‹ Thérapeutique du diabète sucréChapitre 33 sur 103 · ALCALINS · texte numérisé non relu

ALCALINS

proche de la vérité en se bornant à constater que les lalcalins appartiennent à la classe des altérants, c'està-dire des substances qui, par un mécanisme encore indéterminé, influencent l'économie de telle sorte qu'aux élaborations défectueuses des humeurs succèdent des élaborations normales et qui ainsi enraient soit, comme dans les affections inflammatoires, des genèses pathologiques, soit, comme dans le diabète, un processus dyscrasique.

Si les efl"ets physiologiques des alcalins ne nous apprennent que fort peu de chose sur leurs applica- I lions thérapeutiques, c'est à l'expérience clinique (qu'il faut les demander. Or que constatons-nous à cet égard? Chez beaucoup de diabétiques, l'administration prolongée des alcalins amène une très notable atténuation des phénomènes morbides : la glycosurie diminue dans des proportions de jour en jour plus accusées; jMri passu la polyurie, la boulimie, la soif se rapprochent de la norme; enfin, lorsqu'ils étaient azoturiques au début du traitement, la médication abaisse le taux de l'urée excrétée, tandis qu'elle ne le modifie pas sensiblement chez ceux qui ne se trouvaient pas dans ce cas. Mais, à côté de ces faits où l'efficacité des alcalins est patente, il en est d'autres 0(1 ils n'entraînent qu'une très légère amélioration, où ils n'influencent que d'une manière absolument insuffisante le processus morbide. Or, avoir les choses de près, c'est surtout dans les cas de diabète arthritique que la médication alcaline possède une action curative, tandis que, dans les autres, elle a des effets beaucoup moins accusés, beaucoup moins durables.

Ainsi sans contester que, grâce sans doute à leur action sur les voies digestives, les alcalins peuvent

rendre des services dans toutes les formes de diabète, nous croyons qu'il faut surtout utiliser en eux leurs propriétés anti-arthritiques.

Une dernière question se pose : à quelle dose doiton les prescrire? Donnera-t-on jusqu'à 20 grammes par jour de bicarbonate de soude, comme le faisait Mialhe, ou abaissera-t-on la dose jusqu'à ne prescrire qu'un ou deux verres d'eau de Vichy, à l'exemple de certains médecins qui s'imaginent instituer de la sorte une médication alcaline sérieuse. En thèse générale, nous ne sommes pas partisans des doses trop massives; car si, par leur présence, les alcalins altèrent les humeurs et y deviennent les agents de réactions qui peuvent tourner au bénéfice des malades, il ne faut pas méconnaître que ces réactions conduisent à l'intoxication, lorsqu'elles s'exercent sur une trop lai'ge échelle. C'est dans ce sens que peut être défendue la thèse de la cachexie alcaline, à laquelle Trousseau, avec sa légitime autorité, a donné une si grande popularité scientifique. Il faut donc se servir de doses moyennes, surtout dans les cas où les alcalins ne sont employés quecomme eupeptiques et ne se montrer hardi que là où ils sont appelés à modifier un état dyscrasique, comme l'arthritisme, qui commande une médication à la fois vigoureuse et longtemps soutenue. .

On a employé dans le diabète de nombreuses préparations alcalines : sels de soude, de potasse, d'ammonium, de calcium, de lithium.

Sels de sonde. — Nous avons à mentionner ici le bicarbonate, le salicylate, le benzoale et le citrate. Quant au bromure et à l'iodure de potassium ou de sodium, comme ils ne sont pas utilisés à titre d'alcalins, leur place n'est pas ici.

SELS m SOUUE

Le bicarbonate de soude esl certainement de tous ces médicaments celui auquel on a recours le plus souvent dans le diabète. Nous ne reviendrons pas ici^sur ses propriétés, car c'est lui que nous avons eu particulièrement en vue dans notre étude générale de la médication alcaline; il en est, en effet, à nos yeux, l'a-ent par excellence. Pour nous qui 1 associons d'habitude, ainsi qu'on le verra plus loin, à d'autres composés alcalins, comme certaines eaux minérales ou le sel de Carlsbad, nous l'employons a doses moyennes, 2 grammes à chaque repas, dans le diabète arthritique, à doses souvent plus faibles dans les variétés malignes de la maladie, où son indication dépend surtout de l'état des voies digestives.

Salicylate de soude. — Nous plaçons ici le salicylate de soude, bien qu'à l'origine il ait été expérimenté à titre d'antizymotique, et parallèlement à l'acide phénique, par Ebslein. C'est qu'eu effet il agit surtout, comme le fait remarquer Lecorché, à titre de sel alcalin.

Le salicylate de soude a trouvé en Allemagne de très nombreux défenseurs: Millier, MiiUer-Warneck, Purjesk, Ryba et Plumert, FLirbringer, Peters, Kamcn, etc. On l'y administre en général à dose élevée, de o à 8 grammes et même davantage par jour. La plupart de ces auteurs en ont obtenu des efl'ets excellents; sous son influence, la glycosurie et la polyurie diminueraient très vite, en même temps que l'amaigrissement s'arrête. C'estsurtout contreladénutrition que ce médicament serait utile; pour Kamen, alors même que la glycosurie n'est pas modifiée par le salicylate, la déchéance organique est enrayée.

CependantFrerichs, très sceptique d'ailleurs en tout ce qui concerne l'intervention-pharmaceutique dans

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le diabète, n'a eu que des insuccès avec le salicylale ; d'après lui, s'il se produit parfois une amélioration, elle n'est que passagère et le résultat final est négatif.

Nous pensons avec Lecorché que ce médicament, d'un maniement d'ailleurs assez difficile, n'est guère indiqué que dans le diabète survenant chez les uricémiques, où il active l'élimination de l'acide urique. En tous cas, on ne doit pas le donner à des doses élevées susceptibles d'amener rapidement des troubles gastriques et intestinaux; les bons effets qu'on peut en attendre s'obtiennent tout aussi bien, les faits de Hoig et de Cruppi le prouvent, avec des doses moyennes, de 3 h 4 grammes et môme moins. D'ailleurs son emploi ne peut être prolongé pendant assez longtemps pour influencer d'une manière durable la dyscrasie goutteuse; aussi, sauf dans les cas où il existe des accidents névralgiques, lui préférons-nous le bicarbonate de soude ou le carbonate de lithine.

Le henzoate de soude doit être considéré comme un succédané du salicylate ; il est, il est vrai, moins actif, mais aussi beaucoup moins toxique. Aussi peut-on l'employer à doses élevées, de 1 à 3 grammes par jour; sa place nous paraît être surtout dans les cas de diabète où l'on observe des accidents de lithiase rénale, avec des phénomènes d'irritation du côté des voies urinaires. Volontiers, nous le prescrivons alors associé avec le bicarbonate de soude ou un sel do lithine.

Enfin, nous ne ferons que signaler le ciirate de soude recommandé par Reynolds contre le diabète compliqué d'acétonémie et aussi le chlorure double d'or et de qu'a employé avec succès Robinson dans deux cas, à la dose de 2 nîilligrammes répétée deux ou

SELS DE l'OTASSE 'à

ti-ois fois par jour. Ce médecin aurait réussi, en l'espace de deux mois, à faire disparaître tous les accidents morbides.

Sels de potasse. — C'est à Bouchardat que les sels de potasse doivent d'avoir été expérimentés dans le diabète. Il les préférait aux sels de soude en raison de leur élimination plus rapide et aussi de la solubilité plus grande de l'urate de potasse , ce qui en justifierait l'emploi chez les diabétiques uricémiques. Or les recherches expérimentales infirment ces assertions de Bouchardat ; en outre, si l'on a exagéré l'action toxique des sels de potasse sur l'économie, il n'en est pas moins acquis qu'ils sont moins bien tolérés par l'estomac, et surtout par les intestins, que leurs congénères sodiques. Aussi ne peut-on les donner à aussi hautes doses que ces derniers. D'ailleurs, en thèse générale, suivant la remarque de Lecorché, ils leur sont également très inférieurs en ce qui concerne leui' actio=n sur les échanges nutritifs.

Nous ne ferons que mentionner pour mémoire deux préparations sodiques qu'a utilisées Bouchar- .dat : le licarlonate de potasse^ qu'il prescrivait à la dose de 2 ti 5 grammes par jour, et le sel de Seii/nefte ou tartrate double de potasse et de soude, qu'il recommandait tout spécialement. Il donnait ce dernier médicament à la dose de 10 grammes par jour dans l'eau, prise en dehors ou au moment des repas, et on outre proposait de le substituer dans les préparalions culinaires au chlorure de sodium.

Sels aiiimouîaeaux et île eliaux. — Les Sels d'am-

moniaque ont été recommandés dans le diabète, moins à titre d'alcalins que sous l'inlluence d'idées théoriques, trop manifestement erronées pour que

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nous nous y arrêtions. Le carbonate d'ammoniaque a été préconisé par plusieurs médecins, Bouchardat, Durr, Neumann, Barlow, Pavy, Adamkiewicz, etc.; ils l'ont employé à la dose de quelques grammes, pur ou associé au rhum ou à la thériaque. Guttmann l'a prescrit îarga manu (20 grammes par jour). Adamkiewicz dit aussi avoir utilisé avec avantage le citrate d'ammoniaque. Quelle que soit l'efficacité, d'ailleurs problématique, de ces sels, leur action irritante ne permet pas, ce semble, d'y recourir à doses assez élevées, ni d'une manière assez soutenue pour qu'ils puissent rendre de réels services.

Nous en dirons autant de l'eau de chaux, médicament abandonné aujourd'hui et que nous ne mentionnerions point, s'il ne possédait pas des droits d'ancienneté : il a été en effet employé par Rollo, Willis et Fothergill.

Sels de luiiînc — Introduits dans la thérapeutique par Garrod qui leur reconnaissait une grande efficacité dans le- traitement des affections goutteuses, les sels de littnne, carbonate ou benzoate, sont considérés par quelques médecins comme des succédanés de leurs congénères sodiques; il en est même qui attribuent aux traces de lithine qu'elles renferment l'action bienfaisante des eaux alcalitoes dans le diabète, comme dans les affections arthritiques. La preuve n'est pas faite à cet égard. Cependant, en raison sans doute de l'extrême solubilité de son urate, la lithine possède une réelle utilité dans le diabète goutteux, à côté du bicarbonate de soude. Nous l'avons parfois administrée avec avantage dans ces conditions, mais à doses assez faibles, 60 centigrammes par jour.

On se rappelle les bons résultats que Marlineay

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