SUCRE ET SES SUCCÉDANÉS
Néanmoins, comme celte interdicUon est très pénible pour beaucoup de malades, on a essayé de diverses substances à titre de succédanés du sucre .
La meilleure ou, pour mieux dire, la moins nuisible est la glycérine qu'ont recommandée Bouchardat et Pavy. Schullzen l'a même employée comme médicament; il prétendait qu'en fournissant à l'économie les éléments de la combustion respiratoire, elle empêche la dénutrition des tissus gras ou protéiques. Garnier et Holtz ont donné la glycérine au même titre. Quant à Harnach, tout en reconnaissant qu'elle n'agit pas sur la glycosurie, il l'emploie surtout comme reconstituant à doses énormes (de 200 à 300 grammes par jour). Malheureusement il est aujourd'hui acquis, contrairement à l'opinion de Schultzen, qu'elle se transforme plus que les graisses en glycose. En outre le goût de la glycérine est assez désagréable pour que certains malades préfèrent prendre leurs aliments non sucrés cjue de s'en servir pour les édulcorer. Néanmoins c'est un excellent aliment respiratoire, auquel on peut recourir, à la dose de 20 grammes en moyenne par jour, surtout chez les diabétiques qui ont à lutter contre une constipation habituelle ou qui présentent des accidents de lithiase soit biliaire, soil rénale. Mais à dose élevée la glycérine devient toxique (Dujardin- Beaumetz et Audigé\
Non moins répandu aujourd'hui est l'usage de la saccharine^ sucre de houille, qui possède un pouvoir édulcorant considérable, 280 fois plus grand que celui du sucre de canne; elle fait la base de diverses préparations recommandées aux diabétiques. Mais il arrive fréquemment qu'elle occasionne des troubles
gaslro-inlestinaux. Aussi faut-il en surveiller l'emploi qui doit toujours être limité à des doses faibles, cinq à dix centigrammes par jour, en l'associant au bicarbonate de soude.
D'autres principes sucrés ont été préconisés, tels que les maltoses, la rhamnose, la mannite, la lévulose. Cette dernière substance surtout est utilisée en Allemagne, où elle est fabriquée à bas prix, chimiquement pure ; en France, elle n'a guère été expérimentée. Il est d'ailleurs regrettable qu'on ne soit pas fixé sur le rôle de ces divers composés dans la glycogénie, car ils constituent la matière sucrée de certains fruits qu'on pourrait peut-être concéder aux diabétiques.
Traits. — Il n'est guère en effet de prescription qui coûte plus au diabétique que l'interdiction des fruits. Ainsi s'explique sans doute que la plupart des médecins se départissent à cet égard de la ligne de condui le rationnelle.C'estune complaisance fâcheuse, contre laquelle il est bon, croyons-nous, de réagir ; car les fruits n'ont qu'une faible valeur nutritive et tous, sauf les noix, les noisettes, les amandes, dont les malades se dégoûtent d'ailleurs vite, renferment une proportion considérable de sucre. Il faudrait donc les proscrire en bloc, à moins qu'admettant avec quelques auteurs allemands l'innocuité de la lévulose, on fasse exception en faveur de ceux qui ne contiennent pas d'autre substance sucrée.
En tout cas, l'interdiction doit être formelle pour les cerises, les raisins, les figues, les dattes, les abricots, les oranges, le melon ; dans les formes légères, nous concédons, mais toujours à contre-cœur, les prunes, les pêches, les fraises, les framboises, les pommes et les poires, en donnant la préférence aux