‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 21 sur 47 · NEURASTUliiNIl · texte numérisé non relu

NEURASTUliiNIl

larisation de la défécation et de la miction. Il y avail euYéritable action dynamogène sur les centres nerveux.

Cet extrait testiculaire est préparé par d'Arsonval (1) de la façon suivante : les testicules de taureaux, divisés en 4 ou 5 rondelles, macèrent aseptiquement pendant 2i heures dans la glycérine à 30° (1 litre pour 1 kilo). Puis on ajoute 500 cent, cubes d'eau bouillie contenant 23 grammes de sel marin ; ou laisse macérer une demi-heure aprè> avoir mélangé ; on filtre au papier, et on stérilise dans un appareil spécial au moyen de l'acide carbonique sous pression. Ce liquide est employé en injections sous-cutanées, mais il ne doit pas être injecté pur; on le mélange avec partie égale d'eau distillée, récemment bouillie et froide. Le liquide dilué est injecté quotidiennement à la dose de 2 grammes au moins, ou deux à trois fois par semaine à la dose de 3 à 8 grammes.

Brown-Séquard avait conseillé d'injecter cet extrait testiculaire toutes les fois qu'il existe un trouble dans le fonctionnement des centres nerveux. Aussitôt, de toutes parts on se mit à appliquer sa méthode, sans discernement suffisant, non seulement dans les maladies fonctionnelles ou organiques du système nerveux, mais dans nombre d'autres aflections. C'est pourquoi la plupart des faits, si nombreux qu'ils soient, sont-ils peu précis, insuffisamment observés, et par conséquent incapables de fixer la valeur réelle de la médication. Ce n'ést pas le lieu de parler ici des injections de liquides glandulaires divers et en particulier du liquitie thyroïdien, dont les résultats

(1) Arch. de phij.siolor/ie, 1801, p. 594.

i:XTHAlT ÏESTICLÎI.AIHE

favorables dans le myxœdème consllLuenl jusque mainleuauL le succès le plus inconteslable de la nouvelle méthode. Pour ce qui regarde les névroses, el plus spécialement la neurasthénie, les résultats préconisés par Brown-Séquard dans l'épuisemenl nerveux de la vieillesse pouvaient faire préjuger un succès dans une affection dont le caractère est la déchéance des centres nerveux.

« Qu'il s'agisse dans cette maladie, disait récemment Eloy, d'un trouble intime de la nutrition des éléments nerveux (théorie de Erb), d'un défaut d'équilibration entre l'usure et la réparation des tissus nerveux (théorie de Beard), ou bien d'une diminution de la vitalité propre des éléments nerveux par épuisement consécutif à l'excès ou au défaut d'excitation (théorie de Féré), peu importe, les effets eutrophiques, toniques et régulateurs des diverses fonctions produits par la médication testiculaire répondent aux indications symptomatiques du traitement. »

Les premières observations^ publiées par d'Arsonval au nombre de quatre, sont en effet des plus encourageantes. Voici la première dont les trois autres ne différent que fort peu : « M. P., 35 ans, savant éminent, a vu sa santé s'altérer graduellement à la suite de travaux considérables et de veilles prolongées. Le travail cérébral était devenu h)rt pénible, les digestions manvaises, les nuits sans sommeil. Le moindre effort musculaire amenait un épuisement rapide; la marche était dilîicilc. Il y avait paresse du sphincter vésical et émission inconsciente d'urine, rachialgie et accès do fièvre intermittente, alternant a\ec des frissf)ns et une sensation de fi-oid presque conlinuo, surloiil aux extrémités. Injections quoti-

NKURASTUKMK

diennes de 1 gramme de liquide au vingtième. Dès la troisième injection, la tonicité du sphincter vésical avait reparu; suppression également des accès de fièvre et de la sensation du froid. Au bout d'une semaine, la capacité de travail cérébral était normale, el la marche était devenue assurée sans un reste de fatigue. Le malade est revenu à la santé au bout d'un mois. Depuis huit mois, les injections ont été régulièrement continuées et toujours avec le même résultat. Le sujet peut suspendre son traitement pendant dix à douze jours, mais au bout de ce laps de temps il est obligé d'y revenir. »

Ces observations et d'autres amenaient Brown-Sequard à dire : « C'est sur le système nerveux, et spécialement sur le centre cérébro-rachidien qu'agit le liquide testiculaire. Il nous faut admettre que les effets de ce liquide sur la nutrition, sur la chaleur animale et sur les sécrétions proviennent d'actions du système nerveux ».

Cependant les résultats des injections testiculaires dans la neurasthénie ne devaient pas répondre aux espérances formulées. Rénnissant dans une communication récente (1) les documents actuels sur sa méthode, Brown-Sequard concluait à ])ropos de la nenrasthénie : « A notre grande surpi'ise, une alïection à la mode et qui, si elle n'existe pas aussi souvent qu'on le croit, est néanmoins très fréquente, la neurasthénie, dont plus de 80 cas ont été traités par notre procédé, n'a pas donné à beauctuip pi'ès autant de cas de guérison ou d'amélioration notable que des affections organiques telles que les diverses

(1) BiiowN-SnQUAUD Cl d'Aii SON VA L. Ac. (Ics Sciciices. 2i avril

E.VTlt.MT DE CAPSULES SURRÉNALES U9

scléroses de la moelle. En effet la proportion des cas décidémenl heureux de traitement de la neurasthénie n'a été que de 50 à (10 pour 100. » 11 faut avouer que cette proportion serait elle-même singulièrement satisfaisante ; mais elle paraît encore dépasser de beaucoup la réalité, s'il faut en croire de sérieux observateurs. Brown-Sequard lui-même a dû faire de nouvelles réserves. A propos d'une observation de Féré (1), il ripostait : « J'ai dit et j'ai publié que dans l'épilepsie les injections de liquide testiculaire échouaient toujours. J'ai fait voir que l'hystérie était très rebelle à cet agent thérapeutique; j'ai ajouté que l'épuisement nerveux qui résulte de ces deux maladies n'était point justiciable de ma méthode... » Tout récemment encore (2', Baudin (de Besançon) et Mossé (de Montpellier), après avoir expérimenté les injections organiques, séquardiennes et nerveuses dans nombre de maladies fonctionnelles ou organiques du système nerveux, constataient que leur inlluence est nulle le plus souvent, légère et passagère dans les cas les plus favorables, et même alors le plus souvent attribuable à l'auto-suggestion. En présence de ces contradictions, il y a donc tout intérêt à attendre jusqu'à plus ample informé pour décider la valeur de la méthode.

Parmi les extraits de liquides organiques, l'extrait testiculaire n'est pas le seul à avoir été essayé dans la neurasthénie. Il faut ajouter les injections d'ft'//-«// (If. rnpmlei^ surrénalps employées par Huchard (3), mais sans snccès,j)Our diminner l'asthénie musculaire des

(1) Soc. ili' Biologie, 3 juin 180:3.

(2) Associal.ioii pour Uavanrement des sciences. Congrès ilo JJcsançoii, 1893.

{?,) èoc. fie Tlii':raii?i(Uqi(e, 10 mai 1893.

.MÎURASTIIÉNIE

neuraslhéniques : el surtout Ve.rlrait de substance cérébrale tenté par Constantin Paul sous le nom de tramfusion nerveuse. C'était du reste surtout aux neuraslhéniques que s'adressait le nouvel extrait: et C. Paul se proposait de faire « quelque chose d'analogue à la transfusion du sang, en pratiquant une transfusion nerveuse pour combattre cette affection (1). » C. Paul s'est inspiré de cette observation de Babès (de Bucharest), que, dans la méthode intensive du traitement pastorien de la rage, la quantité de substance médullaire contenue dans le liquide injecté (20 cent, cubes par jour) ne doit pas être une quantité négligeable, et que des injections de moelle saine ont paru même dans certains cas exercer une action réelle. L'extrait employé se prépare avec la substance cérébrale du mouton, de préférence avec la substance grise, suivant le procédé recommandé pour l'extrait lesticulaire. La solution au 1/10 est injectée dans le tissu cellulaire sous-cutané à la dose de 5 centim. cubes. Avec ces injections, C. Paul obtient des succès surprenants dans l'ataxie et la neurasthénie en particulier, succès qui, il faut bien le dire, sont loin d'être confirmés par les observations ultérieures. Quoi qu'il en soit, voici d'après sa communication à l'Académie de médecine et la thèse de son élève Du- Iburnier (2), les résultats de sa thérapeutique : <> Sur 29 neurasthéniques, dit Dufournier. deux atteints de neurasthénie cardiaque ont guéri; l'un avec une seule injection esl remonté de 36 pulsations à 60; l'autre, un jeune homme de dix-huit ans, atteint de lacliychardie, est revenu après quatre injections de

(1) Acad. de ISlt-decine, 2V< avril 18!)3.

(2) Des injections de liquides organiques au point de vue ptiysiologique et t/icrapeulique. Thèse Paris 1893.

EVriîAIT DE SUBSTANCE CÉRÉliliAI.E

i2ti pulsations aryUimiques à 70 pulsations régulières, et a pu reprendre son travail d'opticien. Les 27 autres cas de neurasthénie se divisent ainsi ."quinze ont éprouvé une notable amélioration de force musculaire et d'aptitude au travail, une diminution des pollutions nocturnes sans érections, quelques-uns le retour des érections spontanées. Cinq neurasthéniques à forme hypochondriaque sont restés dans le même état. »

Le nombre des malades actuellement traités,'s'élève il 50, et Constantin Paul n'a guère obtenu que des succès ou des améliorations dans les neurasthénies cérébro-spinale et spinale, dans celle de la méno- (lause et des atTections utérines, dans la chlorose nerveuse, dans les formes cardiaque, des adolescents, gastrique et sénile. Les résultats ont été moins lieureux dans la neurasthénie génitale de l'homme, dans celle des hystériques, et surtout dans i clle des mélancoliques et des hypochondriaques, qui « décidément n'est point justiciable de la translusion nerveuse '>.

Parla mèmeméthode, Gibier(i)observeuneamélioration considérable dansun cas d'épilepsie, etBabès(2) guérit ou améliore 3 cas de neurasthénie et II cas d'épilepsie essentielle. Cullerre (3), essayant sur des aliénés le suc tcsticulairc et l'extrait de substance cérébrale, obtient des résultats inespérés au pointde vue ])liysique, dévelopi)e l'nppétil, et augmente le poids du corps, mais ne peutmodiûer en rien l'élat mental.

(1) Soc. (le inéfirciitn (le N.-ïor/,-. 2G décembre 18!)2. (2; Dents, med. \V(jcheiichs., 1893, ]>. 27!). (3) Gazelle imUI. de Paris, 27 .-irMil 1892. — Assoc. pour l'iivanccnicnt des sciences. Besancon, 1893.

J22 MiUHASTIlKMl-^

La simililude d'acUon allribuée aux extraits cérébral et testiculaire a fait supposer qu'ils devaient leur propriété à un principe commun. Ce principe a été isolé; pour de Pœhl (1) et Gautier (i), c'est une leucomaïne, la spermine, dont la formule chimique est C^ir'Az-. Injectée à l'état de cblorliydrate, elle exerce, parait-il, une action tonique analogue, quoique certainement inférieure à celle des extraits eux-mêmes.

Crocq fils (de Bruxelles) (3) a pensé à son tour (luc le phosphore contenu en assez grande quantité dans ces deux extraits devait jouer un rôle important dans leurs effets névrosthéniques. Il se sert d'une solution de PJwspJiate ch sonde dissous à la proportion do l pour 50 dans de l'eau de laurier-cerise, ou mieux, pour éviter la douleur cuisante qu'elle provoque, dissousdansde l'eau stérilisée légèrement alcoolisée ('0- On injecte d'abord 1 puis 2 et eniin 3 cent, cubes de cette solution par jour, et continue la dose quotidienne de 3 cent, cubes jusqu'à guérison complète. Là encore, même incertitude sur les résultats. Les succès obtenus par Crocq fils dans l'épuisement nerveux et dans d'autres (cachexies, ont ét(? retrouvés par Chéron et d'autres observateurs. Par contre, nombre d'autres, et Francotte(3) en particulier, n ont cons taté que des résultats incertains.

(1) Commun, à la Soc. wcdic. de Sl-l'élcrsboan/: 20 fc-

vrici' 1S92.

(2) Acad. des Sciences. 11 juilKH 1802.

(3) Gaz. Uebdomad., n" 42-43 1892 - n° 12, 1893. f4'l Phosiihatc de soude ■- ■ ■ 2 i:iv

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