‹ Thérapeutique du magnétisme et du somnambulisme appropriée aux maladies les plus communesChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MANIÈRE DE QUESTIONNER BT DE CONDUIRE LES SOMNAMBULES DONT LA SPÉCIALITÉ EST DE TRAITER DES MALADIES.

Parmi les nombreuses facultés dont nous avons donné un simple aperçu, il n’en est pas de plus utile, ni de plus digne d’être cultivée que celle de connaître et de traiter les maladies. Comme nous l’avons déjà dit, la simple action du fluide magnétique peut guérir et soulager un grand nombre de malades ; mais elle ne peut suffire à tout, sans le secours des remèdes ordinaires de la médecine. C’est en cela que le lucide qui possède cette spécialité, et la pratique avec amour envers ses semblables, est quelquefois supérieur, nous ne dirons pas au consciencieux médecin, qui fait de son état un sacerdoce, mais au praticien qui fait

de cette sublime science, une question d’argent.

Nous allons, comme dans toutes les observations que nous avons présentées, être, sur ce sujet, le plus laconique qui nous sera possible, mais cependant autant par devoir que par justice, nous devons dire ce que nous avons pu connaître en ce genre jusqu’à ce jour.

Lorsqu’on a mis en sommeil magnétique un sujet dont la lucidité a été prouvée, ainsi qu’il a donné à votre observation, des marques sincères de la bonté de son cœur, raisonnez avec lui, à peu près de la manière suivante :

D. — Puisque dans l’état où vous vous trouvez, vous pouvez voir les yeux termés, à travers vos paupières, ainsi qu’à travers les bandeaux dont on peut les recouvrir, certains objets, à certaines distances, vous pourriez tout aussi bien voir à travers mes vêtements, l’intérieur de mon corps, ainsi que ses organes?

R. — Je ne le sais.

D. — Essayez.

R. — Cela me sourit peu... ou, si je le pouvais comme ces bo'ns somnambules qui voient, et qui traitent si bien ceux qui souffrent, je le ferais avec plaisir.

D’après la première réponse, ne forcez pas ce lucide, il ne fera jamais un bon médecin; d’après la deuxième au contraire, encoura-

gez-le par de douces et fraternelles paroles, à entrer dans cette voie.

Quoiqu’il puisse arriver que vous soyez bien portant en ce moment, vous ne devez cependant pas être sans posséder quelques douleurs chroniques ; car nous ne savons s’il existe un seul être sur la terre qui, de temps à autre, ne jette pas son cri de douleur, comme appoint à l’universalité des douleurs. Si le lucide par conséquent voit bien, il vous dira jusqu’au plus simple trouble que vous éprouvez, avec des détails qui vous étonneront : Il pourra même remonter aux sources de ce trouble, et vous en instruira.

Si vous lui demandez également quelques moyens de soulagement, il vous conseillera un remède quelconque, avec une minutieuse manière de le préparer et de le prendre. Suivez ce conseil, et jugez de l’heureuse combinaison et du savoir du lucide, au résultat que vous en obtiendrez.

Il y a des lucides qui, malades eux-mêmes, voient très bien leur mal, lorsqu’on les engage à le faire, ils s’ordonnent généralement des remèdes convenables, à en juger par les résultats, quoique ces remèdes soient souvent contraires aux moyens employés par la science artificielle. Il est rare qu’un bon lucide ne se guérisse pas, ne se calme pas, ou ne se condamne pas avec une précision digne d’admiratiou. Il arrive aussi, par contre coup ,

qu’il y en a qui voient leur mal beaucoup plus dangereux qu’il ne l’est effectivement, ce qui porte le trouble dans leurs pensées, les tait désespérer d’eux, et annoncer une fin prochaine, qui n’arrive nullement. Ces fausses perceptions découlent de l’ordre de leurs pensées, dans leur état de veille, état dans lequel ils se croient beaucoup plus malades qu’ils ne le sont, et par conséquent, les déductions qu’ils en tirent leur représentent dans leur sommeil magnétique des images en rapport avec cet ordre de pensées.

De bons lucides bien organisés, n’otïrent aucune difficulté à être conduits dans cette spécialité ; mais les lucides inférieurs, enthousiastes, crédules, peureux ou espiègles, fins, rusés, dissimulés dans leur état de veille, sont très difficiles à conduire, par les mille et un désordres d’idées qui leur passent par la tête dans leur sommeil magnétique. Nous ne saurions énumérer l^s absurdités, les grimaces, les singeries et les taquineries dont ils sont capables, soit en vue de se rendre plus intéressants, ou d’inquiéter à plaisir leur magnétiste, ainsi que les personnes qui leur portent intérêt et qui tombent dans leurs pièges. Nous avons vu quelques lucides de ce genre entre les mains de magnétistes confiants qui,.jusqu’alors, avaient été les dupes de telles singeries! magnétistes auxquels, dans une seule séance, nous dessillions les yeux et leur.ren-

dions le calme, en forçant ces prétendus bons lucides de parler plus bas, plus raisonnablement, et de cesser leur folie. Pour en donner un exemple, sur beaucoup d’autres qui sont à notre connaissance, nous citerons qu’à l’instant même, où nous commencions à préparer cet ouvrage, nous fûmes appelé chez un bon ami, M. Lejeune, rentier, 12, rue Saint-Germain, à Argenteuil, qui était tout dévoué à soulager ses frères par le magnétisme. Ce magnétiste prenait soin d’une jeune tille âgée de dix-huit ans, hydropique depuis près de quatre ans, ayant passé près de trois années dans les hospices de Paris et ayant été traitée par les meilleurs médecins, sans succès, ni même sans éprouver d’adoucissements à ses souffrances. Mon ami entreprit de la magnétiser et, dès la première séance, elle entra en sommeil magnétique, se visita, et lui dépeignit son mal ainsi que sa cause, avec assez de vraisemblance, assurant qu’elle serait de plus en plus lucide, et qu’elle se traiterait très bien. A partir de ce moment, cette jeune fille, voyant sans doute combien était grande la bonté de mon ami envers elle, ainsi que sa confiance en ses remèdes et les prédictions de ses crises, entra dans un ordre d’idée incroyable, annonçant tel jour qu’elle serait sourde, qu’un autre elle serait muette, une autre fois qu’elle serait paralysée, puis qu’elle se pendrait ou se jetterait à l’eau, qu’elle courrait

folle dans les champs passer la nuit, etc., etc.» enfin tout ce qui lui passait de ridicule par la tête. La première fois que nous la vîmes, mon ami nous fit apercevoir qu’elle ne pouvait parler, vu que le larynx était tellement contracté, qu’il s’en échappait un bruit semblable à des coups frappés par un doigt ou une baguette sur un corps dur, je palpai cet endroit et dit à mon ami, par une inspiration de méfiance: ce que vous voyez ne sera rien, je peux le faire moi-même ; ce que j’exécutai à l’instant par un mouvement saccadé du larynx, la jeune fille m’entendit et cessa de suite ce petit manège, qu’elle ne reproduisit plus.

Un autre jour elle avait les bras paralysés, et venait à chaque instant se les faire magnétiser pour leur rendre leur liberté, mon ami en était épuisé, je pensai que cette paralysie s’en irait d’elle-même, comme la contraction du larynx si l’on n’y faisait pas attention. Je conseillai au magnétiseur, devant elle, de ne plus la magnétiser à ce sujet, vu que c’était une crise salutaire ; les bras redevinrent libres, à la paralysie succéda la surdité : la jeune fille n’entendait plus personne. .

Je fus la voir, et je m’amusai à ses dépends, en faisant entrevoir à mon ami devant elle combien elle devait être heureuse de ne plus entendre ses parents crier après elle, et ses voisines jaboter sur son compte, je priai fortement son magnétiseur de ne

pas lui rendre l’ouïe, au contraire de doubler la surdité par l’action magnétique, la pauvre enfant ne fut plus sourde dès ce moment. A la surdité succéda le mutisme, puis elle devint aveugle. Je découvris qu’au lieu de se faire réveiller entièrement elle restait en état de somnambulisme les yeux ouverts; dans cet état, elle errait dans le désordre de ses pensées, et inquiétait tout le monde par ses menaces de suicide, ses actes brusques et coléreux, ses cris et ses sottises, elle dominait jusqu’à ses parents, et mon ami craignait bien de ne pouvoir la remettre dans son état normal. Je tus voir de nouveau cette terrible jeune tille, accompagné de M.

Deloche, pharmacien du lieu, pendant une demi-heure environ, elle raisonna fort juste avec nous sur son mal, et de ce qu’elle présageait d’heureux pour l’avenir; mais à peine son magnétisenr lui eut-il demandé si sa cécité durerait comme elle l’avait annoncé jusqu’au lendemain soir, que la tête de cette jeune tille s’exalta et qu’elle nous débita une kyrielle de choses absurdes dans lesquelles il ne s’agissait de rien moins pour elle que de se jeter dans le puits le soir même. Je cherchai à raisonner avec cette jeune tille à peu près ainsi:

D. — Si vous vous jetez dans le puits ce soir votre cécité ne durera pas jusqu’à demain soir, voyez donc bien au contraire si

ce ne sera pas sans ce suicide qu’elle cessera.

R. — Ce n’est pas un suicide.

D. — Est-ce un remède ?

R. -- Oui, et un bon.

D. — Que ferez-vous dans le puits?

R. — Tiens, j’y resterai.

D. — Toujours?

R. — Dam, je serai morte,

D. — Et après votre mort que ferez-vous?

R. — Plus rien. Je serai bien morte. •

D. — Ce n’est pas ce que vous m’avez dit ces jours-ci, en faisant apparaître votre mère, vous avez bien reconnu qu’elle était aussi vivante que sur la terre, et qu’elle ne vous conseillait pas de vous détruire?

R. — Eh bien je me pendrai cette nuit à un arbre.

D. — Vous pendre ou vous jeter dans le puits, est toujours vous détruire.

R. — Non, j’irai sur le pont, et pendant qu'on y pensera le moins je me jetterai à l’eau.

D. — Désirez-vos continuer sur ce ton?

R. — Je veux m’en aller, se mit-elle à crier, je veux m’en aller, et aussitôt, bousculant meubles et magnétiseur, elle voulut sortir de l’appartement. Je priai mon ami de la prendre fortement par les épaules et de la faire asseoir. Je recommençai de nouveau mes exhortations, lui parlant de sa

santé, du trouble de sa famille que ses folies désespéraient, de l’inquiétude où elle jetait son magnétiseur, enfin de Dieu qui, si elle veut s’unir à nous et le prier, pourra seul remédier à son mal, etc., etc. Plus ma voix avait de douceur, et mes paroles de tendresse, plus ce petit diable croyait nous avoir maîtrisé et que j’étais pris au piège comme les autres. Ses cris, ses contorsions, et ses folies n’eurent plus de bornes, elle se leva de nouveau pour s’en aller, nous disant que nous serions quinze, nous ne réussirions pas à l’en empêcher.

Je fis signe au magnétiseur que j’allais m’en emparer à mon tour et comme si j’as vais eu affaire à un homme de ma force, je lui appuyai sur les épaules en lui disant avec l’accent d’un ferme mépris. Assez de ruse, vous n’êtes pas ici devant un manœuvre qui croit à toutes vos singeries. Oui, vous vous en irez; mais ce sera lorsque vos yeux seront ouverts et que votre cécité

calculée sera guérie. Ce ne fut plus une

jeune fille souffrante et timide que j’avais devant moi, mais une vraie possédée, que je menaçai de souffleter si elle ne se taisait pas. Hélas! pauvre enfant je t’en demanderais pardon toute ma vie si c’était à toi que j’eusse fait cette menace, moi qui n’ai jamais eu à me reprocher une telle brutalité, mais j’avais affaire à un esprit diabolique, puis-

qu’il riait avec mépris du nom de Dieu, et avec insouciance au nom des cendres de sa mère. J’étais prêt à tout taire, cette fille y verra, ne fera plus de folie, ou je ne la quiterai pas. Je lui dis: Si d’ici un quart d’heure, vous ne vous laissez pas réveiller et que vous ne nous promettiez pas que vous y verrez et ne ferez plus de folie, j’enverrai chercher le commissaire de police qui vous fera entrer de suite dans un hospice, car je ne veux pas vous confier à la voie publique dans l’état où vous êtes. Puis je recommençai mes exhortations, en lui facilitant un retour à elle-même, vu que je parus la croire ictime de quelque accès fiévreux dont je ne la rendais pas responsable. Ma sévérité et ma feinte furent prises en considération, et la jeune fille se laissa réveiller, à peine le fut-elle qu’elle crut n’avoir dormi qu’une heure, et parut ou feignit paraître ignorer tout ce qu’elle avait fait d’insensé jusqu’à cette heure. Depuis ce temps mon ami, n’a eu qu’un reproche à lui adresser, l’ingratitude.

Ce que je viens de conter n’est pas rare, j’engage dans de semblables circonstances, à réprimer ces écarts de la raison avec uue grande sévérité. Dans tous les cas, qù’on mette en cette occasion plus d’opposition que de complaisance; par là, on évitera bien des crises de commandes auxquelles ont cru

beaucoup de magnétistes et, en même temps, l'on verra avancer plus sûrement la guérison.

Un autre magnétiste me présenta une jeune lucide qui le tourmentait par des fantaisies semblables : je le priai de la mettre en sommeil devant moi, ce qu’il fit à l’instant. A peine endormie, je vis cette jeune tille tendre horizontalement ses jambes ; son magnétiseur me dit : Elle ne peut dormir que dans cette position, je lui dis en riant : C’est ainsi que tout le monde dort, ne vous en occupez pas, cette demoiselle se fatiguera dans celte position. L’espiègle comprit et ne recommença pas.

D’autres lucides, dans cet état, ont un dégoût assez prononcé de la vie terrestre pour induire en erreur leur magnétiseur sur leur vraie position, et, par là, assistent avec indifférence à la décomposition de leur corps dirai-je. Il faut encore être sévère envers ceux-là, et les rappeler à l’amour de l’existence, tant par la persuasion d’une bonne guérison que par tout ce qui peut concourir à dominer chez eux quelque affection autrefois vive, affection qui peut, dans ce moment, être encore un ressort très puissant pour changer cet état de dégoût.

J’ai dit que le somnambule médecin peut traiter d’une manière heureuse et digne d’être étudiée, il n’en est cependant pas tou-

jours ainsi, lorsqu’il traite des malades qui lui sont alliés ou étrangers. Quoique ayant un cœur très humain, et traitant par une pure affection de faire le bien, il y a des moments où il manque de lucidité, d’autres fois, où il est très paresseux, ou que les sphères des malades ne lui conviennent pas; c’est alors où il faut toujours veiller sur ses prescriptions, d’un œil vigilant, car on ne se chargi pas impunément du traitement d’un frère souffrant qui vient réclamer votre secours avec confiance, comptant sur votre dévouement.

Il y a dans cette action une responsabilité que doit sentir toute conscience honnête et fraternelle.

Quoique vous n’ordonniez pas vous-même les remèdes conseillés, vous n’en êtes pas moins !e directeur du sujet qui les prescrt vous devez passer sur eux votre contrôle non, de connaisseur dans leurs vertus et dans leur juste application, mais afin d’apprécier l’état d’esprit et de lucidité où se trouve le lucide. C’est pourquoi je conseille de s’y prendre ainsi, sans pour cela assurer qu’il sera toujours possible de le faire avec succès.

Lorsqu’un lucide se dévoue au traitement des maladies d’autrui, qu’il est lui-même dans un état de santé à pouvoir le faire sans encourir de dangers et qu’il possède la lucidité

requise, l’on doit converser quelquefois avec lui de la- manière suivante, loin de tout témoin bien entendu.

D. — Comment trouvez-vous tel malade que vous venez de visiter?

R. — La poitrine est bien malade.

D. — Qu’entendez-vous par la poitrine malade?

R. — Les poumons.

D.—Dans quel état sont-ils?

R. — Gorgés de sang, enflammés, ou pleins de tubercules.

D. — Comment jugez-vous qu’ils sont chargés de sang?

R. — Parce qu’ils sont gonflés outre mesure.

D. — Qui vous prouve que c'est plutôt par le sang que par l’air?

R. — Parce que je l’ai bien vu, le sang y est stagnant et peut à peine circuler dans les vaisseaux qu’il traverse.

D. — Comment jugez-vous que des poumons sont enflammés?

R. — A leur couleur plus brune, à leur gonflement, ainsi qu’à une chileur que j’ai bien sentie n’être pas naturelle.

D. — Comment voyez-vous les tubercules dont vous avez parlé?

R. — Comme de petites cloques pleines d’une eau roussâtre, qui n’est que du sang décomposé... ou pleines d’une matière épaisse plus ou moins purulente.

THÉRAPEUTIQUDUE MAGNETISME

D. — Dans le premier cas vous conseillez, par exemple, une infusion de fleurs de coquelicot, qui vous dit que cette fleur convient à cet engorgement?

R.—Parce que je me reporte au moment où elle est absorbée par le malade. Je vois qu’elle stimule le sang dans les poumons qui en sont gorgés, et que son arôme narcotique calme les vaisseaux par où passe l’air, puis la personne me paraît être moins oppressée.

D. — Dans le deuxième cas, vous conseillez une infusion de fleurs de guimauve et de violettes, qui vous dit que ces fleurs sont appropriées à cette inflammation?

R. — Je les administre spirituellement, c’està dire par la pensée l’une après l’autre séparément, je vois que la guimauve adoucit l’irritation causée par la chaleur du sang et que la violette stimule un peu ce sang, en rétablit le cours tout en le rafraîchissant comme le fait la guimauve.

D. — Dans le troisième cas vous conseillez des tisanes composées déplantés aromatiques et échautfantes ainsi qu’une nourriture tonique. D’autres fois vous conseillez le contraire, expliquez-moi ce contre-sens.

R. — Ce qui vous semble être un contresens, ne l’est pas pour moi, ces tubercules peuvent provenir de différentes causes, soit par des transitions contraires de chaleur ou de froid, un sang plus ou moins riche, frais

ou chaud; bilieux ou glaireux, etc. C’est en cela que je trouve convenable de conseiller des remèdes qui ont des vertus différentes.

Lorsqu’un lucide vous répond de cette manière avec une certaine assurance, il calme votre méfiance et met votre responsabilité à l’abri; mais il n’est pas toujours aussi clair, surtout au point de vue des exigences de la science officielle. Il pourra vous répondre : Je sens, je sais, l’on me dit que ces remèdes sont utiles. 11 les voit de lui-même, les pressent où ils lui sont montrés, par une main invisible* Il en connaît ou en ignore les noms : dans ce dernier cas, il est très difficile de les lui faire dire. Si vous voulez l’y contraindre, il vous dira le premier nom qui lui passera par la tête, nom auquel vous ne devez ajouter aucune foi.

Il en est de même au sujet de sa manière de connaître les maladies. Il peut sentir le mal, le voir ou connaître par un moyen occulte l’état des organes malades. Je préfère les voyants àceux qui sentent sympathiquement les maux d’autrui, vu que ces derniers étant agités par cette sensation sympathique sont influencés par elle comme nous lesommesnousmcmes lorsque nous souffrons. Ce n’est pas dans cet état où nous nous livrerions avec amour à une étude quelconque. Ces lucides ne peuventdonc qu’éprouver une double difficulté lorsqu’ils sont obligés de rechercher les re-

THÉRAPEUTIQUE DU JJAGNETISME

mèdes salutaires au mal qu’ils ressentent dans cet état. Ces mêmes lucides par leur sensibilité nerveuse sont également susceptibles de s’inoculer des fluides dangereux, dont le magnétiseur doit les dégager, ce qu’il ne fait pas toujours, mais il le doit par prudence, s’il ne prend pas les mêmes précautions à son égard, il est sujet à s’inoculer ces fluides dont plus tard il voudrait bien être débarrassé à son tour. Un lucide qui connaît ainsi les maladies par l'effet de sensations sympathiques, est un être malade qui doit se guérir lui-même avant de guérir les autres.

II en est d’autres qui palpent le corps malade, jusqu’à ce que touchant l’endroit douloureux le malade dise lui-même ce qu’il ressent: qu’on suspecte cette prétendue faculté.

Il n’en est point ainsi du voyant, celui-là sent rarement le mal d’autrui, il sait mieux s’isoler de l’influence des fluides malsains et raisonne beaucoup mieux, au point de vue du malade, qui est bien aise parfois de questionner et d’argumenter, tant sur ce que lui dit le 1 eide que sur les remèdes qu’il lui conseille.

Beaucoup de somnambules présentent une autre spécialité qui est de ne voir que l’organe ou les organes affectés ; mais n’allez pas leur demander ou sont placés ces organes dans le corps humain ; car il pourrait arriver qu’il vous répondissent voir ces organes isolés

en deçà ou au delà de la place qu’ils occupent. Ils les verront encore de tel côté quand ils sont de tel autre. Dans ce dernier cas, ils disent que cela arrive par l’effet d’identitication qu’ils font de leur corps avec le corps qu’ils visitent, identification qui leur fait dire que l’organe ou la douleur sont à leur droite parce que la gauche du malade qui leur fait face, ne fait qu’un naturellement avec leur droite : mais lorsque vous leur faites apercevoir cette erreur, ils la reconnaissent de suite. Dans le cas où le lucide voit l’organe transposé en deçà ou au delà de la place qu’il occupe, on ne doit voir dans cette erreur qu’un effet du degré de la lumière avec laquelle il voit ainsi à travers les corps opaques, lumière qui peut traverser tel organe sans l’éclairer ni le faire apercevoir au lucide, vu que cet organe n’est pas malade. Il y a dans cette vue, un effet d’attraction, dirais-je, qui s’attaque au mal seul : mais qui n’en est pas moins aussi admirable qu’incompréhensible. Il en est de même lorsqu’il ne voit que les organes malades, mais isolés du corps qui les contient : nous ignorons pourquoi il en est ainsi. Ce qui nous prouve que la vue de l’organe affecté est bonne, c’est le diagnostic même du lucide sur la souffrance de cet organe. La justesse de la vision de la partie affectée, faitadmettre naturellqjnent celle de la vue des remèdes conseillés en cette occasion.

Pourquoi les lucides traitent-ils d’une manière et de l’autre? Pourquoi chaque lucide a-t-il son genre de médication qu’il paraît préférer?

Ce qui a fait dire aux médecins que les ordonnances des somnambules n’étaient qu’une copie plus ou moins modifiée des leur ; et que leurs traitements ne dépassaient pas leur connaissances en remèdes de bonne femme, etc., etc. Il y a du vrai dans cet argument et il y a des exceptions, il y a même chez les lucides comme chez le médecin des remèdes favoris, qui prévalent un temps plus ou moins long sur les autres. Les lucides paraissent appliquer ces remèdes indistinctement à tous les maux comme le fait le médecin qui suit le mode de traitement que lui enseigne le journal qu’il lit, plutôt que ce que lui dicterait sa conscience bien éclairée. Lorsqu’on demande aux lucides pourquoi ils en agissent ainsi, ils ne manquent pas t de trouver dans les constituants du sang, les causes qu’ils voient les mêmes dans toutes les maladies chroniques. Il faut combattre le plus qu’on le peut cette manière de traiter par des remèdes de mode ou d'affections momentanée, et les menacer de ne plus les écouter s’ils persévèrent dans cette médication.

Pour nous résumer, nous dirons : les lucides ne peuvent créer de médicaments inconnus, ils ne peuvent conseiller que ceux qui exis-

tent, ils en modifient seulement les doses ou les mixtions, en cela ils ne présentent rien de supérieur au médecin ; mais pour celui qui voit les résultats il y a une grande différence entre la médication somnambulique et celle de la science officielle.

Lorsque cette médication provient de bons lucides, elle est tout à leur avantage. Nous ne prétendons pas par ce jugement dire que le consciencieux médecin se trouve responsable de ses erreurs, ou manque d’instruction:

semblable à l’horloger auquel on défendrait d’ouvrir une montre pour connaître la cause qui l’empêche de marquer l’heure juste, le médecin 11e peut, pas plus que l’horloger, apprécier ce qu’il ne voit pas, il manque donc de moyens et non d’amour ni de savoir.

Il est bien entendu que nous ne parlons que de bons lucides et non de cerveaux détraqués, ou de ces lucides n’ayant d’autre lucidité que celle de s’entendre avec le pharmacien du lieu afin d’encaisser les généreuses marques de gratitude de leurs malades.

Nous allons donner un aperçu de la manière de diriger un lucide dans cette occasion, afin qu’on ne soit point pris au piège dé ces videurs de bourses dont l’Europe pullule en nos jours, videurs de bourses qui exploitent impunément les pauvres malades qui se confient à leur âme misérable.

Nous avons dit qui exploitent les pauvres

malades, nous n’entendons pas dire par là qu’il y a exploitation, parce qu’il y a rémunération envers les lucides, nous entendons dire qu’il y a exploitation chaque fois que la question d’argent domine celle de l’amour de soulager; c’est ce qui arrive chez la plupart des lucides qui traitent des maladies dans ce but. Il est triste de le dire, et non moins de le prouver, aucun service n’est rendu sur la terre qu’en vue d’une rétribution équivalente, soit en nature ou en reconnaissance.

Des rois qui tondent les moutons qu’ils gouvernent, aux prêtres qui vivent de l’autel qu’ils encensent; des magistrats qui vivent de la mauvaise foi de leurs frères, aux médecins qui vivent des troubles causés par les débauches humaines, chacun donne d’une main pour recevoir de l'autre. Si l’homme ne rougit pas d’être soldé pour gouverner ses frères, prier pour eux, les défendre contre leurs propres injustices, ou les guérir de leurs maux, le magnétiseur ne doit pas plus rougir qu’eux et peut-être moins qu’eux, car il donne assurément plus qu’il ne reçoit. On aurait donc tort de faire un crime aux somnambules d’être rétribués, surtout lorsque la rétribution est toujours en rapport avec les moyens de ceux qui leur marquent ainsi leur gratitude.

Pour ce qui nous concerne, voici comment nous conduisons ces séances : nous endormons le lucide devant le malade, nous faisons

placer ce dernier devant le premier à un pied de distance environ, nous les dispensons par mesure de sûreté de se toucher, nous adressons les questions suivantes au lucide.

D. — Comment vous trouvez-vous?

R. — Très bien.

D. Vous sentez-vous disposé à visiter le malade qui est devant vous?

R. — Je ferai mon possible.

Nous recommandons au malade de ne point dire un seul mot au lucide sur sa maladie, lui faisant entendre que ce dernier doit au contraire la lui décrire avec de scrupuleux détails qu’il ait seulement l’obligeance de dire : cela est vrai, ou n’est pas exact, à chaque fois que le voyant mentionne un siège de douleur.

Lorsque le somnambule a terminé son exploration, et qu’il est prêt à conseiller des remèdes, nous l’interrompons pour savoir du malade si tout ce qui lui a été dit est exact, et s’il ne souffre pas ailleurs? Sur sa réponse affirmative, nous lui faisons observer que nous attachons un grand prix à cette exactitude par laquelle nous reconnaissons l’état parfait de lucidité du voyant, ce qui nous fait bien augurer de la même lucidité pour la recherche des remèdes. Après que le malade ne désire plus rien savoir, nous laissons le lucide lui conseiller les remèdes qu’il croit utiles à sa guérison. Nous faisons observer alors au malade que n’ayant pas de diplôme de méde-

cin, nous ne pouvons ordonner de remèdes, notre rôle ne pouvant aller plus loin que l’étude des corps; ou de toutes autres questions.

Nous demandons au lucide s’il veut passe outre, quel effet il attend de cette première médication, et dans quel temps le résultat en sera appréciable? Selon sa réponse, nous engageons le malade d’en prendre note et de ne pas revenir si l’effet promis n’a pas eu lieu; car, chez le somnambule, il doit y avoir de l’exactitude, ou alors ce serait tomber dans les mêmes obscurités de la médecine officielle, et épuiser leur foi en même temps que leur corps.

Nous n’endormons autant que possible nos lucides qu’une fois par jour, à la même heure, et ne leur permettons que deux ou trois visites dans cette séance, nous ne leur soumettons presque jamais aucune question qui soit en dehors de l’étude par laquelle ils ont commencé. Chacune des séances est consacrée à des études différentes. Cette prudence de notre part est dictée par la raison qui dit qu’on doit agir envers le lucide comme envers l’homme éveillé, en fait d’études sérieuses où l’on traite très mal une question d’art accolée à une question domestique. La fatigue de l’intelligence conduit, en plus, à des erreurs préjudiciables, à la raison comme à l’intérêt personnel.

Le bon lucide peut également prendre connaissance des maladies par le secours de

cheveux ou d’objets portés par les malades ; mais nous avons reconnu trop souvent des erreurs par ce moyen pour conseiller d’avoir recours à cette manière de se faire traiter.

L’on sent toute l’importance de cette question, Von ne peut, ni l’on ne doit jouer indifféremment avec le peu de vie que possède encore le malade. Une seule erreur en fait supposer cent, et lorsqu’il n’y a personne auprès du lucide pour corriger sa vue, en rectifiant ses erreurs par la connaissance qu’on a soi-même de la maladie qu’il doit traiter, il s’ensuit qu’il peut tomber dans une fausse route. Si le malade ne peut se présenter, nous demandons seulement au consultant les noms et prénoms du dit malade; puis nous l’appelons et nous prions le lucide de nous en donner le signalement détaillé. Si ce signalement est reconnu être exact, nous passons à la connaissance de la maladie, si nous touchons juste, nous continuons par celle des remèdes, etc.. Nous ne nous servons jamais de cheveux ni d’aucun objet porté par le malade, nous en dirons la raison.

Avant de terminer cette question, nous devons encore donner un conseil, qui est de ne point magnétiser toute personne, ou de se laisser soi-même magnétiser par des personnes dont on ne connaît ni la santé, ni la probité. Ne confiez également vos femmes ni vos filles qu’à des magnétistes purs et incapables

d’abuser de leur puissance sur ces sujets, dont quoi qu’on en ait dit de part et d’autre, la liberté de penser et d’agir est considérablement aliénée dans ces rapports.

Notre intention n’est point d’effrayer au sujet d’une science qui est aussi pure en ellemême que la rosée du ciel ; mais qui, comme cette dernière contenue dans des vases impurs s’y corrompt très vite et porte les plus grands désordres chez ceux qui l’absorbent avec trop de confiance.

Nous recommandons encore de ne croire au sommeil magnétique, qu’après des faits de lucidité à toute épreuve; car il existe plus d’une eoquette qui se trouve bien aise de fermer les yeux sur les lubricités de ses pensées, capter votre confiance, et vous rendre responsable en plus d’actes qu’elle vous entraîne à faire dans l’intérêt de ses passions et de son honneur prétendu, qui, de cette façon paraît être sauf. Vous êtes le séducteur séduit, et la vierge rit sous cape de votre confiance en la closion de ses paupières.

Nous terminons en avertissant également que l’action magnétique éveille chez la femme sage comme chez la coquette, des pensées d’attachement qui peuvent aller jusqu'à l’amour, c’est pourquoi dans tel cas que ce soit, nous préférons voir les mêmes sexes s’entre magnétiser, que de se mêler d’homme à temme. Nous ne voulons pas nous étendre

sur cette question dont les magnétistes semblent s’être fait une loi de ne point traiter, ou d’en nier l’opportunité. Nous soutenons le contraire, aussi trouvons-nous bon d’en avoir dit un mot.

Puissance de l'optique chez les somnambules voyant à travers les corps opaques.

Manière de disposer de cette faculté. Question naire approprié à cette étude . Opinion de Bupfon sur la matière et sur Vhomme. Rapports de la matière avec Vimmatériel ; de Vâme avec Vimmensité. Mécanisme détaillé de Voptiqve humain dans Vètat de sommeil. Causes des erreurs d'optique des lucides , arguments des savants contre les facultés des somnambules magnétiques. Réfutation de ces arguments .

Lorsque l’homme se palpe, s’entend parler, se voit agir et se compare aux formes qui l’entourent, il se dit, j’existe sans trop savoir comment, pourquoi, ni par qui il existe.

Ayant besoin de croire à son individualité, il faut qu’il soit convaincu de son existence. Il ne peut trouver cette conviction que dans ce qui doit la déterminer, qui sont les formes qui l’entourent, formes détachées de la sienne. Ces formes sont plus ou moins distancées de lui : sont groupées selon certains

besoins qui déterminent entre elles des lois. Ces lois étant la conséquence des besoins de tous, de l’observation et de la décision de tous, deviennent des puissances auxquelles la raison générale et isolée sont forcées d’obéir. Ce sont ces puissances qu’on nomme lois tant en physique qu’en métaphysique, en religion qu’en philosophie, en politique qu’en morale, en science qu’en études. L’homme sait et juge : d’après les studieuses études de nos devanciers et de leurs observations, ainsi que par le soin qu’il met à reconnaître, et à établir les lois qui président à toutes nos actions.

Nous n’admettons pas en physique qu’il y ait une véritable création objective pour l’homme qui a les yeux clos, en ce qu’il est admis que le voile des paupières interposé entre les formes matérielles, et le globe de l’œil est un moyen qui peonet aux savants de nier ce que nous nommons seconde vue. Cette négation de la science est-elle fondée? Elle pouvait l’être dans les temps d’ignorance, en ce qu’elle manquait ou semblait manquer de moyens d’appréciation. Tant que la science a limité la vue des formes pour l’œil de l’homme, à la bonté de cet œil, et à la puissance des moyens qui lui étaient connus, elle a pu prononcer avec connaissance de cause, mais depuis plus de quatre-vingt-dix ans, que la faculté somnambulique artificielle est accordée à l’homme

par la belle découverte de Mesmer, et de Puységur, (quoique cette faculté remonte à la plus haute antiquité; chez les sybilles, les pthyonisses, les druidesses, les prophètes, et plus près de nos temps observée par les Vanhelmont, les Maxwel, les Swedenborg, etc.), il serait de très mauvaise foi à la science de persévérer dans sa négation sur ce sujet, et de refuser d’admettre dans ses études celle la plus intéressante de toutes, en ce qu’elle est la clef de la connaissance des moyens employés par cet organe dans la photographie de la mémoire humaine. Nous ne pouvons comprendre qu’en quelque science que ce soit, l’homme s’arrête devant une difficulté d’étude. Si l’on s’était arrêté ainsi où nos devanciers ont cessé leurs travaux, nous en serions, en astronomie, à nier le mouvement de la terre, en physique, à l’inertie de la matière, en mécanique aux béliers romains, en chimie, à la macération des substances, en médecine, à prendre un vomitif pour un calmant (ce qui se fait encore malheureusement de nos jours).

Si l’on ne veut admettre que ce que l’on comprend, combien parmi nous comprennent la puissance de la vapeur ; de l’électricité, des poudres de guerre, des mélanges chimiques d’où sortent des puissances et des forces nouvelles.

L’homme est digne d’une plus sérieuse étude, surtout s’il est, comme l’affirment les

catholiques, l’image parfaite de l’Éternel, par conséquent le chef-d’œuvre de la création.

Que savons-nous en ce jour de ce chefd’œuvre, si ce n’est qu’il est plus ou moins vivant, et plus ou moins orgueilleux, de ne rien connaître ? Que nous dit-on de l’homme interne, si ce n’est qu’il n’existe pas, que c’est une fiction; un être idéal, nécessaire seulement aux gens d’église qui vivent aux dépens de cette féerique création. Que nous dit-on sur la naissance et sur la mort de cet homme? Qu’il est un peu de pourriture, qui retourne en pourriture! O! sacrilège de la raison! Arrière, hommes prétendus savants qui admettez de telles conclusions, arrière pensées paresseuses qui souillez ainsi les merveilles de votre existence! Ayez donc le bon savoir de vous taire sur ce que vous ne connaissez pas, puisque vous ne voulez pas connaître nos études, nous les aveugles voyants; les enthousiastes observateurs , les crédules argumentateurs. Sachez et croyez que les lois de l’optique que vous connaissez et admettez sont débordées et surpassées par celles que nous connaissons et admettons. Sachez que plus nos yeux sont clos, plus- ils franchissent les distances qui nous séparent des lieux éloignés de nous, et les imagent dans notre interne; sublime travail de beaucoup supérieur à celui de la chambre obscure de Daguerre en ce que l’univers peut ainsi s’y trouver imagé dans un point.

Croyez donc une bonne fois que c’est en nous fermant les yeux que nous y voyons mieux et plus juste... que c’est en nous paralysant les cinq modes de sensation que vous nous accordez que nous sentons mieux, et cela par le moyen très simple de l’imposition des mains pendant quelques minutes sur l’encéphale humain., oui, messieurs, l’agent magnétique produit l’état somnambulique dans lequel les lois qui régissent la chair sont momentanément paralysées et dans lequel les lois inconnues jusqu’alors de l'âme régnent dans toute leur splendeur! Cet état démontre a priori deux êtres n’en formant qu’un sous une même forme, l’un composé de chair ayant un moi collectif et une existence spéciale, l’autre composé d’une substance indéfinie et indéfinissable, ayant également un moi collectif et une existence spéciale... je dis que le moi des deux êtres est collectif en ce que l’unité absolue ne peut être contrôlée par nous.

Cesdeuxêtres, ou manières d’être de l’homme doivent leur mouvement et leurs actions aux pensées dont est composée la substance précitée, ils sont dépendants l’un de l’autre tout le temps qu’ils sont unis, et recouvrent leur liberté dans le sein de la tombe. Ils sont une création merveilleuse, sortant d’un atelier, et de la main d’artistes qui nous sont et qui nous seront peut-être à jamais inconnus. Dans l’ignorance où nous sommes sur ce sujet, n’a-

bandonnons pas les moyens d'études qui nous sont offerts, pour au moins, si ce n’est dans l’espoir d’agrandir notre savoir, l’entretenir dans ses observations et dans son admiration d’une si compliquée et mystérieuse oeuvre!

Nous venons de dire que l'homme est double : ame et corps ; il s’ensuit donc que le corps étant esclave sous l’action magnétique, i’âme retrouve sa liberté. Il semble alors à cette dernière qu’un ami s’est préposé à la garde de cette enveloppe incommode, aussi n’a-t-elle hâte que de lui en laisser la direction, et de rentrer dans l’état de sa première, de sa seule et vraie patrie. C’est donc dans un tel état qu’elle est affranchie des lois connues et admises en physique et qu’elle nous en démontre d’autres qui causent notre étonnement et notre admiration. Elle a des yeux avec lesquels elle perçoit d’un pôle à l’autre de la terre ! Elle a des sens avec lesquels elle apprécie le passé, le présent et le futur ! Elle sait la langue des langues et voit l’univers dans un point! C’est avec de telles propriétés, comme je l’ai déjà dit, que le somnambule est un être merveilleux, et qu’il peut tout ce que nous avons avancé; mais ce qu’il fait le plus communément ce sont des vues à distance, des recherches dans le passé, l 'inconnu et l’avenir. C’est en cela qu’il excelle, et c’est directement la connaissance de cette incompréhensible faculté, qui nous a forcé à faire de

ET EU SOMNAMBULISME

nouvelles études, tant en physique qu’en métaphysique.

Il est généralement reconnu et attesté par les plus hostiles comme par les plus dévoués à la science dont nous traitons que l’homme dans l’état complet de somnambulisme n’a nullement besoin d’établir aucun rapport, avec le lieu, l’être ou l’objet éloigné qu’il veut connaître pour donner sur eux, les notions les plus précises et les plus irrécusables.

Lorsqu’on voulait autrefois faire percevoir à distance une personne ou un lieu quelconque à un lucide, on prenait des précautions minutieuses en le conduisant par la pensée, étape par étape, vers le lieu ou vers la personne qu’on désirait qu’il vît. On ouvrait soimême par ce moyen la porte de ce lieu, et par la multitude de ces précautions, on fatiguait d’avance sa lucidité, et l’on n’obtenait souvent que des erreurs, la facilité avec laquelle nous vîmes que l’âme des personnes décédées apparaissait à l’appel de leur nom, ainsi que les descriptions qui nous étaient faites des lieux où étaient décédées ces personnes, nous donna l’idée d’en agir ainsi avec les hommes de la terre en les demandant par leur nom simplement. Par le résultat que nous obtînmes nous pûmes mettre à néant l’argument de la communication de pensées, et fatiguer moins nos lucides au profit de leur clairvoyance qui n’en fut alors que plus grande.

Nous disons que nous avons mis à néant l’argument posé par les sceptiques contre la réalité du voyage, en ce que le lucide voit ces lieux même dans la pensée du consultant. Nous ne prétendons pas dire que les argumentateurs de cet ordre n’étaient pas dans leur droit de faire cette supposition, vu que la manière de conduire ces lucides ainsi que les minutieux détails préalables qu’on leur faisait des entourages des lieux à explorer, leur facilitait naturellement une communication de pensée avec leur conducteur, communication qui pouvait très bien exister. Ces mêmes sceptiques étaient moins justes en ne citant jamais les expériences dans lesquelles il y avait des détails qui ne pouvaient être connus des lucides, du demandeur, ni des assistants. Nous proposons donc d’agir d’après la méthode suivante qui, nous le croyons, ne laisse plus prise à aucun argument sérieux de ce genre.

Voici comment nous parlons au lucide lorsque nous le croyons en état de nous répondre.

D. — Comment vous trouvez-vous?

R. — Très bien.

D. — Êtes-vous disposé à faire une vue à distance!

R. — Oui.

D. — M. *** ici présent est très inquiet sur la santé de son ami duquel il n’a pas reçu de nouvelles depuis quelque temps, voudriez-

vous avoir l’obligeance de demander cet ami, il se nomme Martin, etc., (ne pas oublier les prénoms).

R. — Le voici.

D. — Veuillez me donner son signalement?

Quel âge a-t-il à peu près?

R. — Quarante ans.

D. — Quelle taille?

R. — Grande.

D. — Qu’appelez-vousgrande?

R. — Plus ou moins que la vôtre.

D. — De quelle couleur sont ses cheveux?

R. — Ils sont noirs.

D. — Son front ?

R. — Il est bas.

D. — Ses sourcils?

R. — Ils sont noirs et fournis.

D. — Ses yeux?

R. — Ils sont bruns, grands, ou petits ; regard vif ou doux.

D. — Le nez?

R. ~ Il est fort, et de telle forme.

D. — La bouche?

R. — Elle est petite, lèvres minces ou épaisses.

D. — Le menton?

R. — Il est de telle forme.

D. — L’ensemble delà physionomie?

R. — Il est rond, ou ovale.

D. — Le cou?

R. — Il est court, ou long.

D. — La corpulence ?

R. — Elle est forte, ou frêle.

D. — Comment est-il habillé?

R. — De telle manière.

D. — Remarquez-vous dans sa personne quelque particularité, ou quelque signe dignes d’être cité?

R. —Je n’en vois aucun, ou je vois telle chose.

D. — Quel est le caractère de cet homme?

R. — Calme, violent, rieur, méditatif, franc ou dissimulé, etc., etc.

D. — Quelles sont ses affections dominantes?

R. — Il aime telle étude, ou telle chose.

Si toutes les réponses qui vous sont faites sont exactes, nous ne pouvons douter que le lucide voit bien, et qu’il est en rapport, de quelque manière que ce soit, avec la personne demandée ; nous continuons alors par les questions suivantes que nous le prions de transmettre à ladite personne, et de nous transmettre à son tour les réponses qui sont faites par elle.

D. — Vous souvenez-vous de M. D...?

R. — Oui.

D. — Pourquoi ne lui écrivez-vous pas?

R. — Je l’ai fait voilà tant de temps, sans doute que ma lettre a été égarée, ne recevant pas de réponse moi-même, je lui ai adressé une nouvelle lettre voilà tel temps.

D. — Quand recevra-t-il cette lettre

R. — Tel mois, et tel jour, je le suppose.

D. — Que lui dites-vous dans cette lettre?

R. — Je l’instruis sur ma position présente, et je lui fais part entre autre chose que je suis père d’un joli petit garçon.

D. — Voudriez-vous avoir la bonté de nous faire voir madame votre épouse ainsi que votre enfant?

R. — Les voilà auprès de moi. Suit leur signalement qu’on prie le lucide de vous donner avec les détails précités, pour en reconnaître à l’occasion l’exactitude.

D. — Voudriez-vous nous faire voir votre habitation ainsi que les lieux les plus curieux de cet endroit?

R. — Le lucide répond : Il m’emmène !

D. — Après un moment d’attente, nous lui demandons : Qu’avez-vous remarqué dans ces lieux digne d’être cité?

R. — Ce monsieur a été très agréable envers moi, en me conduisant chez lui, un ami l’attendait pour dîner, j’ai été invitée de me mettre à table, mais comme je n’avais pas le temps, j’ai refusé, etc., etc. Suit quelques détails sur l’intérieur de cette habitation.

D. — Est-ce tout ce que vous avez vu de remarquable?

R. — Je m’empressais de continuer mes observations lorsque vous m’avez rappelée :

J’ai remarqué qu’il fait très chaud dans ce pays-là, car je suis tout en sueur, Ton n’y

trouve pas des allées de tilleul comme chez nous, ce sont de grands arbres hauts comme le ciel et qui semblent avoir poussé là par caprice, car on n’en rencontre pas souvent, et le soleil force de les rechercher, je vous l’assure (1).

D. — Vous ne m’avez pas dit ce que vous avez vu de remarquable dans la maison de M. Martin?

R. — Ma foi non... J’y ai cependant vu un grand oiseau empaillé, qui était sur la cheminée, sous un verre, son plumage m’a semblé bien beau, je n’en ai jamais vu de semblables.

D. — Gomment était-il ?

R. — Suit la description.

D. —Lorsque vous avez demandé M. Martin, vous vous êtes écrié: le voilà! Où le voyezvous?

R. — Là, près de moi.

D. — Lorsque vous êtes parti avec lui, quel chemin avez-vous fait à peu près?

R. — Sa demeure était à quelques pas, où nous avons marché quelques minutes.

D. — Nous vous remercions de votre complaisance.

La séance que nous venons de décrire est une des plus ordinaires dans les cas de pure lucidité. Qu’on lise les nombreux ouvrages

(1) Je suppose que c’est une vue aux colonies.

que renferme la bibliothèque du magnétisme, on en trouvera mille semblables, ou plus ou moins curieuses.

Interrogez lés milliers de magnétistes que la France possède, tous vous diront qu’ils sont saturés de ces vues. Interrogez le nombre non moins grand de curieux qui ont consulté des lucides. Chacun vous contera un fait pareil à celui-ci, s’il ne lui est supérieur, faites-en l’expérience vous-même, vous ne tarderez pas à en obtenir de semblables. 11 n’est donc plus possible au plus subtil argumentateur, de détruire ces faits. Ils sont pour tous ce que le soleil est à tous les yeux.

Dans la circonstance que nous venons de citer, chacun n’a rien de plus à cœur comme on doit le penser, que de s’assurer de l’exactitude des détails obtenus. L’on écrit à cet effet à son ami, auquel on adresse toutes les questions nécessaires à éclairer celle-ci. Selon la réponse obtenue, se trouve être la conviction. Dans le cas de réussite, qu’en penser, comment expliquer cette faculté du lucide? La difficulté paraît si grande que chacun préfère s’en tenir à dire celà est drôle! cela est surprenant ! Après être las de répéter, à qui veut les entendre, les détails de cette séance, le consultant finit par n’en plus parler, vu que les uns en rient, et que les autres les nient, jusqu’à ce que chacun en ait obtenu de semblables.

Parmi ce tohu-bohu d’idées, plus ou moins contraires, ou favorables à l’étude de cette question, il se trouve des hommes qu'on nomme savants, parce qu’ils sont toujours les premiers à prendre la parole dans une conversation, et les derniers à la céder.

Ces hommes n’entretiennent leur auditoire ordinairement que de leurs études, de leurs travaux, de leur savoir et de celui des autres qu’ils s’approprient. Ce sont des points anguleux contre lesquels tous les faits qu’il ne leur plaît pas d’admettre, s’accrochent et se déchirent. Ces hommes ont une réponse à tout, expliquent tout, hors leur sotte vanité. Il leur semblerait déchoir de leur rang d’homme s’il fallait qu’ils s’humiliassent un moment devant un fait inconnu d’eux. Ces hommes ne retournent jamais sur les bancs de l’école. Ils savent ce que contient l’éternité, aussi ont-ils été les premiers comme nous l’avons dit, à s’écrier, que les vues à distance faites par les lucides, n’étaient, qu’une communication de pensée du consultant avec le dit lucide. D’autres plus accommodants disent: le lucide dispose dans cet état d’un certain rayonnement visuel qui lui permet de voir à de plus grandes distances qu’on ne l’aurait pensé. L’on doit se dispenser de répondre à ce dernier argument jusqu’à ce qu’on ait obtenu soi-même, comme nous l’avons fait, des preuves con-

traires. Nous répondrons à l’argument de la communication de pensées :

1° Que nous ne mettons pas le consultant en rapport avec le lucide*

2° Nous ne donnons à ce dernier, aucuns détails sur les lieux ou sur les personnes à percevoir ainsi à distance, détails qui pourraient le faire pénétrer dans la pensée du consultant, en supposant qu’il pût le faire, car les lucides qui communiquent ainsi par la pensée avec leur magnétiseur ou leurs consultants sont si rares qu’on n’en trouve pas dix de bons sur cent. En supposant que nous fussions devant un de ces dix, il no pourrait toujours dire que ce qui peut être connu de nous, par conséquent si nous avons un ami à Pondichéry, ville qui nous est totalement inconnue et que le lucide donne le signalement de cet ami, ainsi que des détails sur les principaux monuments du lieu ; qu’il aille jusqu’à nous dire ce que fait présentement notre ami, ce qui orne sa chambre, le contenu de la lettre en route, comme nous venons de le dire, l’on ne peut être assez de mauvaise foi pour dire que ces choses qui nous sont inconnues sont une communication de pensées! S’il en était ainsi, qui pourrait définir et comprendre ce phénomène des phénomènes?

D’un autre côté, si la lettre prédite arrive au jour marqué, irons-nous dire que le lucide

ne peut voir ni le passé, ni le futur? N’est-ce pas un navire qui doit apporter cette lettre ? Ce navire n’est-il pas sujet aux incidents opposés à sa marche? Il est donc indubitable, qûe si le lucide peut, dans certains cas, ne le pûtil qu’une fois dans sa vie, nous faire une séance semblable, ou de cette nature, il nous place devant l’inconnu, inconnu qui, nous en avons peur, ne sera jamais connu.

Nous avons obtenu de ces faits dans notre pratique du somnambulisme, et tous les magnétistes, nous le pensons, en ont obtenu comme nous. Nous ne pouvons donc les nier, nous ne pouvons qu’engager de les étudier, et d’en obtenir de semblables (1).

Il nous reste une difficulté entre toutes à surmonter, celle que nous avons fait connaître, difficulté qui n’est pas petite et qui mérite d’être étudiée. C’est celle-ci. Le lucide demande M. Martin, dans les milliers de Martin qui peuplent notre terre, et instantanément le Martin demandé est devant luil Nous voulons bien supposer, et même admettre avec nos antagonistes, que Martin dont l’image est daguerréotypée spirituellement dans le domaine de la mémoire du consultant, soit vue du lucide, au lieu de Martin, le

(1) Voir les Arcanes de la me future dévoilés , et l'Encyclopédie magnétique spiritualiste .

type de cette image. Mais si le lucide ne voit que l’image que lui présente la pensée du consultant, comment cette image pourra-telle le conduire dans un lieu inconnu d’elle et du questionnant, lieu dans lequel elle se trouve.

Si l’on peut nous objecter que cette image attire à elle son type qui est Martin; la difficulté est la même, car nous demanderons comment cette image sait ce que ne sait pas celui qui l'a émanée? Nous dirons en plus, i; faut également que cette image attire avec M. Martin, tout ce qui l’entoure au présent, vu que nous en obtenons une description exacte? Diminuons-nous par ces arguments, la difficulté de répondre? Non pas, nous croyons au contraire, que nous la compliquons passablement.

Dans le premier cas, l’on refuse au lucide la faculté de connaître par un moyen inappréciable pour nous, ce dont nous venons de parler, et par le deuxième, on accorde cette faculté à une image daguerréotypée dans le mémoire du consultant, dans un temps bien antérieur à celui-ci. Le point de départ ou d’attraction est le même, sauf qu’il concède à la partie, ce qu’il refuse au tout, qu’il refuse de concéder au type ce qu’il accorde à l’image.

Deuxième proposition. Le lucide ou cette image sont-ils allés vers ces lieux. Ces lieux

sont-ils venus auprès d’eux, ou l’homme possède-t-il en lui, lieux et images?

L’on ne peut pas répondre à cette question, si l’on n’a pas recours à l’étude • que nous avons faite de l’homme dans le Sanctuaire du spiritualisme, et les Arcanes de la vie future dévoilés.

Si les lieux et choses viennent vers le voyant, la création matérielle ne remplit donc pas les conditions de fixité qu’on lui attribue, et ses productions ne sont pas ce qu’on les croit être? c’est là où nous répéterons à ce propos, ces belles paroles de Buffon (1).

Nous lisons à la page 8S du tome III des œuvres de ce savant, « l’existence de notre âme nous est démontrée; ou plutôt nous ne faisons qu’un. Cette existence est nous: être et penser sont pour nous la même chose : cette vérité est intime et plus qu’intuitive ; elle est indépendante de nos sens, de notre imagination de notre mémoire et de nos autres facultés relatives. L’existence de notre corps et des autres objets extérieurs, est douteuse pour quiconque raisonne sans préjugés; car cette étendue en longueur, largeur et profondeur que nous appelons notre corps, et qui semble nous appartenir de si près, qu’est-elle autre

(1) Œuvres de Buffon, Histoire naturelle, etc., adoptée par le gouvernement pour l’instruction publique, édition de 1804, tome III, article. Histoire de l'homme.

chose, sinon un rapport de nos sens? Les organes matériels de nos sens, que sont-ils eux-mêmes, sinon des convenances avec ce qui les atïecte 1 et notre sens intérieur, notre âme a-t-eile rien de semblable, rien qui lui soit commun avec la nature de ses organes extérieurs?.

« Nous sommes donc certains que la sensation intérieure est tout à fait différente de ce qui peut la causer, et nous voyons que s’il existe des choses hors de nous, elles sont en elles-mêmes tout à fait différentes de ce que nous les jugeons ; puisque la sensation ne ressemble en aucune façon à ce qui peut la causer. Dès lors ne doit-on pas conclure que ce qui cause nos sensations est nécessairement et par sa nature, tout autre chose que ce que nous croyons? Cette étendue que nous apercevons par les yeux, cette impénétrabilité dont le toucher nous donne une idée, toutes ces qualités réunies qui constituent la matière pourraient bien ne pas exister puisque notre sensation intérieure et ce qu’elle nous représente par l’étendue, l’impénétrabilité, n’est nullement étendue ni impénétrable, et n’a même rien de commun avec ces qualités.

Si l’on fait attention que notre âme est souvent, pendant le sommeil et l’absence des objets, affectée de sensations ; que ces sensatians sont quelquefois différentes de celles qu’elle a éprouvées par la présence de ces

mêmes objets en faisant usage des sens, ne viendra-t-on pas à penser que cette présence des objets n’est pas nécessaire à ces sensations et que par conséquent notre âme et nous pouvons exister tout seuls, indépendants de ces objets : car dans le sommeil et après la mort, notre corps existe, et il a même tout le genre d’existence qu’il peut comporter, il est le même qu’il était auparavant; cependant l’âme ne s’aperçoit plus de l’existence du corps: il a cessé d’être pour nous, or, je demande si quelque chose qui peut être et ensuite n’être plus, si cette chose qui nous affecte d’une manière toute différente de ce qu’elle est, ou de ce qu’elle a été, peut être quelque chose d’assez réel, pour que nous ne puissions pas douter de son existence? »

« Cependant nous pouvons croire qu’il y a quelque chose hors de nous; mais nous n’en sommes pas sûrs; au lieu que nous sommes assurés de l’existence réelle de tout ce qui est en nous : celle de notre âme est donc certaine, et celle de notre corps paraît douteuse, dès qu'on vient à penser que la matière pourrait bien n’être qu’un mode de notre âme ; une de ses façons de voir! notre âme voit de cette façon quand nous veillons, elle voit d’une autre façon pendant le sommeil ; elle verra d’une manière bien différente encore après notre mort, et tout ce qui cause aujourd’hui ses sensations? la matière en général pourrait bien ne

pas plus exister pour elle que notre corps, qui ne sera plus rien pour nous. »

« Mais admettons cette existence de la matière, et quoiqu’il soit impossible de la démontrer, prêtons-nous aux idées ordinaires, et disons qu’elle existe, et qu’elle existe même comme nous la voyons ; nous trouverons en comparant notre âme avec cet objet matériel, des différences si grandes, des oppositions si marquées, que nous ne pourrons pas douter un instant qu’elle ne soit d’une nature totalement différente et d’un ordre infiniment supérieur. »

« Notre âme n’a qu’une forme très simple, très générale, très constante, cette forme est la pensée, il nous est impossible d’apercevoir notre âme autrement que par la pensée. Cette forme n’a rien de divisible, rien d’étendu, rien d’impénétrable, rien de matériel ; donc le sujet de cette forme, notre âme, est indivisible, et immatérielle. Notre corps, au contraire, et tous les autres corps, ont plusieurs formes; chacune de ces formes est composée, divisible, variable, destructive, et toutes sont relatives aux différents organes avec lesquels nous les apercevons ; notre corps et toute la matière n’a donc rien de constant, rien de réel, rien de général par où nous puissions la saisir et nous faire espérer de la connaître ».(1)

(1 ) Les mots soulignés le sont parnous. (A 7 , del’auteu >•)

Quelle lucidité, quelle richesse de réflexions et de déductions? nous n’avions pas plus lu Buffon que Platon, lorsque nous avons été conduit par les phénomènes magnétiques à conclure que l’univers n’était qu’un composé de pensées tombant sous leurs manières de sentir à elle-même, pensées portant des formes aussi divisées, qu’elles présentent d’images à notre optique interne. Revenons à nos facultés somnambuliques en disant: Si, au contraire, c’est le lucide qui va vers les lieux dont nous parlons, les résultats sont les mêmes.

Si l’on admettait comme nous avons fait notre possible de le démontrer dans les ouvrages précités, que l’homme spirituel est un représentatif en petit de l’univers, ou un microcosme, un point sympathique à tous les points de la création, un théâtre où se jouent en petit toutes les phases de la vie individuelle et collective des êtres, il n'y aurait plus qu’à lever le rideau pour voir à quel passage de son rôle Martin se trouve, ce qu’il en a déjà récité, et ce qui lui reste encore à réciter. Si cette proposition très ancienne, (que semblent faire revivre les facultés des lucides,) n’est pas plus vraie que toutes celles présentées à cet effet, elle ébranle davantage l’étudiant en lui offrant les attraits d’une compréhension plus facile.

Nous nous permettrons cependant, d’opposer quelques faits à l’argument en faveur de l’extension de la vue du lucide dans ces expérien-

ces faites qui sont : 1° Pour voir quelqu’un ou quelque chose ainsi à distance, il faut avoir une direction que le lucide n’a pas. 2» Ce n’est pas que sa vue seule qui acquiert dans les cas cités la faculté de connaître ce qu’il cite, puisqu’il affirme entendre, sentir, agir dans ces lieux, et qu’il est bien tout complet dans eux ! Si l’on oppose à cette affirmation, que ces choses se manifestent imaginairement à ses sens, ce serait dire de même qu’il s’imagine voir tout ce qu’il voit. Le contrôle dément victorieusement cet argument. Nous avons obtenu des preuves palpables et visibles par les spectateurs, que le lucide étnit bien tout complet avec ses cinq sens dans les lieux ou dans l’état des lieux qu’il visitait ainsi, ou que le lien sympathique qui unit ces lieux à leur représentatif en lui est assez puissant pour manifester sur son corps des impressions visibles de son contact avec le climat des dits lieux. (Voir le deuxième volume des Arcanes , Adèle recevant un coup de soleil, en Amérique, étant à la recherche d’une personne disparue.) Que répondre à ces faits? Nous le répétons, ne répondons rien, si nous voulons être sage.

Nous avons dit, que le lucide voyait à travers les corps opaques. L’expérience que nous venons de citer devrait le prouver à priori, mais les argumentateurs dont nous voulons combattre à tout prix les faux raisonnements sont allés jusqu’à nous dire que l’âme a’éle-

vant eu l’air comme le ferait un aigle, et planant ainsi dans les espaces, elle pouvait tout connaître sans être soumise aux lois de notre optique. Hélas, en richesse d’arguments, le plus captieux n’est pas toujours le plus fort. Ceux qui argumentent ainsi oublient que les personnes vues des lucides ne sont pas à califourchon sur le toit de leurs demeures, qu’au contraire, il peut se faire, qn’elles soient recouvertes par plusieurs planchers. Il faudiait alors que cette âme , aigle d'une nouvelle espèce, eût une vue plus perçante que celle de cet oiseau. Dans tous les cas, qu’on fasse l’expérience suivante: elle détruira à elle seule ce captieux argument.

Prenons un livre, non encore coupé, et prions le lucide de lire dedans à telle page, sans l’ouvrir, tel Alexis Didier, et, tant d’autres bons lucides l’ont fait cent fois. Si l’expérience réussit, elle est plus que sultisante pour détruire cet argument. Le lucide peut également nommer une carte, dans un jeu, apporté à cette intention , sans regarder le moins du monde ce jeu, en vous disant: Elle est la dixième ou onzième. Ces expériences sont plus concluantes que celles d’enfermer un objet quelconque dans une boîte, vu qu’on peut argumenter que le lucide voit cet objet dans la pensée de la personne qui le pose dans cette boîte.

Il arrive encore à quelques lucides de décou-

üi' i/U boiiMAMbULiSMil

vrir des sources d’eau, ainsi que des trésors enfouis à de grandes profondeurs, choses inconnues pour lors de tous; l’on a également argumenté sur cette faculté, en disant : Elle est un tait de la sensibilité nerveuse du lucide. Cette source ou ce métal réagissent sur le système nerveux du dormeur, lui font éprouver certains tiraillements, certaines commotions! Nous récusons avec force cet argument, vu que ce lucide peut découvrir cette source d’eau, ou un trésor n’étant pas sur les lieux : dire même à quelle profondeur ils sont, quelle espèce de métal, quelles pièces d’orlévrerie, ou d’or et argent monnayé, renferme ce trésor : ce qui n’a aucun rapport avec ses nerfs; mais avec la vue. Cela peut cependant exister: mais cela ne peut être généralisé, nous n'engageons pas de faire ces recherches (jù de grandes déceptions égalent les succès.

Mécanisme de l’optique humain

dans l'état somnanbulique .

Il nous a été permis de voir par nousmême le mécanisme inconnu de la vision somnambulique; étant sujet quelquefois à des communications spirituelles qui nous sont faites, tant par des tableaux, que par des intuitions! A deux reprises différentes, on nous a mis dans l’état nécessaire à obser-

ver très distinctement le jeu de l’organe visuel spirituel. La première fois nous sentîmes, non s’ouvrir nos paupières matérielles, mais s’ouvrir doucement une petite pulpe, qui semble couvrir le derrière de l’iris, comme pourrait le faire un léger voile se séparant au milieu, étant composé de deux parties, glissant horizontalement de chaque côté de l’œil, et se rapprochant de la même manière, nous remarquons le même genre d’occlusion dans l’œil du chat. A midi l’iris de l’œil de cet animal ne présente qu’une forme d’olive très resserrée, et allongée, quand à minuit, il présente la rotondité ordinaire. C’est de cette manière que s'offre cette ouverture chez le somnambule.

La séparation de cette pulpe est si fragile et si impressionnable à toute émotion interne ou externe de l’être, qu’elle se referme avec une mobilité et une vivacité incroyable! C’est alors où le lucide accuse avoir perdu sa lumière; ou qu’elle s’est affaiblie, et est devenue vaccillante.

Voilà comment on nous montra la première fois le mécanisme; mais, à la deuxième, on j' ajouta un détail de plus. Cette pulpe ne s’ouvrait pas franchement comme la première fois, elle se retira délicatement du milieu, de manière à ne produire qu’un petit trou du diamètre d’une aiguille; ce qui nous permit cependant de voir très distinc-

tement les tableaux qu’on nous présenta; mais cette vision fut un éclair et rien de plus. Nous comprîmes, par cette deuxième expérience, pourquoi certains lucides ne voient qu’à la dérobée les objets qui frappent leur attention!

Puisque nous étudions le mécanisme de l’optique du somnambule, nous dirons qu’il ne nous est pas démontré que cet optique se transpose de la têteaux talons, par exemple comme l’ont dit le savant Pétetin, et beaucoup de magnétistes qui ont traité de cette question! Si ces praticiens avaient fait attention que le lucide ne voit que ce qu’on le prie de voir, et qu’il ne le voit qu’où on lui dit qu’est l’objet proposé, l’on serait bientôt convaincu que ce n’est pas l’œil du voyant qui se transpose vers d’autres parties du corps, mais que ce sont, au contraire, les objets qu’on dépose dessous ou dessus ces parties qui se présentent à lui par le seul fait de sa volonté, car, généralement, tout ce que désire voir le lucide, il le voit, mais devant lui. Que l’objet soit placé derrière ou de côté, il s’offre devant lui. Pour en avoir la certitude, dites-lui: 1* De tâcher de savoir ce que vous placez derrière sa tête, quand au contraire vous placez l’objet entre ses jambes; il accusera le voir derrière sa tête. 2 ° Mettez un jeu de cartes totalement blanches, sous ses pieds, s’il dit voir par eux et

priez-le de vous nommer la première ou la deuxième de ces cartes; quand vous placerez un vrai jeu de cartes ailleurs; il vous nommera, s’il est très lucide en ce moment, les cartes première et deuxième qui se trouvent dans le vrai jeu de cartes, posé ailleurs que sous ses pieds.

3° Posez-lui un objet inodore sur le creux de l’estomac, s’il accuse' que c’est par ce point qu’il sent les odeurs, et demandez-lui quel arôme porte cet objet? Il vous nommera un arôme quelconque, ce qui vous donnera la preuve, que ces transpositions des sens ne sont qu’une erreur du lucide, qu’une fantaisie de ses pensées; mais il voit, là, est le positif, peu nous importe par où?

Nous ferons observer sur cette importante question, que si le lucide s’obstine à voir, par exemple, par le talon, qu’il poussera cette croyance jusqu’à ne pas oser poser le pied à terre de crainte de se crever l’œil ou d’y introduire une ordure; vous le verrez alors pousser cette crainte jusqu’à ne marcher que sur un pied en sautillant comme un enfant.

Il est donc regrettable de voir de telles altérations d’esprit, et surtout de les susciter. Le vrai étudiant ne peut que plaindre magnétistes et lucides qui s’amusent à produire de si tristes choses en public!

Qu’on ne croie pas toujours soumettre ces

propositions à des étudiants consciencieux et studieux, au contraire, aucune étude n’a rencontré plus de mauvais vouloir et plus d’esprit de parti ; il a fallu que l’Eternel ait décidé, dans sa haute sagesse, que cette science mystérieuse triompherait de ses ennemis, en donnant à ses professeurs le courage et les moyens de combattre de front, de si hargneux adversaires!

Nous n’avons jamais pensé enseigner ni faire accepter une idée quelconque, que nous ne pourrions appuyer de toutes les démonstrations nécessaires à son succès; aussi nous sommes-nous jeté dans lamêléeavecla toi que nous ont fourni nos études sur la dite question. Nous avons nous-même fait autrefois à l’egard de nos adversaires, ce que ceux-ci font au nôtre en ce moment. Mais nous nous mettions à faire une consciencieuse étude de leurs propositions, et n’insultions pas leur auteur. Nous avons argumenté loyalement, nous argumentons encore, qu’on nous argumente à notre tour.

Les études que nous traitons en ce moment et que nous proposons de faire faire à nos lecteurs, sont .d’une nécessité absolue, nous le croyons, à leur éducation physique et psychique. Rentrons dans la question dont nous venons de nous éloigner.

Nous prions 'd’observer que le lucide, dans les vues à distance comme à travers les corps

opaques, est sujet aux mêmes erreurs que dans les maladies. L’erreur ne détruit pas la vérité, elle est, au contraire, selon nous, son complément et sa preuve la plus évidente; ainsi, dans toutes les expériences que nous faisons en ce genre, ayons toujours le soin d’apporter le plus scrupuleux examen à chaque fait qui paraît supérieur, afin d’être à même d’établir avec force et succès, son existence. Les précautions que nous prenons à son égard, tout en fortifiant notre foi, mettront dans nos mains des armes qui, plus tard, nous serviront à combattre avec avantage les arguments qui nous seront posés.

Qu’on ne croie pas que nous soyons un ennemi des arguments, au contraire, ce n’est que par ceux qui nous ont été posés, que nous sommes arrivé à l’état de conviction dans lequel nous nous trouvons. Ce sont les argumentateurs que nous avons rencontrés qui ont fait toute la richesse de cette conviction. N’est-ce pas presque toujours d’une fausse addition de «ubstances en chimie, que résultent les découvertes les plus utiles à l’humanité. Habituons-nous donc à ces explosions de l’esprit humain, qu’on nomme arguments, au contact de toute proposition plus ou moins neuve, et utile au bonheur de tous. Apprenons à réargumenter les argumentateurs, la conviction et l’accord nous domineront bientôt, les uns et les autres.

Nous disons que les savants, que les philosophes, que les libres-penseurs, que les médecins qui repoussent nos propositions, s’y trouvent ainsi poussés par la crainte d’être ridiculisés, s’ils avouaient dignement en public le vrai de leurs observations dans cette étude; car un grand nombre d’entre eux ont réussi comme nous, ont étudié et prononcé comme nous. Mais en petit comité et non en public, ce qui attriste l’honnête étudiant, et ce qui fait obstacle au progrès de cette science nouvelle, la plus consolante entre toutes celles de ce genre que les hommes cultivent.

Nos contradicteurs, en criant à l’ignorance, ont enfanté le besoin d’étudier.

En criant au mysticisme, ils ont conduit à l’étude d’une force, d’une intelligence, d’une harmonie digues d’être connues et respectées!

En n’acceptant que positivisme en toute étude, il nous ont fait agir comme eux, mais avec plus de largeur et plus de courage qu’eux, en ne craignant pas d’enseigner aux hommes ce qu’ils veulent leur cacher, sous prétexte de les ravir à la domination du prêtre! Nous sommes d’accord sur ce sujet; mais nous ne pensons pas que la lumière doive rester sous le boisseau, parce que des intéressés à la laisser telle qu’elle, en redoutent l’usage.

Ceux qui crient au charlatanisme, généralisent trop. Oui, il y a des charlatans, mais ce n’est pas une raison pour ne pas admettre

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