‹ Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du PotetChapitre 3 sur 62 · PREMIÈRE SÉRIE DE FAITS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉRIE DE FAITS

Tous les enfants que je trouvai endormis n’importe où et dans n’importe quelle condition, je les magnétisai, sans jamais les toucher, en dirigeant mes mains sur les plus grandes surfaces de leur corps, nu ou couvert par des vêtements, et au bout de quelques instants, chez tous, je parvins à troubler le sommeil, à ralentir la respiration

ou à l’augmenter, à déterminer de légères ou de fortes secousses, comme si ma machine m’eût fourni une sorte d’électricité dont ma main eût été conductrice. Si je cessais d’agir, les effets disparaissaient d’eux-mêmes; en recommençant mon manège, ils reparaissaient dans le même ordre pour se terminer de même. Dans certains cas, je pus aller jusqu’à convulser les membres des petits dormeurs.

Mais si les enfants étaient sensibles dans cette condition de sommeil et d’isolement, pourquoi les hommes faits y auraient-ils échappé? Je saisis toutes les occasions que le hasard m’offrit pour m’assurer jusqu’à satiété du problème à résoudre et il fut résolu. Grands ou petits, malades ou bien portants, je réussis sur tous les êtres; les faits furent identiques et peu d’exceptions vinrent s’opposer à cette règle générale.

Je magnétisai des aveugles sans les prévenir aucunement, sans qu’ils sussent en rien l’existence du pouvoir magnétique et je déterminai également des faits indubitables. Descendant l’échelle des êtres, les chevaux, les chiens, les chats, tout ce qu’enfin je pus approcher et surprendre dans un moment d’abandon, fut soumis par moi à la même puissance, tout présenta des phénomènes ayant une parfaite analogie avec ceux que j’avais observés sur des êtres humains; et lorsque je poussai l’expérience plus loin, des phénomènes de catalepsie ou d’insensibilité eurent lieu et quelquefois une sorte de étanos. Il n’y avait donc plus à douter, la vérité du

principe était là ; la science officielle s’était trompée, et la raison était avec ceux qui soutenaient l’existence d’une force particulière fournie par les organes humains. C’est donc de cette connaissance toute physique, de ces résultats physiologiques, dont les sens, même bornés, peuvent prendre connaissance que devra sortir la thérapeutique magnétique ; et c’est là en effet que nous la plaçons tout entière. Rien ne sera plus dû au hasard, à des combinaisons fortuites, à la vertu de celui-ci ou de cet autre, mais bien à l’émission et à la pénétration de l’agent à travers des tissus organisés et vivants que l’on aura sollicités pour des fins prévues.

Nous laisserons de côté, pour un instant, les phénomènes du somnambulisme et de l’extase, et les moyens d’action fournis par ces états, parce que nous attachons une valeur plus grande aux faits que nous venons de signaler ; ceux-ci sont d’une importance capitale et tout à l’heure ils vont nous servir pour nous reconnaître et nous conduire à bonne fin dans le dédale des maladies et dans le vaste champ des douleurs humaines que l’on est appelé à soulager ou même à guérir. Il faut désormais que l’on reconnaisse la puissance du magnétisme s’exerçant sur des organes malades qui la modifieront sans doute, mais pas assez cependant pour la rendre méconnaissable. On doit dans les traitements y reconnaître ses effets, ses propriétés et ses vertus. Tantôt son action est sédative, tantôt elle est excitante et devient perturbatrice de la sensibilité. Rien n’est obscur dans ce qu’elle accomplit pour qui sait

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observer : le magnétisme ouvre le livre de la nature. Les médecins devront apprendre à y lire, car jusqu’à présent ils n’ont rien connu de la vie ; ils se sont mépris sur les efforts des forces médicatrices qu’ils ont souvent combattus, croyant sans doute bien faire, mais sacrifiant ainsi leurs malades lorsque tout les portait à les sauver.

Ici il n’est point encore besoin de reconnaître l’essence intime de l’agent qui est à notre disposition, pas plus que celui qui veut mettre de l’eau en ébullition n’a besoin de connaître ce qu’est le calorique; — il suffit de produire l’agent et de l’employer. S’il n’est permis aux savants que de constater des phénomènes qui se passent sous leursyeux, sans pouvoir jamais connaître autre chose que quelquesunes des propriétés des agents qui les déterminent, est-on en droit d’exiger de nous plus que ne peuvent ou ne savent eux-mêmes les savants?

Ce que demande tout magnétiseur, c’est ce que moimême j’ai cherché à découvrir : comment la nature agissait lorsqu’elle était sollicitée magnétiquement, comment elle sortait de son repos, à l’état calme, comment elle modifiait dans l’état de maladie le jeu des organes à son service. Qu’on ne s’y trompe point, il y a là une doctrine toute nouvelle que je ne me flatte point d’établir; il me suffit d’en montrer la possibilité. Ce que j’ai vu, d’autres plus habiles que moi le verront et la science se fera.

Je reviens aux faits qui prouvent l’existence d’un agent.

Nous allons donner à nos lecteurs, à ceux qui veulent s’initier à la pratique magnétique, l’idée générale des procédés employés et reconnus comme efficaces pour déterminer l’ensemble des phénomènes sur lesquels est basée la croyance en la réalité d’un agent, cause première des faits.

Lorsqu’on est déterminé à magnétiser, on place la personne sur laquelle on veut agir dans la position indiquée par cette gravure :

On fixe un instant la personne; on la prie de rester passive et de ne point occuper son esprit de l’expérience tentée. Placé en face du sujet choisi, on étend nonchalam-

menl la main (droite ou gauche) qu’on dirige vers la base du crâne, en face de la racine du nez, et on l’abaisse doucement, tranquillement jusque vers la région de l’estomac ; puis on la remonte, toujours très-doucement, vers son premier point de départ pour recommencer le même mouvement : les doigts doivent être légèrement écartés et flexibles, la raideur et la tension des muscles ne produisent que de la fatigue chez celui qui magnétise. Cette magnétisation doit durer cinq ou six minutes, sans aucune interruption, et être accompagnée d’une volonté constante que rien ne doit distraire : ce temps est en général suffisant pour que la pénétration du fluide magnétique à travers les tissus s’effectue et détermine l’apparition des premiers symptômes annonçant la réalité de son action.

Avant d’aller plus loin, nous devons indiquer les conditions morales de celui qui magnétise, conditions qui assurent le succès.

Il doit se considérer comme une machine physique produisant en elle-même l’agent des phénomènes; sa volonté doit être active, il doit vouloir agir sur le magnétisé en introduisant en lui le principe que son organisation recèle ; les bras et les mains ne doivent être regardés que comme des conducteurs de cet agent vers la partie que la pensée a désignée d’avance.

Le vouloir est un des éléments d’action ; sans volonté les effets sont presque nuis ou seulement semblables à ceux qui résultent ordinairement du rapprochement de deux êtres organisés ; avec la volonté, au contraire, des cou-

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rants s’établissent bientôt ; il s’agit de les surveiller et d’en

constater l’existence dès les premiers instants.

Nous allons indiquer cette première série de phénomènes, série qui est ordinairement suivie d’un développement considérable de sensibilité.

Lorsque nous avons dit qu’une magnétisation bien faite de quatre ou cinq minutes devait amener des résultats déjà saisissables, nous n’avons pas prétendu qu’il dut en être ainsi chez tous les êtres; c’est seulement chez les plus sensibles que se décèle l’action de l’agent dans un temps si minime. Bon nombre d’êtres n’éprouvent d’effets qu’au bout d’un temps plus long : souvent même il faut répéter les magnétisations plusieurs fois. Quelques personnes enfin paraissent entièrement réfractaires à l’action de l’agent magnétique, disent ne rien éprouver, mais si on examine attentivement, si on interroge les organes du magnétisé, l’on constate des modifications essentielles, pas assez marquées pourtant pour opérer une conviction.

■Voici les premiers effets ou symptômes qui se montrent le plus souvent dans cette courte magnétisation : une sorte de fixité du regard, les yeux deviennent brillants, la face se colore ou pâlit, les battements du cœur augmentent ou diminuent; le magnétisé interrogé vous dit que ses membres deviennent lourds, qu’il lui semble qu’un fluide y circule; il sent des picotements dans certaines parties du corps, mais surtout au bout des doigts ; quelquefois il lui prend envie de bâiller; dans d’autres cas

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on observe une sorte de nonchalance, le besoin de s’accoter, de chercher un solide point d’appui.

Si la magnétisation a rencontré une grande sensibilité, ces quatre ou cinq minutes suffisent pour produire l’agitation des membres, un mouvement convulsif des paupières et quelques soubresauts.

Voilà donc tout ce qui décèle et indique l’action exercée, les premières manifestations d’un changement, d’une altération dans le jeu des organes du magnétisé; mais ce n’est rien en comparaison de ce qui peut suivre si l’on continue d’actionner l’expérimenté. Le fluide magnétique s’accumulant en lui, il se produit alors un phénomène assez semblable à celui qu’on obtient quand on met une bouteille de Leyde en contact avec une machine électrique, les feuilles d’or qu’elle renferme s’agitent et se soulèvent, de même le fluide magnétique, descendant dans une certaine mesure dans les organes d’un être humain, en remue les fibres, les agite, et à un plus haut degré détermine des trismus, des mouvements nerveux dans les muscles de la face, puis, secouant les membres, s’échappe comme ferait une décharge ou un courant rapide d’électricité.

Ce rapprochement que nous venons d’établir entre l’effet produit par l’électricité et celui qui est déterminé par le magnétisme, n’est point fait pour conclure à l’analogie parfaite des deux fluides, mais pour mieux faire comprendre ce qui se passe dans les organes de l’être magnétisé. Ces effets indubitables, et que les sens du plus vulgaire des hommes peuvent saisir, sont pour nous le point

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de départ de la science magnétique, ou tout au moins de celui de l’art de magnétiser qui se répand partout aujourd’hui. Celui qui commence cette étude et qui fait son entrée dans cette nouvelle carrière doit examiner soigneusement ces premiers phénomènes, les fixer dans sa mémoire afin de ne les jamais perdre de vue, et voici pourquoi : le jugement de tous doit s’exercer sur des faits certains, indubitables, ayant une cause bien déterminée, sans cela tout serait vague dans l’esprit; et si l’on arrivait à produire quelque chose, la cause ayant échappé, on 'attribuerait à l’imagination des résultats qui ne sont point de son ressort, et les grands phénomènes dont on aurait été témoin ne seraient plus propres qu’à fausser le jugement, altérer la raison.

Tous les effets dont je viens de parler ne doivent être considérés que comme phénomènes généraux ; il semble que la nature s’essaye, qu’elle cherche à reconnaître l’hôte étranger qui vient d’entrer dans son domicile et le but dans lequel il vient la troubler.

Jusqu’à présent le magnétisme a été si mal observé, le plus grand nombre des esprits a montré si peu de pénétration, qu’on a laissé échapper ce premier rudiment de fait, le seul pourtant qui puisse conduire à l’étude rationnelle du magnétisme, et, nous ajouterons, le seul propre à des démonstrations rigoureuses.

En effet, tout ce qui se produira désormais partira de cette base, base inébranlable, car tous les phénomènes que nous avons décrits se produisent d’une manière iden-

tique sur les animaux et sur les êtres humains endormis; c’est donc une loi.

Dans ces faits il est impossible de méconnaître l’existence d’un agent ayant des qualités propres, inhérentes à lui ; sans l’admission de ce principe on attribuera forcément les faits quels qu’ils soient à l’imagination, à la chaleur animale, à l’éréthisme de la peau et à l’imitation, ce que n’ont pas manqué de faire les académiciens passés et présents, quand ils ont eu à examiner et à juger le magnétisme.

Poursuivons maintenant la description des procédés magnétiques.

Lorsque, voulant avancer vers un développement de phénomènes plue marqués que ceux décrits plus haut, nous reprenons notre magnétisé au point où nous l’avons laissé, nous le saturons de nouveau en faisant des passes rapides de la tète jusqu’à l'estomac, des surexcitations nombreuses ne tardent pas à se montrer, des secousses plus fortes, une propension au sommeil ; le magnétisé s’agite, ses yeux sont parfois fermés, la respiration devient fréquente. En cet instant la nature montre souvent ses tendances définitives; ou elle plonge l’individu dans un sommeil profond et alors il faut l’aider en bornant le cercle de son action à ce qu’elle demande, ou bien la nature, refusant le sommeil, convulse l’être au point d’effrayer ceux qui n’ont point connaissance de ce phénomène : il semble que dans le premier cas, la nature se soit assimilé le magnétisme d’autrui, quelle ait, avec ce surcroît de vie, pro-

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duit une congestion du cerveau pour y faire naître et développer le somnambulisme; dans le deuxième cas, elle force cet agent à circuler, elle le rejette violemment comme une chose qui la trouble et la gêne.

La volonté du magnétisé ne saurait rien produire de semblable à ce que nous venons de décrire; elle est également impuissante à le faire cesser : la lutte n’est donc pas entre deux volontés, mais entre deux forces inégales en puissance. Si le magnétiseur continue ses passes avec une certaine énergie, la victoire lui appartient et sa domination peut devenir' absolue; on voit dans ce cas le magnétisé fléchir lentement vers le sol ou y tomber tout à coup.

Lorsqu’on ne veut pas pousser plus loin l’expérience, on promène doucement la main de haut en bas, non plus pour magnétiser, mais pour dégager au contraire le sujet, rendu sensible, de l’agent qui l’opprime.

Si, dans ce moment, vous faites lever le magnétisé et que vous vous placiez dos à dos, qu’il y ait contact des surfaces ou un léger éloignement, il est attiré forcément dans votre direction ; et si vous vous éloignez il vous suivra à reculons (la gravure ci-dessous indique ce singulier phénomène). Quelle que soit d’ailleurs la force physique du magnétisé, il se courbe et obéit à cette attraction ; il peut même arriver que cette attraction devienne si puissante et si énergique que le magnétisé se colle contre votre dos et ne fasse qu’un avec vous. J’ai fait cette expérience un grand nombre de fois et en engageant le magnétisé à

résister, à ne pas obéir, cela ne diminuait en rien le résultat de l’expérience.

Ce serait ici le lieu où je devrais décrire ces magnifiques expériences faites pendant bien des années, soit rue des Petits-Champs, soit au Palais-Royal devant des milliers de spectateurs, sans jamais me servir de sujets préparés, agissant, au contraire, presque constamment sur des personnes que je ne connaissais point. Je montrai ù

cette foule de visiteurs les merveilles du magnétisme, merveilles assez semblables à ce que la fable rapporte des enchantements de Gircé. Je produisais à volonté la tristesse ou la joie; je grisais celui-ci et lui ôtais la raison, — plus encore, j’exaltais son génie et faisais naître en lui la passion que me suggérait le caprice de mon esprit. Je transformais des jeunes gens en vieillards, et l’on voyait, chose inouïe, les traits se modifier, l’audition s’affaiblir, les sens se perdre, la démarche devenir chancelante ; la voix s’altérait, et la décrépitude du dernier âge apparaissait enfin là où la vie étalait tout à l’heure sa richesse exubérante, sa beauté.

Quelquefois on me vit quintupler les forces d’un être faible ou éteindre la puissance d’un homme fort, au point de l'empêcher de pouvoir porter le plus léger fardeau. J’attachais au sol un magnétisé, et la difficulté qu’on éprouvait à l’enlever démontrait bien qu’il n’y avait rien là d’imaginaire.

Toutes ces expériences, que je variai et multipliai à l’infini, avaient pour but d’initier les hommes à la vérité nouvelle, de leur en montrer les curieux résultats, puisque son utilité semblait moins les toucher.

Avais-je besoin pour produire le phénomène de l’hypnotisme de me servir d’un corps poli, et d’occuper ou de fixer ainsi l’attention de mon sujet, de fatiguer son regard? Non, — ma pensée suffisait. Il faut laisser les moyens vulgaires à nos académiciens, qui, par l’emploi de ces moyens, ont montré le peu de ressource de leur esprit

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et laissé voir la peur qu’ils ont d’entrer dans le domaine du magnétisme : la honte couvre maintenant leur visage , non, je me trompe, le mensonge, quand il s’agit du magnétisme, leur paraît naturel et nécessaire, — ne doivent-ils pas soutenir le bien jugé de leur mauvaise cause? Mais le public ne s’y méprend plus, leurs fausses vertus se sont assez dévoilées.

Celui donc qui connaît bien son outil, toutes les ressources que lui offre cet agent merveilleux, peut pénétrer dans le domaine de la vie, en faire jouer tous les ressorts : sa puissance n’empruntant alors rien à la matière, des agents inconnus sont tout prêts à lui prêter leur concours, — un pas encore , et la science antique se révèle à lui !

O vous qui pensez que l’imagination est ici créatrice et que c'est un de ses jeux sans portée, vous vous trompez! Écoutez*moi un instant. Vous croyez, dans votre ignorance des faits, qu’il est besoin de prévenir pour agir, ou tout au moins de faire, par des mouvements, deviner vos intentions ? 11 n’en est rien : on vint souvent me prévenir que des gens, placés dans la direction des courants fluidiques émis, mais séparés de moi par une muraille, s’étaient endormis ou étaient tombés en convulsion ; aucun d’eux cependant n’avait, dans ces divers cas, été prévenu ni ne pouvait supposer non plus que je fusse dans son voisinage, — si quelqu’un parmi eux avait été magnétisé d’autres fois et ailleurs par moi, il en était d’autres que je n’avais jamais touchés et que je ne connaissais point.

Cette petite gravure a été faite sur le vu de l’un de ces résultats.

N’arrive-t-il pas souvent que des magnétisés sentent où vous avez passé ou devinent votre approche ? Ces savants le nient, dira-t-on ; mais ils ont beau s’imaginer qu’ils savent les secrets de la nature, ils se trompent; ce qui le prouve indubitablement, c’est la persistance malheureuse qu’ils mettent à nier l’évidence même.

Le fluide magnétique porte au loin la pensée et ses propres vertus ou propriétés. L’électricité matérielle n’offre qu’une faible image des propriétés du principe qui nous anime.

Pénétrez-vous donc de cette vérité, que l’agent qui contracte vos muscles et qui joue un si grand rôle dans les affections nerveuses est indubitablement de même na-

ture que celui qu’emploie le magnétiste. — S’il était possible de le condenser, d’en rassembler les rayons, la foudre serait en nos mains et rien ne résisterait à notre puissance : c’est parce que nous ne pouvons toujours l’avoir à notre disposition, selon notre désir, que les phéno- , mimes sont parfois faibles ou incertains. Les organes qui le produisent bu le sécrètent sont inconnus, mais sa base est l’électricité même; si ses propriétés ne sont pas identiques à celles de l’électricité, c’est qu’il emprunte à la vie ses propriétés, qu’il se revêt de ses attributs. Quand il se dépense rapidement, la respiration devient haletante; quand il fuit à notre dernier jour, il produit des mouvements inconscients, parce qu’il n’est plus dirigé: il s’écoule alors le long des nerfs en produisant une sorte de frissonnement d’un caractère particulier. L’asphyxie l’anéantit en tarissant sa source.

De tous ces faits et de bien d’autres que nous n’avons point mentionnés, il résulte la preuve matérielle de l’existence de la force , admise primitivement comme une simple hypothèse. Cette existence longtemps contestée ne saurait plus être mise en doute, et l’on ne saurait offrir de vérité plus solidement établie, ni mieux démontrée. Si je reviens une dernière fois sur ce sujet, c’est pour montrer l’importance que j’attache à cette vérité.

Les expériences que j’ai rapportées offrent un danger réel; — malheur à l’imprudent qui s’y livrerait sans réserve ! Si tout semble s’effacer quand le charme cesse, la tranquillité n’est qu’à la surface, le fond est encore agité:

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on ne réussit à rétablir le calme que lorsqu’on le possède

soi -même, et qu’on sait s’arrêter à temps.

Ces expériences offriront toujours aux industriels le moyen de gagner beaucoup d’argent, s’ils n’ont ni scrupules, ni conscience, parce que la curiosité, le désir d’émotions saisissantes, l’amour du merveilleux, le désir de connaître les moyens de pénétrer l’avenir existe chez tous les hommes. On peut à son aise puiser dans la bourse d’autrui, il ne faut pour cela que consentir à servir les mauvaises passions : un magicien sera toujours plus recherché qu’un médecin et beaucoup mieux payé, — je ne sais combien d’offres d’argent m’ont été faites soit pour rappeler un infidèle ou pour déterminer un mariage, soit pour savoir l’époque où devait mourir un mari, une femme, un parent. La jalousie se présentera à vous avec ses transports; les grands de la terre viendront vous trouver et vous offrir des présents, mais gardez-vous cependant de pratiquer le métier de magicien, si votre science est réelle, — les charlatans seuls n’ont rien à craindre. L’histoire nous apprend que les hommes qui devinèrent juste trouvèrent de cruels ennemis, que leur existence fut constamment menacée par le poignard ou le poison, ou qu’elle s’éteignit dans les supplices, sur les bûchers; car, en ceci, ce qui sert l’un dessert l’autre, et quelque promesse que l'on vous ait faite de garder le secret de vos opérations ou révélations, on ne se regarde jamais engagé par un serment lorsqu’il s’agit d’un devin.

Le fluide magnétique prend parfois la direction du cerveau, et remontant au lieu de descendre, il produit alors, avons-nous dit, une sorte de sommeil. Cet état peut être profond ou léger, car il varie beaucoup dans sa forme; il a donc des degrés, c’est-à-dire qu’il peut d’abord être trèsléger et successivement devenir tellement profond que toute la sensibilité se trouve éteinte, et les muscles dans un repos tel qu’il soit impossible au magnétisé de prononcer une seule parole. Cela s’explique par la compression du cerveau opérée par le fluide magnétique.

Cette' situation exige quelque ménagement et quelque connaissance; il faut que le magnétiseur soit fixé sur le but qu’il se propose d’atteindre.

S’il n’a en vue que le sommeil lucide, cet état y conduit : il doit dans ce cas entretenir doucement le sommeil par un magnétisme modéré, promener ses mains sur la mâchoire inférieure, y opérer une sorte de doux massage, presser légèrement le menton pour s’assurer si la bouche peut s’ouvrir et si la langue est libre, afin d’obtenir quelques paroles du magnétisé, ce qui n’arrive quelquefois qu’au bout de dix ou quinze minutes.

Dans le cas où l’on ne désire point prolonger cette crise, on dégage la tête du dormeur par des passes faites en

travers; on souffle sur la base du crâne, en accompagnant cette manœuvre d’un appel au dormeur; on prononce son nom et, d’une voix assez forte, on lui dit : Réveille-toi, ou Réveillez-vous. Si le réveil n’a point lieu au bout de quelques minutes, il ne faut pas s’effrayer, car il viendra sûrement, quoiqu’il puisse se faire attendre. On peut encore précipiter le réveil en plaçant le dormeur dans un courant d’air frais; quelquefois même un peu d’eau froide, jetée au visage, fait cesser cet état brusquement.

Lorsqu’on est habitué à cette pratique, on remarque quelque chose qui semble tenir du prodige, tant la régularité de cette crise est parfaite et le fait instantané ; mais il n’en est pas ainsi lorsqu’il y a hésitation chez le magnétiseur, lorsque sa volonté n’est pas bien arrêtée. La nature semble hésiter lorsque le doute s’est emparé de l’esprit; c’est pourquoi il faut que le magnétiseur soit doué d’une certaine énergie, qu’il veuille résolûment et surtout qu’il soit sans crainte : ce sont des conditions essentielles pour que les expériences ne laissent rien à désirer.

Lorsque vous avez obtenu ces premiers résultats, ces difficultés facilement vaincues peuvent vous rendre téméraire et vous faire négliger les régies les plus vulgaires de la prudence. Si vous voulez vous soustraire à beaucoup d’ennuis et à une responsabilité réelle, ne faites ces premières expériences que pour vous assurer que vous avez la force, et que le magnétisme n’est point une illusion. Cette conviction acquise, restez-en là pour tout ce qui est seulement de pure curiosité : cette découverte est trop

grande et trop belle pour servir d’amusement, elle a un côté trop sérieux et trop philosophique pour qu’on en profane ainsi les divins résultats.

Avant de vous parler du parti que vous pouvez tirer d’un semblable agent pour la cure des maladies, je dois vous rappeler que les phénomènes qu’il produit sur les animaux sont presque identiques à ceux déterminés sur l’homme. Les procédés d’investigation sont les mêmes, et voici ce qu’on observe : l’animal étant endormi et généralement couché, si vous êtes placé à deux ou trois pas de lui et que vous dirigiez l’une de vos mains sur ses grandes surfaces, en la descendant lentement de haut en bas ou de bas en haut, cela ne fait rien, donnant le temps au fluide magnétique de s’accumuler dans un réservoir inconnu, bientôt vous apercevrez une modification dans la respiration de l’animal; celle-ci paraît abdominale, il y a de singuliers mouvements dans ses flancs, suivis bientôt d’un temps d’arrêt; puis les membres commencent à s’agiter, une légère horripilation a lieu, vous pouvez voir monter le fluide magnétique vers la tête, les paupières s’agitent alors et les lèvres deviennent le siège de petits mouvements convulsifs. Si vous continuez, il s’agite, et de véritables décharges magnétiques paraissent avoir lieu; il s’éveille parfois brusquement, il bâille, s’allonge et vous regarde attentivement. Je parle ici du chat et du chien.

Le cheval, vous pouvez le magnétiser éveillé en dirigeant vos mains le long de la colonne vertébrale ; l’évidence

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de l’action est bientôt constatée, bien que tous ne soient pas d’une égale sensibilité. On en trouve qui se saturent tellement de ce singulier agent qu’ils sont cataleptisés et ne peuvent se mouvoir. Lorsque cette torpeur a cessé, ils hennissent, vous regardent et sont dès lors en sympathie avec vous; ils vous aimeront, vous reconnaîtront parfaitement si vous venez les voir et se prêteront d’euxmêtnes à une expérimentation qui sans aucun doute leur a paru agréable.

Tous les dompteurs de bêtes, tous les charmeurs de serpents usent de procédés magnétiques, soit qu’ils agissent avec connaissance de cause, soit qu’ils aient reconnu par l’observation que leur rayonnement était une puissance fascinatrice.

Le magnétisme agit également sur des animaux à sang froid.

J’ai fait des expériences sur des lézards et des grenouilles. J’attirai d’abord leur attention de loin, à une distance de sept à huit pas, puis, dirigeant ma main dans leur direction, j’approchai peu à peu et je parvenais ainsi à les toucher, h les remuer même sans qu’ils cherchassent à fuir. Mais pour obtenir ce résultat, il ne me fallait point de distraction et mon action devaiL être constante.

Je me rappelle avoir expérimenté sur une libellule ou mouche-demoiselle qui voltigeait avec une extrême rapidité au-dessus d’une grande corbeille contenant de grands plants de blé de Turquie, dans le jardin d’une maison

que j’habitais. Je magnétisai cet insecte pendant ses évolutions, au bout d’un instant il vint se placer sur une des longues feuilles de ce végétal agité par le vent. J’en approchai doucement, je le pris par ses longues ailes et le plaçai sur ma main ; je le caressai et il me sembla qu’il attendait mon consentement pour reprendre sa volée. Je le lui donnai et bientôt il voltigea avec une rapidité extrême sur les tiges où je l’avais pris et s’enfuit ensuite au loin. Le fait était assez étrange, mais ce qui suivit me le parut davantage encore. Le lendemain, à pareille heure, je revis mon insecte, voltigeant comme la veille, au même lieu; par le même manège j'obtins le même résultat; le lendemain de même encore , mais ayant manqué le jour suivant à mon rendez-vous, je ne revis plus mon sympathique insecte.

L’homme a donc puissance sur tous les animaux, il en est véritablement le roi, et son sceptre est bien ce magnétisme rayonnant dont nous décrivons ici les phénomènes saisis jusqu’à ce jour.

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