Vigo a donné quelques résultats. M. Hardy a été témoin de plusieurs guérisons obtenues par ce moyen ; dans bien des cas, cependant, il est resté insuffisant.
On a encore conseillé d'avoir recours à l'ablation ou à la cautérisation des tumeurs kéloïdiennes. Toutefois cette pratique doit être rejetée d'une manière générale, car il estaujour-
1 Etudes sur len végétalioiis des cicatrices et des ulcères, in Ga:iettc des hôpitaux, juin 1849.
KÉLOÏDE. 735
d'hui parfaitement démontré que si l'on enlève une kéloïde, soit par le bistouri, soit au moyen de caustiques, non-seulement elle récidive presque toujours, mais encore cette récidive se traduit, au siège primitif, par une nouvelle tumeur kéloïdiennc plus étendue et plus saillante que celle qu'on avait excisé une première fois. Ces récidives sont à peu près fatales, bien qu'il existe dans la science des cas de guérison définitive, bien constatés, soit après la cautérisation, soit après l'ablation par l'instrument tranchant.
De plus, dans ces tumeurs kéloïdiennes du lobule de l'oreille, MM. Broca, Virchow, Léon Tripier ont depuis longtemps remarqué que des kéloïdcs qui, lors d'une première extirpation, avaient offert une structure entièrement fibreuse, présentaient après récidive, à la seconde ou à la troisième extirpation, moins de tissu fibreux et plus d'éléments cellulaires; et il arrivait un moment où la tumeur était plus riche en sucs, plus vasculaire et offrait tous les caractères d'un sarcome.
Dans un cas de kéloide spontanée de la région sternale il se produisit, à la suite d'opérations multiples, nécessitées par des récidives opiniâtres, des phénomènes névropathiques à forme et à siège variés ^
Si l'on se décidait, malgré ces chances défavorables, à tenter l'opération, on pourrait employer la pâte sulfo-safranique, préconisée par Velpeau, des flèches de pâte de chlorure de zinc ou encore des badigeonnages avec la solution alcoolique dépotasse suivis d'application de savon cadiqueet d'une compression légère, d'après le procédé de M. bailler (voir le chap. précédent) .
Dumreicher ^ a réussi à faire disparaître une kéloïde de
' Verneiiil, Sur les névralgies traumatiqucs secondaires précoces, in Archives générales de médecine, 1874, t. XXIV, p. 528. *T. Fox, loc. cit., p. 351.
756 NÉOPI.ASIES.
la lèvre par l'application d'une pommade composée comme il suit :
Axonge 30 grammes.
Acétate de plomb 4 »
Alun 2 »
11 en est de même de l'excision par l'instrument tranchant. La récidive s'est presque toujours reproduite au niveau de son siège primitif, quoiqu'on avait eu soin de comprendre dans l'incision une certaine étendue de tissu sain.
Aussi doit-on réserver l'intervention chirurgicale pour les seuls cas où ces tumeurs, présentant un volume considérable, deviennent un obstacle au fonctionnement régulier d'un organe ou constituent une difformité pénible pour les malades.
Mais si la kéloïde est peu considérable, si elle n'occasionne qu'une simple gène, si elle est multiple, mal délimitée, avec de nomlircuses ramifications, il faut renoncer à toute opération. La seule chose à faire dans ces cas est d'éviter toutes les causes d'irritation locale, et en particulier les frottements. Dans ce but on pourra avoir recours, soit au collodion élastique, soit simplement à du diachylon ou à un emplâtre anodin quelconque.
Les kéloïdes sont parfois le siège de douleurs très-vives, notamment de douleurs névralgiques. On doit chercher à les calmer soit au moyen d'emplâtres opiacés ou belladonnés, ou avec des pommades contenant de l'opium, du chloroforme, de la ciguë, etc., soit à l'aide d'injections hypodermiques de morphine ou encore en soumettant le malade à l'administration interne du chloral, du bromure de potassium, etc — Dans quelques cas le docteur Kaposi a obtenu de bons effets de l'usage â l'intérieur de la liqueur de Fowler à doses progressives.
Quelquefois, malgré les médications les plus variées, on voit les douleurs persister et devenir pour les malades une
CARCINOME. 757
cause d'insomnie et amener des troubles sérieux dans la santé.
Dans ces cas on a conseillé, comme pour les cicatrices douloureuses, la section des filets nerveux correspondants. A tel égard, nous rappelons qu'il résulte des recherches de MM. Arloing et Tripier \ que les sections nerveuses incomplètes sont parfaitement inutiles. En effet, ces auteurs ont démontré que, tant qu'une branche nerveuse met en relation un point quelconque des membres, soit directement, soit indirectement avec les centres, la transmission des impressions, des douleurs, pourra toujours avoir lieu (anastomoses directes ou indirectes, fibres récurrentes, réseau nerveux cutané). On ne devra donc entreprendre la névrotomie que lorsque l'on sera certain de pouvoir couper toutes les branches reliant directement ou indirectement la région malade avec les centre's.
L'opération qui remplirait le mieux ces indications est la section complète des troncs nerveux, à la racine d'un membre par exemple, s'il s'agit de cicatrices existant sur ces parties. Cette opération est grave, elle prive les malades pendant deux «u trois mois de leur membre, — temps nécessaire à la régénération du nerf. — Cependant, il est des circonstances où pour arriver à procurer un soulagement nécessaire, on sera autorisé à faire dépareilles sections. Dans tous les cas, les sections incomplètes sont tout à fait insuffisantes.
CARCINOME
Nous n'avons à nous occuper ici que du cancer cutané. « Une affection cutanée est de nature cancéreuse, dit Michon % quand l'inspection à l'œil permet d'y reconnaître
1 Recfierches sur la sensibilité des téguments et des nerfs de la main, in Archives de physiologie normale et pathologique, publiées par MM. Brown- Scquard, Charcot et Vulpian, 1869.
'^ Du cancer cutané, p. 4.
758 NEOPLASIES.
l'existence de l'un des tissus morbides décrits coiiinic loniiant le cancer, et quand en môme temps ces aflections ont pour caractères dominants la tendance à s'étendre, à détruire, à s'ulcérer et à se reproduire après l'ablation. »
Le cancer de la peau peut se présenter sous la forme squirrlicuse ou sous la l'orme enccphaloïde, c'est presque toujours sous la première qu'on l'observe. Ce sont en général de petites nodosités arrondies, dures, dont le volume varie de celui d'un pois à celui d'une noisette. 11 peut n'y avoir qu'mie seule nodosité, ou bien il en existe plusieurs ; dans ce dernier cas, elles sont disséminées ou confluentes. Ces nodosités, mobiles sous la peau, font en général une légère saillie h l'extérieur. Au début elles sont indolentes, ensuite elles deviennent le siège de douleurs d'abord passagères, plus tard aiguës, lancinantes ; ces douleurs sont habituellement précédées d'un prurit assez inconimode (iMichon).
Après un temps plus ou moins long (souvent plusieurs années), la peau qui recouvre la petite tumeur devient adhérente, le sommet se ramollit et il se l'ait une légère ulcération qui se recouvre d'une croûte. Ce petit ulcère a une tendance invincible à s'agrandir incessamment et ne guérit jamais spontanément.
La surface de cet ulcère est sanieuse, sanguinolente ; les bords en sont durs, renversés en dehors ; la base sur laquelle il repose est épaissie, indurée. La marche de cette variété du sarcome cutané est en général lente ; [il en est de même de l'engorgement ganglionnaire concomitant qui est souvent tardif quoique à peu près constant (Bazin). La forme squirrheuse du cancer de la peau s'observe surtout dans la vieillesse.
M, Cazenave a publié, dans les Annales des maladies de la peau (t. 111, p. 45), une observation remarquable de cancer cutané général. Il existait une induration en masse du membre inférieur gauche, avec tumeurs de l'aine très-volumi-
CARCINOME. 731)
lieuses, ol'iVant une dureté comme pierreuse. Sur les autres points, notamment aux parois abdominales, il y avait un nombre considérable de tumeurs dont le volume variait de celui d'un pois à celui d'un ocul' de poule. Au niveau des points restés sains en apparence, on pouvait, en promenant légèrement le doigt sur la ])eau, sentir des points indurés. A l'autopsie, ces tumeurs présentèrent les caractères des tubercules squirrheux.
J'ai observé il y a quelques années un cas analogue qui montre aussi avec quelle étonnante multiplicité le cancer cutané peut se développer.
Il s'agissait d'un homme de cinquante ans, né d'une mère cancéreuse (cancer de la langue). Lorsqu'il vint me consulter, je constatai sur toute la surface de la peau une quantité prodigieuse de tumeurs cutanées manifestement cancéreuses. Ces tumeurs présentaient un développement très-inégal, comparables les unes à un pois, d'antres à une olive, d'autres à un œuf de poule; plusieurs groupées ensemble représentaient des masses bosselées plus volumineuses encore. A la partie inférieure du ventre, leur réunion formait comme une espèce de cuirasse dure et inégale. Leur nombre total ne s'élevait pas à moins de 150.
Le cancer cncéphaloïde de la peau est beaucoup plus rare que le précédent. Il est caractérisé par de petites tumeurs dures, arrondies, d'un volume variable. Après une durée plus ou moins longue, ces tumeurs se ramollissent et il en résulte des ulcères dont la surface est inégale, anfractueuse, recouverte de granulations fongueuses, saignant facilement et sécrétant un liquide sanio-purulent, fétide. Le cancer cncéphaloïde a une marche plus rapide que le squirrhe ; il a aussi une plus grande tendance à se généraliser.
La plupart du temps, le squirrhe de la peau est yne affec tion secondaire. Il est beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Quand il est primitif, le cancer de
740 NÉOPLASIES.
la peau se manifeste sous l'influence de causes qui nous sont aussi complètement inconnues que celles qui président au développement du cancer des autres régions. L'hérédité paraît toutefois jouer un rôle important dans sa genèse. Comme causes occasionnelles, on a noté les violences extèrieur-es, les contusions, les érosions, les plaies, etc.
Traitement. — Tous les moyens thérapeutiques internes employés jusqu'ici pour combattre le cancer sont restés impuissants : aussi ne nous arrêterons-nous pas à ènumérer tous ceux qui ont été proposés pour sa guérison. Leur seule indication nous entraînerait à passer en revue la pharmacopée presque tout entière, ce qui serait sans intérêt pour le lecteur. La seule médication interne utile, est celle des symptômes : atténuer les douleurs, relever les forces du malade, lutter, en un mot, contre l'anémie, l'affaiblissement et la cachexie cancéreuse, tel est, d'une manière générale, le rôle du praticien, le seul dans lequel il puisse se montrer réellement utile.
En dehors de cette intervention, il ne reste que deux partis à prendre : détruire la lésion ou abandonner le malade à luimême.
En présence d'un cancer cutané, la première question à se poser est donc de savoir s'il faut l'opérer? D'une manière générale on peut répondre par l'affirmative , à moins qu'il n'existe de signes des cachexie cancéreuse.
La forme encéphaloïde récidive plus facilement que le squirrhc. Toutefois il est bon de se rappeler que le cancer primitif de la peau a presque toujours une marche très-lente ; dans ces cas, et notamment chez les vieillards, il est préférable de s'abstenir de toute opération.
Bien des topiques ont été conseillés dans le but d'obtenir la résolution du cancer cutané, mais aucun n'a, croyons-nous, été suivi de succès. 11 faut donc en arriver à la cautérisation ou à l'extirpation ; la ligature n'est possible que dans les cas où la tumeur cutanée est limitée.
CARCmOME. 741
Sous le nom de cancroïde, (ï épithelioma, de cancer épithélial, etc., on a décrit « une lésion constituée par l'infiltration, dans la trame des tissus, d'éléments épithéliaux qui se rapprochent beaucoup de l'épithélium normal. Cette alTcction peut débuter sous forme de papilles , de squames ou d'une petite tumeur qui ne prend pas un accroissement considérable sans s'ulcérer, » (Heurta ux \)
Quelle que soit la forme sous laquelle se présente le cancroïde à sa période initiale, il peut rester stationnaire pendant plusieurs années ; le malade n'éprouvant aucune douleur, n'y attache même habituellement aucune importance. Toutefois cette squame légère, ce petit bouton, si ils sont irrités, grattés, deviennent le siège d'une hyperémie plus ou moins vive. 11 se produit alors des gerçures, des crevasses, d'où s'écoule un liquide séro-sanguinolent , qui se convertit en croûte dure, épaisse, jaune brunâtre, parfois même noire par l'adjonction d'un peu de sang. Le malade y porte fréquemment les mains, et sous l'influence de grattages réitérés ou d'applications irritantes, la petite tumeur s'excorie et s'ulcère {ulcère dit chancreux par quelques auteurs ou mieux cancroïdien).
Cet ulcère envahit les tissus sous-jacents en même temps qu'il s'étend en surface. Les bords sont durs, choncroïdes , taillés à pic, un peu élevés ; quand la surface de l'ulcère est nettoyée, elle présente une apparence veloutée due à de très- , petits bourgeons charnus papillomateux, n'ayant aucune tendance à la cicatrisation et saignant facilement sous l'influence d'irritations accidentelles. La base est très -dure, excavée au sommet, cratériforme, mobile sur les tissus sous-jacents, ne devenant adhérente que par les progrès du mal. Peu douloureux, au début, ces ulcères le deviennent davantage à mesure que la destruction fait; des progrès. Au bout d'un certain temps, presque toujours tardivement, les ganglions corres-
1 Du cancroidc en général.
742 ^'ÉOPLASIES.
pondants s'engorgent et deviennent très-durs, tout en restant mobiles du moins pendant la première période.
Enfin il faut noter que le cancroïde se généralise très-rarement.
Le tégument qui environne les bords de l'ulcère est hypcrémié, aminci. Les douleurs ne sont pas très-vives au début, souvent ce n'est qu'un prurit au voisinage de l'ulcère ; d'autres fois les douleurs sont aiguës, lancinantes.
Le cancer épithélial a une marcbc très-lente et ce n'est que lorsqu'il a été enflammé par des applications irritantes qu'on lui voit prendre un développement rapide ; c'est pour cette raison qu'on le désignait autrefois sous le nom expressif de noli me tangere. Cette dénomination doit surtout s'appliquer à l'affection décrite par M. Cazenave sous le nom û'acné partielle. Elle est constituée par une inflammation de mauvaise nature, maligne, ayant envahi un follicule sébacé déjà malade. Il en sera question au chapitre de l'acné.
Étiologie. — Le cancroïde s'observe surtout à la face et dans cette région les parties les plus fréquemment atteintes sont les lèvres. Sur 190 cancroïdes de la face, M. Heurtaux a trouvé : lèvres 85, paupières 19, nez '22, joues 29. C'est presque toujours la lèvre inférieure qui est envahie, il en est de même pour la paupière inférieure, sans que l'on puisse expliquer ces singulières préférences.
La transformation du lupus en cancroïde est aujourd'hui un fait parfaitement admis, il en existe dans la science un certain nombre d'observations.
Traitement. — Le cancroïde survenant fréquemment chez des personnes âgées, et d'autre part la marche de la maladie étant souvent très-lente, sans influence bien appréciable sur la santé, il sera préférable, dans ces cas, de ne pas intervenir d'une façon active, c'est-à-dire de retarder toute opération chirurgicale. Mais la recommandation la plus essentielle, celle sur laquelle nous ne saurions trop insister, c'est d'éviter de
CARCINOME. . 745
faire sur la plaie cancroïdale des applications irritantes, des ■cautérisations avec le nitrate d'argent ou d'autres cathérétiques. C'est là une pratique que l'on doit rejeter complètement ; elle n'a pns d'autre résultat que d'enflammer la plaie, •d'augmenter son étendue et de transformer cette plaie qui aurait pu rester stationnaire pendant de longues années en un ulcère à marche envahissante et destructive.
Mais si l'affection montre de la tendance à s'accroître, il faut opérer sans hésiter, lors même que le malade aurait déjà atteint un à qc avancé.
D'une manière généi^ale il est toujours préférable de détruire un cancroïde dès le début, une l'ois que la nature maligne de la lésion est bien démontrée. Il faut alors opérer de bonne heure et détruire d'un seul coup tous les tissus malades.
« Ce sont, dit M. Ileurtaux ^ les deux conditions les plus favorables pour obtenir une guérison définitive. Que l'on se serve du bistouri, des caustiques ou de l'écraseur, il faut d'abord explorer avec le plus grand soin les environs de la tumeur, pour reconnaître les parties qui commencent à s'altérer et alors môme qu'on' a déterminé ces limites apparentes, on doit porter la destruction bien au delà. »
Dans un Mémoire présenté à l'Académie de médecine, M. le D'' Bergeron ^ concluait que des cancroïdes dont les caractè- .rcs cliniques comme les carartères histologiques avaient été bien constatés, ont été guéris par le chlorate de potasse dans un temps qui n'a jamais été moindre que deux mois, et qui a été souvent de quatre et cinq mois; que les succès ont été .obtenus principalement par les applications topiques de ce sel d'une manière continue et à doses assez hautes; que si, chez les animaux, on a pu obtenir des guérisons par linges-
' I,nc. cil., p. 155.
- Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. XVJ. ]>. 587 et suiv., art. (1/ilorates, par le J)'' Is:imbert.
TU JNKOl'I.ASIKS.
hitii iiilrnif seule, il s'.if^il de eimeioide des lè\ r'cs, où le sel sé- CiélV- |»;ir l;i siilive il élV' en ediilMcl, avee les sinTaces malades ; (lu'iiii seid cas de j^néiisoii, iiir(Mii|dèl,e (railleurs, d'un eaiier()ïd(! sié^oaid. sur la peau, a |iu elle adiiluié à l'aelion dit (•lilorale, ddiiiié seiileiiieiil à riiitV'iieiir, (>|, (juc ce uiode tiruiédiealioii indauierail en loiil cas uti leuips l)eaiieuii|) plus loii^ (|ue les a|i|dieali(iiis |()|)i(|ues.
Mais si l'itii éliidie avee soin Ions les cas de eaneroide liail(''s par I»' cliltiiale d<' polasse (|iii oui vU\ puhlii's, on leiuanpie (|iie la niiérisoM a ('IV' liés rareiiK'iil, oldiMiiu; (riiiie iiiaiiièii^ eoiiiplèle; presipie loiijouis c'esl nue ainéliotal.ion noialde, inipurlanle, iirrsijiic Iti ijiirnsdii (pu esl iioh'e. Mu second li(!U, les malades iront pas élé suivis assez loiif^lemps, saiii dans un cas rappoi'lé par i\l. iter^eron.
Tous les canci'oides f^in'iis ('laieiil. des cancroides de \:\ j()U(\ lésion où ils soni, moins rehelles (pi aii\ lèvres.
l'aiiin il (^sl, lion (l(^ iaiie reiiiar(pier (pie clie/ les individus (1(111 à;^(' (iTS-avniic('' il y a des hiiiienis (''pilJi(''liales (pii ont du cancidide rapparence, sans en a\on- la ^ravili'. Il suj'lil S()iiV(Mil (l(^ rapplical.ioii de corps ;^ras ou de ;^lyc(''!iiie pour les l'aire dispara lire inom(>iilaii(''iiienl, cl ils ne prennenl, aucun caracicre malin laiil qu'on ne les excilc pas par le i^ralla^c ou par des tophpics irrii mis. Kl, c'esl, pr(!cis(!iii(Mi(. sur des suj(!ls d'un à^e lr("'s-avaii(('' (pie les applicalioiis de cliloralc (l(î polasse, [taraisseiil, avoir eu leurs r(''sultal,s les plus salislaisaiils.
Il semlile donc i('-sull(!r d(^s l'ails piildi('>s (pie Ton ne saiirail allrihner au cliloralc de polasse une aclioii sp(''cial(> dans le Irailemeiil du cancroïde. « S il desinrecle les planés, ajoiile M. Isamlicrl, ce n'est imllemeiil comme composi* clilore, mais seulemenl coninie iiiodili( aleiir de la plaie, ainsi (|U(; le reiaienl les styp(,i(|iies ou les causiKpies, c'esl à (lire en (^xcilaiit les propiK'U's vitales des tissus et r('';^iilarisaiit le lra\ail de la cicatrisation. »
MKIAiNOSK. 74ri
M<'iii(' lliiiilc ;i ce Idic, le «lilor.ilc de |Mt|;i.ssc jinil cricoïc iciulrc! (le rrcls services, vX, i\ moins de coiiliM^-iiKliciilioiis, ou devra rt'iM|doy»'i' de pfélÏTciico ;iiix aiilics (()|ii(|ii('S, jits<ni'à Ci' (jiie l'on soil an ivc à Iticii claldii' (|ii('ls son!, les cas dans lcs(|iicls on |ionira cspcirr de son ndcivcnlion des nVsnlIals conipicis.
I,c cldoialc (\r jiolassc se diss(dvaid à (((od nnenx dans la ;^lyc('>i'ine (|ne dans l'ean, on ponna ein|doyei' ce |ii'etni(^i' solid<' si l'on désnc avoir leconis ;"i une solnlioii concenl,ié(^ (j4lYC(''iin(% 10(1 ^rannncs ; cidor.ile de |»olass<', I (I j^raonnes, on Inen alors S(! servir d'une solnlion cliaiide à 7(0 on 10", (|iii |»eriiie(, de dissoudre If) |i. 100 de ce S(d). Mil ;^('iieral on doil ;ivoil° l'cconis à des a|)|)lic;ilioiis lo|in|nes iailcs avec des |diiinassean\ de cliai'|ne, inainlcnns cinislaiinnenl. en con lacl, avec les [laiiies iiial;ides.
MÉLANOSE
Sons les noms de iiK'/tiiiosc cuhiiirc, de ciiiiccr i)i(/iiiciil(ilrt\ de idrciiic luchiiK'c \^S\\\){\\[.), on di'isi^^in^ des (iimenrs (|ni se |iresenl(nl, coiinne des iiodosilés diii(;s dans le derme on dans le lissn ctdinlaire sons ciilane, on comme de |M'ltl,(!H |da(|nes saillanl.es, (|iii deviennenl. de plus (>n pins pi'oémineiih's cl. m; lardenl. jias à monirei' par Iransparenci; mie cou ■ leur lirniie ou sepia. I)ans le voisiiiai;(; de la liimem', primili \eiiieiil, mii(|ne, il s'(^n d('tV(doppe rapidemenl di^ S(;nd)lal)l().S is(d<'es ^ Il ^ron|ie(!S les mies |n'ès des antres, (^1, mi roiinanl (pinne senl(! iiia<s(; à iiK^snrc ([ite leur voinme. aiigmenle (Coniil ci, TrasiioM).
' De In vit^lanosr, p. ôdl.
DiiiiH l(^ ri'iii;iri|Miilili' iin'iiiniri' ilc l\i:\|. Coiiiil l'I Tnmliol, Mir lu iiii''liiiiii:i(', nu liiiiivr lu ri'iiilidii (riiii l'iiil l'cciii'illi il.iiiM II' service il(! M. Liiilli'i', (hiiiii li'i|iirl l'i'Mliili'll llli(',r()Nl'(i|>ii|ili'. lie li'Vi'lii , (liiiirt IcH llIlIlCIirH llll'!lnilii|ll('i , lu |II('Mciici'
(l'iiiicuii ()li'iii(!iil, i:iiiit;i!i('iix. (i'cHl. In un l'iiil. niiii|iiit tlo iii('^lniioMn i-.iiii|il(' i^i'iii'ini- IIhiu'. IIiiih cv i'iih, iiiiiHi (|iic, (liiMH loiiK ceux (le cniiciM' iii(''lMnii|U(), lu ^('ll(n'llliHllliiiii lui li'rK i';i|ii(li' ri lu iiinl.iilii' i-iil. uni'. iHSin' Inliili'.
710 Î^ÉOPLASIES.
Ces polilos IniiKnii's s'ohsiM'viMit (oui d'ahoid sur i;i |K';iu (les oxlrôiuilôs siipôiicnrcs on iiirriiciucs, à la l'ace, ;m\ grandes lèvres elicz la reimue. An déliul, ee sont des ^raiiulalidiis de la lirosseurd'im i^raiii de |)l(>nd», d'un pois on duin" noiselle; la l'énnion de pinsienis d(> ees nodnies loinie des Innienis liosselées pins on moins volnminenses. (îes nodosités ont nne edloration bleu noirâtre, artloisée on noire; lem' consistance est d'nne dureté élasti(]ue, lénitente.
('es lunuMn's isolées on coidlncntes s'nlcèrent ass(>/, rapidenuMit (en i^énéial après wwc dniée de (jntdipies mois). (]es ulcères ont nue l'orme iri'é^nlière, \c\w snrl'aee est i^i'annleuse, noirâtre, eonlcnant iiarl'ois une Itouillii- analogue à la pulpe du cassis.
Les sarcomes uiélani(pies de la peau peuvent d(''l>nt('r sur nu ntevus congénital coloré en noir on sur une simple verrue.
La mélauose a une grande tendance à S(^ généraliser; aussi après un temps ndativement eom1, voit-on les ganglions lymphatiques d(>s régions (pii corrcs|ioii(lcnt au\ Inmeurs mélauiques devenir le siège d'un engorgement [)lus ou moins considérable. C'est là la piemière période de rinleclicn ; la uu'diuu)se tenil ensuite à se généraliser dans tous les lissns et (»i'gan(*s. Cette généralisation a lieu parfois avec nne eirciyaidc rapidité. Le malade s'alTaiblit aloi's ra|)i(lemenl, lond)e dans le mai'asme, et la mort arrive en général dans nu temps assez «•oiu't avec tous les symptonu's de la cachexie cancéi'cnse.
Trailcmciil . — Le traitement de la nK'danose est à peu près nul.
l/cxtirpalion d'ime Inmeur mélani(pie, ménu> à son d(''l»nl, n(; parait pas, du moins dans les observations pnbli(''es jns- «pTà présent, avoir emayé la marche nltéiieure de la maladie, sa j)i(>|iagation aux ganglions lymphati(pies (>t aux orgaru's.