‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 7 sur 58 · RHUMATISME · texte numérisé non relu

RHUMATISME

l'articulation affectée reste toujours plus ou moins compromise, depuis la simple raideur qui cède à un traitement local jusqu'à l'ankylose complète. Ce rhumatisme est donc une affection déformante ; car elle amène toujours, pourvu que sa durée ait été suffisante, une lésion dans la foraie ou les fonctions de la jointure affectée, lésion qu'on n'observe jamais dans le rhumatisme aigu (p. 53). »

Ces paroles sont, pour le praticien, un avertissement qu'il ne doit point négliger. L'arthrite blennorrhagique se prése'nte comme une inflammation comparativement légère ; et, cependant, elle a, sous le rapport de la motilité, des suites comparativement graves. Se laisser rassurer, se laisser désarmer par la bénignité apparente de l'affection serait donc une faute sérieuse.

Traitement. — Aussi recommandai-je d'insister, au début, sur les émissions sanguines locales. Je ne veux point, notonsle, qu'on les multiplie systématiquement ; je demande seiilement qu'on ne les omette pas, comme c'est assez l'usage, aujourd'hui que la mode est surtout aux révulsifs. Le tour de ceux-ci ne tardera pas à venir. Mais, au début, pour peu que la fluxion soit prononcée et si elle affecte une des jointures où elle a de la tendance à s'enraciner (le genou) rien ne vaut une application de huit ou dix sangsues, secondée par le repos au lit, et des cataplasmes de farine de lin, que, dans ce cas, il faut envelopper de coton et de taffetas ciré, et renouveler toutes les heures, afin que leur contact ne devienne pas l'occasion d'un refroidissement. Le lendemain ou le surlendemain, on met un large vésicatoire volant. (Si c'est sur le genou, j'avertis de ne pas exempter de l'action du révulsif — comme on le fait habituellement — la rotule dont la doublure synoviale en a tout autant besoin que les autres parties de cette membrane).

L'immobilisation de la jointure, d'abord dans une gouttière, ensuite et plus exactement par un bandage ouato-silicaté a,

ici, les mêmes indications et la même valem^ que dans le traitement des autres affections articulaires. Mais, auparavant, et pour triompher de l'état subaigu, on a dû employer soit un nouveau vésicatoire, soit le badigeonnage avec la teinture d'iode ; une friction de quarante à cinquante secondes avec le crayon de nitrate d'argent fondu (bon moyen d'agir plus directement sur les endroits qui restent douloureux) ;. une compression méthodique par l'application de trois couches de cotlodion riciné, ou par les bandelettes de diachylon ou de sparadrap de Vigo. Même, à cette période, je réclame encore une place pour les saignées locales; je me rappellerai toujours un malade qu'aucun moyen local n'avait pu soulager d'une arthrite blennorrhagique métacarpienne, et qui fut guéri, à ma barbe — je ne l'avais pas alors bien longue — par une application de ventouses scarifiées, que lui fit, sans ordonnance, un artiste spécial.

Les médications générales préconisées contre le rhumatisme articulaire aigu commun n'ont que peu d'efficacité contre cette espèce. J'en excepte le tartre stibié à dose Rasorienne, qui est d'un précieux secours pour faire résorber les épanchements articulaires rebelles.

Il faut laisser l'écoulement sans s'en occuper et ne l'attaquer que lorsqu'on en a entièrement fini avec l'état articulaire aigu et subaigu.

Les bains de vapeur, les douches d'eaux minérales avec massage, les bains locaux dans l'eau de tripes, l'immersion dans le raisin en fermentation conviennent à l'état chronique, ainsi que les mouvements méthodiquement imprimés, et les moyens chirurgicaux dirigés, s'il y a lieu, contre l'ankylose, moyens dont je n'ai pas à m'occuper.

Iritis. — On désigne, à tort, sous ce nom, les lésions qui, nées sous la même influence que celle qui produit l'arthrite blennorrhagique, affectent les membranes profondes de l'œil. Viritis coïncide assez fréquemment, durant la blennorrhagie,

BAL.OO-POSTHITE. lU

avec les fluxions articulaires. M. RoUet évalue cette fréquence à un sixième des cas. L'iritis est quelquefois double ; le plus souvent, elle n'apparaît qu'après l'arthrite. L'inflammation intense donne lieu à un épanchement plastique considérable qui occupe la chambre antérieure et le .champ pupillaire. Quand une conjonctivite coexiste alors, elle n'est jamais que catarrhale et non purulente.

Le traitement est celui de l'iritis ordinaire : sangsues aux tempes, purgatifs, vésicatoires à la nuque, onctions belladonées, calomel à doses réfractées.

Je mentionne ici, mais je ne fais que mentionner, la bronchite blennorrhagique, dont les docteurs Dendy et Headland ont rapporté des exemples. Les détails de leurs observations et le ton très-modérément affirmatif des auteurs permettent de croire qu'entre l'affection bronchique et l'affection uréthrale, il y a eu un rapport de coïncidence, peut-être d'influence révulsive, plutôt que de causalité.

De cette notion, ou plutôt de cette possibilité, on ne peut, d'ailleurs, tirer d'autre indication pratique que celle, soit de ramener l'écoulement uréthral, soit d'administrer le copahu, dans les cas de bronchite rebelle qui aurait été précédée d'une chaudepisse ou coexisterait avec elle.

Balano-Posthite.

Je prie qu'on remarque ce titre. Placé dans un traité de thérapeutique spéciale, il exprime une pensée que je tiens à énoncer franchement. J'ai observé et je vais décrire l'inflammation du gland et du prépuce ; il y en a beaucoup et de diverses espèces. Ces espèces, tous les auteurs les reconnaissent, et ils admettent bien que plusieurs d'entre elles n'ont i ien de vénérien. Quant à moi, je vais plus loin, et ne crois pas, — n'en ayant jamais vue, — à la hlennorrhagie balanopréputiale.

112 BLENÎS'ORRHAGIE.

Je fais, sur ce point, appel aux souvenirs des praticiens, et je leur demande :

Ne parait-il pas évident que, si la blennorrhagie pouvait naître sur le gland et sur le prépuce, elle y serait pour le moins aussi fréquente qu'à l'urèthre, puisque ces parties qui, dans l'acte contaminant, se présentent les premières à l'assaut, restent en réalité le plus longtemps baignées par le liquide contagieux, enfin se trouvent, par le fait du frottement prolongé et de l'orgasme vénérien, dans les conditions les pkis propres à assurer la pénétration de ce liquide?... N'oublions pas que, chez tous les sujets phimosiques affectés de blennorrhagie, le gland est non-seulement touché, mais quelquefois demeure, et pendant plusieurs semaines, immergé dans le pus contagieux que sécrète leur urèthre.

Eh bien ! avez-vous observé , sur leur gland ou leur prépuce, de ces inflammations, venant deux ou trois jours après le coït, sécrétantes, douloureuses, comme la blennorrhagie uréthrale, durant toujours, comme elle, plus de trente jours, quelquefois deux et trois mois?... — Non, assurément.

Et quand une blennorrhagie uréthrale se développe, la voit-on jamais être précédée d'une inflammation quelconque du gland, comme cela serait cependant si naturel, la partie la première exposée devant être la première atteinte? — Non, encore.

— « Mais, dira-t-on, si la blennoiThagie est plus rare au prépuce et au gland qu'à l'urèthre, c'est que ces parties sont protégées par un épithélium épais et résistant. » — Fort bien ; mais alors, pourquoi le pus des chancres et des chancrelles s'y inocule-t-il si aisément, et sans qu'elles fussent préalablement excoriées ? Et pourquoi chez les sujets, fort nombreux, dont l'épithélium balanique est mince, ténu, fragile à se gercer au moindre attouchement; pourquoi, chez ces sujets-là, lorsqu'il se déclare une blennorrhagie uréthrale, ne se déclare-

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t-il pas, à fortiori, — ah anteriori, devrais-je dire, — une blennorrhagie balanique ?

Si quelqu'un admet la blennorrhagie du gland et du prépuce, je le mets au défi de me dire par quels caractères, cliniques ou autres, il distinguera ce qu'il appelle balanite blennorrhagique d'avec une balanite simple. — Je voudrais également savoir pourquoi le copaliu n'a aucune, absolument aucune influence sur cette soi-disant blennorrhagie, dans le cas de phimosis, où l'urine passe et séjourne cependant sur la muqueuse qui est le siège de l'inflammation, comme elle passe et séjourne sur la muqueuse de l'urèthre ?

Je demande encore quelle est, parmi toutes les blennorrhagies de l'urèthre, du vagin, de la conjonctive, celle qui guérit régulièrement en quelques jours, par la simple application de charpie sèche ou imbibée d'un liquide astringent, ainsi que nous le voyons pour la plupart des balanites, et justement pour celles dont le caractère inflammatoire autoriserait le plus à les rapprocher des blennorrhagies ?

Je demande, enfin, pourquoi, si la balanite est quelquefois une blennorrhagie, elle n'engendre jamais, par le coït, de blennorrhaçrie vaginale ?

Et je conclus, malgré les conséquences opposées qu'on pourrait vouloir tirer de l'interprétation défectueuse de l'une des expériences de B. Bell, je conclus que les anciens n'étaient pas si mal inspirés quand ils appelèrent l'inflammation du gland chaiidepisse bâtarde, fausse gonorrhe'e !

Cette maladie a deux genres distincts : elle est de cause accidentelle, et alors légère et peu durable; ou elle est plus grave et plus prolongée ; mais, dans ce second cas, c'est parce qu'elle est symptomatique d'une autre affection. Expliquons ceci :

A la suite d'excès de coït ou de masturbation, ou de coït avec une femme leucorrhéique ou ménorrhéique, ou simplement

iU BLENNORRHAGIE.

par malpropreté (cause portée parfois à un degré inimaginable), on observe, surtout quand l'organisme est disposé aux inflammations par la fatigue et les excès de boisson, une rougeur plus ou moins vive de la muqueuse balano-préputiale avec gonflement, sécrétion purulente, abrasion de l'épithélium (simulant des chancres, pour des yeux effrayés) : à un degré plus avancé, inflammation du tissu conjonctif sous-préputial, d'où impossibilité, pour le feuillet muqueux de ce repli, de glisser sur le feuillet cutané, d'où phimosis.

Cet état est essentiellement temporaire. Faites tout d'abord cesser la cause, et prescrivez en outre :

N" 26. — « Trois fois par jour, après avoir complètement décaloté S appliquer tout autour du gland et de la base du gland, de la charpie mouillée de

Eau distillée 30 grammes.

Nitrate d'argent 5 décigrammes.

« Puis recaloter, en évitant, dans ce mouvement, de ramener en avant la charpie, dont une partie doit rester dans le sillon situé en arrière du gland. »

Grâce à cette interposition de la charpie entre les deux surfaces (sur lesquelles elle reste à demeure durant l'intervalle entre les pansements), la guérison s'obtient en quatre ou cinq jours. Les deux premières applications sont seules un peu douloureuses.

S'il y a phimosis, ou seulemenl tendance au ])himosis, ne cherchez pas à le vaincre pour pouvoir faire le pansement direct. D'abord, ce pansement peut tout aussi bien être porté sur les surfaces malades par voie d'injections faites, trois fois par jour, avec le liquide ci-dessus-. Puis, en vous obstinant à

* Le jeune praticien doit être prévenu de la difficulté, parfois très-grande, qu'on éprouve pour mettre à découvert la totalité des replis du prépuce enflammé. Il faut l'avoir explorée soi-même pour se figurer la profondeur, chez certains sujets, de Y arrière-boutique balano-préputiale.

- Je tracerai les règles de ces injections plus loin, en décrivant le traitement de la chancrelle.

BALANO-POSTHITE. 115

vouloir décaloter de vive force, vous produiriez des éraillures, nouveaux centres d'inflammation, devenant, par conséquent, un nouvel obstacle au glissement du prépuce ; de telle sorte que, pour avoir obtenu, aujourd'hui, une fois, en passant, le décalotement, vous retardez de plusieurs semaines le moment où il redeviendra définitivement facile comme à l'état normal. — Ce précepte ne saurait être trop répété, cette sage temporisation trop recommandée : c'est la base du traitement de tous les phimosis accidentels.

J'ai dit qu'il existe d'autres balanites plus durables, et j'ai dit que, alors, elles sont symptomatiques. Mais elles peuvent l'être soit d'une lésion locale, soit d'un état général.

Parmi les premières, on peut compter les diverses lésions vénériennes ; mais il faut remarquer une chose bizarre : c'est que celles qui sont saillantes provoquent et entretiennent à leur pourtour une inflammation plus intense et plus prolongée que celles qui sont ulcéreuses. Chez les individus qui portent le gland couvert, les plaques muqueuses stratifiées, et surtout les végétations confluentes, s'accompagnent à peu près constamment de balano-posthite. Il suffit, dans ces cas, de guérir la lésion génératrice, pour voir disparaître sa conséquence, la balano-posthite. Cela suffit... mais cela est nécessaire.

Quant aux causes diathésiques, je ne noterai que pom" mémoire l'érythèmc syphilitique du gland et du prépuce, l'herpès préputialis récidivant (dont il sera question plus loin) . Ce ■ sont là des affections qui ne font que simuler la balanite.

Mais il est un autre érythème, de nature dartreuse, qui s'observe au delà de cinquante ans, chez les sujets atteints d'eczéma aux bourses ou à l'anus. Une fois établi, il a des exacerbations et des rémissions, mais ne cesse jamais entièrement. La muqueuse est rouge, amincie, luisante, et surtout sujette à se couper par suite du frottement (accident qui désole particulièrement les malades).

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Avant d'instituer le traitement de cet état, il faut connaître, mais il faut surtout s'avouer les limites de l'art. Vous pourrez aisément triomplier des exacerbations par la prescription cidessus (n° '26), ou mieux par l'usage de cold-cream, de cérat frais; mais le succès ne sera que partiel et surtout essentiellement temporaire. — Vous pouvez aussi, lors des rémissions, travailler à rendre la muqueuse moins irritable, par des onctions avec la glycérine au tannin, l'application à demeure de charpie imbibée d'eau blanche ou de vin aromatique, les bains locaux journaliers dans un liquide astringent ; mais vous ne restituerez ainsi qu'en partie sa structure normale au tégument. A la moindre cause d'irritation, il se gercera de nouveau.

11 n'y a, contre cet état, qu'un seul remède sérieux, capable de donner, dans la majorité des cas, une guérison complète : c'est l'emploi, à la source, et pendant un temps suffisant de celles des eaux minérales qui sont justement accréditées contre l'herpétismc.

L'œdème, qui peut accompagner la posthite, donne quelquefois à l'extrémité de la verge, surtout à sa partie inférieure la plus déclive, un volume considérable. Cette peau luisante, distendue, amincie, comme prête à éclater, effraye toujours les malades. Cet état passe de lui-même avec l'inflammation qui lui a donné naissance. On en abrégera la durée à l'aide de quelques bains locaux froids et astringents, en supprimant toute cause de compression de la verge et en la faisant maintenir dans une position élevée.

BLENNORRHAGIES CHEZ LA FEIVIIVIE

Il peut, chez la femme, survenir, par suite du coït, une inflammation dans quatre régions qui, quoique contiguës, sont nosologiquement comme anatomiquement distinctes. Aussi les auteurs comptent-ils : l°une blennorrhagie vulvaire;

2° une blennorrhagie vaginale; 5° une blennorrhagie utérine ; 4° une blennorrhagie uréthrale.

Enonçons d'abord sur l'étiologie et la conncxité de ces diverses affections quelques remarques qui pourront en éclairer la nature.

La vulve, le vagin et l'utérus sont souvent le siège d'inflammations aiguës ou chroniques, d'origine non contagieuse, et donnant lieu à une sécrétion analogue à celle que produit l'inflammation d'origine contagieuse. — Au contraire, l'urèthrc de la femme comme celui de l'homme (à part les écqulements traumatiques ou liés à la goutte, à la dentition, à la présence de vers) n'est jamais atteint d'inflammation avec sécrétion purulente que par suite de contagion. — La blennorrhagie vaginale sans blennorrhagie uréthrale est fréquente : la blennorrhagie uréthrale sans blennorrhagie vaginale est trèsrare.

2" La blennorrhagie commence le plus souvent par le vagin, et non par la vulve. — Dans beaucoup de cas, la blennorrhagie vaginale suit son cours et se termine sans être accompagnée d'inflammation de la vulve. — La blennorrhagie vaginale et la blennorrhagie uréthrale durent ordinairement, quoique régulièrement traitées, près de deux mois. Au contraire, l'inflammation de la vulve a une propension notable à guérir spontanément, elle se termine ordinairement en dix, douze ou quinze jours.

5° L'un des symptômes signalés par tous les auteurs comme caractère de ce qu'ils appellent blennorrhagie utérine, est que, bien différent de l'écoulement de la blennorrhagie vaginale, lequel est tout à iait purulent, celui qui sort du col utérin est plus muqueux, floconneux, gluant, en masses filantes.

D'où je conclus :

A. L'uréthrile, chez la femme, résulte toujours de contagion, est toujours une blennorrhagie, laquelle est produite

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soit par le contact, durant le coït, du muco-pus de la blcnnorrliagie de l'homme, soit, consécutivement, par le contact accidentel du pus de la blennorrhagie vaginale de la femme elle-même.

B. Il existe une vulvite, comme il existe une balano-posthite. La nature blennorrhagique de cette inflammation est encore à démontrer.

C. Il en est de même de la métrite du col et du corps, lesquelles coïncident quelquefois avec la blennorrhagie vaginale.

De même que, dans la blennorrhagie de l'homme, l'inflammation spécifique envahit toujours de proche en proche l'étendue entière du canal, de même la blennorrhagie vaginale ne devrait-elle pas toujours, aussi, envahir la muqueuse utérine?... Mais cela n'étant pas, et, tout au contraire, la métrite, dans la blennorrhagie féminine, existant quelquefois et non point constamment, il y a lieu de se demander si, au lieu d'être une blennorrhagie véritable, cette métrifce n'est pas, elle aussi, une inflammation commune, qui complique accidentellement la blennorrhagie vaginale comme la cystite ou la balanite compliquent quelquefois la blennorrhagie uréthrale?

Vulvite. — Telle que nous venons de la définir, la vulvite qui apparaît durant la blennorrhagie vaginale, ne diffère guère de celles qu'engendrent la malpropreté, les frottements, la masturbation, l'herpétisme chez les femmes âgées, la scrofule chez les adolescentes. Elle peut être très-aiguë : alors, sensation qui, simple chatouillement au début, et provoquant les désirs vénériens, ne tarde pas à devenir cuisson vive, puis douleur qui s'exaspère par la pression, le contact, par le passage de l'urine, en marchant, et même en s'asseyant ; gonflement des grandes et petites lè\Tes ; ces dernières s'œdématient. Un liquide purulent, acre, de mauvaise odeur, produit parles glandes mucipares, coule abondamment.

Quand il est retenu par le gonflement des bords de l'orifice externe, cette stagnation le rend plus fétide et plus irritant.

La muqueuse offre une rougeur intense avec des dépolissures, des plaques exulcérées, des érosions superficielles, parfait analogue de l'état anatomique qu'on observe dans la balanite d'une certaine intensité. A ce degré, il y a quelquefois de là fièvre et les ganglions de l'aine peuvent s'engorger. — Du reste, cette acuité n'est point une preuve de la nature blennorrhagique du mal ; car, outre qu'elle cesse très-rapidement et par l'effet de moyens qui n'ont rien de spécifique, on l'observe assez fréquemment au même degré, résultant simplement du travail de la seconde dentition, surtout chez les petites filles très-lymphatiques.

L'état subaigu, plus commun que le précédent, se caractérise par une accentuation moindre de ces divers symptômes.

Peu à peu, en déclinant, en tendant à devenir chronique, l'inflammation se concentre sur deux points savoir : 1° la partie située en dehors des petites lèvres, où il persiste pendant fort longtemps, une rougeur érythémateusc et circonscrite, qui peut causer des erreurs de diagnostic, en simulant un chancre soit au début, soit en réparation ; 2° dans les petites glandes juxtà-uréthrales, d'où il s'établit une sécrétion insidieuse, souvent méconnue.

La glande de Bartholin s'enflamme aussi, dans quelques cas, et, en général, d'un côté seulement. Après être restée pendant plusieurs jours sous forme d'un petit noyau globuleux en dehors de la petite lèvre, elle suppure le plus souvent. On sent alors, dans l'épaisseur d'une des grandes lèvres, une tumeur qui grossit de plus en plus, causant des douleurs dont la violence, le retour par crises, et l'influence sur l'état général rappellent celles de l'orchite parenchymateuse. Elle tend de préférence à s'abcéder du côté de la muqueuse. — C'est là qu'il faut la ponctionner ; ce qui met immédiatement fin

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aux souffrances. Mais }3rcsque toujours, l'ouverture ainsi pratiquée reste fîstuleuse. Soit vers l'époque menstruelle, soit par l'action de causes à' échauffement , le foyer devient le siège d'une inflammation plus vive et d'une suppuration fort inconmiode. — Pour prévenir cet inconvénient, on a conseillé de faire l'ouverture de l'abcès par une large incision : mais le moyen n'est rien moins qu'infaillible. Je préférerais planter dans le foyer, après l'avoir incisé, une flèche de Canquoin. Mais comme, à ce moment, les parties sont extrêmement sensibles, il vaudrait mieux remettre la cautérisation au lendemain, à moins qu'on ne se décide à éthériser préalablement la malade, ce qui permettrait d'inciser, puis de cautériser sans désemparer.

Vaginite. — Presque toujours le premier pris dans la blennorrhagic féminine, le vagin, en outre, est toujours ou presque toujours pris. Cliniquement donc, il n'y a guère, chez la femme, de blennorrhagie transmise par le coït, sans que le vagin y participe.

Sensation de cuisson, de brûlure, accompagnée d'une tension, d'une sorte de lourdeur dans les aines et le bassin ; écoulement d'abord glaireux, mais bientôt mucoso-purulcnt, puis purulent; surface intérieure rouge, villeuse, injectée, tels sont les symptômes de la vaginite aiguë. Le doigt introduit reconnaît un gonflement des parois et en même temps une remarquable augmentation de chaleur. La blennorrhagie du vagin a cela de commun avec la blennorrhagie uréthrale de l'homme qu'elle progresse graduellement de l'orifice externe vers le fond; que, à l'état aigu, elle s'accompagne souvent de granulations trèsdistinctes ; enfin, qu'elle a une grande tendance à persister, à se retrancher, comme on dit, dans les parties profondes du canal, surtout dans le cul de sac antérieur, où, dans les cas douteux il importe de savoir la chercher.

La vaginite passe très-souvent à l'état chronique. Dans ce

cas, il n'y a aucune différence matérielle, appréciable à nos moyens de diagnostic, entre la sécrétion de la vaginite blennorrhagique chronique et le fluide d'une leucorrhée survenue spontanément, en dehors de toute cause contagieuse.

Pour constater l'écoulement vaginal, il ne suffit pas d'entr' ouvrir l'orifice extérieur, il faut, surtout chez les jeunes femmes, introduire le doigt à quatre ou cinq centimètres de profondeur et le tenir appuyé par en haut, du côté de l'urèthre. On rend ainsi béant le vagin; et, au bout de huit ou dix secondes, on voit apparaître et couler sur sa face postérieure le pus qui, sans cette manœuvre, aurait été retenu par la juxtaposition naturelle des parois du canal.

Il n'y a que fort exceptionnellement et jamais que fort peu de réaction générale par suite de la vaginite, même aiguë.

Métrite. — Je ne comprends point, sous ce nom, comme quelques auteurs, l'inflammation de la muqueuse qui revêt l'extérieur du museau de tanche : ceci appartient à la vaginite. Mais, quelquefois, il y a inflammation de la muqueuse qui tapisse la cavité du col et même celle du corps de l'utérus. Alors on observe des douleurs de reins, surtout en marchant, de la sensibilité par la pression sur l'hypogastre, par le toucher vaginal ou rectal. Un liquide gluant sort à travers l'orifice; il y a des troubles de la menstruation.

A l'état chronique, c'est une des formes du catarrhe utérin, maladie qui, alternativement, peut ou influencer la santé générale ou être influencée par elle, être une cause d'anémie, de névropathie, ou être entretenue par ces troubles constitutionnels.

Uréthrite. — Elle peut résulter de trois modes d'inoculation, un vaginal, un pénicn, un digital, dont on me dispensera d'expliquer le mécanisme. Débutant toujours à l'état aigu, elle cause une ^uisson de plus en plus vive et de plus en plus

profonde. Pour différencier cette douleur de celle de la vulyite, demandez à la malade si elle la sent au moment même où elle lance le jet d'urine, ou seulement lorsque l'urine coule sur les parties extérieures. ,

Bientôt survient l'écoulement, analogue par sa nature et ses variations, sa couleur, sa densité à celui de la blennorrhagie chez l'homme. On le recueille en introduisant dans le vagin l'indicateur dont la pulpe, tournée en haut, est ensuite ramenée de manière à presser sur l'urhètre d'arrière en avant. 11 faut, préalablement, avoir abstergé les matières venant du vagin, matières qui, si elles séjournaient sur la vulve, pourraient être confondues avec celles qu'on exprime de l'urèthre.

Comme celle de l'homme, l'uréthrite, chez la femme, peut devenir chronique ; et alors, la douleur étant nulle, la fonction non gênée, l'écoulement, d'ailleurs, étant peu abondant vu la brièveté du canal qui le fournit, le mal passe souvent inaperçu.

Traitement. — Avant de tracer les règles particulières propres à chaque région, il convient de rappeler:

1" Que, à l'inverse des hommes, beaucoup de femmes ignorent l'existence de leur mal; — que beaucoup d'autres le dissimulent par pudeur, ou par ruse ; — que, à moins d'une surveillance continue, on n'est donc jamais sûr que le traitement sera exécuté régulièrement et assez longtemps: — conditions d'autant plus fâcheuses que quelques-unes des manœuvres médicatives nécessaires en pareil cas (introduction du spéculum, tamponnement, injections), sont, en réalité, il faut l'avouer, douloureuses, répugnantes, assujettissantes, et difficiles à exécuter en secret ;

2" Que, pour certaines de ces inflammations qui sont aiguës ou qui siègent sur des organes internes, le séjour au lit est le seul moyen de réaliser le repos des parties malades ;

5" Que le séjour des sécrétions morbides dans la cavité du

vagin est un autre élément de persistance du mal qui exige aussi des soins assidus ;

4° Enfin, quant à l'état chronique, que l'absence de douleur engendre, chez les femmes, un tel degré d'indifférence, que cette disposition, jointe à la nature particulièrement désagréable des remèdes à employer, oppose à la guérison un obstacle contre lequel le médecin doit s'armer de toute sa force, de toute sa constance de volonté.

Pour la vidvite., comme pour la balanite, maintenir l'isolement des surfaces est le principal remède ; et souvent il suffit. Mais quelquefois l'inflammation est tellement vive, le frottement, le simple contact exercés sur les. parties malades détermineraient une telle douleur qu'on est forcé d'ajourner l'application des topiques. Dans ce cas, je prescris :

N° 27. — « Grands bains, tous les jours; bains de siège, deux fois par jour, dans de la décoction de tête de pavot et guimauve.

« Etendre, avec la barbe d'une plume, un peu de cérat, do cold-cream, ou de crème.

« Si les matières sont retenues, essayer une injection d'huile d'amandes douces, tiède, faite avec une petite seringue dont on n'introduira que le bec entre les lèvres.

« Repos au lit ou garder la chambre, cataplasmes d'amidon maintenus en contact immédiat, les lèvres étant écartées, au moyen d'un bandage en T.

« Boire en abondance de l'infusion de mauve et de violette, sucrée avec le sirop d'orgeat; régime doux.

« Un ou deux lavements par jour de décoction de pariétaire miellée. »

Dès que le contact des topiques est devenu supportable, ou lorsque, — cas le plus ordinaire — il l'est dès le début du mal, le traitement peut avoir plus d'efficacité. Alors :

N° 28. — « Trois, quatre ou cinq fois par jour, selon l'abon-

dance de l'écoulement, introduire, de manière à ce qu'elle tienne en place, une mèche de charpie mouillée d'eau végétominérale.

« Mettre aussi de la charpie entre la grande lèvre et la cuisse.

« Au bout de trois jours environ, on remplacera ce liquide par le suivant :

Eau distillée 35 grammes.

Nitrate d'argent 1 »

« Ne continuer cette dernière application que pendant trois ou quatre jours. »

Avivée intentionnellement par cette médication substitutive, l'inflammation ne tarde pas à décroître dès qu'on la cesse et, avec quelques soins de propreté, l'application de poudre d'amidon ou de riz, en touchant s'il y a lieu, avec la pierr^e, quelques points où l'inflammation résisterait, comme pour la balanitc, tout, la plupart du temps, est terminé en moins de huit jours.

On a écrit que, pour guérir la vulvite, il faut d'abord guérir la vaginite, parce que la sécrétion de celle-ci, en coulant sur la vulve, y excite de l'inflammation... Ceci n'est qu'une vue de l'esprit : si le muco-pus vaginal possédait une telle propriété toutes les vaginites s'accompagneraient de vulvite, ce qui n'est pas.

Existe-t-il un moyen de faire avorter la hlennorrhagie vaginale'?... Souvent un client scrupuleux m'a dit : « Docteur, j'ai la chaudcpisse et je viens d'avoir des rapports avec ma femme. Comment m'y prendre pour la préserver? » — Malheureusement, on ne sait pas, on ne peut prévoir par quel point du vagin la hlennorrhagie commencera. Malheureusement aussi, la douleur qui s'y développe n'est assez forte pour devenir un indice que lorsque la maladie a déjà eu le temps de s'étendre de proche en proche. Enfin on ne dispose d'aucun mécanisme capable de cautériser toute la muqueuse malade, en s'insinuant

dans ses lacunes, en pénétrant dans ses follicules, comme le fait l'injection uréthrale abortive, chez l'homme. Aussi, jusqu'à présent, tout essai tenté pour enrayer la blennorrhagie vaginale, même par l'attouchement avec la pierre infernale, est-il presque certainement voué à l'insuccès.

L'inflammation une fois développée, les bains, les injections mucilagineuses et narcotiques tièdes, le repos, en sont le seul remède proposable, si elle est aiguë. On n'use plus guère des sangsues, et plus du tout de la saignée. Prescrivez des lavements émollients ; interdisez toute excitation erotique. Le copaliu, ici, est absolument impuissant.

Au déclin de l'inflammation, on ajoute à l'injection une substance astringente (acétate de plomb, alun, extrait de ratanhia), dont la dose d'abord faible, sera augmentée à mesure que l'on constatera qu'elle n'irrite pas, ou du moins, que la légère irritation momentanée et salutaire qu'elle produit, cesse au bout de cinq minutes.

Dès que la muqueuse vaginale est devenue insensible au toucher, il est temps de recourir à des moyens plus actifs pour empêcher la maladie de passer à l'état chronique. L'isolement des surfaces est le meilleur. Ainsi :

N° 29. « En se couchant, enfoncer jusqu'au fond de la partie, l'une après l'autre, cinq petites boulettes de coton liées à un fil, de dix centimètres en dix centimètres de distance, et enduites de :

Pommade de concombre 40 grammes.

Alun 4 ))

Tannin 3 »

« Les laisser toute la nuit: le matin, après les avoir ôtées (en tirant sur le fil), faire une injection avec :

Décoction d'écorce de chêne. . . . 500 grammes. Borax 15 ou 20 ffr.

« Réitérer dans la journée cette injection'. » On varie les injections astringentes, en employant les mêmes substances que pour les injections uréthrales, chez l'homme, mais à dose double.

En cas d'écoulement fétide, ajouter aux injections un peu de liqueur de Labarraque.

A un état plus avancé, c'est-à-dire entièrement indolent, il reste deux ressources : le tamponnement à l'aide du spéculum et la cautérisation.

1° Une ou deux fois par jour, après avoir introduit un spéculum cylindrique, on y pousse l'une après l'autre, de petites boulettes de charpie ou de coton, préalablement roulées dans

Poudre d'amidon 40 grammes. .

— de tan 20 »

— de sulfate d'alumine 6 »

Mêlez.

* L'injection peut être pratiquée avec une seringue, ou un irrigateur, ou un injecteur aspirateur composé de deux boules de caoutchouc. Mais pour que le liquide pénètre et séjourne convenablement, la femme doit « se coucher et maintenir le bassin élevé, de manière à ce que la partie supérieure du vagin en devienne le point le plus déclive. Dans cette position, conservée plus ou moins longtemps après l'injection, le liquide pourra séjourner dans les parties et agir comme un bain local. » (Piicord.) Il est un autre moyen plus commode de garder le liquide; mais il ne convient qu'aux personnes qui n'ont pas le vagin très-spacieux. Il consiste à se servir de la seringue en verre, usitée pour les in;ections uréthrales chez l'homme. La seringue remplie est introduite à cinq centimètres de profondeur, de manière à ce que ce ne soit pas seulement son bec, mais sa partie renflée, son corps qui pénètre dans le vagin. La femme attire alors de la main gauche les bords de l'orifice par en haut, de façon à en coiffer exactement la seringue; puis elle pousse le piston de la main droit^. Cela fait, il faut tenir la seringue dans la position où on l'a fixée, et l'y garder pendant tout le temps qu'on désire garder l'injection.

Virrigateur est préférable lorsqu'on veut laver à grande eau, ce qui suffit quelquefois, et est d'ailleurs toujours utile avant de faire les injections à garder en place. Ces injections à grande eau, à jet énergique et froides, ont, indépendamment de leur composition, une efficacité spéciale dans les écoulements dits passifs.

Enfin, il existe des appareils destinés à faire séjourner dans le vagin le liquide injecté. Le meilleur de tous es' incontestablement celui qu'avait imaginé et fait

Les premières boulettes doivent être assez petites pour pouvoir s'insinuer dans les culs de sac utéro-vaginaux. En retirant le spéculum, bien appuyer sur les boulettes avec la longue pince qui a servi à les enfoncer, afin qu'elles restent exactement en place.

Ce pansement réalise à la fois la médication isolante et la médication astringente. On le laisse six ou huit heures en place; après l'avoir retiré, on fait une injection détersive.

2° Pour cautériser, on place d'abord le spéculum ; et le col étant bien apparent, on commence par toucher son orifice, sa surface extérieure, ainsi que les culs de sac, avec le nitrate d'argent solidement emmanché dans un canon de plume. Cela fait, on retire lentement le spéculum, et, à mesure qu'il sort, on porte le nitrate sur les parties de la surface vaginale que le retrait de l'instrument met à découvert et qui viennent successivement se présenter dans son champ. Avant de terminer, pousser vivement une injection d'eau froide avec une petite seringue qu'on a chargée d'avance; on évite ainsi que les parties de nitrate d'argent restées intactes ne viennent inutilement et très-douloureusement cautériser la vulve. — La cautérisation doit être réitérée trois ou quatre fois, à six ou huit jours d'intervalle.

Est-il nécessaire d'ajouter qu'on devra tenir compte de l'état général, des complications discrasiques ou diathésiques, notamment de l'anémie, de la scrofule et de la gastralgie, causes si actives et si communes de la persistance des écoulements vaginaux, et qui, jointes à l'influence du froid humide, font si souvent dégénérer le flux blennorrhagique du vagin en cette espèce de sécrétion insidieuse, rassurante par son aspect mais dangereuse par son origine et ses propriétés contagieuses, qui, sous le nom de fleurs Manches, est l'agent principal de pro-

construire, sur les indications du docteur Borin, feu Liébert de Lyon, et qui se vend sous le nom à'injecteur Garnier. Avec cet appareil, le liquide peut être gardé aisément pendant 8 ou 10 heures, même la malade marchant

l'28 BLENNORRHAGIES

pagation de la blennorrhagie, dans toutes les classes de la société.

Ajoutons, après avoir énuméré les diverses médications en usage — et je le déclare, non pas seulement d'après ce que j'ai observé chez mes clientes, à moi, — ajoutons que l'effet de ces remèdes n'est rien moins qu'assuré ; que malgré le soin qu'on met à les appliquer, à les varier selon l'indication, trop souvent il reste une habitude de sécrétion, dont les femmes, plus lasses du traitement que de la maladie, s'accommodent en général fort volontiers, mais dont le praticien, qui en sait les conséquences, déplore la ténacité moins comme un opprobre pour la médecine, selon l'expression consacrée, que comme un danger permanent pour la santé publique. Assurément, sur ce point, la thérapeutique n'est pas faite ; mais, en attendant un progrès nécessaire, n'en employons qu'avec plus d'exactitude et de persévérance les ressources qui sont actuellement à notre disposition.

La métrite, c'est-à-dire l'inflammation de la muqueuse utérine, complique parfois la blennorrhagie vaginale. Elle nécessite, à l'état d'acuité, le repos au lit avec flexion des cuisses, des cataplasmes éraollients sur l'hypogastre, parfois une application de sangsues sur le point le plus sensible du ventre, de doux laxatifs, des quarts de lavements laudanisés ; au déclin de l'acuité, des frictions rubéfiantes sur l'abdomen avec la teinture d'iode, ou même un vésicatoire volant, des bains réitérés et prolongés. Pendant cette période, s'abstenir de toute médication par le vagin.

Plus tard, lorsqu'en touchant le col, en le poussant en haut avec le doigt, en faisant tousser la femme, on ne produit plus de douleur, il est temps d'en venir aux moyens locaux. On porte dans le col et on y laisse à demeure des petits cônes faits avec partie égale de tannin et de gomme arabique. Dans les cas rebelles, on cautérise avec le crayon de nitrate d'ar-

EXTRA-GÉJN'ITALES. l'29

•gent fondue Enfin, les bains de siège, les douches d'eau froide (dans le vagin, sur l'hypogastre et les reins), les bains de mer, les eaux sulfureuses, l'hydrothérapie ont complété plus d'une guérisondont la lenteur tenait bienplutôtà la présence de quelque dyscrasie ou de quelque diathèse qu'à quoi que ce fût de spécifique.

BLENNORRHAGIES EXTRA-GENITALES.

Quelques auteurs décrivent une blennorrhagie buccale, nasale, auriculaire, ombilicale, etc. Non-seulement je n'en ai jamais observé, mais, pendant mes six années de majorât à l'Antiquaille, voulant m'assurer de la réalité de ces assertions, j'ai bien souvent (plus de trente fois assurément), porté avec frottement dans les narines, sur la lèvre, sur les plis et à une certaine profondeur de l'anus, chez des blennorrhagicns, le bout de mon doigt chargé d'un peu de leur écoulement uréthral. Je choisissais, pour cet essai, des blcnnorrhagics aiguës, à sécrétion positivement contagieuse. Les malades, ne se doutant pas de ce que je venais de faire, ne prenaient aucune précaution pour en empêcher les suites. Eh bien ! jamais, je n'ai vu rien qui ressemble à un effet quelconque produit sur ces membranes ainsi souillées à dessein d'un pus contagieux laissé à demeure. Je ne vois donc d'indubitable, parmi ces blennorrhagies extra-génitales, que la blennorrhagie conjonctive, que je vais décrire : J'ajouterai cependant quelques mots sur les blennorrhagies anale, auriculaire et buccale.

* Les injections intra-utérines, qui ont eu un moment de faveur, sont aujourd'hui complètement abandonnées en raison des dangers qui en sont parfois la suite. Ces dangers sont l'ares, il est vrai, mais comme aucune précaution, aucun précepte n'ont pu conjurer la charice de les voir survenir, on a préféré renoncer à la médication capable d'y donner lieu : bon et jusqu'à présent stérile exemple donné par les gynécologues aux chloroformisateurs.

150 BLENNORRHAGIE CO^JONCTIVALE.

Blennorrliagie conjonclivale.

La plus grave de toutes, elle est heureusement assez rare. Je passe quelquefois une année entière sans en observer d'exemples. Il est vrai que ces cas peuvent aller, de préférence, dans les hôpitaux et les cabinets non spéciaux.

Elle résulte presque toujours du dépôt sur la conjonctive d'un peu de pus blennorrhagique fourni par le sujet luimême ; rarement du pus provenant de la blennorrhagie d'un autre sujet.

Il importe d'étudier les occasions dans lesquelles a lieu ce contact accidentel. Les signaler c'est faire de la prophylaxie ; et, ici, la prophylaxie vaut bien la peine qu'on s'en occupe. C'est la meilleure médecine ; car, malgré tous les remèdes, trop souvent un œil contaminé est un œil perdu !

a. Le premier soin du blennorrhagien, dès son lever, est de voir s'il coule et ce qu'il coule. 11 presse donc le canal et cueille du bout du doigt le pus qui sort. Mais ses paupières, collées par le sommeil, l'empêchant de bien voir, il les frotte de ce même doigt pour les décoller... Contagion.

b. Un blennorrhagien pisse contre un mur : rien de plus ordinaire. Mais le mur est poli ; mais un reste d'érection donne à l'angle d'incidence du jet une ouverture telle que sa réflexion dirige quelques gouttes vers l'orbite. Or les premières gouttes chassent devant elles du pus uréthral... Contagion. — .J'ai observé un exemple de ce mécanisme chez un jeune homme atteint de blennorrhagie, qui, deux jours avant d'être affecté de conjonctivite purulente, s'était senti l'œil frappé par de l'urine, en pissant contre le tambour en tôle d'un bateau à vapeur.

c. Même danger, pour ceux qui, secouant la verge sans précaution pour chasser au dehors le pus de l'urèthre, en lancent ainsi une goutte qui peut s'introduire entre les paupières.

d. Quelques personnes, affectées de maux d'yeux, enten-

BLEINISORRHAGIE GOUJON CTIVALE. 151

dent dire que le meilleur remède est de se laver avec sa propre m'ine. Ont-elles une blennorrhagie ? La condition principale pour le succès du remède ainsi formulé fait évidemment défaut... Contagion.

e. Ici viennent les linges, éponges, objets de toilette ou de pansement ayant servi à un blennorrhagien ; voire l'œil artificiel prêté par un blcnnophthalmique à son camarade. Ce sont là d'insidieux, mais très-communs, agents de contagion.

f. Le pus d'un œil malade peut couler par son propre poids dans l'autre œil, si le sujet, étant couché, a l'imprudence de tenir la tête appuyée sur le eôté sain. C'est donc là une chance do contagion pour tous les malades, pour les camards surtout, a-t-on dit.

g. En traversant un vagin tapissé de pus contagieux, le nouveau-né y peut prendre le germe d'une véritable ophthalmie blennorrhagique, maladie analogue sous quelques rapports, mais bien supérieure en gravité à la blennophthalmie catarrhale si fréquente à cet âge, que l'on confond souvent avec l'ophthalmie blennorrhagique.

h. En examinant un blennorrhagien, le médecin trouve souvent le méat fermé par une croûte. Qu'il presse sans précaution le canal derrière cette croûte, et le pus qu'elle rccou vre pourra lui jaillir entre les paupières... De même, en faisant des injections dans un œil affecté, vous pourrez être atteint par une goutte du pus cjue votre seringue expulse de l'œil du malade... Pendant que vous examinez un enfant, son pus lui coule des paupières sur la joue, de la joue dans la bouche : il le crache en l'air pour s'en débarrasser et vous le recevez dans l'œil. Voilà des exemples très-réels et trèsutiles à connaître, d'ophthâlmic blennorrhagique par cause professionnelle.

^. Il existe des cas d'inoculation pratiquée intentionnelle ment, surtout de mari à femme, dans un but coupable, par haine ou vcnareance.

1,32 DLENiSORRHAGlE GONJO^CTIVALE.

j. Enfin, citons pour mémoire les inoculations faites pour obtenir laguérison du pannus.

L'inflammation blennorrhagiquc de la conjonctive atteint si rapidement un haut degré d'intensité qu'on n'est pas longtemps exposé à la confondre avec une oplithalmie catarrhale. Il faut donc observer avec une attention, suivre avec une vigilance extrêmes toute irritation oculaire qui vient à se développer chez un sujet atteint de blcnnorrhagie. N'exagérons rien, cependant : certains malades, avertis du danger possible, et très-timorés, viennent parfois vous demander avec instance des remèdes énergiques, la cautérisation même, pour la moindre rougeur qu'ils se découvrent aux paupières... Résistez dans une juste mesure. Informez-vous s'ils ne sont pas habituellement sujets aux ophthalmies. Demandez, en tout cas, quelques heures pour vous décider, le mal révélera lui-même sa nature par la rapidité de ses progrès.

Sa marche, en effet, est caractéristique. A la rougeur initiale, avec cuisson et chaleur, qui s'observe dans toute oplithalmie, succède rapidement une coloration beaucoup plus foncée des tissus et une douleur violente. En peu d'heures, les paupières deviennent œdémateuses ; la supérieure, plus tuméfiée, retombe au-devant de l'inférieure qu'elle recouvre en partie. En la soulevant et l'écartant de l'autre, ce qui ne s'obtient qu'avec peine, il sort comme un flot de pus, séreux au début, mais bientôt jaune ou vert, épais, qui excorie les paupières déjà enflammées par leur participation au processus qui a frappé la conjonctive. La fièvre reste modérée ; mais le malade souffre d'irradiations névralgiques péri-orbitaires aiguës. En mettant l'œil à nu, on constate un chémosis considérable. Quant à la cornée, tantôt elle est mortifiée par le fait même de ce chémosis, de ce gonflement qui, pressant sur toute sa circonférence, y suspend l'apport des éléments de nutrition ; tantôt elle subit un épanchement purulent interstitiel, qui d'abord l'opacifie, puis l'ulcère. Soit par l'un, soit par l'autre

BLENNORRHAGIE CONJONCTIVALE. . 135

de ces deux mécanismes, si le mal dm'e quelques jours, on la voit se perforer, et les humeurs de l'œil sortent, laissant un staphylôme de l'iris ou un moignon informe voué à l'atrophie progressive.

Ce désastre irrémédiable n'est pas seulement, notons-le bien, une des terminaisons possibles de la blennorrhagie conjonctivale. C'en est la conséquence assez fréquente, la conséquence à peu près certaine, si l'art n'est pas intervenu à temps et énergiqucment.

La thérapeutique, en effet, doit ici être souverainement active. Mais gardez-vous de croire également efficaces toutes les forces dont elle dispose. S'il ne vous est donné de commencer le traitement qu'à la période moyenne, alors qu'il y a gonflement extrême, fièvre intense, souffrance portée au point d'amener une agitation qui se rapproche du délire, je comprends que les médications dites générales, une saignée, 8 ou 10 sangsues au-dessous de l'oreille, une bouteille d'eau de Sedlitz, réitérée deux fois en trois jours, soient indiquées, ainsi que la diète, les pédiluves, la glace à demeure [loco dolenti). Mais le traitement local doit tout primer; aucun remède n'en dispense, et il suffit toujours lorsqu'on a pu l'employer de bonne heure.

Or, ce traitement local a deux indications capitales à remplir simultanément : modifier par la cautérisation la membrane qui fournit le pus ; empêcher la stagnation de ce pus entre les paupières.

On cautérise la conjonctive avec le crayon de nitrate d'argenté Il faut le porter rapidement sur les surfaces conjonctivales de la sclérotique et des paupières, principalement sous la supérieure, en ayant soin d'éviter la cornée. Tenez toute prête, et faites aussitôt après, une injection d'eau salée, poi'

* Solidement emm;inché dans un canon de plume d'oie, et qu'on a préalablement frotté sur un linge mouillé de manière à lui former une pointe mousse.

154 • BLE>^'ORRHAGIE CO>JO>'CTIYALE.

neutraliser l'excès de substance caustique laissée en place.

Dans les cas moins graves, on peut remplacer cette opération, toujours très-douloureuse — et à laquelle le malade et sa famille ne manqueront jamais d'attribuer les accidents qui surviendraient ultérieurement — par l'injection pratiquée successivement dans les deux culs-de-sac oculo-palpébraux avec une solution de nitrate d'argent au 15'"" ou au 10'°^

La cautérisation, soit dn^ecte, soit par injection, si elle a été bien faite, n'a que rarement besoin d'être répétée. Cette répétition, d'ailleurs, sera d'autant moins nécessaire qu'on aura plus tôt et plus exactement employé, concurremment avec ce premier moyen, celui dont il me reste à parler, c'està-dire les douches ou injections.

On ne saurait, en effet, apporter trop d'empressement et trop de vigilance à l'exécution de ces lavages destinés à empêcher la stagnation du pus contagieux. Dans un hôpital et même en ville, avec un peu d'ingéniosité, on organise assez aisément les douches; mais elles exigent cependant un appareil et le concours d'aides spéciaux.

La petite seringue à injection en verre, au contraire, est partout sous la main; et en enseignant aux parents ou amis du malade à s'en servir, on évite de perdre en préparatifs un temps précieux.

Le procédé est simple : remplissez, à moitié seulement, la seringue d'une solution aqueuse d'alun ou de sulfate de zinc au 100'"\ Faites écarter les paupières par un aide. Placezvous en face du malade, mais un peu plus du côté sain. La seringue étant saisie de l'une de vos mains, par le haut de son corps et son piston, prenez avec l'autre main sa base tout près du bec, et approchez ce bec obliquement de la muqueuse, sans la toucher, du côté du grand angle de l'oeir.

^ Il sei'ait plus commode d'injecter par l'angle externe de l'œil, mais en agissant ainsi, on aurait à craindre qu'une parcelle du pus contagieux ne fût chassée par l'injection dans l'œil sain.

BLE>'îyORRHAGIE A^ALE. 155

Poussez alors, poussez d'uu jet brusque et vif, qui puisse chasser par l'angle opposé de l'œil toutes les sécrétions déposées à sa surface. Pour bien faire, consacrez spécialement une seconde injection à balayer le cul-de-sac de la paupière supérieure. Au moment précis où vous donnez le coup de piston, n'oubliez pas, en ouvrant Vœil du malade, de fermer le vôtre, de crainte d'accident.

Yoilà l'injection faite. Mais il faut la répéter.

« La répéter... Combien de fois? A quel intervalle? >» demandera-t-on.

Je réponds : toutes les demi-heures, plus souvent même parfois, s'il est possible. La séance est laborieuse, je Paccorde, mais le danger presse. Il n'y a qu'un temps pour sauver l'organe de la destruction qui le menace. Utilisons ce temps. Faisons appel à tous les dévouements éclairés. Organisons auprès du malade un service de jour et de nuit, alterné pour le personnel, mais incessant pour la régularité des soins. C'est l'heure où chacun doit payer de sa personne, le médecin avant tout autre.

Après quelques jours de fatigues, on reconnaît que les fatigues ont porté leur fruit ; il n'y a plus qu'une conjonctivite simple. — Ainsi transformée, l'affection e^ devenue du ressort de la pathologie oculaire. Nous n'avons donc à nous en occuper que pour mettre le médecin en garde contre les retours de l'état contagieux, qui se produisent quelquefois inopinément, et contre lesquels il faut, sans tarder, faire de nouveau usage de la médication spécifique.

Blennorrhagie anale.

N'ayant vu aucun cas de cette maladie, je dois la croire trèsrare. Est-elle une blennorrhagie véritable? N'est-elle qu'une inflammation simple, produite et entretenue, comme la balanite, par quelque état diathésique?... Il est très-difficile de se

156 BLEIN'iNORRHAGIE AlNALE.

prononcer à cet égard ; d'abord parce qu'on manque d'observations détaillées ; puis, parce que les causes qui portent au contact de l'anus du ptis blennorrhagique, c'est-à-dire les manœuvres de la sodomie, déterminent souvent des chocs, des déchirures d'où peut résulter de l'irritation. Cependant, chez les femmes, la contagion peut s'opérer par un autre mode, sans violence; c'est quand la matière blennorrhagique qui coule du vagin vient, durant le décubitus horizontal, baigner la marge de l'anus, il est vrai que Vidal, à qui j'emprunte ce passage, dit que ce muco-pus peut « déterminer là une espèce de blennorrhagie. »

Quoi qu'il en soit, si, avec le signalement local infundibuliforme du sodomiste, on voit la muqueuse de son anus rouge, excoriée, sécrétant une matière purulente, il faut d'abord s'assurer si cet état ne tient pas à un traumatisme spécial de date récente; il faut vérifier, en second lieu, s'il ne dépend point de la présence d'hémorrhoïdes, de rétrécissements, fistules, fissures, plaques muqueuses, végétations, ou quelque autre lésion. Et si la sécrétion parait, comme on le disait jadis, idiopathique, on doit, selon le degré d'inflammation, agir d'abord* par les émollients dans le cas de phlegmasie aiguë, ou en venir immédiatement aux astringents, aux caustiques même, si l'inflammation est modérée.

Mais, quelle que soit la nature de la médication choisie, la' manière de l'appliquer est identique. Il faut toujours employer un tampon de charpie, assez volumineux pour séparer le côté gauche du droit, mais pas assez volumineux pour produire une distension incommode. Après avoir enduit ce tampon, selon les cas, soit de ce rat saturnin, soit de pommade au tannin, à l'extrait de ratanhia, ou au nitrate d'argent, on le pousse dans l'anus assez haut pour qu'il tienne ; puis on étale, au niveau de la marge de l'anus, en forme d'éventail, la partie de ce tampon qui déborde à l'extérieur. Ce pansement sera réitéra

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