CHAPITRE IV
OBSERVATIONS SUR LES DIFFERENTS ETATS PRODUITS SUR L’HOMME PAR L’AGENT MAGNETIQUE, Y COMPRIS LE SOMNAMBULISME.
Il ne faut pas s’étonner dans l’action magnétique de voir le sujet sur lequel on opère, éprouver des dêtirements nerveux ; des bâillements ; des sensations de chaleur ou de froid; un fou-rire OU des pleurs abondants; des irritations, des spasmes, hoquets ; des agitations nerveuses; des crises de catalepsie et de tétanos.
Dans les premiers cas, il faut n’avoir aucune inquiétude et continuer la magnétisation, en taisint remarquer ces effets au sujet magnétisé ainsi qu’aux personnes présentes, afin de déterminer leur croyance à cet agent, et aux phénomènes qu’il produit.
Dans les crises nerveuses, il faut éloigner
les personnes présentes impressionnables, s’éloigner soi-même du crisiaque et le magnétiser ainsi à un mètre ou deux de distance, par des passes lentes, laites dans l’intention de le calmer et de rétablir, de la tête aux pieds, une libre circulation du fluide qui, dans ce cas, semble s’accumuler au cerveau et sur les plexus. Après un certain nombre de passes, il faut en faire d’autres transversales, avec une certaine vitesse, dans l’intention de dégager le cerveau, et d’éloigner du sujet le trop de fluide qui l’agite.
C’est encore dans ce cas où l’on doit faire l’expérience du souffle en soufflant à distance dans la direction du front du magnétisé avec l’intention de le rafraîchir et de le calmer. Il ne faut pas cependant se fatiguer à le faire rentrer dans son état normal, s’il offre de la résistance à le faire, car il pourrait s’écouler un temps plus ou moins long, entre le commencement et la fin de cette crise ; temps qui peut durer jusqu’à quelques heures; le magnétiste s’épuiserait donc en vain s’il le magnétisait pendant tout ce temps ; au contraire, il est quelquefois utile de placer l’agité
— qui souvent est plongé dans un état de somnolence voisin de ceiui somnambulique
— dans un fauteuil ou sur un lit, dans une position convenable, pour aller soi-même au dehors se raffraîchir et rompre ainsi un courant occulte qui agit à votre insu.
Ce qu’il est utile surtout d’observer, dans cette circonstance comme dans toutes celles de ce genre qui pourraient se présenter en magnétisant des sujets trop sensibles à l’agent magnétique, c’t st de conserver le plus grand calme possible d’esprit et de se pénétrer de l’idée que les suites n’en seront pas dangereuses, car le trouble ou l’inquiétude qu’on éprouverait, contribueraient à compliquer la crise, au lieu de la calmer.
Les bâillements se calment en posant la main sur le creux ou vers le creux de l’estomac, en soufflant à chaud sur cet organe, comme nous l’avons déjà enseigné.
Les sueurs et les tremblements sont des états fugitifs qui n’exigent aucune attention.
Le rire et les pleurs, demandent qu’on ne leur oppose pas d’obstacle, car on pourrait conduire le sujet vers une crise nerveuse, plus redoutable. Cet état ne dure qu’un moment, et exige être respecté.
Les irritations, spasmes et hoquets se calment par des passes lentes, faites de la tête au bas du buste, ou en donnant à boire au crisiaque un verre d’eau, magnétisée à cette intention. Le souffle s’emploie également à chaud, (c’est-à-dire la bouche posée sur un linge appliqué sur la partie même qu’on désire calmer). Dans le hoquet et les spasmes de l’estomac, ce souffle s’emploie sur la gorge et sur le creux de l’estomac à plusieurs repris es.
Le tétanos et la catalepsie, sont deux états dans lesquels entrent les personnes très nerveuses, nous entendons dire, ayant le système nerveux sec, par conséquent impressionnable. Ces deux états sont presque identiques, hors que le tétanos se manifeste par une raideur du corps et de tous les membres, raideur qui ferait croire que l’individu dans cet état est fait d’une pièce, vu qu’il ne peut se servir de ses articulations. On briserait plutôt ses membres que de les faire plier. La catalepsie se manifeste de la même manière ; mais, ordinairement, elle n’affecte que la moitié du corps ; un côté, un membre ou deux; dans ces deux cas, il faut avoir très soin des crisiaques. S’ils sont entrés dans ces états, debout et sans aucun point d’appui, il faut tâcher de les coucher ou de les placer le plus convenablement possible, afin qu’il n’arrive pas pire accident, puis les magnétiser avec un grand ménagement, en faisant de légères pressions sur les membres, surtout vers les parties musculaires, nommées vulgairement le gras du bras, les cuisses, les mollets ; puis souffler à chaud sur toutes les articulations et les plexus avec l’intention bien prononcée, d’humecter, de détendre, d’adoucir et de calmer la raideur des tendons, des nerfs et des muscles. Il faut mettre de la persévérance à vouloir tirer le sujet de ce fâcheux état, et le magnétiser par des passes à grands cou-
rants lorsqu’il en est sorti, pour lui enlever la courbature qui s’en suit ordinairement.
Quelques magnétistes se servent comme adjuvant, pour tirer le crisiaque de cet état, de charbon de bois, comme étant un bon absorbant, on en met un gros morceau dans chaque main du crisiaque, et un également sous chaque pied ; on en prend un morceau dans chaque main soi-même, dont ou présente les bouts au crisiaque, en faisant les passes conseillées, de la tête aux pieds. Ces morceaux de charbon absorbent, dans leur trajet, le fluide électro-magnétique, dont le sujet est trop saturé, et. aident à le rappeler à son état normal. Les cas que nous venons de citer sont très rares, ils ne sont le plus souvent produits que par l’ardeur que met le magnétiste à agir sur son sujet.
Somnambulisme.
Dans les prodromes de somnambulisme, le premier état qui se manifeste ordinairement pour le magnétisé est un abattement général, une grande pesanteur des paupières, et le besoin de les clore. Il s’en suit alors un assoupissement plus ou moins long, et ulus ou moins profond. A la première question que vous lui adressez, il sort en sursaut de cet état et répond que ce qu’il éprouve est ce que nous sentons tous au moment de nous endor-
mir. Comme nous, il combat ce genre de sommeil qui serait ordinaire, ou somnambulique.
Il arrive quelquefois que cette occlusion des yeux est tellement puissante que l’individu ne peut les ouvrir ; malgré qu’il assure qu’il ne dort pas : C’est alors où il y a quelques observations à faire ; car cet état est la première phase du somnambulisme. Une plus longue magnétisation, une deuxième ou plusieurs séances peuvent le compléter.
Le sujet, une fois somnambulisé, peut accuser n’entendre que le bruit que vous laites auprès de lui, et de votre voix, quoique plusieurs personnes puissent lui adresser la parole: comme il peut arriver aussi qu’il entende beaucoup mieux tout ce qui se dit auprès et au loin de lui, qu’avant d’être entré dans cet état. Tous ses sens peuvent être considérablement exaltés, étendus, et même transposés. C’est ainsi qu’il arrive que le sens de l’ouïe, de la vue, ou de l’odorat, peuvent se trouver siéger à l’épigastre sous le pied ou ailleurs, au lieu de siéger dans leurs lieux respectifs.
Il y a en ce genre des manifestations à l’infini, offrant chacune un phénomène plus ou moins connu. Prétendre les traiter dans une simple étude, serait la prolonger jusqu’à la fin de ces manifestations, et Dieu seul sait quand en sera la fin: Il nous suffit d’attirer l’atten-
Ci)
tion sur elles simplement, et de conclure à leur égard qu’elles sont aussi diversifiées que les êtres chez lesquels elles se remarquent.
C’est donc une étude nouvelle à faire avec chaque sujet, sur le genre de phénomène qui se manifeste dans ses sommeils. Nous recom.
mandons surtout d’être très méfiant sur une grande quantité de singeries, d’idées délirantes et de caprices dont nous rendent témoins beaucoup de somnambules. Il y a fort souvent un enfantillage encegenredeleurpart, auquel il ne faut pas s’arrêter; mais au contraire qu’il faut dominer de toute la puissance de la volonté.
Nous croyons utile d’entretenir l’étudiant plus spécialement des phénomènes suivants, comme méritant toute son attention.
1° Un lucide qui ne donnerait aucun signe d’audition, présente un obstacle qu’il ne suffit pas de constater, mais qu’il faut tâcher de vaincre, c’est donc au magnétiste de tâcher de dégager l’ouïe du fluide dont il serait chargé, ou du sang qui l’obstruerait, ou d’une tension nerveuse qui comprimerait le conduit auditif. Si l’on ne réussissait pas à se faire entendre du sujet, il faudrait alors chercher le sens de l’ouïe, en touchant tous les organes du corps, les uns après les autres où l’on pourrait douter qu’il fût placé, questionner le sujet à chaque attouchement, la main servant ainsi de conducteur, finit pour vous faire
entendre du dormeur. C’est alors où il faut ie questionner sur la manière de le diriger dans la suite, vu qu’il vous enseignera assurément sur cette question, ce que vous avez à faire. Dans ce cas, ayez le soin de contrôler ses renseignements et, s’ils présentent quelque chose de ridicule, n’y accédez pas; forcez-le d’entendre autrement, car ce genre de transposition des facultés de cet organe n’est trop souvent qu’une fantaisie du lucide, toujours envieux de présenter du merveilleux !
2° Il peut arriver en plus que le sujet vous entendant, ne puisse vous répondre, parce qu’il aurait les mâchoires paralysées, convulsées, ou cataleptisées ; c’est alors où vous emploieriez le souffle à chaud sur les jointures des mâchoires qui se trouvent sous les oreilles, agissant avec l’intention de relâcher les nerfs et les muscles de tension qui se trouvent trop raidis. Vous pouvez également présenter les doigts réunis en pointes vers les lèvres ayant l’intention de soutirer le trop du fluide qui aurait pu s’accumuler vers elles et tenir la langue dans une espèce de paralysie.
Nous consacrerons une étude spécialement à traiter la question du somnambulisme, nous contentant dans celle-ci, de l’entrevoir seulement dans ses phases les plus apparentes.
Létat somnambulique peut également se déclarer sans que le magnétisé ferme les jeux, et, au contraire, les tienne dans une
fixité qui n’est pas ordinaire. Il peut rester ainsi pendant toute la durée de cette crise, ou les paupières elles-mêmes semblent être retenues aussi fixes que l’œil, au point de ne plus opérer aucun mouvement. 11 arrive aussi, parfois, que les paupières recouvrent lentement le globe de l’œil, à plusieurs reprises pendant cet état, pour se x'éouvrir a chaque fois et rester dans une immobilité parfaite, plus ou moins longtemps. On peut passer impunément devant l’œil du crisiaque une lumière aussi près que possible, sans craindre de lui produire aucune sensation, ce qui n’aurait pas lieu dans son état normal.
Cette fixité de l’œil est très ordinaire dans l’état extatique duquel nous parlerons à son tour.
Dans certaines phases du somnambulisme, l’individu ne possède plus le sens tactile , et accuse l’insensibilité à tout attouchement, jusqu’à subir des épreuves, que les hommes ont poussées assez loin, pour ne s’arrêter que devant l’assassinat! un délire, plutôt qu’un sentiment de fraternité domine ces ridicules expériences; quoique le sujet accuse ne rien sentir, i! n’en est pas do même à la sortie de eut état, où la vie sensitive vient réanimer toutes les D brilles de son enveloppe matérielle; o’estalors où :1 accuse les don f 'urruses so i f-a-ioas (j.i la. oui imposéesce.cx ça..s . i.uu.ts dry
quels il avait remis confïamment la garde de sa personne.
Les crises qui précèdent ordinairement l'état somnambulique sont très fréquentes, et remplissent d’espoir ceux qui les provoquent; mais aussi il leur faut fort souvent beaucoup de patience et de courage pour les mener à bonne fin; nous entendons dire au somnambulisme complet.
Dans ces crises, il y a des sujets qui, ayant les yeux un moment clos, accusent voir des couleurs de differentes nuances allant du noir au rouge. D’autres voient des nuages blanchâtrés qui passent par différentes nuances au jaune. Ceux qui sont les plus près d’entrer dans cet état complètement, voient des horizons immenses, d’une couleur bleue tirant sur le violet, horizons éclairés par instant d’étincelles lumineuses. Il arrive même que ces jets lumineux éclairent des tableaux fugitifs qui remplissent le voyant d’une émotion de laquelle il ne se rend pas compte. Il voudrait revoir pour tout au monde cette bleuette du monde spirituel; mais il ne le peut. Son horizon ou son beau ciel bleu disparaissent, et il est forcé de revoir le nôtre qui n’est pas aussi beau, loin s’en faut.. Ou dégage alors le sujet, pour qu’il ne se fatigue pas à vouloir être lucide quand même. Ce désir est au contraire très nuisible au développement de la lucidité ; il serait préférable pour lui, dans ce cas, de se
soumettre avec indifférence à ce qui en arrivera. Sa santé comine Tordre de ses idées, ne s’en trouveront que mieux.
Somnambulisme magnétique (suite).
Manière de produire cet état et d'en développer les facultés ; tromperies des lucides ; arguments des savants contre cet état, suivis de réfutations ; manière de questionner et de conduire les lucides dont la spé * cialité est de traiter des maladies.
Nous nous proposons, comme nous le devons, d’étudier plus amplement la question du somnambulisme magnétique que nous ne venons de le faire. Nous ne nous dissimulons pas la difficulté d’une telle étude que beaucoup d’autres ont tenté de faire avant no as. Seronsnous plus heureux qu’eux? Il se pourrait, en joignant leurs lumières à celles que nous possédons : mais il serait imprudent d’espérer un succès complet.
Fais ce que tu peux, advienne ce que doit.
Tous les êtres connaissent le sommeil ordinaire. Ce sommeil est le passage d’une manière d’être à une autre pour le corps et pour l’âme, manière qui diifère de l’état habituel du corps en ce qu’elle met ce dernier dans une espèce d’inertie, et laisse errer l’âme dans des créations imaginaires (disent les savants).
Nous savons tous que ce sommeil n’a aucun précurseur ; qu’il arrive à certaines heures; ou dans certaines cirsonstances par un besoin irrésistible d’abaisser les paupières, et d’oublier momentanément l’existence des sensations terrestres pour entrer dans celle des sensations de l’esprit. Le passage de cet état dans l’autre est si subit, qu’on ne se souvient jamais de la dernière pensée qui agitait l’organisme avant d’entrer dans le sommeil.
Si quelqu’un nous réveille brusquement, à peine endormi, nous nous écrions avec étonnement: Est-ce que je dormais ? Y a-t-il longtemps que j’ai perdu connaissance? Oh! mon Dieu, je rêvais déjà être dans tel endroit, et parler avec telle personne.
Il suffit donc, comme nous venons de le dire, d’une seule minute à tout être,indistinctement, pour passer ainsi d’un état dans un autre, et vivre de deux existences différentes un même nombre d’heures dans une journée.
Il en est de même à l’égard du somnambulisme magnétique, la promptitude avec laquelle on entre dans cet état, n’est pas plus extraordinaire que celle qui détermine le sommeil naturel.
Ce genre de sommeil du corps et d’éveil de l’esprit est produit à l’aide du fluide magnétique; comme l’éthérisation, la chloroformisation le sont à l’aide de ces substances, comme
de beaucoup d’au très.L’état de somnambulisme magnétique a le même droit d’existence que ceux précités, ainsi que ceux enfantés par les boissons capiteuses, les alcools, certains mouvements circulaires, certaines musiques religieuses, etc.; de la simple émotion produite par les agents précités à l’état d’exaltation, il n’y a que des degrés très peu distancés les uns des autres. Chacun de nous a été à même d’en apprécier quelques-uns et peut, par conséquent, se rendre compte de l’état somnambulique par l'effet d’une simple comparaison. La seule différence qu’il y a entre le sommeil ordinaire et celui somnambulique, prétendu extraordinaire, est qu’on est plus habitué à voir l’un que l’autre.
Le somnambulisme magnétique est pour nous le repos de la chair, et l’activité de l’esprit. Cet état, dans l’action magnétique, peut se déclarer sans avoir été provoqué ; comme il est le plus souvent l’effet d’une manière particulière de le provoquer.
Avant de traiter de quelques phénomènes, dans les milliers que produit cet état, nous allons dire comment on l’obtient aisément.
Il y a des organisations très préparées à y entrer, comme il y en a qui sont très rétives ; mais notre opinion est que tous les êtres indistinctement sont susceptibles d’entrer dans cet état; seulement les moyens, les affinités des fluides et les dispositions physiques ne
sont pas les mêmes chez tous les êtres. Nous prions de ne voir dans cet état qu’une semblable opération de notre esprit que celle de nos rêves ; mais une opération organisée, maîtrisée, et conduite par le magnétiste studieux ahn d’en réprimer les écarts. Cen’est pas que nous prétendions dire par là que lemagnétiste est supérieur au somnambule, non, nous voulons dire qu’au point de vue des lois et des intérêts de l’existence matérielle, le magnétiste peut, avec plus de succès, rappeler l’attention du lucide sur cette existence de laquelle il se croit dégagé, et à laquelle il fait assez peu d’attention pour en compromettre l’ordre. Si on laissait le somnambule libre de jouir, errer, et grouper à son aise les sensations qu'il éprouve, et les observations qu’il fait, il ne serait plus en rapport avec nous que par le corps; car l’esprit, nageant au milieu de cette existence fantaisiste et incompréhensible à notre raison, n’offrirait plus à nos observations que des faits sans valeur. Quelques somnambules qui ont la faculté de se souvenir des phases de cet état à leur réveil, en profitent, à l’insu de leur magnétiste, pour chercher des solutions qu’ils croient pouvoir obtenir ainsi ; mais ils sont loin d’être satisfaits dans l’avenir de leur manière d’étudier, vu qu’ils ne se trouvent qu’en face de faits enfantés parleur faculté de voir, selon leur désir, ce qui leur convient, sans faire passer ces études par les
exigences de la raison ordinaire, qui doit contrôler ces vues et ces combinaisons, sans penser à ce qu’elles pourront éprouver de résistence dans leur exécution matérielle.
Nous ignorons si la propension a entrer dans cet état peut être remarquée sur telle ou telle physionomie, comme le croient quelques magnétistes, en ce qui nous concerne, nousavons rencontré cette disposition chez l’enfant comme chez Je vieillard. Chez la nature la plus sèche et celle la plus humide : c’est-à-dire chez le bilieux comme chez le glaireux ; chez le rachitique comme chez l’hercule ! le regard le plus doux comme le plus vif nous ont offert les mêmes résultats, nous n’avons pu nous arrêter à rien demathémathiqueà ce sujet, nous posons la main pendant dix minutes sur la tête qui le désire, nous en savons plus dans ces dix minutes que par toutes les remarques possibles.
Pour obtenir pius facilement cet état, nous posons l’intérieur de la main sur la partie du crâne qu’on nomme chez les enfants, la fontaine, pendant dix à quinze minutes, puis nous cherchons, par la pensée, à saturer tout ce cerveau de l’émanation fluidique que nous supposons sortir de notre main. Dans ce peu de temps, la personne accuse une sensation quelconque, ou dit ne rien éprouver. On passe à un autre sans plus de recherches ni d’entêtement.
Il n’y a pas que cette manière de somnam-
buliser en magnétisme, chaque praticien a la sienne; si, pour ce qui nous concerne, nous posons la main sur la tête du sujet, c’est que nous ne voulons pas fortifier son incrédulité, en ne faisant aucun attouchement ou aucun geste sur sa personne; car nous pouvons, et tout le monde peut obtenir le même résultat par la simple fascination : c’est-à-dire fixer les yeux du patient avec une forte intention de les lui clore. Voici quel est l’état de notre pensée dans cette action, nous supposons, cela va sans dire, que de nos yeux sort le même fluide que de nos doigts, s’il n’est plus pur, et plus narcotique, nous en saturons le globe de l'œil du sujet en même temps que nous désirons ardemment en charger le bord des paupières, afin de les forcer à s’abaisser comme par un effet de pesanteur matérielle ; nous désirons encore influencer le nerf optique, qui relève le globe de l’œil dans le sommeil ordinaire comme dans le sommeil somnambulique, afin qu’il reste dans cette position.
Lorsque nous voyons que les paupières sont indécises et agitées, nous portons, notre regard vers la région du cœur. Pour saturercet organe de l’agent magnétique, vu que nous entendons les lucides à leur début, comme dans tous leurs sommeils, accuser, sentir un léger mal au cœur, mal que nous attribuons plutôt au nerf grand sympathique qu’au cœur, vu qu’il y a alliance entre ce nerf,
l’estomac et le cœur. Nous saturons donc cette localité du fluide qui lui est nécessaire, en faisant cependant attention de ne pas établir un courant entre cette partie et le cerveau, que nous prenons toujours pour siège principal de l’intelligence humaine et que nous actionnons plus particulièrement par la pensée !
Il V a des magnétistes qui prennent seulement les sujets par les pouces des mains, à l’exemple du bon Deleuze, en appliquant contre leur intérieur, l’intérieur des leurs, et fixant également le patient en même temps, avec l’intention d’obtenir le résultat désiré. Ils s’asseoient à cette intention devant lui.
D’autres posent, comme nous, une main sur le front et l’autre en opposition vers le cervelet, endroit qu’on nomme vulgairement la fossette du cou.
Il y en a qui posent une main sur le sternum (os de la poitrine), et l’autre main sur le plexus un peu plus bas, vu que ce plexus est formé d’une ramification nerveuse communiquant avec tout le système nerveux.
Il y en a d’autres qui chargent toute la tête et même tout le corps par des passes lentes.
Lorsqu’on veut agir en sens contraire, c’està-dire dégager le sujet de la dose de fluide qu’on a déposée sur lui ou le réveiller, si on a eu le . bonheur de l’endormir, on fait des passes transversales très vives devant les organes qu’on a saturés, puis des passes
également vives, de la tête aux pieds avec l’intention d’attirer vers ces extrémités le fluide magnétique, et de décoller les paupières qu’on a closes, ou à moitié paralysées. On souffle même sur le front du magnétisé, à quelques pouces de distance, si cela ne lui répugne pas, et qu’il soit utile de le faire afin de rafraîchir la tête et de la dégager tout à fait, avant de le quitter, de toute sensation pénible, car une crise plus ou moins inquiétante et désagréable pourrait s’ensuivre quelques heures après cette magnétisation.
Il existe des cas, où le sujet se trouve les yeux tellement clos, qu’il est bon, s’il est en somnambulisme, de lui demander une manière prompte de les lui ouvrir, car on n’y parvient qu’avec peine; mais nous ne conseillons pas d’entrer dans cette dépendance envers un sujet qui doit au contraire être tout à fait dépendant de vous. Vous êtes ou vous n’êtes pas son directeur, c’est à vous de le forcer de se soumettre à votre volonté, surtout en ce qu’elle a de loyal et de respectueux pour sa propre liberté ; commandez-lui alors fortement de se réveiller, lorsqu’il y a résistance calculée de sa part, et que vous l’avez dégagé autant que possible. Nous dirons bientôt pourquoi nous recommandons dès les premiers sommeils des lucides de les conduire avec une ferme volonté de laquelle, cependant, ne soit pas exclue la bienveillance. Il faut toujours
ET DU SOMNMABULISME
tâcher qu’entre les deux, il n’y ait ni maître ni esclave, mais un échange réciproque de bons procédés qui seront favorables aux études qu’on se propose de faire ensemble. Il faut observer cependant que c’est le sujet qui doit être dominé et non le magnétiste, car, dans cet état, le lucide possède une puissance supérieure de laquelle il pourrait faire un mauvais usage envers son magnétiste.
Nous ferons en plus observer que, magnétisant un malade ou un curieux, l’on peut, sans s’y attendre, produire les phénomènes dont nous venons de parler, comme il peut également arriver qu’à peine on a commencé de magnétiser, le somnambulisme se déclare et qu’on voie le sujet fermer les yeux, cesser toute communication avec les personnes qui l’entourent et, vous dire : Je suis assez chargé. L’on peut encore le voir tenir ses yeux ouverts et très fixes avec ou sans mouvement des paupières ; il y a dans ces deux cas, somnambulisme à un degré plus ou moins lucide, et plus ou moins clairvoyant ; nous disons lucide et clairvoyant, car le lucide est celui qui, dans cet état, dit connaître sans voir tout ce dont il vous entretient, et le voyant dit voir tout ce qu’il veut. Ces deux états sont ordinairement joints l’un à l’autre; comme il arrive aussi qu’ils entendent des voix d’êtres spirituels qui les instruisent sur ce qu’ils désirent connaître.
C’est donc au magnétiste d’apprécier ces différents états, de conduire le lucide en conséquence et d’en tirer le meilleur parti possible en le questionnant à peu près de la manière suivante.
Manière de questionner les lucides.
Premier ordre de questions
Suivies de réponses supposées.
D. — Comment vous trouvez-vous ?
R. — Très bien, ou : je souffre â tel endroit.
(L’on calme alors cet endroit par quelques passes magnétiques).
D. — Etes-vous mieux?
R. — Oui.
D. — Dans quel état pensez-vous être?
R. — Je ne le sais; je ne peux pas ouvrir mes yeux, et cependant je ne dors pas.
D. — Entendez-vous le bruit qui se fait dans la rue, ou n’entendez-vous que ma parole?
R. — J’entends tout aussi bien que dans mon état ordinaire, je vous le répète, je n’ai que les yeux clos.
D. —Quoique ayant les yeux clos, voyezvous quelques couleurs, ou quelque objet?
R. — Je ne vois rien.
Reposez-vous un moment, je vous ouvrirai les yeux dans dix minutes. Ce temps écoulé,
vous dégagez cette personne comme je l’a ejnseigné, et la laissez, étant revenue dans son état normal, vous conter ses impressions.
Si elle ne se souvenait pas d’avoir parlé, il y aurait espoir d’obtenir un meilleur résultat dans une ou plusieurs autres séances.
Si, au contraire, elle accuse n’avoir pas changé d’état à pouvoir l’apprécier, l’espoir est moins grand.
Deuxième ordre de questions
Suivies de réponses supposées.
D. — Comment vous trouvez-vous?
R. — Très bien.
D. - Etes-vous assez saturé de fluide?
R. — Oui.
D. — Dans quel état pensez-vous être?
R.—Je ne le sais, mais je me trouve si bien, j’ai des pensées si agréables, et je vois de si belles choses, que je voudrais toujours être dans cet état.
D. — Que pensez-vous donc?
R. — Je ne pourrais vous le dire, mon intelligence s’étend et devient immense.
D. — Que voyez-vous qui vous semble si beau?
R. — Je vois ce que je veux.
D. — Me voyez-vous ?
R. — Je vous vois très bien, ou: je ne vous vois pas.
D. — Si vous me voyez, pouvez-vous me dire dans quelle attitude je suis en ce moment?
R. — Je vous vois de telle manière, (on juge s’il y a exactitude).
D. — Si vous ne me voyez pas auprès de vous, vous pouvez peut-être me voir à distance comme ce phénomène se présente dans votre état, tâchez de voir où j’étais à telle heure?
R. — Je vous vois, vous faisiez telle ou telle chose, etc.
D. — Cherchez à voir de même M. M...
R. — Je ne sais où il est.
D. — Il est où vous avez su me trouver, appelez-le par son nom, et vous allez le voir apparaître de suite.
R. — Le voilà.
D. — Donnez-moi son signalement ainsi quel est son âge, la couleur de ses cheveux, celle de ses sourcils, de ses yeux, dites comment vous voyez son front, son nez, sa bouche, son menton, l’ensemble de sa physionomie, sa corpulence, sa taille, son habillement. Puis cherchez à me dé¬
crire également le lieu où vous le voyez, et ce qu’il fait en cet instant.
Qu’on prenne note du signalement donné et qu’on vérifie si le voyant a été exact
dans ses renseignements. Selon la bonté de cette expérience vous avez devant vous, un sujet supérieur ou intérieur, qui peut, dans ce dernier cas, devenir très bon par la suite.
Chaque fois que nous sommes devant un lucide, nous en agissons ainsi, selon la spécialité qu’il possède, nous lui demandons des preuves de sa clairvoyance, pour savoir, si nous sommes devant un crisiaque, un lucide, ou uu fourbe. Aussitôt que nous avons acquis la preuve de sa lucidité, plus ou moins étendue, nous n’avons plus qu’à le conduire avec prudence.
Nous étudions son affection pour tel ou tel genre d’expérience, et nous ne le questionnons plus que sur ce genre, qui, souvent, est celui dans lequel nous rencontrons le moins d’erreurs possibles, erreurs qui sont très communes chez les meilleurs lucides, comme nous en parlerons plus tard.
Lorsqu’on n’a qu’un sujet en crise, c’est-àdire moitié voyant et moitié aveugle, on cherche à corriger ses erreurs en les lui faisant apercevoir pour fortifier ses études ; il ne faut pas aller jusqu’à le décourager, loin de là on fait espérer de meilleurs succès.
Lorsqu’on se trouve devant un fourbe ou un mystificateur comme il y en a beaucoup, on traite ce farceur avec le mépris que commande sa mauvaise action.
Facultés somnambuliques.
Le meilleur somnambule est celui qui se trompe ou vous trompe le moins, et non pas celui qui remplit telle ou telle condition.
On aime ordinairement rencontrer dans cet état, un repliement des sens vers l’interne de l’être au lieu de les voir étendus, c’est-à-dire voir le lucide isolé n’entendant que les personnes avec lesquelles il se met en rapport par le contact ou la pensée.
Quelque bruit qu’on fasse autour de lui, on préfère qu’il n’en entende aucun, et qu’il joigne à un peu d’insensibilité physique, une part de liberté d’appréciation assez grande pour ne point se laisser abuser jusqu’à croire, goûter, sentir ou toucher telle substance pour telle autre comme se plaisent à le lui faire faire les personnes présentes; ce genre d’expérience ouvre la porte aux erreurs, qu’on devrait au contraire chercher à éviter p '.r tous les moyens possibles.
Ces conditions ne sont cependant pas indispensables, puisqu’on trouve de très bons lucides qui ne les possèdent pas, mais elles sont recherchés.
Il en est une autre qu’il est indispensable de trouver chez un lucide qui traite de maladies, ou de questions d’intimité, qui est celle de la perte, à son réveil, du souvenir de ce qu’il â
fait, vu, ou dit pendant son sommeil; l’on sent toute l’importance de cet oubli, il faut bien s’assurer, par tous les moyens possibles, si ce lucide se souvient ou ne se souvient pas, car on en voit journellement paraître ignorer, à leur rentrée dans l’état normal, ce qu’ils ont vu, dit ou fait pendant leur sommeil, et posséder ainsi des secrets, qu’ils ne doivent pas connaître, cette question est très sérieuse et délicate, nous appelons avec force l’attention des intéressés sur elle. Nous avons possédé plusieurs sujets ayant cette faculté dont la vue seule était somnambulisée , les autres sens restent dans leur état normal; ils se souvenaient à leur réveil de tout ce qu’ils avaient pu connaître pendant leur sommeil, et se réveillaient au moment ou nous nous y attendions le moins. Ces somnambules nous ont donné des preuves d’une très grande lucidité par des vues à distance rétrospectives et prophétiques.
Nous en possédons encore deux en ce moment qui sont dans les mêmes conditions.
Qu’on sache, qu’on ne doit attendre rien d’identique dans cet état sans que nous en sachions ni le pourquoi, ni le comment.
Oui, le somnambulisme est un état qui comprend une infinité de facultés dévolues, chacune a autant d’êtres différents.
Ce que l’un peut, l’autre ne le peut pas.
Chacun a ses aptitudes et ses puissances d’études ; ainsi, si l’on peut dire que cet état
conduit à la connaissance universelle des sciences humaines, on doit ajouter que cette connaissance est répartie, comme dans l’état matériel, entre un nombre infini d’individus.
Tel lucide peut connaître et traiter les maladies.
Un autre voir à travers les corps opaques, sans ponr cela voir à travers tous les corps opaques.
Un troisième voit auprès de lui et non à distance.
Un quatrième voit à des distances très grandes, et ne voit pas auprès de lui.
Un cinquième voit mieux le passé que le présent.
Un sixième voit mieux le présent que le passé.
Un septième voit très bien l’avenir, et ne voit ni le p< ésent ni le passé.
Un huitième voit vos pensées.
Un neuvième les sent par une espèce d’attouchement inexplicable.
Un dixième en a l’intuition.
Un onzième sait sans voir ni sentir ce qu’il sait.
Un douzième parle des langues qui lui sont étrangères.
Un treizième poétise, sans connaître les régies de la versification.
Un quatorzième est musicien, et exécute
très bien sur un instrument qui lui est inconnu.
Un quinzième résout instantanément des difficultés algébriques, sans connaître les chiffres.
Un seizième dessinera très bien sans notions de dessins.
Un dix-septième raisonnera chimie sans connaître les substances.
Un dix-huitième fera de même en mécanique et en physique, etc., etc.
Nous ne pouvons citer toutes ces facultés diverses, qui étant étudiées, développées, et appliquées aux arts comme aux sciences, produiraient les meilleurs résultats.
D’autres lucides ont des affections très prononcées, par conséquent des moyens très étendus pour traiter des sciences occultes, opérer des prodiges incroyables et innénararables. Celui-ci se plaît à prendre des positions contre toutes les lois connues de l’équilibre, et de l’anatomie du corps.
Tel autre présente un genre de stigmatisation qui n’est pas moins curieux qu’inexpliquable.
Un troisième se gonflera subitement le ventre, au point d’imiter un hydropique ou une femme enceinte.
Un quatrième se rendra pesant au point que vous ne pourrez le lever.
Un cinquième fera le contraire en se trou-
vaut suspendu en l’air, sans aucun point d'appui.
Un sixième fera des tours d’adresse, qui, s’il ne vous lascine pas, vous paraîtront inadmissibles.
Un septième opérera des apports, sans qu’on puisse se rendre compte comment les objets qu’il saisit dans l’air devant vous, sont entrés dans l’appartement fermé.
Un huitième brisera un anneau d’or et le ressoudra sans que vous sachiez comment.
Il brûlera votre mouchoir, et des cendres le reproduira tel qu’il était.
Il vous donnera sa chemise à tordre, sans que ses autres vêtements soient humides.
Il vous montrera son corps couvert d’éraillures sanglantes, sans que sa chemise soit déchirée, ni que vous sachiez comment ces blessures ont était faites sous vos yeux. Il pourra avoir un membre cassé qui sera ressoudé dans trois jours à pouvoir s’en servir. Ces phénomènes vous paraîtront être des contes; mais nous pouvons vous affirmer qu’ils ont eu lieu en présence d’individus qui nous en ont certifié la réalité. Si vous voulez fouiller dans les annales des saints, des possédés, vous y trouverez des faits non moins merveilleux, la possibilité des uns fait admettre celle des autres, nous avons assez traité de ces matières dans la Magie magnétique à laquelle nous vous renvoyons pour les ap-
précier, ainsi qu’aux manifestations spirituelles des médiums qui ont lieu en nos jours.
Un neuvième se rendra invisible, et ira vous chercher des objets à tel endroit, dans une heure de temps, quand l’espace demande matériellement quelques jours pour le franchir.
Un dixième se dit inspiré par tel saint, tel sage, ou tel savant.
Un onzième ne voit que des décédés et vous donne des preuves irrécusables de leur existence.
Un douzième ne traite que de théologie, etc., etc.
Nous n’en finirions pas si nous voulions descendre dans toutes les subdivisions des spécialités et des facultés qu’ont les somnambules.
Le faible aperçu que nous venons de citer doit donner une idée de l’immensité d’études qu’il nous est réservé de taire : mais, aussi, il doit nous donner une semblable idée de méfiance; car plus il existe chez l’homme de moyens de connaître ou de produire, plus il doit exister de moyens d’errer et de tromper. C’est de cette question dont nous désirons ti'aiter un moment.
Lorsque noue avons dit, il y a un instant, de ne croire à la lucidité d’un somnambule ainsi qu’à son véritable état qu’a-
près un fait irrécusable, c’est que nous savons que le trop de confiance en de- certains lucides, comme en de certains jongleurs, est une grande faute et peut conduire aux plus fâcheux désordres. C’est que nous savons que sur cent dormeurs, il y en a cinquante dans de mauvaises conditions et un grand nombre dans les autres cinquante dont la rectitude d’esprit et le dévouement aux êtres qn’ils semblent affectionner sont très suspects.
Le lucide n’est comme nous qu’un être plein de fatuité et de vices, il ne pense pas les amoindrir devant les puissances mises à sa disposition. Au contraire, son orgueil en est ordinairement très flatté, et il est souvent très aise de se jouer de notre bonne foi, comme vous pouvez vous-même vous jouer de la crédulité d’un enfant.
A côté de son besoin de prouver plus de savoir qu’il n’en possède parfois, il se trouve des erreurs qui ne sont pas de son fait, et dont il serait peu juste de l’accuser ; nous traiterons de la source involontaire, pour lui, de ces erreurs.
Il se trouve également, à côté des lucides dont la supériorité est prouvée, les dormeurs par métier; oh! ceux-là pullulent comme les faux médecins en tous les lieux, ce sont les plus en renom, les plus clairvoyants, ou pour parler plus vrai, les plus
adroits et les plus fourbes. Aidés de compères ou de commères, par certains mots dits sans réflexion ni souvenance, certaines questions adroitement faites, et surtout certaines grimaces frisant des attaques nerveuses, arrivant à propos pour répondre à certaines questions qui embarrassent leur fausse lucidité, ils se tirent par ce fait adroitement de ce mauvais pas, en vous fourrant vous-même plus avant dans le bourbier de leur supercherie. Nous n’osons vous dire ce qui se fait en ce genre, nous respectons trop l’espèce humaine pour lui dévoiler ces faits.
Il est vrai que notre respect est forcé; mais il est nécessaire pour le bien de nos études. Nous dirons plus vous clorez d’yeux, plus vous devez ouvrir les vôtres.
Arguments des savants contre les facultés somnambuliques.
Les antagonistes des somnambules et de leur faculté, ont fait ressortir que le lucide pouvait fouiller dans ses propres souvenirs, comme dans ceux des questionnants, et par cela dire des choses qui ayant le cachet de l’inconnu, n’en seraient pas moins des réminiscences, ou des lectures dans les pensées d’autrui.
Vouloir combattre cet argument par la négat ion, ce serait friser la mauvaise foi, en ce que
cela se peut dans de certaines circonstances; et nous croyons même que ce sont des forces dont se servent adroitement les sujets astucieux et dévorés par le besoin de paraître être supérieurs, et de trôner... nous disons plus, en conseillant à tout magnétiste qui forme un lucide, de prendre en considération cet argument et de s’en servir comme d’un phare pour l’éclairer dans la route obscure qu’il se propose de parcourir, guidé par lui, il sera plus méfiant.
Nous ne savons jusqu’où peuvent atteindre ces facultés de réminiscence ou de cognition ? En effet, à compter du premier jour où l’optique ainsi que le sens auditif sont ouverts de cette manière chez l’homme, et qu’ils alimentent les facultés imageantes qu’il possède, facultés qui forment sa mémoire, riche de tous les tableaux, de toutes les actions, de toutes les paroles prononcées, les écrits, les bruits et les sons entendus pendant toute son existence, nous nous trouvons devant une étude offrant les mêmes difficultés de solution que toutes celles que présente cet état, et nous demandons qu’est cette immensité ouverte au voyant ces choses, e.t combien sa faculté plus ou moins franche d’historier cette lecture à première vue, ne doit-elle pas lui fournir des moyens de se jouer de notre bonne foi dans cet état ? Nous renforçons même l'argument de ces savants en disant qu’un enfant sur le sein de sa mère, suce
avec son lait, ses propres pensées, ses propres paroles, et ses propres gestes et qu’il les daguéréotypise en lui! il en est de même de tout ce qu’il voit, entend et touche, il enrichit son jeune album de tous ces tableaux qu’il peut retrouver plus tard!... tableaux à l’aide desquels il traitera des choses qui sembleront au premier aspect, être totalement étrangères à son instruction. C’est par cette faculté qu’une jeune lucide que j’ai eue, et dont j’ai tenu un journal non publié, se voyait recevoir le baptême, et citait une certaine quantité de faits très curieux qui s'étaient passés au repas du du baptême, faits vérifiés et reconnus plus tard être très exacts. Ce simple fait donne raison à l’argument précité, mais, il n’autorise pas de l'appliquer a tout ce que sait et dit le somnambule.
Les corps savants, les médecins, les philosophes, les libres-penseurs, ainsi que les publicistes, ont toujours été hostiles au magnétisme humain et aux magnétistes. Nous avons été souvent froissé des mauvais procédés dont ils ont usés à notre égard ; les savants ont en cela la faiblesse des hommes en général, faiblesse qui est de s'empresser de prononcer un jugement avant cause entendue. Nous avons été plus sensible à ce genre de discussion que nous ne le sommes maintenant, en ce que nous apprécions mieux les causes déterminantes de ces hostilités qu’enfante la mauvaise éducation re-
ligieuse qui existe sur la terre, éducation retenant l’homme dans les ténèbres les plus épaisses, et le poussant à l’admission de l’absurde en vue de fausser son jugement.
Le magnétisme humain, produisant le somnambulisme et le spiritualisme,présente à nouveau, sous un autre aspect, les mêmes germes d’enthousiasme, de croyance au merveilleux et riche de religion à n’en pouvoir douter, mais de religion sans prêtre, de religion primitive, de religion naturelle ; il fait craindre aux librespenseurs de voirse redresser devant eux, pour des siècles encore, ces autels aussi ridicules que démoralisateurs qu’ils veulent renverser à toutes tins... Nous ne pouvons encore nier la valeur de cet argument devant tous ces cénacles et ces dieux en herbe que le magnétisme contient dans sa malle de voyage : nous n’avons que trop vu de nos yeux, et que trop entendu de nos oreilles, les nouveaux évangiles qui doivent ridiculiser Dieu d’une autre manière. Nous avons haussé les épaules devant ces choses, et nous avons regretté que les libres-penseurs n’aient pas distingué entre le bon et le mauvais de ce nouveau professorat, et aient par conséquent plutôt senti la nécessité d’une hétacombe générale que d’un jugement impartial.
En deuxième ordre, les prétendus professeurs religieux, voyant leurs autels menacés de mitoyenneté, nous ont à leur tour condam-
nés dans l’intérêt bien entendu de leur avenir,
En troisième ordre, les médecins se voyant aussi menacés par ces Argus Esculapes, et ayant surpris le défaut de leur cuirasse, y ont enfoncé lefer alin de combattre au plus tôt cette jeune université non officielle.
En quatrième ordre, les publicistes journalistes, qui pensent et disent au jour le jour, comme le comité de rédaction l’ordonne, se trouvent forcés de garder le silence, ou de rompre une lance contre ce nouveau monstre de mysticisme qui revien t sur la terre, ayant sans doute à sa suite l’idiotisme pour but, et l’exploitation pour résultat. Nous disons à tous, méfiezvous, c’est votre droit, des erreurs ou des fourberies des professeurs et agents de cette nouvelle science, comme le chimiste, le physicien, le mécanicien, le médecin, le juge même se méfient des résultats de leurs combinaisons, de leurs travaux, des forces et des puissances qu’ils emploient, mais ne niez pas nos propositions avant d’en avoir fait une sage et persévérante lecture.