‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 40 sur 47 · ARSENIC · texte numérisé non relu

ARSENIC

empoisonnement. On la donne en général à la dose de 5 à 8 gouttes par jour à l'intérieur chez l'enl'ant. (le 10 à 20 gouttes chez l'adulte (1). Pour Séguin, le médicament est inelTicace, si, partant de doses faibles, on n'arrive à le donner au moins à la dose de 13 gouttes trois fois par jour; souvent même il faut, en augmentant d'une goutte par jour, atteindre le chiffre énorme de 18, 20, et même 27 gouttes, trois fois par jour. Malgré l'étrangeté des faits, Séguin n'observe presque jamais d'accidents toxiques. Pour faciliter la tolérance du remède, il le dilue dans un grand verre d'eau gazeuse alcaline ou acide, et le fait prendre en plusieurs fois pendant l'heure qui suit le repas.

Si la liqueur de l^owler est mal tolérée à l'intérieur, on peut la donner sous forme d'injections hyj'o- (lermiques.

Ce procédé, préconisé par RadclifT en 1860 et par Eulenburg, est très en honneur à l'école de Lyon. Widerhofer (2), l'a expérimenté chez vingt-trois enfants à la période d'état do la chorée Ceux-ci l'ont l'ont supporté fort bien, sauf trois, chez lesquels les injections ont déterminé des abcès. Son action a été rapide ; au bout de huit à quinze jours déjà l'amélioration était frappante; et chez vingt-deux enfants sur vingt-trois, la guérison était complète en quatre se-

(1) Liqueur de Fowlci- ^ gi'-

Eau dislillce 8

10 à IS gouttes 3 fois par jour (Hhnocii).

Eau distillée 120 gr.

4 cuill. à bouche par jour (Stiîiner).

(2) Revue des Sciences miklirnl.es, 1880, I. XXVIII, p. 08.

Teinture d'opium. .

Li([ucur de Fowlcr

VI gouttes VIII gouttes

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maines. Fruhwald aussi a obtenu des résultais meilleurs et plus rapides par la méthode hypodermique. Toutefois le procédé n'est guère pratique, surtout chez les enfants, à cause des douleurs qu'il provoque. Il est vrai qu'on peut rendre l'injection moins douloureuse, en remplaçant l'eau de mélisse de la liqueur de Fowler par l'eau de laurier-cerise (2).

Le traitement arsenical produit chez certains malades des érythèmes et une teinte bronzée de la peau, notamment au niveau des plis articulaires. Il peut aussi causer des troubles gastro-intestinaux : brûlure h l'épigastre, nausées, vomissements, diarrhée. Semplé (3) a même signalé dans ces dernières années des paralysies. Ordinairement ces accidents peuvent être aisément conjurés ; il suffit de suspendre le traitement pendant deux ou trois jours. Au lieu de donner comme au début des doses faibles, Séguin conseille de reprendre la dose qui avait été atteinte au moment de l'apparition des accidents, en continuant à l'augmenter d'une goutte par jour. . Fer. Quinquina, — A côté de l'arsenic se placent le fer, le quinquina et les autres toniques, employés déjà avec succès par Sydenham, par CuUen, par Elliotson, qui prétend n'avoir jamais échoué avec le sous-carbonate de fer employé à hautes doses. Mais si le fer améliore souvent avec rapidité l'état des ma-

(1) EiCHiiORST(U-ad. française), 1889, l. HT, p. 488.

(2) Inject. hypodermique (VViderhofer).

Liqueur de Fowler I ^ ^^^^

Eau distillée ■ j ^ °

Commencer par injecter quantité correspondantcàune division de seringue de Pravaz; et augmenter tous les jours d'une division jusqu'au nombre de G, 8 ou 10.

(3J Lancet, l'i juin 18'JO.

rEK, JlUILE DE EOIE DE MORUE, ETC.

lades, il ne convient cependant qu'aux cas les plus bénins, comme adjuvant du traitement, à la période de déclin et de convalescence.

On l'emploie seul ou associé aux antispasmodiques (1). Iln'estpas toujours trèsbien toléré, surtout par les adultes. On le suspend pour quelques jours lorsqu'il provoque des troubles gastriques, pour le donner de nouveau sous une autre forme.

Dans ce cas, on peut à la rigueur avoir recours à d'autres toniques, tels que VMdh de foie de morue^ le , yliosplude de chaux^ le sulfate^ ou mieux le Iromliydruie I de qidnine^ qui possède à la fois les propriétés de son i alcaloïde et des bromures.

Agents externes. — Les agents externes ont une i importance toute spéciale dans le traitement de la chorée, tantôt comme adjuvants puissants de la mé- I dication interne, tantôt dans les formes légères, ; comme méthode unique de traitement. Trois d'entre eux possèdent une valeur différente mais réelle : l'tîlectriciié^ la gijmnasiique et Miydrothèrcifie.

Avant d'aborder leur étude, je dirai tout d'abord quelques mots Ac?, pulvérisations Œèlher et de chlorure

(1) Diverses préparations ferrugineuses :

Poudre de limaille de fer 0,in cent.

Extrait d'opium 0,0' àO, 02 cent.

Extrait sec de C[uinc[uinu 0,20 cent.

pour un cacliet.

Un cachet matin et soir, en ayant soin d'augmenter progressivement la dose de fer et d'opium (J. Simon).

Laclate do for ou fer réduit 0,03 à 0,0S centigr.

Sucre blanc

0,.'jO centigr.

Un cachet 2 à 3 fois par jour (Henocii).

Extrait de jusquinm.c

Valérianate de fer

2 gr.

pour 'éO pilules. — .'i p;ir jour (Gomuy).

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deméthyle. Lubelski (1) emploie le premier les pulvérisations d'élher sur la colonne vertébrale, méthode qui donne de bons résultats à Jaccoud et à quelques auteurs étrangers. liirnberlin va jusqu'à penser que la rapidité de l'atténuation est en raison directe de l'intensité des accidents. Roger, Bergeron, SchLitzenberger sont moins satisfaits. 11 semble pourtant que cette méthode, inoffensive en réalité, mérite d'être essayée tout au moins dans les cas légers. L'éther pulvérisé avec l'appareil de Richardon est projeté le long de la colonne vertébrale sur une largeur équivalente à quatre travers de doigts de chaque côté des apophyses épineuses. Une à deux séances de 3 à 5 minutes par jour suffisent dans les cas légers; autrement l'opération peut être répétée trois et quatre fois par jour.

Ollivier (2) a essayé de remplacer l'éther par le rhiomre de méthi/Ie. La réfrigération est considérable, douloureuse ; en cas d'inattention, elle est parfois suivie d'escharres de congélation. Aussi est-il préférable de recourir au stypage dont on modère plus facilement l'action. Ce moyen consiste à refroidir non plus directement la peau, mais une pelote qui sert de tampon réfrigérant.

Electricité.— Elle est est employée depuis fort longtemps dans le traitement de la chorée, et pourtant sa valeur reste des plus discutées. A peine le galvanisme est-il découvert que les médecins s'en emparent avec une ferveur que justifie seule sa nouveauté. De Haen l'emploie un des premiers en 1755; ensuite viennent Beaumez, Sigaud, Lafond, etc., qui

(1) Gazette hebdomadaire, 18G8, p. 214.

(2) I.oc. cil.

i':i-i:i:ri!nTiiion.\pir; 289 rialroduiseat en 1- i-aace ; l'éleclrulhérapie passe alors par des phases opposées : à l'enLliousiasme exagéré du 18'= siècle succède un découragemenl complet; depuis plusieurs années commence une [)ériode de réhabiliLation. C'est en Allemagne que l'électricilé reparaît, sous le patronage de Benedikt. Kemak, Rosentlial, Meyer, etc. En France, Gubler, .laccoud, C. Paul, Descroizilles, Onimus en obtiennent des résultats satisfaisants ; néanmoins les défenseurs fervents de la méthode sont rares, et ses adversaires assez nombreux. Quelques faits sont cependant encourageants. Bougard (1) cite une enfant atteinte de chorée rebelle, qu'il traite par des courants faibles d'induction de premier ordre. Après six semaines d'électrisation quotidienne, l'écriture de la petite malade est aussi ferme qu'avant la maladie. Legros et Onimus (2) emploient un courant de quinze éléments de Remak. Un enfant atteint de chorée intense peut marcher dès la troisième séance. Au bout de la septième séance, c'est-à-dire dix jours après le commencement du traitement, il est complètement guéri. Chez un enfant de treize ans traité par Gautier, la guérison survient après vingt séances de courants continus (courants ascendants du sacrum à la nuque pendant huit minutes, avec six, huit, douze milliampères (3).

Malheureusement, il y a désaccord sur les règles qui régissent l'application de rélectricité. Les courants continus sont généralement adoptés. Mais sur quels organes faut-il les appliquer ? Duchesne élec-

(1) Gau'i ie». Bulletin de la Sociélé de mcd. pru/iqi/e de Paris 1889, p. 816-819.

(2y Leoro.s et Onimu.s, 1888, p. 5a2.

(3) Gautier. Revue d'Obslélr. et Gynécologie 1890, p. 47. NÉVROSES - 17

qgO C.IIOHÉE

Irisait les nerfs el les muscles ; Becqerel, la peau ; la plupart des auteurs modernes s'adressent au système nerveux ; les uns n'électrisant que la moelle, les autres le sympathique, d'autres enfin les ueris périphériques seuls ou simultanément avec la moliUe. Quant au sens du courant, celui qui semble le plus logique de prime abord est le courant descendant, vu qiHl a la propriété de diminuer les actions réflexes. Pourtant dans certains cas, le courant ascendant, qui augmente l'excitabilité de la moelle, a procuré des succès plus rapides. Rosenthal n'attache pas d'importance à ces détails. Par contre un point sur lequel on est d'accord est Vintensifé du courant. Il faut que celui ci soit faible, tellement faible que les malades en aient d'abord simplement conscience. La séance quotidienne durera de trois à cinq minutes. Legros et Onimus usent d'emblée de courants continus de moyenne intensité (dix à vingt éléments de Remak) avec un minimum d'application de quinze minutes (1).

Toutes ces incertitudes commandent donc "de la réserve et de la prudence dans l'emploi de l'électricité, qui semble surtout indiquée à la période de déclin de la maladie, et comme adjuvant du traitement. Du reste il arrive souvent pour l'électricité, comme pour tant d'autres agents thérapeutiques, qu'à une amélioration initiale succède une période stationnaire. On l'abandonnera si les désordres augmentent, ou si les malades ne s'y soumettent qu'avec appréhension.

Gymnastique. — L'idée fondamentale de l'emploi

(1) Cité par Hammond. Trailé des mal. du syst. neneiu (trad. française), 1879, p. 851.

(iViMiXASTlOL'i; 291

de la gymnastique se trouve exprimée dans celle phrase de Dubois-Reymond : « Exercice du cerveau par l'exercice des muscles. » La gymnastique régularise les mouvements désordonnés en rendant au cerveau l'empire qu'il a perdu sur les contractions musculaires; déplus elle a une influence physique, elle tonifie l'état général. Grâce Èi elle, les muscles finissent par obéir à la volonté, le teint se colore, la bonne humeur et l'appétit reviennent, et les forces reparaissent. L'origine de cette méthode est toute française, mais il en est advenu ce qui arrive à tant d'autres; appliquée avec succès pour la première fois en France au commencement du siècle, elle a été délaissée pendant quelque temps, puis est revenue après avoir fait un voyage à l'étranger. En 1827, Louvet-Lamarre (1) recommande le saut à la corde pour combattre les associations vicieuses des contractions musculaires, à la fin du traitement de la chorée. En 1834, Blache conseille les exercices gymnastiques à la fin de la névrose, pour rompre l'habitude vicieuse contractée par les muscles (2). JoUy (3) en 1836, dans un mémoire à l'Académie sur la volonté, recommande le saut à la corde, la danse, le piano, et regarde ces exercices comme capables de guérir à eux seuls la chorée, alors même que les autres remèdes ont échoué. Mais c'est surtout à partir de I8i7, lorsque sont institués sous la direction de N. Laisné des exercices de gymnastique à l'hôpital des enfants, que le traitement gymnastique de la chorée prend un grand développement. Les premiers résultats qu'il obtient sont tellemenl favo-

(i) Nouvelle BiblioUi. médicale, l. IV, 1827. . (2) Dicdonn. rie médecine, dSli'i, )). 599. (3) Revue médicale, octobre 183G.

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rables que, dans son mémoire classique sur la chorée (1) G. Sée recoiuiail ii la gymnastique une inconlestable supériorité. Il déclare qu'on doit y recourir constamment et dès le début de la maladie, chaque fois que l'état du cœur le permet. Quelques années plus tard, Blache (2) résume le traitement de Laisné dans un mémoire présenté à l'Académie de médecine, et dont Bouvier (3) est le rapporteur. Dans sa statistique figurent, sur un total de 108 malades, 1U2 cas de guérison survenus en 39 jours, terme moyen. Blaclie combinait la gymnastique avec les bains sulfureux. La statistique de Barthez et Sanné est moins brillante; sur 52 malades l'action favorable n'est évidente que dans 32 cas; elle est probable dans 8 cas, douteuse dans 7 autres et nulle dans les 3 derniers. Et cependant ces auteurs n'ont eu recours à la méthode que dans les cas légers et moyens. C'est en effet dans ceux-ci surtout que la gymnastique est utile, ou dans les autres, au moment de la convalescence. Et pourtant G. Sée reconnaît d'après ses observations personnelles qu'elle guérit constamment les chorées anciennes ou eu récidive, et qu'elle abrège tout au moins de beaucoup la durée de la maladie.

On peut recommander soit les exercices simples, soit la gymnastique suédoise. Mais, quel que soit le procédé qu'on adopte, il est une règle dont il ne faut jamais se départir, c'est d'éviter soigneusement toute

(1) Delà chorée. Rapports du Rhumatisme et des mal. du cœur avec les aircctions nerveuses et convulsives. — Mémoires deVAcad. de médecine, IS.'îO, t. XV, p. 3T3.

(2) Du traitement de la chorée par la gymnastique. Mém. de l'Acad. de médecine ISJiS, t. XIX, p. 598.

(3) LoNPH et Bouvier. Rapport sur l'ouvrage du D'' Blache. Mém. de l'Ac. de médecine, IS.'iS, 1. XX, p. 833.

fiYMNASTIULI' i>9;{

fatigue. Les séances seront donc de courte durée : une séance de cinq minutes une ou deux fois par jour sera suffisante, et l'on proscrira tout exercice qui nécessiterait des mouvements brusques et rapides. Si les convulsions augmentent après les exercices, il faut ou les abréger ou les suspendre momentanément. On redoublera de précautions s'il existe une complication cardiaque. Une surveillance rigoureuse étant nécessaire, on confiera autant que possible la direction du traitement à un maitre spécial. Celui-ci fera bien d'exécuter lui-même les mouvements qu'il veut faire reproduire par le malade. Il lui recommandera enfin de suivre des yeux ses propres mouvements. Le fait de s'observer soi-même a une importance réelle. On peut s'en convaincre en plaçant un choréique devant un miroir et en lui demandant de ne pas faire de grimaces. Souvent alors il réussit à se tenir tranquille pendant plusieurs minutes, tandis qu'autrement il pouvait à peine garder quelques secondes l'immobilité.

Les exercices sinqjïes ont été décrits en quelques mots par Séguin (J) : « 1" des inspirations profondes avec extension latérale des bras, pour obtenir une dilatation complète du thorax [\. à 10 inspirations seulement par séance); 2" des mouvements systématiques des bras d'avant en arrière; 3" courber le corps en avant jusqu'à ce que les doigts touchent ou atteignent le bout des pieds ; -i" se relever de la position accroupie sans l'aide des mains. Chaque mouvement doit être fait lentement, avec énergie, et exécuté à fond ». Mais c'est surtout G. Sée qui a nettement formulé la méthode, et montré les ré-

(1) J.eqnns sur le Irallemenl des névroses, Paris, 1893, p. 3.j.

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suUats qu'on en pouvait aLlendre (1). « Il importe, dit-il, de prescrire d'abord des mouvements simples et cadencés, et d'exercer en même temps le larynx au moyen du chant. Faire tenir l'enfant dans une position verticale, lui faire fléchir et étendre les genoux, frapper le sol, allonger ou plier les bras, en harmonisant tous ces mouvements à l'aide de chants réguliers : tels sont les premiers soins nécessaires pour replacer les contractions sous la puissance de la volonté. Le but sera d'autant plus rapidement atteint, que l'atlention du malade sera moins distraite, son intelligence moins altérée, son caractère moins capricieux; aussi devient-il souvent impossible d'en rien obtenir avant de s'en être rendu maître par la bienveillance et la douceur. Quand on est arrivé à ce point, on peut essayer la marche réglée au pas ralenti ou précipité, la course, le saut, la suspension parles bras, en les graduant selon les degrés de la maladie, en les surveillant soigneusement, et les répétant tous les jours sans les prolonger au delà de 15 à 23 minutes, afin d'éviter la fatigue musculaire et les palpitations de cœur qui arrivent quelquefois à la suite des séances trop longues. » Toute fatigue, 'tout gaspillage de forces retardent la guérison. Laisné (2) a souvent remarqué que ses malades ne profitaient pas des séances lorsqu'ils étaient obligés, pour y assister, de venir d'assez loin, tandis qu'une fois hospitalisés, ils s'amélioraient rapidement.

Lii gymnastique suédoise comprend plusieurs temps : On fait d'abord exécuter des mouvements passifs;

(1) Loc. cil. p. 113.

(2) Applications de la (jijtnnastiqae à ht guéi-ison de quelques maladies, Paris, 1803, p. 32.

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