‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 35 sur 47 · DES DIVERS BROMURES · texte numérisé non relu

DES DIVERS BROMURES

épileptique bromure à haute close depuis un an, a trouvé 0 i^v. 7:2 de bromure dans le foie et 2 gr. dans le cerveau.

Toutes les combinaisons bromurées sont loin d'avoir la même efricacité. Le bromure de potassium est sans contredit la plus utile. Quelque préférence qu'aient manifestée certains auteurs pour les autres bromures alcalins, il est admis généralement que ceux-ci sont moins sûrs et moins fidèles : ainsi le hromure de sodium [i) préféré par Hammond, d'après lequel il produirait à un moindre degré l'affaiblissement intellectuel et l'intolérance gastrique; le bromure d'ammonium (de 0 gr. 50 à 5 gr. par jour), qui serait plus actif que celui de potassium, et conviendrait surtout aux épilepsies accompagnées de congestion cérébrale. En revanche, l'association des trois bromures alcalins donne souvent de meilleurs résultats que l'emploi d'un seul. Bail (2) a recommandé leur association (médication du trépied). Fusier a rapporté l'observation d'une épilepsie traitée en vain par le bromure de potassium, et guérie après cinq mois par \qs poly'bromureii.

D'autres composés sont encore employés : le Iromure de lithium, le bromure de calcium (de 0 gr. 50 à 2 gr. pai'jour), qu'Hammond regarde comme supérieurs au bromure de potassium (3), le bromure de strontium [ik) qui, d'après les expériences de J^éré,

(1) HuBi.K. Th. Paris. 18SI.

(2) Encéphale, 188o.

(3) Sirop de bromure do calcium (Hammond) N -Yorlméd. J. 1872. . i y'/.

Bromure de calcium 'M sr

Sirop de lacto-phospliatc de chaux. '. ... . 200 trois cuill. à thé pa r jour.

(4) FiiRK. liullelin médical, n" 84 cl 94, 1801.

.NKVnOSF.S

jxMil suppléer celui de polassium, se donne aux mêmes doses que lui el doil èlre compté parmi les sels le moins toxiques.

Viennent ensuite de nombreuses combinaisons liromées qui, tour à tour préconisées, n'ont guère donné de résultats satisfaisants; on ne devra les essayer que dans les cas réfraclaires aux bromures alcalins. C'est le mono-hromure de ramphre {V). qu'on administre soiis la forme de pilules de 0 gr. 10 à la dose de 1 gr. 50 à 1 gr. 80 par jour; le hromure (Varsonic (2); le hromure de zinc (3) assez employé en Amérique (i); le hromure de nicM (5); le hromvre d'or (6), administré à la dose de G à 12 milligrammes par jour : enfin le hromure d'éthijle préconisé par Bourneville et d'Olier en inhalations quotidiennes, pendant un h deux mois (7) ; le hromure d'éfhylène (8), administré en émulsion à la dose de 0 gr. 01 à 0 gr. 03 chez l'adulte, deux à trois fois par jour.

La première condition à remplir, lorsqu'on emploie la médication par le bromure de potassium, c'est d'avoir à sa disposition un sel entièrement pur. Il doit être complètement débarrassé des éléments

(1) Deneffe. Progrès méd. belfje, 18'il. — Dournkvii.i.i-. Prof/rès médical, 1874, 7i3, 76. — Patit.u i.t. Tli. Paris. 1877.

(2) Clemens. Allgem. med. Cenlrcdzei/iing, 1870.

(3) CnAucoT, Magnan, Bociiefontaine. Soc de /liolor/ie, {8'' . (i) Sirop deijromure tic zinc ' Hauimond).

Bromure de zinc 3 ,i;r.

Sirop simple iîl^'

11) gouUcs, trois fois par jour, dans une grande quanlilc d'eau ; aiigmonlor graduellement les doses jusqu'à 30 goulles parfois.

(îi) BouiiNEVii.i.E. Pi-of/ri's médical, p. iOfi. 1889.

(0) BouisNiîvti.i.i''., Goi. Hiaci', Caiitui'.t. Tli. 1S89.

(7) Fi:\iK. Progrès mexlical, 188(1. p. 490.

(8) DoNATii. T/ie'rapei/l. mnnnlshefle. .Tuin 1S!i|. p.

muES d'admiiNIStratjo.n et Dusiis 219

étningers avec lequel il csl souveiil mélangé, iodure, clilorure de polassium. siilfale el carbonate de potasse. Voisin a montré que les impuretés de ce sel ont une puissante influence sur les eflcts thérapeutiques qu'on en attend.

Le bromure doit être administré par la voie stomacale. Les tentatives d'introduction par la voie hypodermique et par la voie rectale ont été rapidement abandonnées à cause de la causticité de ce sel. Le meilleur moment pour l'administrer estle commencement du repas; à jeun il peut déterminer des crampes d'estomac ou des troubles digestifs; lorsqu'on le donne à l'heure du coucher, il convient, pour éviter l'irritation gastro-intestinale, de Fétendre dans une certaine quantité de liquide, plus particulièrement de lait.

La dose varie suivant l'ancienneté du traitement : elle est plus élevée au début que dans les années ultérieures; suivant l'état de santé général : elle est moins bien supportée par les malades inlirmes ou alités que par ceux qui circulent librement au grand air; enfin suivant l'âge du sujet : de i à 5 ans, elle varie de 2 à 4 grammes; Gowers aurait réussi plusieurs fois avec des doses de 30 et de GO centigrammes; de 10 à 13 ans, elle peut à peu de chose près égaler la dose de l'adulte ; chez celui-ci la dose moyenne est de A à 8 grammes, et même les cas les plus favorables sont ceux pour lesquels cette quantité est suffisante. J^^a dose de 12 grammes est un maximum que la plupart des au teurs recommandent de ne pas dépasser. Mieux vaul, si les attaques ne cèdent pas, essayer, comme l'ont fait Bail et Gowers, d'associer le bromure de potassium aux divers médicamcnls précédents, (l'est ainsi i|iie réceiiiineni

2â0 ÉPlLEPSlli

Flechsig (1) de Leipzig a ]>roposé un procédé qui augmenterait d'une façon très notable l'action des bromures, mais sur lequel les renseignements soni encore trop insufTisants pour permettre un jugement définitif. Il consiste à administrer de l'opium à doses progressivement croissantes : d'abord 15 centigrammes d'extrait thébaïquc en 3 doses, qu'on pousse peu à peu jusqu'à 73 centigrammes et même 1 gr. 03 par jour. Au bout de six semaines de ce traitement, on interrompt brusquement l'opium et le remplace par le bromure de potassium à la dose de 7 gr. 30 par jour. Cette dose est continuée pendant deux mois pour être ensuite diminuée graduellement jusqu'à 2 grammes. Chez deux malades rebelles à tous les traitements, Flechsig a vu les atta(|ues disparaître comme par enchantement dès les premières doses de bromure administrées après la cessation du traitement opiacé. Féré au contraire (2) afTirme que la bromuration à la dose de 13 et 20 grammes par jour est inotfensive quand elle est surveillée, el qu'elle amène souvent des améliorations dans des cas qui résistaient aux doses moyennes

Le bromure de potassium peut être prescrit de plusieurs façons, soit à doses fractionnées et quotidiennes, soit à doses massives séparées par 2 à 3 jours d'intervalle. Cette dernière méthode est employée par quelques médecins anglais; ils donnent ;i leurs malades, d'un coup, au moment du repas. 13 à 23 grammes de bromure; et ces fortes doses sont, paraît-il, ordinairenientbien tolérées lorsqu'elles sont suffisamment espacées. Mais la méthode fractionnée

il) l''LEcnsia. Semaine médicale, mai 1893. (2) FÉRij. La bromuration à liautcs doses clans l'épil. Revue (le me'dec. 1893, p. m.

siGN'ES DE l'État de saturation 221

L'sl de beaucoup la plus usuelle ; ou bien la dose quotidienne est uniforme, ou bien elle est progressivement croissante. Ce mode d'administration, préconisé par Charcot, procure le bénétice de l'immunilé produite par les doses élevées, sans les maintenir d'une façon continue. Cbaque jour de la première semaine, on donne une dose uniforme, 4 grammes par exemple ; et chaque semaine on augmente de 1 gramme la dose quotidienne jusqu'à 7 grammes. Au bout du mois, on se guide sur le nombre des accès qui se sont produits pour décider l'augmentation ou la diminution des doses du mois suivant. S'il n'y a pas eu d'attaques, au lieu de reprendre à 4, (in recommence par 3, puis 4, 5 et 6 grammes par jour. Si au contraire elles ont été nombreuses, on reprend à 5 grammes au lieu de 4, pour arriver successivement à 8 grammes par jour.

Divers effets physiologiques marquent le point où la médication produit une action thérapeutique utile : lassitude, anaphrodisie, et surtout suppression de la nausée réilexe qui suit à l'état normal l'irritation mécanique de la base de la langue et du pharynx (Voisin). L'apparence vernissée que prend le fond du gosier, coïncide ordinairement avec cette insensibilité. C'est là le critérium de l'état de saturation, qui, une fois atteint, doit être maintenu pendant des années entières ; pendant le traitement, le bromure ne doit être supprimé sous aucun prétexte, sauf dans le cas d'une maladie aiguë adynamiqiie intercurrente.

Mais comment fixer la durée du traitement? La guérison de l'épilepsie n'est souvent qu'apparente, et la bromuration, suivant l'expression de Legrand du Saulle, n'agit que comme une muselière. Qu'on

ÉI'lLi: l'SlK

suspende la métlicalion quand elle a supprimé les attaques, et parfois on permet aux accès de revenir à l'état aigu, en crises sérielles, ou sous forme d'état de mal; le malade liquide son arriéré (Legrand du Saulle) : ou encore des crises bénignes ou larvées l'ont place à des crises plus graves. 0-n ne saurait donc apporter trop de précautions à la suspension ou à la diminution de la bromuration. Legrand du Saulle (1) conseille, lorsque les attaques sont suspendues depuis un ou deux ans, d'essayer graduellement la suppression du médicament en procédant de la manière suivante : le malade ne prend plus le bromure que G jours par semaine ; au bout de 3 mois, 5 jours de bromure et 2 jours de repos ; au bout de 0 mois, jours de bromure avec 3 jours de repos; enfin au bout d'un an, 3 jours de bromure et 4 jours de repos. Quoi qu'il en soit de ces précautions, l'essai est toujours chanceux; et il est plus sûr d'appliquer le mot de Voisin (:2) : « que le bromure doit rester presque un aliment pour l'épileptique qu'il a guéri. »

Le traitement bromurè ne parvient pas toujours à guérir l'épilepsie d'une façon définitive; mais il esl rare que tout au moins il ne modère pas l'intensité des attaques ou ne diminue leur fréquence. II agi!, mais d'une façon inégale, sur toutes les manifestations comitiales. Voici, d'après Fairet (3), l'ordre progressif dans lequel elles sont habituellement inllueucées : « 1° les attaques de nuit disparaissent plus vite que les attaques de jour; 2° les malades ayant des

(1) Pronostic et lrail.de l'épilepsie, Paris 187.S, p. 18.

(2) Art. Epilcpsic. Dicl. deméd. el cliir. pratiques, t. XIII, p. G40.

(3) Traitement de l'opil. par le br. de potassium. Soc. médicophysiolocj., 28 juin 1870.

DUUl-K liU TRAlTEMUiNT — UROMlSMli -i'^-i

aUtiques d'agitation maniaque voient ces accès cesser avant les attaques épileptiques; 3" les grandes attaques épileptiques diminuent d'abord de fréquence et d'intensité avant de disparaître complètement; V la plupart des malades très notablemenl améliorés conservent encore 3 'à i attaques par an; 5" les grandes attaques convulsives cessent avant les absences et les vertiges; 6" enfin les absences et les vertiges sont, de tous les symptômes de l'épilepsie, ceux qui résistent le plus longuement à l'action du bromure. » On peut ajouter qu'il exerce égalemeni une action salutaire sur le caractère des épileptiques, et qu'il rend inoffensil's les plus irritables; non seulement il suspend l'épilepsie, mais il désarme l'épileptique (L. du Saulle).Féré (1) reconnaît cependant la possibilité d'excitations maniaques développées sous l'influence du bromure, et comme surajoutées à la maladie.

La médication bromurée n'est pas sans inconvénients; elle détermine chez certains malades des accidents qu'on a compris sous le nom de bromisme. et dont les uns sont légers, mais dont les autres sont assez graves pour entraîner la mort.

Parmi les petits accidents, on signale l'odeur désagréable de l'haleine, d'une fétidité particulière; la saveur spéciale et l'abondance de la salive, contre laquelle (j.Sée aemployéavec succèsdes préparations de tannin et de jusquiame ; la facilité avec laquelle se produit la carie dentaire, qui oblige à surveiller d'une façon très attentive la bouche des bromures. Ilya aussi la somnolence, l'obtnsion intellectuelle, la diminution on l'abolition des fonctions géné-

(1; !aiC. cil., p. ■j'iO.

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