‹ Thérapeutique infantileChapitre 22 sur 39 · I.MI'ALCIUSMU · texte numérisé non relu

I.MI'ALCIUSMU

naissance, l'oiiraiil, [u'ulèlre alleint. lorsque lanière csL infectée par le virus paludéen.

Après () ans, la maladie se présente chez l'enfant avec des symptômes semblables à ceux qu'elle revêt (•liez l'adulte : avant cet âge, elle a des allures un peu spéciales qui la font souvent méconnaitre.

Formes hirrèes. — Ces formes se présentent le plus souvent chez les Jeunes enfants sous l'aspect d'accidents nerveux apyrétiques, névralgie, céphalée, ou de phénomènes pulmonaires, congestion, bronchopneumonie, ou de phénomènes viscéraux, entérite cholériforme, selles sanglantes, pouvant être périodiques. On peut môme constater de l'urticaire, des adéiiopathies trachéo-bronchiques. .1. Simon a signalé un torticolis intermittent de même nature.

Le milieu paludéen, et l'influence de la médication ([uini(jue sur ces diverses manifestations attesteront la nature de ces accidents.

Forme aiijue. — La fièvre paludéenne ne se présente pas chez l'enfant avec ses (rois stades classiques comme chez l'adulte. L'accès se manifeste d'abord par de la pâleur de la face, une teinte cyanotique des lèvres, avec refroidissement des extrémités : ensuite, la peau devient brûlante, le thermomètre accuse 39°, o, 40°, iU",.?. On constate quelquefois des épistaxis, un peu de délire; au bout d'une heure ou deux, la fièvre tombe et l'accès se termine par une moiteur généralisée ou même par des sueurs.

L'accès revient le lendemain à la même heure; sa forme quotidienne est, en ell'el,la plus fréquente; la forme ti(!rce et surtout la quarte sont exceptionnelles. I>a fièvre est plutôt rémittenle (|u'interniiltente, et l'enfant, a[)rès un accès, r(!ste dans un état de malaise ,jus(|u'ii l'accès suivant. La rate est grosse, l'état

|(i8 MALADIIOS CÉNKHALi: S INKliCTIKlSKS

-éiiéi-al esL miiuvais, la laiiKU»' siibiirralc, loslonclioiis (lig-eslivcs troublées; le plus souvent, il y a de la diarrhée.

Au moment de l'accès du peut constater aussi des Iroubles respiratoires sans signes stétlioseopiques.

Dans les cas graves, pernicieux, on constate surtout la forme soporeuse ou comateuse, qui peut èire mortelle; celte l'orme est surtout frétiuente dans les premiers mois de la vie : de 1 à 7 ans on rencontre surtout la forme convulsive.

Forme chronique et cachexie pahcdémne. — Quanil l'impaludisme n'est pas rapidement combattu, l'enfant tombe vite dans un état cachectique très prononcé : son teint pâlit et devient plombé, il maigrit, l'appétit diminue de plus en plus et la diarrhée est persistante. La rate et le foie sont hypertrophiés; on peut observer des hydropisies, des épistaxis, du purpura, de l'albuminurie et des convulsions urémiques.

L'enfant peut présenter dès sa naissance quel- ([ues-uns de ces signes de la cachexie paludéenne.

Traiicniciit propliylactîc|ac. — Le traitement prophylactique consistera à soigner la mère pendant sa grossesse, quand elle est contaminée par le poison paludéen. On ne pourra pas lui administrer de fortes doses de quinine dans la crainte d'un avortement; mais on pourra, sans danger, lui donner du (]uinquina et même des doses légères de sulfate de (juinine.

L'enfant qui naîtra dans un milieu où le ]ialudisme est endémique, devra, si cela est possible, èire transporté dans un autre endroit; on se gardera bien de donner au nouveau-né une nourrice alteinte de lièvres inlermitlenles.

Si la nourrice subissail uUérieuremcnt une al-

IMHALUDISMK 160

teinte de paludisme, il l'audi'ail lui l'aire prendi-c du quinquina plutôt que de la quinine. M. Le Gendre a constaté, dans un cas semblable, que le quinquina était inofîensif pour reniant, tandis que la quinine, en passant dans le lait, [)()uvait déterminer chez lui des troubles dyspeptiques.

Traitemeut curutir. — Quant au traitement curatit, quelle que soit la forme que revêt l'infection paludéenne, il devra avoir pour base la médication quinique. Les formes larvées résistent à tous les traitements symptomatiques, aussi longtemps que la nature des accidents reste méconnue; la facilité avec laquelle elles cèdent, sous l'influence de la quinine, atteste leur cachet impaludique.

Le traitement de la forme aiguë devra être d'autant plus énergique et plus rapide que l'infection sera plus profonde et ses manifestations plus alarmantes. Comme chez l'adulte, la quinine sera la base de ce traitement : les avis sont partagés sur le choix des sels de quinine : certains médecins donnent plutôt le sulfate; d'autres le chlorhydrate, le bichlorhydrate (Moncorvo) : d'une façon générale il faut, si on emploie la voie stomacale, préférer le chlorhydrate qui est plus riche en quinine; si, au contraire, on emploie la voie sous-cutanée, on préférera le lactate, qui est plus soluble. Les doses suivantes i)ourront être administrées :

Avamt I an 0.5 à 0.10 centii.n'.

De 1 an à i ans 0. 10 a 0.20 n

De 2 ans à 3 ans 0.20 à 0.2.Ï >,

De 3 ans à t ans 0.23 à 0.30 >,

De 4 ans à 7 ans 0.30 à 0.40 »

De 7 a,ns il I «Vi^o adulte. 0.35 à 0.60 )>

ou même 0.80, 1 gramnric et plus.

Le quart de la dose précédente pourra être [trescrit par la voie hypodermique.

thkr.\peutioi;e inf.sntilk. — t. r. -JO

no MALAUIKS (iICMCHAI.liS l^'l■■!•;(;TIIiUSliS

Lorsciiic les troubles dyspepliiiucs sont In-s iii;.r- (liKîs. on peut donner la quinine en lavenieuls (.u dans des suppositoires : pour les premiers, la quinine sera dissoute dans nne solution légèremeni acidulée à l'eau de Rabel et à laquelle on ajoutera une ou deux gouttes de laudanum; pour les seconds on l'incorporera dans deux ou trois grammes dibeurre de cacao. Les pommades au sulfate de quinine doivent être délaissées. Dans les cas graves et pernicieux où il faut agir vite, on emploiera les injections sous-cutanées.

Si les troubles digestifs sont trop marqués, il sera bon de faire précéder la médication quinique par l'administration d'une dose de calomel.

Contre la cacbexie paludéenne on ordonnera l'arsenic après deux ans, et le quinquina : l'arsenic pourra être administré sous forme de liqueur de Fowler à la dose de une à dix gouttes par jour, et le (juinquina sous forme de sirop : nous rejetons complètement l'emploi du vin de quinquina. On devra surveiller l'alimentation, exciter l'appétit avec les préparations de gentiane ou de noix vomique. cl conseiller les frictions énergiques et surtout l'hydrotbérapie. A l'époque de la convalescence, les petits malades seront envoyés dans une des stations suivantes : Plombières, Royat, ou la Bourboule.

Rliumatisme articulaire.

Le rluimatisme articulaire se manifeste prcs(]ue toujours cbez l'enfant sous la forme aiguë: la forme suhaiguë et surtout la forme cbronique sont excejtliounelles. C'est surtout la forme aiguë que nous

lUlUMATISMli AUTICLLAIRE lil

("liidieroiis; nous passerons i-apideiuenL en revue les deux autres l'ormes.

Le rhumatisme articulaire ai//u est moins rréqu(!nt chez l'enfant que chez l'adulte; il est rare dans la première et dans la seconde année, de moins en moins exceptionnel à mesure que l'enfant approche de sa septième année; et, à partir de cet âge, il devient assez commun.

11 revêt chez l'enfant les mêmes caractères que chez l'adulte; mais, son début est moins solennel, la lièvre est moins vive, surtout les premiers jours, (a douleur et le gonflement des jointures moins prononcés; par contre les lésions viscérales sont plus redoutables : la péricardite, l'endocardite, la myocardite, les pleurésies s'observent fréquemment et peuvent engendrer des lésions indélébiles; les récidives menacent constamment l'enfant qui a subi une première attaque de rhumatisme; aussi, après plusieurs poussées, le petit malade reste-t-il longtemps anémié. Chez les sujets issus de parents nerveux, le rhumatisme peut provoquer l'apparition de la chorée, dont les rapports avec les manifestations arthritiques sont telles que nombre d'auteurs ont voidu en faire une localisation cérébro-spinale du rliumalisnie.

Les manifestations articulaires du rhumatisme ne sont pas dangereuses; mais cette afl'ection est redoutable chez l'enfant à cause des nombreuses complications qu'elle peut faire naître; aussi, doit-elle être combattue avec persévérance, dès que ses premiers symptômes sont reconnus.

I.'enfant devra être tenu au lit, et soumis à la diète lactée; outre le lait, on lui fera i)rendre comme linissons (les lisanes de chicndenl, de (|U('U('s de

172 MALADIES GK.N'KRALES INKIÎCTIlCr.SKS

cerises ou d'orge, addilioniiées ou non de nilrale de potasse. On enveloppera les arliculalions malades dans de la ouale, après avoir l'ail nne onclion avec un Uniment laudanisé et cldoi-oforniisé ou dans de la toile de caoutchouc vulcanisé, et on administrera aussitôt le médicament spécifique du rhumatisme articulaire aigu, le salicylate de soude. Ce sel sera donné à la dose de 4 à 6 grammes dans les vingt-quatre heures : on a pu en donner jusqu'à 10 grammes (Archambault) sans aucun inconvénient, les reins de l'enfant éliminant facilement ce médicament; ces doses élevées sont inutiles; nous croyons prudent de ne pas dépasser la dose de 6 grammes : chez les jeunes enfants on se limitera à 3 ou A grammes. Ce sel pourra être administré en paquets de un gramme, donnés à intervalles réguliers dans la journée, ou mieux encore en potion, par cuillerées à soupe toutes les deux heures :

Salicylate de soucie 6 grammes

Sirop de fleurs d'oranger 23 »

Eau de tilleul 100 »

Chaque cuillerée contient un gramme de salicylate.

Dès que les accidents articulaires seront amendés, on persistera dans l'emploi du salicylate de soude, mais la dose sera diminuée graduellement.

M. Bourget (de Lausanne) préfère inlroduire ce médicament dans l'organisme par la voie cutanée, et il conseille de faire au niveau des jointures enflammées des (juctions avec la pommade suivante :

Acide salicylic|ue ;

Essence de térOhcntliine :'ià Kl grammes

Lanoline '

Axonge SO >•

UUUMATISiME AUTICULAIUE l'-l

L'acide salicylique apparail. rapidonienl, d'après ccl auteur, dans l'urino. Celle médicalion a l'avantage de ménager l'estomac de l'enfant; elle serait réservée aux enl'unls qui ont des vomissements et une intolérance gastrique telle que le salicylale de soude ne peut être absorbé. Dans le cas contraire la voie stomacale est préférable, car la quantité du médicament absorbé peut être facilement dosée.

Si le salicylale de soude est inefficace, ce qui est peu probable, il faut avoir recours au sulfate de quinine ou à l'anlipyrine ; on pourrait encore employer les préparations opiacées. Dans les cas où une albuminurie intense complique le rhumatisme articulaire aigu, le salicylale de soude doit être administré avec beaucoup de précaution : on le donnera à doses plus faibles, et on le supprimera aussitôt que se manifesteront les premiers accidents d'intoxication (vomissements, bourdonnements d'oreille); le sulfate de quinine et l'anlipyrine pourront remplacer le salicylale.

Les complications cardiaques seront combattues par la médication révulsive : vésicatoire, pointes de feu, ventouses scariliées ; si le cœur faiblit, on aura recours à la digitale et à la caféine.

La convalescence devra être surveillée avec soin : il faudra éviter les rechutes et les récidives en gardant l'enfant à la chambre ou en le transportant dans un pays chaud et non humide. L'anémie consécutive à la crise de rhumatisme nécessitera une alinicnlatioii spéciale et les médications murliale (ît arsenicale.

Le rhumatisme cérébral avec hyperthémie est rare chez l'enfant; s'il survenait, il faudrail, comme clujz l'adulte, avoir i-ecours k la baliK'atiou froide,

ilA MALADIES (;ÉM-:HAI,i:S INFKCTIKUSKS

cl, (loiiiier des bains à SOV»!! t>5"civcc aflusions froides sur la tôle. .

Lfi forme snbaiguë eiil peu commune chez l'enfant; elle se manifeste par des douleurs au niveau des articulations ou des muscles-; ces douleurs sont supportables et s'accompagnent ou non de gonflement léger, avec ou sans fièvre. L'enfant devra être tenu au lit. et soumis à une alimentation légère, surtout lactée ; on enveloppera ses articulations malades dans de la (juate, et on lui administrera de '2 à i grammes de salicylate de soude. Dans cette forme subaiguë, ce médicament a moins d'action que dans la forme aiguë. Si au bout de quelques jours on n'a obtenu aucun effet, il faudra s'adresser à l'antipyrine, à la dose de 1 ou ^ grammes; on réussit souvent avec l'antipyrine alors qu'on a échoué avec le salicylate de soude. On peut associer le sulfate de quinine à l'antipyrine, si la douleur s'accompagne d'une fièvre assez intense.

L'enfant sujet à ces poussées subaiguës devra, (■onmie celui qui a eu des attaques de rhumatisme articulaire aigu, être éloigné de toute habitation humide ; ses jointures seront recouvertes de flanelle; on pourra le soumettre à l'hydrothérapie, lui faire prendre périodiquement des alcalins (bicarbonate de soude, sels de lithine), et, dans l'intervalle des poussées aiguës, le soumettre au massage, aux frictions avec gant de crin, à l'électricité statique et à l'action des eaux minérales (Âix-les-Bains, Dax, Bourbon ne, etc.)

Lp, rliumniisme no/tei/.r, déformant, jM-ogi-essif, est (exceptionnel cliez l'enfant; il se rencontre dans la priMnièi'c et la seconde enfance, où il fra]ipe de ]n"éférence le sexe féminin.

On distingiu^. au point do vue pntliogi'nique. deux

KUUMATISME AHTICLLAIMK 175

variélés dv rliuinalisme nnuoux : I'uik^ dyscrasique, l'aulro itileclieusi (Marie); le rhumaUsme elii-onique ()l)sei-vé cliez l'eiilaiil appai'lienl le ])lus souvent, à cette seconde vai'iété.

Au moment des crises, le traitement: variera suivant (|u'on aura afl'aire à l'une ou à l'autre de ces variétés :

Dans la première, on donnera l'iodure de potassium, à la dose de 0 ^r. 50 à l g'ramme par jour, ou i)ien de la teinture de colchique (V à X gonttes vers 1) heures du soir, une heure avant le repas, jiendant S jours : suspendre pendant 8 jours, puis repi-endre) ; l'arsenic sous forme de liqueur de Fowler, ou sous forme de bains arsénicaux, l'antiiiyrine à la dose de 1 à !2 grammes.

Dans le rhumatisme infectieux, l'iode est inutile; 1)11 donnera de préférence Tantipyrine et surtout le salol à la dose de 2 à 3 grammes chaque jour, et on répétera les lavages antiseptiques de la région qui peut être regardée comme le foyer de l'infection générale (amygdales, organes génitaux).

Après la crise, on aura recours au massage doux, à l'électrisation avec des courants continus de faible inleusité, aux douches sulfureuses ; on permettra aux i-nfants des mouvemenis dans leur lit, on les provoquera môme (J. Simon); on maintiendra de la 11auelle au niveau des articulations; on surveillera l'hygiène journalière; on conseillera une habitation sèche, et on évitera les endroits humides, le bord de la mer. Enfin on enveri-a l'eufant dans une des stations thermales (\uo nous avons déjà signalées oaux thermales, salines, sulfureuses).

MALADIKS (;K.NÉKALES INKliCTIEUSES

l'ubefciilose.

La tiibei'CLilose est une maladie infectieuse, duc à la pidlulatioa dans l'organisme d'un bacille sjjéri- [ique, découvert par Koch en 1882.

Elle est très fréquente chez l'enfant. Elle j)eut affecter tous les organes de l'économie; cependanl la localisation pulmonaire est de beaucoup la plus fréquente. Mais ce qui donne à la tuberculose infantile un cachet tout spécial, c'est sa tendance à évoluer comme une maladie générale. Le bacille^ trouvant dans l'organisme de l'enfant un terrain favorable à son développement, acquiert chez lui une virulence très grande, une puissance infeclaule toute spéciale, et se généi'alise fréquemment dans tous les viscères. Cette tendance à la généralisation est d'autant plus manifeste qu'il s'agit d'enfants plus jeunes : la tuberculose aiguë est presque seule observée chez les enfants âgés de moins de 6 ans: au delà de cet âge et à mesure que l'enfant grandit, les tuberculoses localisées sont de plus en plus fn''quentes; mais, elles se terminent très souvent par phtisie pulmonaire.

La tuberculose est, en Europe, la maladie fa plus meurtrière : les statistiques lui attribuent un cinquième du chiffre total des décès. Cette fréquence si grande est due à ce fait que la tuberculose se propage surtout par la contagion et que nos ressources prophylactiques restent insuHisantes ou inefTiCcices. On ne saurai! trop insister sur celle notion capitale de l'étiologie de cette affection. Nous pensons, quant à nous, (|ue le devoir du médecin apic'lé au])rès d'un lubcrcnbMix est non seulemcnl

TUBKKCULdSK 177

(lo li-ailor l'aireclioii coiisl iliiér, la luberciilose en (•volulion, mais plus oncov*> poiil-êli-e d'indiquer au malade et à son eiilourage les mesures propliylacliques nécessaires, indispensables môme, qui doivent être prises pour éviter la dissémination du i^erme de la maladie, germe infeclanl au plus liaul, degré. Cette éducation de cliaque malade par son médecin, nous parait susceptible d'enmyer, dans une large mesure, les progrès de la tuberculose. Avant la découverte de l'inoculabililé de la tuberculose, l'hérédité était regardé commele l'acteur essentiel de la maladie. Ce rôle est aujourd'hui plus modeste et s'applique surtout au « terrain ». Les enfants issus de parents tuberculeux présentent, en effet, une constitution débile, un étal lynqiliatique des plus accusés, qui les prédispose à contracter la tuberculose, si l'on ne prend pas la précaution de les isoler cl de les mettre à l'abri de la contagion. S'il était possible de séparer le nouveau-né de ses parents tuberculeux, on aurait toutes les chances de le préserver de la maladie. Nombreux sont les exemples ([ui le prouvent ; aucun n'est plus probant que celui foui'ui par les orphelinats : la tuberculose y est très rai-ement observée, si rarement qu'en 8 ans, le nu'decin en chef de l'orphelinat de Nuremberg n'y a vu qu'un seul enfant tuberculeux. De nu^me à l'orphelinat de Munich, sur 618 enfants qui se sont succédé, de 1876 à 1883, pas un enfant n'est mort tuberculeux, et cependant 263 d'entre eux avaient pei'du leur mère de tuberculose pulmonaire. On ne saurait trop le répéter, loin d'être fatalement condamné à devenir tuberculeux, l'enfanl, de tuberculeux échappera facilement à la maladie, si l'on i-éussit à l'arracluîr du milieu familial infecté.

178 MALADIES GÈNKIULES IM^IÎCTIEUSES

La l:iil)ei'cul<)se csl cerlainemenl d'un proiioslic j^i-ave, siii-Loiil chez l'eafani ; mais elle n'esl pas incurable, comme on l'a ci-u li-op longleinps : un Irai- Lement bien d\y\^(\ peul souvent amener la f^uérison ou tout au moins une amélioration très grande. Les mesures hygiéniques sont très importantes; car elles mettent l'organisme en état de défense contre l'envahissement du germe infectieux et contribuent à rendre le terrain réfractaire à l'évolution du bacille. D'autre part, on a préconisé l'emploi de diflférenles substances antibacillaires; les unes sont reconnues inutiles; les autres, regardées comme efficaces par quelques auteurs, sont cependant d'une utilité contestable. Nous nous occuperons de ces deux modes de traitement.

Prophylaxie de la tuberculose. — Le bacille de la tuberculose envahit l'organisme soit par les voies aériennes, avec l'air inspiré, soit par le tube digestif avec les aliments. De ces notions découlent des indications capitales. Pour éviter la contagion de la tuberculose par les voies aériennes, les enfants seront éloignés autant que possible de tout foyer tubei'culeux. Ils ne doivent être confiés, sous aucun prétexte, à des nourrices, des bonnes, des institutrices, des professeurs phtisiques. S'il existe dans leur famille une personne malade, la séparation s'impose comme un suprême devoir. Malheureusement ce devoir est difficile à concilier avec le sentiment humain. Il est parfois impossible d'obtenir des parents une résolution aussi énergique. Dans ces cas, il faut proscrire un isolenu^nt relatif et des précautions prophylactiques aussi rigoureuses que possible. L'enfant ne devra ni séjourner, ni coucher dans la môme chambre que la personne malade;

TUlîKIU.t LdSlL 179

|>Ihs, il liahiLci-a mic cliainbi'c siircia le el t'l()it;ii(M'. C('ll(( cliainhfc sera i'acile à iintloyci-, (li'poiii-vue lie 11' .'.lires cl de lapis. Les linges, les nl)jels (le Loiletle, provenaiiL d'un Inbereuleiix ne devri)nl jamais servir àl'eid'anl.

Les eraclials, en se desséclianl el en se répandanl dans l'ail- à l'élat pulvériilenl, si)nL les a,genls principaux de la eonlaminalion. On recommandera donc aux malades de ne pas cracher dans des mouchoirs ou dans des récipients remplis de poussières diverses. 11 faul conseiller aux malades l'emploi de vases munis d'un couvercle eL conlenanl de l'eau, ou mieux nue solution antiseptique, du crésyl à 3 % par e\enii)le. En adoptant ces mesures prophylactiques, ou allénue notablement les dauf^ers de la cohabilaliou.

La ronlag'ion de la tuberculose par l'usage d'aliments contaminés est regardée comme fréquente ])ai- certains auteurs, tandis qu'elle est absolument (•(udeslée par d'autres. Il n'est cependant pas douteux (|uc le bacille puisse envahir l'organisme par les voies digeslives; mais ce mode de contamination es! bien moins rré(iuent que l'infection par inhalalion.

Le bacille peut se trouver dans le lai! ou dans la viande.

Il sci'ail hors de projxjs d'exposer ici les intéressantes expériences qiii ont conduit à cette notion (■tiologique. Nous devons nous borner à en exposeiles conséiiuonces pratiques. Tout d'abord une nu-'re I id)erculeuso ne devra jamais allaiter son enfaid : il cil rr'snitcrail poui' elle une aggravation pres(|uc i-ci-laiiic de la maladie; (piant au nourrissoti, il serait, par ce fait, exposé il être contagionn('' sinon

180 MALADIKS r,IÎNI-:iULl':S INFECTIliUSES

par le lait, du moins par l'ingoslion des gcriiics Uiberculeux doiiL la peau et les vêlements de lanière sont imprégnés. L'enlant issu de parents tuberculeux devra être allaité par une nourrice mercenaire. A ( «■ propos, il faut insister tout particulièrement sur le choix de la nourrice, qui sera exempte de toute lare tuberculeuse. Le médecin appelé à donner son avis, en semblable occurrence, devra examiner avec soin l'état des poumons, des ganglions, des seins, etc.

Si, pour une raison quelconque, on préfère Talimentation arliricielle par le lait de vache ou d'un autre animal, on ne devra l'employer que bouilli ou stérilisé à l'aide des appareils spéciaux dont l'usage est aujourd'hui vulgarisé appareils de Budin, de Soxhlet, etc).

Le plus souvent on ignore la provenance du lait qu'on emploie; or ce lait peut provenir d'une vache atteinte de tuberculose mammaire et recéler le baci I le de Koch.

Examinons maintenant ce qui a trait à l'usage de la viande. On emploie pour la consommation les masses musculaires qui constituent la viande proprement dite, et certains viscères, tels que le foie, les reins, le cerveau, le thymus (ris de veau . Les viscères peuvent être envahis par le bacille de la tuberculose. Dans les grandes villes, les abattoirs et les boucheries sont étroitement surveillés, la vente des viscères tuberculeux est presque impossible; il en résulte pour le consommateur une sécurité absolue; mais, dans les campagnes, il n'en est pas de même.

Quant à la viande proprement dite, àlachair mus- (;ulaire, les hygiénistes se sont ralliés en majorité à l'opinion de Nocard, (|ui pense qu'elles ne sont que

TUBERfU'LOSE 181

rarement infectées, et presque jamais dangereuses. D'ailleurs la cuisson détruit le bacille de la tuberculose ; aussi les enfants ne doivent-ils consommer que delà viande bien cuite.

Si l'usage de la viande saignante ou de la viande crue est indiqué, il est plus prudent de conseiller l'emploi de la viande du mouton qui, on le sait, est très rarement tuberculeux. Autrefois les enfants buvaient du sang pur pour se fortifier! Cette méthode thérapeutique, répugnante, est aujourd'hui tombée en désuétude; elle est inutile, et peut être dangereuse.

Résumons en quelques lignes ce que nous venons de dire sur la viande et sur le lait provenant d'animaux tuberculeux. La viande est rarement dangereuse; et, quand elle l'est, elle l'est à un très faible degré. Le lait est aussi rarement dangereux que la viande ; mais quand il l'est, il est très dangereux. Celte difTérence est due à ce que le tissu musculaire est un milieu très défavorable à la pullulation du bacille, tandis que le tissu de la glande mammaire constitue au contraire un milieu très favorable.

Tout ce que nous venons de dire s'applique indislinctement à tous les enfants. Chez ceux qui sont issus de parents tuberculeux, il faudra multiplier les précautions, et de plus les soumettre de bonne heure à un régime hygiénique. Ils seront élevés au sein, et l'allaitement sera continué longtemps, alin d'('îviler toute complication qui pourrait compromettre l'état (In tiii)e digestif. Dans la deuxième enfance on prescrii-a la vie an grand air, un long séjour k la campagne, au bord de la mer, ou dans les montagnes, et à la ville des promenades fréquentes dans des lieux pmi fréquentés et bien

TIlKnAI'KIJTlQljF, I NFA NTI . — T. |. )|

182 MALADIES GÉ.NÉHALES IM-liCTlEUSES

aérés Les enfants doivent être sortis même par les temps froids pourvu que l'air soit sec. Les exercices physiques, la gymnastique, les jeux et les sports de toute nature doivent être conseillés avec modération. La pratique de l'hydrothérapie est excellente : en hiver on conseillera les lotions fraîches avec de l'eau salée, vinaigrée ou aromatisée; en été, les douches, les bains de rivière, les bains de mer, suivis de frictions sèches au gant de crin. L'alimentation doit être abondante et substantielle, et il faut veiller au bon fonctionnement du tube digestif. Plus tard, si la santé de l'enfant périclite, on supprimera ou on limitera les travaux intellectuels et on insistera sur la nécessité de vivre au grand air.

Si l'enfant reste délicat, anémique, paie, onlui fera prendre des médicaments destinés à stimuler la nu trition languissante. L'huile de foie de morue, quand elle peut être digérée, est un excellent médicament; si elle n'est pas tolérée, on la remplacera par du morrhuol, de l'émulsion Scott, de l'émulsion Hoggs, ou par de la glycérine, ou encore par des corps gras, beurre, foie gras, etc., etc. L'arsenic est aussi un bon médicament, soit en solution (arséniate de soude), soit sous forme d'eaux minérales (Mont-Dore, la Bourboulel. Les eaux sulfureuses (Eaux-Bonnes, Cauterets) et les eaux salées (Salies-de-Béarn, Biarritz) rendent aussi des services pour relever les forces et la nutrition.

Tpaitemeiit hygiénique de la tuberculose. — Les

éléments principaux de ce traitement sont : la vie à l'air libre et au repos, une alimentation saine et suffi santé.

Rien n'(îst plus nuisible au tuberculeux que le séjour à la chambre, dans une atmosphère confinée.

TUIIEHCULOSE 183

Oïl croit encore Irop, dans le public, malgré LouL ce ([111 a élé diL et écrit sur ce sujet, que les tuberculeux doivent vivre renfermés dans une cliambre soigneusement close, évitant le froid et l'air. C'est une funeste erreur, et le devoir du médecin est de lutter de toutes ses forces contre ce préjugé. II doit, au contraire, dire et répéter qu'il faut au tuberculeux de l'air, beaucoup d'air, et qu'on ne saurait trop lui en donner.

La cure d'air peut se faire en tous lieux ;.lorsqu'elle est pratiquée dans l'atmosphère impure des villes elle est forcément inconqMète. Le séjour à la campagne doit être prescrit chaque fois que cela est possible. Si toute latitude est laissée au inédecin pour le choix de la résidence de son malade, il est un certain nombre de stations qui, par leur situation, leur climat, doivent être choisies de préférence.

Le séjour dans les montagnes, dans une station d'altitude, entre 800 et 1600 mètres, où la pression est faible et la température assez basse, est aujourd'hui recommandé par beaucoup de médecins, surtout pour le traitement de la phtisie pulmonaire. C'est dans les climats d'altitude : Leysin (canton de Vaud), Engadine, Alpes Grisonnes, Mont Canigou, qu'on a songé à installer des sanatoria. — Les climats de plaine, à température élevée et cà haute pression, situés pour la plupart au bord de la mer (rives delà Méditerranée, Madère, Alger, Biarritz, Arca- ••lion) conviennent mieux aux phti.sies avancées, à f'onnes congestives. Les tuberculoses ganglionnaires etosseuses sont heureusement influencées par |(> trait(![nen[ marin.

Nous ne pouvons insister ici sur tous les effets de '•1 ''lin; d'air, nous renvoyons le lecteur aux ouvra-

18i MALADIES IIÉNÉHALES INFECTIEUSES

ges spéciaux, nous bornant à esquisser la niélhodc. Le tuberculeux, et tout particulièrement le phtisique, doit vivre constamment à l'air ; pendant la journée, si le malade est valide et peut sortir, il ira faire sa cure dehors, dans un jardin. M. Sabourin insiste sur ce fait qu'il doit éviter les rayons du soleil, et séjourner à l'ond:)re. M. Daremberg conseille aux malades de rester assis, à l'abri du soleil et du vent, dans une guérite de bains de mer, en osier. On ne manquera pas d'objecter que le malade s'expose à de multiples causes de refroidissement, ce qui est une erreur, s'il est suffisamment couvert. D'ailleurs il s'accoutume très vite à supporter l'action permanente de l'air, et il deviendra plus résistant au froid. Cette cure à l'air libre doit être faite au repos. Il faut défendre au tuberculeux les marches, les longues promenades, tous les sports, quels qu'ils soient; il faut bannir toutes les occupations fatigantes, les conversations trop longues,et aussi les travaux intellectuels qui demandent une tension d'esprit trop soutenue. — Certains médecins conseillent à leurs malades de se coucher, la fenêtre complètement ouverte, quelle que soit la température extérieure. La chambre peut être chauffée à l'aide d'une cheminée; cette précaution n'est pas indispensable.

Cette méthode de cure à l'air libre peut être pratiquée sans que le tuberculeux sorte de son milieu social; malheureusement, et trop souveni, elle est incomplètement mise en pratique. Aussi, ilest préférable, si l'on peut obtenir un pareil sacrifice, de séparer l'enfant de sa famille, et de l'envoyer dans des établissements spéciaux, des sanatoria, où les malades sont soumis à une discipline sévère (Vernet, sur le uioiif Canigdu; Lcysin en Suisse).

1 uuEKc.ui.ost; 18.J

L'aliineutalion joue un grand vôlo dans l'évoluUon de la tuberculose. Le tuberculeux doit s'efforcer de prendre le plus de nourriture possible. Il doit s'alimenter et même se suralimenter. Chez les malades qui oui conservé l'appétit, il est possible de prescrire la suralimentation ; il n'eu est pas de même chez ceux qui ont de l'anorexie et du dégoût pour les aliments, il faut pourtant y arriver, et tous les moyens sont bons.

11 faut d'abord employer la persuasion, ladouceur, faire accepter au malade quelque chose, n'importe quoi. C'est ici que l'ing-éniosité du médecin doit entrer en scène. Tous les aliments sont bons. Les meilleurs sont ceux que le malade absorbe avec le plus de plaisir, et tolère le mieux. Il ne faut pas non plus d'emblée forcer l'appétit. Au début on n'impose qu'une alimentation très légère et graduellement on en augmente la quantité. — Si, par les moyens de douceur, on ne réussit pas, il faut recourir au gavage par la sonde, qu'on abandonnera d'ailleurs, dès que l'anorexie aura cédé. Celle-ci, en elïet, disparaît d'ordinaire assez vite. Peu à peu, les fonctions digestives se relèvent, et on vérifie une fois de plus le vieil adage que << l'appétit vient en mangeant ». Une fois l'anorexie vaincue, on peut songer à adopter un régime plus spécial, auquel on aboutit toujours, à la suite d'une série de tâtonnements.

Le tuberculeux doit surtout se nourrir d'aliments azotés. Les féculents et les légumes verts sont peu nourrissanis. La viande est surtout indiquée; on la conseillera sous toutes ses formes. Il n'y a aucun inconvénientà l'assaisonner avec des épices de haut goût. Dans les cns où la viande cuite est prise en quantité insuflisanlc, on donnera soit de la viande

ISP) MALADIIÎS GÉNÉRALES INFKCTIEUSKS

ci'ue, ràpiH', d'une difiçeslion loujoui-s facile, soil de la poudre de viaude (4Uà 50 grammes par jour) doni l'avantage est de présenter sous un volume restreint un aliment d'une grande valeur nutritive. La poudre de viande, en ellet, répond à quatre fois son volume de viande crue. Son état de division extrême en rend la digestion aisée; et, si les malades ont au début quelque répugnance à la prendre, ils s'y habituent très rapidement.

Les graisses doivent entrer, pour une large part, dans l'alimentation du tuberculeux. On doit conseiller le beurre en grande abondance, le foie gras, le gras de jambon, les rillettes, etc., etc.

Le lait et ses dérivés sont très utiles. On les donnera soi t\aux repas, soit en dehors des repas, à un moment quelconque de lajournée, chaque fois en un mot que le malade en manifestera le désir.

Les boissons doivent être aussi peu abondantes que possible, du moins aux repas. Il y a avantage à supprimer le vin et les autres liquides fermenlés, pour leur substituer l'eau pure (eau d'Evian, eau d'Alet), le lait ou le thé léger, légèrement aromatisé avec du rhum ou du cognac.

Les repas doivent être, autant que possible, réguliers: un petit déjeuner le matin, un déjeuner à midi, un goîiter à A heures, un dîner à 7 heures. Cette régularité n'est pas absolue, car le tuberculeux doit manger aussi souvent qu'il a faim.

Quelques médicaments seront avantageusemeni prescrits : l'huile de foie de nmrue et la glycérine. L'huile de foie de morue est un excellenlmédicamenl, qui, maliieureusement, est repoussé par beaucoup de personnes. Chez les nuilades qui la digèrent bien qui n'en é]U'ouvenl aucun incouvéuieni, il faudra la

TUBERCUI.OSIO

prescrire à haute dose, A cuillerées à sou|)e par jour et même; plus. F^es huiles blondes et fauves doivent être seules employées. Lorsque l'huile de foie de morue n'est pas tolérée, on peut essayer une des nombreuses préparations industrielles (morrhuol, émulsion Scott, émulsion Hog^s), qui ont la prétention de renfermer les principes utiles de l'huile de foie de morue, sans en avoir le goût répugnant. La glycérine peut rendre de grands services. Son usage est indiqué chez les tuberculeux fébricitants. On la prescrit à la dose de 20 à 30 grammes par jour pour un enfant de 10 ans. On peut l'aromatiser avec du rhum, de l'essence de menthe.

Nous ne terminerons pas tout ce qui a trait au traitement hygiénique de la tuberculose, sans faire allusion à la stimulation cutanée^ préconisée par un grand nombre d'auteurs. Cette stimulalion comporte divers modes : les frictions sèches avec le gant de crin, ou de flanelle; les lotions fraîches, vinaigrées ou salées, suivies de frictions vigoureuses, et d'enveloppement dans une couverture de laine pendant J3 ou 40 minutes, les bains tièdes. Les douches froides, préconisées par quelques médecins, nous paraissent inutiles, sinon dangereuses.

Traîlenient médipamcntcnx tic la tnbcrculose. —

Les médicaments, qu'on a coutume de prescrire, ont pour but de transformer l'organisme du tuberculeux, de favoriser sa nutrition. Nous avons déjà parlé de l'huile de foie morue et de la glycérine. L'arsenic est également un médicamcntd'é|)argne, qui stimule l'assimilation. Onpeutleprescrire sousformcde granules de dioscoride (1 ou i par jour), ou bien en solution :

Eau ilistill<5c .300 grammes

Arscriialc de soude 0,05 contigr.

188 MALADIICS GÉNÉRALES IM'ECTIlîUSES

(1 OU 2 cuillerées à café par jour), ou sous forme de teinture : teinture de Fowler (11 à III gouttes à chaque repas). On peutenfin conseiller l'eau de laBourboule, (1 verre à bordeaux, tous les jours) ; l'eau du Mont- Dore. Les préparations phosphorées, le phosphate de chaux et l'hypophosphile de chaux, seront avantageusement prescrits. Aux tuberculeux, chez lesquels s'opère une énorme déperdition de phosphates, le phosphate de chaux peut être donné à la dose de deux ou trois grammes par jour. On peut lui substituer le sirop de lacto-phosphate ou de chlorhydro-phosphate de chaux (1 cuillerée à soupe par jour).

Nous terminerons ce chapitre en énumérant brièvement les substances qui ont été employées dans le but d'atteindre la vitalité du bacille tuberculeux. Nous citerons pour mémoire la tuberculine de Koch, lecantharidate dépotasse de Liebreich, les injections de sérum d'animaux réfractaires à la tuberculose (Richet, Picq et Berlin), enlîn les essais faits avec les toxines de streptocoques, etc., etc. Le prétendu traitement spécifique, récemment annoncé par Marigliano, paraît devoir être aussi peu encourageant.

Un grand nombre de médicaments ont été inutilement essayés soit cliniquement, soit expérimentalement sur des cultures in vitro. Nous mentionnerons l'acide phénique, l'acide borique et le borax, le tannin, l'acide fluorhydrique, l'iode et ses dérivés, surtout l'iodure de potassium et l'iodoforme. Citons encore les composés mercuriels, les sels d'or, etc. Tous ces médicaments onteuquelquesmoisdevogue, et sont aujourd'hui délaissés.

11 n'en est pas de même pour la créosote elle

TKAlTliME.NT MÉDICAMKNTIÎUX DIO LA TUliKItCULOSl:: 1 SU

j^aïucol. Ces pruduils a^issenl-ils comme aiilibacillaii-es ou bien en s'opposanl à la végétation des microbes associés au bacille de Koch? Quelques auteurs admettent plutôt qu'ils agissent en modillant l'état des organes, soit en provoquant un état congestif défavorable à la puliulation du bacille, soit en lavorisant une sclérose curatrice.

La créosote etlegaïacol ne peuvent être administrés chez tous les tuberculeux. Les malades, qui ont de la fièvre, et de fréquentes poussées congestives, les supportent mal. Au contraire, les tuberculoses torpides, les tuberculoses glanglionnaires et osseuses semblent être avantageusement influencées par ces médicaments.

Les modes d'administration de la créosote sont très variés. Le plus souvent c'est par la voie stomacale que l'on commence à donner la créosote, soit dans de l'huile de foie de morue, soit sous forme de pilules (10 à 30 centigr. par jour), soit dans de la glycérine aromatisée avec de l'essence de menthe ou du rhum. Mais il faut bien surveiller l'effet du médicament et le cesser dès qu'il provoque des troubles digestifs. Dans ce cas, on administre la créosote par la voie rectale, en émulsion dans du lait. On prescrit,cliaqiie jour,un lavement contenant X, XV, XX gouttes de créosote pour §0 ou 100 grammes de lait. Ces lavements sont habituellement bien tolérés. S'ils provoquent de la diarrhée, de la rectile, du lénesme, on les abandonnera et on les remplacera par des injections sous-cutanées d'huile créosotée et cocaïnée (0 gr. 20, 0 gr. 50 à 1 gr. de créosote). Certains médecins préfèrent le gaïacol à la créosote.

Ce médicament se donne aux mêmes doses que la créosote el de la même façon.

MALAlUliS GÉNÉliALliS IiNFliCTIia'SKS

Sypliili».

La syphilis cliez l'enfant i^eul èlre acquise ou congénitale; celle-ci, encore appelée syphilis héréditaire, est de beaucoup la plus fréquente.

S.ypJiili.s coiigéiiîlale Iiércdiiaiie. — L'enfant naît syphilitique, quand l'un des parents, ou mieux encore les deux, ont la syphilis. Pourtant cette transmission n'est pas fatale, et l'enfant pourra naître indemne, si la maladie remonte, chez les parents, à une date ancienne, et surtout si elle a été bien soignée.

La question de la prophylaxie de l'hérédosyphilis se rattache donc à celle du mariage des sujets contaminés : il faut, en effet, éviter la contagion du conjoint et celle des enfants. Pour cela faire, Fournier recommande de ne permettre le mariage que trois ans, au minimum, après le début des accidents, et encore si ceux-ci ont été bien traités. Le sujet contaminé continuera, après le mariage, à se soigner, et devra s'abstenir de tout rapprochement dèsl'apparition du moindre accident suspect.

Si ces précautions n'ont pas été prises, en cas de syphilis paternelle, par exemple, lanière pourra contracter cette affection soit directement, soit indirectement par conception, ou rester indemne; mais l'enfant sera presque fatalement conlaminé. Dans celle alternative, la grossesse est souvent interrompue de bonne heure par un avortement, ou bien l'enfant naît avant terme, porteur de marques syphilitiques manifestes. L'enfaut peut aussi naître à terme et, alors, plusieurs hypothèses peuvent se présenter : tantôt la maladie est évidente au nuimcnt de la nais-

SVI'IIILIS 191

sauce, lanlôl renfanl paraît êlro indemne, mais la syphilis se manifeste quelques semaines après, vers la cinquième ou la huitième semaine : cosl\a.s?jphilis héréditaire j^récoce. Elle attend rarement le troisième mois pour se montrer, et elle éclate encore plus rarement après cette époque. Tautôt, au contraire, l'enl'ant naît sans préseuter aucune trace de syphilis; sa première, et même sa seconde enfance, se passent sans que cette maladie apparaisse; mais, au moment de la puberté, elle se manifeste ; c'est la syphilis héréditaire tardive ■■ on l'a Aaie quelquefois n'apparaître qu'à '23 ans ; le plus souvent elle se montre de 10 à 12 ans.

a) SijphiUs héréditaire précoce. — La syphilis héréditaire précoce, avons-nous dit, se manifeste dès la naissance, ou bien n'apparaît que quelques jours ou quelques semaines après. Les accidents sont éminemment contagieux ; aussi, la question de l'allaitement est-elle de toute importance.

Quand la syphilis est apparente à la naissance, la conduite du médecin est toute tracée. Il insistera énergiquement auprès de la mère, afin qu'elle allaite son enfant, même si elle est restée indemne ; car, elle est immunisée et ne peut pas prendre lasyphilis de son nourrisson (loi de Beaumès ou de Colles). Une mère doit toujours allaiter son enfant; et, lorsqu'il (!st syphilitique, l'obligation est absolue. Si cette obligation est irréalisable, il faudra avoir recours à une nourrice syphilitique, ce qui, nous en convenons, est souvent difficile à rencontrer. Il ne faudra pas confier l'enfant à une noui'rice saine, même si celleci consentait à courir les risques de la contagion dans l'espoir d'une forte rétribution. A défaut de l'alimentation maternelle ou par une nourrice syphi-

liLique, il faudra avoir recours au biljeron, ou mieux encore, si cela est possible, à l'allailement direct au pis d'un animal (chèvi-e, àncsse). Si l'enfant est très débile, il sera placé dans une couveuse, et l'on devra avoir recours au gavage, d'autant plus que l'enfant est né le plus souvent avant terme.

L'enfant peut naître sans lésions syphilitiques ; mais si le médecin soupçonne ou craint la contamination (aveux des parents, stigmates chez le père ou la mère, hydramnios pendant la grossesse, avorlements répétés ou accouchement prématuré^ il doit a,gir avec une extrême prudence. Si la mère peut nourrir son enfant, il n'existera aucune difficulté; dans le cas contraire, le médecin devra formellement défendre le nouveau-né à une nourrice saine avant un certain laps de temps. L'enfant sera ainsi mis en observation; on l'alimentera au moyen du biberon et, s'il est chétif, on lui fera puiser directement le lait au pis de l'animal, ainsi que cela se pratiquait jadis à la nourricerie de l'hospice des Enfants- Assistés. Durant tout ce temps, l'enfant est soumis à une surveillance sévère, et quotidienne; et si, au bout de quelques semaines, il se porte bien, s'il a un poids normal, s'il ne présente aucune des lésions qui caractérisent la syphilis congénitale, on peut le confier à une nourrice. Par contre, s'il apparaît quelque lésion suspecte, comme un coryza à tendance chronique, ou des papules au pourtour de l'anus, il faudra encore retarder l'allaitement parla nourrice ou même en abandonner complètement l'idée. Ces papules ne sont souvent que des syphiloïdes postérosives, comme l'a démontré M. Jacquet, et n'ont rien de commun avec la syphilis; mais si le diagnostic est incertain, il vaut mieux patienter et ne faire

SVI'llIl.lS

clioix d'une nourrice saine que le jour où toutes les incertitudes ont cessé.

Cette conduite est adoptée dans les hôpitaux et surtout ù l'hospice des Enfants-Assistés lorsque les parents restent inconnus; là les enfants sont étroitement surveillés et fj;ardés en observation avantd'ètre confiés à une nourrice saine : tout enfant suspect séjourne plus longemps à l'hôpital, ou est envoyé à la campagne, mais pour y être élevé au biberon.

La question de l'allailement de l'enfant atteint de syphilis héréditaire, est d'une telle importance qu'on ne saurait trop y insister, et le médecin devra la régler avant de songer à appliquer tout traitement.

Le traitementde l'hérédo-syphilis précoce acomme base essentielle le mercure. Plusieurs moyens peuvent être employés pour administrer ce remède : la voie cutanée (bains et frictions) ou la voie stomacale. Les frictions sont préférables chez les enfants nés avant terme ou débiles; chez eux on emploiera surtout les frictions mercurielles. Elles seront faites chaque jour avec quelques grammes d'onguent napolitain, alternativement dans les aisselles et les aines. On laissera la pommade en place en la recouvrant de ouate; et, le lendemain, on l'enlèvera par un lavage au savon.

Chez les enfants nés à terme et résistants, on pourra donner un bain de sublimé chaque jour. Ces bains doivent contenir un gramme de sublimé pour quinze litres d'eau, etavoir unedurée de dix minutes : ils seront surtout efTicaces contre le? lésions cutanées. Quand les enfants ne présentent aucun trouble digestif, on peut recourir à la voie stomacale, qu'on abandonnera dès qu'apparaîtront la diarrhée ou les

Page 1