‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 23 sur 47 · G iNELUASTllIÎMIC · texte numérisé non relu

G iNELUASTllIÎMIC

trop souvent raclivUé de l'estomac; aux repas il faut éviter la surcharge alimentaire. De courtes périodes de diète font partie du traitement de Leube. Par contre, dans les cas assez fréquents où les malades ont de la répugnance pour toute espèce de nourriture, il faut veiller à ce que leur ration alimentaire soi! su fil saute.

Le régime préférable est le régime mixte, d'où l'on écartera les mets de haut goût, le gibier à viande noire ou faisandé, les crudités, les fromages fermentés, les graisses et aliments gras. Pour leur choix du reste, on considérera plulAl leur digeslibilité que leur valeur nutritive ; on tiendra aussi grand compte des sensations du malade. Les boissons, réduites de quantité, seront de préférence du vin blanc coupé d'eau, de la bière légère, du thé chaud.

S'il y a tendance à la stase et à l'hyperacidité par fermentation, on donnera après chaque repas dans un demi-verre d'eau une cuillerée à bouche d'une solution d'acide chlorhydrique à 1 0/0. Vigouroux cependant regarde l'acide chlorhydrique comme inutile et même nuisible, car il augmente la dyscrasie acide qui, pour lui, prime tout. Ainsi il a constaté que l'urine était hyperacide au premier chef chez un de ses malades dont le suc gastrique, examiné par Hayem. était auacide et apeittique.

r) S'il existe une véritable dilntafion de Tcstomar. le régime alimentaire sera le même, mais jibis sévère encore; on choisira les aliments (jui laissent le moins de résidu; les boissons seront réduites au minimum. 300 grammes environ aux deux princi|)aux repas. De plus on pratiquera le lavage méthodique de l'estomac et, au besoin comme adjuvaul. l'éleclrisation

NEURASTUÉNIl': GÉNITALE 147

(k's parois stomacales. Je n'ai pas à donner ici le procédé bien connu pour laver l'eslomac; quant à réleclrisation, on la prati([nera de la façon suivante. Zieinssen (1) emploie les courants l'aradiques ou galvaniques avec des électrodes plus larges que la main; la plus grande, négative, est placée en avant du pylore au grand cul-de-sac; la plus petite, positive, en arrière, du cul de sac à la colonne vertébrale. Erb (2) place la grande électrode à demeure sur le rachis, à la hauteur du cardia; l'autre, qui est mobile, sur la région de l'estomac. Les interru|)lions ou les courants doivent être assez intenses pour provoquer de fortes contractions musculaires. La durée des séances est de dix minutes environ.

(1) Enfin dans les cas tVhi/perrJiIorhijdrie^ l'alimentation doit être telle qu'elle excite aussi peu que possible l'estomac ; elle se compose surtout de viande, d'œufs, de substances albuminoïdes. De plus on sature l'acide en excès par le bicarbonate de soude a liante dose.

•2" Neurasthénie génitale cliez l'homme. — L'adjonction d'un ti'aitement local à la médication générale a une grande importance. Il répond à trois indications. La première est de guérir le catarrhe prostatique qui est très fréquent; je n'insiste pas sur les détails du traitement qu'on trouvera dans les livres spéciaux.

La deuxième est de calmer l'excitabilité réflexe des centres génito-urinaires. Une hygiène sévère est de rigueur : il faut éviter toutes les causes d'excitation génitale, observer la continence aussi complèteil) Zii;mssiîn. /i7(His(7((T Vnii.rage. Liber die p/q/si/cal, Jle/uuutlunr/ chvon. Mageii und Darm-KmnhhcUen. Leipzig, 1888.

(2) En». Loc. cil., p. (;17.

128 MUKASTUÉMb:

ment que possible. En lanl que médicameuls, les suppositoires à la belladone, au camphre, ont peu d'efficacité (Krafl't-Ebing). Les bromures administrés à l'intérieur ont plus d'utilité; il Tant les donner à la dose de 4 à G grammes pendant une série de 8 jours au moins. Beard conseille les grands bains, les bains de siège, les grands lavements tièdes. On peut aussi recourir avec profit à la galvanisation, le pôle négatif étant placé sur les vertèbres lombaires et le pôle positif sur le périnée; ou bien user du cathélérisme avec la bougie de cire de Pitha, des sondes métalliques de plus en plus grosses, la sonde réfrigérante de Winternitz, sonde à double courant fermée à son bouturéthrat clans laciuelle on fait circuler de l'eau progressivement refroidie.

La troisième indication est de combattre la spermatorrhée et les symptômes de dépression. Les divers moyens sont l'hydrothérapie générale et locale, la galvanisation ou la faradisation locale, d'après les règles suivantes ; courants très faibles ; séance courte de trois à ciuatre minutes et répétée tous les jours ou de deux jours l'un ; pôle positif placé sur les vertèbres lombaires ou dans le rectum ; pôle négatif promené sur le périnée, la verge et sur les muscles bulbo-caverneux. La franklinisation est préconisée par Yigouroux qui lui reconnaît une grande elFicacité. On peut aussi user de divers médicaments : la strychnine, la quinine, l'ergot de seigle.

Chez la femme, il n'est pas rare, quand la névrose présente une certaine gravité, qu'il se produise des • troubles du côté des organes géuilaux : perturbations menstruelles, névralgies pelviennes, etc. Le plus souvent ces troubles sont secondaires et dominés par l'épuisement nerveux; dans d'autres cas cependant

NEUHASTDliiMb; GRAVE (iN. FÉMININE) 129

ils sont primitifs, la neurasthénie pas plus que l'hystérie ne mettant les malades à l'abri d'affections communes de ces organes. Dans ces cas seuls l'intervention chirurgicale est acceptable ; mais quant à ceux qui dépendent simplement de la déchéance nerveuse, malgré l'entraînement qu'éprouvent certains névropathes vers les expédients hasardeux, le médecin doit absolument repousser l'opération. J'ai montré au chapitre de l'hystérie (page 64) que, dans de pareilles conditions, celle-ci est aussi coupable qu'illogique.

3° Neurasthénie grave (N. féminine). ~ La névrose revêt parfois, et chez les femmes presque exclusivement, une gravité toute spéciale, grâce au degré extrême de l'asthénie neuro-musculaire et à la prostration de la volonté, auxquelles s'ajoutent souvent une atonie gastro-intestinale des plus prononcées et des troubles marqués du c(jté de l'utérus et de ses annexes. Pour ces derniers, on vient de le voir, s'ils sont parfois primitifs et font à ce titre de la neurasthénie féminine une variété de de la neurasthénie génitale, ils sont le plus souvent secondaires. Dans ces cas graves et invétérés, les diverses méthodes de traitement sont toutes inetTicaces, appliquées isolément. Par contre, on trouve des ressources toutes nouvelles dans leur combinaison systématique, c'est-à-dire dans le traitement auquel Weir Milchell (1) a attaché son nom. Son élément spécial est l'isolement, que Chai-cot a depuis longtem|)s préconisé dans l'hystérie grave. Playfair (2) a

(1) Weir MnciiKM,. Du Ivailcnienl, iil^'l /indique de la neuruslh(-me cl de quelques foimes de l'/nj.siérie. Trad. française de .Jcnnings. Paris. 1888.

(2) Pi ^AYFAiR. 77)6 synlemalic Ivealmenl of nerve prosli'alion and kyslevia. Loiidon, 1883.

130 NKUltASTllÈ.NIK

beaucoup contribué à répandre ce Irailemenl en Angleterre. Il est très rare qu'on ait à l'appliquer chez l'homme, et du reste Burckart (1)l'a essayé vainement. Chez la femme en revanche, il réussit le plus souvent, s'il n'y a pas de lésions de l'utérus ou de ses annexes, ou même d'après Bouveret, si ces lésions ont depuis longtemps dépassé la période aiguë.

La méthode comprend les éléments suivants : isolement, repos, massage, électricité, suralimentation.

L'isotoM^est indispensable (voir p. 99). Il doit être complet, hors de la maison et de la famille. Weir Mitchell recommande de le pratiquer plutôt en hiver, parce qu'il est moins pénible et que la malade engraisse plus facilement.

Le rpjws doil être absolu, au moins dans les premières semaines. La malade reste couchée, dans le décubitus dor.sal, inaclive de corps et d'esprit. Dans les cas trèsgraves, Weir Mitchell va jusqu'à lui interdire d'user de ses mains pour manger. Plus tard il lui permetde s'asseoir sur son lit de une à trois heures par jour. Au commencement du deuxième mois, elle se lève une ou deux heures; à la fin du mois la moitié de la journée; à ce moment elle commence à marcher. Dans le troisième mois, elle reprend peu à peu ses habitudes normales.

Le massai/e (voir p. 107) est destiné à remédier aux inconvénients de cette immobilité complète. Il permet de ne pas interrompre le fonctionnement des organes de la vie de relation, tout en laissant les centres nerveux dans l'inaction absolue.

L'èleclrimUon remplit les mêmes indications, mais,

(1) Burckart. Berl. Klinich. Wocheuclirift, nov. 18S9.

Tli.SiriiMK.NT I)K \Vi;ilt MITCIIKLL

pour W'eir MilchcU, avec moins d'ulililé que le massage. Il emploie la iaradisalion générale de Beard et Uockvell.el de pluslafaradisaLion. locale appliquée successivement sur Ions les muscles : une électrode placée sur le muscle même et l'autre sur le nerf qui s'y distribue. Chaque séance dure d'une demi-heure à une heure ; elle doit être quotidienne comme celle du massage.

Le réuiine alimenfaire est gradué minutieusement de façon à arriver à une véritable suralimentation. Au début, c'est la diète lactée absolue; chez les femmes obèses et anémiques, on diminue même progressivement la dose du lait jusqu'à ce qu'on leur ait fait perdre leur mauvaise graisse ». Au bout de six à huitjours, on ajoute progressivement de la viande, du pain, delà graisse sous forme de beurre, et de plus, en hiver, sous forme d'huile de foie de morue. Si celle-ci est mal tolérée, on l'administre en lavement avec une infusion de pancréas. Plus tard on donne en plus du lait quelques boissons alcooliques, vingt il trente grammes d'eau-de-vie, et deux à trois verres de Champagne. Tout ce régime progressifne se fait pas sans tâtonnements ni sans retour en arrière ; si l'urine contient des urates en excès, on diminue les aliments azotés ; si la dyspepsie reparait, on revient au lait pour quelques jours.

Le traitementdure ordinairementdcux à trois mois, mais parfois plus longtemps. Il adonné souvent des résultats merveilleux ; parfois aussi il améliore simplement l'état des malades, et dans ce cas un second traitement peut achever la guérison. L'apparition de l'einbonpointest ordinaircmentl'indice d'une guérison solide cl marqueta lin du traitement; quelques malades cependant guérissent sans engraisser,

132 MÎLIHASTUÉNIK

el rembonpoinl ne reparaît cliez elles qu'après leur rentrée clans la vie commune.

Dans les cas graves de neurasthénie, la suralimentation peut suflire à elle seule, sans qu'il soit utile de recourir aux autres pratiques du traitement de W. Mitchell. Un moyen de l'obtenir est de prescrire, en outre des alimenis ordinaires, l'usage de la poudre de viande, qui représente quatre fois son poids de viande crue, et dont la digestion est facile grâce à sou état pulvérulent. La dose habituelle est de ^0 grammes par jour.

Mais chez certains malades, le dégoût des aliments, l'anorexie, les vomissements plus ou moins fréquents rendent la suralimentation impossible. Debove conseille alors l'alimentation artificielle par la sonde. Ce gavage rend les plus grands services, car il permet de ne tenir aucun compte de l'anorexie; bien plus, phénomène en apparence paradoxal, beaucoup de malades qui vomissent ce qu'ils mangent naturellement, tolèrent parfaitement les aliments introduits par la sonde.

La technique du gavage est des plus simples. La poudre de viande (oU gr. à 100 gr. par jour) est suffisamment délayée dans du lait, du bouillon, ou de l'eau; une précaution indispensable est d'alcaliniser le mélange toujours acide avec environ 5 à 10 grammes de bicarbonate de soude. Après introiluction de la sonde de Fauchei' ou de l)ebt)ve qui se fait par le procédé habituel, on verse le liquide dans l'entonnoir placé à la hauleur des genoux, puis on soulève l'appareil lentement et progressivement à mesure qu'on voit baisser le niveau du liquide; on retire la sonde après quelques instants. Pour éviter un réflexe nauséeux qui provoquerait le vomisse-

Page 1