LE BEAU COTÉ DE LA MÉDAILLE
Un des fréquents effets du magnétisme, c'est le sommeil particulier connu sous le nom de somnambulisme. Je n’ai pas l’intention de décrire cet état bien connu, dont tous les ouvrages contiennent des relations, mais seulement de faire connaître quelques particularités propres il le faire mieux juger.
Le somnambulisme présente une variété infinie de caractères. Un moyen de les reconnaître et de les juger, c’est de laisser les dormeurs à eux-mémes, toujours plongés dans le sommeil et sous l’influence d’un magnétisme doux, sans que la pensée ou le désir du magnétiseur ait un but déterminé : une sorte de somnambulisme naturel se développe alors, et vous voyez paraître les aptitudes de chacun, les goûts particuliers, les facultés, ce qu’ils tiennent enfin de la nature.
Tenez : en voici un qui devient poète; il compose en ce
moment un drame bien noir, son improvisation n’est point douteuse, il parle haut, refait ou défait sa composition jusqu’il ce que l’idée soit bien rendue... il s’arme alors d’un poignard, frappe furieusement l'objet de son animadversion, il savoure sa vengeance et chante son triomphe.
Voyez-vous cet autre enfourchant une chaise?... 11 se croit sur un cheval rétif, il le pique de l’éperon et le fait courir; son corps se balance et est agité comme si véritablement une bête chevaline était entre ses jambes. Entendez ses apostrophes, ses coups de cravache ; enfin il descend de sa monture content et satisfait, il est fatigué, le voilà qui se repose, il ronfle, puis enfin se réveille.
En voilà un qui est né musicien, il chante et s’écoute chanter, il corrige ses intonations et finit par devenir ennuyeux. C’est monotone, passons.
Je ne crois point que les divers actes que nous venons d’énumérer soient dus à des réminiscences de la veille, je les considérerais plutôt comme le produit des dispositions cachées de leur esprit, dispositions dont l’éclosion n’a eu lieu que dans le sommeil et n’aura peut-être jamais lieu autrement.
Si vous abandonnez ces rêveurs à eux-mêmes, ils finissent par tomber dans une espèce de rêvasserie et ils se réveillent en bâillant et ayant tout oublié : l’écuyer est fatigué, le dramaturge ne se plaint d’aucune gêne, le chanteur se porte bien.
Voulez-vous une preuve nouvelle de la diversité, observée dans le sommeil, des caractères, des aptitudes, des dis-
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positions naturelles des sujets, dispositions qui peuvent plus ou moins être altérées par les exigences de la civilisation et les obligations qu'elle nous impose, car ce que produit la civilisation n’est point l’ouvrage de Dieu, mais qui ne sauraient jamais être entièrement étouffées, — prenez, pour votre étude, un certain nombre de dormeurs ; laissez-les libres de développer leur instinct ou les facultés qu’ils tiennent de la nature : En voilà un qui ne sera jamais médecin, mais il trouvera les choses perdues ou enfouies ; ne le sortez point de sa spécialité, il sera merveilleux. En voici un autre qui n’est apte qu’à la médecine, il ne trouvera rien en dehors des remèdes ; il les connaît par une intuition qui iui est propre. Cet autre est bon pour les voyages, comme disent les magnétiseurs; — en communication avec vous, il vous dira tous les endroits que vous avez parcourus, les joies que vous avez éprouvées comme les' peines qui vous ont affecté ; il vous dira minutieusement les lieux où vous avez séjourné, les meubles qui servaient à votre usage, etc... Éveillé, il ne connaît rien de votre vie; endormi, il est vous-même. Que dis-je? il est plus que vous, car il vous retracera, rappellera des faits, des événements qui n’étaient plus dans votre souvenir au moment de votre interrogation.
En voici encore qui découvrent les gens noyés : plusieurs de ces malheureux, que l’on cherchait vainement, ont été ainsi retrouvés aux endroits indiqués par des somnambules sans qu’ils eussent, à l'état naturel, la moindre connaissance des accidents.
Il y en a d’autres qui trouvent les voleurs, les assassins; qui suivent à la pisle les gens qu’on leur désigne et qui font en définitive des choses merveilleuses. Mais n’allez chez aucun d’eux chercher la constance dans la vision, vous trouveriez à côté de divines facultés des erreurs monstrueuses à constater. D’où vient cette incertitude ? À quoi tient-elle? Elle est très-souvent causée par le consultant, qui apporte dans ses recherches des idées préconçues, et qui exerce ainsi sur le somnambule une fâcheuse influence ; peut-être encore la lumière qui apparaît dans le sommeil se ternit-elle d’elle-même : il y a ici quelque chose de tellement profond, que lorsque l’esprit veut sonder ce mystère il aperçoit que Dieu n’a pas permis que tout fût révélé.
Quelquefois aussi vous arrivez chez le dormeur au moment d'une éclipse causée par un excès de la veille ou du jour, par un écart de régime ou une débauche, une querelle de ménage, etc., toutes causes qui peuvent exercer une influence fâcheuse sur la lucidité magnétique : le sommeil doit se produire dans le calme de l’âme et loin des passions.
Je ne fais qu’esquisser quelques cas de somnambulisme, la variété en est infinie ; les dons de la nature sont si différents qu’on reconnaît bien ici la sagesse de Dieu qui n’a pas voulu donner à un seul ce qui pouvait être divisé.
Plusieurs somnambules peuvent être amenés à faire des choses diverses, mais c’est alors comme chez nous le produit de l’étude ; car dans le sommeil même l’homme peut
recevoir les éléments des sciences, et féconder celles-ci ; il peut acquérir des dons artificiels.
J’ai vu, chose remarquable, quelques somnambules dans l’esprit, dans l’âme desquels venaient se réfléchir, sans travail et sans peine, les événements qui se passaient au loin, les faits actuels, tristes ou gais, qui avaient lieu dans quelque coin de la terre habitée. — A.-t-on vérifié leur dire? Oui, on s’est assuré qu’ils ne s’étaient point trompés; et j’ai remarqué que tout ce qui venait ainsi par ce divin mirage, tout ce qui venait sans sollicitation et comme de lui-même présentait plus de garanties de réalité que ce qui était obtenu de force ou par obséquiosité.
Tout le monde sait qu’un somnambule naturel peut marcher sur les toits, se maintenir sur le faîte, et qu’il 11e perd l’équilibre que lorsqu’on le trouble dans sa promenade nocturne et qu’on cherche à le réveiller. Ce fait est donc acquis; mais ce qu’on ignore généralement, c’est qu’un somnambule magnétique puisse se promener au fond d’une rivière sans être asphyxié par l’eau. Cette expérience a été faite par un médecin de Lyon qui, sur son honneur, m’a affirmé le fait ; par précaution il avait attaché une corde à son sujet et il en tenait l’un des bouts ; le somnambule était descendu dans le Rhône, s’était promené un quart d’heure sous l’eau, et n’en était sorti que lorsque le médecin, se laissant gagner par l’inquiétude, avait retiré la corde. J’avoue que je n’aurais point osé me permettre une telle expérience.
J’ai connu une somnambule, qui a été très-courue à
Paris pendant de longues années, madame Fagard, qui, ignorant la natation, ne s’en jetait pas moins à l’eau pour aller chercher, dans des endroits profonds, des plantes qu’elle croyait salutaires.
lin jeune homme faisait la cour à une demoiselle somnambule; il l’aimait et il en était aimé. L’idée lui vint d’endormir sa fiancée avant l’acte du mariage, et de la tenir dans cet état pendant la cérémonie. 11 exécuta son projet. La jeune fille alla à la mairie et à l’église, toujours en somnambulisme; elle répondit à toutes les questions qui lui furent adressées, et se comporta enfin comme une personne éveillée; personne ne se douta de rien. Plus tard, le magnétiseur n’osa plus réveiller son sujet, la crainte d’une secousse morale trop violente, l’abus condamnable de pouvoir dont il s’était rendu coupable, le remords peut-être... tout conspirait à paralyser, à arrêter la volonté qui s’éveillait souvent en lui, de rendre sa femme à la vie ordinaire. Les jours, les mois se passèrent dans cette hésitation dont un événement important seul parvint à le faire sortir, — sa femme avait conçu dans cet état mystérieux, — il n’hésita plus alors, il la réveilla, mais par degrés, petit î'i petit. Quelque sagesse, quelque prudence qu’il eût apportée à cet acte, il ne put néanmoins éviter le profond étonnement de sa femme. Le*contraste de sa vie de jeune fille et de son état présent avec lequel elle ne pouvait apercevoir de liaison, car elle ignorait tout, — sa volonté n’ayant point participé il ce qui avait été fait, — ce contraste devait apporter un trouble profond dans son intelligence. La secousse
quelle en éprouva faillit la rendre folle. Quel châtiment
pour la témérité du magnétiseur !
Avec une semblable force, un semblable moyen on doit s’attendre à toutes les excentricités possibles.
Depuis longtemps déjà des magnétiseurs font voyager leurs somnambules dans la lune, le soleil et les étoiles : Dieu seul sait si ce qu’elles en rapportent est vrai. Pour moi, je n’ai jamais aimé que les faits qui pouvaient se vérifier, quoique le principe en fût inconnu : avant qu’on se soit rassasié du possible, il s’écoulera bien du temps tant les merveilles sont grandes.
J’ai parlé tout à l’heure de la voyance somnambulique, de cette vue mystérieuse et des paroles prophétiques prononcées dans le sommeil, l’utilité de ces facultés n’est point douteuse; elle est au contraire d’un grand prix. Je prends au hasard quelques attestations dont les faits patents, certifiés, devraient émouvoir les hommes de science et les philosophes ; mais il semble que tous soient morts ou comme morts, car aucun de ces phénomènes, bien propres à agiter l’esprit et à confondre la raison, n’a eu la puissance d’exciter leurs recherches :
ATTESTATIONS AUTHENTIQUES DES FAITS LES PLUS remarquari.es DE LUCIDITÉ.
Je soussigné Christophe Hutin, propriétaire à Bovée, certifie avoir consulté madame Thiriot, de Ligny, dans son
état de somnambulisme, qu’elle a très-bien satisfait h In confiance que j’avais en elle, en m’indiquant le dépôt d’un paquet perdu par mon épouse depuis environ un mois et demi, et détaillé tous les objets qu’il renfermait et que la personne m’en a fait remise à ma satisfaction.
Ce que je certifie sincère et véritable.
Bovée, 26 janvier 1854.
Ch. Hutin.
Vu pour la légalisation de la signature du sieur Hutin Christophe.
Bovée, 26 janvier 1854.
Le Maire, Simon.
Nous, soussignés, tous habitants de la ville de Ligny, attestons et certifions, pour rendre hommage à la vérité, que, le /j novembre 1851, avons consulté dans son sommeil magnétique madame Thiriot, demeurant audit Ligny, à l'effet de connaître, par elle, ce qu’était devenu le sieur Faudot, dudit lieu, disparu de son domicile depuis le 29 octobre même année. La somnambule étant endormie, nous lui avons remis un bonnet de coton appartenant à la personne absente, et posé cette question : • Voyez-vous ce qu’est devenu le mari de madame Faudot qui est ici devant vous? » Environ trois minutes après, elle poussa un soupir et répondit : « Il est mort. — De quelle mort? — Je
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le vois dans un bois, pendu après un chêne au moyen d’une hart au cou. — Dans quelle direction du bois et à quelle distance, le voyez-vous? » Sa réponse ne se fit pas attendre : « Le bois n’est âgé que de cinq à six ans, dit-elle, et c’est bien à cinquante pas dans le bois, le long d’un sentier à gauche du grand chemin. *
Des recherches furent par nous tentées; mais le mauvais temps qu’il faisait ce jour-là nous empêcha de pénétrer dans l’enceinte du bois que nous avait désigné la somnambule ; par conséquent, nos recherches furent infructueuses.
Enfin, le 14 janvier présent mois, un habitant de la commune de Nançois-le-Petit, le sieur Laurin, se trouvant par hasard dans ladite forêt, retrouva le malheureux Faudot, pendu après un chêne, une hart au cou, à la hauteur du sol d’environ trente centimètres, exactement comme nous l’avait dit madame Thiriot lors de notre consultation, à quarante pas. Le bois dans lequel Faudot s’est, donné la mort, se nomme Malval, territoire de Nançois-le-Petit.
Délivré à Ligny, le 2 janvier 1855.
Ont signé : Veuve J.-P. Faudot, Rémy Faudot, Jean- Jacques Kirckler, François Pensey, Chrétien, N. Cuendin Léon Auguste, Varlet, Laurin de Nançois-le-Petit.
Vu pour légalisation de M"1* J.-P. Faudot, de Ligny, et autres.
Ligny, 25 janvier 1855.
Le Maire, Simon.
Nous, soussigné, Hussenot, maire de la commune de Givrauval. canton de Ligny, département de la Meuse, certifie pour rendre hommage h la vérité, que le 19 août 1855, avons consulté, dans son sommeil magnétique, madame Thiriot, demeurant à Ligny, à l’effet de connaître par elle ce qu’était devenu mon fils, disparu depuis deux jours de mon domicile. Madame Thiriot étant dans son sommeil magnétique, nous lui a vonsdemandé : « Voyez-vous ce qu’est devenu notre fils, absent depuis deux jours? » Peu de temps après, elle nous a répondu : « Il est mort. » Nous lui avons demandé:» De quelle mort? — Je vois qu'il est tombé dans la rivière. » — Ce qui était vrai. Nous lui avons demandé aussi l’endroit où il était tombé ; elle nous l’a fait connaître. Nous sommes allés au lieu indiqué, et nous avons retiré notre fils de l’eau, qui était bien mort. C'est pourquoi nous lui avons délivré le présent certificat pour lui servir, le cas échéant.
Givrauval, le 22 août l85o.
Le Maire, C. Hussenot.
Je soussigné, Pierre Charlier, propriétaire, demeurant à Cuisy, canton de Montfaucon, département de la Meuse, certifie avoir consulté madame Thiriot, somnambule de Ligny, le 22 janvier 1856, étant dans son sommeil magnétique.
Je lui ai demandé : « Pouvez-vous me dire ce qu’est de-
venue ma montre, qui m’a été soustraite il y a environ quinze jours?» Deux minutes environ après cette question, la somnambule me répond : « Votre montre n’est pas bien éloignée de chez vous. • J’ai demandé à ladite somnambule ce que le voleur ferait de ma montre et si la vendant il n’aurait pas peur d’être connu, attendu qu’il y avait quelque chose de remarquable à ma montre qui ne se trouvait pas aux autres montres. Ce qui était vrai. Je lui ai demandé cfe qu’elle voyait de remarquable à ladite montre. Elle m’a répondu qu’elle voyait du côté où on la remonte un cercle d’une couleur bleuâtre, et même le verre qui était cassé, ce qui était encore vrai. Mais elle me dit aussitôt de ne pas me tourmenter, qu’elle voyait la personne qui avait soustrait la montre avoir peur de la somnambule, et qu’elle croyait que d’ici à quelques jours l’on rapporterait la mgijtre, de manière à ne pas être vu. En elTet, deux jours après la consultation, vers les six heures du soir, ma femme étant sur le point d’aller rendre une visite dans une maison voisine, ouvre la porte de notre maison et aperçoit aussitôt ma montre accrochée en dehors de ladite porte après la clanche.
Ce que je certifie sincère et véritable.
Cuisy, le 5 février <856.
Cu a h lie r (Pierre).
Nous, soussigné, maire de la commune de Trouville, certifions que, le 6 avril dernier, le sieur Naudin, institu-
teur de ladite commune, étant à se promener sur le chemin vicinal de Trouville à Salmagne, passant sur le pont que traverse la rivière de l'Ornain, il avait aperçu dans ladite en aval du pont un cadavre arrêté sur le gravier. Il est venu aussitôt m’en donner connaissance. Je me suis au même instant transporté sur le lieu dit. J’ai reconnu que c’était la vérité. Au même instant, j’ai fait retirer le cadavre qui m’était inconnu, et je l’ai fait garder par un peloton de garde nationale, et en prévins la justice.
Le lendemain 7, la gendarmerie est venue pour faire la levée du cadavre. Il s’est présenté Anne Bleuse, femme Jacquemin, et Marie Jacquemin, femme Renard, lesquelles m’ont déclaré bien reconnaître ce cadavre. Anne Bleuse me dit : « C’est bien certainement mon mari, et la femme Renard reconnaît que c’est bien son gendre. » Après cette déclaration, j’ai de suite procédé à l’inhumation du corps suicidé. Afin de pouvoir régulariser l’acte de décès dans toutes les formes, je me suis transporté à Ligny, afin de m’assurer. Étant au domicile de la femme Jacquemin, j’ai eu en rencontre madame Thiriot, dite somnambule, demeurant aussi Ligny. Madame Thiriot me dit que, étant dans son sommeil magnétique, elle avait donné connaissance à Anne Bleuse, femme Jacquemin, que son mari s’était jeté à la rivière sur le territoire de Ligny, près les bateaux , et que ladite femme Thiriot lui avait même donné le signalement de tous ses vêtements, et leur avait même dit que ses souliers étaient neufs, qu’il manquait même un clou à celui du pied droit.
Moi, maire, je certifie avoir visité les souliers étant à ses pieds, avoir reconnu que c’était la vérité. La femme Anne Bleuse et la femme Renard m’ont certifié que tout ce qu’elle me disait était vrai.
Ont signé : Veuve Jacquemin, — femme Renard.
C’est pourquoi nous avons délivré le présent à madame Thiriot, pour lui servir au besoin.
Trouville, le 8 avril 1857.
Le maire , J. D. Maybur.
Il me serait facile de citer un grand nombre d’autres faits, de ceux qui me sont personnels ou de ceux provenant de sources authentiques très-respectables ; mais je ne veux fournir qu’une légère indication, afin que les observateurs de cette sublime voyance soient conduits à des recherches utiles pour éclairer de ce flambeau nouveau la science rétrograde et faire comprendre tout ce qu’il y a de trésors enfouis dans les cerveaux humains. En terminant, j’inscrirai ici un fait de voyance, produit par un de mes élèves, parce qu’il fit une assez grande sensation ; pourtant aucun journal n’osa en parler :
« Ce fut le 10 mai 1840, au matin, que Sixdeniers se noya, en partant pour une petite partie de plaisir, accompagné de cinq ou six amis.
» Depuis ce jour, malgré toutes les recherches, le corps n’avait point été retrouvé, et on désespérait de le revoir.
SOM> AMBUI.ISME. 85
Le 14 mai, à dix heures du soir, un ami du malheureux artiste, témoin plusieurs fois de séances magnétiques chez un honnête et respectable négociant de la rue du Bac, imagina de solliciter des somnambules une preuve de leur vision ; il remit, ù cet effet, dans les mains de l’une d’elles un petit portefeuille porté plusieurs fois par Sixdeniers. 11 lui demanda simplement : * Pouvez-vous nous dire où est celui à qui appartient ce portefeuille? » Il est bon qu’on sache que pas un mot touchant cette tragique histoire n’avait été prononcé. Après un quart d’heure de recherche, la somnambule dit : « Que l’on vide la Seine, et on le retrouvera. » Puis, saisie d’effroi et toute tremblante, elle raconta dans tous ses détails l’événement funeste ; elle ajouta que le corps était descendu sous des bateaux, qu’il s’y était accroché, puis, que de nouveau, par le mouvement d’autres bateaux, il avait subi un déplacement, et qu’il lui était impossible de le suivre plus loin.
Cela, quoique singulier, n’était pas satisfàisant. On voulut en savoir davantage, et on se décida à endormir une autre fille qui, elle aussi, avait des perceptions intuitives. On lui remit comme à l’autre le portefeuille, et on lui demanda de quel côté on devait diriger les recherches. Bientôt elle éprouva les émotions de la plus profonde terreur ; sollicitée de continuer, on la vit retrousser le bas de sa robe et marcher comme si elle eût été dans l’eau. Sa mimique exprimait de cruelles angoisses; enfin, elle dit qu’elle voyait le corps entre deux bateaux, un peu audessus du pont des Arts, qu’il était arrêté, mais non accro-
ché, et que le mouvement de l’eau le faisait balancer. Elle dépeignit exactement son costume, dit qu’il n’avait pas de chemise, mais un gilet de laine, etc.
Le lendemain, à cinq heures du matin, des amis et élèves de M. Sixdeniers, sur les indications fournies, se dirigèrent vers l’endroit indiqué, et en y arrivant leur surprise fut extrême, ils aperçurent le corps flottant du malheureux artiste.
Tous ces détails sont de la plus scrupuleuse exactitude, et nous pourrions au besoin faire connaître les personnes présentes aux interrogations de la somnambule et celles qui, ainsi dirigées, ont été à la recherche du cadavre. »
Les médiums n’ont rien produit de plus remarquable en ce genre, ni de plus authentique ; d’où l’on pourrait conclure qu’ils n’ont pas plus de lumières, et que la source de leurs visions est la même.