PROPHYLAXIE
assez marquée pour mériter une thérapeutique spéciale.
1" Prophylaxie. — 11 n'est pas d'affection nerveuse où rhérédilé joue un plus grand rôle que dnns l'hystérie ; je veux parler de l'hérédité nerveuse, similaire ou de transformation. La tuberculose, l'arthritisme, que Grasset (1) regarde également comme des facteurs héréditaires de la névrose, ne font que s'associer au facteur névropathique pour accentuer la fatalité de son évolution. Sur ce terrain ainsi préparé, tout agent provocateur fera germer l'hystérie.
L'éducation de l'enfant prédisposé a donc la plus haute importance ; elle se résume en ces termes: favoriser le développement physique aux dépens du développement moral et intellectuel. 11 faut pour cela conseiller l'habitation à la campagne, la vie un peu dure, les exercices physiques appropriés à l'âge de l'enfant, les jeux de plein air. Les parents devront être doux mais fermes vis-à-vis des enfants ; éviter la sensiblerie comme les mauvais traitements, car ceux-ci favorisent la névrose, non seulement par le traumatisme, mais aussi par la répétition des émotions morales; se garder d'exalter leur imagination par des pratiques religieuses exagérées ou empreintes de mysticisme : l'éducation de certains couvents, ou même simplement les exercices religieux répétés qui accompagnent la première communion ont bien souvent sur les jeunes fdles une influence fâcheuse; ils doivent également renoncer à les amuser ou à les terrifier par ces histoires de cro- ([ucmitaines et de loups-garous, par ces contes fan-
H) Grasset. Die t. Eiicyi-lopcdicjuc des Se. méd., ai-t. Hystcric.
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tasliques remplis de sorciers et de revenants, qui laissent souvent dans l'esprit une trace ineffaçable. Plus tard, on se gardera pour la même raison des séances de spiritisme, qui développent chez un esprit faible la croyance au surnaturel, et des pratiques d'hypnotisalion, si à la mode dans certains milieux. Elles ont provoqué si fréquemment des accidents chez les sujets en puissance d'hystérie, qu'en 1888 la Société de médecine légale a dû demander aux pouvoirs publics d'interdire aux magnétiseurs leurs représentations théâtrales.
Il faut aussi éviter de soumettre les sujets prédisposés à un surmenage cérébral. Celui-ci ne peut exister chez l'enfant, comme l'a très bien dit Charcot, parce qu'il ne fera pas du tout, ou fera comme une machine, la portion de travail qui dépassera sa \igueur intellectuelle. Mais combien de fois l'a-t-on vu faire éclore l'hystérie chez des étudiants qui préparent un concours, chez des jeunes filles moins bien préparées pour les luttes de la vie, auquelles la société moderne ouvre maintenant de nombreuses carrières autrefois accessibles seulement aux hommes, chez des hommes faits obligés de fournir un travail au-dessus de leurs forces, pour obtenir une place ou pour se maintenir dans la position qu'ils occupent.
Il faut aussi prémunir l'adulte contre le surmenage physique. Des fatigues répétées, un voyage à pied prolongé, peuvent provoquer l'éclosion de la névrose. Et si l'on ne peut que signaler plutôt qu'empêcher les multiples causes de dépression, misères, vices, traumatismes, intoxications, qui agissent pour rendre l'hystérie si fréquente chez les gens des classes inférieures de la société, on peut avec des chances de succès conseiller la sup-
rROPQYLAXIE
pression de facteurs non moins aclil's chez certaines femmes du monde : leur détestable hygiène, leur oisiveté, leur préoccupation de luxe, les fatigues mondaines, etc.
Le mariage, à l'âge voulu, doit-il être recommandé pour prévenir ou pour guérir l'hystérie? Jusqu'à Briquet, la plupart des médecins le consentaient, en s'appuyant sur l'aphorisme d'Hippocrate : mihatilîa et murhion effiiiiiet; Briquet a fait justice de cette idée. La continence, ou comme le disait Louyer-Vdlermay, les désirs non satisfaits de l'utérus ne sont pour rien dans le développement de la névrose. Ce n'est pas elle qui agit dans les couvents, mais les austérités, les pratiques mystiques, la vie contemplative ; tandis qu'au contraire, à l'hôpital de Lourcine, dont la population se compose de jeunes femmes qui, sans être des prostituées, sont loin d'avoir observé la continence, la moitié d'entre elles est hystérique. D'autre part, au point de vue moral, si un bon mariage peut avoir des résultats favorables à cause des satisfactions morales qu'il procure, des devoirs et des occupations nouvelles qui l'accompagnent, une union malheureuse ne peut qu'aggraver ou développer la maladie chez les femmes liées à un mari dont les sentiments, le caractère, sont en contradiction complète avec leur état moral, et qui peuvent à chaque instant comparer l'idéal qu'elles ont rêvé au mari qu'elles subissent.
rj'ailleurs, il faut songer à la vie qui attend le mari d'une hystérique. « Ce sera, dit Franck, un enfer perpétuel pour le pauvre homme qui est perpétuellement traité d'égoïste ou de bourreau, suivant qu'il s'occupe ou non de la maladie de sa femme, qu'il la plaint ou la secoue, qu'il abonde
dans son sens ou qu'il la conlredil. » Ajoutez à cela l'hérédité qui menace les enfants. On voit donc qu'on peut permettre le mariage suivant les circonstances, mais qu'on n'a pas le droit de le prescrire.
2° Traitement psychique. — Il comprend deux méthodes : T isolement et Thijpnotisme.
Isolement. — Charcot en a montré depuis longtemps toute l'importance (1) : Je ne saurais trop insister, dit-il, sur l'importance capitale que j'attache à l'isolement dans le traitement de l'hystérie, où, sans contestation possible, l'élément psychique joue dans la plupart des cas un rôle considérable, s'il n'est pas prédominant. Il y a près de quinze ans que je suis attaché à cette doctrine, et tout ce que j'ai vu, tout ce que je vois, ne fait que confirmer de plus en plus mon opinion. »
Ce n'est pas que tout cas d'hystérie nécessite l'isolement. C'est un moyen pénible et cruel en apparence, difflcile à faire accepter des parents dont il choque toutes les idées reçues sur leurs devoirs envers un enfant malade, qui craignent d'autre part d'ébruiter ainsi une maladie dont la connaissance pourra nuire à l'avenir de l'enfant. Du reste, beaucoup de cas ne l'exigent pas appliqué dans toute sa rigueur ; d'autres même peuvent s'en passer complètement; ils guérissent par les moyens qu'on verra plus loin. Mais quand l'hystérie prend des proportions menaçantes, ou quand tous les moyens rationnels ont échoué, il faut absolument recourir à Visolement. Dansles cas d'hystérie grave, c'estlaméthode de choix.
(1) Charcot. De risolemcnl, dans le traitement de l'hystérie. Lev ons sur les mal. du sijsl. iierueux, t. 111, p. 238.
TUAITEMENT PSYCmOt'iC — ISOLEMENT "il
Son action se manifesle de deux façons : d'une façon passive. (1), en ce qu'il supprime le milieu favorable à la culture de l'hystérie ; d'une façon active^ en ce qu'il réalise les conditions qui permettent de combattre la déviation psychique fondamentale qui caractérise la névrose.
L'hystérique est en etïet la proie des suggestions du dehors. C'est un miroir qui reflète, souvent en les amplifiant, tous les objets qui l'entourent. Or, nerveux héréditaire au premier chef, il continue à vivre au milieu de ceux qui, par voie directe ou collatérale, lui ont transmis sa lare nerveuse. A leur contact, sa nervosité s'exagère, comme se charge sans cesse une bouteille de Leyde au contact d'une source d'électricité. Les causes provocatrices, qui ont développé peu à peu chez lui la névrose, continuent d'agir : c'est le plus souvent la tendresse mal entendue des parents, le manque de fermeté dans l'éducation, la licence laissée au malade dont tous les caprices sont respectés, la compassion exagérée qui entoure ses souffrances; d'autrefois ce sont des impressions pénibles, jalousie, amour contrarié, etc.; et en dehors de ces causes après tout réelles, toutes ces mille impressions dont se compose la vie journalière, et qui agissent avec une acuité exagérée sur ce réactif extra-sensible qui est l'hystérique. Enfin, esclave de ses sensations qui faussent constamment son jugement, l'hystérique les fait accepter de sa famille, et il finit toujours par être plus ou moins le maître, c'est un fait bien connu; elle malade comme la famille interviennent à chaque instant pour diriger et entraver le traitement.
(1) BLOcg. Ia)C. cil.
^2 llYSTÉHIt:
L'isolement remédie non seulemenl à ces inconvénienls, mais encore il agit activement contre le trouble mental lui-même. En supprimant chez l'hystérique la dispersion de son attention, il procure un repos bienfaisant à cet esprit qui ne peut plus embrasser qu'un petit nombre de faits à la fois. En outre, sans compter l'influence suggestive que doit chercher un médecin habile, il peut, grâce au désir qu'a le malade de rentrer dans sa famille, substituer aux autosuggestions morbides une suggestion curative.
Du reste les faits sont nombreux à prouver l'heureuse action de l'isolement. L'hystérique, que les médications les plus rationnelles n'ont pu réussir à améliorer tant qu'on l'avait laissé dans sa famille, guérit dès qu'on l'en a séparé, et souvent avec rapipidité. En tout cas, même si l'état hystérique persiste et ne disparaît que lentement, toute la partie bruyante, théâtrale de la maladie disparaît comme par enchantement.
Une pareille prescription doit inévitablement soulever des résistances. Séparer un enfant de ses parents, ce qui est le cas le plus fréquent, ou bien une femme de son mari, de ses enfants, cela heurte les préjugés les plus respectables. Et puis que peut devenir le malade, privé de tous ceux qui le soignent et qui l'aiment? il en mourra! Tout cela est faux. L'hystérique au contraire s'accommode rapidement et sans peine de son isolement, par suite du fatalisme qui est le propre de son caractère, et de sa docilité à obéir aux suggestions qui l'entourent. La séparation n'est dure que pour l'entourage.
L'isolement peut être appliqué de deux façons, et, pour ainsi dire à deux degrés. Dans les cas les plus