RHUMATISME
termes, peut-on prouver qu'elle dérive de la blennorrhagie uréthrale ?
Oui, certes, et par un ensemble imposant de faits généraux établis, non-seulement sur des cas cliniques très-nombreux et tous consonnants, mais encore, chose rare, sur l'accord unanime de tous les observateurs. Ainsi :
Quelques individus, sans antécédents rhumatismaux, soit héréditaires, soit personnels, n'ont de rhumatismes que lorsqu'ils contractent une blennorrhagie ; et ils ont de nouveaux accidents rhumatismaux à chaque nouvelle blennorrhagie qu'ils contractent ; et les arthrites, les iritis, etc., qu'ils ont alors, apparaissent sans qu'on puisse les expliquer par une cause ordinaire, par un refroidissement.
Par contre, chez les sujets rhumatisants de naissance, le rhumatisme ordinaire ne se déclare pas plus fréquemment pendant qu'ils ont une blennorrhagie que "pendant qu'ils n'en ont point. J'ai même vu un homme qui n'avait cessé d'avoir des accès de ce rhumatisme-là que depuis quatre ans qu'il était affecté de blennorrhaoie.
Les sujets qui ont eu un rhumatisme blennorrhagique, — et qui en auront à coup sûr un second s'ils viennent à reprendre une deuxième blennorrhagie, — peuvent, dans l'intervalle, affronter toutes les circonstances qui réveillent le rhumatisme vulgaire, sans qu'ils en ressentent l'atteinte.
Le rhumatisme, dans la blennorrhagie, coïncide issez souvent avec la cystite, la prostatite, l'épididyniite.
Il détermine, dans la plupart des cas, une diminution de l'écoulement uréthral.
Il s'exaspère, semble renaître, durant le cours de la même blennorrhagie, aussitôt que celle-ci vient accidentellement à reprendre plus d'intensité.
Enfin il est incomparablement pjiis fi:équent chez l'homme^ " que chez la femme, celle-ci étant beaucoup moins souvent affectée de blennorrhagie uréthrale.
Déjà la cystite et l'épididymite nous avaient offert quelques exemples de gens spécialement prédestinés à subir ces lésions lorsqu'ils contractent une blennorrhagie. Mais, quant au rhumatisme, l'aptitude de certains sujets à être frappés de rhumatisme à chaque blennorrhagie n'est plus, comme pour les complications précédentes, une particularité intéressante à noter mais sujette à faire défaut ; c'est une loi.
L'histoire clinique de cette blennopathie confirme donc péremptoirement ce grand fait, savoir.: qu'il existe, chez quelques sujets, une disposition à l'extension, sinon à la diffusion de l'alfection blennorrhagique. Le plan de ce livre m'interdit d'aller au delà de cet énoncé, de scruter la nature et les causes de cette disposition. Je ne ferai à son sujet qu'une remarque : c'est que toutes les blennorrliagies se ressemblent, mais que tous les individus ne se ressemblent pas. Par conséquent, la disposition dont je parle, — disposition rare, exceptionnelle, ne l'oublions point, — n'est pas créée par la blennorrhagie ; elle n'est que mise en jeu par elle : mais elle préexistait chez l'individu.
A la considérer isolément, une articulation atteinte de rhumatisme blennorrhagique ne diffère pas beaucoup ^d'une articulation atteinte de rhumatisme vulgaire ; elle n'en diffère, durant l'état aigu, que par l'intensité moindre du processus phlegmasiquc, et par la concentration de ce processus sur la synoviale. Mais, quant à la terminaison, il existe des différences importantes dont je ne saurais mieux donner une idée qu'en reproduisant le paragraphe dans lequel, mon trèsaffectionné neveu, le docteur Emile Diday, les a résumées (voir son excellente thèse inaugurale) ^ : « A moins d'une grande rapidité d'évolution et d'une résolution complète des produits inflammatoires exsudés à la surface des membranes,
* Quelques considérations sur la nature du rhumatisme blennorrhagique. Paris, 1873.