KI'lLlil'SIK
siques. Ce sont là des accidoiils sans poi-léc qui sonl pour ainsi dire l'inconvénient obligé de la bromuration. D'autres manifestations non moins fréquentes apparaissent du coté de la peau sous la forme d'acné. La plus habituelle est l'acné disséminé dont les pustules conlluenies à la face, au dos, aux bras et aux cuisses, sont d'une couleur rouge sombre et laissent des cicatrices violacées. C'est une lésion sans importance, sauf au point de vue esthétique. Il n'en est pas de même de l'acné à pustules conglomérées; celles-ci forment, principalement sur la face antérieure des jambes, mais aussi à l'avant-bras et sur les autres segments des membres et môme à la face, des plaques indurées allongées ou ovalaires qui peuvent arriver à l'ulcération; il en résulte alors de larges plaques ulcérées irrégulièrement, entourées d'une zone violacée et laissant entre elles des espaces de peau de couleur normale. La disposition aux poussées acnéiques varie beaucoup suivant les sujets. Chez quelques-uns ces poussées se manifestent avec des doses très faibles; d'autres, chez lesquels elles se produisent à des doses moyennes, n'ont plus d'éruption quand celles-ci sont élevées; chez la plupart, elles se montrent seulement quand le bromure a été administré à haute dose et pendant un certain temps. Elles constituent alors un obstacle sérieux au traitement, parce qu'elles ne cèdent le plus souvent qu'à la suppression complète du bromure. 11 ne faut pas les confondre avec des éruptions diverses, eczémateuses entre autres, que le bromure provoque souvent chez les arthritiques, et qui ne sont pas un signe de saturation médicamenteuse.
A côté de ces petits accidents, il es! de grands
bromisme; grands accidents 225
actidenls, véritable inloxicalion à forme aiguë ou chronique, que peut amener la bromuration à dose trop élevée ou par trop prolongée.
Le bromisme aigu apparaît sous l'aspect d'ivresse ou de stupeur. Ou bien c'est de l'exaltation avec céphalée, irritabilité de caractère, inappétence; :ou bien c'est d'emblée ou secondairement à l'ivresse, une sorte d'hébétement avec céphalée, langue saburralc, affaiblissement et trémulation des membres, embarras de la parole, et finalement, si l'on n'intervient pas à temps, le coma avec affaiblissement du [)0uls et ralentissement de la respiration.
Le bromisme chronique consiste en un affaiblissement général de la motilité, accompagné d'amaigrissement graduel, de dépression des fonctions intellectuelles pouvant aller jusqu'à la stupeur, de sécheresse et décoloration des muqueuses, et de fétidité de l'haleine. Souvent la fin du malade est hâtée par une pneumonie adynainique. Parfois il s'y mêle un délire général (Il avec hallucination, violences, idées de persécution, qui, combiné à l'ataxie des membres et fembarras de la parole, peut faire croire à la folie paralytique. Un traitement convenable fait cependant disparaître ce délire en quel- ([iies jours.
L'intoxication chronique affecte aussi la forme de cachexie simple, quand les fonctions de nutrition seules sont atteintes : c'est une cachexie progressive avec atonie générale et amaigrissement. Souvent il s'y joint une toux incessante déterminée parla sécheresse de la gorge, qui peut faire croire au début de la phlhisie pulmonaire. Il est à noter par contre
i lj A. Voisin. Traild de la paruhj-sie f/t-nérale, p. 298.
lii'iLEi'Sii::
que, lorsque le bromure agit efTicacemenl suj' l'étal €omitial, loin d'amener l'amaigrissement et la déchéance intellectuelle, il produit une véritable restauration des forces physiques et morales.
Tous ces accidents peuvent être évités par une surveillance attentive, ou en tout cas atténués, avant de prendre de la gravité. Contre les manifestations cutanées, l'arsenic est excellent, administré simultanément avec le bromure; une mesure préventive souvent efficace est d'entretenir la peau dans la propreté la plus scrupuleuse. D'autres précautions hygiéniques peuvent empêcher la production des divers accidents ou hâter leur guérison lorsqu'ils existent : c'est l'usage des diurétiques, du lait en particulier, qui favorise puissamment la tolérance du médicament, et l'entretien de l'antisepsie intestinale. Chez les sujets bromurés à haute dose, Féré (1) ordonne en plus -4 grammes de naphtol et 2 grammes de salicylate de bismuth ou de magnésie à prendre en deux fois dans la journée; ces doses peuvent être tolérées pendant des mois sans inconvénient. Leur effet immédiat est ordinairement d'augmenter l'ajv pétit et de supprimer les troubles digestifs si fréquents chez les malades soumis à de fortes doses de Ijromure. Si les doses journalières montent encore plus haut, au chiffre de 15 à 20 grammes, il faut surveiller la bromuration de la façon la plus attentive (2), et pour cela examiner fréquemment l'étal de la peaii et peser les malades pour établir le bilan de leur nutrition. Dès qu'existent des accidents
(1) FÉRÉ. Bromuralion oL aiilisciisie intestinale. Nouv. Icnnog. de la Snlpèlr., t8!)(l, p. 2-iO.
(2) Fkrk. La bi'omuration à hautes doses de l'Épilcpsic Revue de Médecine, 1893, p. 177.
TRAITEMENT DU UROMISME -i^ /
oulanés ou une diminulion permanente du poids, il faut surveiller allenlivemenl les fondions digeslives. La silualion mérile encore plus d'attention quand le malade est déprime, et que sa température est li-ès basse. Dans ce cas, ce serait perdre un temps précieux que de recourir aux moyens précédents, bons pour les cas de bromuralion k doses modérées. Il faut supprimer immédiatement le poison, et hâler son élimination par l'intestin et par la peau; du côlé de l'intestin, on emploiera les purgatifs drastiques; du côlé de la peau, la pilocarpine en injections sousculanées. Ces moyens sont aussi ceux qu'il faut employer contre les accidents conlîrmés. Dans le bromisme aigu, on aura souvent quelque avantage ;i ajouter des stimulants, caféine, éther en injections sous-cutanées; dans la cachexie chronique, on se trouvera bien de l'emploi du fer et de l'hydrothérapie.
Agents physiques et liygi«"'ue générale. — Les divers agents physiques ne jouent dans la thérapeutique de Tépilepsie qu'un rùle secondaire. Au premier rang de ceux-ci est Ylii/drothérapif, dont l'utililé est cependant des plus controversées. On s'accorde en général àpenser que, dans l'épilepsie syphilitique, elle est un adjuvant très utile du traitement spécifique. Par contre, dans le mal comitial vulgaire,beaucoup de médecins la regardent comme contre-indiquée, tandis que, pour d'autres (Féré, Bottey), son action tonique facilite incontestablement la tolérance de la bromuralion à hautes doses. Bottey recommande comme ])rocédés habiUiels la douche froide et la piscine froide.
L'êler/ririté à courants continus paraît avoir aussi une action incontestable sur les centres nerveux ddiil
ÉPiLEi'Sir-;
elle affaiblit rexcilabiliLé (Rcinack , Bcnedikl , Al- Ihaus). Les procédés les plus employés sont la (jalvanisation centrah de Rockwell ^1), ou la méthode de Erl) (2) : « courant oblique à travers la tête depuis la région des tempes et la région supérieure du front d'une part (pôle positif, grande électrode), jusqu'au côté opposé de la nuque (pôle négatif, grande électrode) d'autre part; courant stable, très faible (3 à lo" de déclinaison de l'aiguille, de quatre à six éléments) des deux côtés, chaque fois une demiminute, une minute au plus; ensuite longitudinalementdu front à la nuque, également une demi-minute à une minute; de la sorte on agit aussi bien sur les hémisphères cérébraux et sur la moelle allongée. » Pour Rockwell, la galvanisation aide les malades à tolérer les hautes doses de bromure, ci diminue leur tendance à l'acné bromique.
En revanche une bonne hygiène est de la plus haute utilité, les moindres écarts ont une influence sur la production des accès; et d'autre part une vie sagement réglée est la condition nécessaire du succès pour le traitement bromuré le mieux conduit. L'épileptique vivra de préférence au grand air, se livrant aux exercices du corps, pourvu qu'ils soient modérés et n'exigent pas d'efforts violents. Il fera bien de s'abstenir de voyager, à cause des fatigues qui peuvent susciter des attaques, et des chances d'accidents. Les jeux, comme les travaux qui réclament une certaine contension d'esprit, sont mauvais ; aussi lera-t-il bien, s'il choisit une professsion, de renoncer il celles qui ont besoin d'efforts intellectuels; les
(1) RocKWEj.i.. Mcd. and. Siirq. eleclricih/, \.-York.
(2) Erb. Tvailc d'ElectroIhérapie, 1884, p. 341.
HYGIÈNE GKiNÉRALK 2.W
travaux agricoles au contraire sont à recommander.
Le régime alimenlaire est sans influence sur la production des attaques. Merson (1), se fondant sur une théorie de II. Jackson d'après laquelle l'épilepsie dépendrait d'un trouble de nutrition de la substance grise de l'encéphale, où le phosphore serait remplacé en quantité égale par de l'azote, avait avancé c^ue le régime herbacé diminue notablement les attaques, tandis que le régime azoté les augmente. Mais la théorie est très contestable; il est môme nuisible de condamner au végétarisme des sujets débilités, souffreteux, qui ont plutôt besoin d'une alimentation réparatrice. En revanche, on ne peut trop surveiller la régularité des repas, prescrire la sobriété, car les moindres troubles dyspeptiques sont capables de provoquer des paroxysmes. Il faut surtout proscrire absolument les boissons alcooliques; beaucoup de malades n'ont jamais de crises en dehors d'excès de boissons. Enfin il faut veiller à la régularité des fonctions de l'intestin.
La plus grande sobriété est nécessaire dans les rapports sexuels; l'excitation génésique est préjudiciable aux épileptiques même les plus vigoureux en apparence ; elle favorise de la façon la plus marquée la production des attaques. La masturbation a les mêmes effets, mais il faut savoir qu'elle est souvent, au même titre que le mal comitial, la conséquence de défectuosités cérébrales. Une conclusion toute naturelle est qu'il faut déconseiller aux épileptiques le mariage, qui ne peut avoir pour eux comme pour leurs descendants que des résultais déplorables.
l\) Merson. De l'infl. du régime dans l'épil. The West Riding Liinat. Azyl. Mecl. reports, ISlii.
Trailcuieuf des attaques. — Bien des moyens onl élé mis en Oi^uvre pour arréler l'accès convulsif, au momeuL môme où il va éclater. Ce ne sont là il est vrai que des moyens palliatifs; mais ils n'en ont pas moins leur utilité s'ils réussissent à diminuer la fréquence des accès, et par là-même à atténuer les chances d'accidents qui leur sontinhérentes, en mémo temps qu'à diipinuer l'excitabilité morbide des centres nerveux. Malheureusement, ces divers moyens, même lorsqu'ils paraissent réussir, suspendent phitôt l'attaque qu'ils ne la suppriment; ils agissent à peu près comme la compression de l'ovaire dans l'hystérie.
Je ne parle pas des attaques, qui, chez certains malades, sont toujours provoquées par le relourdes mômes causes : excitations lumineuses et sonores, émotions, surtout excès alcooliques, etc. 11 suffit d'écarter ces provocations pour empêcher l'accès de se produire, comme chez ces malades des asiles, cités par Delasiauve, qui n'ont seulement d'accès qu'à la suite de leurs jours de sortie.
Pour la plupart des attaques, la cause occasionnelle échappe à l'intervention médicale, et il faut essayer d'agir sur l'attaque elle-même. Ces essais | ont surtout chance de réussir quand elle est précédée i d'une aura, et d'autant plus que celte aura est assez prolongée pour permettre d'agir; mais il est rare qu'ils puissent l'arrêter quand elle a déjà commencé. J'ai déjà parlé des vésicatoires ^ à.Qs cautérisntions ^ qu'on a employés comme agents préventifs des accès, et non comme moyens exlemporanés pour les suspendre. On a conseillé la constridioii des membres au-dessus du ]ioinl qui est le siège de l'aura (Odier); il suffit parfois qu'elle soit très légère;
TllAITEMENT DES ATTAQl^ES 231
<1 uiitrelbis il laut enlourer le membre d'une forte ligature, et Féré parle de certains épilepliques qui portent toujours sur eux à cet usage une sorte de garrot. On a pratiqué aussi la J^axion ou Vextension forcée ou la torsion d'un doigt, quand la main est le siège de l'aura (Bravais), \a flexion exagérée de l'un des orteils dans la trépidation épileptoïde, ou, lorsqu'au début de l'attaque la tète est attirée graduellement vers une épaule, la poussée violente de la tête vers l'épaule opposée (Brown-Séquard) (1). En cas d'aura gastrique, certains malades arrêtent leur accès en avalant de l'eau froide, une bouchée de pain; d'autres en prenant un peu de sel de cuisine [(Nothnagel) (•2),Schulz (3)] ; chez d'autres, dont l'aura cardiaque se manifeste par de la douleur précordiale, des palpitations, la fréquence extrême du pouls, Charcot et Bourneville (-4) ont prescrit avec un certain succès des applications de glace sur la région précordiale. Chez un malade de A. Voisin, il suffisait de monter sur ses épaules au moment de l'aura pour empêcher l'invasion du mal.
Quand l'attaque n'est pas précédée d'une sensation prémonitoii-e locale, l'intervention est bien plus chanceuse encore, et cependant elle réussit quelquefois. Ainsi, comme pour certaines névralgies, il peut exister des d'arrêt {o), trouvés le plus souvent
par hasard, dont la compression suspend les convulsions. On a pu réussir aussi avec des flagellations,
vl) Brown-Séquard. Acad, de médecine, 16 niai 1893.
(2) Berlin. lO.in. Wochench.. 187fi, n" 41, p. 40.
(3) Berlin. Klin. Woc/œnch., 1817, n" 4S, p. 059.
('») De l'emploi d,; la glace dans l'hysl. cl- i'épileps. Progr. médical, 1876, p. 20o.
(o) FriRÉ. Loc. cit., [>. 483.
Èl'ILEPSIl':
des aflusions froides sur le corps, des applications de glace sur la ièle au niveau de la zone mo- Lrice intéressée, avec l'interpellation brusque du malade, et diverses autres manœuvres en réalité aussi insignifiantes ;ou encore, en pratiquant brusquement sur un point quelconque du corps des manmivres (huloureusp.s : torsion violente d'un membre, pincement énergique du pavillon de l'oreille (1) ; ou encore en essayant d'agir sur la circulation cérébrale par la compression des carotides pendant l'aura (Pricbard, Aiexander).
On a aussi essayé d'inhalations diverses, mais sans succès réel, h'éfhcr^ le clilorofoi'me sont ])av eux-mêmes capables de provoquer des accès (Moreau de Tours). Le bromure A'èthijJe (2), inhalé dès le début de la période tonique, produit parfois après quelques secondes de la révolution musculaire et diminue souvent l'intensité des convulsions. En inhalations quotidiennes, il n'a pas la moindre vertu curalive. Le nitrite d'amyle (3) qui, à la dose de deux à cinq gouttes, dilate considérablement les vaisseaux de la face et de l'encéphale, paraissait devoir réussir contre l'accès épileptique. 11 peut en effet l'enrayer, mais à la condition d'être inhalé avant l'attaque, c'està-dire dans les seuls cas précédés d'une aura. Une injection de morphine peut aussi parfois pendant l'aura supprimer ou du moins relarder l'accès. Wallender (i) l'a également arrêté pendant l'aura avec une injection d'apomorphine suffisante pour produire un état nauséeux sans vomissement.
(1) Fi'iRÉ. Loc. cit., p. ISu.
(2) BouRNEvii.LE et d'Oi.ifr. i'rogrès médical, ISSO, p. 648.
(3) BouHNEvii.LE. Progrès médical, 18TI. — Recli. cliniques sur l'Epilepsie, 1876.
(4) Berl. Klin. Woch., 1871.
THAITEMENT DES ATTAQUES ^.5.»
L'accès uyaiil cclalù, le traitement consiste uniquomenl en mesures de surveillance et de préservation. Il iaut soutenir l'épileplique sans violence, de façon il l'empêcher de se nuire, et si sa pâleur a pu prévenir à temps de la chute, le protéger autant que possible contre les contusions souvent si graves qu'il se fait en tombant; plus lard, k la fin des convulsions, placer la tète de façon à favoriser l'expulsion des mucosités ; surveiller aussi la chute de la langue en arrière dans le pharynx qui peutproduire la suffocation, et pour cela incliner la tète latéralement ; enfin respecter le sommeil qui suit l'attaque : il est nécessaire à la réparation des forces, et souvent son interruption est suivie d'une céphalée persistante et pénible. La surveillance de l'épileplique doit être constante, surtout la nuit. Bon nombre d'entre eux meurent suffoqués dans des attaques nocturnes, étranglés par leurs vêtements, leurs couvertures.
Contre l'état de mal, il n'est guère que des mesures d'hygiène, qui bien souvent sont impuissantes. On a essayé la bromuration à hautes doses, les inhalations de nitrite d'amyle, qui ont il est vrai diminué parfois la température et la fréquence des accès, l'hydrate d'amyléne a la dose de cinq à huit grammes par jour (1) les applications de glace sur la colonne vertébrale (Chapman), et même la trépanation qui a réussi chez un malade de Lépine (2), mais qui a échoué chez un malade de Féré, trépané par Reclus, chez lequel l'autopsie a montré une sclérose diffuse •lu cerveau.
L'état de mal laisse après lui une dépression et un
(1) Wii.DERMUTii. Nrii'-ol. Ccn/ralbtall, 1R89, p. i.'il.
(2) Pkch ai)i;r. l.oc. cil.
-2M HI'ILEI'SIB
amaigrissement considérables, contre lesquels il est utile de lutter par une alimentation surabondante. Il faut, pendant l'état de mal lui-même, nourrir le malade au besoin par la sonde, et dès qu'il a repris connaissance, le suralimenter pour l'aider à réparer ses perles.
MIGRAINE
Tableau clinique. — La migTainc est une espèce particulière de céphalalgie, le plus souvent unilatérale, revenant par accès, et s'accompagnant de troubles variés, soit du côté des voies digestives, soit du côté du système nerveux. Elle se présente sous deux formes : la forme vulgaire et la forme ophthalmique.
La migraine vulgaire débute le matin, ordinairement au réveil. Dès la veille, elle est en général annoncée par des prodromes spéciaux à chaque sujet, phénomènes d'excitation ou de dépression qui se passent du côté du système nerveux ou de l'appareil digestif. Le mal de tête est le symptôme capital ; il est unilatéral ou prédominant d'un côté du crâne; ses foyers maxima sont l'orbite, les régions sus-orbitaire et temporale, plus rarement la région pariétale et même le cou ; tixe au début, il se diffuse ensuite sans suivre le trajet des nerfs. Il s'accompagne habituellement de nausées répétées, puis de vomissements. Ceux-ci sont tantôt prématurés et n'amènent aucun soulagement; plus souvent ils sont tardifs, et possèdent comme le caractère d'une crise. Oes troubles vaso-moteurs apparaissent parfois sinf)n constamment : ou la face est pâle au maximum de l'accès avec la pupille dilatée, l'artère temporale dure et la peau refroidie, pour rougir à
230 MiGiiAi.M':
la lia tic l'accès; ou bien au conlraire la face est I rouge, LurgescenLe avec rétrécissement de la pupille, . élévation de la lenipéralure locale, pour pâlir à la i lia. L'accès est ordinairement diurne et dépasse ra- • rement la.jouraée. Pour Lasègue, uae céphalée qui i dure moins de six lieures et plus de vingt-quatreheures n'est pas une migraine, el, à de rares excep- ■ lions près, cet axiome est toujours vrai. Un sommeil! normal en marcjue d'habitude la fin ; mais on n'est! vraiment guéri que lorsqu'on a mangé. Le retour de' ces crises varie avec chaque individu. Tantôt leur' apparition est toujours liée aune cause bien nette qui en provoque l'éclosion; tantôt elles ont lieui sans cause appréciable ; chez les uns elles reviennent I rarement, à des intervalles très irréguliers; chez d'autres au contraire, elles se montrent avec une périodicité fatale tous les mois, tous les quinze jours, . et même chaque semaine.
La migraine ophthalniiqup peut être une transforma-lion de la migraine vulgaire ; mais le plus souvent! elle est complèle d'emblée, avec un type défini qui i se reproduit à chaque accès. Les troubles visuelsouvrent presque toujours la scène : variables avecchaque sujet, ils consistent le plus souvent en l'appa- • rition dans le champ visuel du patient d'une ligure • lumineuse circulaire, puis demi-circulaire, en forme • de zigzag ou de dessin de fortification, animée de* mouvements vibratoires, blanche ou phosphores- • cente, ou colorée en jaune, rouge, bleu. C'est le sco- • tome scintillant ; il est ordinairement suivi d'obnu- • bilation passagère de la vue, ou d'hémiopie transi- • toire, ou même de cécité complète mais également l momentanée. Après un intervalle de quelques mi- • nutes à une demi-heure, uae heure et même davan- •
MIGRAINE Ol'UTUALMIO'ijli 237
lage, survient la céphalée spéciale avec ses nausées cl
• ses vomissements. Plus rarement, et d'une façon tout : à fait passagère, apparaissent des troubles de l'ouïe : I hyperacousie, tintements, etc. ; de l'odorat : odeur de
cuivre, vibrations désagréables dans le nez; du goût :
• .sensation de courant électrique, goût d'encre. Mais . ces désordres n'ont pas assez d'importance pour . qu'on en fasse des migraines sensorielles spéciales.
Telle es[ \?ifonne simple de la migraine ophthalmique ; . dans les formes frustes, les troubles oculaires peuvent exister seuls pendant de longues années; ou bien ils sont suivis de céphalée sans troubles gastriques ; ou bien encore l'obnubilation de la vue est si légère qu'elle passe inaperçue. Dans \es formes dissodées, les troubles oculaires et la migraine se manifestent d'abord isolément, mais peuvent, après plusieurs années, se rapprocher pour constituer la forme complète.
Dans les formes accomjmgnées apparaissent avec les troubles oculaires, ouïes suivant de près, des troubles de la parole, des troubles sensitifs ou moteurs de la face ou des, membres. Au premier rang est l'aphasie; elle est plus ou moins complète, et peut coïncider avec des désordres dans les membres du côté droit. Assez fréquents aussi sont les troubles de la sensibilité : ce sont des fourmillements, de l'engourdissement du membre inférieur ou de tout un côté du corps. Plus rare est la paralysie complète ou incomplète du bras, ou du bras et de la face, ou de tout un côté du corps; elle peut également frapper le nerf oculo-moteur commun, aussi bien dans ses branches musculaires que dans les rameaux qu'il envoie aux muscles ciliaircs et à l'iris. C'est là une forme spéciale, oii la paralysie du moteur oculaire
MICrtAINE
représente à elle seule les phénomènes oculaires : la migraine ophUialmopIégique. Enfin les membres peuvent être atteints de secousses épileptiformes. Tous ces phénomènes sont transitoires et même de courte durée ; l'accès ne dure ordinairement guère plus d'une heure ; mais il n'est aucun d'eux qui ne puisse persister plus ou moins longtemps, ou même devenir détinilif; il en est ainsi surtout du scolome. de l'hémiopie et de l'aphasie.
Dans la forme ophthalmique surtout, mais même aussi dans la forme vulgaire, la migraine peut se manifester par des attaques sérielles continues, suivies d'une période d'épuisement ou même de stupeur : c'est un véritable état de mal miciraineux. Cet état de mal et les accidents paralytiques qui l'accompagnent guérissent souvent sans laisser de traces; la permanence de ces accidents dépend de l'état analomique des vaisseaux.
Pathogénie et étiologie. — Le siège de la migraine est encore hypothétique ; mais, parmi les diverses théories émises sur sa physiologie pathologique, il en est une qui ])arait expliquer les faits d'une façon satisfaisante. Qu'il y ait avec Dubois- Reymond une excitation, ou avec Mollendorf une paralysie du sympathique cervical amenant le tétanos ou le relâchement de la membrane musculairedes artères encéphaliques :que ces deux phénomènes ' opposés puissent exister isolément (Eulenburgl ou successivement (Jaccoud.Lalham), la migraine paraît en rapport avec des troubles circulatoires limités à une région de l'encéphale ; et les récents travaux sur les migraines ophthalmique et ophlhalmoplégiquc n'ont fait que confirmer cette hypothèse. Dans la migraine ophlhalmique, il y a lieu de penser que les
rATnOGÉNIK ET ictiologil: 2^9
accidents sont dus ii une ischémie corticale par spasme vasculaire, localisée surtout dans les régions pariétales, et suivie d'iiyperémie par paralysie vasomotrice. Ce sont là des désordres purement dynamiques; mais que les spasmes soient fréquents ou prolongés, les artères atteintes pourront s'altérer, donner lieu à un trouble de canalisation plus ou moins durable, et compromettre ainsi la vitalité des éléments nerveux qu'elles nourrissent. Ces fluxions peuvent aussi aboutir à des lésions inllammatoires : ainsi semble le prouver un cas probable de migraine ophlhalmoplégique observé par Gubler et cité par Charcot, dans lequel un exsudât abondant avec épaississement de la pie-mère englobait le nerf oculo-moteur commun sur son trajet basilaire.
Mais ce qui est surtout important à préciser au point de vue thérapeutique, c'est l'étiologie de la migraine. Or un fait la domine tout entière, c'est qu'elle est toujours la manifestation d'un état constitutionnel, arthrilisme ou névropathie. Ses affinités sont étroites avec toutes les affections qui relèvent de l'arthritisme : la goutte surtout, le rhumatisme sous ses diverses formes, rhumatisme articulaire aigu et chronique, rhumatisme d'Heberden, l'asthme, l'angine de poitrine, les hémorrhoïdes et les varices, les épistaxis. la lithiase biliaire et rénale, le diabète, l'obésité, etc. On constate l'une ou l'autre de ces manifestations chez les ascendants ou chez le patient lui-même, tantôt pi'écédant la migraine, tantôt l;i suivant à de longues années d intervalle, ou alternant avec elle; et si on ne ])arvient pas à les découvrir, l'avenir révèle souvent celle diallièsc qui ii échappé jusque-là.
Klle fnit aussi parlie des nijinifeslal inns nerveus(>s
240 MIGRAINE
qui se succèdeiiL dans les l'amilles vouées aux nc-- V roses de génération en génération. Non seulement les migraineux peuvent engendrer des migraineux, et cela môme longtemps avant que n'apparaisse chez eux la névrose à laquelle ils sont prédisposés; mais on peut retrouver chez les ascendants comme chez les descendants l'épilepsie, l'hystérie, la chorée, lafolie, etc., toutes les afïections du système nerveux qui constituent la famille névropathique. Ce qui complique encore ces parentés morbides, c'est que la migraine, dans sa forme ophthalmique en particulier, peut être une manifestation directe d'une névrose ou d'une affection matérielle des centres nerveux. On l'a signalée dans le tabès, la paralysie générale ;on la retrouve aussi parfois dans l'hystérie, dans l'épilepsie ; dans ce dernier cas, c'est une épilepsie larvée sensorielle avec ses phénomènes d'excilation, le scotome scintillant, et ses phénomènes d'épuisement, l'hémianopsie et la somnolence.
A ces deux causes principales, il faut joindre la chlorose, l'anémie et en général tous les états qui affaiblissent la résistance du système nerveux. C'est ainsi qu'agissent certaines professions , certains genres de vie : les fatigues mondaines, intellectuelles, etc.
Chez les sujets ainsi prédisposés , la migraine apparaît sous l'influence des causes occasionnelles les plus diverses, insignifiantes souvent chez les individus à hérédité chargée, plus nettes et plus importantes chez ceux où elle est moins marquée. Du côté du tube digestif, c'est l'ingestion de certains aliments ou de certaines boissons, le changement d'heure des repas, des écarts de régime, un trouble do la digestion, la conslij)ation, la suppression d'un