TRAITEMENT OPÉRATOIRE DE LA MYOPIE FORTE
Traitement opératoire de la myopie forte.
Nous ne nous occuperons pas dans ce chapitre des différentes opérations préconisées pour empêcher le développement de la myopie (ténotomie du grand oblique, des droits externes; myotomie intra-oculaire, paracentèse, iridectomie). Ces différentes tentatives n'ont qu'un intérêt historique. Il n'en est pas de même de l'extraction du cristallin transparent dans la myopie forte.
L'idée de diminuer le pouvoir réfringent de l œil myope par l'ablation du cristallin n'est évidemment pas de date récente, mais cette opération n'est entrée dans la pratique courante que depuis un petit nombre d'années et notamment à la suite des publications de Fukala et de Vacher. On comprend facilement qu'autrefois, lorsque les causes de l'infection opératoire étaient inconnues et lorsqu'à la suite d'une intervention quelconque on pouvait redouter une complication grave, l'extraction du cristallin transparent chez le myope pouvait paraître une intervention téméraire et non suffisamment justifiée.
Aujourd'hui, les conditions sont bien changées : nous pouvons réduire au minimum les chances d'infection opératoire et il n'est plus permis de refuser à des personnes dont l'existence est rendue pénible par suite d'uae myopie extrême, le bénéfice énorme d'une opération relativement bénigne ; d'autant plus que la technique et les indications de l'intervention sont nettement établies.
Nous envisageons donc tout d'abord les indications de l'opération et les degrés de myopie auxquels elle s'adresse; nous indiquerons les complications
VICES DE RÉFRACTION
possibles de l'intervention, puis la technique à laquelle il paraît préférable de s'arrêter.
Indications de l'opération.
On sait que l'extraction du cristallin cataracté d'un œil emmétrope entraîne une hypermétropie de 11 à 12 D, c'est-à-dire que pour rétablir les conditions normales de vision à distance il faut placer au-devant de l'œil opéré un verre convexe de 11 à 12 D. On en avait conclu que, chez un myope de 11 à 12 D, l'extraction du cristallin serait suivie d'emmétropie et que l'œil se trouverait propre à la vision à distance sans correction par des verres. Mais on s'aperçut très vite que cette déduction théorique était erronée et que l'effet optique produit était beaucoup plus considérable : ce n'est guère que chez les myopes de IG à 20 D que l'ablation du cristallin a pour conséquence l'emmétropie. Mais si l'on ne voulait faire l'extraction du cristallin que dans les cas où l'emmétropie doit en résulter, le nombre des cas susceptibles d'être opérés serait relativement faible. On a constaté d'ailleurs que certains myopes dont la myopie est inférieure à 16 D, qui, par conséquent, deviennent hypermétropes après l'opération et qui sont forcés de remplacer leurs verres concaves par des verres convexes retirent un bénéfice réel de l'opération au point de vue de la vision.
On peut donc proposer l'opération « à toute personne myope chez laquelle les verres correcteurs ne produit pas une amélioration visuelle suffisante ». C'est, en effet, plutôt la qualité de la vision que le degré de la myopie qui doit fixer findication de fopération.
INDICATIONS DE l'OPÉRATION
Il existe, en effet, des myopes d'un degré élevé qui, habitués dès leurs jeunes années à porter des verres corrigeant plus ou moins complètement leur défaut de réfraction, ont une acuité visuelle suffisante et n'éprouvent qu'une gêne très peu marquée. Chez eux, l'opération n'est pas d'une utilité manifeste. Par contre, certains myopes de 13 à 15 D qui ne peuvent supporter des verres correcteurs suffisants retireront des avantages très réels de l'intervention, malgré l'hypermétropie légère qui en résultera et la nécessité pour eux de porter des verres convexes.
Ainsi donc, à partir de 13 D et au-dessus, toute personne myope se trouvant dans les conditions que nous venons d'indiquer pourra subir avec avantage l'extraction de son cristallin.
L'opération se fera toujours dans les deux yeux successivement.
On peut opérer à tout âge : cependant, chez les jeunes sujets, les conditions opératoires sont plus favorables; chez l'adulte, la durée du traitement est plus longue que chez le jeune sujet, mais le résultat est le même.
Les complications rétiniennes ou choroïdiennes ne constituent pas une contre-indication : parmi ces complications, c'est surtout la sclérochoroïdite postérieure que nous avons en vue, car il est bien évi- ^ dent qu'un myope atteint d'un décollement de la réline ne retirerait aucun bénéfice de l'ablation de son cristallin.
Quant aux lésions maculaires hémorrhagiques ou atrophiques, elles ne constituent une contre-indication à l'opération que si la lésion a une étendue assez considérable pour empêcher toute perception visuelle dans la zone maculaire. Telles sont les
VICES DE RÉFRACTION
contre-indications résultant de la myopie elle-même. A celles-ci viennent s'ajouter les contre-indications générales à toute opération portant sur le globe oculaire : inflammations des voies lacrymales, de la conjonctive ou de la cornée. S'il existe des troubles du côté de ces organes, il sera nécessaire de les guérir avant de procéder à l'opération de la myopie.
Technique opératoire.
Après des essais variés d'extraction du cristallin transparent avec ou sans iridectomie, les opérateurs se sont généralement arrêtés à la technique que nous allons décrire et à laquelle on a donné le nom de Phakolyse (Gelpke). Elle consiste, en somme, à provoquer une cataracte traumatique que l'on extrait après quelques jours par une incision linéaire à la lance. L'acte opératoire comprend plusieurs interventions.La première est la discission. ^ous ne reviendrons pas sur les précautions aseptiques que nous avons indiquées et qui doivent être suivies dans toute intervention sur le globe oculaire. L'œil est anesthésié à l'aide d'un collyre de cocaïne et la pupille est dilatée au maximum par une ou deux instillations d'atropine. Le blépharostat étant placé et l'œil fixé au moyen de la pince à griffes, on enfonce un couteau de De Graefe au voisinage du limbe. La pointe du couteau est dirigée vers le cristallin, dans lequel elle doit pénétrer. Chez l'enfant, on peut se contenter de pénétrer superficiellement dans le tissu cristallinien ; chez l'adulte, au contraire, il est nécessaire d'inciser profondément, mais il ne paraît cependant pas utile de traverser le cristallin dans sa totalité. On pratiquera généralement une incision