‹ Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du PotetChapitre 19 sur 62 · AFFECTIONS NERVEUSES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NERVEUSES

Tant qu’il ne s’agit que des humeurs, des altérations du sang, toutes choses saisissables par les sens, on peut espérer corriger par des médicaments ces grossiers désordres; mais comment agir sur un esprit malade, sur des déviations de sensibilité, sur des lluides impondérables? Où est l’outil avec lequel on peut pénétrer dans la profondeur du cerveau et d’autres organes, et démêler cet écheveau si embrouillé des maladies nerveuses? Le scalpel on lésait, a toujours été reconnu bien insuffisant.

Pour nous, il y a manifestement deux ordres de phénomènes morbides, l’un toujours saisissable dans son point de départ, l’autre produit par des agents qui ne se font point connaître.

« J’ai mes nerfs... Je suis mélancolique... Je suis triste et je m’ennuie... Je souffre et ne sais où...» Ceci n’est rien en comparaison de cette échelle immense dont les gens nerveux montent les degrés: les crampes, les spasmes, les convulsions, la pensée du suicide, l’épilepsie, l’hypocondrie, la manie, etc., etc. La maison est souvent sans reproche, le locataire seul est malade, la chair lui pèse, il aspire au changement. Mais parmi ces désordres, il en est plusieurs qui tiennent à l’irrégularité de la circulation du principe du mouvement, de ce fluide nerveux qu’on ne voit pas, quoique existant, et que la science méconnaît.

11 est encore de ces maladies qui résultent d’organes mal conformés, de canaux dont le diamètre n’est ni assez grand ni assez large pour permettre à la vie de passer. L’œil ne voit point ceci non plus, comme il n’aperçoit point

ces diverses électricités qui se forment dans le corps, ces pôles opposés et tout ce jeu mystérieux du clavier des nerfs où les fausses notes abondent et détruisent l’harmonie.

Ne conçoit-on pas tout d’abord la difficulté que doit rencontrer le médecin ou l’ouvrier qui se propose de rétablir le calme dans ce séjour de tempête? Cependant un outil est trouvé, c’est ce magnétisme qui permet de fouiller partout. En effet, il n’est aucun médicament qui, comme le magnétisme, agisse immédiatement sur le mal; c’est médiatement seulement qu'on en espère quelque chose. Un magnétiseur n’a pas, à la rigueur, besoin de connaître l’organe affecté, l’agent dont il a à disposer y allant de lui-même, conduit on ne sait comment. C’est ainsi que la plus petite lésion existant en nous en reçoit une espèce de choc d’un caractère particulier et une réaction bien évidente a lieu dans les tissus que le mal ou la douleur avait envahis ; c’est d’autant plus heureux que la science cachée dans le magnétisme ne se dévoile' que par un long travail, tandis que, par le fait, la première main venue peut faire le bien. Le magnétisme produit, l’expérience le démontre, des sueurs et d’autres évacuations, sans qu’on en ait sollicité la venue. Tout semble bizarre et ne s'explique point d'abord; mais la nature sait ce qu’elle fait, elle agit d’après une loi positive et nous la laisse chercher : ainsi, c’est en vain parfois que vous solliciterez le sommeil, il ne viendra pas, tandis que lorsque vous ne songerez point à le produire, vous le

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verrez apparaître; c’est pourquoi les affections nerveuses sont des énigmes que le médecin ne peut déchiffrer et qu’il faut pour agirsur elles un agent aussi mystérieux que celui qui semble les déterminer.

Prenons seulement les affections spasmodiques ou convulsives. En voici une qui serre les mâchoires l’une contre l’autre, qui durcit leurs muscles d’une façon telle qu’il est impossible d’abaisser la mâchoire inférieure : aucune

goutte de liquide ne peut être introduite dans la bouche,

d’ailleurs la déglutition ne pourrait avoir lieu. En présence de ce fait assez commun, plaçons tous les princes de la médecine officielle, tous seront impuissants et muets témoins d'unedouleur qu’ils ne peuvent soulager ; mais qu’un magnétiseur intervienne, qu’il promènedouceuientsa main sur les surfaces latérales de la face jusqu’au menton, qu’il frictionne doucement les masseters qui, dans ce cas, font une saillie considérable, l’on verra presqu’à l’instant cesser ces contractures, et les liquides pourront être introduits dans la bouche et parvenir dans l’estomac. La chose est si aisée, qu’un enfant dont on conduirait la main produirait ce miracle.

Mais voici une gastralgie : l’individu vomit ou fait de violents efforts pour vomir. Cette affection, si elle est purement nerveuse, va cesser de même en appliquant les mains sur l’extrémité supérieure de l’estomac, où se trouve ce qu’en langage vulgaire on appelle la fourchette ; il en sera ainsi de beaucoup d’autres affections convulsives qui affectent parfois non point une seule région, mais

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l’ensemble du système nerveux de la vie organique et de celui de la vie de relation : rien n’est comparable à l’action que le magnétisme exerce sur ces accidents, qui font ordinairement le désespoir des médecins. Et quand ceux-ci voudront bien voir cesser leur impuissance et s’abaisser jusqu’à pratiquer le magnétisme, leur utilité deviendra réelle, car le bien qu’ils pourront faire est incalculable.

Non, nous l’avons dit, on ne sait ce qui ril , ce qui pleure ou soupire en nous; on ne connaît point ce qui circule dans les canaux nerveux, ni le fait plus étrange encore de l’action des agents externes sur les ressorts secrets de la machine humaine. Quand on songe qu’une seule parole, dite d’une certaine manière, peut troubler tout le système, qu’une senteur un peu forte peut produire le trouble et une sorte d’anéantissement dans nos facultés ; quand on songe en outre qu’une pensée non exprimée peut agir en autrui et déterminer des actes sans que celui qui a pensé se doute le moins du monde de la puissance qu’il a exercée à son insu, on reste convaincu que la science a ici tout à apprendre et que le magnétisme seul peut lui fournir les explications de ces mystères.

Nous n’avons touché qu’à des dérangements passagers du système nerveux, ceux dont un magnétiseur exercé est presque toujours maître; mais il est des désordres plus sérieux, tels que ceux que laisse apercevoir l’épilepsie, la catalepsie, la danse de Saint-Guy, et enfin les paralysies. Nous allons examiner ces désordres et dire

quels sont nos procédés pour les combattre, et les phénomènes que le magnétisme détermine lorsqu’on cherche leur guérison.

ÉPILEPSIE (haut-mal, mal caduc).

Si vous cherchez à vous renseigner dans les ouvrages de médecine sur les causes de cette maladie, vous n’y trouverez que ce qui peut jeter le doute dans l’esprit. Les désordres sont signalés, les caractères bien décrits, mais aucun médecin n’est fixé, non point sur les causes générales de cette maladie, car elles semblent être individuelles, mais même sur son siège principal. Tantôt on le place dans l’encéphale, tantôt dans les plexus ou dans quelque autre partie du système nerveux. L'embarras de la science est donc extrême en présence de ce mal sacré. En effet, voici un cas singulier d’épilepsie : « Un jeune homme de 27 ans éprouvait des accès épileptiques toutes les fois que le temps était orageux. Chez lui, l’électricité atmosphérique agissait sur une dent cariée dont l’extraction fit cesser l’épilepsie (1). » Mille causes en dehors de

(1) Biblioth. médicale, p. 382, t. LXH.

l’électricité peuvent déterminer l’apparition de cette crise, la frayeur, un coup sur la tête, une affection vermineuse, la boisson ; chez les jeunes gens, une tension du cerveau par l’étude, etc.

Cette maladie est plus commune dans le jeune âge que dans l’âge avancé. Quelques malades guérissent sans remèdes ou malgré les remèdes; mais le plus grand nombre voient leurs accès se multiplier et périssent par asphyxie ou par épanchement au cerveau. On trouve bien rarement, excepté dans ce dernier cas, une cause matérielle de la mort.

En dehors de l’épilepsie bien caractérisée, il y a une foule d’affections nerveuses qui simulent cet étal en en révélant quelques caractères. Cette maladie est néanmoins assez connue pour nous dispenser d’en décrire les symptômes. Quelques cas sont tellement graves qu’ils déterminent promptement la perte de la mémoire et l’hébétement. Nous avons connu des épileptiques, fils d’autorités médicales et par conséquent ayant reçu les soins les plus éclairés, qui ont succombé sans que rien d’eflicace ait été trouvé.

Lorsque cette maladie n’a point pour cause un empêchement matériel à la circulation des fluides, ou, autrement dit, lorsqu'elle ne vient point d’un cerveau mal conformé, elle laisse au magnétiseur l’espoir fondé de la guérir, et nos Annales en contiennent plusieurs centaines d’exemples. Mais il ne faut pas que les magnélistes s'imaginent qu’il leur suffira d’imposer les mains sur les malades ou de

quelques magnétisations pour effacer ce mal. C’est un sujet que j’ai beaucoup observé et sur lequel je vais disserter un instant.

Ayant moi-méme traité plusieurs épileptiques par le seul magnétisme et ayant obtenu quelques guérisons, il m’a semblé reconnaître que cette affection exigeait un traitement particulier qui rentrait d'ailleurs dans ce qu’on observe de rationnel touchant la circulation de l’agent magnétique lorsqu’il agit comme agent excitateur, car entre des mains savantes ou inhabiles il détermine de luimême des crises épileptiques qui sont sans danger, puisque les suites s’en effacent presque à l’instant. Ces crises indiquent d’une manière assez certaine les causes les plus générales de l’épilepsie, et font connaître en même temps la voie à suivre pour arriver à les guérir, ou tout au moins à en affaiblir considérablement les symptômes et les désordres. Le magnétisme peut donc nous éclairer si nous considérons attentivement ses effets et sa circulation : il affecte les mêmes parties, contracte les mêmes muscles, et tout cela dans un ordre si conforme à ce qui se passe dans la crise naturelle que, si on pousse l’épreuve jusqu’au bout, les mêmes contractions, les mêmes convulsions, dirons-nous, se produiront infailliblement si l’opérateur possède une main intelligente; dans le cas contraire il ne produira cet effet que par hasard, car les courants de l’agent (luidique ou magnétique ont besoin d’être dirigés.

Il est donc analogiquement indubitable que l’épilepsie

résulte de véritables courants fluidiques qui, déviés de leur cours régulier, se portent tumultueusement vers le cerveau en se faisant sentir d’abord dans la région de l’estomac, lequel est même quelquefois leur point de départ. Cela est si vrai, que si, au commencement d’un accès ou pendant sa durée, vous magnétisez longitudinalement de haut en bas, vous rétablissez l’équilibre et faites cesser immédiatement cette crise, après laquelle il ne reste plus qu’une sorte de sommeil magnétique, qui résulte moins de l’ébranlement des nerfs et de la fatigue que de la sursaturation du cerveau , et de la pression qu’a exercée le fluide en s’accumulant dans sa pulpe. Des résultats à peu près semblables ont lieu lorsque cet agent nerveux se porte vers d’autres régions ; il produit des crampes s’il se concentre dans les muscles seulement; ailleurs ce sont des spasmes , des mouvements convulsifs, etc....

Lorsque des accidents nerveux ont causé la mort, on ne trouve aucune lésion, rien qui puisse justifier la cessation de la vie; c’est une foudre interne qui a frappé ici ou là et qui s’enfuit bientôt pour se perdre dans l’air. Ce feu, cette lumière, ce quelque chose enfin qu’on ne sait nommer et qui est indispensable à la vie devient parfois notre meurtrier; le sang agit de même, la lymphe également; tout ce qui nous constitue enfin, rompant son équilibre, peut devenir cause de maladie.

On aperçoit ces déviations nerveuses, dont nous venons de parler, dans le tétanos qu’une seule piqûre d’épine peut

causer, et qui vient souvent de ce que l’écoulement de l’agent nerveux ne peut avoir lieu, empêché qu’il est, par ses conducteurs naturels qui sont comme serrés , bridés par une inflammation, un engorgement survenu accidentellement dans un point de leurs parcours; ainsi les accidents traumatiques, provoqués quelquefois par les opérations chirurgicales, celles surtout qui ont lésé ou détruit quelque portion du système nerveux, résultent-ils bien évidemment du retour brusque de l’agent nerveux qui n’a pu franchir l’obstacle opposé à sa circulation à cause de l’inflammation des extrémités des nerfs dont on a fait la section : on a constaté avec surprise qu’un -jeune garçon, dont on avait chatouillé la plante des pieds, était par ce seul fait devenu épileptique.

Chez les extatiques, on peut constater la présence de cet agent au cerveau : la face est illuminée, les yeux sont brillants et en même temps la sensibilité générale a disparu.

On voit quel rôle joue en nous cet agent et nous n’avons pas tout dit; mais cet aperçu était nécessaire pour faire concevoir la possibilité d’empêcher ou de diminuer considérablement les accidents qu’il peut causer et sur lesquels les médecins n’ont point d’action. Ils reconnaissent d’ailleurs leur impuissance, impuissance qui, disons- le en passant, a probablement motivé leur constante dénégation et leur opposition : ils croyaient que dans les maux où, malgré leurs nombreuses recherches, ils ne pouvaient rien, ceux qui se vantaient de pouvoir agir et modifier la vie

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étaient des charlatans ou des imposteurs. 11 n’en saurait être toujours ainsi. On ne peut longtemps méconnaître que les maladies nerveuses sont presque toutes attaquables, que leur agent modificateur, est trouvé et que les magnétiseurs le possèdent. Pour premier résultat on pourra, quand on le voudra, faire cesser presque h l’instant tout accident secondaire ou sympathique; on pourra affaiblir l’intensité des accidents nerveux quelque développement qu’ils aient pris; et un jour, qui n’est peut-être pas éloigné, un simple infirmier, magnétisant les opérés, rendra sûrement l’opération heureuse, en détruisant la cause principale des accidents secondaires.

Je dois à la pratique magnétique d’avoir sauvé des enfants pris des plus violentes convulsions, un d’eux entre autres, qu’une crise convulsive trop prolongée avait rendu bleuâtre et qui ne conservait plus qu’un reste de vie : le magnétisme fit cesser cet état funeste et l’agent nerveux reprit son cours régulier; jamais les convulsions ne reparurent.

11 est bien peu de magnétistes qui n’aient à citer des œuvres semblables; si elles ont pu passer inaperçues, c’est que l’aveuglement est général. Si un remède matériel eût produit ces phénomènes, les médecins eussent embouché la trompette et proclamé l’excellence du remède; mais comme le magnétisme ne se laisse point voir encore, ils ont attribué ccs résultats à des circonstances accidentelles, au hasard qui fait tant de choses. Pourtant, Dieu soit béni, la vérité éclairera bientôt les savants, et le magnétisme.

sans entrer dans le Codex, sera généralement appliqué dans ces cas d’abord où l’impuissance des remèdes est manifeste.

Traitement de l’Epilepsie. Quelles que soient les causes, deux exceptées, les difformités du cerveau et les affections du coeur; quelles que soient, dis-je, les causes de cette affreuse maladie, on ne doit pas désespérer d’un succès tant qu’il n’y a point eu affaiblissement du cerveau au point de produire l’idiotisme.

Deux méthodes de traitement sont généralement suivies par les magnétistes.

L’une qui consiste à magnétiser la tète de manière à produire le sommeil, et à trouver, de cette manière, un auxiliaire utile dans la vision somnalnbulique : il est remarquable que dans cet état de sommeil, lorsque les épileptiques ont pu y être plongés, ils ont indiqué avec une gronde précision les époques de. leurs crises prochaines ou éloignées, et parfois indiqué des remèdes comme auxiliaires du traitement. Dans ce cas, le mngnétistc se bornaità suivre ces indications, et, au réveil cîü malade, il pratiquait simplement des passes à grands courants jusqu’aux extrémités inférieures ; là se bornaient ses moyens. On a guéri ainsi des épileptiques, non pas tous ceux sur lesquels ce mode de traitement a été essayé, mais un nombre suffisant pour attester la bonté du procédé.

Quant à moi, j’ai procédé d'une autre façon. Sous l’empire des idées que j’ai émises plus haut, j’ai provoqué les accès, sans chercher le sommeil, pensant qu’il fallait pré-

venir ces irruptions soudaines de l’agent nerveux vers le cerveau avant que son accumulation naturelle ne fût devenue trop forte. Puis, au moment de l'accès déterminé artificiellement et avant qu’il n’eût acquis toute son intensité, je changeais brusquement de méthode, je magnétisais [à grandes passes et rapidement de la tête aux pieds.

Ainsi faisant, je rappelais l’agent nerveux vers les parties qui servent ordinairement d’écoulement au trop-plein de la vie; j’ouvrais des issues, et facilitais ainsi la sortie du principe de la crise. La certitude de l’effet produit devenait complète quand je voyais l’agitation convulsive des extrémités inférieures et que le calme le plus parfait reparaissait dans les parties supérieures.

Malheureusement on ne peut sur tous pratiquer cette méthode, la cause en est dans la variété même des caractères de cette maladie. 11 y a des épileptiques qui n’ont des accès qu’une ou deux fois par an ; d’autres une fois par mois; d’autres, plus malheureux, voient leurs crises se multiplier. Chez les premiers, la cause en est due à l’accumulation lente des forces vives et à la résistance qu’elles éprouvent lorsqu’elles veulent monter : ce n’est ici que par une grande force dépensée que le magnétiste peut produire une crise artificielle; il faut qu’il complète ce que la maladie a commencé, c’est-à-dire qu’il remplisse ses réservoirs inconnus pour que la crise éclate. Chez ceux, au contraire, qui présentent de fréquents accès on a besoin de moins d’efforts; les organes étant habitués à ce

désordre, la résistance est nulle, et pour peu que vous ajoutiez à la force d’expansion, le vase déborde à l’instant: il n’est besoin que de diriger les doigts en pointe vers la région épigastrique et la commotion a lieu.

Une chose remarquable et qui donne à nos aperçus quelque valeur, c’est que les accès naturels viennent communément après un bon sommeil. Lorsque celui-ci a produit surabondamment des forces, comme leur écoulement n’a pas lieu, elles remontent et foudroient l’individu.

Dans les cas les plus simples comme les plus graves, les traitements rencontrent de quoi exercer la patience du magnétiseur. Tout ne marche pas avec une extrême régularité, et l’habitude que les organes ont prise de se contracter et d’obéir à ces impulsions souterraines est une des difficultés que l’on rencontre.

Il faut que les organes subissent une sorte de trempe, j’emploie ce mot à défaut d’autre, je veux dire qu’il faut rétablir chez eux la résistance primitive, car elle est nécessaire au succès ; elle force l’agent nerveux à retourner sur ses pas et à descendre : par là l’équilibre se rétablit, bientôt la route naturelle est de nouveau reprise, l’agent ne fait plus son ascension.

Il y a donc ici déjà un peu d’art dans le traitement, le magnétiste ne s’en rapporte point à la nature seule, il la force, il la violente et en corrige les aberrations. C’est un vrai travail philosophique par lequel, quittant la rou- •tine et se rapprochant de la science pure, on apprend à gouverner ce qui paraissait ingouvernable.

Je crains bien qu’on ne conteste les possibilités que je signale. Qu’importe, après tout, pour moi ! Les novateurs n’ont rien à attendre de leurs contemporains ; le bien réalisable, et les moyens d’y parvenir qu’ils signalent ne peuvent manquer ;'i la longue d’attirer l’attention. Tant pis pour les contemporains si la voie ouverte à la vérité n’a pas été d’abord suivie, si la civilisation actuelle a des lois qui punissent le novateur en médecine. Chose incroyable! eût-il trouve un remède infaillible, il serait, s’il l’appliquait, condamné à l’amende og à la prison, car cette civilisation n’ admet point qu’on puisse puiser en dehors de l’école, en savoir plus sur certaine matière que ceux qui déclarent ne rien savoir. Quelle civilisation qu’une civilisation qui punit comme un crime l’exercice de la plus haute faculté de l’âme humaine, la divination; une civilisation qui punit les rebouteurs, ces gens simples qui guérissent les entorses, les foulures par de simples attouchements que ne sauraient pratiquer nos célébrités médicales et chirurgicales; — ces rebouteurs commettent le crime énorme de faire cesser la douleur'en un instant là où les princes de la science ne réussissent qu’au bout de longs mois, ou quelquefois même ne réussissent pas du tout! C’est une pensée que j’exprime en passant, pour rappeler qu’il ne fait pas bon s’écarter, ne fût-ce qu'un instant, du cercie scientifique où est parquée la race humaine. Je reviens à l'épilepsie, mal dont sont pris les médecins lorsque devant eux on soutient l’existence du magnétisme.

L’épilepsie résulte parfois d’une production trop grande en nous d'électricité : il s’y en produit souvent outre mesure, sans que l’homme soit maître de modifier l’opération qui se fait en lui; il l’est bien de manger ou de jeûner, d’augmenter la masse du sang et des humeurs, mais l’élément atmosphérique entrant dans ses organes, la transmutation qui s’en fait échappe à son intelligence et à sa puissance. De cette électricité surabondante, il faut qu’il en dépense, pour le maintien de sa santé, soit par le travail manuel, le mouvement, la somme trop considérable que la nature lui a répartie.

On voit, au reste, chez ceux qui en sont riches une activité incessante, qui, lorsqu’elle s’arrête, produit une disposition à l’épilepsie ou aux convulsions. I! faut, à ces premiers symptômes, recourir aux passes h grands courants qui ouvrent la route au trop-plein : la vapeur brise le vase qui ne lui offre aucune issue, le principe de nos mouvements ferait de même s’il n’était dépensé.

Dans l’hystérie, dont nous allons parler, l’agent nerveux joue le principal rôle, et donne lieu à la production de phénomènes qui, pour n’être point identiques à ceux de l’épilepsie, appartiennent cependant au même ordre.

HYSTÉRIE

Nous pouvons croire que, par son séjour trop prolongé dans les organes, l’agent nerveux se viciant lui-mêine devient trop excitant : de là, des aberrations de la pensée, des altérations du caractère, et une suite souvent non interrompue de dérangements des fonctions, tantôt dans le jeu d’un organe seulement, tantôt dans l’ensemble de tout le système nerveux. Ici encore le médecin ne peut se reconnaître, il constate les symptômes, mais il déclare son impuissance à les faire cesser; le magnétiste, au contraire, trouve tout disposé pour son action, soit qu’il cherche le sommeil, soit qu’artificiellement il veuille provoquer des crises. Il a en main le seul agent capable d’exercer une influencé efficace sur la cause principale des tourments moraux et physiques de ses pauvres malades. Ces traitements demandent une sorte d’intelligence pratique, la personne qui magnétise ne doit point se laisser influencer par des cris, par des suffocations qui viennent quelquefois brusquement, par des hallucinations, ni enfin par cette situation tumultueuse plus effrayante que dangereuse. Le magnétiste doit être semblable au nautonier qui sait gouverner son navire au milieu des ouragans et de la tempête. Qu’il ne se laisse attendrir ni par le rire ni par les pleurs.

HYSTÉRIE

qui sont des effets sans conséquence ; qu’il soit froid et ne s’occupe enfin que de la direction de son agent sur les points que je vais lui faire connaître.

On ne produit pas toujours tout à coup un développement de sensibilité nécessaire pour indiquer la marche à suivre. Il faut à toute force trouver un point d’introduction, un organe qui s’émeuve sous votre main, soit d’abord la base du cerveau, ou l’épigastre, ou enfin le sommet de la poitrine : une sorte d’incommodité doit se manifester et précéder de quelques instants l’effet ostensible du dérangement passager que vous allez occasionner.

Si elle se présente en actionnant la base du crâne, l’effet doit ressembler à un commencement d’effet hypnotique, les yeux se convulseront et un clignotement fréquent des paupières aura lieu. Si, au contraire, l’épigastre se montre sensible, votre action sera confirmée par l’agitation des membres, des borborygmes. Mais c’est surtout le sommet de la poitrine qui donnera un signe évident de votre action magnétique : vous verrez la respiration devenir fréquente, les extrémités plus froides, mais ce froid sera suivi bientôt d’une chaleur extrême.

Il faudra à ce moment vous souvenir que pour faire cesser le désordre de ces affections nerveuses, il est nécessaire d’en produire un plus capital en apparence; car, en réalité, il n’aggravera point le mal, mais il produira une réaction sans laquelle vous n’atteindriez point le but.

Soulager, c’est quelque chose, mais ce n’est pas guérir,

et vous ne guérirez l’hystérie, comme nous avons dit qu’on ne guérissait l’épilepsie, que par des perturbations partielles ou générales. Voilà pourquoi je vous recommandais tout à l’heure le calme, -et vous avertissais que vous auriez besoin de ne pas vous laisser distraire de votre opération.

Lorsque vous aurez produit cette crise, vous laisserez durer le paroxysme pendant quelques instants s’il s’agit d’une hystérie, parce qu’elle est plus tenace dans ses manifestations et sa durée que ne l’est l’épilepsie ; par des passes à grands courants vous rétablirez le calme, et un doux massage pratiqué sur les membres ôtera la fatigue occasionnée par l’effet de votre magnétisation.

Ce qui neutralise le succès, ce sont souvent les contrariétés morales qu’éprouve le malade dans le milieu où il vit, les chagrins, les déceptions, le froissement de ses sentiments; caron oublie trop que le système nerveux surexcité par une maladie est plus vivement impressionné par des causes morales que lorsqu'on se porte bien.

Le magnétiste ne doit moralement rien faire contre les chagrins d’amour ; s’il peut affaiblir, pour un instant, la mémoire et dominer l’être, il ne peut se permettre d’intervenir dans ce qui ne le regarde point et se faire juge des sentiments d’autrui.

Intervenir et donner une direction aux penchants et aux sentiments, c’est une chose que ne peuvent se permettre sans danger les hommes qui ne connaissent point à fond le magnétisme. Pénétrer dans le sanctuaire humain

HYSTÉRIE

nous le pouvons, mais le devons-nous? Grave question philosophique que nous aborderons avec no^ faibles moyens vers la lin de cet ouvrage.

Les maladies dont nous venons de parler guérissent lentement, et quelquefois avant de disparaître elles semblent redoubler d’intensité. On en voit cependant qui diminuent graduellement sans trop de secousses et ne laissent nulle trace des impressions passées. 11 est bon cependant, après la cessation complète des accès, de magnétiser quelquefois encore; mais on ne pourra plus faire reparaître les crises artificielles, la nature ne s’y prêtera plus.

Caractères différentiels de l'Hijstcric et de l’Épilepsie. — Nous devons dire un mot ici sur les caractères qui différencient l’hystérie de l’épilepsie.

L’hystérie ne se manifeste qu’à la puberté ou après; l’accès n’éclate pas brusquement , il est précédé ou accompagné de la sensation du globe hystérique ou de constriction à la gorge; les convulsions sont plus uniformes, les traits sont moins altérés, la face est moins injectée; les malades ne perdent pas la connaissance, ils ne tombent pas dans l’état comateux après les convulsions, 'ils conservent le souvenir de ce qu’ils viennent d’éprouver; et enfin l’hystérie prolongée ne détruit pus les facultés intellectuelles.

Ce que nous venons de dire suffit pour pouvoir faire la différence des deux maladies.

Lorsque la vie de relation est interrompue par le sommeil, l’empire de la vie organique augmente, elle envahit la vie de relation, détermine des mouvements inconscients et produit les rêves. Cela étant, il est clair qu’en agissant sur les centres nerveux splanchniques, comme on peut le faire par le magnétisme, l’on se rend maître de la production des rêves : on doit savoir que la première chose qui apparaît au moment où le sommeil magnétique se montre, ce sont les rêves ou une espèce de somnambulisme naturel, qui coïncide véritablement avec un commencement d’anéantissement de la vie de relation.

La méditation produisant un temps d’arrêt dans le jeu des organes destinés au mouvement, suffit parfois pour déterminer l’apparition des rêves. On rêve tout éveillé.

Dans beaucoup de maladies on peut constater ce mélange des deux vies : les hallucinations en sont un produit certain. Il faut, pour qu’il en soit ainsi, qu’il y ait, indépendamment du cerveau, cet organe roi, d’autres organes où s’élaborent des pensées. Socrate semblait attendre ses inspirations d’une voix qui partait de son estomac ; les meilleurs somnambules parlent également des voix intérieures dont le point de départ est le même.

Le somnambule naturel ne voit point par les yeux, il n’entend point par les oreilles, les perceptions ont lieu ailleurs qu’au cerveau, du moins on pourrait le croire. Ces deux sources de connaissance seraient une révélation qui rendraientcompréhcnsiblel’existenced’états morbides dont on ne pouvait trouver l’explication. Beaucoup d’affections nerveuses et la folie, dans beaucoup de cas, tiennent à ce mélange des deux vies, ou à la prédominance complète de l’une des deux. Trop d’activité cérébrale interrompt les fonctions organiques, comme la trop grande activité de ces dernières amoindrit considérablement celle du cerveau en portant au sommeil : on songe peu à manger dans les grands travaux de l’esprit ; on pense peu au travail pendant une digestion laborieuse, on rêve. C’est de l’équilibre de ces deux principaux centres d’impressions que naît le travail sain de l’esprit, ou ce qu’on appelle la raison. Le somnambulisme naturel naît d’un défaut d’équilibre; il n'est donc point étonnant que le magnétisme fasse cesser cette affection lorsque tous les médicaments échouent.

Le somnambulisme naturel est un des degrés qui conduisent à l’extase, et nous pourrions ajouter le commencement des merveilles qui s’offrent à l’étude quand on veut approfondir non- seulement le mécanisme de la vie, mais les facultés cachées dont la nature nous a doués.

J’en dis assez pour expliquer ou faire comprendre ce que les magnétistes déterminent, souvent sans se rendre compte de leurs œuvres; aussi ne sont-ils point maîtres d’imprimer une direction donnée au trouble qu’ils ont

occasionné, car leur pratique pèche par la base, l’instruction.

Dans le moyen âge, on appelait les somnambules des mal baptisés : cette explication d’un phénomène singulier était aussi censée que celle de la science; ce qu’il y a de certain , c’est que ce sont des éléments d’une ténuité extrême qui font mouvoir les grands ressorts de la machine humaine, comme la vapeur les locomotives.

A priori, on devait juger que le somnambulisme artificiel devait offrir plus de lucidité, plus de netteté dans la vision que le somnambulisme naturel. L’élément qui détermine le premier augmente le foyer de lumière propre au second, parce qu’il est d’essence semblable.

Quant au traitement à opposer au somnambulisme naturel, il se confond avec celui de l’extase que l’on trouvera plus loin.

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