CHAPITRE II
Traitement tlu diabète ai>tliriti(|He constitutionnel.
L'intervention thérapeutique devant être dirigée à la fois contre le syndrome diabétique et contre la dyscrasie arthritique serait fort complexe si divers agents médicamenteux, et surtout divers moyens hygiéniques, ne venaient remplir simultanément cette double indication. C'est ainsi qu'en activant les oxydations organiques par l'exercice naturel ou artificiel on facilite la combustion du sucre dans l'économie, en même temps qu'on iniluence dans un sens favorable les mutations nutritives compromises du fait de l'arthritisme ; c'est ainsi que la médication alcaline jouit d'une popularité égale dans le traitement du diabète et de la dyscrasie arthritique. Aussi l'apparition de manifestations diabétiques chez un arthritique ne vient-elle guère modifier les prescriptions hygiéniques auxquelles il était antérieurement soumis, lorsque la glycosurie n'existait pas, sauf toutefois en ce qui concerne le régime alimentaire que commande l'hyperglycémie. Mais là git ladilliculté; car, comme la diète anliglycosurique diffère à plusieurs égards de celle qui convient aux uricémiques, on peut éprouver quelque embarras à instituer un régime qui enraie l'hyperglycémie sans exposer à l'éclosion ou au retour d'accidents tels
([u'une crise de goutte ou de coliques néphrétiques.
Le plus souvent, au risque de voir ces manifestations arthritiques se produire — ce à quoi du reste il est possihle de parer dans une certaine mesure par diverses pratiques — c'est l'entité diabétique qu'il faut surtout viser, en raison de la gravité des complications auxquelles elle peut donner naissance. Mais la situation change lorsque par le succès complet de la diète iV épreuve on s'est assuré de la bénignité extrême (lu processus diabétique; celui-ci n'étant en quelque sorte qu'un incident au cours de la dyscrasie artlirilique, il serait souverainement illogique de porter tous ses efforts de ce côté.
Ceci dit, voyons quelle doit être la ligne de conduite dans les conjonctures diverses qui peuvent se présenter, suivant que c'est la diathèse arthritique ou au contraire le diabète qui figure au premier plan.
Prenons d'abord le cas habituel, celui où la diète d'épreuve détermine une très notable atténuation dans les phénomènes cardinaux du diabète, mais sans faire tomber la glycosurie au-dessous d'un taux encore assez élevé, de 30 à 80 grammes par jour, sans amener la disparition de la polyurie et de la polydipsie. Le régime alimentaire strict a donné ce qu'il pouvait; à le prolonger, même dans toute sa rigueur, on ne gagnerait plus guère de terrain, et par contre on s'exposerait à voir les fonctions digestives s'altérer, la nutrition générale souffrir. Il est donc préférable d'instituer un régime moins sévère qui soit supportable longtemps, tout en recourant à divers moyens thérapeutiques.
Ce n'est pas cependant qu'il faille modifier le mode d'alimentation dans ses traits essentiels. Sans se dé-
partir de l'exclusion absolue des principes sucrés ' et autant que possible des féculents, on tolérera un peu de pain, 30 grammes environ^ à chaque repas, certains fruits, ou parfois le laitage à dose très modérée. Les graisses, les œufs, les légumes verts, les viandes devront toujours faire la base de ralimentation. Mais, ici surtout, la diète carnée absolue est contre-indiquée, en raison des dangers qu'elle offre au point de vue de l'arthritisme. Un semblable régime peut être continué fort longtemps sans présenter aucun inconvénient.
En fait de boissons, on recommandera aux repas l'eau pure, ou étendue de vin, ou le thé léger et, dans leur intervalle, soit une tisane alcaline, soit de l'eau additionnée, pour un litre, de 20 grammes de glycérine et de 3 à 5 grammes d'acide citrique ou d'acide lactique, soit du café très faible. Lorsque la soif | est très vive, on essaiera de la calmer au moyen de j collutoires au citron ou au menthol, ou de pastilles de menthe non sucrées. La glace ingérée par petits fragments l'étanche généralement mieux que les boissons chaudes. |
Ici, plus encore que dans les autres formes de dia- ! bète, sont utiles les pratiques hygiéniques destinées ' à activer les combustions organiques, car elles s'adressent à la dyscrasie arthritique autant qu'à l'hy- | perglycémie. C'est en premier lieu l'exercice naturel, la marche, sans aller jusqu'à la fatigue, ou à son défaut, lorsque pour tel ou tel motif les malades sont quelque peu impotents, les frictions sèches ou , alcoolisées, le massage pratiqué sans trop de force, la gymnastique de chambre, enfin l'hydrothérapie.
En fait de médicaments, il en est trois qui trouvent ici leur place : Vopium, Varsenic et les alcalins; tous
comme anliglycémiques, le dernier cà la fois comme anliglycémique et comme antiarlhritique.
C'est dire que nous accordons la prééminence à la médication alcaline ; mais faut-il l'employer à dose massive, pour la suspendre de temps en temps, ou au contraire renoncer au traitement intensif pour pouvoir le continuer d'une manière à peu près indéfinie-^ Étant donné que l'action des alcalins est, non curative, mais seulement palliative, il nous semble «référab'le de maintenir l'organisme le plus longtemps possible sous leur influence, et même de fractionner les doses médicamenteuses de façon à combattre sans relâche l'hyperglycémie, tout en stimumulant les fonctions digestives. Voici comment, en s'inspirant de ces idées, on peut formuler le traitement alcalin : on donnera vingt minutes avant les deux principaux repas un tiers de verre ou un demiverre d'eau de Vichy, source des Célestins; après ces deux repas une dose d'un à deux grammes de bicarbonate de soude; enfin, comme nous le verrons plus loin, le matin et parfois même le soir, une cuillerée à café de sel de Carlsbad dans un grand verre d'eau chaude.
Chez les diabétiques goutteux on peut utiliser le salicylate de soude à la dose de 3 grammes environ ; chez ceux qui sont atteints de lithiase néphrétique,'le carbonate ou le benzoate de lithine, à la dose de 0 gr. 60 pro die, ou la lithine effervescente par cuillerée à soupe à chaque repas.
Si dans ces termes, la médication alcaline peut être 'continuée fort longtemps, il n'en est pas de même des opiacés ou des arsenicaux. Avec ces médicaments, il faut en quelque sorte frapper un grand coup ; puis, l'efl'et obtenu, laisser l'économie
DIABETE ARTURITIQUE MOYEN
se reposer un certain temps. En partant de 10 centigrammes par jour d'extrait tliébaïque, nous montons rapidement jusqu'à 20 ou 30 centigrammes. Cette dose est maintenue pendant deux ou même trois semaines, si aucun phénomène de morphinisme ne se produit, puis nous suspendons la médication pendant une quinzaine de jours pour la reprendre ensuite.
Quant aux arsenicaux, leur mode d'administration doit être différent : pour obtenir de bons effets, il faut atteindre des doses assez élevées, et la chose n'est possi-ble qu'en habituant peu à peu l'organisme au médicament. On y arrive en parlant de doses faibles (deux gouttes de liqueur de Fowler dans un verre d'eau ferrugineuse de Bussang ou d'Orezza, ii chaque repas), qu'on augmente d'une goutte par jour. Lorsque l'estomac et l'intestin ne présentent pas de signes d'intolérance, on peut atteindre la dose quotidienne de douze à seize gouttes, qu'on maintient pendant une huitaine de jours; puis on la diminue non moins progressivement, pour enfin suspendre tout traitement arsenical pendant deux ou trois semaines.
Il est clair que ces agents thérapeutiques ne peuvent pas être prescrits simultanément. En thèse générale, la médication alcalino-opiacée est la médication de choix; les arsenicaux sont surtout indiqués quand l'opium est mal supporté ou qu'il y a une note asthénique assez accusée.
Dans ce dernier cas, les sels de quinine, sulfate et chlorhydrate, aux doses que nous avons indiquées plus haut, sont particulièrement à recommander. Ils sont également de mise dans les moments où l'usage de l'arsenic et de l'opium est suspendu. On peut en prolonger très longtemps l'emploi.
TRAITEMENT ANTIARTHIUTIQUE 131
Menlionnons encore, à lilre de médicamenls adjuvanls, les préparations de quinquina, plutôt que celles de fer, comme toniques, la quassine ou les amers comme stimulants des fonctions digeslives, etc. Ici l'huile de foie de morue est rarement utile.
Reste l'indication anliarthritique ; en dehors des prescriptions hygiéniques et de la médication alcaline qui y répondent, nous recourons à une pratique qui nous a toujours donné d'excellents résultats. Elle consiste à faire prendre au malade, à jeun, soit le matin, soit au lever et au coucher, un grand verre d'eau aussi chaude que possible. Lorsque le malade se refuse à l'absorber, ce qui est fort rare, nous lui substituons une tisane légère très chaude, faite avec des plantes inoffensives, comme la camomille, le tilleul, etc. De la sorte est effectué un nettoyage quotidien ou biquotidien de l'économie.
Lorsque le malade est habitué à cette médication, et cela ne se fait guère attendre d'ordinaire, nous y ajoutons le plus souvent une cuillerée à café ou à thé de sel de Carlsbad, en forçant même un peu la dose chez les diabétiques gras, particulièrement chez ceux qui ont une constipation tenace, ou qui présentent des signes de congestion des organes abdominaux.
Nous verrons plus loin que dans ces cas les eaux minérales alcalines sont souveraines, à telles enseignes même qu'on peut se départir de la rigueur dans le régime alimentaire pendant la période qui précède et celle qui suit immédiatement la cure thermale.
D'ordinaire le traitement que nous venons d'indiquer détermine une détente très prononcée du diabète et diminue dans des proportions considérables