TOUTES LES GUÉRISONS DOIVENT POUVOIR S’EXPLIQUER
Les magnétistes ont oublié dans leurs observations de constater ce qui est le plus utile à l’art de guérir. Us se sont
tus sur l’apparition et la marche des symptômes qui résultaient de l’introduction du magnétisme dans le corps des malades ; ils semblent n’avoir tenu qu’à une chose, à la justification de la bonté du magnétisme en montrant des gens guéris. S’ils eussent examiné avec attention le travail souterrain, éclatant parfois comme le feu qui pénètre dans une mine, qu’opère le magnétisme, ils eussent reconnu, dons le tumulte occasionné, les voies dont la nature se sert pour purger, nettoyer, rejeter enfin par ces soupapes les impuretés accumulées dans les tissus; toules modifications qui donnent lieu aux plus singulières opérations de chimie transcendante.
Ce sont ces connaissances qui rendent un magnétiste bien supérieur à celui qui ne les possède point ; il cesse dès lors d’étre un instrument mécanique, et son intelligence recevant une vive lumière, le fait entrer à l’instant dans le domaine du positif. C’est cette lumière qui manque si souvent aux médecins, pour lesquels tout est conjecture; c’est pourquoi leur désir, leur bonne volonté de guérir les malades ne peut compenser ce manque de connaissances réelles; c’est encore pourquoi les médecins, s’effrayant des symptômes qui annoncent la lutte entre les forces qui conservent et les causes qui détruisent, se jettent tantôt à droite, tantôt à gauche sans aucun principe fixe.
Un magnétiste expérimenté doit considérer sans effroi les développements successifs des symptômes qui annoncent une maladie grave : la chaleur vive, la fièvre, la sé-
MALADIES
cheresse de la langue, les points douloureux qui peuvent se manifester 'soit dans l’abdomen, soit dans la poitrine, le délire même ne sera plus qu'un accident prévu. 11 doit savoir que, quels que soient le désordre des humeurs et la confusion de leurs mélanges, confusion si grande qu’elle donne l’idée du chaos, son remède sera à coup sûr efficace. Il doit comprendre que ce désordre vient de ce que le principe intelligent, qui jusque-là avaitmaintenu l’équilibre, n’a plus eu la possibilité de faire mouvoir d’une manière régulière les instruments qui étaient à son service : aussi voit-on des engorgements de tissus se produire et se former, des dépôts de matières auparavant inoffensives et partout bien distribuées, maintenant devenues âcres et caustiques au point d’altérer profondément les tissus qu’elles parcourent, au point de compromettre l’organe entier où elles s’arrêtent et séjournent. Le magnétiste comprendra qu’il ne faut point laisser en repos, ni trop s’accumuler ces humeurs rendues putrides ; qu’il faut ab- % solument les diviser, les forcer à circuler et leur faire prendre le chemin des émonctoires dont nous avons parlé : c’est ici le point capital d’une application savante du magnétisme; il faut que l’intelligence éveillée remplace dans ses fonctions le principe dont nous parlions tout à l’heure, qui ne peut plus gouverner la machine.
Art sublime et trop ignoré! Lorsqu’un enfant sous
les yeux du maître fait des erreurs de calcul ou de sa main trace un trait irrégulier, le maître est là qui lui prend la main, et en la conduisant redresse le tracé mal fait, ou
rectifie ce que le calcul avait de faux : ainsi doit faire l’intelligence vis-à-vis du principe de vie agissant irrégulièrement ou seulement affaibli.
On pourrait croire ici que notre raison s’égare, et que l’analogie que nous avons exprimée est tout à fait arbitraire ; mais cette possibilité que nous n’avons fait que laisser entrevoir est réelle, et l’on parvient à en démontrer l’évidence. 11 faut pour ceci se demander comment chez des êtres sains qui se sont livrés à l’expérimentation magnétique, on est parvenu à imprimer un mouvement particulier à plusieurs des organes essentiels à la vie, à en fausser le jeu, à faire trouver doux ce qui était amer et amer ce qui était doux ; comment on a pu altérer la sensibilité, l’anéantir même parfois complètement ou l’augmenter dans des proportions inouïes ; comment on a pu purger sans médicaments, et agir sur l’entendement d’une manière telle que l’individu ne s’appartenait plus, etc.
Eh quoi ! vous avez fait ces choses, vous avez agi sur l’esprit, annihilé les forces, et vous ne pourriez concevoir, „ vous le régulateur, pour un instant, des actes de la vie d’autrui, vous ne pourriez concevoir que la même puissance vous est dévolue sur l’être malade? Hé! qui donc pourrait vous empêcher de faire ce travail? vous ne trouverez plus la même résistance du moi qui vous était alors opposé : dans la douleur, la personnalité s’efface, on ne songe guère à lutter de force avec vous; vous n’avez rien à craindre que le sphacèle, la grangrène enfin, parce que dans ces deux cas les tissus sont morts, et que votre
MALADIES. 12i
agent magnétique ne pouvant y pénétrer, devient dès lors impuissant à conduire votre pensée.
Vous, magnétistes, vous vous bornez le plus souvent à des magnétisations purement physiques, vous saturez votre malade de ce fluide bienfaisant qui émane de vous et qui, généralement, nous devons le dire, est assez puissant pour assurer le succès, car il est doué, lui aussi, d’un rudiment intelligent; mais vous fermez trop souvent les yeux sur le mouvement interne de vos propres organes, qui vous indiquent par le malaise qu’ils éprouvent où vous devez porter l’excitant magnétique que la nature vous a donné.
C’est entrer trop vite peut-être dans les diflicultés de la pratique, et beaucoup de mes lecteurs, sans doute, ne pourraient me suivre ni me comprendre; nous allons tâcher de rendre notre pensée plus claire. Comment se fait-il qu’un malade se voie débarrassé de ce qui avait menacé sa vie, lui qui a paru étranger à tout ce qui se passait dans son organisme, lui dont la raison a été seulement spectatrice de la lutte qui s’y est livrée? Il a fallu nécessairement qu’une intelligence quelconque ait dirigé le travail qui s’y est opéré : sur ce sujet, tout ce que les médecins, les physiciens et les chimistes ont pu dire d’opposé n’est que pure rêverie. Ce ne sont point des attractions ni des répulsions chimiques ou mécaniques qui peuvent régulariser des désordres, ce n’est point non plus la matière se dirigeant d’elle- même par les lois connues qui peut produire de tels résultats, car si cela était, la vie ne
ferait qu’apparaître, ainsi que cela est dans les corps cristallisés, et serait à peiue constatée. L’erreur des médecins et l’inanité de leur système vient de la pensée qu’ils ont que la vie se gouverne par les lois des corps inorganiques. La nature a d’autres ressorts, d’autres moyens, la vie obéit à d’autres lois que la matière, elles sont plus relevées, et ce qui nous constitue a l’intelligence en propre, il ne peut en être autrement; mais sans vouloir entrer dans le développement de cette vérité et combattre plus longtemps le matérialisme de nos adversaires, nous dirons à tout magnétiste. qui partagera les vues ou les idées des médecins, qu’il ne verra point dans les traitements ce que la nature a voulu qu’on y vît. 11 est donc bien essentiel de comprendre ce double mécanisme par lequel nous manifestons nos œuvres, dont quelques-unes paraissent véritablement surhumaines : d’abord, l’action de la matière sur la matière; puis, celle des forces médicatrices agissant comme régulatrices suprêmes, et obéissant dans cette circonstance au principe qui sait tout, l’âme.
Tristes remèdes que tous les remèdes des médecins.... que voulez-vous que la nature en fasse? En supposant pour un instant qu’ils contiennent véritablement une bénigne essence, elle devient inutile, et ne peut produire d’autre effet que celui que les aliments déterminent sur des surfaces enflammées. C’était avant la maladie qu’il fallait les administrer pour corriger le vice des humeurs ; mais nous n’en sommes point lâ, les médecins ne prévoient pas, et les malades eux-mêmes n’ont recours à la médecine que
MALADIF, S. 123
lorsque déjà des détériorations manifestes ont eu lieu et qu’un empêchement à la vie habituelle est survenu avec quelque symptôme menaçant.
Le magnétiste, s’il veut exceller, doit posséder une espèce de double vue ou tout au moins l’instinct médical.
Qu’il n’oublie point que la nature et le travail la lui donneront, s’il s’applique à ses traitements, s’il s’y voue corps et âme. Qu’il fasse ce que fait le médecin, qui, pour n’arriver cependant qu’à une science conjecturale , travaille pendant des années, et n’amasse que des connaissances trop souvent inutiles; il n’a point, comme le magnétiste, ce qui vivifie les œuvres et donne la lumière.
La science vraie est facile à acquérir quand on part de principes certains; tout ce qui vient ensuite est la conséquence rigoureuse de ces principes. Ainsi un médecin ne sait jamais si ce sont ses remèdes qui ont guéri le malade, tant leur action est douteuse ou incertaine; le magnétiste, au contraire, voyant naître des phénomènes, qui sont le produit réel de l’agent dont il dispose et qu’il no peut méconnaître, a une base qui ne peut être controversée ; il s’appuie sur des réalités où l’imagination n’a point de prise, il est dans le vrai et sa marche est assurée.
Si je donne quelque développement à ces considérations, c’est qu’il ne faut point que l’application du magnétisme ait en elle quelque chose de douteux. Celui qui ne suivra point d’abord les règles que je trace, s’égarera sans nul doute ; il fera de l 'empirisme, sera réduit, comme
12 à THÉRAPEUTIQUE M AG !N KTIQ C B.
nos adversaires, à des conjectures, et il n’aura plus aucune certitude dans sa pratique. C’est ce qui malheureusement existe encore aujourd’hui et ce qui fait la force de nos contradicteurs, car celle-ci ne vient que de notre faiblesse ; mais les rôles seront changés, j’en ai l’espoir, si je puis faire passer mes convictions dans l’esprit des magnétistes et les amener au travail.
Beaucoup de magnétistes ont cru que le magnétisme dispensait de toute instruction, et qu’il suffisait de posséder la foi. Sans doute on peut réussir dans quelques cas à guérir des maladies, même fort graves, par une suite de magnétisations faites sous l’empire d’une conviction profonde; mais la science n’est point là : la foi ne se discute pas, et nous sommes dans un monde où tout se discute et où il ne doit rester debout que ce qui peut obtenir une sanction universelle.
C’est en raison de cette disposition des esprits que nous allons voir périr, de notre temps, des croyances que l’on pensait solidement établies; c’est pourquoi encore le magnétisme fait chanceler, quoiqu’il soit faible encore, l’édifice médical tout entier ; car la médecine ne se discute point non plus, elle ne peut donner l’irrécusable preuve de la certitude des principes qui lui servent de base.
Si l’on a laissé de côté la morale, en tant que science, c’est parce que ses principes, quoique certains, ne peuvent se démontrer à tous les êtres. On ne discute pas longtemps sur une force découverte : l’électricité, le galvanisme, la vapeur et d’autres agents sont universellement connus et
MALADIES
adoptés, le doute n’est plus permis ; le magnétisme animal étant également une force entre les mains de tous les hommes, c’est seulement ses lois qu’il faut faire connaître.
Il faut que le mot vertu se traduise par faits, propriétés, etc.... le reste découlera de soi, ce ne sera plus qu’une question de temps.
Avec cet agent, il faut que vous puissiez remplacer la saignée, les purgatifs, les apéritifs et les sudorifiques. Il faut qu’avec son secours vous ouvriez les soupapes que la nature a établies pour rejeter le sang qui trouble l’équilibre. Il faut que vous parveniez avec son concours à faire fonctionner d’une manière régulière le grand égout placé dans le centre de notre organisation; que toute sécrétion arrêtée soit rétablie dans sa loi primitive, et qu’ enfin les fonctions de la peau, si souvent gênées ou interrompues par des matériaux qui s’accumulent dans son tissu, soient rendues libres, afin que tous les agents qui doivent sortir de nous ou y entrer à chaque instant trouvent les voies ouvertes à leur circulation.
11 doit en être de même pour des fonctions plus cachées et plus mystérieuses.
Si la nature n’avait créé qu’un seul tempérament, la marche serait aisée et la médecine facile ; mais il n’en est point ainsi. Ici la sensibilité prédomine, ailleurs c’est la lymphe ; dans d’autres cas, c’est la bile ou le sang. Ces diverses constitutions ne paraissent pas être seulement des déviations, elles semblent venir d’organes construits selon des lois particulières et qui semblent dès le principe me-
nacer la vie'. Nul ne connaît les lois qui président à la formation des êtres, ni pourquoi ceci plutôt que cela : nous ne voulons point sonder ce mystère, nous voulons seulement prendre les choses telles qu’elles se montrent à nos sens; hé bien, ici encore, l’agent magnétique a la puissance de corriger une partie de ce que nous regardons comme des écarts do la nature, de produire une sorte d’équilibre momentané ou durable dans le jeu des organes.
Mais comment, dira-t-on, avez-vous conçu la pensée de faire jouer un rôle si grand à un seul agent et de lui donner tant de vertus? Je répondrai : ces vertus se révèlent d’elles-mêmes à qui sait examiner ; elles ne viennent point d’un rêve de l’esprit, mais se prouvent d’une manière rigoureuse par une application raisonnée du magnétisme; je n’y suis donc pour rien, et je ne cherche qu’a faire prévaloir une simple vérité.
Je n’ai pas mentionné encore un des faits les plus essentiels du magnétisme, c’est celui-ci : les affections les plus nombreuses qui déroutent complètement les médecins et jettent les malades dans le désespoir parce qu’elle» n’ont point de fin, vous les avez devinées déjà, ce sont les maladies nerveuses. Le magnétisme semble devoir être leur souverain remède, il semble devoir modifier et détruire les nombreux accidents dont la source première est cachée : en effet, il agit d’abord sur la sensibilité, il pé-
1 Nous montrerons bientôt comment la nature se trompe parfois ou laisse ignorer son but.
MALADIES. 127
nètre dans les centres nerveux et force à circuler l’agent du mouvement et de la sensibilité ; il détruit les obstacles qui s’opposaient à sa circulation, et empêche par conséquent l’accumulation des forces vives dont les effets sont semblables à l’électricité. Ici encore la nature avait préparé des soupapes pour le trop-plein, elles s’ouvrent d’elles-mùmes sous la main du magnétiste et produisent sous nos yeux l’effet d’une saignée nerveuse, ce à quoi les médecins avaient toujours pensé sans avoir l’espoir d’arriver à un résultat. Mais tout ceci s’établira clairement, et pourra se vérifier de manière à ne plus pouvoir être remis en discussion.
On doit voir quel changement nous voulons apporter dans l’enseignement du magnétisme : saisir d’abord tout ce qui est purement physique ; et puisque l’agent a des propriétés multiples, faire ressortir tout ce qui offre quelque analogie avec les phénomènes électriques, avec le galvanisme et l’aimant , car ce sont les premiers phénomènes que l’on constate. Il y a là immensément do faits qui s’expliquent d’eux-mêmes ; on voit des similitudes qui prouvent indubitablement que le magnétisme emprunte à ces agents leur principale force d’action, ce qui exclut du point de départ le merveilleux que l’on y avait attaché, et fait rentrer dans le domaine du positif et dans la science ce qu’on pensait devoir n’en faire jamais partie. La physiologie se trouve immédiatement enrichie et le mécanisme du jeu des organes cesse d’être insondable, car on a saisi le principal agent du mouvement et de la vie.
11 y a tant de merveilles dans la nature et l’action de nos sens est si bornée, qu’il y aura toujours quelque chose qui nous échappera ; mais le cercle des connaissances humaines s’agrandira sans cesse.
Quant à cette auréole qui entoure le magnétisme et qui éblouit les esprits et les jette dans le mysticisme, elle doit être soumise à une étude toute particulière ; c’est la partie la plus difficile d’un enseignement, car dans les phénomènes qu’il nous est donné de voir et qui semblent ne rien emprunter à l’ordre physique, on rencontre trop d’inconstance, de mobilité, et un jeu de lumières qui se croisent au point de dérouter les esprits les plus méthodiques : ce que vous croyez saisir fuit, mais fuit en vous entraînant pour vous placer en présence de l’infini. Toute cette dernière partie, sans être bannie de l’enseignement, ne devrait entrer dans les ouvrages qui y sont consacrés, que comme considération philosophique ; mais, quoi que nous fassions, le domaine du merveilleux entraînera les esprits, car il a pour lui l’attrait de l’inconnu et le charme de la nouveauté.
Dans ce que je vais chercher à décrire, celui qui saura apprendre pourra faire son éducation magnétique et médicale à la vue des transformations singulières qui devront s’opérer. 11 verra s’exhaler ce qui a pu passer à l’état fluide, circuler et s’extraire des matières plus grossières, qui empoisonnaient les tissus.
Les déjections, les urines offriront des caractères tout particuliers très-instructifs.
Le magnétiste découvrira que la cause du délire réside dans les vapeurs qui montent au cerveau; il découvrira aussi la cause de certaines hémorrhagies que la nature provoque pour rejeter du sang altéré, et dans le bouillonnement général produit à cette occasion, dans cette ébullition, il saura reconnaître encore la cause de ces maladies de la peau, occasionnées par des humeurs qui s’y élancent, l’érosionnent, la coupent, la lacèrent, et la couvrent bientôt de pus ou de fluides sanieux.
Les sueurs mômes auront une odeur sut generis , car le pauvre corps humain qui sert de champ de bataille à des agents inconnus, est, pour l’instant, un réceptacle de matières impures offensant l’odorat, tellement actives parfois qu’elles peuvent s’inoculer, et déterminer en autrui une corruption putride. Ce n’est qu’au prix de l’épurement que la nature seule est capable de faire, que le malade échappe au danger et qu’il revient à la vie.
Pauvre médecine d’école! que ton savoir est faible, que tes remèdes sont impuissants dans ces cas où le mal est partout, où le sang charrie les humeurs, où le cerveau se prend, cas où une saignée peut tuer raide ou tout au moins rend l’effort de la nature inutile, cas où le médecin croit étrangler la maladie et où il ne fait qu’interrompre la crise et préparer la chronicité, en laissant dans les organes le principe que la nature voulait en extraire: de là ces longues douleurs, ces convalescences interminables, et ces tourments qui font de la vie un supplice. — Médecin ! tu crois avoir guéri ton malade parce qu’il vit? Attends un peu, tu le verras bientôt chancelant et tomber épuisé !
Le magnétisme, au contraire, lorsqu’il est bien conduit, purge, nettoie, et ne laisse dans le corps que tout ce qui est rendu à l’état sain, tout ce qui enfin ne peut être cause de douleurs.
Magnétistes! voulez-vous une image plus fidèle encore des opérations de la nature? Voyez comme elle procède dans les enfants en bas âge, voyez ces glandes, ces
ALCHIMIE MAGNETIQUE. 131
gourmes, ces rougeoles, ces varioles! La petite-vérole même ne vous indique-t-elle point comment la nature épure elle-même les humeurs pour préparer la santé ; et lorsque trop faible pour achever son travail elle le diminue ou se repose, voyez quelle en est la suite : les névralgies, la goutte, la gravelle, les maux d’yeux, et cent autres maladies dont le médecin ne peut reconnaître les causes! Voyez comme ceux qui ont échappé aux ravages de la petite-vérole se portent bien, — je ne parle point ici des vaccinés. Voyez comme ceux dont les sécrétions se sont bien faites et bien établies avancent dans la vie, et comme dans les cas contraires tous languissent, s’étiolent ou meurent : la phthisie, les cancers, les ulcères, les affections du foie, etc sont les suites inévitables d’hu-
meurs superflues que la nature n’a pu chasser, épurer ni détruire.
Magnétistes, vous pouvez aider l’alchimiste, le chimiste le physicien qui règle le jeu des organes qui composent la machine humaine, donnez-lui un peu du feu qui est en vous. Il saura, lui, faire ce que vous ne savez pas; il saura composer des acides et des alcalis, produire le soufre, le phosphore et le fer et employer ces agents aux besoins du corps, mais il lui faut du feu, le feu de la vie; avec ce secours, son art est cent fois supérieur à celui du médecin, car celui-ci ne comprend rien à la vie.
Je viens de vous peindre des maux qui ne nous frappent, hélas! que lorsque nous les voyons, et qui apparaissent quelquefois au moment où, plein de tranquillité, nous for-
mions les plus beaux projets d’avenir et comptions sur une
suite de belles années.
Lorsqu’on voit danser, rire et chanter une folle jeunesse, et que, sans transition, on entre dans un de ces lieux ouverts par la pitié, dans un de ces égouts humains où les infirmités sont rassemblées et groupées, on éprouve un saisissement qui fait comprendre la fragilité de la santé et l’ignorance des faux Esculapesqui se sont chargés du soin de la régler. N’existe-t-il rien qui soit capable d’affaiblir nos misères et de nous donner les moyens de faire plus que la science? Cet ouvrage est fait pour indiquer une route nouvelle et pour que notre conduite soit différente de celle du médecin. Ce n’est donc point son titre que vous devez lui prendre, laissez-le-lui afin qu'on le distingue de vous ; laissez-lui ses remèdes ou plutôt ses poisons, l’agent que vous employez est préparé par la nature et a, comme elle, la vie en puissance. Tout mon enseignement va découler de cette source nouvelle, et les guérisons surprenantes que vous opérerez n’auront point d’autre origine. Ce ne seront point les médicaments qui auront guéri , mais vous-même et sans intermédiaires.
Cet exposé succinct contient la clé des grandes œuvres magnétiques. Si les phénomènes qu’il expose sont réels, la médecine des écoles est fausse ; tous ces systèmes, qui ne reposent que sur des connaissances incomplètes du travail mystérieux qui se fait en nous, sont mensongers.
C’est donc en vain que la nature a parlé à ceux qui se sont charges d’être ses interprètes.
Les magnétistes doivent par conséquent bien observer si mes données sont exactes , si elles concordent avec leurs propres observations. Elles ont été la base de ma pratique, et, chaque jour, je les vois justifiées par des faits. C’est par elles que j’espère réaliser un grand bien, parce qu’elles donneront aux magnétistes ce qui leur manquait : une certitude absolue de l’existence d’un agent, certitude dont le résultat sera de faire cesser cette interminable logomachie du fluide et du non-fluide, de la volonté sans fluide, des vibrations, etc., et d’éloigner toutes ces théories, qui peuvent bien avoir parfois l’apparence du vrai, mais qui sont sans aucun fondement réel et égarent à coup sûr l’esprit de ceux qui magnétisent.
Le progrès des sciences est toujours précédé de tâtonnements nombreux, d’essais infructueux sur toutes choses. Les livres alors se multiplient, livres où l’illusion tient la place de la vérité ; mais petit à petit on rectifie les erreurs, et l’on arrive à ce qui ne peut plus être contesté. C’est alors seulement que l’humanité prend possession des vérités découvertes, et qu’elle en jouit pleinement sans s’inquiéter le moins du monde du labeur des chercheurs, ni des tourments de leur vie. Les héritiers sont généralement ingrats : tant que l’homme ne saura pas tout, il sera ingrat, injuste et méchant; et comme la vérité complète n’est point du ressort de son entendement, la plainte dos novateurs est inutile quoiqu’elle soit justifiée. D’ailleurs, sans
l’ingratitude et l’abandon l’homme tiendrait trop à la vie, la mort serait pour lui pleine d’angoisses; — il ne voudrait pas mourir ! Les chagrins lui font voir autrement les choses ; de lui-même il se détache aussi de la vie, et sa raison fortifiée fait qu’il regarde la mort comme un bienfait des dieux.
Mais si la mort est un bienfait, pourquoi donc chercher à guérir les maux qui en hâtent la venue? C'est que la vie est une initiation qui doit durer un certain temps pour qu’elle soit complète. L’âme humaine doit voir les créations de ce séjour terrestre, et, comme les fruits qui tombent avant leur maturité, tombent contrairement à la loi divine, qui veut leur développement le plus complet; si l’ûmc n’a point atteint le but pour lequel elle a été créée, quelque chose d’imparfait reste dans son essence, et â son égard la loi a été transgressée.
Faire mourir un être avant le temps, c’est une chose coupable en elle-même ; prolonger son existence, c’est-àdire lui faire atteindre le terme naturel, c’est au contraire obéir, non pas seulement à l’instinct, mais aux desseins de la Providence. Nous le sentons si bien que nous en avons fait un devoir, une obligation, et que la pitié s’empare de nous toutes les fois que nous voyons la vie d’un être compromise.
Mais je sens que je vais trop loin dans ma digression, et que je m’éloigne de mon sujet où je ne dois avoir en vue que de faire connaître les moyens d’apaiser les douleurs et de guérir les malades que la science abandonne.
Nous allons montrer les règles de la plus saine des pratiques magnétiques. En nous suivant, on apprendra les secrets de l’art nouveau dont nous n’avons fait qu’esquisser jusqu’à présent les principaux traits.
S’il est incontestable qu’entre nos mains la douleur s’apaise et que des guérisons ont lieu, il faut nécessairement qu'un agent modificateur et curatif soit en notre possession; et comme tout travail nécessite une altération, une modification de parties, on doit saisir sur le chantier l’ouvrier intelligent que la nature emploie. Les abeilles construisent leur ruche ostensiblement; l’ordre le plus parfait préside à cette construction, dont le plan a été donné dès le principe. Il doit en être de même pour l’édifice humain et pour tous les êtres en général : ici pourtant le travail seul apparaît ; mais si l’on peut chaque jour constater ce qui s’est fait, nos sens ne vont point jusqu’à voir les ouvriers : on ne peut chercher à les voir que par la pensée ni à les connaître que par analogie.
Que voyons-nous lorsqu’une écorchure a été faite à notre enveloppe, lorsqu'une plaie quelconque vient se montrer ou se produire? Les ouvriers arrivent pour réparer la brèche ou le tissu : ainsi fait l’araignée dont la toile est compromise par des accidents imprévus, si rien ne l’en empêche, elle arrive à l’instant et reconstruit les mailles de son tissu. Mais ces idées vraies ne pourront prévaloir aujourd’hui, parce que nos physiologistes et nos médecins sont persuadés qu’ils connaissent ies ressorts de la machine humaineetque l'art de guérirest entre leurs mains.
136 1 HKHAPKI TIQUK MAGNÉTIQUE.
Le magnétisme fait éclore un autre sentiment et il fait découvrir qu’autant il y a d’organes, autant il y a d’intelligents agents : celui-ci tamise la matière, cet autre clarifie les liquides, cet autre encore en sépare les huiles, les essences. Tous ces produits sont ensuite dirigés tantôt vers les voies d’expulsion , tantôt destinés à réparer les pertes que la vie et le mouvement ont fait subir à l’édifice.
La médecine procède par la révolte; elle agit donc à contre-sens. Aussi les organes se soulèvent-ils communément au contact des remèdes. Ce n’est pas à proprement parler l'organe lui-même qui se soulève, car il est passif, mais c’est le principe intelligent qui règne dans son tissu qui repousse avec énergie et avec violence les agents médicinaux, comme s’il était averti ou qu’il préjugeât dès l’ abord des mauvais effets qu’ils pourraient déterminer.
Pourquoi donc ce magnétisme est-il accueilli différemment, et comment se fait-il qu’il provoque des évacuations alvines et des sueurs sans qu’un atome de drogue ait été introduit? Pourquoi le voyons-nous déterminer l’apparition du sommeil sans l’emploi d’opiacés, et des contractions de muscles sans strychnine? Mais il sera question de tout ceci dans ce qui suivra, et nous tâcherons de nous rendre compréhensible.
Oh! grand Archée, grand magicien méconnu, habile parmi les habiles, artiste par excellence ! sans toi la vie, abandonnée h nos Esculapes, serait de bien courte durée, et si tu n’empêchais par une lutte obstinée les médicaments mauvais de produire leurs effets, s’ils arrivaient.
i f, CHIMIE M AG NKT 1 Q 0 K. 137
portés par les absorbants, dans le torrent de la circulation sans être enveloppés des fluides bénins que tu sais produire, bien peu d’organisations résisteraient h l’un de ces deux chocs : la maladie ou le remède.
C’est toi, grand magicien, qui nous livres cet agent puissant, trésor de la vie et de la santé. Tu l’as, pour ces deux fins, revêtu des qualités nécessaires, car il sufiit d’en pénétrer les malades pour reconnaître à l’instant que ses vertus sont supérieures à tout ce que l’art a pu produire.
Ton travail est de tous les instants. Pendant que nous dormons, tu remplis tes réservoirs épuisés, afin qu’au réveil nous soyons frais et dispos; car l’homme n’est joyeux que lorsqu’il sent en lui ta présence; son pas est alors assuré. Ton absence le rend triste , et sa bouche n’articule que faiblement les paroles qu’il veut prononcer.
Comme les convalescents saluent ton retour, agent béni ! Comme ils promettent de ne plus te dépenser sans besoin et de ménager leur vie! Promesses toujours vaines et mensongères; car la vertu ne se montre que lorsque tu manques à l’appel, et ce n’est qu’ainsi que l’on fait son salut. La lampe s’éteint faute de cette huile, ou comme la feuille dont la sève se retire, nous nous courbons sous la loi du destin.
Qu’on ne me reproche point d’entrer dans trop de détails, un ouvrage comme celui-ci a besoin d’être clair, les répétitions mêmes sont nécessaires pour graver dans la pensée du lecteur les choses les plus essentielles h con-
naître, celles surtout qui assurent sa marche, en le garantissant des erreurs et de la fausseté des opinions répandues.
Lorsqu’une science commence, on ne saurait trop s’appesantir sur les règles et faire connaître, tout au moins par des aperçus, ce qui doit justifier le fond de la doctrine. Pour cette espèce d’initiation aux faits moraux et physiques du magnétisme, les sentiments de l’initiateur sont nécessaires, et c’est toujours ce qui est le plus difficile à transmettre. Les écrivains qui m’ont précédé ont trop oublié l’utilité de ces détails.
Que la médecine «les écoles n’ait pas besoin de ces hors-d’œuvre ou s’en passe, cela se conçoit, elle se sert de médicaments parlant d’eux-mêmes, l’âme n’y est pour rien, la nature même est oubliée, ou du moins tenue pour très-peu de chose.
En magnétisme, quelle différence! L’âme y joue le principal rôle, la nature doit être sans cesse sollicitée et ses œuvres parfaitement connues. Ce n’est qu’ ainsi que le magnétiste se distinguera du médecin, qu'il lui sera supé rieur ; il pourra dès lors plus que lui.
Pour sortir du vague où a été tenu le magnétisme jusqu’à présent, il faut en étudier les ressorts secrets, bien voir ce à quoi il s’applique et les conditions morales qui permettent au magnétiste de faire le plus de bien possible ; la moindre lueur nouvelle avec ce «juc nous savons déjà peut faire réaliser des prodiges. Voilà pourquoi j’insiste sur ce que je crois essentiel à connaître.
PiyilLmJ L) CoogI
ALCHIMIE MAC i\i ÉTIQ UE.