‹ Thérapeutique des maladies vénériennes et des maladies cutanéesChapitre 9 sur 58 · DES ORGANES GÉNITAUX · texte numérisé non relu

DES ORGANES GÉNITAUX

inopportun, apportant à l'improviste des entraves à l'accomplissement de celle de nos fonctions qui se résigne le moins à attendre ; inspirant toujours, par sa ressemblance avec la chancrelle, de vives alarmes au malheureux herpétique ; enfin, et malgré tout ce qu'on peut leur dire, donnant à d'autres et très-nombreux malades, par ses incessantes récidives, la conviction qu'ils sont frappés de syphilis et de syphilis incurable. Ajoutons que, quoique la durée ordinaire de chaque attaque d'herpès soit de cinq à six jours, il n'est pas très-rare de la voir se prolonger du double. J'ai même souvenir de deux cas où un homme, parfaitement et certainement continent, avait tous les deux ou trois mois des plaques d'herpès qui se transformaient en un ulcère offrant (moins la profondeur de la plaie et l'inoculabilité de la sécrétion) tous les caractères de la chancrelle, ulcère qui mettait au moins quinze jours à se cicatriser.

J'ai décrit la forme la plus commune, la forme type. Mais la fluxion herpétique n'apparaît quelquefois que comme simple plaque erythémateuse, comme légère excoriation, ou (si la partie a subi des frottements) comme fissure ou coupure.

La fluxion d'herpès a lieu sans fièvre, sans réaction gastrique. Elle réapparaît presque toujours au siège qu'elle a primitivement choisi. S'il lui arrive, cependant, de s'en écarter un peu, de frapper d'autres endroits, jamais, du moins, elle ne dépasse la sphère génitale. Quand une attaque a été très-intense, les suivantes sont ou retardées ou plus faibles. On la voit quelquefois suivre immédiatement un excès de table, un voyage fatigant, surtout le coït et spécialement le coït avec une femme nouvelle ; mais alors même qu'il éviterait le plus soigneusement possible ces diverses influences, le sujet qui est en possession d'herpès verra, je le lui garantis, ses attaques reparaître.

140 HERPES RECIDIVAM

« Le sujet qui est en possession d'herpès, » ai-je dit ; et ces mots suggèrent une autre question. « Quel est donc ce mal à la fois si redouté et si bénin, écrit M. Doyon, qui, chaque fois, s'éteint spontanément, comme la fluxion la plus simple, et montre, dans ses récidives, l'opiniâtreté des diathèses les plus invétérées ; ce mal qui, parmi les porteurs de chancrelle, de blennorrhagie, en choisit quelques-uns et laisse les autres indemnes ? »

Ce mal qui, pour la plupart des médecins, n'est qu'une dermatose simple, qui, aux yeux de presque tous les malades, passe pour une affection vénérienne, est en réalité une dermatose survenue a l'occasion cVune maladie vénérienne. Il serait oiseux d'exposer ici en détail les différences qui le séparent de la syphilis, avec laquelle il n'a de commun qu'un seul trait, la ténacité de ses récidives.

Mais si cette dermatose peut venir à l'occasion d'une maladie vénérienne, d'une chancrelle, par exemple, pourquoi ne l'observe-t-on pas chez tous les sujets qui ont une chancrelle?

La raison est fort simple : Parce que la maladie vénérienne n'est qu'une occasion, et que, outre l'occasion, il faut, pour qu'un effet se produise, quelque chose de plus, il faut une cause. Or, la cause, c'est la diathèsc herpétique, autrement dit le vice dartreux. En termes plus clairs, l'herpès récidivant des organes génitaux ne survient que chez les sujets qui, étant dartreux, ont une maladie vénérienne locale (une blennorrhagie, une chancrelle). Cette maladie vénérienne agit donc uniquement en poussant la fluxion herpétique, en excitant la jetée diathésique à se faire à cette place.

Donc, tous les blennorrhagiens ou chancrelleux qui ont l'herpès récidivant étaient dartreux^; c'est exact. Mais, laréci-

1 L'existence de la dartre chez les sujets atteints d'herpès récidivant ou chez leurs ascendants, évidente dans la plupart des cas, paraît dans quelques autres assez difficile à démontrer. Il faut peu compter, pour en avoir la preuve, sur

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proque est-elle également vraie? Peut-on renverser les termes ? Peut-on dire : « Tout individu dartreux, qui viendra à avoir une cliancrelle, par exemple, sera fatalement voué à l'herpès récidivant?... » La science ne comporte pas encore une réponse positive à cette question. Mais elle possède, toutefois, un de ses éléments. Parmi les sujets dartreux qui contractent une chancrelle, ceux qui sont le plus exposés à voir ensuite survenir l'herpès récidivant sont ceux qui ont abrégé la durée de leur chancrelle en la cautérisant dès son apparition. L'observation prouve ce fait, non-seulement par des exemples directs très-nombreux, mais quelquefois par voie d'épreuve et de contre-épreuve. On a vu des malades chez lesquels une première chancrelle avait été abandonnée à ellemême, et n'a pas été suivie d'herpès, tandis qu'une seconde, prise un ou deux ans après, et qu'on a tuée sur place en quelques jours par la cautérisation, donne lieu à l'herpès récidivant. D'autre part, la chancrelle phagédéniquc, dont la durée est très-longue, ne s'accompagne pas d'herpès ^

l'aveu des malades qui, à toutes vos questions, répondent invariablement que « eux et leur famille ont toujours eu le sang pur ! » M. Doyon a cité d'incroyables exemples de cet aveuglement, et montré en même temps comment on réussit à le dissiper.

* Voici en quels termes j'ai expliqué le mode selon lequel l'extinction hâtive ■de la chancrelle contribue à engendrer à sa suite l'herpès récidivant.

« Rappelons-nous les lois de l'éclosion des végétaux. Si plusieurs graines sont semées les unes à côté des autres, celle qu'on laisse se développer épuise à son profit et au préjudice des autres la propriété nutritive du terrain. Au contraire, l'arrête-t-on dans son cours, alors, en périssant, elle permet un certain développement aux autres graines, qui sans cela auraient avorté.

« Eh bien ! pour moi les poussées d'herpès ne sont autre chose que l'éclosion imparfaite, ébauchée des graines de chancrelle, qui, déposées lors du coït, auraient été complètement étouffées par la végétation de l'une d'elles, si l'on avait laissé cette végétation suivre son cours sans entraves. »

Un fait clinique, admis par tous les observateurs, trouve son explication dans cette manière de voir. On sait que, lorsque plusieurs chancrelles apparaissent chez le même sujet, les dernières venues s'étendent moins et durent moins longtemps : cela est surtout évident lorsque les éclosions successives de chancrelles ont heu dans la même région. Pourquoi?... tout simplement parce que les premières ont épuisé le terrain. La syphilisation a fourni d'innombrables exemples de cette décroissance des chancrelles, dont elle avait fait à la fois un de ses moyens d'action et un de ses moyens de démonstration.

142 HERPÈS RÉCIDIVAÎNT

Contre l'herpès récidivant, contre cette toute petite et toute simple incommodité, il n'y a pas moins de quatre traitements à mettre en œuvre : traitement préventif, traitement palliatif, traitement spécifique et traitement moral.

Le traitement préventif consiste à imprimer au traitement de l'accident primitif susceptible d'occasionner l'herpès, c'està-dire de la blennorrhagie et surtout de la chancrelle, une direction telle qu'il contribue le moins possible à produire le développement de cette dermatose. — Ce point sera discuté au sujet du traitement de la chancrelle.

J'appelle traitement 'palliatif l'ensemble de moyens par lesquels, à défaut de l'agent spécifique, on s'efforce de diminuer la fréquence et la durée des retours de l'herpès. En effet, le traitement spécifique, dont il sera parlé ci-après, n'est pas à la portée de tous ; il ne peut s'exécuter en toute saison ; enfin, il ne réussit pas toujours du premier coup, et, dans l'intervalle entre ses applications, il faut bien faire quelque chose.

Ce traitement palliatif comprend quatre indications : Eviter les causes occasionnelles des poussées ; la poussée s'étant produite, l'abréger autant que possible ; après la poussée, travailler à rendre le tégument moins accessible à la fluxion ; enfin opérer une dérivation sur la peau ou lé canal intestinal. L'ordonnance suivante est rédigée dans ce sens :

N° 29. — « Lors de chaque nouvelle invasion de boutons d'herpès, y appliquer matin et soir un peu de charpie mouillée de

Nitrate d'argent 7 décigrammes.

« Si les boutons sont sur la peau, remplacer cette application par une friction faite, matin et soir, avec

Axonge. .' . . 12 grammes.

Nitrate d'argent 5 décigrammes.

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« Les applications ou frictions ne seront continuées que pendant les trois premiers jours.

« Dans l'intervalle entre les attaques, baigner, matin et soir, la partie dans un verre plein d'eau végéto-minérale.

« En sortant de ce bain, étendre un peu da

Glycérine 20 grammes.

Tannin . 1 »

« Eviter les écarts de régime, surtout les excès de bière et de vin blanc. En fait d'hygiène spéciale, constance, sinon continence.

« Quelques doux purgatifs, surtout aux changements de saison. Au printemps, boire des sucs d'herbes. L'été, bains de rivière ou de mer ou douches froides. L'hiver, porter de la flanelle. »

Ce plan thérapeutique paraît assez rationnellement combiné, n'est-ce pas ? Eh bien ! il faut le dire, il ne réussit pas à beaucoup près autant que, à priori, on devrait le croire. J'ai essayé, en fait de topiques préventifs, tous les astringents connus, minéraux et végétaux, en poudres, solutions, pommades, cataplasmes, bains locaux ; en fait d'agents de la médication dérivative, les purgatifs, les altérants, les bains sulfureux, résineux, l'hydrothérapie, l'arsenic, les délayants, le régime sévère ; car, aidé par l'extrême docilité, par la persévérance exemplaire de cette sorte de malades, on peut aller très-loin dans une telle voie... Eh bien ! je n'ai jamais obtenu qu'un résultat des plus médiocres, et mes confrères, je le sais, ne sont pas plus heureux que moi.

On peut bien, il est vrai, dire aux porteurs d'herpès que leur affection n'a aucune gravité, qu'elle n'est qu'incommode, qu'il n'y a à en redouter ni infection pour soi ni contagion par le coït. Oui! répétez-le leur aussi souvent qu'ils reviendront vous conter leurs doléances, leurs appréhensions; affirmez-le avec toute l'autorité que vous donne leur confiance ;

144 HERPÈS REGIDIVAjNT DES ORGANES GENITAUX.

appelez leur attention sur ce fait patent que jusqu'alors, — c'est-à-dire depuis plusieurs mois, parfois depuis plusieurs années, — nul accident grave ne s'étant déclaré chez eux,

l'événement donne clairement raison à votre pronostic Ils

ne vous redirojit pas moins, à chaque nouvelle récidive : « Docteur, je n'y puis plus tenir ; docteur, guérissez-moi, je vous en supplie ! »

Donc, le traitement moral échouant aussi bien que les autres, c'est au traitement spécifique qu'il faut recourir.

Mais ce traitement spécifique quel est-il? Naturellement celui qui s'adresse à la cause.

Or, ici, la cause est la dartre, l'herpétisme. Ne cherchons donc pas le remède ailleurs que dans l'emploi méthodique et suffisamment continué des eaux minérales appropriées à cette indication, des eaux sulfureuses.

Toutes les eaux minérales, on ne le sait que trop, ne guérissent pas toutes les dartres. Mais heureusement, il y a des exceptions , et , pour l'affection dont nous parlons , pour l'herpès récidivant, il est une source qui a réellement la vertu d'un antidote, c'est l'eau chlorurée sodique sulfureuse d'Uriage.

Je suis loin, remarquons-le, de m'inscrire contre les prétentions fort plausibles des sources congénères : J'admets volontiers que Cauterets, Luchon, Saint-Gervais puissent aussi guérir. Mais j'affirme, pour l'avoir vu cinquante fois au moins, et bien vu, j'affirme que Uriage guérit. D'ailleurs, ceux qui ordonnent commencent à le savoir aussi bien que ceux qui souffrent; et je puis, en toute sûreté, sans apporter ici de preuves détaillées, m'en tenir à cette simple assertion, corroborée comme elle l'est aujourd'hui par l'autorité la plus décisive, l'unanimité des médecins et la reconnaissance des malades.

CHANCRELLE'

Cette maladie, de date très-ancienne, s'est perpétuée jusqu'à nos jours, grâce sans doute à la propriété qu'elle possède de se transmettre non-seulement entre sujets différents, mais d'une région à l'autre du même sujet, par l'inoculation sousépidermique de' sa matière de sécrétion ou même par le simple contact, opéré avec frottement, de cette matière.

Un nuage a longtemps obscurci l'histoire de cette affection. Comme la chancrelle est constituée par un ulcère, il a suffi de ce trait pour la faire, pendant plus de trois siècles, confondre avec une autre maladie née ultérieurement, la syphilis ; et cela quoique l'unique analogie de la syphilis avec la chancrelle consiste en ce que sa première lésion a, elle aussi, la forme ulcéreuse.

— « Mais la syphilis est une affection constitutionnelle,

' J'ai créé et je continue à employer ce mot : 1° parce qu'il exprime bien qu'il y a entre le chancre infectant et le chancre non infectant simple une différence aussi profonde qu'entre la variole et la varicelle, maladie qui n'a aucun rapport avec la variole, ne garantit pas ultérieurement de ses atteintes, et peut survenir chez un sujet récemment variole ou vacciné; 2° parce qu'il laisse au mot cliancroide sa seule acception admissible, celle qui, comme pour la varioloïde, désigne la lésion locale née de l'insertion du virus syphilitique sur un sujet déjà atteint de la syphilis; 5° parce que, formant très-aisément le radical de verbes et d'adjectifs, il permet de dés'gner d'un seul mot certaines lésions qui, sans ce secours, pour être dénonmiées correctement, exigeraient toute une phrase.

criaient la raison et l'expérience, tandis que la chancrelle n'est qu'un mal local. — Mais tout, dans ces deux maladies, diffère : durée de l'incubation, physionomie, réinoculabilité, évolution, curabilité, etc. — Mais d'après l'expérimentation et d'après les confrontations entre sujet infectant et sujet infecté, il est établi que jamais la chancrelle ne provient que du contact de pus chancrelleux, que jamais la syphilis ne provient que du contact de sécrétion syphilitique. — Mais enfin la forme ulcéreuse, le seul trait commun aux deux makdies, est si peu un lien entre elles que, loin. de se ressembler, l'ulcère chancrelleux et l'ulcère syphilitique sont aussi dissemblables que possible ! . . . »

Piien n'y fit : toute une école, invoquant, elle aussi, la raison et l'expérience, persistait à dire : « Si l'un de ces deux ulcères s'éteint sur place et si l'autre est suivi de lésions constitutionnelles, ce n'est pas qu'ils soient de nature différente; c'est parce que Torganisme des deux sujets que le virus a atteints offrait des conditions différentes qui ont agi sur ce virus, et l'ont, quoique identique, modifié lui-même de manière à changer ses propriétés. » Il est vrai que, lorsqu'on demandiiit à cette école, à l'école unitéiste, de s'expliquer sur ces fameuses conditions individuelles, lorsqu'on la priait non pas de les préciser, non pas même d'indiquer d'avance chez quels sujets elles allaient manifester leur effet, mais simplement d'en reconnaître après coup la présence, il est vrai que, courbant la tête, nos intrépides théoriciens gardaient le silence ou faisaient entendre un humble quid ignotum, quid divinum!...

Mais une autre classe d'argumentateurs, bons logiciens ceux-là et observateurs irréprochables, gardaient, dans le camp de l'unitéisme, une position plus forte, et inexpugnable en apparence. S'en tenant à la clinique, ils avaient recueilli un nombre, limité, mais suffisant de faits très-embarrassants pour les dualistes. En effet, dans ces cas, parfaitement au-

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tlientiques, on voyait des lésions constitutionnelles, également incontestables, survenir chez des sujets dont l'ulcère initial avait offert, soit à l'examen, soit à l'inoculation, tous les caractères de la chancrelle; « Donc la cliancrelle, disait-on, peut être l'antécédent, l'origine de la vérole ! ... »

Mais cet ulcère, qui avait tous les caractères de la cliancrelle, n'en avait-il pas d'autres?... C'est à l'un des plus dignes représentants, à celui que j'aime à appeler fondateur de l'école lyonnaise qu'appartient l'honneur d'avoir posé cette question ; et, pour lui, la poser ce fut la résoudre. M. Rollct ne tarda pas à démontrer que : du pus de chancrelle déposé sur un chancre donne lieu à un ulcère particulier, lequel possède les propriétés de tous les deux (chancre mixte); — que l'on observe, en clinique, des exemples avérés de cette fusion, dus soit au dépôt accidentel sur l'un des deux ulcères de la sécrétion de l'autre, soit à l'éclosion successive de l'un, puis de l'autre en un même point, qui a reçu la double contamination; — que, par conséquent, dans les cas où l'on avait cru la vérole consécutive à une chancrelle, la vérole, en réalité, avait été consécutive à un chancre mixte, ou, pour préciser, à l'élément chancreux qui coexiste, dans cet ulcère, avec l'élément chancrelleux. — ^ Je complétai moi-même la preuve en montrant que, chez ces véroles, l'éclosion consécutive des lésions secondaires est en retard de vingt à vingt-cinq jours, c'est-à-dire d'un temps égal à celui qui sépare [l'incubation de la chancrelle d'avec l'incubation du chancre.

La découverte du chancre mixte était la ruine de l'unitéisme. Par leur colère décontenancée, par leurs incessantes railleries toujours côtoyant, sans jamais l'effleurer, le côté scientifique de la questions ses défenseurs ont témoigné, mieux que par l'aveu le plus explicite, à quelle profondeur le

* Cette appréciation sévère, mais trop méritée, ne s'applique point à M. Cterc; dont l'opposition, motivée sur des arguments de fond, mérite l'attention sérieuse de la critique.

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coup avait porté. Aussi, laissant désormais en repos ces discussions doctrinales qui n'appartiennent plus qu'à l'histoire du passé, allons-nous succinctement nous occuper de la maladie locale, essentiellement et toujours locale, qu'on nomme chancre mou., chancre simple^ chancrelle.

J'étudierai d'abord, d'une manière générale, l'évolution de la chancrelle ; puis j'examinerai, surtout au point de vue de l'influence qu'elles peuvent exercer sur son traitement, les modifications que la chancrelle présente, selon sa forme, sa profondeur, son extension, son siège histologiquc ou topographique, ses complications intrinsèques et extrinsèques. (Le bubon fait partie de ces complications.)

^ '1«''. — Évolution et diagnostic de la chancrelle.

Quand elle a cinq ou six jours de date, — quand elle occupe une surface aisément explorable, — quand sa physionomie n'a pas été altérée par le phagédénisme ou la gangrène, ou par l'action de quelque topique, — quand elle n'est pas recouverte d'une croûte, — quand elle s'est développée sur une partie du. tégument qui, antérieurement et actuellement, était intacte, exempte de maladie, la chancrelle est d'un di^agnostic facile. Qui pourrait méconnaître ces ulcérations, toujours nées du contact, immédiat ou médiat, de pus de chancrelle; donnant leur premier signe d'existence deux jours après l'acte contaminant, et offrant déjà, trois ou quatre jours après cet acte, leurs caractères objectifs pleinement accentués ; ulcérations comprenant ordinairement la totalité du derme, circulaires, multiples, à base molle, à bords taillés à pic, dit-on partout, mais, selon moi, plus que taillés à pic, décollés; ulcérations dont le fond suppurant, saignant facilement, anfractueux, est couvert d'un détritus couenneux, pultacé ; ulcérations essentiellement progressives, mais non moins essentiellement tendant à la cicatrisation, douloureuses au toucher, au frotte-

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ment, durant leur période d'augment; causant, pendant cette période, la sensation plus ou moins forte, mais toujours perceptible pour le malade un peu attentif, d'un rangement qui revient par intermittences ; ayant une durée normale de quatre ou cinq semaines; subissant, comme toute lésion, l'influence des troubles de l'organisme, mais ne produisant jamais de viciation, d'infection constitutionnelle; d'ailleurs, spontanément et artificiellement réinoculables, et inoculables nonseulement aux hommes mais aux animaux, (on a dit plaisamment que j'en savais quelque chose) aptes à se développer chez n'imjDorte quel individu et ne créant point, chez celui que ce contagium a frappé, d'immunité contre ces atteintes ultérieures.

J'ai dit à quelles conditions la chancrelle est aisément diagnostiquable. Reprenons-en la nomenclature, car l'absence de chacune d'elles est une cause d'obscurité, qu'il importe de détruire.

Date trop récente. — Dès le cinquième jour, une chancrelle a son aspect caractéristique. Mais, à ce moment encore, et à bien plus forte raison avant ce moment, le malade aime à douter, et si vous l'écoutez, il vous égarera. « Ce n'est qu'une écorchurc, docteur, je suis sûr que ce n'est qu'une écorchure ! » Voilà leur langage à tous. Mais demandez-leur s'ils ont bien réellement senti, au moment même du coït, la douleur qui doit accompagner une déchirure'! s'ils ont constaté immédiatement ensuite, en se lavant ou en urinant, ce soi-disant traumatisme,... et déjà leur foi s'ébranle; car, la plupart du temps, ils n'ont senti, observé rien de pareil. Enfin, priez-les de réfléchir, de se demander à eux-mêmes s'il est donc naturel qu'une écorchure, qui ne serait qu'écorchure, dure plus de quatre ou cinq jours, qu'elle aille en s' étendant, qu'elle prenne une forme arrondie?... Leur illusion ne tiendra pas contre ces considérations si bien à la portée de leur intelligence.

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Ces données serviront aussi au praticien à reconnaître luimême les vicies écorclmres, lesquelles se produisent au moment de l'acte, siègent de préférence sur le filet (où elles affectent la direction transversale) ou sur le limbe du prépuce (chez les sujets semi-pliimosiques) ou à la fourchette; sont quelquefois, après douze ou quinze heures, très-enflammées, mais guérissent d'elles-mêmes, par le seul repos, en trois ou quatre jours, sans avoir un instant perdu l'aspect linéaire qui est leur forme propre.

Mais, d'ailleurs, une écorchurc réelle, produite dans l'acte et par le fait de l'acte, peut, au bout de quelques jours, devenir une chancrelle : cela arrive soit quand la déchirure s'est, en même temps faite et inoculée durant le même coït, soit, ce qui est plus rare, quand, après le coït, elle s'est trouvée accidentellement en contact avec du pus de chancrelle.

Il est aussi une lésion, propre à la sphère génitale, et qui, comme l'écorchure, peut souvent être confondue avec une chancrelle au début ; c'est V herpès, qui a été décrit plus haut.

Bien entendu, ce n'est pas l'herpès durant son début, à la période vésiculeuse, qu'on pourrait prendre pour une chancrelle. Quand il est à l'état ulcéreux, et surtout quand l'uleère s'est agrandi par la fusion de plusieurs vésicules, la méprise serait plus facile. On l'évitera en apprenant du malade qu'il a déjà eu (puisqu'il s'agit d'herpès récidivant) plusieurs attaques semblables, et toutes terminées spontanément en cinq ou six jours, et que la présente attaque a été, comme les autres, précédée de cuisson, de démangeaisons ; en remarquant que le contour de l'érosion herpétique est enflammé et formé de plusieurs arcs de cercle (Fournier) ; en constatant que sa sécrétion n'est pas réinoculable ; enfin qu'il ne produit pas de bubon. D'ailleurs, ce diagnostic, toujours demandé avec instance par les malades, n'a qu'un intérêt de curiosité, puisque le traitement local de l'herpès et celui de la chan-

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crelle sont identiques, et que, quant au traitement général de l'herpès, il n'y a jamais urgence à l'appliquer. Siège caché. — Il peut être caché :

A. Soit parce qu'il est hors de la pointée de la vue, comme dans la fosse naviculaire ou sous un phimosis \ Dans ces cas, en palpant sur le point suspect on cause de la douleur, parfois du saignement ; il s'écoule au dehors une suppuration caractéristique, inoculable ; enfin la chancrelle, en progressant, ou en se réinoculant de proche en proche, devient quelquefois perceptible, finit, comme on dit, par metlre le nez à la fenêtre. On voit alors apparaître, au méat ou sur le limbe du prépuce, des ulcères à la fois effet et révélation de ceux qui existent plus profondément.

B. Soit parce qu'il est, en même temps, hors de la portée du toucher, comme dans l'urèthre, dans l'intérieur du col utérin. Heureusement ces cas sont très-rares ; mais il faut être averti de leur possibilité -

C. Soit parce qu'il occupe une surface plissée, l'anus, la Tulve, l'arrière-cavité du prépuce. — « Déplissez la surface, » dira-t-on. — Bon conseil assurément, mais pour montrer combien, parfois, il est difficilement exécutable, qu'il me suffise de rappeler qu'un praticien souverainement expérimenté, que Clerc confesse avoir deux fois cherché vainement, avoir été sur

^ Il y a foi't souvent de la difficulté à discerner si la suppuration qui sort d'un prépuce à l'état de phimosis, provient de chancrelles sous-préputiales ou d'une blennorrhagie urétrale. Outre l'inoculation (que je ne conseille point de pratiquer pour un motif aussi peu important), il faut se rappeler que dans la blennorrhagie, si le gland est quelquefois douloureux à la pression, il ne Test pas par places circonscrites (comme en cas de chancrelles) ; que cette pression ne pi'ovoque pas de saignement ; quelle n'existe que sur le trajet du canal, et vers la fosse naviculaire ; qu'elle fait défaut dans les parties supérieures et latérales du gland ; que la douleur s'exaspère durant la miction et surtout l'érection. Ces signes de la blennorrhagie, qui sont en même temps des signes néoatifs de la ■chancrelle, suffisent au diagnostic.

Si les deux maladies coexistent, on le reconnaîtra à la présence simultanée de ces divers caractères, à l'abondance de la suppuration, et surtout à ce que, de Jour en jour, la douleur, qui était d'abord limitée au gland et à la fosse navicu- Jaire, gagnera des parties de plus en plus profondes de l'urètlu-e.

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le point de laisser passer inaperçue une petite ulcération de la vulve, qu'il savait exister, qu'il ne pouvait découvrir, qu'il aurait finalement renoncé à trouver, si la femme, se déplissant elle-même^ ne lui eût pas dit : « Voyez, c'est là! » Cet exemple est en même temps un avertissement et un précepte.

Siège insolite. — A la joue, au cuir chevelu, à la paupière, aux lèvres, dans la bouche, sur les membres, un ulcère n'éveille pas, à première vue, lidée qu'il est de nature chancrelleuse. Dans certaines conditions morales et sociales, il donnerait plutôt l'idée d'un aphthe, d'une lésion traumatique. Qu'on y songe, et qu'on évite encore plus de juger snr la région que sur V apparence.

Apposition cVnn corps étranger sur la cJiancrelle. — Souvent le malade vous présente son ulcère couvert de débris de charpie, d'une plaque de baudruche, de détritus de ca-

lomel ou de cendre de cigare Il est assez utile de savoir'

reconnaître l'aspect qui en résulte, et de ne pas prendre ces corps pour l'ulcération elle-même. Cette inadvertance, que le client se plaît à redresser immédiatement, porterait une atteinte sérieuse à votre prestige d'infaillibilité.

Plus souvent encore, par une bizarrerie singulière, le client qui vient, à midi, vous prier de dire ce que vous pensez de son ulcère, se l'est cautérisé le matin même, de sorte que vou^ voyez une brûlure, et pas autre chose. Parfois, alors, une petite partie de la surface, qui a échappé au caustique, vous permettra d'en apprécier la nature. Mais si cette ressource vous manque, suspendez le jugement qu'on vous demande, au lieu de vous exposer à errer en voulant le porter d'après des éléments insuffisants ou trompeurs.

Certains topiques laissent aussi, après leur emploi, une couche qui masque l'aspect de la plaie ; telle est la lie du vin aromatique, la concrétion demi-solide formée par l'acétate de plomb.

Mais le plus commun de ces corps étrangers est fourni par

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la plaie elle-même. Dans toute chancrelle, dont le siège est exposé à l'air, la partie liquide de sa sécrétion s'évapore, et la partie solide forme une croûte qui adhère plus ou moins à la surface de l'ulcère. Or, le pus continuant à être sécrété s'accumule sous cet opercule, et peu à peu finira par l'ébranler et le détacher. Il y a donc, sous le rapport' du diagnostic, une distinction à faire entre \a jeune et la vieille croûte. Pour cette dernière, il suffit de la presser un peu fortement, ou, si elle résiste, d'en soulever un bord ; le pus jaillit et révèle sa source. Mais si la croûte est de formation récente, dure, sèche, adhérente, elle en impose au malade et parfois au médecin. Ne voyant point de plaie, on croit n'avoir affaire qu'à un bobo insignifiant ; on se rassure, on se néglige, et l'ulcère s'étend sous cette enveloppe insidieusement protectrice.

Ne confondez point avec la croûte, — qui est toujours plus ou moins jaune, qui toujours, à l'aide d'un cataplasme ou d'un bain, peut être immédiatement enlevée — ne confondez point Veschare, dans certaines chancrelles frappées de gangrène. Ici, tout est fait pour prévenir l'erreur : la verge est tuméfiée ; l'eschare est noire, sèche ; une aréole rouge ou violacée l'environne ; enfin, loin de pouvoir être détachée sur l'heure, elle ne se séparera qu'au bout de quelques jours, par le fait du processus inflammatoire éliminateur.

Lésion préexistante au point sur lequel la chancrelle s'est développée. — Cette condition est aussi complexe que fréquente, et parfois elle se produit de manière à déconcerter le plus habile. Fréquente ! on comprend qu'elle le soit ; car s'il est, dans l'organe qui affronte la contagion, un point plus exposé à la subir, c'est naturellement celui qui était déjà malade, déjà fragile. Dans le coït, une végétation s'excoriera plus aisément que la partie voisine ; un pli de la vulve ou du prépuce déjà irrité absorbera mieux; une fissure de l'anus s'inoculera d'elle-même; une surface indurée, et par conséquent inextensible, cédera à une pression que, au voisinage,

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la muqueuse saine et llexible aurait éludée... Eh bien! il faut savoir cela ; il faut tenir compte de la part que la lésion antérieure peut avoir dans la manifestation de la lésion récente, de la chancrelle. Mais cette part — et c'est là le point délicat — il s'agit de la deviner plutôt d'après son impression personnelle, d'après son tact, son expérience, que d'apYès les renseignements que donne le malade; car ils vous égarent, eux, plus qu'ils ne vous servent. Aucun client — c'est bien connu — ne croyant, ne s'avouant qu'il ait pu prendre du mal avec une femme aussi propre (on voit que je ne parle que du sexe trompé) accusera toujours une lésion ancienne, passée, complètement éteinte. Il suffit qu'il ait eu, dans sa jeunesse, un chancre, un herpès, une simple balanite, pour c|u'il croie, pour qu'il affirme que c'est cette maladic-Ià qui lui revient aujourd'hui, cju'il la reconnaît parfaitement!... — L'erreur la plus grave — et ce n'est pas la moins fréquente — consisterait <à prendre pour un chancre, ou pour un chancre mixte, la chancrelle qui s'est développée sur une ancienne induration ; ce point sera examiné en traitant du chancre.

Telle que je viens de la faire connaître, que je viens d'enseigner à la reconnaître, la chancrelle a ordinairement un cours très-régulier.

Pendant vingt ou vingt-cinq jours environ, elle gagne en étendue, puis ce mouvement progressif s'arrête. Bientôt après, un changement encore plus favorable se prononce ; les caractères objectifs décrits ci-dessus commencent à s'effacer, et la chancrelle, ainsi qu'on le dit, entre en réparation. Le décollement des bords diminue; peu à peu ils se mettent de niveau avec le fond de l'ulcère, lequel lui-même s'est détergé, a cessé d'être couvert de sa couche pultacée. Il apparaît, rà et là, quelques bourgeons rouges, vermeils, de bonne nature, qui tranchent sur l'aspect encore chancrelleux du reste de la surface : en d'autres termes, l'ulcère prend graduellement la

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physionomie d'une plaie simple ; et, disons-le d'avance, pour peu que le traitement local soit bien dirigé, cette heureuse modification, une fois commencée, s'accomplit sans trêve ni retards. Un vent nouveau, en quelque sorte, a soufflé sur ■cette ulcération jadis fatalement envahissante; et, sans qu'on puisse assigner à un pareil changement d'autre cause que le mystérieux no7i procèdes ampliùs, il serait aussi difficile, à ce moment, de suspendre la marche de la chancrelle vers la cicatrisation qu'il l'a été, au début, de l'empêcher de s'accroître.

Donc, trois périodes bien marquées : période de progrès, période d'état, période de réparation.

Voilà ce que fait la nature. Examinons, maintenant, ce que l'art peut et surtout ce qu'il doit faire.

§ 2. — Thérapeutique de la chancrelle.

Vis à vis d'un sujet porteur d'une ulcération contagieuse, d'une chancrelle, il y a deux intérêts en présence, et par conséquent le médecin a deux devoirs : il faut que le malade souffre le moins possible de son mal ; et il faut aussi que ce mal soit le moins possible dans le cas d'être transmis à autrui.

Eh bien! ces deux intérêts qui, au premier coup d'oeil, paraissent semblables, sont quelquefois, au contraire, difficiles à concilier. Certes, si le médecin, libre de s'inspirer de .sa haute mission, pouvait tout sacrifier au bien social, il n'hésiterait pas, il détruirait immédiatement par le caustique toutes les chancrelles qui se présentent à lui, quelles que fussent leurs dimensions et leur ancienneté, afin de les transformer d'emblée en plaies simples, non contagieuses.

Mais, d'abord, pour détruire des chancrelles déjà anciennes, datant de vingt jours, par exemple, il faudrait cautériser si largement que la plaie de cautérisation prendrait pour se

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cicatriser plus de temps que, à compter de ce moment (du vingtième joiu'), n'en eût demandé la chancrelle. Puis, il est assurément bon et licite, parmi les raisons qui conseillent ou déconseillent l'abortion, de mettre en ligne de compte la crainte des transmissions dont la chancrelle non réprimée va devenir cause. Mais évidemment ce danger, très-réel chez les prostituées, chez certains jeunes gens, est nul ou presque nul dans la classe très-nombreuse que l'âge, la position sociale, de justes scrupules, la honte détournent de songer au coït, tant qu'ils peuvent contagionner. N'oublions pas, au nombre de ces mobiles, la douleur, frein beaucoup plus réel, surtout dans certaines régions, celle du /"re^'/i justement, par exemple.

Mais en laissant de côté l'intérêt social, abstraction faite aussi des cas où la chancrelle nous est présentée trop tard pour qu'il y ait économie de temps à la détruire, voyons s'il est indiqué d'appliquer la cautérisation abortive à une chancrelle que, comme c'est le plus ordinaire, on est appelé à soigner, alors qu'elle n'a pas plus de sept jours de date et pas plus de 4 à 5 millimètres de diamètre? Voyons, et pesons le pour et le contre :

Si on laisse marcher cet ulcère, il s'étendra, il fera souffrir, il généra la marche, les occupations habituelles, il nécessitera des pansements assujettissants ; voilà ce qui est certain. Quant aux complications possibles, plus ou moins fréquentes, et qu'on n'est jamais sûr d'éviter, c'est l'hémorrhagie, le phimosis, la lymphite, le bubon, le phagédénisme, la réinoculation indéfinie...

— « Eh bien ! alors, dira-t-on, pourquoi ne pas cautériser d'emblée? Pourquoi hésiter à soustraire son client à ces douleurs certaines, à ces dangers possibles, en en supprimant la source ? »

Pourquoi?... Ah! c'est que la cautérisation abortive, nous l'avons dit, expose à l'herpès récidivant ; et que cette lésion, avec sa durée indéfinie, avec les angoisses qu'elle engendre.

CHANCRELLE. . 157

est au moins aussi pénible que le bubon, par exemple. Ajoutons, en passant, qu'elle est surtout pénible pour le médecin. En effet, le malade qui a une chancrelle sait fort bien qu'elle peut être suivie de bubon ; il s'y attend, et si l'accident arrive, il ne nous accusera point de l'avoir produit; tandis que, atteint d'herpès après la cautérisation, tout client exprime ou garde l'arrière-pensée que cela vient du traitement, que, s'il est indéfiniment sous le coup des récidives d'herpès, c'est parce qu'on lui a fait rentrer son chancre!

Il est vrai — puisque nous en sommes à la question de principes — il est vrai que, l'herpès ne menaçant que les sujets dartreux, la contre-indication fondée sur le danger de voir naître l'herpès ne concerne que ces sujets-là. Par conséquent, lorsqu'une chancrelle se présente dans des conditions propices à l'abortion, il devrait suffire de s'assurer, d'abord, si l'individu qui la porte est, oui ou non, dartreux; et, en cas de négative, on pourrait le cautériser sans s'exposer à aucune suite fâcheuse.

Oui, en effet, cela devrait suffire si tous les malades étaient sincères, éclairés, impartiaux; s'ils savaient ce que c'est qu'une dartre, où elle se cache et comment il faut la chercher; si, surtout, ils pouvaient, sous ce rapport, connaître la santé de leurs ascendants!... Mais, ceci n'étant pas, il est rationnel de tenir, à ce point de vue, pour suspects tous ceux dont on ne peut pas répondre el, prenant en main leurs intérêts qu'ils sont inhabiles à apprécier, agir de façon à leur épargner celui des deux maux auxquels, par expérience, nous savons qu'ils sentie plus sensibles, je veux dire l'herpès.

En fait, après avoir autrefois élevé l'abortion de la chancrelle au rang de méthode générale, je suis devenu plus réservé, et je n'y ai plus recours — l'ulcère, d'ailleurs, étant suffisamment récent — que dans les conditions suivantes :

Si je connais le malade comme exempt, lui et sa famille, d'antécédents dartreux.

15S CHA5CPJIU;.

Ou s'il a eu précédemment une cliancTelle qui se soit compliquée de phagédénisme ;

Ou â eelle-ei occupe un si^e île frein) qui prédispose particulièrement à une longue durée de l'ulcère et à la formation de Lutons :

On si, après que j'ai mis sous les yeux du client le tableau de riieipès. il me dit qu'il aime mieux en courir le risque que de toit sa cliancrelle se prolonger :

Enfin, s'il s'agit d'une prostituée ou d'une catégorie de malades plus accessibles à Taiguillon des sens qu'à la Toix du dcToir. capables par conséquent de répandre la contagion.

Mais il est encore, avant de se décider à tenter l'abortion. un autre danger à considérer. La cliancrelle xa, par la cautérisation, être transformée en plaie simple, et cette plaie guérira d'elle-même. Mais elle ne guérira d'elle-même que si du pus chancrelleux n'est pas, à nouveau, déposé à sa surface. Or, chez un sujet affecté de cliancrelle, cet accident est fort possible : il peut proTenii- de causes diverses qu'il importe d'étudier, parce qu'elles constituent ou bien des eontre-indicalions absolues ou seulement des causes d'insuccès contre lesquelles on peut se mettre en gajde. Exemples :

En homme a 8 ou 10 petites chancrelles groupées sur une étroite surface. Irez-vous les brûler?... ^Xon, une seule, échappant fortuitement au caustique. rechancreUiserait la large plaie de cautérisation, et le désordre curaiif serait pire que celui qu'on a à attendre du cours naturel de la maladie.

Une ou deux chancrelles existent à découvert sur le limbe du prépuce. Mais il y a, en même temps, un phimosis irréductible d'où suinte du pus. Brûlerez-vous lei chancrelles apparentes?.., ]S'on encore. Le pus fourni par celles que cache le ^épuee ne tarderait pas à réinoeuler la plaie de cautérisation. — Même contre-indication pour la chancrelle de la fourchette, coïncidant avec une chancrelle du col.

Dans le vagin, à la marge de Fanus, tous voyez une chan-

CHAJN'CRELLE. 159

crelle. Allez-vous la brûler? Prenez garde : elle n'est probablement pas seule ; mais ses compagnes se cachent sous un pli, à une hauteur où elles échappent à votre action ; et voilà une source de réinoculation.

Une chancrelle, déjà un peu ancienne, occupe la paroi de l'urèthre. En la cautérisant aussi à fond qu'il est nécessaire, vous risquez de perforer le canal ; abstenez-vous. — Pour le même motif, ne brûlez point une chancrelle située un peu haut dans le vagin ; une fistule vésico-vaginale ou recto-vaginale pourrait s'en suivre.

Une chancrelle paraît être dans de bonnes conditions pour qu'on la détruise ; mais un bubon ou une lymphite spécifique commencent à se manifester... Abstenez-vous encore. Quel motif auriez-vous de cautériser, puisque ce que vous cherchez surtout à conjurer est déjà arrivé ?

Enfin, quand vous détruisez par le caustique un ulcère, vous le transformez en plaie simple ; c'est un bienfait réel. Mais ce n'est un bienfait qu'autant que cet ulcère était réellement une chancrelle. Car la plaie simple que vous mettez à sa place sera nécessairement plus large qu'il ne l'était, lui, au moment de la cautérisation ; elle durera quelque temps et laissera une cicatrice. Avant d'y porter la main, prenez donc tout le temps nécessaire pour vous assurer qu'il s'agit bien d'une chancrelle. Si l'aspect de l'ulcère vous laisse quelques doutes sur sa nature, remettez le malade à deux jours. En deux jours, si c'était une chancrelle, il aura progressé ; il aura diminué, au contraire, si c'était une lésion simple, un herpès ou une écorchure. Et cette temporisation, en aucun cas, n'aura été préjudiciable ; car la chancrelle, avec les moyens dont nous disposons, est tout aussi abortible au cinquième qu'au troisième jour.

Autre précaution à prendre contre une autre cause d'erreur. Le chancre infectant, le chancre, est souvent, à son début, pris pour une chancrelle. Or, si l'ulcère que vous croyez

160 CHA^NCRELLE.

chancrelle, que vous allez cautériser comme tel, était un chancre, voici infailliblement ce qui arrivera. Les accidents secondaires de la syphilis apparaîtront à leur date ordinaire, et le malade ne manquera pas de dire que c'est votre cautérisation qui les a causés. Cette responsabilité, tout illusoire qu'elle soit, est, pour le médecin, toujours pénible, parfois dangereuse à porter. J'y échappe, en tenant au client, avant de porter la main sur lui, ce petit discours :

« Il est impossible de distinguer, dès à présent, ce qu'est votre ulcère, s'il est infectant ou non. S'il ne l'est pas, la cautérisation va vous en débarrasser en huit ou dix jours, sans mauvaises suites à craindre. Mais s'il est infectant, l'infection aujourd'hui est déjà faite, et les accidents secondaires viendront à leur heure, sans que la cautérisation y puisse faire ni bien, ni mal... Vous voilà instruit, vous voilà prévenu : Voulez-vous que je cautérise? »

. Ceci posé, voici les règles des deux sortes de traitement à instituer contre la chancrelle.

Traitement abortif. — Plusieurs caustiques ont été proposés pour détruire la chancrelle naissante. Je les connais tous, car je les ai tous employés. Mais sans perdre de temps à les comparer, je n'en mentionnerai qu'un, celui qui, par la commodité de son emploi, le peu de douleur qui accompagne son effet, la facilité de proportionner le degré de cet effet aux exigences particulières de chaque cas, la tendance extrême qu'ont à se cicatriser les plaies qui lui succèdent, a mérité et, aujourd'hui, obtenu la préférence générale ; je veux parler de la pâte de chlorure de zinc, dite pâte de Canquoin^

* Avoir approprié à une destination bien connue un agent qui ne l'était pas moins constitue sans doute un assez mince mérite. C'est justement pour cela que je ne me soucie point de le partager.

Dans son Trnilé des maladies vénériennes, 1865, p. 112, M. Rollet a écrit : « M. Ricord n'avait pas encore fait connaître les résultats de sa pratique sur ce point (la cautérisation destructive du chancre simple), que j'avais déjà ti'ès-lar-

Donc, les chancreJles étant bien explorées, bien abstergées, non saignantes, on y applique un morceau de pâte de Canquoin.

L'épaisseur de ce morceau est de 1 à 5 millimètres.

Quant à sa largeur, c'est là un point essentiel à déterminer.

Si l'ulcère est arrondi, on taille un disque qui, autant que possible, ait exactement le même diamètre. Si, au contraire, il est irrégulier, au lieu de vouloir donner à la rondelle caustique la configuration de l'ulcère, il est plus sûr et plus expéditif de mettre d'abord au centre de celui-ci, un morceau de pâte qui en couvre la plus grande partie, puis de parfaire la cautérisation au moyen de petits fragments de Canquoin mis à côté du principal. D'ailleurs, un disque trop large de Canquoin se replie, se bosselle, et abandonne ainsi une partie de la surface à cautériser ; il vaut donc mieux multi-

gement employé la cautérisation destructive dans les cas de chancre simple. J'ai lu un mémoire sur ce sujet à la Société de médecine de Lyon [Gazette médicale de Lyon, décembre 1857). A la même époque, M. Diday pratiquait aussi la cautérisation... »

« A la même époque! » non, six ans pour le moins auparavant. Mes preuves sont en règle à cet égard; car voici ce qu'on lit dans la Gazette médicale de Lyon (rédigée alors par Barrier), année 1855, p. 87 : « Société de médecine « de Lyon. Séance du 18 mars 1851). — M. Diday fait ensuite une communication « sur le Iraitemenl ahortif du chancre, et sur un mode particulier de cauté- (( risation qu'il propose pour arriver à ce résultat... M. Diday donne la préfé- « rence au chlorure de zinc, composé avec farine, 3 parties, chlorure de zinc, 1. « Celui-ci est d'une application facile; c'est un caustique coagulant qui substitue « une plaie simple et belle à une plaie virulente. M. Diday couvre le chancre « d'une couche de ce caustique, puis l'assujétit avec un morceau de diachylon « Il la laisse en place de une à deux heures, suivant la profondeur et l'ancienneté « du chancre... On peut l'appliquer sur dés chancres de huit à dix jours, et « ayant 7 ou 8 et même 12 ou 14 millimètres d'étendue. On peut l'appliquer « même sur des chancres indurés. — M. Diday a déjà appliqué ce caustique une « trentaine de fois, et presque toujours il a obtenu un résultat satisfaisant. Il « cite 'plusieurs observations qui démontrent l'innocuité de ce traitement et ses « heureux effets. »

D'après mon expérience, aucun caustique liquide, pas même la solution saturée de chlorure de zinc, pas même l'acide nitrique monohydraté ne donnent, quelque prolongée ou réitérée qu'en soit l'application, autant de garanties d'obtenir la destruction de la chancrelle que la pâte de Canquoin.

162 CHAiNCRELLE.

plier, autant que de besoin, les petits morceaux, que de s'attacher à en faire un seul de même forme que l'ulcère.

Ces morceaux adhèrent parfois obstinément à l'instrument qui les dépose ou les insinue à leur place. L'opérateur évitera cet irritant petit embarras, en mouillant le bout de l'instrumenta

Quand l'ulcère est creux, ayez soin d'y mettre un cône plutôt qu'une lame de Canquoin, et de bien le pousser jusqu'au fond.

A la verge, on fixe la pâte au moyen d'une bandelette de diachylon, qu'on applique par son plein et dont les chefs, croisés de l'autre côté du membre, sont ensuite ramenés de manière à avoir fait un peu plus de deux tours. Partout ailleurs, on laisse tomber sur la pâte quelques gouttes de collodion.

Au bout d'une heure et demie, deux heures, deux heures et demie au plus (temps pendant lequel il n'y a que très-peu de douleur), on enlève le diachylon ou l'on dissout le collodion avec de 1 éther. Les morceaux de pâte se détachent alors très-facilement; et l'on se trouve en face d'une eschare sèche dans toute son étendue' .

* Dans quelques formes de chancrelles, celles surtout qui succèdent à l'inoculation expérimentale, il ne suffit pas de donner à la rondelle caustique l'éten- ■due de l'ulcère, tel qu'il se présente à l'extérieur. L'ulcère intérieur, profond, a, en effet, un excès de largeur, résultant de ce que les bords sont décollés. En d'autres termes, ces chancrelles représentent un puits à orifice rétréci. — Pour que toute la surface chancrelleuse soit cautérisée, il faut, en pareil cas, donner au disque de Canquoin un diamètre plus grand que celui de l'ulcère extérieur, et avoir soin de le pousser, à frottement, jusqu'au fond. Comme cette substance est élastique, elle se laisse d'abord "comprimer pour traverser l'ouverture extérieure de l'ulcère, puis arrivée au-dessous des bords, à l'endroit où leur décollement donne plus de largeur à la plai&, elle se déploie de manière à aller occuper et par conséquent brûler toute l'étendue, l'étendue réelle de la surface chancrelleuse. — J'insiste sur ce précepte'; c'est pour l'avoir omis que certains malades, — quœque ipse miserrima..., — ont vu, bien que cautérisée, leur pustule d'inoculation devenir un chancre phagédénique. « J'ai cependant agi selon les règles, murmurait l'opérateur déconcerté; j'ai brûlé profondément. » — « Oui. mais c'est de brûler largement qu'il s'agissait. »

^ Ce signe a une grande -importance, car il est l'indice que la cautérisation

CHANCRELLE. 1G5

Dès le deuxième jour, cette eschare s'entourera à sa circonférence d'un cercle suppurant. Ce cercle s'aggrandira graduellement; enfin, l'eschare, cernée de toutes parts, deviendra vacillante, et tombera vers le sixième jour, laissant au-dessous d'elle une plaie de bonne nature, marchant vite et franchement à cicatrisation, sans qu'il y ait eu besoin, à partir du premier jour, d'y appliquer d'autre topique que de la charpie mouillée de vin aromatique ou d'eau végéto-minérale.

Il se peut que, vu le grand nombre des chancrelles, on doive procéder à leur cautérisation en deux séances. Dans ce cas, il n'est prudent de faire la seconde que tant que les eschares résultant de la première sont encore entièrement sèches. En effet, en ajournant à plus tard cette seconde séanc(!, en laissant subsister plus longtemps quelques chancrelles, on s'exposerait à ne les détruire qu'après qu'elles auraient réino culé celles brûlées dans la première séance.

La réinoculation des chancrelles brûlées est, en effet, ce qu'il y a surtout à craindre, et, par conséquent, ce qu'il faut surtout s'attacher à éviter. Voici dans quelles circonstances cet accident peut se produire :

1° Le caustique n'a pas été appliqué sur la totalité de l.i chancrelle ; ou bien, il n'y a pas été laissé assez longtemps pour détruire toute l'épaisseur des tissus malades. — : Il y a, dans ce premier cas, plutôt cautérisation insuffisante que véritable réinoculation.

2° D'autres fois, le but de la cautérisation est atteint, hi chancrelle a été convertie en plaie simple ; mais cette plaie a ultérieurement subi le contact accidentel de pus chancn.'lleux ; pus qui peut provenir :

Soit de chancrelles latentes, qui existaient au moment de la cautérisation, mais qu'on a méconnues ;

Soit de chancrelles nées du même coït que celles qu'on a

est complète. Si, à ce moment, il restait, en dehors de l'eschare, un point en suppuration, il faudrait immédiatement y appliquer à nouveau du caustique.

164 CHANCRELLE.

cautérisées, mais qui, un peu plus tardives dans leur développement, n'avaient pas encore apparu au moment où l'on apratiqué la cautérisation ;

Soit de chancrelles que celle qu'on a cautérisée avait produites, par inoculation de voisinage, avant qu'on ne la cautérisât; chancrelles qui, au moment de la cautérisation, n'étaient pas encore apparentes ;

Soit enan d'un coït imprudemment hâtif ou de quelque autre cause analogue qui a accidentellement porté du pus chancrelleux en contact avec la plaie de cautérisation.

Pour obvier à ces diverses causes de réinoculation, il faut:

Après que le caustique a agi, l'enlever soi-même, autant que possible, afin de pouvoir compléter illico la cautérisation si elle a été insuffisante;

En règle générale, quand il y a plusieurs chancrelles, n'en détruire aucune ou les détruire toutes â la fois ; les survivantes risquant fort, en dépit de tous les occlusifs, de réinoculer les plaies de cautérisation ;

Bien avertir le malade de la possibilité de voir, durant les quatre oii cinq jjremiers jours, survenir de nouvelles chancrelles à côté de celle qui a été cautérisée, et lui faire comprendre l'importance de revenir aussitôt qu'il s'apercevrait de quelque chose de semblable.

A quels signes reconnaît-on que la réinoculation a lieu ?

On doit s'en douter lorsque la plaie, qui était d'un rouge vermeil et unie, devient jaune, anfractueuse ; lorsque son contour, qui était constitué par une ligne courbe régulière, devient sinueux, lacinié, comme formé par une série de petits arcs, chacun appartenant à un cercle de diamètre différent; lorsque ses bords, qui se continuaient avec le fond de l'ulcère, commencent à en être séparés par un décollement.

Averti par ces changements que la plaie redevient chancrelleuse, le médecin doit-il en tenter à nouveau la destruction au moyen du caustique?... D'une manière générale je

CHAÏSGRELLE. 465

désapprouve cette nouvelle tentative, parce qu'elle se fait à un moment où elle est moins utile que la première et dans des conditions moins favorables. Cependant, si le malade la réclame, si l'on peut intervenir avant que la réinoculation n'ait beaucoup agrandi l'ulcère, si surtout on croit alors être en sûreté contre de nouvelles chances de réinoculation, on peut essayer une seconde fois l'abortion.

Traitement morateur^ . — Je ne trouve que ce néologisme pour désigner le traitement par lequel, renonçant à détruire la chancrelle, on la laisse volontairement durer quelque temps.

L'expérience a prouvé, en effet, que là où l'abortion serait impossible ou dangereuse à tenter, on arrive, par une direction appropriée, à neutraliser peu à peu, mais sûrement la propriété contagionnante de la chancrelle, et à l'amener à la réparation, puis à la cicatrisation, en empêchant, durant ce temps, les accidents principaux, c'est-à-dire une trop grande extension de l'ulcère, sa reproduction par inoculation au voisinage, la formation de bubons, le phagédénisme, et ultérieurement l'herpès récidivant. Je réalise ces avantages par l'ordonnance suivante :

N" 30. — « Trois fois par jour, appliquer sur la plaie un peu de charpie mouillée de :

Nitrate d'argent 8 décigrammes.

« Lorsqu'on va renouveler le pansement, avoir soin d'abord de détremper avec de l'eau la charpie qui est en place, assez longtemps pour qu'elle se détache presque d'elle-même.

« Eviter de frotter la plaie en vue de la nettoyer ; éviter de la presser, d'en tirailler les bords : éviter, en un mot. tout 'Ce qui pourrait la faire saigner. »

1 De mora, délai, retard.

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