‹ Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du PotetChapitre 11 sur 62 · CE QUB DOIT CONNAITRE UN MAGNETISEUR DE PROFESSION · texte numérisé non relu

CE QUB DOIT CONNAITRE UN MAGNETISEUR DE PROFESSION

Un magnétiste, aujourd’hui, n’est rien ou presque rien. Un jour viendra où son rôle sera magnifique; il effacera celui du médecin, si ce dernier ne se pénètre de l’art nouveau et de ses secrets.

Les magnétiseurs doivent porter leur investigation sur un grand nombre de faits, chercher à voir au delà du somnambulisme qui est encore aujourd’hui tout pour eux, tandis que pour un magnéliste instruit il n’est qu’un accident dans un traitement, un jeu des forces vives vers le cerveau. Si ce sommeil mystérieux ne fût point venu se montrer, il n’eût pas fait naître cette fausse idée que sans son éclosion rien n’était possible, ni concentré l’attention sur un phénomène aussi éphémère et aussi rare : la lumière du somnambulisme est sans prix lorsqu’elle est pure, mais souvent fausse, elle est trop propre à égarer. Ce qui guérit, c’est l’agent magnétique, c’est l’agent de la vie.

L’exercice du magnétisme comme profession est rempli de difficultés. Il est extrêmement rare qu’un magnétiseur soit appelé pour donner ses soins à un malade dans une affection aiguë, pour une maladie qui commence, cas où la nature n’a souvent besoin que d’un peu d’aide pour rétablir l’équilibre, et où pourtant le médecin échoue si souvent, quoiqu’il ait à sa disposition d’innombrables remèdes. On n’arrive au magnétisme que lorsque tous les

ressorts sont usés et qu’il n’y a plus d’huile dans la lampe. C’est toujours pour des maladies chroniques et des plus anciennes que l’on invoque son secours. La nomenclature de ces maladies serait trop longue, en voici seulement un abrégé :

* Paralysie,

Épilepsie ,

Hydropisie,

Asthme,

Rachitisme,

Phthisie.

Trop heureux quand ce sont seulement des goutteux, des rhumatisés, des hystériques et des cataleptiques; mais on lui amène des aveugles, des sourds, des malades qui ont un ramollissement du cerveau ou une affection de la moelle épinière, tous les maux enfin qui sont au-dessus des ressources de la médecine savante , et contre lesquels tous les remèdes ont été (entés, tous les systèmes suivis; car la médecine a cela de commun avec la religion, qu'elle a dans son sein beaucoup de sectes, qui toutes prétendent h une sorte d’infaillibilité. Donc, quand on a de tout usé , de toutes les drogues par grandes et petites doses, que l’on s’est ensuite immergé dans l’eau froide, fait masser, électriser, brosser, étriller sans aucun succès, ce qui reste du malade arrive au magnétiste. On vient chercher, pour le conduire près de l’infirme auquel les jambes ont refusé le service, ce guérisseur, cette dernière ressource, je ne dis pas dernière espérance, car communément on

ALCHIMIE MAGNÉTIQUE. l/il

ne croit point à l’utilité des soins qu’on vient réclamer.

L’être souffrant va jusqu’au bout de toute chose, soyez certain qu’avant d’arriver jusqu’à vous, il a épuisé le savoir des commères : ce n’est que tatoué par les cautères, les sétons, les moxas, les Vésicatoires, les pommades irritantes ou brûlantes, les ventouses scarifiées, etc.;. ..-ce n’est qu’à travers tout cela que vous pourrez apercevoir la peau du malade. La fraîcheur de l’enveloppe a disparu, tout est raccorni, desséché à la surface comme au dedans, et ce que l’on demande n’est rien moins qu’un rajeunissement. Ce n’est pas tout. L’illusion d'un malade de cette sorte dépasse tout ce que vous pouvez imaginer des plus grands travers de l’esprit : ce n’est rien à ses yeux que l’état douloureux rendu supportable; ce n’est rien qu’un ou plusieurs organes rendus à la vie ; ce qu’il lui faut, c’est la souplesse du premier âge , la vigueur de la virilité. Arrivé aux trois quarts d’un succès complet, vous n’avez rien fait encore, tant les malades, dans leur folie, sont exigeants lorsque la nature a cédé sur quelques points.

J’ai rendu la vue à des aveugles; mais malgré mes efforts persévérants, quelques-uns ne pouvant distinguer de très-petits caractères : — « Mais comment! disait celui-ci dont la cécité avait disparu , je les voyais autrefois, je ne suis donc pas guéri?» J’ai fait marcher des paralytiques, ils allaient sans soutien et sans bâton : — « Belle chose, ma foi! dans un autre temps on se livrait au plaisir de la danse, on eût remporté un prix à la course ! » J’ai fait disparaître de vives douleurs dans les membres.

1Û2 THtfn APEtJTIQt’E MAGN liTlQt! E.

j’ai éteint le feu qui circulait dans les tissus: — « Mais voyez, quand le temps change j’éprouve encore de petits malaises, je ne suis pas encore guéri. »

— « Rendez-moi celle-ci ou celle-là de mes facultés et je serai content. » Le miracle est produit. — « Bah ! ce n’est pas cela; voyez, du poids de cent livres que je portais vous no m’avez débarrassé que de quatre-vingt-dix, vous n’avez donc rien fait! » On est toujours reconnaissant non en raison du chef-d’œuvre produit, mais comme si vous n’aviez seulement exécuté qu'une ébauche.

Ce qui est encore plus curieux, c’est l’exigence toujours croissante du malade, il ne vous accorde qu’un temps très-limité : un magnétiseur ne doit-il pas guérir tout de

suite? Un médecin c'est bien différent, on lui donne

toute latitude, vingt jours, deux mois, que dis-je? des années. Deux mois c’est trop pour nous, la maladie comme une muscade devrait s’escamoter, on se croit chez Robert- Houdin. J’ai vu des malades souffrant depuis vingt ans, s’étonner à la première magnétisation de ne pas éprouver de mieux, à la troisième épreuve ils renonçaient au traitement et allaient ensuite dire partout qu’ils n’avaient rien éprouvé de bon du traitement magnétique qu'ils avaient suivi; plus encore, ils déversaient le ridicule sur la pratique de cette science, qui les eût peut-être sauvés s’ils eussent eu plus de persévérance.

Mais trêve à ces réflexions, voici des malades affectés de Tumeurs squirrheuses ,

Carcinomateuses,

Tumeurs Fibreuses,

Cancéreuses, etc.

Et le médecin, d’un air narquois et souriant, semble dire : — « Allons, charlatan, à l’ouvrage, aplanis ces collines, percq ces montagnes, dissous ce granit vivant, je te le permets, je t’v autorise môme; ces maux sont incurables, montre-nous tes petits talents. » Oui, savantissime docteur, je vous les montrerai ces petits talents ; mais avant, dites-moi donc comment il se fait que vous n’ayez pas arrêté le développement de ces maux, car vous les avez traités à leur origine? 11 est plus facile de guérir une maladie qui commence que lorsqu’elle met la vie en péril ; vous ne savez donc ni prévenir, ni guérir les maux, votre science est stérile, vos médicaments impuissants, et l’humanité, malgré votre savoir, semble condamnée à des douleurs sans fin.

Ainsi tout est difficulté pour le magnétiste, il lui faut non-seulement le courage et la vertu, mieux encore, pour réussir il doit avoir la foi.

Page 1