C. — Infections cornéennes secondaires
Kératomalacie.
La kératomalacie s'observe uniquement chez les enfants, et plus particulièrement chez les athrepsiques. Sans phénomènes réactionnels très marqués, on voit la cornée devenir mate et opaque. L'opacité augmente en un point qui correspond habituellement au centre de la cornée. Elle prend une coloration jaunâtre et montre une ulcération profonde, qui est bientôt suivie de perforation de la cornée. Très souvent les parties périphériques de cette membrane s'infiltrent ainsi dans la suite, et l'on assiste alors à la destruction totale de la cornée. Ce qui permettra de reconnaître cette affection, c'est le peu de réaction conjonctivale qu'elle entraine au début.
L'œil n'est injecté que lorsque la lésion est déjà très étendue. En outre, la conjonctive est sèche et
MALADIES DE LA CORNÉE
le bord des paupières est recouvert d'un petit liséré blanchâtre, mousseux, qui donne l'impression d'une sécrétion graisseuse. L'examen du pus de l'ulcère montre toujours la présence de chaînettes de streptocoque (UhthofF et Axenfeld).
Traitement de la kératomalacle.
Contre cette affection très grave, la thérapeutique est souvent désarmée. Il faudra, avant tout, traiter l'état général, régulariser l'alimentation. Plusieurs enfants que nous avons examinés étaient atteints de coryza syphilitique, et nous avons obtenu une amélioration marquée de leur état par la prescription d'un traitement antisyphilitique, proportionné à leur âge (sirop de Gibert, liqueur de van Swieten sans alcool, etc.). Au point de vue local, on recommandera les lavages fréquents avec un liquide aseptique indifférent (eau salée, eau boriquée) des instillations de collyre à l'oxycyanure de mercure une fois par jour (deux gouttes de collyre au millième), l'attouchement de l'ulcère avec un petit tampon de coton imbibé d'une solution de nitrate d'argent au 1/40 ou de la solution suivante :
Glycérine 10 gr.
Oxycyanure de mercure 0,25 centigr.
Kératite par lagoplitalmie.
Lorsque par suite d'une paralysie faciale, d'un ectropion cicatriciel ou d'une exophtalmie excessive, les paupières ne recouvrent pas complètement la cornée et que les conditions normales de lubréfaction de cette membrane par les larmes sont modi-
KÉRATITE NEURO-PARALYTIQUE 191
fiées, il n'est pas rare de voir se produire une inflammation ulcérative dont le siège, au début du moins, correspond aux parties non recouvertes de la cornée. Le pus apparaît dans la chambre antérieure peu de temps après l'apparition de l'ulcération superficielle et l'atTection peut évoluer avec une rapidité redoutable.
Traitement.
Avant toute intervention active (galvanocautère), on essayera de l'occlusion simple avec le bandeau après instillation d'atropine et lavages des culs-desac conjonctivaux avec un liquide aseptique. Très fréquemment ce traitement suffît pour arrêter l'évolution de l'infection et en provoquer assez rapidement la guérison. Si le processus ne s'arrête pas, on se comportera ainsi que nous l'avons dit à propos de la kératite à hypopion atypique.
Kératite iienro-paralytiqne.
Cette inflammation ne difi'ère de la kératite par lagophtalmie que par son étiologie (lésion de l'ophtalmique de Willis ou du ganglion de Gasser) et par l'anesthésie cornéenne généralisée qui en est le signe pathognomonique indispensable.
Traitement.
Bien que la part qui revient à l'action névrotrophique et celle qu'il faut attribuer à l'infection dans la genèse de cette kératite ne soient pas encore rigoureusement déterminées, il faudra néanmoins
MALADIES DE LA CORNÉE
se comporter comme s'il s'agissait d'une infection banale, d'une kératite à hypopion atypique. Pansement occlusif; lotions; atropine; cautérisations argentiques ; ignipuncture, etc.