LAIT — BOISSONS
constaté que ce régime augmente la glycosurie; aussi est-il généralement abandonné aujourd'hui.
Cependant on s'est élevé contre la proscription absolue du lait formulée par Bouchardat, Dujardin- Beaumetz et autres. Pour notre part, nous ne l'employons que dans les cas où les fonctions digestives sont très altérées, où l'estomac se refuse à l'ingestion soit de la viande, soit des corps gras, et surtout où l'acétonémie est imminente. Alors, mais alors seulement, nous avons eu à nous louer du régime lacté, mitigé ou même absolu, suivi pendant quelques jours jusqu'à ce que la réaction de l'acétone dans les urines ou les troubles digestifs aient disparu; chez certains diabétiques à la période de cachexie, il rend à ce titre de grands services.
11 va de soi d'ailleurs que nous autorisons assez volontiers les malades à prendre quelques cuillerées de lait dans leur aliment du matin, café ou thé; c'est une concession sans réel inconvénient, à laquelle beaucoup d'entre eux attachent un grand prix.
Enfin, dans les dyspepsies diabétiques, on peut se servir des laits fermentés, képhyr ou koumys, du premier surtout.
Boissons. — On admet, en général, que le diabétique doit boire à sa soif. En restreignant la quantité des boissons, on lui occasionnerait de réelles souffrances, tout en l'exposant aux dangers qui résultent soit de la déshydratation des tissus, soit de l'imprégnation des organes par le sucre imparfaitement éliminé. Cependant, comme l'ingestion en excès de liquides n'est pas sans entraver la fonction gastrique, et même, pour certains auteurs, active sensiblement la glycogénie, il est bon d'engager le malade
à ne pas boire au delà de ce qui lui est absolument nécessaire.
Souvent le diabétique arrive à calmer passagèrement sa soif par tel ou tel artifice, par exemple en se gargarisant la bouche avec de l'eau additionnée d'un peu d'essence de menthe ou en suçant soit des pastilles de menthe faites sans sucre, soit des grains de café torréfié.
De toutes les boissons, Veaîi est incontestablement la meilleure, soit glacée, soit, au contraire, sous forme d'infusion très légère, chaude ; il est des malades qui préfèrent les décoctions de substances amères comme le quinquina, le quassia amara, la petite centaurée. Enfin, il est assez avantageux de mettre dans l'eau une certaine quantité d'acide lactique; car on sait que Cantani, puis Pawlinotfet Balfour, se sont servis de cette substance à titre d'aliment très oxydable, apte jusqu'à un certain point à remplacer le sucre dans l'économie. L'acide chlorhydrique peut servir aux mêmes fins.
Toutes les autres boissons ne sont pas sans inconvénients au point de vue de la glycosurie, d'autant qu'elles sont souvent ingérées en quantités énormes. Aussi l'embarras est-il grand pour le médecin de faire un choix à cet égard.
En ce qui concerne Valcool que, sur la foi de Bouchardat, on recommandait jadis à titre d'excellent stimulant et d'aliment respiratoire de premier ordre, on s'accorde aujourd'hui, avec cet éminent hygiéniste lui-même, à en restreindre singulièrement l'usage. Une faut pas oublier, en effet, qu'aie prendre même très étendu, le diabétique peut arriver à en absorber ui:e quantité considérable. C'est ainsi qu'on a cité l'exemple de malades qui ne pouvaient passer
ALCOOLS — BIERES
devant nn café sans éprouver la tentation, parfois irrésistible, d'y absorber une boisson alcool.qu • d'où nne propension à l'imprégnation alcoolique, d'autant plus inquiétante que, comme la montre Lecorché, la cirrhose du foie n'est pas très rare dans le diabète. Aussi les boissons alcooliques ne sontelles à recommander que dans le cas d'asthenie prononcée, et encore le médecin doit-il indiquer la dose qu'il convient de ne pas dépasser : 20 à 30 grammes
par jour. .
Le vin ne présente pas d'aussi grands inconvénients; car on ne l'absorbe pas aussi volontiers que les boissons alcoolisées au cours de la journée; il est même utile en ce sens qu'il restitue à l'économie les . sels minéraux dont la prive l'interdiction des fruits. La ration quotidienne de vin prise aux repas, en l'étendant toujours d'eau, peut être fixée à un litre pour l'homme et à un demi-litre pour la femme. On doit donner la préférence aux vins vieux qui renferment moins de sucre que les vins jeunes. Il importe qu'ils soient naturels et non frelatés; car les principes qui servent à la falsification, notamment des vins rouges, renferment beaucoup de matières amylacées. Inutile de dire que les vins doux et ceux de Champagne ne sauraient être autorisés, pas plus que les liqueurs sucrées.
Quant aux bières, nous les interdisons aux diabétiques : les unes, bières allemandes ou françaises, parce qu'elles contiennent trop de matières ternaires; les autres, bières anglaises, parce qu'en outre elles sont trop alcoolisées. Il en est de même du cifJre qui, comme la bière du reste, est d'autant plus nuisible qu'il désaltère seulement lorsqu'il est absorbé en grande quantité.
Ebstein et d'autres médecins préconisent les Jmso ^sga^enses : chez certaines personnes, elles facilitent le travail de la digestion, à condition d'être prises au moment des repas. Bouchardat, cependant, les interdit. '
Le café et le - non sucrés, bien entendu ren rent dans le régime du diabétique; toutefois, il est bon de se rappeler qu'ils renferment une certaine quantité d'hydrocarbures. Ainsi, pour Kœnig, une tasse de thé, préparée avec 5 grammes de feuilles en contient 1 gramme environ, une tasse de café le double. Les diabétiques, particulièrement ceux qui sont neurasthéniques, ne doivent donc pas abuser de ces boissons, ni surtout les prendre concentréesmieux vaut les étendre d'un peu de lait, ou mieux de crème.
On interdit généralement le cacao à cause de sa richesse en principes amylacés; cependant certaines variétés n'en contiennent qu'une quantité relativement faible et, d'autre part, il ne faut pas oublier que le cacao constitue un aliment bien plus tonique et moins excitant que le café ou le thé, à recommander par conséquent aux névropathes.
En résumé^ voici les grandes lignes du régime k suivre par les diabétiques : suppression absolue des aliments sucrés, réduction au minimum des féculents, y compris le pain et la pomme de terre, nourriture surtout composée de viandes, de graisses, d'œufs, de fromages, avec une certaine quantité de légumes verts et de salades; boissons en proportion sutTisante pour calmer la soif, en restreignant l'emploi du vin, de l'alcool et même des infusions théiformes.
Un semblable régime laisse assez de marge aux