NÉVRALGIES, NÉVRITE, MIGRAINE, ETC
Caractères du Clou hystérique. — On l’observe le plus souvent dans l’hystérie, mais quelquefois séparément. Son siège est à la tête dont il n’occupe jamais h la fois que l’un des deux côtés ; il s’accompagne, comme la migraine, de vomissements. La douleur est mobile, et ressemble à celle qu’on éprouverait si un clou était enfoncé dans la tête. Sa durée est variable.
Communément, dans ces affections, lorsqu’on veut les traiter, on ne recherche point à remonter à la cause primitive des douleurs : elles sont localisées, on localise le traitement.
Les magnétistes en usent comme les médecins : ils localisent leurs magnétisations , et souvent le succès vient couronner leurs efforts. On doit admirer la confiance des magnétistes dans l’efficacité de l’agent qu’ils emploient, cette foi robuste qui les fait s’attaquer aux maladies rebelles aux remèdes avec l’espoir de les vaincre. Cette foi est essentielle en effet; si elle n’est pas la science, elle peut se vanter de faire souvent plus qu’elle : l’action de la foi est mystique ; elle se sent mieux qu’elle ne s’explique. Diriger un doigt sur un point douloureux et croire d’avance que la douleur va fuir, cela peut paraître téméraire et est bien propre à exciter le rire des médecins et des gens qui ne croient point au magnétisme ; mais ces doigts reçoivent une vertu qu’ils transmettent, le mal en est troublé bientôt, il est comme frappé d'impuissance, sans que nul ait pu voir l’agent qui est allé le sommer de s’arrêter. Poux mieux me faire comprendre moi-même , il me faudrait
aborder l’étude des forces occultes et les facultés de l’âme humaine, je ne le ferais peut-être pas sans nuire aux intérêts de la cause que je défends : ceux qui ne me suivraient point sur ce terrain par défaut d’études préliminaires me prendraient sans doute pour un fou ou un visionnaire. Je quitte avec regret cependant cette excursion dans le domaine de la foi, car des faits certains de la puissance de cette disposition de l’esprit en vue d’une œuvre m’ont frappé dès les premiers instants de ma carrière magnétique, et je dois avouer même que mes plus beaux succès lui sont dus. J’ai remarqué qu’il arrivait souvent à l’homme d’imprimer à sa pensée une direction invariable qui devenait la régulatrice de sa conduite, et que les succès dépendaient de l'énergique persistance et de l’inébranlable confiance de l’individu. Deux faits m’avaient surtout frappé, les voici :
Un jeune gars d’une intelligence douteuse était repoussé de toutes les jeunes filles de son village, parce que sa misère égalait la pauvreté de son intelligence. Son père, rusé paysan, se mit en tête de marier son fils avec une riche héritière du canton. Son rêve qui paraissait insensé devait cependant devenir une réalité. Il allait chaque jour se placer en face de la maison qu’habitait la jeune fille, et là, immobile comme s’il eût prié, il se disait mentalement : « Mon fils épousera cette jeune fille, il le faut; » et sa pensée, perçant les murailles, allait implanter son idée dans des cerveaux où le désir de cet homme eût paru naguère une folie. Les choses s’arrangèrent bientôt cepen-
NÉVRALGIES, NÉVRITE, MIGRAINE, BTC. 253 dant à la satisfaction du paysan, — la fille riche épousa le fils du pauvre.
— « Je pars et vais chercher fortune; je sens que je la ferai, » disait un jeune homme en quittant son village, et en parlant ainsi il se frappait le front. Son instruction était vulgaire, son avoir léger. En disant adieu à ses parents il ajouta : « Vous voyez bien ce château? un jour je l’achèterai; je serai le seigneur du lieu!» Et il embrassa ses parents. Que devint-il? que fit-il? peu importe; mais son rêve ne le quitta jamais. Certes, on eût bien ri au château de ce langage et de cette folle assurance, car tout y était joyeux et le bonheur semblait y être alors fixé ; mais cela fut àz courte durée. La mort éclaircit bientôt les rangs de la famille et l’intérêt vint semer la division parmi ses membres jadis si unis. Le château dut être mis en vente. En ce moment le rêveur, dont on n’avait pas eu de nouvelles depuis son départ, retournait dans son village, il venait, dit-il, à sa famille, acheter le château, et c’est ce qu’il fit incontinent. Il avait, dira-t-on, travaillé sans relâche en vue d’un seul but, et, la fortune lui avait souri. Cela est vrai, sans doute, mais ce n’est pas tout, sa foi l'avait guidé.
La foi évoque des puissances inconnues et ces agents bons ou mauvais nom prêtent leur concours. Le mal peut répondre comme le bien ; la nature l’a voulu ainsi et nous ne comprenons point ses motifs. L’homme s’imagine qu’il connaît ce qui régit les mondes: on peut sourire à l’aveu de son savoir. Mais la vraie science se fera un jour ; on
25 h THÉRAPEUTIQUE MAGNÉTIQUE.
pénétrera dans le domaine des causes et on sera tout surpris d’y trouver, non la matière telle que nous la concevons, mais des intelligences d’où nous sortons sans doute, car le cordon ombilical qui nous lie à elles n’a jamais été rompu.
On peut lire dans l’histoire qu’un homme loin du pouvoir suprême se dit : « Je régnerai. « Toutes les chances étaient contre lui ; cependant il régna. Je n’en dirai pas davantage.
Et les médecins nous prennent pour des insensés lorsque nous voulons faire mieux qu’eux en suivant une autre route! Ils ne savent point la force d’une idée persistante. Manquant de confiance en eux, ils n’en ont point non plus dans la vertu des remèdes; et n’étant point contrarié, le principe du mal fait ce qu’il veut. Mais la foi, ne l’a pas qui veut ; elle n’est point non plus permanente chez ceux qu’elle illumine: à son défaut, le labeur parfois supplée. C’est pourquoi il ne faut jamais désespérer à cause d’un premier insuccès, mais poursuivre, aa contraire; l’agent magnétique réduit à ses simples vertus est encore bien supérieur aux remèdes, et nous allons continuer de démontrer 6on efficacité.
Traitement du Tic douloureux. — Le tic douloureux doit s’attaquer de face, n’importe le point qu’il allècte. Il faut présenter les doigts en pointe là où la douleur est la plus intense, rester dans cette position quinze ou vingt minutes et même plus. Les artistes qui mettent en œuvre les métaux précieux se servent du chalumeau, et sa lumière brillante et continue leur permet de fondre et de souder des
NÉVRALGIES, NÉVRITE, MIGRAINE, ETC. 255 métaux ensemble. Figurez-vous que vos doigts lancent un feu aussi pénétrant, bien qu’il ne donne point de lumière.
vous serez étonné du résultat de cette pratique, la douleur fuira. Un lord avait un tic grimacier et douloureux, il ne pouvait sortir de chez lui sans se couvrir la face avec un mouchoir. Tous les remèdes avaient échoué. Je le magnétisai selon la méthode que je viens d’indiquer ; la première séance lui donna deux heures de repos, la seconde magnétisation lui en donna quatre. A la troisième application, il put monter à cheval sans souffrir aucunement. Je le magnétisai cinq fois seulement. Il se crut guéri ; peut-être l’ était-il réellement, mais je ne le pensais point ; — cependant je n’en entendis plus parler.
Une dame anglaise de grande distinction souffrait du même mal, et chez elle les douleurs étaient tellement atroces qu’elles ne peuvent se décrire; elles partaient
d’une profonde carie des os de la mâchoire. Le magnétisme fut appliqué avec succès, mais son action n’était point durable; il ne procurait que quelques heures de repos. Quoique ce fût sans doute un grand bienfait, la malade ne s’en contenta point; elle se fit opérer et mourut bientôt des suites de l’opération.
Je n’ai pas besoin de citer d’autres faits pour justifier de l'efficacité du magnétisme dans ces cas désespérés ; nos Annales, d’ailleurs, ajouteront à ces exemples des faits de même nature.
Traitement général des Névralgies. — Dans les affections nerveuses , lorsque vous avez fait cesser la douleur, vous avez fait beaucoup certainement ; mais ces maux avaient une cause qu’il faut chercher à combattre. Ainsi, dans les névralgies diverses, le tic douloureux, dans la névrite, dans les migraines, dans le clou hystérique, il y a à coup sûr des sécrétions supprimées à rétablir, des engorgements à détruire; les causes de ces maladies sont bien souvent dans l’estomac ou les intestins, dans ces matériaux grossiers qui auraient dû circuler, être extraits dans le temps, ef qui, ne l’ayant pas été, ont été absorbés et portés soit dans le torrent de la circulation, soit dans les tissus. On ne les y aperçoit point ou il faut une grande perspicacité pour cela, car la couleur de la peau, la teinte du visage, l’odeur de l’haleine, le défaut d’appétit, la démarche irrégulière, la gêne qu’on en éprouve, tout atteste que le système nerveux n’est plus libre dans son action, ou que, paraissant l’être, il a reçu
NÉVRALGIES, NÉVRITE, MIGRAINE, ETC. 257 lui aussi des atteintes. L’agent qui circule en lui est mélangé; il échauffe, brûle, et si l’on n’a corrigé tout ce qui est venu troubler l’équilibre, on s’expose à des récidives de douleur. Il faut donc que les magnétistes, après leur premier succès, portent leur attention sur les intestins, qu’ils y appliquent les mains et qu’ils cherchent à obtenir ces crises salutaires dont nous avons déjà parlé, et sur lesquelles encore nous reviendrons bientôt : ce sont elles qui guérissent véritablement et qui assurent la durée de la santé. Les remèdes pharmaceutiques sont impuissants contre ces affections; tous ont été essayés, et les médecins ont une expression bien rustique pour peindre l’existence souffreteuse de ces pauvres malades, ils les appellent vaches à lait de la médecine. C’est qu’ils n’arrivent point à extraire le poison fourni parles intestins qui s’est introduit dans le sang, et qu’ils ne peuvent empêcher ces vapeurs qui viennent du grand égout de monter au cerveau comme si la tête était devenue un têtard d’alambic. Aussi voyez ce que produit le magnétisme bien appliqué : il produit des sueurs, des garde-robes souvent en quantité ; il fait plus parfois, il allume une sorte d’incendie, les malades éprouvent une chaleur considérable ; une combustion véritable s’opère sans flamme apparente, des huiles volatiles brûlent, et la nature détruit ainsi ce qu’elle ne peut extraire autrement.
Que cela soit un guide pour ceux qui cherchent à guérir par des procédés magnétiques ; qu’ils ne craignent point d’exciter le système nerveux et de rendre l’action
magnétique générale. S’ils ne voient point se produire chez le malade quelques-uns des phénomènes que je viens de décrire, leur magnétisation n’aura été qu’un palliatif.
On doit chercher à remuer ce qui est en repos, à produire le mouvement du sang et des humeurs, afin que la nature passe tout à son crible ou à ses fourneaux. Peutêtre ne serai-je point compris actuellement, mais un jour on dira que je connaissais bien mon art.
Ne vous occupez point des extrémités inférieures; magnétisez tout le tronc. Si le sommeil vient, ne vous en occupez point, à moins que ce sommeil ne soit lucide, mais continuez de magnétiser tantôt le ventre ou l’estomac. Appliquez vos mains sur les hypocondres , et aussitôt que vous aurez reconnu la voie d’expulsion que la nature aura choisie, secondez-la en dirigeant de ce côté vos émissions magnétiques; puis vers la fin de votre opération, faites sortir par des passes générales le calorique humain surabondant qui se sera accumulé au cerveau.
La durée de ces traitements ne peut être indiquée, elle dépend de beaucoup de causes morales ou physiques variables à l’infini ; mais lorsque vous apercevez une sorte de répulsion du malade pour les soins que vous lui prodiguez, la nature est satisfaite, cessez votre traitement. J’ai vu ainsi des malades continuer d’aller très-bien et guérir même complètement, quoique j’eusse jugé que le magnétisme fût encore nécessaire.
ALIÉNATION MENTALE
ALIÉNATION MENTALE (Folie).
Caractères de la Folie. — Elle est caractérisée par le désordre chronique de l’intelligence, elle s’appelle alors Manie; si le désordre est partiel c’est la Monomanie; congénial, c’est \' Idiotie; accidentel, c’est la Démence.
Les animaux sont rarement atteints de -folie; l’homme en est toujours menacé. Quelques médecins ont prétemlu que plus il se civilisait, plus il devenait susceptible de dérangement des facultés mentales; en sorte que ce qui élève l’homme, le développe davantage, serait pour lui la cause la plus prochaine de ses tourments et de sa dégradation. Par conséquent, l’homme de génie serait constamment plus ou moins atteint de folie; aussi, selon ces physiologistes, Socrate était un fou ; Galilée, un fou ; Jésus, un fou, etc. Se pouvait-il paradoxe plus étrange? Est-ce donc que la sagesse n’aurait de raison d’être qu’entre le génie et l’ignorance?... Quelle belle chose ce doit être que cette science physiologique qui sert à étayer de telles thèses !
La folie se produit le plus communément par le déplacement lent ou rapide d’agents fluidiques qui, attirés vers le cerveau par une cause externe ou interne, car les idées,
quoique n’étant pas matière, sont aussi des forces, en modifient la substance et troublent ainsi l’entendement.
On guérit peu de fous, et dans les cas de guérison les rechutes sont à redouter, tant les racines du mal sont cachées et difficiles à atteindre.
Nous n’essayerons pas de rechercher ni de décrire les causes de la folie ; ce travail occuperait une trop grande place dans notre volume. Il y a des folies qui résultent de la constitution physique de l’être ; d’autres qui viennent de son moral ; d’autres qui sont la conséquence d’excès , de débauches, de la surexcitation des passions. 11 en est de fatales , comme par exemple, celles qui viennent de ce qu’une âme trop forte est logée dans un corps trop faible. Tous les fous ne sont pas dangereux : il est d’innocentes folies qui se font facilement supporter, mais on doit toujours craindre, car le calme apparent peut en un instant être remplacé par la fureur.
Quel que soit le genre de folie confirmée, la médecine est impuissante ; le magnétisme seul, employé au début, peut rendre d’éminents services en raison même de sa nature.
Traitement de la Folie. — En général, les fous ne veulent pas se laisser magnétiser. Quelque tentative qu’on fasse, la plupart montrent une opiniâtreté presque invincible. Ils se trouvent, d’ailleurs, dans une situation où les conditions pour agir efficacement sont mauvaises. Si l’on pouvait les magnétiser pendant leur sommeil, les prendre dans le calme, on leur ferait certainement beaucoup de bien ; mais leur activité presque toujours fébrile laisse peu
ALIÉNATION MBNTALB. 261
de prise au magnétiseur : il n’est pas monté au même ton, tant s’en faut, il est relativement plus faible. Cependant , les livres écrits sur le magnétisme contiennent quelques cas de guérisons obtenués à la suite de crises affreuses, par une patience à toute épreuve, un dévouement sans bornes. Pour moi, je n’ai pu que faire cesser des folies accidentelles, des délires dont les racines n’étaient pas profondes; il est vrai que je n’ai jamais recherché ces traitements, je les ai fuis plutôt, car cette dégradation morale affligeait trop vivement mon esprit.
Les folies furieuses, qui sont quelquefois la suite de la grossesse, de couches, du sevrage, de la première apparition tardive des menstrues ou de leur suppression, sont traitées avantageusement par le magnétisme. Il en est de même dans certains cas de folie furieuse qu’on voit apparaître dans quelques fièvres. Des passes longitudinales faites de la tête aux pieds donneront à coup sûr issue aux vapeurs que la fièvre a fait monter vers le cerveau, et rendront celle-ci simple à traiter, .car dans ce cas le délire et la folie ne sont que des accidents secondaires ou sympathiques.
DÉLIRE, DELIRIUM TREMENS (Folie des ivrognes).
11 n’est pas besoin de donner les caractères de la première affection.
Caractères du Delirium trcmens. — Cette affection est toujours le résultat de l’abus des boissons fortes; elle entraîne le désordre de l’intelligence, le tremblement des membres, l’insomnie et l’embarras de la prononciation.
Sa durée est variable ; mais il est bien rare qu’elle ait une terminaison fâcheuse.
Dans beaucoup de maladies aiguës, le délire se montre, complique les désordres et vient embarrasser les médecins; — le délire est toujours une chose très-grave, parce qu’il témoigne du travail profond et violent qui se fait dans l’organisation des malades. .La cause du délire peut exister loin du cerveau.
Dans les fièvres typhoïdes (anciennes fièvres pernicieuses), dans les inflammations d’estomac, etc., où l’on voit souvent le délire se manifester, le magnétisme en a bientôt raison, parce qu’il n’est là qu’un accident secondaire. On en acquiert bientôt la preuve en le voyant rapidement disparaître sous l’influence de l’action magnétique. Ce résultat est si instantané parfois, qu’il semble tenir du prodige ; mais le magnétiseur qui comprend est loin de
ALIÉNATION MENTALE. 263
s’abuser, il sait qu’il n’a détruit qu’un effet de la maladie principale. Combien néanmoins le résultat est heureux, et quel avantage le médecin éclairé pourrait retirer de l’application du magnétisme! 11 saurait immédiatement, par la disparitiondes symptômes secondaires, consécutifs, quel est l’unique foyer du mal. Plus tard, d’ailleurs, le môme agent, poursuivant jusque dans le dernier refuge qu’il vient de dévoiler la cause de tous les désordres précédents, luttera avec elle et luttera victorieusement.
Traitement du Délire et du Delirium tremens. — Pour agir sur l’être délirant, il faut faire des passes longitudinales. Que les mouvements soient rapides : on ne doit point s’arrêter sur le cerveau, mais seulement passer les mains devant. Quand on a ainsi appliqué le magnétisme pendant vingt ou vingt-cinq minutes, il faut, si l’on peut , faire des frictions magnétiques sur les membres et le tronc; je dis frictions magnétiques, car le toucher doit être accompagné de la volonté de magnétiser et du désir de faire du bien.
Pour compléter ce que je dis du traitement du délire , je vais rappeler un cas que j’ai signalé déjà dans mon ouvrage : LE MAGNÉTISME OPPOSÉ A LA MÉDECINE.
A Reims, qui fut la première ville par laquelle je commençai mes pérégrinations pour la propagande magnétique, plusieurs médecins vinrent me prier de faire pour eux un cours de magnétisme à l’hôpital.
« Le premier sujet que l’on tne donna à magnétiser fut une jeune fille qui, depuis trois ou quatre mois, était dans
un état de délire nerveux, avec des accès qui se répétaient quelquefois cinquante ou soixante fois dans un jour. Pendant ses accès, elle chantait, criait, hurlait, apostrophait l’une après l’autre les malades de l'hôpital, et troublait ainsi nuit et jour ce lieu déjà si rempli de douleurs.
» La première séance n’offrit rien de remarquable. Le second jour, rien de sensible encore : la malade cherchait à me donner des coups de pieds et à me cracher à la figure.
■ La troisième séance touchait presque à sa fin, qu’aucun symptôme de l'action magnétique ne s’était encore fait apercevoir. N’attendant plus rien ce jour-là, j’allais renvoyer au lendemain la suite de l’épreuve , lorsque tout à coup la jeune fille s’affaisse et tombe dans le somnambulisme le plus profond. Plus de sensibilité, plus d’audition, plus de vision, quoique les yeux fussent ouverts ; ce corps vivait par moi et pour moi seul. Trois semaines plus tard, elle sortait de l’hôpital en pleine convalescence. L’un de mes élèves, négociant honorable, la recueillit à sa campagne et acheva son traitement. »
Cet exemple peut servir d’instruction aux impatients. La nature ne cède pas toujours instantanément à nos sollicitations ; il faut savoir attendre.
Caractères de l’Hypocondrie. — C’est le premier degré des affections qui par l’illusion, les hallucinations, conduisent à la folie ; mais fort heureusement il n’en est pas toujours ainsi, tant s’en faut. L’hypocondriaque accuse des maux dont rien ne témoigne l’existence en lui, craint outre mesure ceux qui peuvent survenir, ou s’exagère la gravité de ceux qu’il éprouve. La sensibilité devient d’une délicatesse, d’une finesse extrême, et donne lieu à de nouveaux tourments; l’action des sens, l’intelligence, tout est exalté, comme en fermentation, et sollicite constamment l’attention du malade. L’hypocondrie n’entraîne bien souvent qu’un trouble léger et momentané de la sensibilité et de l’intelligence , mais il peut devenir profond au point d’influencer toutes les fonctions organiques, et c’est ce qui explique cette variété de souffrances dont se plaignent parfois les hypocondriaques.
Caractères des Illusions. — Les illusions sont le résultat du trouble ou de la perversion des sens qui induisent le jugement en erreur sur les qualités, la forme, l’importance des signes sensibles soumis à son appréciation : il y a les illusions de l’ouïe, de la vue, du toucher, de l’odorat et du
266 THÉRAPBUT1QCE MAGNÉTIQUE.
goût, et celles de la sensibilité générale externe ou interne.
Caractères des Hallucinations. — Les hallucinations résultent de perceptions de signes qui n’ont aucune réalité apparente et que l’on suppose être des créations du cerveau. Comme dans les illusions, tous les sens et la sensibilité générale peuvent être affectés. Ces deux affections peuvent même exister concurremment.
Il est difficile de pénétrer la nature de ces affections. Les médecins y ont échoué et il devait en être ainsi. Quand un trouble existe dans les idées et qu’aucun agent chimique ou physique ne l’a point déterminé, il faut, pour le comprendre, pénétrer jusque dans le sanctuaire de la vie et voir l’effet produit par une simple parole, par une idée, par une image. Comment ce qui paraît n’étre rten s’incarne-t-il en nous et y domine-t-il au point d’influencer notre raison en troublant notre entendement? Presque toutes les hallucinations ont une origine intellectuelle, c’est-à-dire qu’elles résultent de l’action exercée sur nous par la parole d’autrui, par des lectures, et par le travail qui s’est opéré dans notre cerveau pour le classement des impressions éprouvées. On voit de suite où nous conduiraient ces recherches, à nous halluciner nous-mêmes; car l’œil humain n’est point fait pour percevoir ce qui n’est pointmatériel. Mettant de côté tout ce qui se rapporte aux hallucinations signalées par les médecins dans ce qu’ils ont observé touchant les faits produits par l’opium, le haschisch, etc...., nous allons examiner comment et pourquoi le magnétisme et le spiritualisme ont pu déterminer sur bon nombre d’indi-
HYPOCONDRIE, ILLUSIONS, HALLUCINATIONS. 267 vidus des plus intelligents des hallucinations dont le caractère se rapporte à ce que nous avons dit plus haut, c’est-à-dire que ces hallucinations ont pour origine une cause purement intellectuelle, identique à celle qui est déterminée quelquefois par l’enseignement des doctrines religieuses. Tout magnétiste sait que pour peu qu’un individu se soit montré sensible au magnétisme, il est facile de produire en lui des impressions, il est facile d’implanter dans son cerveau tout un monde fantastique, que le magnétisé croira véritable sans qu’on puisse, pendant quelques instants, le détromper, ni lui faire comprendre que ce qu’il a aperçu n’était qu’imaginaire : l’on y arrive parfaitement néanmoins ; l’action magnétique cessant, les perceptions s’effacent comme celles qui ont lieu dans les rêves. Dans la veille, nous créons en nous-mêmes des images que nous distinguons difficilement de celles qui nous viennent du monde extérieur : ce qu’on appelle l’imagination s’empare de ces créations, les grossit et leur donne une apparence de réalité à laquelle nous finissons par croire, et il est bien rare qu’on parvienne à nous détromper et à nous rappeler à la réalité. C’est pourquoi nous voyons souvent le mélange de la persistance de la raison et de l’exercice d’un jugement sain pour une série des actes de la vie, tandis que le reste ne présente plus qu’une sophistication malsaine sur laquelle la raison d’autrui ni les médicaments n’ont aucun empire. On a vu des hallucinés retrouver leur raison pour toute chose par la propre force de leur entendement.
Un homme extrêmement instruit, avec lequel je conversais souvent, s’arrêta un jour tout à coup et me dit d’un air convaincu : «N’apercevez- vous pas à quatre pas de moi le diable qui me jette des poignées d’araignées? « Je ne cherchai point à le contredire, j’aurais échoué dans ma tentative.
Un autre homme, j’en connais plusieurs de cette sorte tous également instruits, s’imagine qu’un craquement de meuble ou le bruit que produit le bois d’un panneau par l’effet du resserrement ou de la dilatation de ses tissus, est produit par un Esprit qui lui donne, n’importe où il se trouve, une approbation on un avertissement. On perdrait son temps à le contredire.
Un autre encore, assez capable, croit que Jésus lui parle constamment; il s’agenouille, prie et sermonne. On ne le tirerait point de l’erreur dans laquelle il est plongé.
J’en ai connu une centaine d’autres qui se croyaient magnétisés ou électrisés à distance. Ils souffraient beaucoup de cette croyance imaginaire, car on ne s’occupait point d’eux.
Mais je n’en finirais pas si je voulais décrire tous les genres d’illusion et d’hallucination que j’ai constatés. Depuis l’enfant jusqu’au vieillard, tous ont une tocade. Dieu la leur a donnée sans doute pour qu’il n’y ait point uniformité et monotonie. Peut-être moi-même n’en suis-je point exempt ; cela ne m’a pas empêché, pendant près d’un demi-siècle, de combattre pour soutenir une vérité dont sans raison les savants ne voulaient point, parce qu’ils
HYPOCONDRIE, ILLESIONS, HALLUCINATIONS. 269
avaient sans doute une hallucination commune à l’endroit de cette vérité.
L’hypocondrie, les illusions, les hallucinations sont des affections sœurs et ne sont qu’une folie mitigée, adoucie ; c’est pourquoi on peut avoir l’espoir de guérir, non pas tous ceux qui en sont affectés, mais quelques-uns d’entre eux. Lorsque tout à l’heure nous nous occuperons des maladies dont le siège est dans l’abdomen, nous montrerons que plusieurs affections morales de cette espèce viennent évidemment du tube intestinal, du foie, de l’estomac, enfin d’une foule de sécrétions supprimées ou seulement diminuées; il n’en faut pas davantage pour amener des désordres considérables dans l’état moral et porter au suicide. Pour opérer des guérisons surprenantes d’affections morales de cette nature, il faut s’attaquer à la cause première des désordres, rétablir les fonctions des organes. Le magnétisme montrera là sa puissance. Où tous les remèdes auront échoué, il produira des crises nécessaires et inattendues, il changera ainsi ou modifiera la constitution et fera tout rentrer dans la loi primitive qui est la santé et l’harmonie des fonctions.
Mais pour bien comprendre les déviations à cette loi, il faudrait avoir le type primitif sous les yeux et suivre l’esprit dans les transmutations qu’il fait de la matière ; il faudrait savoir si les matériaux de son édifice qu’il puise en nous d’abord, hors de nous ensuite, et en lui-même, si ces matériaux sont convenables et sains. L’édifice humain se construit selon les vues d’un architecte divin, ses plans
sont exacts, ses calculs certains, mais le reste appartient à celui qui exécute les dessins, et il n’a pas toujours ce qu’il lui faut pour édifier. D’abord le moule peut être altéré, empoisonné, et c’est avec cette sophistication qu’il commence à bâtir; le milieu même où il se trouve peut être défavorable et vicié, tout ce qui lui viendra ensuite peut être trop riche ou trop pauvre en matériaux nutritifs ; pour cette besogne qui ne s’interrompt point, il ne peut prendre ailleurs que dans ses magasins ce qui doit consolider ses premières assises. Nous n’avons fait qu’indiquer les causes premières et bien éloignées des maladies, causes qui se manifestent par le gonflement, la croissance exagérée de certains organes, par l’amoindrissement et le peu de développement de certains autres ; la nature redresse autant qu’il dépend d’elle toutes ses déviations; elle cherche constamment à faire tout rentrer dans la loi primitive, mais trop souvent elle ne peut y parvenir; aveugles que nous sommes, nous la forçons à abandonner son travail.
On redresse une branche d’arbre, un bras, une jambe, mais redresser un esprit ne peut se faire de la même manière, et les remèdes sont impuissants. Un esprit seul peut agir sur un esprit, une âme forte sur une âme faible ; mais un grand nombre d’hallucinés opposent une force morale très-grande. Vous n’avez de succès à espérer que dans quelques cas où les humeurs ont dérangé ou altéré les rouages de la machine humaine et par là troublé l’entendement, comme vous l’apercevrez toujours dans l’hvpocondrie. Là, si vous cherchez bien, peut-être trouverez-vous
la cause du mal ; si le système nerveux était seul affecté, le magnétisme ne pourrait déterminer des déjections, des vomissements même comme il en produit souvent Les médecins ne prêtent point assez d’attention à la couleur de la peau des malades, son tissu est souvent rempli par des matériaux qui n’ont pu sortir; il suffit qu’une fonction s’arrête ou diminne son travail de chaque instant pour que le malaise se manifeste en nous. On a rarement connaissance des petites altérations, et ce sont elles qui amènent les grands désordres. J’ai vu l’hypocondrie céder après de nombreuses évacuations produites par la magnétisation, et la peau prendre une autre teinte. Les médecins tirent souvent un grand parti des purgatifs, mais ceux-ci n’ont d’action que sur les intestins; le magnétisme agit généralement, et les matériaux qui étaient sortis de leur voie naturelle d’expulsion y reviennent par des routes différentes; vous avez l’indice du travail qui s’opère chez le malade par la chaleur que vous développez, par l’augmentation du pouls. Souvent les malades, pendant l’opération magnétique, aspirent fréquemment, il semble qu’ils sentent que l’électricité de l’air leur soit nécessaire, ils bâillent fréquemment, ce n’est point que l’ennui les domine, mais la nature a besoin de cette masse d’air pour en tirer des éléments d’activité.
Les causes de cette maladie, je parle de l’hypocondrie, Bont souvent dans le régime alimentaire, dans les habitudes des malades; on en a vu guérir par le changement de lieu et de régime. Comme on le voit, il est bien difficile
d’exercer la médecine avec succès, les malades en font la triste épreuve. Ceux de la catégorie désignée plus haut se plaignent sans cesse sans qu’il soit possible d’apercevoir la cause de leurs maux ; cependant jamais, je le crois, un être humain ne se plaint sans qu’il ne sente en lui un trouble plus ou moins grand : l’homme en parfaite santé ne se plaint point. On dit au malade: «Votre mal est imaginaire, vos organes sont sains, vous n’avez rien, » tandis que le malade dans son intérieur, entend une voix plus convaincante qui ne cesse de lui dire : * Veille sur toi, cherche un remède; » mais communément le remède ne se trouve point. Un de mes tourments a été mon insuffisance, mon manque de lumières dans beaucoup de cas. Réfléchissant sur l’art de la médecine, j’en ai souvent déploré l’inanité, et c’est surtout dans les maux qui agissent sur le moral que l’on aperçoit les difficultés que rencontre la médecine des écoles. Le magnétisme a cet avantage qu’il n’augmente point le trouble existant ; c’est pourquoi il doit être employé.
Ah ! je soupçonne que le magnétisme donnera naissance à un art magnifique, qu’il sortira de lui une science profonde; je n’en veux pour preuve que les lumières fournies par le somnambulisme et le magnifique travail que le magnétisme ne fait pas seulement soupçonner en nous, mais qu’il nous laisse voir lorsque nous voulons bien l’examiner. Sublime étude qui passionne et ravit l’amant de la vérité ! Ah ! n’allez pas chercher la science vraie dans vos écoles de médecine, elle n’y est pas ; n’étudiez pas la na-
ture dans les livres écrits à son sujet, vous ne la comprendrez pas, mais considérez attentivement les opérations de l’esprit qui vous constitue et vous aurez d’autres idées sur la création ! Jusqu’ici vous n’avez vu que la matière, peutêtre verrez-vous celui qui la divise, la pétrit, la transmue et la vivifie. Mais j’entre dans le domaine de la philosophie; qu’y ferais- je, moi qui n’ai fait qu’entrevoir les sublimes ouvrages de Dieu ?... Je reviens au parti que vous pouvez tirer du magnétisme pour soulager vos maux. Mes indications seront certaines et reposeront sur des données fournies par l’expérience ; là je ne puis me tromper, les résultats du magnétisme sont tellement évidents que l’esprit le plus borné doit en être frappé.
Traitement de l’Hypocondrie. — 11 faut s’attendre à un long labeur, le travail d’épuration ne se fait que trèslentement. 11 faut d’abord magnétiser généralement et avec énergie; une molle magnétisation ne ferait rien. Après quelques applications, vous vous assurerez si les urines sont plus chargées que d’habitude, vous verrez si la peau est plus humide, vous vous informerez s’il y a eu plusde garderobes que de coutume, ou des différences dans les heures de sommeil, toutes choses qui sont l’indice d’une action positive; car, nous l’avons dit déjà, il est bien rare qu’une maladie se guérisse à petit bruit, sans qu’on aperçoive des résultats matériels produits par le magnétisme. Je suis si convaincu de cela que je ne crois au rétablissement d’un malade, à sa cure complète, que lorsque j’ai aperçu et constaté des sécrétions particulières et différentes de celles
qui avaient lieu ordinairement. Quand un organe sécréteur commence sous vos mains à fonctionner, activez-le, ne craignez rien; vous pourrez toujours, en ralentissant votre action magnétique, diminuer son activité si elle vous paraît devenir exagérée, la nature n’obéissant qu’à vos impulsions. Le malade doit graduellement, par suite, voir la diminution de ce qui l’opprime. Vous ne devez ni chercher le sommeil magnétique, ni des excitations nerveuses ; mais vous devez vous borner simplement à une magnétisation de chaque jour pendant 30 ou 40 minutes, jusqu’à parfait rétablissement.
Traitement des Illusions et des Hallucinations. — Contredire les hallucinés, ce n’est pas le moyen d’obtenir quelque succès ; ils ont réponse à tout et vous ne pourrez les convaincre. Il faut entrer doucement dans leurs idées, les plaindre, et ils vous écouteront. J’ai guéri quelques-uns de ces malheureux, qui se croyaient ensorcelés ou qui entendaient des voix, en entrant pour un instant dans leurs idées et en les magnétisant à la base du crâne. J’ai obtenu ainsi parfois des secousses, comme les produirait une machine électrique, après lesquelles ils accusaient un grand soulagement : les voix cessaient de se faire entendre, et les malades rentrant dans leur vie normale, se croyaient débarrassés à tout jamais de leurs tourments ; mais il n’en était pas toujours ainsi, leur mémoire trop fidèle à d’anciennes impressions, devenait la cause de la reproduction des mêmes symptômes.
D’un air, d’un chant que nous avons entendu, nous ré-
HYPOCONDRIE, ILLUSIONS, HALLUCINATIONS. 275 pétons souvent sans le vouloir le rhythme et les paroles ; l’halluciné se trouve dans une condition à peu près semblable : ses sensations sont fausses, mais sa mémoire agit, et il est bien difficile de détruire son empire. Là est la source des difficultés de ces traitements. Nous n’avons point la ressource de l’eau du Léthé; bien que le magnétisme assoupisse, émousse les excitations trop vives, il nous faut un temps assez long pour détruire leur effet.
Un fait singulier a appelé toute notre attention et nous a porté à réfléchir ; il est si curieux que nous ne pouvons nous empêcher de le décrire, le voici : Un jeune homme très-épris, amoureux jusqu’au délire, se voyant refuser l’objet de son amour par des parents intraitables, résolut de mourir. Après une dernière tentative pour obtenir la main de celle qu’il adorait et un nouveau refus, il alla se précipiter dans la Seine, d’où il ne fut retiré qne par miracle. Transporté chez lui, il fut bientôt remis. Sur la nouvelle qu’ils eurent de ce qui s’était passé, les parents consentirent au mariage. On vint annoncer cet heureux changement au jeune homme, qui, se redressant avec fierté, au lieu d’accueillir le messager avec empressement, répondit: «Je n’en veux plus, je n’ai plus d’amour, je suis guéri ; » et en effet il l’était véritablement : une chute violente, l’immersion dans l’eau, avaient produit un choc dont l’effet avait déterminéson changementd’idées.
Serait-il si difficile à croire maintenant que par des secousses magnétiques, le même phénomène ne puisse se produire? Il s’agit seulement de les obtenir. Mais il est
bien rare qu’un halluciné soit passif pendant votre opération ; son esprit travaille, son idée fixe détruit votre action ou vous empêche d’agir. Il cesse d’être dans les conditions de celui qui attend ou espère la santé; l’énergie morale, par cela seul qu’elle est dirigée en vue d’un seul objet, domine l’action magnétique d’autrui. C’est pourquoi il est difficile de réussir, à moins de les magnétiser dans le sommeil, ce qui présente des difficultés insurmontables.
ASTHÉNIE
Caractères de l' Asthénie. — Langueur générale, digestion difficile, appétit nul, constipation ou diarrhée, circulation gênée, palpitations, transpiration extrêmement facile. I.e malade ne peut supporter les températures extrêmes ; l’exercice même léger fait naître un mouvement fiévreux qui disparaît ordinairement avec le repos. L’asthénie se montre isolément ou comme complication d’autres maladies. Elle est le produit d’excès prolongés ou de l’appauvrissement du sang.
Traitement. — La puissance nerveuse manque dans ces cas, l’organisation fléchit. Le magnétisme peut être em-
ASTHÉNIE
ployé avec succès, mais j’ai remarqué qu’on obtenait de meilleurs résultats par des magnétisations locales que par une action générale. Dans ce dernier cas l’agent glisse et disparaît sans se souder aux forces restant dans le corps du malade, tandis que l’application des mains sur différentes régions, comme le ventre, la poitrine et l’estomac, le fait s’incorporer et y jouer un rôle actif. On doit laisser les mains plusieurs minutes de suite fixées comme un topique sur les parties du corps désignées, puis choisir d’autres régions et revenir ensuite aux premiers endroits actionnés. 11 n’est jamais nécessaire ici de démagnétiser le malade, et l’on ne doit jamais craindre de trop magnétiser ; il n’est pas nécessaire de chercher le sommeil, il viendra de lui-même avec la richesse vitale renaissante. C’est là une véritable transfusion de vie bien préférable à celle du sang, tentée dans divers cas, sans succès. Le sang d’autrui ne peut porter dans les organes du malade que des germes nouveaux plus dangereux souvent que ceux qui y existent, et tout conseillerait aux médecins de discontinuer leurs essais. La vie seule peut donner la vie, et elle ne se trouve point dans les drogues, celles-ci n’agissant qu’en produisant l’aversion, l’énergie des tissus est indispensable pour que la réaction qu’elles sollicitent soit possible. Quand nature ne veut, médecin ne peut.
C’est dans le tube intestinal que les maladies les plus opiniâtres et les plus dangereuses prennent naissance, ce sont aussi les plus difficiles à traiter. Parmi les charlatans de tous les temps et de tous les pays, ceux qui ont eu le plus de réputation et gagné les plus grandes fortunes ont été les inventeurs de compositions purgatives où il entrait de violents drastiques, tels que le jalap, I’aloès, la scammonée, quelque peu d’émétique et d’autres ingrédients dont le secret leur appartenait; aujourd’hui même, toutes les officines sont remplies de pilules composées pour agir sur les instestins, de manière à provoquer des garderobes en stimulant les tissus, en les contractant et les convulsant. On a senti l'avantage qu’il y avait â nettoyer , purger cet égout des matières qui ne cessent de s’v accumuler et qui l’engorgent. Les purgatifs sont donc un des moyens de la médecine les plus efficaces pour guérir certaines maladies et pour diminuer plus généralement la gravité d’une foule de désordres.
L’appareil digestif a besoin, pour que la santé ne s’altère point, de fonctionner régulièrement; il a besoin que les matériaux de la digestion et de la nutrition s’écoulent et se renouvellent sans cesse, de peur que, par leur séjour
trop prolongé dans une partie, ils ne s’altèrent et ne communiquent des produits altérés aux autres organes. La vie ne s’entretient que par le produit des digestions, que par une élaboration constante, une sorte de distillation au moyen de laquelle la nature extrait ce qu’il y a de plus pur dans ce qui est sans cesse versé dans ce laboratoire mystérieux. Ayant besoin constamment de réparer l’édifice dont la dégradation est également constante, la naturedoit, pour maintenir l’équilibre entre les pièces qui composent le mécanisme, remplacer les molécules impures qui se détachent par d'autres molécules propres ù combler le vide ; elle ne peut prendre au dehors ce qui ne s’y trouve point, car c’est du dedans seul qu’elle doit tirer ce qui constitue et entretient la vie.
Si les fonctions sont troublées, les produits en seront nécessairement altérés, une sorte de malaise commencera immédiatement, et l’infection des tissus ne manquera pas d’avoir lieu ; si cet état continue, il donnera lieu à de véritables maladies, à des migraines; il disposera à l’apoplexie, à l’hypocondrie , à la mélancolie , h des douleurs sourdes, enfin à une foule de malaises qu’il serait trop long d’énumérer.
Mais l’action des purgatifs ne combat que quelques dérangements, et s’ils vident l’intestin, ils ne le guérissent point, s’il est lui-même malade, parce qu’ils sont bornés dans leurs effets et qu’ils n’agissent presque que mécaniquement. Aussi voyons-nous ceux qui commencent à en faire usage, forcés d’y revenir sans cesse ; c’est un besoin
d’autant plus impérieux , qu’avec leur concours les organes deviennent paresseux et que la nature s’habitue à cet auxiliaire. La méthode des purgatifs a sans doute son utilité, mais elle se borne à vider l’intestin.
Je n’entre ici dans le domaine de la médecine purgeante que pour rendre hommage à ce qu’elle a de plus certain etde moins faillible. Dans une infinité d’engorgements d’intestins, nous n’avons pas besoin d’avoir recours à des médicaments pour détruire et pour chasser ce qui opprime les forces et les vicie; le magnétisme fait son office sans tuer la sensibilité de l’intestin, mais au contraire en la ravivant ; il ne purge pas seulement , car, agissant comme force médicatrice, il répare en même temps l’altération des tissus, ce que les médicaments ne sauraient faire. Un des premiers bienfaits du magnétisme est donc de provoquer des évacuations lorsqu’elles sont nécessaires, et dans ce cas elles sont si nombreuses, qu’il est difficile de croire que tous les matériaux ainsi expulsés puissent venir de l’intestin ; il semble que la nature se soit complu h aller rechercher, reprendre toute la matière impure qui avait été absorbée et portée dans les tissus. C’est ainsi que nous avons vu rejeter des matériaux de diverses couleurs et de consistances huileuse, glaireuse, dure et compacte, quelquefois même plâtreuse, sablonneuse; d’autres fois, les matières étaient mêlées de sang noir , ou étaient simplement liquides ettransparentes; quelques-unes de ces déjections rendaientune odeur infecte, comme si elles eussent séjourné sur des tissus décomposés, ou fussent venuesd’abcès.
La nature est donc plus savante que tous les médecins; ses combinaisons sont différentes et les résultats qu’elle obtient ne peuvent être comparés.
Que demande-t-elle pour agir, cette nature inconnue, pour pourvoir aux besoins du corps? Rien qu’une addition de puissance dans les parties qui souffrent. Il est remarquable que le magnétisme active, renforce les fonctions des émonctoires, qu’il les rappelle à leur devoir en les sollicitant, en les stimulant d’une manière simple et naturelle. C’est donc un fait acquis à notre science que la production d’évacuations sans qu’il soit besoin d’avoir recours à tout autre auxiliaire ; aussi voyons-nous presque dans toutes les maladies, je ne sais pas même si l’on peut en excepter une seule, aussi voyons-nous, dis-je, se produire ces sortes d’évacuations., précédées ou suivies d’un changement de couleur dans les urines. Il arrive souvent encore que la nature emploie tous les émonctoires à la fois ; et en même temps que s’établissent les sécrétions précédentes; la transpiration se montre tantôt abondante, tantôt insensible et ne se révélant que par des émanations nauséabondes, comme si la vie, présidant à un nettoyage complet de sa machine, se complaisait à en expurger tout ce qui en altérait l’exercice. C’est ici qu’il faut admirer sans comprendre ; muet témoin de ce qui se passe sous vos yeux, vous voyez combien la médecine est dans l’erreur, combien elle s’est écartée du but qu’elle doit atteindre. Mesmer, en publiant son aphorisme, — la nature offre un moyen universel de guérir et de préserver les hommes, — avait donc bien vu.
282 THÉR APEUTIQUE MAGNETIQUE,
son génie avait compris toutes les propriétés bienfaisantes du magnétisme, qui n’est que le plus pur extrait de toutes les forces d’où nous tirons la vie et qui sont répandues dans l’espace. Cet extrait, nous pouvons le transmettre comme nous l’avons reçu ; il révèle ainsi la chaîne qui nous relie les uns aux autres et la puissance de conservation déposée en nous-mêmes.
N’accusons donc plus la nature, elle s’est montrée bonne mère et nous ne sommes que des fils ingrats. Guérir les maladies est chose possible; mais qui guérira les hommes de la manie des remèdes? qui les corrigera de leurs faux instincts, de leurs passions mauvaises et de leurs écarts de régime? Presque tous ne doivent attribuer qu’à leur imprévoyance, qu’à leur incurie, les maux qui les affligent ; leur plainte est insensée, lorsque dans leur délire ils accusent la Providence. En effet, celui-ci périt par trop d’embonpoint, funeste effet de la gourmandise ou de la paresse ; cet autre se tue par trop de travail : l’un abuse du superflu, l’autre manque du nécessaire ; cet autre encore fait abus des liqueurs fortes, d’aliments sophistiqués, de chairs corrompues ; tel, sur son siège une grande partie de la journée, deviendra malade par trop d’inaction ; tel autre, remplissant sa tête de chiffres, appelle à cet organe toutes les forces de la vie ; tel autre encore, par un abus contraire, les dépense à tout venant. Mais pourquoi poursuivrais-je davantage cette revue des causes trop connues des maux qui nous accablent? Irais-je, fouillant dans la vie de chacun et mettant au jour les causes
secrètes de leur maladie, dire ce qui les conduit à leur perte? C’est en vain même qu’on espérerait les guérir tous, Bien peu voudraient ou pourraient changer de régime ; et quand on ferait taire un instant la douleur, ou disparaître la maladie, les mêmes causes ramèneraient bien vite la souffrance; l’on n’est assuré, dans ces conditions, que d’un succès éphémère, mais mon devoir, néanmoins, est de révéler à tous ce qu’ils peuvent pour eux-mêmes.
Lorsque tout à l’heure nous avons parlé des affections intestinales et des moyens à employer pour les guérir magnétiquement, nous n’avons pas spécifié les affections qui ont reçu un nom particulier ; la science médicale s’est complu dans ce travail. Chaque portion d’intestin, chaque région, chaque tissu même, qui forme et compose ce long boa, a sa maladie propre, et qui veut s’en instruire doit avoir recours aux ouvrages d’anatomie et de pathologie, ouvrages instructifs sans doute, mais dont, à la rigueur, un magnétiste peut se passer. Nous ne prétendons nullement faire des médecins d’écoles, mais simplement des guérisseurs; et voici les procédés nécessaires pour guérir les affections du tube intestinal.
Traitement général des affections de l’abdomen. — Toute magnétisation faite pour guérir doit être dirigée sur les intestins. On se place devant le malade que l’on peut laisser assis ou couché à sa convenance; l’on dirige les doigts en pointe sur les circonvolutions intestinales; l’on continue cette manœuvre pendant une dizaine de minutes, puis on applique les mains de place en place, en laissant
au magnétisme le temps de se communiquer et de pénétrer dans les parties que l’on veut atteindre : il faut que les mains soient posées à plat, mais elles ne doivent pas peser trop sur les chairs; il faut qu’une espèce de douce vibration, entretenue par la volonté, imprime aux extrémités une sorte de mouvement galvanique ; les vibrations imprimées aux mains se communiqueront bientôt intérieurement, et, portant avec elles un rudiment de vie, elles détermineront des réactions que nous avons déjà • signalées. Le fluide magnétique, en s’accumulant, fournit à la nature une richesse inespérée dont la dépense se fait lentement, et jamais sans avoir produit d’immenses résultats. Cette magnétisation est donc bienfaisante dans les cas de paresse d’intestin, d’accumulation de matières inactives et gênantes; elle donne le ressort nécessaire pour que les tissus réagissant et se contractant successivement, fassent circuler tout ce qui restait dans un repos forcé. Il n’est pas rare de voir des constipations opiniâtres cesser contre toute attente, et produire ainsi un bien-être inexprimable : la chronicité de cette indisposition n’est point une cause d’insuccès, et les malades, qui depuis des années n’allaient à la garde-robe que deux ou trois fois par mois, ont yu se rétablir un état normal ; mais une magnétisation ne suffit point, il faut la répéter souvent ; à la longue la nature produira les faits que l’on cherche.