III. — KÉRATITES CHRONIQUES Kératite filamenteuse
Cette affection assez rare est caractérisée par le développement rapide et répété à la surface de la cornée de petites excroissances longues et grêles. Ces productions, comparables à des fils desoies tordus, peuvent se développer spontanément ou succéder à des lésions cornéennes (herpès, ulcération, etc.) ou à l'instillation de collyres d'atropine ou de cocaïne. Leur apparition provoque quelques phénomènes réactionnels, variables dans leur intensité et qui consistent dans une injection conjonctivale et périkératique, de la photophobie, du larmoiement et même du blépharospasme. L'affection récidive fréquemment et peut être très tenace.
Traitement.
Le traitement consistera tout d'abord à supprimer les collyres d'atropine ou de cocaïne si les filaments se sont développés sous leur influence. Si l'atropine est nécessaire toutefois pour d'autres manifestations oculaires, on remplacera le collyre par des sels purs d'atropine en pommade. Puis on pratiquera l'abrasion du filament avec le couteau de De Graefe ou la curette tranchante. On prescrira, pendant quelques
KÉRATITE INTERSTITIELLE nÉRÉDO-SYPUILITIQUE 193
jours, l'instillation de collyre au chlorhydrate d'ammoniaque (Moll) :
Ce collyre sera instillé six à huit fois par jour, ou au violet de méthyle (Sourdille) :
Une instillation par jour.
On y adjoindra l'emploi du bandeau compressif.
Si, malgré ce traitement, il se produisait encore des phénomènes douloureux, on les combattra, non par la cocaïne, qui pourrait les augmenter, mais par l'antipyrine ou la quinine à l'intérieur.
Kératite interstitielle hérédo-syphilitique.
La kératite interstitielle hérédo-syphilitique est une affection relativement fréquente et qui se rencontre dans l'enfance ou l'adolescence. Elle se développe souvent chez des sujets présentant d'autres manifestations hérédo-syphilitiques (surdité, malformations dentaires ou crâniennes, lésions osseuses ou articulaires, etc.); mais elle peut être dans certains cas la seule manifestation apparente de l'hérédo-syphilis. Ses caractères cliniques permettent alors, même en l'absence de commémoratifs précis, de reconnaître l'hérédo-syphilis.
L'affection atteint tout d'abord un œil, le centre ou la périphérie de la cornée se trouble, l'œil s'injecte légèrement et devient sensible à la lumière ; peu à peu le trouble cornéen augmente et s'étend à
Eau distillée
Chlorhydrate d'ammoniaque
10 gr.
0,20 centigr.
Eau distillée
Violet de méthyle
20 gr. 0,02 centigr.
MALADIES DE LA CORNÉE
toute la membrane, sans entraîner jamais d'ulcération de sa surface. La cornée est alors d'une coloration porcelanée plus ou moins marquée.
Après une durée variable, qui est rarement inférieure à six semaines et qui peut dépasser plusieurs mois, ce trouble cornéen diminue et la transparence de cette membrane peut redevenir parfaite. Le second œil est presque toujours pris quelques semaines ou quelques mois après le premier, et l'évolution de l'affection est en général pareille dans les deux yeux. Une fois la guérison produite, elle peut persister indéfiniment, et il est parfois impossible de reconnaître que l'œil a été atteint antérieurement de kératite interstitielle. D'autres fois il reste des opacités partielles; les cas les plus graves sont ceux où, après une première atteinte, il se produit des récidives plus ou moins espacées. Dans bien des cas enfin, des manifestations iriennes ou choroïdiennes de même nature viennent compliquer la lésion cornéenne.
Traitement de la kératite interstitielle.
On pourrait penser que le traitement de la kératite interstitielle hérédo-syphilitique tire toutes ses indications de 'l'étiologie même de cette affection ; mais en raison de l'évolution essentiellement diftéreïite de cas, en apparence semblables et soumis à la même médication, il est très difficile d'affirmer ce qui est utile ou ce qui ne l'est pas.
On a tour à tour préconisé l'iodure, le mercure sous toutes ses formes et avec ses multiplesprocédés d'administration. On peut évidemment, et pour chaque procédé, réunir des cas où l'évolution a été
KÉRATITE INTERSTITIELLE HÉRÉDO-SYPHILITIQUE 195
bénigne et où la cornée a repris toute sa transparence après un temps fort court ; mais on peut leur opposer des cas nombreux où, en l'absence de toute thérapeutique locale ou générale, la même évolution et le même retour ad integrum ont été observés. En outre, le plus souvent et quel que soit le traitement suivi pour le premier œil, on n'empêche pas l'œil opposé de se prendre à son tour.
Il est important que le médecin soit au courant de cette évolution pour prévenir la famille de l'enfant de la longue durée possible et de l'atteinte probable du second œil.
Malgré l'incertitude où nous sommes de l'efficacité réelle du traitement antisyphilitique sur les lésions cornéennes, il est de règle de le prescrire, d'autant plus que, si l'on surveille les malades, il est sans danger et il peut avoir un heureux effet sur l'état général ou sur d'autres manifestations coexistantes (lésions osseuses et articulaires, irido-choroïdite, etc.). On prescrira un traitement mixte proportionné à l'âge du malade.
Quant au traitement local, il consiste au début à protéger l'œil contre la lumière vive par le port de verres fumés et à instiller de l'atropine pour prévevir les synéchies iriennes. Lorsque la période progressive est passée, on aura recours aux douches oculaires de vapeur, au massage avec la pommade à l'oxyde jaune de mercure ou la lanoline hydrargyrique, ou à l'insufflation de calomel.
A ce traitement local et général, il est classique d'ajouter les fortifiants : bains salés, huile de foie de morue, eaux minérales iodées.
MALADIES DE LA CORNÉE
Kératite interstitielle de la syphilis acquise.
Cette forme de kératite n'est pas très rare ; elle présente certaines similitudes au point de vue des lésions avec la kératite hérédo-syphilitique. Elle s'en distingue en ce qu'elle est plus souvent unilatérale, que, dans bien des cas, elle n'affecte qu'un secteur de la cornée. Son pronostic est, d'une manière générale, plus favorable et sa durée moins longue.
Traitement.
Le traitement antisyphilitique, par les injections sous-cutanées de calomel ou de sels solubles et l'iodure de potassium, paraît avoir une efficacité réelle. On prescrira, en outre, les instillations d'atropine, le port de verres fumés, les applications chaudes.
Tnbercnlose de la cornée.
On observe parfois, au cours de la tuberculose irienne, une infiltration parenchymateuse profonde de la cornée ayant certaines analogies avec la kératite interstitielle syphilitique. La confusion est cependant impossible; la kératite tuberculeuse accompagne toujours les lésions iriennes faciles à reconnaître; elle est habituellement unilatérale et ne rétrocède jamais.