CE QUE DOIT ÊTRE UN MAGNÉTISEUR DE PROFESSION
On est aujourd’hui assez mal venu à parler de vertu. Il faut que ceux qui enseignent la morale s’y soient mal pris ou qu’ils n’aient fourni que de trop rares exemples des vertus chrétiennes, pour qu’on soit tombé dans le sensualisme où tout se corrompt, où la notion des facultés de l’âme disparaît. On se lave la face, on purifie son corps des souillures matérielles, mais on ne s’occupe point de se purifier des souillures de l’esprit et de l’intelligence ; aussi ne faut-il pas demander à nos professeurs de morale et à nos évêques le plus petit miracle, il ne faut pas même demander au pape d’opérer des guérisons merveilleuses, les disciples du Christ ne comprennent plus les traditions ni l’enseignement de leur divin Maître : le sens moral a donc baissé, et la puissance spirituelle a disparu. Mais si quelque
chose peut tirer l’homme de son ignorance, c’est cette vérité dont nous nous occupons, car elle peut faire revivre les traditions, elle peut reporter vers l’élude des lois morales.
Par tout ce que nous allons dire au sujet de la profession magnétique, on verra quelles sont nos idées sur les conditions les plus propres à faire obtenir des succès éclatants. Nous n’espérons pas cependant que ces conditions soient remplies, trop peu d’hommes peuvent arriver à la perfection. Mais peut-on répondre des temps à venir? On doit, dans tous les cas, dire sa pensée.
La première condition que doit remplir un magnétiseur, c’est celle d’avoir une vitalité puissante. Il faut qu’il sente circuler en lui cette flamme vivante qui fait naitre l’enthousiasme et remue toutes les fibres du corps ; il faut que ses sens aient une intégrité parfaite et que, comme la feuille que le moindre vent agite, il soit sensible aux plus légères choses ; il faut que tout enfin en lui soit ouvert aux moindres impressions.
Il faut qu’il se fasse une loi de la sagesse et qu’il gouverne assez ses passions pour ne point leur obéir aveuglément ni se laisser prendre ou dominer par ce qui aliène l’entendement. Il faut qu’il réserve toutes ses facultés, toutes ses forces afin de les trouver toujours à sa disposition lorsqu’il en aura besoin; que sa volonté puisse également toujours trouver libre son principal instrument d’action, ce fluide impalpable qu’on appelle magnétisme.
Il doit être d’une sobriété à toute épreuve; sans la fuir.
SOMiS AMBULISMK. 95
il ne doit pas rechercher la fortune. La pauvreté, bien à tort sans doute, a toujours été considérée comme un vice, il doit faire tous ses efforts pour n’y pas tomber ou pour en sortir; mais qu’il ne se laisse point charmer ni corrompre par ce qui corrompt, par ce qui charme ou flatte l’orgueil et la vanité du reste des hommes, le luxe, qui cache ordi nairement tant de misères morales. Il faut qu’il ignore la passion du jeu; qu’il rejette enfin au loin tout ce qui peut distraire ses pensées du seul objet, nous devrions dire du seul amour de sa vie : le bien public
Ce que je dis ici n’est point pour faire croire au lecteur que je possède les qualités que je viens d’énumérer; j'ai voulu seulement J indiquer ce que je crois propre au développement d’une grande puissance morale et physique, ce que je considère enfin, d’après ma longue expérience, comme nécessaire pour arriver à produire des œuvres tellement capitales qu’aucune de celles de la science officielle ne puisse leur être comparée.
Magnétiser, produire des phénomènes singuliers, n’est plus qu’un jeu d’enfant ; guérir même quelque maladie, sans pour cela connaître la science nouvelle, c’est une chose possible, devenue même commune aujourd’hui : aucune vertu n’est nécessaire pour ces œuvres, il suffit pour les produire d’exercer sa puissance sur des malades. Le magnétisme guérit par lui-même beaucoup de maux ; mais il est des choses difficiles, et de grands résultats demandent pour être obtenus des connaissances spéciales, des qualités particulières, une certitude de soi qui ne s’acquiert que
par le travail et l’exercice constant de l’intelligence en vue
d’un seul objet.
Le magnétiste doit être discret, car il peut découvrir tout ce qu’on lui cache et pénétrer dans les profondeurs des pensées d’autrui.
11 doit croire en Dieu, et laisser aux autres hommes les disputes sur la valeur des religions, leurs vérités ou leurs erreurs. 11 ne doit point faire cause commune avec les réformateurs, ni les combattre : à chacun son œuvre et son labeur; nul ne sait en ceci où est la vérité ni quels sont les desseins de Dieu. Une nuit profonde enveloppe encore l’humanité : les hommes les plus avancés dans les sciences ne savent rien du principe des choses, nous les voyons bien créer des arts nouveaux, de nouvelles industries, mais non faire des penseurs et des philosophes. Qu’ils sont éloignés de notre temps les véritables penseurs, les vrais philosophes, et quel malheur pour nous que les nations, en disparaissant, aient emporté avec elles les secrets, les vérités qu’ils leur avaient légués, vérités d’un ordre tellement supérieur que si elles étaient de nouveau révélées, pas un de nos académiciens n’oserait en soutenir la réalité!
Le magnétiste doit toujours chercher a dégager en lui le principe spirituel de la matière qui le tient enchaîné : les anciens thaumaturges savaient opérer cette désunion, et par là devenaient voyants. Tous les novateurs ou révélateurs religieux ont connu et cultivé la force magnétique ou autrement dit le principe, la source des miracles : en
étudiant les Écritures, on trouve les débris d’une science que Jésus connaissait certainement, et dont ses apôtres ne saisirent que des lambeaux.
Le magnétiseur doit se bien persuader que les choses visibles sont produites par des agents ou des forces invisibles, que l’on n’a saisi que quelques-unes de ces forces sans jamais aborder de nos jours ce qui se révèle par le sentiment ou l’intuition.
Le magnétiste n’a pas besoin des savants, ceux-ci auront au contraire bientôt besoin de lui. Il doit reconnaître qu’il possède en lui-même tous les agents de la nature, et qu’il peut, à son gré, employer toutes ces richesses ou .seulement une partie d’entre elles , ce qui lui donnera la possibilité de produire sur les malades les divers phénomènes obtenus par tous les agents inférieurs rassemblés dans les officines : c’est dans cette connaissance que sera sa force et son pouvoir, c’est là qu’il prendra ce qu’il lui faut pour agir sur les malades et produire à chaque instant des faits d’un ordre supérieur, faits bien propres à humilier la raison de ceux qui ne croient qu’à la matière ; mais on n’a cette connaissance et cette puissance, que je signale, qu’en raison des efforts faits pour l’acquérir. Quand on est parvenu à la développer jusqu’à un certain degré, la main semble avoir la toute-puissance , et ce qui en jaillit peut devenir ou très-nuisible ou merveilleusement efficace. Serions-nous comme un aimant que l’on renforce en lui donnant plus à porter, ou comme une pile galvanique dont on peut à volonté augmenter les éléments? Le
magnétisme humain, quoique appartenant plus au domaine moral que tous les autres agents, semble pourtant régi par une loi qui trouve son analogue en physique.
Magnélistes, on viendra souvent vous chercher pour donner vos soins à un mourant. Vous irez près d’un être dont l’agonie aura commencé, vous arriverez lorsque le râle aura ôté toute espérance, vous semblerez n’être venus que pour être témoins de la mort d’un être, de ce passage de l’âme à une autre vie, scène toujours émouvante et qui glace de terreur les esprits les plus forts! Loin de fuir, contemplez le mourant, assurez-vous bien si la vie ne cède pas à un embarras passager, à un de ces accidents plus fréquents que l’on ne pense et qui résultent souvent d’un jeu irrégulier des forces vives: combien de mourants, dans ce cas, ont trompé l’attente et l’anxiété de leurs médecins et de leur famille, une crise, une révolution soudaine ayant tout changé! Eh bien, dans quelques cas, en aidant la nature à propos, en lui donnant la force dont elle manque, on arrive à rendre ces retours plus fréquents : — nous avons par devers nous plusieurs exemples de véritables résurrections dues au dévouement de personnes intelligentes et passionnées qui, sans rien calculer, avaient donné une grande partie de leur force et de leur vitalité. Transports sublimes, inconnus de l’égoïste, souvent on vous rencontrera, mais seulement dans le cœur des mères pour leurs enfants, d’un mari pour sa moitié s’il l’aiine et s’il en est aimé. Un magnétiste ne doit pas avoir besoin de cet amour particulier, son enthousiasme doit venir de
plus haut, le succès, hélas ! est à ce prix, car souvent la mort ne lâche point volontairement sa proie; il faut la lui arracher, et ce n’est que par un effort suprême qu’un magnétiste même habile peut arriver à produire un miracle.
Qui a donc calculé les forces de la vie, qui a sondé tous ses mystères?.... Lorsque, pour mon instruction particulière, et pour me rendre compte de la puissance magnétique, me trouvant en présence de la mort, près d’un cadavre pourtant encore chaud, j’osai magnétiser cette matière auparavant vivante, puis devenue inerte, je parvins par de grands efforts de volonté à rappeler, pour un instant, une sorte de vitalité; j’obtins plusieurs fois même un mouvement singulier des yeux: le mort semblait me regarder, et son regard avait quelque chose de doux et de tendre, comme si l’âme encore dans son édifice eût voulu, sans paroles, me faire comprendre qu’elle était reconnaissante de mes efforts, et me dire en même temps que la peine que je prenais était désormais inutile.
Je n'oublierai jamais les impressions que ces phénomènes m’ont fait éprouver. Ils étaient de courte durée, trente à quarante secondes, cependant non-seulement moi, mais plusieurs spectateurs ont pu dans cet instant voir ce qui ne peut se décrire, tant cela est merveilleux !