‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 10 sur 47 · MASSAGE · texte numérisé non relu

MASSAGE

qu'on pratique avec le lalon du pouce, après avoir mis les muscles en élal de relâchement; la percussion des muscles par petits coups secs, avecle bord cubital de la main; enCm\?imoIiiUsation des articulations, soit avec passivité complète du malade, soit en lui recommandant de résister aux mouvements qu'on lui imprime.

Les séances ne doivent pas durer plus d'une demiheure au début du traitement : on les allonge proprogressivement jusqu'à une heure. Les manœuvres, assez douces au début, doivent devenir peu à peu plus énergiques, mais sans jamais provoquer de douleurs ni d'ecchymoses.

Le massage général entre pour une part importante dans le traitement méthodique de la neurasthénie et de certaines formes de l'hystérie, imaginé par Weir Mitchell. Cette méthode dont l'élément capital, l'isolement, a été préconisé et appliqué bien antérieurement par Charcot dans le traitement de l'hystérie grave (1), seradécrite en détail au chapitre de la neurasthésie.

Dans le deuxième cas, le massage est dirigé contre les manifestations locales de l'hystérie. Déjà Brodic (2) le recommandait chaleureusementdans les cas d'arthralgie. Récamier (3), Valleix le préconisaient également dans les paralysies et surtout dans les contractures d'origine nerveuse. Il ne parait pas bien utile dans les troubles de la sensibilité, si souvent mobiles, et qu'on peut modilier par d'autres

(1) CiiAKcoT. Ler. .sur les mal. du. .sysl. iwrveii.r. T. III, 1887, p. 2t:].

(2) Brodie. l'allioliii/icnl and si/rgical obserr. on disea.s-e.s- of Ihe joinls. Lonclr,n, 1822.

(3) R.i;cAMii-:n. lieu, nirdic. fran'-alnc cl clranai'rp. .lanvinp

im, p. 71.. . .

agents plus sûrs. Cependant Ilïmerfarlh (1) aiïirme avoir eu de bons résultais dans les aneslhésies el surtout dans les hypereslhésies cutanées. Ce qui est plus important, c'est qu'il réussit parfois dans l'ar- Ihralgie hystérique. Charcot (2) rapporte une observation de coxalgie hystérique traitée par celte méthode. Chaque séance de massage transformait pour une heure, une heure etdemie, la contracture douloureuse en paralysie flasque. A chaque séance l'amélioration devenait de plus en plus longue; mais le malade partit sans attendre la guérison complète. Cette dernière a été obtenue par Dumm (3) dans un cas d'arthralgie du genou.

Pour les contractures spontanées, il faut bien distinguer les anciennes de celles qui sont récentes. Autant les premières sont de pronostic indéterminé, rebelles souvent à tous les agents thérapeutiques, autant d'habitude les secondes cèdent facilement au massage. « Aussitôt qu'on se trouve en présence d'une contracture spontanée, dit P. Richer (i), il est tout indiqué d'essayer contre elle les frictions des antagonistes, choc sur les tendons, irritation des nerfs qui produisent un mouvement contraire à celui qui estlefaitdes membres contracturés. »Les malades de la Salpètrière se rendent le mutuel service de faire disparaître par desfrictions ou des malaxations les contractures qui persistent après l'attaque. P. Blocq (5) affirme également le succès que peut

(1) HuNERFARTii. llctndbtic/i des massages, Leipzig 1886.

(2) Chaucot. Loc. cil., p. 393.

Dumm. Ber Massaqe in cler Neitropalhologie. Vien. Klin. 1888 loi- Iloft.

(4) P. RiciiER. Paralysies cl coiilracli/res hyslériqiies. 1892. p. 140.

(■'■>) 1'. Ulocq. Thèse Paris, 1888. Olis. XII, p. 113.

ÉLKCTROïnÉRAPIE

avoir, dans les cas de contracture spontanée, le massage des masses musculaires pratiqué avec légèreté et précaution. Chez une jeune hystérique de ma clientèle, atteinte chaque jour depuis plus d'un an de contractures multiples des membres, des paupières, des muscles laryngo-pharyngiens, on obtient sans trop de peine la disparition de la raideur musculaire en malaxant les muscles, et en imprimant de force aux jointures des membres malades leurs mouvements normaux.

Les spasmes rythmiques, quelle que soit leur localisation, peuvent ètreicombattus par les mouvements forcés et le pétrissage des antagonistes. Je parlerai de la chorée rythmique au chapitre de la chorée, quoique ce soit une manifestation éminemment hystérique.

Le massage abdominal est utile en cas d'atonie gastrique, et fait surtout merveille dans l'atonie intestinale avec constipation. On agit par pressions et par frictions d'inLensité progressive sur le gros intestin, de la fosse iliaque droite à la fosse iliaque gauche, en suivant la direction normale des mouvements périslaltiques.

Éiectpoihérapie. — Des différentes formes sous lesquelles est employée l'électricité, galvanisation, faradisalion, franklinisalion, cette dernière seule exerce une influence nettement favorable sur l'état général hystérique ; et encore elle est loin d'offrir contre lui les mêmes ressources que l'hydrothérapie. Kn revanche les divers procédés d'électrisation peuvent tous rendre quelques services contre certaines manifestations locales de la névi'ose.

L'éledririté statique^ longtemps négligée après avoir été la seule application médicale de l'électricité, a

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élé récemmenl remise en lionneui- dans le Lrailemenl des maladies nervensespar Charcot (1) et par R. Yigom-oux (2). Le procédé habituel est le lain électrostatique. La machine de Carré, modifiée par Yig(juroux, est la plus usitée ; elle est enfermée sous une cloche de verre, ce qui permet à l'aide du chlorure de calcium, de la maintenir dans un air assez sec pour qu'on puisse s'en servir en tout temps. A la Salpêtrière, elle est mise en mouvement par un moteur à gaz de Bischop. Le patient se place sur un tabouret isolant mis en rapport avec un des pôles de la machine ; il se trouve alors sur le trajet des conducteurs dont il partage l'état électrique, et représente un prolongement d'un des pôles de lamachine. L'autre pôle est prolongé parle sol. L'électricité qui se répand sur le corps du patient n'est pas à l'état stable ; incessamment elle se renouvelle et s'échappe par tous les points du corps, surtout par les parties saillantes, en produisant des sensations spéciales : picotement sur tout le corps, toile d'araignée flottant sur le visage, etc.

A l'aide d'excitateurs, on peut localiser cette décharge; l'excitateur est formé d'une tige de bois ou de métal munie d'un manche isolant et communiquant avec le sol par une chaînette ; il se termine en pointe ou en boule. Si on l'approche à 15 ou 20 centimètres de la peau, le patient éprouve la sensation d'un ventfraisou tiède, cesl\e mit éJertn'que. A G ou <S centimètres, on fait apparaître Vaii/rcfte : de fines stries lumineusesparlent en pinceau de l'excilateur et produisent sur la peau la sensation de pi-

(1) CnAucoT. Do rÉlcctvicité slatique. Progi: Médical, p. 33;]. 18'Jl.

i'i) Yiaouwovx. A rclii vos Je neurologie. 1881.

ÉLECTRICITÉ STATIQBE 51

qùres mulliples. A une dislancc plus faible encore, surtout avec l'excitateur à boule, on obtient Vétinrelle^ souvent avec la contraction du muscle sousjacent. Enlin la friction électrique consiste à frotter avec une certaine force une tige métallique sur le malade revêtu de vêtements qui doivent être de laine ; au travers de ceux-ci se produit une série d'étincelles. La séance dure de 5 à 20 minutes suivant la tolérance du sujet.

Comment cette méthode est-elle efficace? La raison en est hypothétique, comme du reste pour les autres modes d'électrisation. Cependant, on peut avec Vigouroux (1) comprendre son mécanisme, en considérant que « sur le tabouret isolant tous les éléments de l'organisme sont soumis à la fois à un effort de déformation (strain) par le fait de la charge, et à l'action d'un faible courant résultant de la déperdition ». Celte impulsion donnée au courant nutritif moléculaire expliquerait les remarquables effets qu'on obtient sur la nutrition et l'innervation. Cliarcot a constaté dès ses premiers essais (2) des modifications favorables de l'état général : égalité d'humeur, régularisation des fonctions digestives, disparition des attaques surtout, et résistance plus grande à l'Iiypnotisation, tant que l'insensibilité n'a pas reparu, en somme un amendement plus ou moins durable et parfois définitif. Ces résultats, s'ils ne sont pas constants, montrent tout au moins que la franklinisation n'est pas un moyen à dédaigner.

Quant aux manifestations locales de l'hystérie, beaucoup sont lieureusemenl infiuencées par l'élec-

(1) LF.vii.i.AiiN. Neiirnslhcnie, p. 2.tI. Paris. 1891.

(2) Revue de médecine, p. 141!, 1881.

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tricilé sLaLique comme par les autres modes d'élec- Irisalion.

Ainsi en plaçant un hysLéi'ique sur le tabouret isolant d'une machine statique, on obtient après une séance de 3 à 15 minutes la disparition pour une durée de quelques heures à quelques jours des zones spasmogènes cutanées, sous-cutanées ou viscérales.

On arrive au môme résultat, en pratiquant pendant dix à, vingt minutes la galvanisation des centres nerveux avec deux à six éléments de GaifTe. On place les deux électrodes sur les régions temporales, ou bien on applique l'une sur le front ou sur la nuque, et l'antre au niveau des vertèbres lombaires ou du ventre.

La galvanisation est aussi fréquemment employée à la Salpêtrière contre les attaques hystériques. On place une électrode sur le front et l'autre sur un point du ventre ou des cuisses, puis on intervertit à l'aide d'un commutateur le sens du courant. Celui-ci doit être assez fort (30 à 80 éléments de l'appareil Trouvé). L'attaque s'arrête net après une à trois interversions.

La faradisation, comme la galvanisation, est un agent œsthésiogène des plus puissants; elle fait disparaître les anesthésies au milieu de divers phénomènes dont on trouvera les détails au cliapitre suivant; elle est aussi souvent efficace contre la chorée hystérique, contre les paralysies, lorsqu'on emploie un courant capable de faire conti-acter éncrgiciuement les muscles, contre les vomissements même incoercibles. Ce sont là des succès souvent merveilleux, mais dont il ne faut pas toujours attribuer tout le mérite à l'électrisatiou ; la suggestion on réclame souvent une bonne part.

MÉTALLOTRÉRAPIE

Métallolliérapîeetageiitsjestliésîogèiics. — Acolé de

l'électricité se placent des agents d'action le plus souvent analog-ue à la sienne, la métallothérapie cl les autres a^sthésiogènes. Leur propriété commune est de provoquer chez l'hystérique des changements dans la sensibilité, la motilité et les fonctions vasomotrices. Ces agents, sur lesquels on a fondé pour un moment de grandes espérances, conservent pour la plupart plus d'intérêt physiologique que d'utilité scientilique ; on ne peut cependant leur dénier une certaine efficacité contre diverses manifestations locales de la névrose.

Dès l'antiquité, la médecine empirique avait appliqué des métaux sur la peau dans un but thérapeutique (1): Galien employait les plaques de plomb contre l'érotomanie, Avicenne et Paracelse contre la douleur; Alexandre de Tralles appliquait l'or contre les arthralgies;les contemporains d'Aristote, le cuivre contre les plaies douloureuses. Dans notre siècle même (1827) Sachs, commentateur de Wichmann, faisait disparaître par l'application d'objets en fer les contractures et les convulsions d'une hystérique. Despine d'Aix, en 1838, employait les plaques métalliques cliez une hystérique cataleptique.

Tel était l'état de la question lorsqu'à partir de 1830 Burq (2) publia plusieurs mémoires sur les effets que produisait l'application des métaux à la surface du corps humain. D'après lui, l'application de certains métaux sur la peau pouvait faire dispa-

()) AxENFEi.DET tluciTARi). TruHé 'Jcs NévvoiiCK, 1883, j). H19.

(2) BrjRQ. Acad. des Sciences, \ l février IS.'jn. Thèse inaug. Paris, 18.')I. — Mi'IaUolliKrapie. Nouveau Iraileiiicnt par les appliculion.s wrAdlliqucs. Paris, 1853. — .Vr/aHoUiérapie du cuivre. Paris '.807. — Im mélaUoIhéraple dans le service de M. le prof. Verneuil. Paris, 1877, cLc.

g/t IIYSTI-:iUE

raîLre des aneslliésics, des conli-acUires, des paralysies, à condition que les malades fussent sensibles aux mélaux employés. En outre, lorsqu'un malade était sensible à un métal déterminé, il suITisait d'administrer ce métal à l'intérieur pour obtenir une action curative puissante. Il fallait dès lors chercher le métal actif par la métalloscopie, l'appliquer à l'extérieur suivant les règles de la mélallothérapie externe et l'administrer à l'intérieur, ce qui constituaitla métallothérapie interne. Cette seconde partie de la méthode de Rurq n'a pu supporter la critique expérimentale, et n'a pas survécu à son auteur. Quant à la métallothérapie externe, les recherches de Charcot, qui cà partir de 1876 refit avec Burq toutes ses expériences, et les travaux de la commission nommée en 1876 par la Société de Biologie (1) ont établi sa valeur scientifique sur des bases indiscutables.

Il est donc avéré que, lorsqu'on applique une plaque de métal sur la peau d'une hystérique anesthésique et amyosthénique, au bout d'une à plusieurs minutes, la sensibilité revient en même temps que la force musculaire augmente. La zone de sensibilité s'étend comme une tache d'huile à partir du pourtour de la plaque, et envahit successivement les membres et le tronc. Simultanément la sensibiHté sensorielle revient, la température s'élève, la circulation reprend son activité, et des piqûres exsangues avant l'application métallique devienneni aussitôt après sanguinolentes.

Tous les métaux, et les plus usuels sont l'or, hi

(1) Ciimmlssion de la Soc. deBiolof/ie (Cliarcol, Luys, Dumont-Pallinr. — Dumont-l^allicr rapporteur). 14 Avril I8TÎ- 10 Aoùl 1818.

MKTALr.OTIIIOHAlMR

cuivre, l'argent, le zinc, le plomb, le lailon, l'élain, le fer, ne pvoduisenL pas indifféremment ces effels i chez un même malade. Chacun d'eux a une sensibililé mélallique personnelle, mais variable d'un sujel à l'aulve : ce que Burq appelait l'aptitude métallique. Certains sont sensibles à plusieurs métaux, c'esl à-dire bimétalliques ou polymétalliques. Cette sensibilité est en général constante pour le même malade: elle varie cependant quelquefois; elle peut même disparaître momentanément après des applications fréquentes, une perturbation électrique, ou à l'approche des grandes attaques.

En même temps que la sensibilité reparait dans la région anesthésiée, elle disparait dans la région symétrique, qui était sensible au début de l'expérience. C'est là le phénomène du transfert trouvé par Gellé pour l'ouïe, et dénommé par Dumont-Pallier. De plus avant que l'anesthésie, une fois la plaque métallique enlevée, ne reprenne sa position primitive, elle subit un certain nombre (Vomllations sucressires^ dix ou douze au plus, pendant lesquelles on peut la constater alternativement des deux côtés.

Ainsi transférée, l'anesthésie devient moins tenace, et dans certains cas finit par disparaître. Dans les anestliésies organiques, il n'y a pas de tranfert, et l'effet est permanent (I). Cette règle est vraie du moins dans la majorité des cas.

Les applications métalliques ne modifient pas seulement l'anesthésie; elles peuvent agir également sur les autres manifestations hystériques : paralysies, contractures, catalepsie, et,c.

Cependant les résultats ainsi obtenns sont ti'ansi-

(1; OcLMONT et r>.\Nnoi,T. Prorp'cs nu'dical, 1877, p. 381.

5(5 IIYSTÉIUE

toires; qu'on laisse ou non l'armalure métallique en contac't avec la peau, la sensibilité disparaît au bout d'un certain temps des régions où on l'a ramenée :

anesthèsie de retour. Ces phénomèmes ont donc ]> un intérêt plutôt physiologique que thérapeutique. Il est possible néanmoins de rendre plus durable l'efTet du transfert. Yigouroux (1) a montré qu'en recouvrant le métal actif d'un autre métal dit neutre, il rend le premier inerte et immobilise le phénomène dans la phase oîi il se trouve. Dumont-Pallier le fait même persister indétîniment, après enlèvement du métal actif qui a déplacé la sensibilité, en maintenant appliqué un métal neutre sur la région primitivement sensible.

Par contre, l'application d'un métal actif sur une partie du corps précédemment aneslhésique et redevenue sensible fait reparaître l'anesthésie. C'est l'aneslhésie post-métallique (Burq), dont l'importance pronostique est considérable, car elle indique chez un malade qu'on peut croire guéri, qu'il est au contraire encore en puissance d'hystérie.

A côté des métaux, il faut placer de nombreux i agents œsthésiogènes dont la liste déjà longue esti sans doute destinée à s'accroître encore : des métaux, à l'état liquide, mercure, ou à l'état gazeux, vapeurS' mercurielles [Pitres (2)] ;

Le gaz hydrogène [Pitres (3)];

Certains minéraux ou sels minéraux, bisulfure de fer, fluorure de calcium, sulfate et carbonate de fer, graphite, amiante, etc. [Parona (-4)] ;

(1) Vic.oimoux. Sur la théorie phjsique delà mctallolhcrapie.' Soc. (le Biol(if/ie 18^^, p. -401.

(2) PlTRKS. Loc. cil., p. 150, t. I.

(3) /(/., ihid.

[i] Parona. Ann. Univ. de Mcd. cl C/iii\, ocl. 1879, p. 336.

AGENTS iESTUÉSIOGÈNES

Le coUodion [Seure (1)].

Le bois : H. Bennet avec des disques de bois, Weslphall avec des jetons en os ou en ivoire, Dujardin-Beaunietz ("2) avec des disques de bois divers qu'on peut diviser, comme les métaux, en bois neutres et en bois actifs, et dont le plus actif serait le quinquina ;

Les excitations cutanées diverses : d'abord les agents thermiques comme le froid (Regnard, Yigouroux) ; la glace et l'eau à 45° [Thermes (3)] ; ensuite les sinapismes [Weslphall ; Inglis (4)] ; les vésicatoires [Grasset et Biaise (3)] ; les vibrations sonores et mécaniques [Vigouroux, Maggiorani (6j] : on fait appuyer la main sur la caisse résonnante d'un diapason pour avoir l'action locale ; pour l'action générale, on place le malade sur la caisse elle-même ; la pilocarpine en injections sous-cutanées, et le jaborandi employé à l'intérieur [Grasset (7)1, [Lannois (8)] ;

Le nitrite d'amyle en inhalation (Rosenthal; Urbantschisch).

Tous ces corps peuvent, chez certains malades, réveiller la sensibilité dans les régions anesthésiques. Parmi eux les aimants et les soUnoïdes méritent une place à part. Dès l'antiquité la plus reculée on a connu les propriétés de la pierre d'aimant; elle guérissait la céphalalgie (Marcell'Empirique), l'insomnie (Albert le Grand), les spasmes (Paracelse). Au siècle

(1) Seure. Bull, de Tliévap , 13 ocL. 1880, p. 220.

(2) DuJARDiN-LÎEAUMETZ. Bull. (le Tliérup., lo aoiïL 1880.

(3) TiiERMF.s. Soc. de Liiolor/ie, 12 oct. 1879. (i) Inolis. Edimb. Méd. Journal, di-c. 1878.

Grasset. Gaz. llebdom , p. 8, 1880.

(6) Maocuorani. .Journ. d^Hij(/iène, 1881.

(7) Grasset. ./o«/7j. de Tltcrapeulique, ii» 1, 1880.

(8) Lannihs. .four, de Thérapeiilique, 18 avriil880.

58 IIYSTKHIE

dernier, Audry eL Thourel (1), les rapporteurs de la laineuse commission nommée par la Société royale pour l'examen du magnétisme animal, remarquaient que l'aimant soulageait souvent la douleur, et même la transportait d'un point à un autre. La mélallothérapie rappela l'attention sur l'aimantation longtemps abandonnée. L'aimant possède au plus haut degré toutes les propriétés qui appartiennent aux plaques métalliques (Maggiorani (2), Charcol, Debove (3).] 11 en est de même des solénoïdes. des électro-aimants, appareils d'expérimentation dont l'emploi avait pour but de supprimer chez le sujet l'influence de l'expectant attention. L'hystérique sensible à un métal quelconque est ordinairement influencé par l'aimant. Il vaut donc mieux s'adresser à lui qu'essayer la longue série des métaux. L'aimant qu'on emploie à la Salpèlrière a la forme d'un gros fer à cheval, et une puissance d'environ 30 kilogrammes. Ses pôles sont appliqués perpendiculairement à la région sur laquelle on veut agir; on ne sait pas très bien si ses deux pôles possèdent une action identique ; il semble en tout cas que la sensibilité se modiflc plus rapidementau niveau du pôle sud. Parfois l'aimantation produit de la céphalée, des accidents convulsifs. Il est aussi des cas dans lesquels elle ne produit aucun résultai. Debove a montré qu'on l)eut rendre ses efl'ets durables, en usant d'à iman talions répétées à intervalles rapprochés, et qu'on peut éviter le transfert par l'aimanlation bilatérale el prolongée.

(I Audry cl Touriît. Méni. du lu Soc. l]oy. de médecine, lll'J, I. III.

Mac.qiorani. l\fa:jnelcli Jiervosi. Milan, 1869. — l'isolo;/i'> de 111(11/ iielo, 1876.

DEHOvii. Soc. Dicd. 1880.

AIMANTS HT SÛLÉ.NÛÏDES : • ' SU

Le translerl des phénomènes morbides peut avoir lieu non seulement d'un côté à un autre, mais encore, d'après les curieux travaux, de Babinski (1), d'un sujet à un autre, chacun remplissant par rapport à l'autre le rnle que joue un côté du corps par rapport au côté opposé. Deux hystériques, plongés dans le sommeil hypnotique ou éveillés, sont assis dos à dos, en contact ou isolés, un aimant placé à côté de l'un d'eux. Le transfert se produit alors soit pour les accidents divers qu'on leur a suggérés dans l'hypnose, soit pour ceux qui sont survenus naturellement en dehors tle la suggestion. Dans une autre série de cas les résultats sont encore plus curieux. Si l'on accouple un hystérique en puissance de paralysie ou de contracture à un sujet somnambulique il côté duquel on a placé un aimant, le sujet hypnolisé ne tarde pas à présenter les phénomènes qui existent chez le voisin; mais il n'y a pas de transfert, du moins au début, et ceux-ci continuent à persister chez le sujet primitivement atteint. Après plusieurs aimantations successives, ils s'atténuent et iinissent même par disparaître. C'est ainsi que Babinski a pu guérir des accidents rebelles à la méthode d'aimanlation ordinaire.

L'interprétation de ces faits étranges ne peut être donnée par un seul ordre de causes. L'expectanl allenlion de Tuke (2) et de il. Bennet (3) doit certainement s'attribuer certains résultats. On sait en

(1) Hauinski. Soc. de fliolor/ie, 0 nov. 18SG. — Progrea médical. 20 nov. 1886.

(2) II. TuKK. Mctalloscopy and cxpccl.'inl, altrnlion. — The journal, of ncvi oses and mental di.s\ 187!), \). .'iori.

(■'A II. HKNNiiTT. Ilrnin , DCA,. 18, ji. '6'^\. — llril. nied. joi/rn., 23 nov. I8"8.

60 IIVSTI-IRIE

effet qu'une simple émoLion morale peut modilier toute la sensibilité d'un sujet. Donc dans bien des cas, l'imagination du patient, la suggestion produite inconsciemment par l'expérimentation seront seules en cause. Mais cette influence psychique n'est pas la seule, et dans de nombreuses expériences de contrôle, elle n'a pu rendre compte de la différence des effets obtenus sur un sujet par des moyens identiques en apparence. 11 faut donc admettre que, dans la plupari des cas, les œsthésiogènes agissent par l'intermédiaire de forces physiques; et celles-ci sont très vi'aisemblablement des courants électriques. Regnard (1), adjoint à la Commission nommée par la Société de Biologie, a constaté par des expériences ingénieuses cette action électrique, et l'a résumée dans les propositions suivantes :

1" Des métaux appliqués sur la peau humaine déterminent des courants d'une intensité suffisante pour être mesurés par des galvanomètres très sensibles.

2° L'intensité de ces courants est variable selon la nature du métal appliqué et selon l'état de la peau.

3° Le passage dans la peau d'un courant de pile, d'une intensité égale à celle du courant que détermine sur la même peau l'application d'un métal actif, produit exactement les mômes effets a'sthésiogènes que le métal lui-même.

Traiteniciit iiicdicauicntciix. — Si l'on mesurait ce chapitre à l'utilité du traitement pharmaceutique, il pourrait être l)icn écourté; et cependant longue est la liste des médicaments qu'on a imaginés contre

(I) Ueonard. Rapport Duiuont-Pullicr. Soc. Biologie. 14 avril 77,— 17 février 77.

AiNTISPASMODIQUES G'I.

riiystérie. Tout a été employé contre elle, depuis l'esprit volatil de vipère, la poudre de pénis ou de placenta desséché, le bézoard de Jupiter que Baglivi reconnaissait encore comme spécifique, les saignées répétées jusqu'à 1400 fois en neuf ans chez une femme d'Alexandrie qui guérit, jusqu'aux nu\vens fournis par la chimie moderne ; et ce qui est frappant, tout au moins chez les anciens médecins, c'est l'incroyable assurance avec laquelle ils affirment avoir guéri leurs malades. Même pour les médicaments plus scientifiques employés par les médecins de nos jours, il est certain que leur utilité est très contésfable contre la névrose même, et qu'ils peuvent être tout au plus indiqués contre quelquesunes de ses manifestations.

Les anUsjmsmocliqiies sont les moyens dont on a usé le plus depuis les temps les plus reculés, et dont on a le plus abusé. On sait les liens étroits qui pour les anciens rattachaient l'hystérie à un trouble utérin; convaincus que l'utérus avait horreur des odeursdésagréables et qu'il s'enfuyaitàleur approche, ils avaient songé naturellement à le faire rentrer à sa place en approchant du nez des substances fétides, ou plus tard en les administrant par la voie digestive. Le castoréum, l'assa fœtida, la valériane, le galbaniim, le musc, la civette, etc., ont formé l'arsenal oii, depuis Galien jusqu' à des temps bien rapprochés, on a puisé des armes contre l'hystérie. La valérlfiiip seule jouit encore de quelque vogue, employée sous forme de poudre, d'extrait, de teinture, de valérianate d'ammoniaque, de pilules de Méglin ; niais son action sur l'hystérie même est nulle; tout au plus peut-elle exercer une action calmante sur l!créll:isme nerveux qui |)récède ou suit les al-

Q2 IIYSTÉIUE

laques, sur des spasmes passagers comme la slrangulaiioa, la boule hystérique. Mieux encore, Uthcr, d'abord employé comme substance odorante, peut, administré à petite dose par voie d'inlialation ou d'ingestion, exercer sur ces mêmes phénomènes une action aneslhésique bienfaisante. Mais i\ faut se rappeler que l'éther excite certains malades au lieu de les calmer.

Les stupéfiants, narcotiques ou anesthésiciues, ne rendent guère plus de services. "L'opium jouissait encore d'une grande faveur près des médecins il y a trente ans. A la suite de Sydenham et de Boerhaave, Briquet,Gendrin,Bernutz,ledonnaientd'unemanière continue pendant des mois, en augmentant graduellement les doses jusqu'à la dose considérable de 0,20 cent, et plus d'acétate de morphine. On ne croit plus comme eux qu'on puisse ainsi combattre avec succès tous les accidents spasmodiques el douloureux de la névrose. V injection de morjMne est un moyen héroïque qui peut arrêter une attaque convulsive ou calmer un phénomène douloureux ; mais avec des accidents sans cesse renaissants, il faudrait la recommencer sans cesse; et c'est une bien grande responsabilité pour le médecin que d'inviter aumorphinisme chronique un malade aussi suggestible. A plus forte raison faut-il repousser la Bcltadonc el Yatrojme, qui produisent des accidents toxiques avant d'avoir eu les moindres effets thérapeutiques.

Un mot, àce propos, sur ce qu'on a nommé l'alaxie thérapeutique des hystériques. Certains de ces malades réagissent devant les médicaments d'une fac^on tout à fait inattendue, tantôt réfractaires à des doses vraimenténormes, tantôt empoisonnés par des doses inlinilésimalcs. Si quelques-uns de ces faits paraissent

BROMURES, CIILORAL, ANTIPYRtNE G3

indéniables, beaucoup ne paraissent pas avoir été l'objet d'un contrôle suiïisamment sévère. Certains malades insufTisamment surveillés simulent l'ingestion d'un remède qu'ils ne prennent pas; d'autres au contraire, éminemment suggestibles, exagèrent les effets connus du médicament. Ce qui montre bien au reste quel puissant agent thérapeutique est cette suggestibilité, c'est l'effet des pilules de mica-panis, des extraits de taraxacum dens leonis qui, grâce à l'assurance avec laquelle on les prescrit, font souvent disparaître des accidents graves.

Les hromures sont peu utiles dans l'hystérie, aussi bien le plus connu d'entre eux, le bromure de potassium, que ceux de sodium et d'ammonium. C'est tout au plus s'ils ont quelque pouvoir sur l'insomnie, le nervosisme vague qui persiste entre les attaques, l'excitation génitale. Leur insuccès peut même, dans les cas douteux, servir au diagnostic entre les attaques d'hystérie et celles d'épilepsie.

Le rhloral ne peut agir qu'en qualité d'hypnotique, de même que le sulfonal. Les autres hypnotiques de découverte récente, par aldéhyde^ uréthane, hi/jmone n'ont pas d'autre indication, avec une action moins certaine.

Le chloroforme peut arrêter une attaque, mais il est dangereux.

Enfin Vantijnjrine et les corps analogues, exalgine^ anfifêhrinr, etc., peuvent être d'un certain secours contre les douleurs limitées, céphalées, névralgies, etc.

La solanini}, entre les mains de Grasset, a pu atténuer et espacer de grandes attaques.

Kn résumé, tous ces moyens agissent peu ou pas contre la névrose, et quoiqu'on puisse les employer

contre certaines manifestations hystériques, mieux vaut retenir les malades que les pousser dans la voie médicamenteuse, en se souvenant de la parole de Tissot : « Le meilleur remède est souvent de n'en donner aucun. »

TraUcmeiit chirurgical. — L'iiistoire thérapeutique de l'hystérie contient un chapitre curieux et bien imprévu pour une né\rose sine materia^ un chapitre de thérapeutique chirurgicale. Certains chirurgiens ont cherché à obtenir par une opération la guérisun même de la névrose ; d'autres plus modestes se sont seulement adressés à quelques symptômes spéciaux.

I. — Les premiers ont eu l'imagination moins féconde que les opérateurs qui se sont adressés à l'épilepsie. Tandis que ceux-ci essayaient tout, depuis les ablations de cicatrices jusqu'aux excisions de centres corticaux, sans oublier les ligatures d'artères vertébrales, etobtenaient, ainsi que le montre une récente statistique de Wyeth, la même quotité de succès avec les méthodes les plus variées, ceux-là se sont uniquement adressés aux organes génitaux.

C'est un reliquat de la vieille théorie hippocratique qui plaçait le siège de la passion hystérique dans la matrice ; Négrier la rajeunissait en 1858, en faisant jouer à l'ovaire le rôle réservé à l'utérus, et cela paraissait confirmé par l'ovaralgie hystérique et par l'arrêt des attaques d'hystérie sous l'influence de la compression de cet organe. Pour d'autres, toute hystérie n'est pas d'origine génitale ; mais il y a une hystérie génitale, dontPéan donne même la description. « Il y a, dit-il dans ses leçons, deux variétés ])ien nettes d'hystérie, variétés différentes par leur symptomatologic, différentes surtout par leur cause et le ur modo de début. La première, essentiellement

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