OPIACÉS
éliminée. Mais celte formule ne sauvait être prise dans un sens absolu ; car, sur bien des points, ce médicament à actions essentiellement contradictoires se révèle à nous comme possédant des propriétés qu'on ne saurait théoriser, et qui ne se décèlent que par les faits cliniques.
Diverses préparations opiacées ont été utilisées dans le diabète : c'est h la thériaqm que les auteurs anciens accordaient la préférence. Bouchardat encore trouvait que, par sa composition complexe (opium, fer, amers, gommes, gommes-résines), elle réunit les avantages des opiacés, des corroborants, dés stimulants. Néanmoins, il y ajoutait souvent un, deux, trois centigrammes d'opium. En Angleterre on emploie fréquemment la poudre de Doiver; mais ces deux médicaments sont trop pauvres en opium pour se prêter à une médication opiacée intensive.
Aujourd'hui, on se sert surtout de V extrait thè- Idïque^ qui est employé à des doses très variables suivant les auteurs. Quelques-uns le prescrivent larga manu. C'est ainsi, par exemple, que Tommasini commençait par dix centigrammes par jour pour arriver à 1 gr. 50, dose que Cantani a vue parfaitement supportée, et même à deux grammes et que MacGregor est allé jusqu'à 90 grains (un peu moins de 6 grammes).
La plupart des médecins ne suivent pas ces errements; Fonssagrives ne dépassait pas quarante centigrammes. Peter ne donnait que dix centigrammes, et encore à doses fractionnées; enfin Lecorché se contente de cinq centigrammes dans les cas légers ou moyens, mais n'hésite pas à s'élever jusqu'à cinquante centigrammes dans les cas graves.
On a également donné la morphine., soit par la voie
78 MoniricATEUKS gi-:.m':i!aux de la nutrition
buccale, à la dose de 0 gr. 13 (PaA7), et de Ogr. 25 (Kralschmer), soit en injections hypodermiques. Kratschmer l'a nïême vue diminuer la glycosurie, alors que le régime restait riche en féculents. En injections sous-cutanées on a été jusque vingt et vingtcinq centigrammes par jour.
Enfin la codéine a trouvé des défenseurs, surtout en Angleterre, Smith et Pavy par exemple; mais Lindsay et Frerichs en contestent l'efficacité. Nous n'en sommes pas surpris, puisqu'à tous égards la codéine est un médicament infidèle, la moins active des préparations opiacées, chez l'homme du moins.
Pour notre part, nous employons soit l'opium brut, soit l'extrait thébaïque, presque toujours associés à un sel alcalin. Nous débutons par une dose de vingt centigrammes pour la première de ces substances, de dix centigrammes pour la seconde, en ayant soin de la fractionner, sous forme de cachets ou de pilules de 0 gr. 04 ou 0 gr. 02. Dans les cas moyens, nous élevons la dose de manière à arriver en une semaine environ à celle soit de -iO à 60 centigrammes d'opium brut, soit de 20 à 30 centigrammes d'extrait; puis, après quelques jours, nous diminuons progressivement la dose pour enfin suspendre au bout de trois semaines au plus la médication opiacée. Dans les cas graves une plus grande prudence s'impose; car il faut craindre par-dessus tout que l'appétit se perde, que des phénomènes d'asthénie gastrique ou de dépression générale ne se produisent. D'ailleurs, notre confiance dans cette thérapeutique, comme du reste dans toute médication perturbatrice, est ici très limitée.
Enfin, pour peu qu'il y ait, soit état cachectique, soit perturbation des fonctions digeslives, soit enfin
ARSENICAUX '^^
phénomènes d'intoxication, ropium est absolument conlre-indiqué; cardans ces cas son action dépressive, même h faibles doses, pourrait rapidement se faire sentir et aggraver brusquement la situation du diabétique.
En ce qui concerne la morphine, nous ne voyons aucune raison de la préférer aux autres préparations opiacées; quant aux injections hypodermiques, il n'y a, ce semble, qu'inconvénients à mettre ainsi sans utilité réelle la seringue de Pravaz entre les mains des malades.
Arsenicanx. — Les opinions les plus contradictoires se sont produites au sujet de la valeur thérapeutique de l'arsenic, dans lequel les uns ont vu un médicament antidiabélique complet, tandis que les autres lui dénient toute efficacité. Pour éviter une énumération fastidieuse des médecins qui l'ont employé et ne mentionner que les plus autorisés, nous citerons dans le groupe de ses partisans Hogg, qui le premier retira de bons effets de la médication arsenicale. Trousseau, Devergie et Foville, Jaccoud, Martineau, Dujardin-Beaumetz, Lecorché; dans le groupe de ses détracteurs, Berndt qui le premier l'expérimenta, Cantani, Frerichs, etc.
Ici nous nous trouvons en présence de quelques faits expérimentaux positifs. Ils plaident en faveur de l'action antiglycosurique des arsenicaux; c'est ainsi que Saikowsky a constaté que le foie des animaux soumis à l'usage de l'arsenic ne présente plus trace de substance glycogène, et ce avant qu'aucun phénomène d'intoxication se soit produit. De même Saikowsky et Frerichs ont tous deux signalé ce fait que, chez les animaux intoxiqués par l'arsenic, la piqûre (lu plancher du quatrième ventricule détermine peu ou
poinl de glycosurie. Les expériences plus récenles de Quinquaud sont absolument confirmalives des faits avancés avant lui; notre collègue a constaté que l'on peut piquer le plancher du quatrième ventricule chez des animaux auxquels l'on a au préalable injecté une douzaine de gouttes de liqueur de Fowler sans que le sucre apparaisse dans les urines et qu'en même temps l'analyse du sang et du foie y révèle une proportion de glycose moindre qu'à l'état normal. L'arsenic aurait donc une action manifestement inhibitive de la fonction glycogénique.
Mais quelle influence exerce-t-il sur les autres éléments du syndrome diabétique? A cet égard, l'expérimentation reste muette. Elle ne nous renseigne pas davantage sur ses propriétés à l'égard des mutations organiques. Or on peut affirmer que, par-dessus tout, l'arsenic est un modificateur de la nutrition. A en juger par son eflîcacité indéniable dans la scrofule et certaines anémies, c'est parmi les stimulants des processus nutritifs qu'il devrait être rangé. Néanmoins l'accumulation de la graisse chez les animaux arseniqués semble témoigner d'un ralentissement des combustions organiques. Ici encore, il serait plus que prématuré de vouloir rationaliser les indications thérapeutiques et l'on ne peut que s'en tenir à cette formule élastique : l'arsenic est un altérant.
Or cette modification dans les échanges, la clinique seule peut nous apprendre si ce médicament l'oriente dans un sens favorable chez le diabétique. On vient de voir que les avis sont partagés à cet égard. D'après les faits que nous avons observés, nous n'hésitons pas à reconnaître à l'arsenic une action réelle sur le syndrome diabétique, dans un cer-
AllSEiMCAUX ol
tain nombre de cas du moins. 11 est beaucoup de malades qui, sous son influence, voient leur glycosurie et parallèlement leur polyurie diminuer pendant que l'embonpoint et les forces reviennent, qui, en un mot, lui doivent une très réelle euphorie. L'azoturie surtout, plus que la glycosurie, est favorablement influencée, de sorte que la désassimilation excessive du diabétique est enrayée.
L'arsenic est, croyons-nous, particulièrement utile aux diabétiques affaiblis et émaciés, de même qu'à ceux qui présentent un tempérament lymphatique; on peut aussi y recourir lorsqu'il y a menace de lésions pulmonaires. Enfin on ne doit pas oublier qu'il constitue le meilleur des toniques pour les arthritiques. Les indications de l'arsenic dans le diabète sont donc multiples ; mais on ne saurait, sans s'exposer à de graves mécomptes, lui demander une action aussi puissante qu'à la médication alcalinoopiacée, d'autant que souvent l'état des voies digestivesne permet pas de l'employer larga manu.
Nous n'insisterons pas ici sur le mode d'administration des arsenicaux qu'on prescrit surtout sous forme d'arséniate de soude ou de liqueur de Fowler; on doit aller progressivement, en partant de doses faibles pour arriver, quand il ne se produit pas de phénomènes d'intoxication, à des doses élevées, seize gouttes par exemple, de liqueur de Fowler, •pour descendre ensuite, non moins graduellement. On peut faire des cures semblables de vingt jours environ en les séparant par des périodes de repos d'une durée égale.
Nous n'avons jamais eu l'occasion d'expérimenter le bromure cVarsenic^ médicament utilisé par divers médecins allemands depuis Clemens et dont la com-
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position paraît justifier l'emploi dans le diabète; c'est une substance très active qui ne s'emploie qu'à, la dose de quelques gouttes par jour.
lodnre de potassium. — En vertu de sa constitution chimique, puisque les iodiques et les alcalins ont été utilisés à des titres divers dans le diabète, et surtout comme médicament altérant, l'iodure de potassium semblerait appelé à rendre des services dans le diabète. Mais l'expérience a démontré le contraire, et Dickinson est le seul, croyons-nous, qui l'ait employé avec succès. S'il améliore la situation de quelques diabétiques, c'est par voie indirecte, en influençant certains processus arthritiques, comme l'artério-sclérose, ou des désordres cardiaques. Il n'a d'utilité réelle, directe, que dans le diabète syphilitique où, diverses observations en -font foi, son action est très réelle, souvent même très rapide, ainsi que nous le verrons plus loin. Il intervient non contre le syndrome diabète, mais contre la dyscrasie qui le commande : preuve nouvelle de l'importance de la médication anlicausale dans cet état morbide.
§ II — MÉDICAMENTS NERVINS
Ici commence l'interminable liste des moyens pharmaceutiques dont on a voulu faire des spécifiques du diabète, bien qu'ils ne répondent que d'une manière fort imparfaite aux indications thérapeutiques. Pour la plupart, en effet, ils ne s'adressent qu'à l'un des éléments de la maladie, comme la glycosurie ou la polyurie. Ils ont cependant leur raison d'être, leur application dans les cas oîi un phéno-