‹ Thérapeutique des névrosesChapitre 41 sur 47 · MASSAGE · texte numérisé non relu

MASSAGE

(lès que l'incoordiiialion diminue, on emploie les mouvements actifs simples, puis les mouvements actifs qui nécessitent un effort, et finalement les exercices plus complexes de la marche, de la station, (lo l'écriture. Certains auteurs font succéder aux exercices les frictions, le massage du thorax et des membres.

A l'aide de ces précautions, et quelle que soit la .i^ravité des accidents, on peut, dès les premières leçons et quelquefois dès la première ou, au plus tard, dès la cinquième ou la sixième, voir se déclarer dans la mobilité anormale un changement manifeste et tellement rapide, qu'après les huit premiers jours, on est presque toujours à même de juger l'efficacité de cette médication. Quand, au bout de ce temps, le ma lade ne peut se tenir debout, marcher en droite ligne ou se suspendre par les bras, il y a lieu de craindre que ce moyen ne suffise pas pour amener la cure à, ])onne fm. En tous les cas, après les premières rectifications que subit l'action musculaire, il se produit ordinairement un temps d'arrêt ; et il se passe quelquefois huit et même quinze jours sans qu'il se manifeste aucune nouvelle amélioration; après quoi les mouvements reprennent leur calme et leur précision habituelle, les fonctions nutritives se rétablissent, les enfants qui étaient maigres, débilités, recouvrent leur appétit, leur facilité de digérer, leur teint naturel, et surtout leur embonpoint.

j\]nmifje. — Le massage peut être employé concurremment avec la gymnastique; c'est ainsi que procédait Laisné. Murrell (1), de Londres, le trouve

(1) La I'ral.iqi(P. du t/iasxrif/p. Tniduct. clc .Jcnnintîs, 1888, 11. 82.

CllORl'îE

utile dès le début de la chorée, il recommande des manipulations de lU à 15 minutes répétées trois ou quatre fois par jour. Sous leur influence, la circulation devient plus active, le pouls plus lent, les extrémités se réchauffent, le sommeil est plus paisible, et l'incoordination des mouvements diminue. Eustace Smith pratique le massage dans les chorées graves, en suivant les règles que W. Milchell et Playfair ont formulées pour l'hystérie. Il prescrit le massage des muscles et les mouvements passifs des jointures plusieurs fois par jour ; en même temps, il suralimente le malade de façon à réparer la perte de forces occasionnée par un travail musculaire excessif. Playfair a guéri ainsi une chorée datant de neuf ans, qui avait résisté à tous les moyens usuels.

Les Icdns sulfureux apparaissent à quelques médecins comme le complément nécessaire de la gymnastique. Imaginés d'abord par Baudeloque à l'hôpital des Enfants, ils sont adoptés par Blache qui compte seulement 18 insuccès sur 133 malades, par G. Sée qui, sur 57 choréïques, en guérit 50 en une moyenne de 22 jours, et leur attribue non moins d'efficacité qu'à la gymnastique : résultats merveilleux qui n'ont plus reparu depuis. Ce n'en est pas moins une médication estimable, qui peut prêter son aide à la gymnastique, et qui trouve surtout son emploi chez les choréiques rhumatisants.

L'administration de ces bains a été réglée d'une façon minutieuse : tous les deux jours dans les cas légers, tous les jours dans les cas moyens; dose de 120 grammes de sulfure de potassium pour 100 litres d'eau à 32° ou 35°; durée de une heure au plus: enfin, suivant les cas, avant le bain, douche sulfureuse de 5 à 15 minutes. Cadet de Gassicourt attache

lIYDROTMÉRAriK 297

une grande importance à ce que le calibre du tuyau projecteur ait la grosseur du bras, de façon à ce que le jet d'eau sulfureux enveloppe tout le corps.

A côté des bains sulfureux se placent toutes les variétés de bains, depuis les bains alcalins et salés jusqu'aux bains d'eau acidulée, gazeuse, ferrugineuse, et aux bains de mer. Pour ceux-ci, la contreindication est formelle pendant la période d'état de la chorée. Dans la convalescence, ils ont une certaine utilité pour relever l'état général et prévenir les récidives.

Hydrothérapie. — L'eau froide a été employée sous toutes ses formes : immersion, douche, enveloppement dans le drap mouillé.

Les hains simples accompagnés ou non d'affusions sur la tête, les hains de rivière^ font partie de cette médication. Dupuytren employaitun moyen bien brutal, celui des hains froids donnés par immersion. Le malade, saisi par deux personnes qui lui tenaient les bras et les jambes, était plongé, la tète la première, cinq ou six fois de suite dans une eau à la tempéi'ature de 10° à 15°. Puis, essuyé soigneusement et vêtu, il devait prendre de l'exercice pendant une heure. Grisolle a vu Dupuytren obtenir ainsi plusieurs succès incontestables (1). Mais la violence du procédé l'a fait justement abondonner; si on l'emploie encore, l'immersion est pratiquée dans une eau dont on élève la température jusqu'à 18", 20" ou 21°.

Le procédé le plus usité est celui de la douche froide, au jet brisé, dont on trouvera au chapitre de l'hyslérie les indications générales et les modes d'emploi.

(1) Palholor/ie interne, t. II, p. 7S.'i.

Comby associe la douche en pluie sur les épaules à la douche en jel sur la colonne vertébrale.

Joffroy (1) préfère aux autres procédés l'enveloppement clans le drap mouillé, et l'associe au traitement par le chloral. D'autres le recommandent aussi dans les cas très intenses, tout en avouant qu'ils ont eu de fréquents échecs; mais on peut dans des cas moins graves en tirer quelque bénéfice. Voici la règle de son emploi. On enveloppe étroitement le patient dans un drap qu'on a trempé dans de l'eau à 10" ou 12°, puis modérément exprimé. La durée de l'application est de 2 à 3 minutes, pendant lesquelles le malade est frictionné, fouetté, sur le tronc et surtout sur les membres. Dès que la réaction apparaît, on l'enroule par-dessus le drap mouillé dans une couverture de laine, la tête restant seule découverte, on le reporte dans son lit, et on le laisse une demi-heure dans celte sorte de bain de vapeur. Pour activer la réaction, on peut placer à ses pieds une boule d'eau chaude. Souvent le malade s'endort profondément et se trouve moins agité au réveil. On pratique cette opération deux fois par jour, matin et soir. En somme, c'est un moyen assez agréable et d'une application fecile, mais il ne convient pas aux sujets pusillanimes.

Du reste, il est bon, dans le choix du procédé hydrothéi'apique, de se guider sur le caractère et les habitudes du malade, et de ne pas oublier qu'il est important d'éviter les excitations trop violentes. C'est la raison qui fait préférer en général aux immersions et aux enveloppements les lotions simples et les douches froides ou écossaises. Est-il besoin d'ajouter

(1) Sauic. Tliè^o Paris, 188 i.

llYC.lliNH

(juo l'emploi de l'eau iVoide esl inlerdil aux sujets qui présentent de l'endocardite ou des manifestations articulaires ?

Hijgii'ne. — Quelle que soit la médication adoptée, l'observation rigoureuse de l'hygiène est une condition importante de succès. Le séjour au grand air, à la campagne, est préférable à l'habitation au bord de la mer, trop humide pour les rhumatisants, et souvent trop excitante pour les nerveux. J. Simon recommande volontiers Bagnères-de-Bigorre et Néris, deux stations qui ont l'avantage de combattre à la fois l'excitabilité nerveuse et l'in- Huence rhumatismale. Ces stations balnéaires et leurs analogues sont bonnes au déclin de la névrose; mais pendant la période d'état, elles ne compensent pas l'inutilité et même l'inconvénient d'un déplacement.

Le re^jos est un adjuvant très utile, plus spécialement dans les formes chroniques et récidivantes. Pour Seguin (1), il possède à lui seul et sans l'aide d'autres médications une véritable valeur curative. Mais il recommande le repos absolu. 11 tient le choréique au lit, lui défend même de lire ou déjouer, lui permettant tout au plus de causer ou d'entendre une lecture; et môme pendant la convalescence, il lui prescrit encore chaque jour une ou deux heures de repos dans la position étendue. Le repos doit être psychique aussi bien que physique : pas d'émotions, de frayeurs, de contrariétés. Pour cette raison entru autres, il est bon d'isoler les choréiques autant que possible. On leur interdira en tout cas l'école, on suspendra môme les travaux intellectuels, auxquels

(1) Loc. cil.

CIIOHÉE

du reste Sturges attribue une part importante dans l'étiologie de la névrose [ l)

Les vêtements des choréiques doivent être chauds, leur nourriture fortifiante et de digestion facile. En Amérique, on insiste particulièrement sur les aliments gras, comme d'ailleurs dans toutes les névroses. Mais ici encore, il faut éviter de contrarier les enfants en leur imposant un régime qui leur inspire de la répugnance. Le soir on les fera manger de bonne heure pour ne pas retarder leur sommeil. On leur interdira, si les mouvements sont par trop désordonnés, l'usage des fourchettes, des couteaux pointus, des verres qu'ils pourraient briser en les heurtant involontairement contre leurs dents ; les gobelets de métal ou de bois sont préférables. Si on leur permet de marcher, il est bon de les surveiller, car ils peuvent se blesser en tombant ou en se heurtant. On sera même obligé, dans les formes très graves, pour éviter les contusions et les blessures, d'entourer leur lit de planches matelassées. L'emmaillottement remplit le même but de protection. Les membres sont enveloppés dune couche d'ouate, les jambes rapprochées l'une de l'autre, et les bras maintenus le long du corps. Quant aux appareils brutalement contentifs contre lesquels Trousseau s'est si justement élevé, il faut les rejeter absolument, ainsi que la camisole de force, qui du reste est elle-même une cause d'excoriations.

Ti'aUeuicat étiologiqne. — Il ne peut être question de combattre la cause intime de la chorée, puisqu'elle est ignorée. Dans les cas fort rares où la cause occasionnelle de la névrose est connue, on s'est fortbien Irouvé de sa suppression. Ainsi agissent contre les

(1) 0» overworfc al sc/wol. Lanckt, I88o.

TRAITEMENT ÉTIuLOGIiJLE 301

vers intestinaux les purgatifs el les anUielminliques. Ces moyens auraienL donné à Boucliut des résultats inespérés. Tout en faisant des réserves sur la nature réelle de ces chorées, il n'est pas sans intérêt de rapporter deux cas tout récents de Jenkins (1) où les anthelmintiques ont amené la guérison. Dans le premier cas, un enfant de quatre ans, atteint de chorée unilatérale depuis huit jours, vomit un long ver intestinal. Après l'administration de séné et de térébenthine, le malade rend avec ses selles un grand nombre d'oxyures et ne tarde pas à guérir. Un an plus tard la chorée reparaît et guérit aussitôt par les mêmes moyens. Le deuxième cas est celui d'une petite fille de douze ans qui guérit par le même procédé d'une chorée datant d'un an.

Dans lemême but, on traitera aussi, le cas échéant, \a. constipation^ les accidents dentaires (Baumel), le phimosis, les névromes (Eichhorst), les trouUes ocidaires auxquels Stewens attache une importance certainement exagérée dans le développement de la chorée. On fera surveiller les enfants, lorsqu'on présumera la masturlniiion-

L'indication causale se présente encore lorsqu'il y a quelque diathèse comme la s//philis (Grasset) ou fa scrofide (î2).

(1) Médical Annal., 1892, p. 149.

(2) Lorsque la cliorce i-cpose sur un fond lym]ihatiquc ou scrofuleux, donner pendant 20 jours le malin et à 4 li. dans un bol de laiL une cuillerée de la solution suivante

Eau 300 gr.

lodurc de potassium iO

Bromure de sotlium 20

Chlorure de sodium 40

10 jours de repos. — Puis ])rondrc pendant 20 jours à chaque

302 CllORÉK

Le rlmmcttisms est, comme on le sait, la maladie qui aies connexions les plus intimes nvec la chorée. Mais alors même que l'origine rhumatismale est nettement établie, cette donnée reste stérile au point de vue thérapeutique. Le salicylate de soude, qui fait merveille dans les manifestations articulaires du rhumatisme, est impuissant contre la chorée. Pourtant quelques médecins étrangers continuent à la prescrire, et G. Sée l'associe à l'antipyrine toutes les fois qu'il soupçonne le rhumatisme.

Dresch (1) l'emploie aussi, mais non pas à titi*e de médicament antirhumatismal ; son traitement repose sur la conception doctrinale qu'il s'est faite de la chorée, et qui ajoute à la théorie de l'infection une donnée nouvelle, celle de V auto-intoxication. La chorée est pour lui une maladie infectieuse comme le tétanos. Les contractions musculaires amènent une production excessive de déchets, qui, insuiïisamment éli-, minés par les reins, produisent une nouvelle intoxication surajoutée à l'infection primitive. Quant au salicylate, il n'agit ni comme antirhumatismal ni comme microbicide ; son action se porte sur la substance médullaire même, atteignant autant la motililé que la sensibilité ; de plus, et c'est là son principal avantage, il rend soluble les déchets organiques, et facilite leur élimination. Son efficacité est surtout marquée quand on le donne dès le début, avant l'intervention d'un autre traitement : il perd au con-

repas, une cuillerée de

Eau 300 gr.

Chlorure do sodium 0,10 ccn(.

10 jours de repos et ainsi de suite en alternant.

(Grasset. Journal de Médecine, 12 mars 1S93). {i) Bullelin fjéncrnl deTliérupeuliqiie, 1890, p. 337.

TRAITIÎMENT ÉTIOLOGIOUK 303

Iruire ses vertus s'il esL adminislré tardivemenl. Drescli donne 4 grammes au plus de salicylale, à doses décroissantes, pendant 8 à 10 jours, et, pour lacilitersa tolérance, l'administre à doses fractionnées dans une eau légèrement alcaline. Dansquelques cas seulement se montrent, au début et d'une façon passagère, un peu d'excitation nerveuse et d'intolérance gastrique. Depuis dix ans qu'il emploie le salicylate, Dresch n'a eu qu'à s'en louer ; mais jusqu'à présent sa méthode ne s'est pas assez généralisée pour qu'on puisse la juger définitivement.

Un traitement basé sur la théorie infectieuse, telle qu'elle a été formulée plus haut, devrait tendre à l'élimination la plus rapide du poison, ou à l'emploi d'un poison microbien antagoniste de celui qui a produit la chorée. Ces deux manières de voir sont déjà défendues en thérapeutique. E. Solle (1) croit que l'indication première est d'expulser le mieux et le plus vite possible les toxines choréifiantes. Reprenant la thérapeutique de Sydenhani qui purgeait pour extraire le principe morbifîque faisant irruption sur les nerfs, il conseille des purgatifs légers et répétés, et l'iodure de potassium.

Quant au r(jle d'un poison microbien antagoniste, l'influence de certains états pathologiques intercurrents lui donne une apparence de raison. On sait que quelques maladies fébriles, rougeole, diphthérie, érysipèle, influenza, ont quelquefois une action lavorable sur la chorée et sur l'épilepsie, « febris solvit spasmos ». Mais la lièvre agit-elle par ellemême? C'est douteux; en ce moment mèmej'ob-

(1; Cilé par Triboulel. — Journal de Méd. de Bordeaiic

im.

304 cnoRKii

serve une chorée au cours de laquelle est surveiuKune fièvre typhoïde hyperpyrélique, sans qu'ell.arrive à rompre le spasme. Faut-il plutôt attribuer l'intluence favorable en réalité assez fréquente aux produits microbiens solubles qui sontrépandus dans l'organisme? La question est encore à l'étude. Marie appelait récemment l'attention sur ces faits, et suggérait l'idée de traiter l'épilepsie par des produits solubles de microbes. Lannois (l)ra tenté sans résultat sérieux dans l'épilepsie ; il paraît avoir été plus heureux dans la chorée. Deux jeunes choréiques, l'une à une période avancée, l'autre au début de la maladie, ont été traitées par des injections sous-cutanées d'une culture filtrée de staphylocoques dorés: toutes deux ont guéri.

Traitement des complications. — Il y a peu de

choses à dire des chorées dont l'évolution ne présente rien de spécifique ni de spécial. On n'oubliera toutefois pas que, dans les chorées cardiaques, l'hydrothérapie et le chloral sont contre-indiqués. Dans les formes compliquées de troubles psychiques, on aura recours aux bromures. Dans les chorées très intenses, les excoriations et les plaies produites par le frottement nécessiteront l'eipploi d'une antisepsie rigoureuse.

Traitement des diverses formes do la chorée. —

Au terme de cette étude générale, il est utile de résumer les indications thérapeutiques qui appartiennent aux diverses formes de chorée. Il faut à cepoint de vue diviser les chorées en chorées légères, moyennes et intenses. En outre, l'adjonction de

(1) Trailement de la Chorée et de l'Epilepsie par des produits microbiens. Lijon médical, 1892, p. 267.

r.llORÉES LKfiÈRRS lîï CllORKES HRAVES 305

certains symplùmes comme dans la chorée molle, l'influence de certaines conditions étiologiques dans la chorée gravidique, apportent des indications thérapeutiques et pronostiques spéciales.

Dans les cliorées légères^ il sutlit d'ordonner le repos physique et intellectuel, l'air de la campagne, les bains sulfureux et quelques exercices de gymnastique bien dirigés. Si l'état général est un peu atteint, on insistera sur une nourriture fortifiante, et on adjoindra le fer et l'arsenic à dose modérée.

On réservera pour les chorées de moyenne intensité les doses d'arsenic progressivement croissantes. Ici aussi est indiquée l'antipyrine à la dose de 2 à 4 grammes par jour ; les bromures seront préférés lorsque la névrose s'est développée sur un fond accentué de nervosisme. Si l'arsenic, l'antipyrine, le bromure de potassium échouent, on est autorisé à s'adresser aux médications d'exception : antispasmodiques, dont l'efficacité est douteuse; paralysants et tétanisants, dont l'administration exige une surveillance attentive. Concurremment avec les moyens internes, et surtout à la période de déclin, on prescrira l'hydrothérapie mitigée, la gymnastique, les courants continus.

Dans les formes graves, les deux indications importantes sont d'amener le sommeil et de modifier les décharges incessantes des centres nerveux. On combattra l'insomnie persistante par les hypnotiques à dose modérée, chloral, sulfonal ou paraldéhyde. La dernière indication sera remplie par l'antipyrine à doses fortes ou l'exalgine à doses moitié moindres. Si la névrose prend une intensité inquiétante, on forcera la dose de chloral, on y joindra l'enveloppement dans le drap mouillé et au besoin l'emmail-

CIIORKE

lottement. Tout à fait exceptionnellement, on peut avoir besoin de recourir au tartre stibié. Une hygiène rigoureuse est le complément indispensable de toutes ces médications.

Chorée molle. — Les paralysies qui accompagnent parfois les mouvements choréiques fournissent quelques indications particulières. Il est évident qu'on ne devra s'adresser ni aux hypnotiques ni aux médicaments tels que les bromures ou l'émétique. L'arsenic à haute dose convient le mieux, si la paralysie survient au début de la chorée ; les ferrugineux et l'hydrothérapie sont préférables, si elle arrive dans le cours ou au déclin de la névrose. Si la paralysie est limitée à un membre, on peut recourir à la faradisation ; mais qu'elle affecte la forme hémiplégique ou généralisée, l'électricité devient d'une pratique difTicile. La strychnine pourrait à la rigueur être employée dans les cas exceptionnellement rebelles.'

Chorée gravidique. — Le cMoral et les bromures sont les agents qu'il faut employer de préférence contre la chorée gravidique.

Le bromure de potassium a donné assez souvent les meilleures résultats (Gubler, Jaccoud, etc.") Cependant, il a échoué quelquefois, notamment dans un cas d'Oulmont, où la dose énorme de IG grammes est restée inefficace.

Le cMoral lui serait préférable. Pinard (l)ra prescrit à toutes ses malades, aux doses considérables de 6 à 10 grammes par jour. 11 n'est utile que si la malade reste plongée dans un sommeil continuel, dont on la réveille au moment des repas. On diminue les doses à partir du moment oîiii se produit une

(1) RiciiK. Thèse Paris.

ClIORÉE GRAVIltlOCH 307

amélioration notable, mais on ne supprime le cliloral qu'après la disparition totale de la chorée.

Vantipyrine^ l'arsenic ont donné aussi des succès. ïhi/osci/amiiie VL donné àOulmont (1) quelques succès! Dans trois cas, la chorée était survenue au début ou au cours d'une grossesse, et chaque fois une notable amélioration a suivi l'administration du médicament. La dose était de 2 milligrammes portés progressivement jusqu'à 8.

Mais tous ces moyens, disent Tarnier et Chan- Ireuil, restent quelquefois infructueux, et l'intensité de la chorée peut devenir telle qu'elle mette la vie en danger ; alors se pose la question de Y accouchement prématuré artificiel el de Vavortement jJrovoqué. Ahlfeld guérit une malade en provoquant l'avortement à six mois. Spiegelberg, Schrceder, préconisent cette intervention dans les mêmes circonstances. Barnes la recommande lorsqu'il existe des désordres cérébraux. L'accouchement prématuré peut donc devenir la ressource suprême dans les chorées gravidiques graves, alors que tout traitement médical a échoué. Il n'est cependant pas toujours suivi de succès; fioodell (de Philadelphie) rapporte une observation où, malgré l'emploi de ce moyen, la chorée a persisté et s'est terminée par la mort.

Il faut autant que possible 'attendre, pour intervenir, l'époque où l'enfant est viable, et employer une méthode simple, telle que l'introduction dans l'utérus d'une bougie ou du dilatateur de Tarnier. Dans un cas, Wade, imitant la conduite de Copeman contre les vomissements incoercibles, a eu recours à la dilatation digitale du col utérin et au décollement

(1) liullelin de Thc'rapeiiliquc, 1875.

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des membranes; par Irois l'ois il introduisit deux doigts dans le col qu'il dilata largement ; la guérison eutlievi, et la grossesse continua son cours.

Chorée chronique [Ghorée de Huntington). — A côté de la chorée de Sydenham, chorée subaigiii' des enfants, il existe une chorée chronique qui se rencontre avec son maximum de fréquence chez les adultes et les vieillards. Les gesticulations soni analogues à celles de la chorée vulgaire, plus lentes cependant et plus soumises à la volonté. Sa marche est lente et progressive, son incurabilité absolue, et à la longue elle s'accompagne de troubles psychiques graves qui peuvent aboutir à la déchéance intellectuelle la plus complète.

Le facteur étiologique le plus important est l'hérédité (chorée héréditaire de Huntington), et la meilleure preuve qu'on puisse en donner est le tableau suivant que je choisis entre beaucoup d'autres dans la thèse de Huet (1).

(1) Huet. Th. Paris, 1889. — King. N.-Yorkmed. Journal. 1885. p. 468.

Arrière-grand-pèrc choréique l^'' choréiquo 2«choréique y^choréique 4'''choréique Si^à 10<^ sains

enfants enfants enfants choréiques choréiqucs choréiqucs

1 (Ils choréiquo 8 enfants sains

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(le l'enfance enfants

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CIlOltKK CIlUONIQUK 309

Les descendcinls clioréiques ont parfois élé aLLeinLs dans le jeune àyc de la cliorée de Sydenliam, dont ils uni parfaiLement guéri. Certains" auLeurs s'appuieul sur ce fait pour nier loule relation entre la cliorée chronique et la cliorée vulgaire; et en effet, on ne constate presque jamais de rhumatisme articulaire ou de maladie infectieuse dans les antécédanls des choréiques chroniques. Cependant Charcot ne pense pas qu'il s'agisse d'une affection autonome, et considère la cliorée chronique comme une variété de la chorée vulgaire. *> De même que l'épilepsie tardive est toujours de l'épilepsie, la chorée tardive, qu'elle devienne chronique et s'accompagne ou non d'hérédité similaire, est toujours de la chorée. » Il faut dire cependant que cette opinion n'est pas indiscutée, et que, pour certains auteurs, les lésions qu'on constate assez fréquemment du côté des méninges et des circonvolutions, font de la chorée chronique une affection cérébrale à localisation corticale.

Sans avoir de gravité immédiate, son pronostic est sévère, à cause des troubles moteurs qui rendent tout travail impossible, et des désordres psychiques qui surviennent presque inévitablement. Ce qui assombrit plus encore le pronostic, c'est l'impuissance du Me»iC'//;' •• jusqu'aujourd'hui, on ne ne connaît pas un seul cas de guérison. On a essayé en vain l'antipyrine, l'antifébrine, le bromure de potassium, le choral, l'arsenic, le fer, etc., et à l'extérieur, l'hydrothérapie, l'électricité statique, les pointes de feu et les pulvérisations au chlorure de méthyle le long de la colonne vertébrale. Peutêtre, en raison de la fréquence des lésions corticales du cerveau, pourrait-on essayer des révulsifs divers

310 CIIORÉE

sur le cuir chevelu : pointes de feux, vésicatoires, etc., et donner l'iodure de potassium à l'intérieur. Mais il est à craindre, d'après les faits connus jusqu'ici, qu'on ne réussisse pas à arrêter la maladie dans son développement.

PARALYSIE AGITANTE

Maladie de FarJcinsun.

iVatare. — Ce que CharcoL el Yulpian disaient dans leurs premiers travaux (1) de la paralysie agitante est encore vrai actuellement; il faut la ranger parmi les névroses, faute d'avoir trouvé aucune lésion qui lui appartienne en propre. Les recherches même les plus récentes n'ont mis en lumière aucune altération dont on puisse faire le substratum analomique de la maladie. Elles ont montré des lésions disparates, tantôt siégeant de préférence dans la moelle allongée, le pont de Varole et les régions avoisinantes, ce qui avait suggéré à Charcot et à Vulpian la possibilité de localiser l'affection dans le mésocéphale, idée reprise encore récemment par Teissier de Lyon (2), tantôt disséminées dans le bulbe et la moelle ou situées exclusivement dans cette dernière ; dans certains cas même, l'examen le plus minutieux n'a donné aucun résultat.

L'étiologie n'éclaire pas davantage la nature de ia maladie. Les causes occasionnelles qui en provoquent l'éclosion sont, il est vrai, bien connues ; ce sont le plus fréquemment : 1' les émotions dépressives, la peur, les mauvaises nouvelles ; 2" les traumatismes, l'irritation des nerfs périphériques ; 3" l'influence du froid humide, celle-ci plus sujette à discussion. Par

(1) Gaz. hebdomadaire, 1861-62.

(2) Lyon médical, 8 juillet 1888.

PAHAI.YSIK AGITANTK

contre, la condition qui favorise l'action de ces causes diverses, la prédisposition, joue un rôle bien plus eflacé que dans les autres névroses. L'hérédité névropathique n'est pas clairement démontrée. Des auteurs récents ont cherché à la mettre en lumière : Leroux (1), chez 4 malades, trouve 3 fois l'hérédité similaire, et, une autre fois, la folie chez deux générarations d'ascendants. Borglierini (2) constate également chez A autres malades l'hérédité névropathique ou arthritique; mais ce ne sont là que des faits peu nombreux. Une autre condition à noter, c'est l'âge auquel se développe la maladie; c'est le plus souvent à partir de quarante ans, rarement avant trente ans, quoique Huchard ait publié un cas très net ayant débuté à trois ans.

Il est donc difficile d'émettre une opinion quelconque sur la nature de la paralysie agitante. On peut en tout cas écarter l'idée d'une dystrophie musculaire formulée par Gauthier (3). La rigidité musculaire constituerait à elle seule la maladie, sans intervention du système nerveux, par le fait de la phosphaturie dont seraient atteints les malades; mais, signalée par Chéron (4), cette phosphaturie n'a pas été retrouvée depuis, ni par Saint-Léger (5), ni par Evi'ald (6). Une autre théorie se fonde sur la nature des lésions médullaires trouvées ])ar de nombreux auteurs, entre autres par Jofl'roy (7), par Dubief (8), par Borghe-

(1) Thèse Paris, 1880.

{^) Riv. .^périment, di feniali-ià. y o\. XV, 1889.

(3) Lyon médical, 26 août 18S8.

(4) Progrés médical, \" décembuc 1877.

(5) Thèse Paris, 1879.

(6) Berl. Klin. Woch., 6-3 août, 22 octobre 1883.

(7) Arch. physiol. vorm. cl palhoL, p. 106, 1871-72.

(8) Thôso Paris. 1887.

rini (1). La paralysie agilanLe serait en rapport avec des lésions de sénilité cérébro-spinale, ne diCféranl de la sénilité vraie que par leur établissement précoce, et par l'exagération des lésions analomiques; mais ce n'est encore là qu'une hypothèse.

Tabiean clinique. — La symptomatologie de l'afTection est en revanche parfaitement connue. Elle débute parfois brusquement, mais le plus souvent insidieusement; et dans ce cas, elle est quelquefois précédée de douleurs spontanées, fixes, inexplicables, préludant souvent de fort loin à l'éclosion des accidents, et qui siègent d'habitude dans le segment du membre qui sera plus tard atteint.

Arrivée à sa période d'état, elle présente un tableau caractéristique, où dominent deux éléments : d'abord le tremUement; il cesse dans le sommeil, il est à peu près incessant à l'état de veille, il est exagéré par les mouvements, les émotions, etc. Il est peu étendu, régulier, rapide, et rappelle l'image de certains mouvements coordonnés. Il respecte la tète, mais d'une façon moins absolue qu'on ne le croyait, peut atteindre la langue, la mâchoire inférieure, môme les muscles du larynx. C'est ensuite la ri(jkMté musculaire qui donne au malade une attitude bien typique : le tronc et la tète penchés en avant, la tête demi-fléchie, comme immobilisée par la rigidité des muscles du cou, et la face immobile, figée dans un étonnement béat; les jointures des membres comme soudées, les coudes faiblement écartés du corps, avec les avant-bras demi-Oéchis sur le bras en pronation incomplète et les mains présentant à la longue certains types de déformation du rhuma-

(1) Loc. cil.

PARALYSIE AGITANTE

lisme chronique progressif, dont ils ne diffèrent que par l'absence de tuméfactions articulaires. Les membres inférieurs sont également raides, les genoux souvent rapprochés dans l'adduction forcée, et les pieds déformés en une sorte de pied bot varus équin. Exceptionnellement, la rigidité prédominant au niveau des extenseurs, le malade a la tête et le tronc en extension forcée (1). S'il veut se mouvoir, tous les mouvements volontaires sont considérablement ralentis. S'il se lève, il le fait tout d'une pièce, avec diflTiculté, puis marche en trottinant, le corps penché en avant. Souvent il paraît, suivant l'expression de Trousseau, courir après son centre de gravité qui lui échappe : c'est la ^jrojmlsion ; où il est entraîné au contraire en arrière, c'est la rètrojmhion. Le même phénomène peut apparaître du côté des globes oculaires ; c'est la latéropulsion oculaire.

A ces deux symptômes principaux se joint un besoin incessant de mouvement.^ explicable peut-être en partie par la sensation de chaleur exagérée dont se plaignent la plupart des malades. Leur température centrale est cependant normale ; par contre, Grasset et Appolinario ont constaté une élévation de la température périphérique.

Telle est la forme ordinaire; mais il est des cas atypiques qui correspondent en général à une phase de la maladie, et finissent tôt ou tard par se compléter. On peut les ranger sous trois formes d'après les raisons suivantes : 1° absence ou modification d'un des symptômes fondamentaux, raideur «m tremblement; c'est celui-ci qui manque dans la forme fruste habituelle; la raideur paraît en effet

(1) DuTiL. Iconog. Salpêir., n" 4, p. 163, 1889.

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