RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE
‘ Nous allons nous occuper désormais de ta pratique pure du magnétisme en suivant les règles que nous avons tracées. Il faut qu’il en sorte une marche assurée et que rien ne soit donné au hasard.
Ayant en vue la guérison des malades, l’apaisement des souffrances, nous devons donner à nos procédés opératoires la clarté la plus grande. Il n’y aura plus ni hésitation ni vague dans ces procédés, et toutes les préoccupations du magnétiste doivent cesser devant la régularité de la méthode qui m’est jusqu’ici personnelle. Non pas que je nie le mérite de mes devanciers et que j’oublie leurs œuvres ; non pas que les magnétiseurs ne puissent faire le bien par des procédés divers et même contraires aux miens, non, je ne veux rien blâmer, tout en faisant table rase de ce qui ne m’est pas personnel. Je me suppose en face d’un malade avec celui que je veux instruire en lui donnant une leçon pratique sur le nouvel art de guérir; je parle à ce dernier et dirige sa main et sa pensée pour en faire des instruments de bien, lui laissant ensuite la liberté de s’inspirer à une autre école et de comparer les instructions.
On ne sait par où commencer un traitement quand on n’a pas suivi une clinique magnétique; l’embarras est grand, l’inquiétude domine. Quoique persuadé de l’existence du magnétisme, on ne sait si c’est le sommeil que l’on doit chercher, si l’on doit faire les passes de telle ou telle manière ; et lors même qu’on saurait déjà magnétiser, on n’est point encore fixé sur la valeur réelle des procédés.
Mais comme en toute science tout a un commencement, un point invariable d’où il faut partir pour aller de là toujours du simple au composé, que sans cela rien ne serait rationnel, nous commencerons par publier les données que nous ont fournies l’expérience sur l’application du magnétisme à la thérapeutique.
Partant de cette vérité, que le magnétisme détermine des phénomènes différents selon la région où ses premiers jets pénètrent; qu’il n’est pas indifférent, dans un cas donné, d’agir à sa fantaisie ou de suivre des procédés réguliers; qu’il ne s’agit plus d’expériences physiologiques propres à satisfaire la curiosité, mais de guérisons purement et simplement, tout doit être fait rationnellement, autant que «le permet du moins l’état actuel de l’art ou de la science magnétique.
Il faut dès à présent tenir compte de la sensibilité de chaque organe, et de ce que certains procédés modifient singulièrement les effets magnétiques déjà produits. Nous allons donner les résultats de nos recherches sur ce sujet.
On peut établir ceci : c’est que quatre grandes divisions du corps humain reçoivent une influence toute spéciale et différente, selon que l’on applique localement ou généralement les procédés magnétiques. Ne sait-on pas d'ailleurs que de simples passes faites de haut en bas font circuler ce singulier agent et en opèrent la sortie? On constate encore une grande différence entre la magnétisation par les doigts en pointe ou par l’application de la paume de la main sur les organes malades. Celle-ci est calmante, exerce
R1ÎFT.EXÏ0NS 8ÜR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 171 une action profonde ; l’autre est incisive, légèrement irritante. Mais ces deux méthodes sont également salutaires lorsqu’elles s’emploient soit à dissoudre des engorgements ou à remuer profondément l’agent de la sensibilité. Bien que ce soit le même magnétisme, la même force, la même puissance, les résultats diffèrent dans les régions excitées. Pour le magnétiste peu attentif, il n’y a aucune distinction à faire, et à ses yeux je me serai trompé dans mes observations : le magnétisme selon lui ne peut être bon qu’à déterminer le sommeil et à guérir à l’occasion. Mais pour l’homme attentif à ce qu’il fait, pour celui qui recherche la cause des moindres phénomènes, ce que je dis plus haut sera vérifié et aura un jour sa valeur. Oui, chaque organe a une sensibilité particulière, que l’agent magnétique peut solliciter lorsqu’elle ne vient pas d’ellemême se faire reconnaître. On découvre par là la vraie méthode de traitement. Celui qui la possède bien peut se vanter hardiment de sa supériorité. Au tâtonnement il substitue l’art; il peut se tromper parfois, sans doute; mais une science médicale, quelle qu’elle soit, n’est jamais infaillible, la nature ne l’ayant pas voulu.
Suivez-moi donc attentivement, vous dont la raison ne se laisse point détourner du droit chemin par des préjugés ou de vagues opinions. Croyez-le, le magnétisme est la plus grande des découvertes, et le salut de l’humanité résultera de son étude approfondie.
J’ai vu de bons nageurs essayer vainement de remonter le courant d’un fleuve. Ils semblaient d’abord réussir dans
leur entreprise ; mais bientôt leurs forces faiblissant, ils étaient ramenés à leur point de départ. En serait-il de même des idées et des vérités? Peut-on, luttant contre l’opinion, remonter à la source primitive d’où elles découlèrent? Ainsi, les prodiges et les merveilleux phénomènes qui donnèrent naissance aux religions, qui envahirent le monde et réglèrent ses destinées; ces faits, aujourd’hui ignorés et inconnus, les efforts de quelques hommes, de l’esprit humain même pourraient-ils les retirer de l’oubli et faire revivre le passé ? Le doute ici envahit mon esprit ; car tous les hommes qui voulurent accomplir cette tâche périrent à la peine, et les sociétés, comme un torrent rapide, ont continué leur chemin, tantôt s’élevant comme les flots de la mer, tantôt s’abaissant pour laisser voir la vase sur laquelle elles marchaient. A ce spectacle grandiose et attristant en même temps, rien ne saurait être comparé. Malgré l’anxiété de mon esprit, à l’exemple de nos prédécesseurs glorieux, quoique vaincus, je cherche à rappeler les idées vers un ordre de choses qui exista.
L’ignorance ne conduit rien et se laisse conduire. Il y a donc un grand fond de perversité chez les hommes instruits, puisque c’est par eux seuls que les mensonges sociaux se perpétuent. — Mais ici je m’arrête, j’en dirais trop ou trop peu; — j’aime mieux m’attacher à ce qui a trait seulement au magnétisme.
Il est de la dernière évidence que les phénomènes qu’il produit ont toujours existé, qu’ils furent dans tous les temps le principe et la cause des miracles; qu’au ma-
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 173 gnétisme seul on doit attribuer le fond des religions; qu’il est leur seul point de départ : la résurrection des morts, les guérisons des maladies reconnues incurables, les évocations et les apparitions des esprits, les écritures d’outre-tombe, tout ce cortège merveilleux de phénomènes inconcevables est le résultat de pratiques magnétiques. Les croyances que ces phénomènes servirent à établir, il peut donc les revendiquer. Les prophètes, les crisiaques, les extatiques, les pythonisses, le ravissement d’esprit, tout ce qui, enfin, donne appui aux religions, chez tous les peuples idolâtres ou non, tient à une loi divine que le magnétisme révèle aujourd’hui. L’Inde et l’Égypte, la Grèce et l’Italie, l’ancienne Gaule et les Etats du Nord peuvent nous fournir des preuves surabondantes à l’appui de notre opinion. Divination, sorcellerie, magie, sont autant de branches d’une science ancienne tantôt considérée comme sacrée, tantôt comme profane : ces modes d’action sur les peuples et sur la nature même, sous des noms différents, révèlent le secret pouvoir de l’âme humaine, et l’idée qui est venue à l’homme de l’existence d’un Dieu révélateur suprême.
Pourquoi donc cette notion si vraie a-t-elle perdu son caractère? Pourquoi ce qui fut une science sacrée a-t-il disparu? Pourquoi ce qui devait régler les opinions et les croyances, les empêcher de s’égarer dans le vague des sentiments; pourquoi tout cela n’existe-t-il plus?... Ah! je • sens que pour écrire un pareil chapitre, qui résoudrait cette question, il faudrait non-seulement un homme qui
eût le génie, mais l’autorité pour lui. Reconnaissons toutefois que c’est l’ignorance volontaire des hommes qui a fait que le sang humain a inondé la terre et que les humains se sont rués les uns sur les autres comme de vraies bêtes fauves pour soutenir des croyances insoutenables aux yeux de la raison. — La raison ! chacun croyait, au contraire, l’avoir de son côté; les habiles des deux côtés savaient seulement où elle était, mais ils ne le disaient point. Ils avaient des motifs pour en agir ainsi, des intérêts cachés, et moi-même j’en découvre un en moi qui m’engage 5 me taire.
A vous donc, directeurs des consciences ; à vous, philosophes libres penseurs; à vous, savants et lettrés, qui voulez instruire votre prochain et tirer les hommes de l’esclavage où ils sont; car l’ignorance est une chaîne et le plus grand des maux. Youlez-vous réussir dans vos généreux desseins? Étudiez ce magnétisme humain, mettez-le en lumière, faites-en une science que tous les hommes puissent comprendre; ils s’entr’aideront alors et ne se battront plus pour des dieux inconnus. 11 restera toujours assez d’autres motifs de querelle parmi les nations ; mais du moins une de nos misères aura disparu.
Nul ne voit donc point aujourd’hui qu’un grand changement va s’opérer dans les croyances ; que les nations vont bientôt porter leurs regards sur les religions et s’interroger sur leurs dieux, si différents les uns des autres ? On devrait empêcher une négation absolue, car tous les hommes vont toujours aux extrêmes lorsqu’ils ne sont
RÉFLEXIONS SUR CETTE PREMIÈRE PARTIE. 175 point guidés par la sagesse. Le travail que je prévois est plus près de s’accomplir qu’on ne le pense, et le devoir de tous les hommes sérieux, dans tous les pays, serait de travailler dès à présent à rassembler les matériaux pour édifier un monument à la religion de l’avenir, afin de le fonder sur un ordre de vérités que la science et tous les hommes soient contraints d’adopter.
C’est une noble entreprise que je propose aux réformateurs. Bien certain d’avance qu’ils ne m’écouteront pas, j’aurai du moins le mérite de leur avoir indiqué une route nouvelle et d’avoir rempli un devoir.
Et vous, médecins dont la science est également discutable sur tous les points, nous venons vous olïrir*ce qui peut donner une base solide h votre art en vous dévoilant de nouvelles lois de la vie, en vous révélant où se trouve l’agent que vous cherchiez et sans la possession duquel on sollicite en vain la nature. Ne méconnaissez donc plus nos intentions ; que désormais votre art soit une vérité, votre ministère, un sacerdoce. Sans cesse nous avons répondu à vos attaques par ce besoin impérieux qu’éprouve l’homme honnête de défendre ce qui est juste et vrai. Notre bouche sera bientôt muette ; et nos écrits ne resteront que comme ces ébauches que les artistes laissent sans que le temps leur ait permis de les terminer et d’en faire des chefs-d’œuvre. Depuis le commencement du monde il en a été ainsi ; et cependant il n’y a point de lacunes. Ce que les uns laissent en partant est repris par d’autres pour continuer le grand œuvre, qui consiste à bannir l’ignorance de la terre
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et à faire de l’homme le représentant de la Divinité. Le plus beau privilège de l’homme, c’est de transmettre la vie qu’il reçut et de pouvoir perfectionner son ouvrage.
Mon intention n’est point d’aborder le vaste champ des maladies d’après les principes des écoles ; je n’entrerai pas dans ce labyrinthe sans issue possible. Ce livre ne doit point aller grossir la bibliothèque du médecin ni prendre rang à la suite de ces innombrables volumes, fruit de l’entendement humain ayant fait fausse route, livres qu’on ne Ut qu’au commencement des études médicales et qu’on abandonne ensuite parce qu’on en reconnaît les contradictions et les erreurs. La vie d’un homme serait d’ailleurs absorbée rien qu’à parcourir ces œuvres immenses, et, en y songeant, l’esprit recule épouvanté. Pour juger aujourd’hui de la valeur de la science médicale, il est un moyen plus simple, il consiste à examiner les princes de cet art dans leur pratique de chaque jour.
N’espérez donc point trouver ici ces savantes classifications des maladies, ces dissertations interminables sur chacune d’elles. Nous n’adoptons pas absolument non plus l’axiome posé par Mesmer, il n’y a qu’une maladie et par conséquent qu'un remède, nous parlerons des douleurs humaines, simplement, à la façon des homéopathes, et vous en ferons connaître le remède, remède que vous portez en vous-même et que vous ne trouverez point chez les pharmaciens, dans ces vases dorés qui contiennent tant de drogues empoisonnées.
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La pratique que je vais vous enseigner sera si claire, si compréhensible, que vos doutes, quels qu’ils soient, se tairont devant les résultats. Mais chacun d’entre vous va se demander à l’instant, portant ses regards sur les malades qui sont autour de lui, si ce remède s’appliquera à leurs maux. Ayez patience, j’en dirai assez long pour vous affranchir de telles incertitudes.
Je vais commencer par les affections les plus graves, par celles qui compromettent la vie en quelques instants, et qui, guéries, laissent souvent des traces ineffaçables. Vous allez avoir besoin de vous souvenir de ce qui a été dit touchant les propriétés curatives du magnétisme. Votre pensée devra se pénétrer des règles que j’ai tracées et surtout des moyens que la nature emploie pour dégager le corps des étreintes de la maladie. Rien n’est ici audessus des sens, on saisit parfaitement le secret des opérations, véritables travaux chimiques et physiques qui ont lieu en nous. Les médecins reconnaissent ce travail, la nécessité de l’activer ou de le modérer; c’est pour cela qu’ils emploient tantôt les purgatifs pour évacuer les matériaux grossiers que contiennent les intestins, tantôt des liquides plus ou moins sophistiqués, propres à surexciter l’indolence de certains tissus ou à affaiblir les mouvements énergiques de certains organes.
Si vous voulez vous rendre un compte exact des effets de la puissance magnétique, constatez, avant l’emploi de cette force, la situation réelle du malade. 11 n’est pss douteux qu’un grand changement n’apparaisse pendant ou
après votre magnétisation, et cette différence ne pourra venir que de vous-même, puisque aucun médicament n’aura été donné.
Je prends pour point de départ les fièvres.