‹ Thérapeutique magnétique règles de l'application du magnétisme a l'expérimentation pure et au traitement des malades par m. le baron Du PotetChapitre 7 sur 62 · CE QUE LE MAGNÉTISTE DOIT OBSERVER · texte numérisé non relu

CE QUE LE MAGNÉTISTE DOIT OBSERVER

Rien n’est moins facile que de justifier des propriétés curatives du magnétisme. Il faudrait d’abord un malade

jouissant d’une haute position, — le témoignage du pauvre est toujours suspect ; mais comment résoudre un tel malade à subir un traitement magnétique ? Il y serait de lui-même assez bien porté, admettons-le ; mais il consultera sa femme, recherchera l’approbation de ses amis, de son médecin, qui, presque toujours omnipotent , s’il n’est un trèshonnête homme et éclairé, ne consentira certainement pas à l’essai projeté; il en rira, brodera cent histoires apocryphes de faits magnétiques, déversera le ridicule sur le magnétiseur et présentera l’art comme absurde. Sur vingt malades placés dans des conditions de bien-être et d’aisance, il y en a communément dix-neuf qui adoptent l’avis du médecin. Une femme a de plus à obtenir le consentement de son curé ou de soa confesseur, et l’on sait que dans cette classe il y en a peu qui nous soient favorables, bien que le pape ait déclaré que le magnétisme employé en vue des guérisons n’était point une chose blâmable.

On a peu fait encore après avoir vaincu tous ces obstacles. Le magnétisme développe presque toujours, avonsnous dit, des douleurs critiques, par conséquent nécessaires, qui devraient rassurer, convaincre ; c’est le contraire qui a lieu : la peur gagne tout le monde, on s’alarme, on consulte, qui, le magnétiseur? non, mais le médecin; il a beau jeu, ma foi, il pourra tout dire sans que ses assertions soient contrôlées. C’est souvent ainsi que j’ai vu abandonner le principe sauveur et détruire dans leur germe les efforts de la nature, efforts tendant toujours à ramener l’équilibre dans le jeu des organes. Ainsi, le malade prend tout ce qu’il plaît

SOMNAMBULISME. lül

au médecin de lui ordonner, les breuvages les plus nauséabonds, les poisons les plus violents ; il se laisse brûler et écorcher sans mot dire ; tous les accidents de la maladie ou du traitement ne donnent lieu à aucune supposition fâcheuse. Le malade meurt-il? Eh bien... on l’enterre; tout est fini et l’on passe à un autre.

C’est un fait providentiel, dans les circonstances actuelles, qu’une guérison magnétique, car pour avoir lieu elle exige une confiance entière de la part du malade, un traitement suivi, une connaissance parfaite du magnétisme et de ses effets ; mais presque toujours c’est un débat stérile et sans fin entre le magnétiste, le malade et sa famille, une suite de contrariétés que chaque phénomène produit, amène ou provoque : c’est ici que la science du magnétiste est bien nécessaire, il faut qu’il sente, devine, prévoie ; il faut qu’il annonce les crises prochaines ou éloignées que doit subir le malade et les transformations de la maladie, etc... Il faut qu’il aille au-devant des objections nombreuses qui pourraient lui être opposées en lui faisant un devoir d’y répondre ; il doit enfin éclairer la raison, combattre les préjugés du malade et l’amener à son propre sentiment. Le magnétiste doit donc savoir son métier, il doit être plus que médecin, ses sens doivent être affinés et il doit posséder l’expérience qui donne la clef des mystères de la vie : le magnétiste alors ne se troublera point, il restera dans sa foi, sûr de lui-même parce que il sait et connaît. S’il succombe devant la déraison et la sottise humaines, il se retirera à l’écart et laissera aller les

choses au courant qui emporte ceux qui y obéissent.

Rien n’est donc plus pénible et plus difficile actuellement que l’exercice de cette profession nouvelle ; et pourtant au milieu de toutes les difficultés que nous avons signalées, et dont nul ne tient compte, on ne cesse de dire : — « Mais si le magnétisme existait, s’il guérissait, comme vous l’assurez, il n’y aurait bientôt plus de malades... Les médecins d’ailleurs se serviraient du magnétisme ! » C’est une amère raillerie lancée par les hommes légers qui ne voient que la surface des choses et servent d’écho aux médecins.

Lorsque les magnétistes auront plus de science, on les écoutera, ils ne pâliront plus devant un médecin, ils sauront répondre à ses objections. Rien pour moi n’est plus facile que de les faire taire lorsque leur langage devient sarcastique et leur conduite peu conforme à ce qu’elle devrait toujours être. J’ai bientôt fouillé dans le fond de leur sac et fait sortir la fausse monnaie médicale qu’il renferme ; je sais également mettre les rieurs de mon côté, mes arguments étant souvent sans réplique : combien de fois ne m’est-il pas arrivé de clouer sur son siège l’un des assistants et souvent le médecin lui-même auteur de la discorde ?

Lutte sans pareille ! l’histoire des sciences ne renferme pas deux exemples semblables, — des hommes obscurs auront forcé les savants à s’incliner devant eux ; une vérité qui eut contre elle le monde entier, aura un jour tout vaincu par la seule évidence du fait, par la patience des hommes qui la répandaient et surtout par le temps !

Il est nécessaire de connaître les difficultés d’une route que l’on doit parcourir; celle-ci se présente si aisée au magnétiste novice , il est si loin d’imaginer que l’amour du bien rencontre tant d’obstacles à ses généreux desseins, qu’en présence de la réalité son cœur se glace bientôt si sa vocation n’est point impérieuse, et il abandonne alors une pratique qui exige, plus que de la vertu, un vrai et solide courage. Quoi qu’il en soit, le magnétisme fait son chemin dans le monde : un de ses défenseurs succombe-t-il, ou se retire-t-il de la lice, plusieurs se présentent aussitôt pour combler le vide.

Magnétistes, apprenez à connaître tous les elfets que votre agent peut produire et vous éprouverez alors de nouvelles jouissances, celles que donne le savoir, jouissances d’un prix inestimable qui consolent et aflermissent. Semblables alors à l’homme qui a des armes bien trempées et une bonne cuirasse, on regarde en face ses ennemis et on les défie.

Mais parmi les connaissances que vous devez posséder, celles que j’estime à un plus haut prix, ce sont celles que je vais énumérer.

Le magnétisme ne guérissant ordinairement qu’en produisant des crises, — c’est une marche rationnelle, la nature ne pouvait en avoir d’autre, ne vous effrayez point de ces longues transpirations que vous produirez quelquefois, et qui dureront vingt jours, quarante jours, qu’importe ! J’ai toujours vu ces sueurs efficaces; je ne me suis jamais effrayé de leur durée, et j’ai pu constamment certi-

fier que la guérison en serait le résultat. On dira qu’il faut une foi robuste pour no pas trembler : sans doute, mais cette foi on l’acquiert par des succès venus à la suite de longues alarmes.

Toutes les autres sécrétions peuvent se produire d’une manière qui vous paraîtra exagérée : ne craignez rien si c’est le magnétisme qui les détermine, toutes vous conduiront au port. Vous vous assurerez par ces résultats prodigieux, que jamais le médecin, sans le secours de notre agent, ne guérirait une de ces affections chroniques graves et invétérées ; qu’il faut pour cet effort suprême une addition de forces, un surcroît de vie sans lequel la nature restait impuissante.

Il est des affections nerveuses dont les accès semblent redoubler quand vous les combattez. Ému, craintif, vous cessez votre traitement, car vous ne voulez point devenir l’instrument ou la cause d’une aggravation : eh bien, lorsque vous êtes parvenu à endormir un de ces êtres présentant des cas affligeants d’épilepsie, de catalepsie, etc... il n’est point rare qu’il vous prévienne d’un redoublement de crise et ne vous dise en même temps, — « ne vous effrayez pas, j’en aurai d’autres encore, elles sont nécessaires; mais je guérirai. »

Il faut donc, lorsque vous ne déterminez point le sommeil, vous comporter comme s’il existait, voir et supporter l’effort de la nature. Tout consiste alors à deviner si cet effort est critique, c’est-à-dire favorable, ou bien si c’est une aggravation réelle de la maladie que votre action n’a

point empêché. Je sais que ceci est difficile ; mais, mon Dieu, quand on touche au magnétisme, on touche à une chose que les hommes n’ont point prévue et qui nes’enseigne pas encore dans les écoles. La science qui vous est nécessaire, il faut que vous vous la donniez ; n’espérez point y parvenir sans le travail et l’observation.

Magnétisez toujours celui-ci, celui-là, cet autre encore, qu’il vous paye ou non, qu’importe ! tous vous fourniront des faits à observer , et une indication peut naître de ces faits. D’ailleurs vous vous habituerez à voir, et sans nul doute la compréhension vous viendra; vous serez ainsi récompensé de vos peines et de votre travail.

Je ne suis pas encore un maître, il s’en faut même de beaucoup ; mais je sais plus qu’un novice. A quoi, à qui dôis-je mes connaissances ? A moi-même, nul ne m’ayant montré ; c’est donc pour vous un exemple à suivre jusqu’au jour où des hommes puissants par leur génie viendront enseigner les vérités pratiques du magnétisme, les ressources puissantes que cet agent peut offrir dans des cas spécifiés que l’observation constante du même fait aura fait découvrir.

Ne vous lassez donc point, magnétistes, travaillez pour vous d’abord, faites votre science, la race future vous tiendra compte de votre labeur. Mais là n’est pas la question, il faut voir de plus haut les choses, ne vous croire quittes enfin envers l’humanité que lorsque vous aurez largement travaillé pour elle et payé votre dette.

LES MALADIES

Les maladies sont aussi nombreuses que les individus, mais on ne caractérise que celles qui frappent nos sens par les désordres qu’elles entraînent ; la douleur n’en est que l’expression ou le symptôme.

On les reconnaît dans l’altération ou dans la dégénérescence des tissus. Les médecins ont excellé dans ces descriptions, et l’on doit leur rendre cette justice que dans un grand nombre de cas, leur diagnostic est assuré. C’est ce qui donne surtout aux médecins de Paris une sorte de renommée, justifiée d’ailleurs par la multiplicité des affections qu'ils dévoilent. C’est un mérite sans doute, mais les malades n’en sont pas plus avancés pour cela, car les désordres signalés, quoique connus, ne trouvent point le médecin préparé à les faire cesser. Qu’importent ces belles descriptions des maladies, ces détails où rien ne manque, lorsque les malades ne doivent point s’en trouver mieux !

Nous avons vu des milliers de malades portant avec eux ce certificat de leurs infirmités, sorte de passe-port pour

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MALADIES

l’autre monde, car lorsqu’une affection est bien déterminée et passée à l’état chronique, c’est qu’elle est presque toujours incurable pour la science officielle ou qu’elle n’y peut tout au plus apporter que quelque palliatif. Ce que le médecin ne voit pas, il doit le deviner; il doit tenir compte de ces scories qui restent en nous au jour de la naissance, de ces matières qui n’ont pu être employées à la formation de l’être et que la nature ne rejette pas toujours : levain impur contre lequel la vaccine, cette cause réelle des maladies les plus graves, connues sous le nom de fièvres pernicieuses, malignes, etc... et nommées aujourd’hui fièvres typhoïdes; levain impur contre lequel la vaccine, cause de phthisie et d’affections de la peau multipliées, de scrofule et de langueurs, ne peut rien, quoiqu’on affirme le contraire. Et si nous ajoutons à cette nomenclature les affections morales, le trouble de la raison, les aberrations de l’intelligence, cette nombreuse série de maladies nerveuses, on voit combien peu d’êtres doivent vivre en santé et jouir de cet immense privilège. Oh ! la nature eût été une marâtre si elle n’eût donné aux hommes le remède à ces maux, si elle n’eût créé l’agent propre à adoucir nos misères. On verra d’ailleurs plus tard que notre espoir est fondé.

Il y a de ces affections qui ne peuvent s’expliquer par des causes matérielles, les anciens les connaissaient, les prêtres prétendaient en avoir le remède ; elles semblaient prouver aux grands esprits que l’homme n’était point isolé sur la terre, et que l’échelle desêtres ne se terminait point

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à lui. Tout leur paraissait lié, le ciel et la terre; ils supposaient des interventions d'agents intelligents qui ne se révélaient aux hommes qu’en dehors des lois physiques et par des phénomènes contraires même à ces lois. Ils séparaient donc les maladies en deux catégories, celles physiques ou naturelles et celles plus cachées pour lesquelles ils avaient un mot : possession. Ils indiquaient par là que notre corps pouvait subir l’action d'êtres spirituels bons ou méchants. Cette distinction des maladies en deux ordres a été admise dès la plus haute antiquité et semble reposer sur des vérités de fait sur lesquelles le magnétisme peut jeter quelque lumière.

On parle souvent de contagion morale, d’épidémie sans que la science ait pu saisir les lois de ces communications ; il sera réservé encore au magnétisme de les découvrir un jour.

Comme notre thérapeutique doit se borner à des indications pratiques plutôt qu’à exposer des théories, nous nous contenterons de montrer la route aux explorateurs qui cherchent le nouveau dans la science, et c’est pourquoi nous ne nous étendons point davantage dans ce champ sans limite des affections humaines. Lorsque nous nous occuperons de leur traitement, nous aurons l’occasion de rechercher leurs principes.

Qu’est-ce que la maladie, et qu’est-ce que la santé? Ces questions si souvent posées se résolvent d’elles-mêmes, et nous laissons aux médecins le soin bien superflu de soutenir des thèses sur ce sujet.

il ALA.DIES.

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