III. — EAUX ALCALINES
Les eaux bicarbonatées sadiques, minéralisées par le bicarbonate de soude , avec un excès d'acide carbonique en dissolution, et les eaux bicarbonatées calciques et magnésiennes, contribuent à la médication alcaline. Avec les carbonates, ces eaux renferment souvent des chlorures, des sulfates, des sels métalliques, etc. Très-peu d'entre elles sont thermales. Leur action physiologique, principalement si le bicarbonate de soude prédomine dans leur composition, tend à les indiquer comme des modificateurs de la nutrition , qu'elle modère, quand elle ne la stimule pas. La présence du gaz acide carbonique dans ces eaux ne peut que développer les propriétés stimulantes des fonctions digestives. On leur reconnaît, entre autres applications, celle anti-diathésique de combattre la goutte et les affections qui s'en rapprochent. D'après les doctrines de M. Bazin, introduisant dans la pathologie cutanée une classe d'arthritides , manifestations de l'arthritis (cette entité morbide où se confondent la goutte et le rhumatisme), c'est aux lésions arthritiques de la peau que les eaux alcalines devront remédier.
Sans revenir sur le degré de certitude des signes objectifs qui font décider si une même affection cutanée appartient plutôt à l'arthritis qu'au principe dartreux ou à la scrofule, nous pouvons assurer du moins qu'il en est aux eaux minérales comme avec d'autres médications, et que le traitement anti-arthritique par les eaux bicarbonatées sodiques, ne sert nullement de pierre de touche dans ses applications aux dermatoses, pas plus que l'emploi des eaux sulfurées en semblable circonstance. Ce que l'expérience nous confirme, c'est
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la parfaite ciirabilité de l'eczéma, pour prendre un exemple fréquent, par les eaux à minéralisations diverses, chez un trèsgrand nombre de rhumatisants, pourvu que les conditions de période, d'acuité, etc., de l'éruption et les données individuelles du sujet, tempérament, constitution, etc., correspondent au traitement mis en usage. 11 en est absolument de même avec les eaux alcalines. Elles prêtent, à la vérité, par leur action topique sur la peau, à un mode de lixiviation dont on retire des effets très-favorables dans les formes vésicosquameuses et aussi pour les affections cutanées franchement squameuses, telles que le pityriasis, le psoriasis. Mais personne n'ignore combien il faut de ménagements dans l'appropriation des bains d'eaux bicarbonatées sodiques avec les eczémateux ou les psoriasiques ; il est de pratique, au commencement du traitement, de leur donner des baj^s mélangés d'eau douce et de les continuer suivant la susceptibilité du sujet, sous peine, avec un procédé contraire, de provoquer des exacerba lions redoutables. La thermalité doit être également graduée avec soin dans le même sens. Ce n'est pas seulement à Vichy, où se rencontre la plus haute expression de la médication alcaline, que cette manière de traiter les dermatoses a sa raison d'être ; mais on la retrouve recommandée et pratiquée dans toutes les stations à sources bicarbonatées sodiques [Roijat, Ems, Sainte- Nectaire, etc.). Cependant, il importe de savoir que Vichy, même, est remarquablement toléré par les eczémas des diabétiques, quelque douloureux et aigus qu'ils se présentent en apparence. M. Durand-Fardel, auquel nous sommes redevables de cette observation, insiste sur les précautions infinies que nécessite alors le traitement et il rattache la guérison de l'eczéma à la modification rapidement obtenue dans l'état glycosurique'.
Vraisemblablement, ce qui se passe ainsi avec le diabète se
' Diirand-Fardel, Les eaux miner, et les maladies citron., 1874, p. 170.
reproduirait en définitive dans les affections cutanées liées à la goutte, à la gravelle, à la dyspepsie, ou à des dyscrasies tributaires de la médication alcaline. Par l'usage interne de^: eaux, uni aux bains et aux douches, on a prise sur l'état constitutionnel ; on ramène les fonctions d'assimilation à des conditions normales, et les manifestations du côté du tégument externe rétrocèdent d'autant mieux dans cet accord curatif.
Conformément aux données précédentes, Vichy et Vais sont trop minéralisées pour réclamer les maladies de la peau sur une grande échelle. A Royal, les cures et les améliorations signalées ont surtout en vue ïeczéina, Vacné, le prurigo, le lichen, \e pityriasis, et aussi rarement ]e psoriasis qu'auprès des eaux sulfurées. C'est à peu de chose près la même série d'affections qu'on traite avantageusement à Enis, avec ce correctif qu'il s'agit en général de dermatoses peu profondes, et où prédominent les diathèses goutteuse et rhumatismale. Nous en dirons de même, et relativement à leurs spécialisations, des eaux de Contrexeville et ViUel, ou encore de celles d'Évian, Capvern, Fougues , parmi lesquelles les formes névropathiques trouvent des agents de sédation.