DU MECANISME INTIME DES GUERISONS PENDANT LE SOMMEIL
Autant qu'il a été possible de le faire, nous avons déjà donné une idée du mécanisme de la formation des maladies, et de la production des cures par l'action du moral sur le physique dans des formes de l'état passif. Nous allons retrouver le même mécanisme, à peu de chose près, pour la production de modifications organiques en bien ou en mal pendant le somnambulisme, etc., nouveau point de rapport prouvant qu'il y a, entre ces manières d'être de l'organisme et tous les autres états du même genre, une analogie frappante ayant lieu jusque dans leurs manifestations les plus profondes. Si nous étudions les rouages de ce mécanisme d'une manière plus complète à propos du sommeil, c'est qu'il est, de tous les états de même nature, celui qui est le plus aisé à connaître, puisqu'on peut le faire naître à souhait ; le prolonger indéfiniment et l'examiner dans ses manifestations avec le plus de facilité, le dormeur se prêtant à ce que l'on exige de lui sans jamais faire acte d'opposition. Toujours est-il que, malgré quelques redites qui ne sont pas inutiles, l'on retrouvera dans cet examen plus détaillé et plus approfondi, portant surtout sur le mode des guérisons,
l'on retrouvera, disons-nous, un complément à ce que nous avons déjà émis sur le développement et laguérison des maladies par causes morales.
Que le sommeil produit artificiellement soit profond, à tel point que l'attention fixée sur l'idée dans laquelle on s'est endormi ne veille plus aux sens ou ne suscite pas même de rêves et de mouvements; ou qu'il soit plus léger et qu'alors une partie de l'attention non fixée et encore flottante subisse, dans des bornes assez étroites, la loi de l'association des idées et ballotte en tous sens comme un vaisseau démâté, il arrive toujours, puisque dans cette sorte de sommeil, l'on s'endort dans l'idée fixe de celui qui le fait naître, que l'endormeur a la facilité de pouvoir offrir des idées à l'attention de son somnambule et de faire réagir ainsi cette faculté dans le sens qui lui plaît. Or, quelles sont les conditions subsidiaires, après l'accumulation de l'attention et les idées mémorielles sur lesquelles s'exerce cette force, qui font que l'on obtient des modifications telles sur l'économie que des accidents morbides prennent naissance ou disparaissent ?
Procédons avec ordre, et prenons un exemple. Si à un somnambule devant lequel il y a un objet léger; son chapeau par exemple, l'on dit, lorsqu'il a placé la main dessus pour le prendre, vous ne pouvez le soulever, il lui sera impossible de le déplacer, ses doigts resteront comme cloués à leur place. Il y a dans cette expérience, deux éléments saillants du mode par lequel on obtient la guérison des malades.
1° Par cette affirmation trompeuse, vous ne pouvez lever ce chapeau, l'attention du somnambule s'attachera avec fixité à cette idée d'impossibilité d'exécuter l'acte qu'il allait faire, en vertu d'une disposition à croire qui découle de l'organisation et qui est une nécessité inhérente dans l'homme et tous les êtres, de croire à eux-mêmes, à
leurs sens, aux objets extérieurs. Sans la croyance au moi et au non moi, y aurait-il possibilité aux êtres animés de conserver leur existence ? La suggestion acceptée par le dormeur implique donc, de sa part, qu'il ajoute foi à la parole d'autrui, parce qu'il est fatalement porté à croire à luimême et ensuite aux autres; cette conséquence est obligée.
2° Si le même somnambule prend ensuite pour certaine l'assertion absurde qu'on lui imprime dans l'esprit de ne pouvoir enlever son chapeau, c'est que son attention étant accumulée, il a perdu par là la faculté de faire effort de volonté pour déplacer cette force, d'aller d'idées en idées, de mettre ses sens et ses muscles à leur service, de contrôler l'une par l'autre, de faire enfin acte de jugement; il reste, par cela même, dans l'idée fixe où on le met. Chez lui, l'attention, cette cause initiale de l'effort, et elle l'est aus i des sensations, et par suite, des idéesaumème titre qu'elle est la base des opérations intellectuelles, etc., l'attention est inerte, et, au lieu d'être encore le remorqueur des manifestations psychiques et autres, elle est devenue immobilisée sur les idées toutes faites qu'on lui présente.
Aussi, en face du chapeau de l'expérience précitée, ce dormeur ne sera pas capable de faire le moindre argument ; il ne pourra diriger son esprit sur la pensée que cet objet est léger et que, partant, il est aisé à soulever; il ne pourra douter de la bonne foi de son interlocuteur; il restera là, le bras immobile, imbu de l'idée fixe imposée, toute fausse qu'elle est, sans pouvoir s'en dépêtrer. Après les deux principes essentiels de la pensée, l'attention et les idées, la crédulité native et l'impuissance acquise de faire des efforts de volonté et d'intelligence, parce que l'on est en idée fixe, se présentent donc ensuite comme étant les deux autres éléments secondaires delà détermination des guérisons; l'un aide l'autre.
MÉCANISME INTIME DES GUERISONS il
En considérant la torpeur d'esprit des dormeurs, nous nous sommes demandé souvent si la crédulité et l'incrédulité n'ont pas leurs racines dans un même fonds commun, dans une inertie de l'attention qui fait que l'un : le crédule, admet sans contrôle ce qu'on lui dit; et l'autre, l'incrédule, nie ce qu'on lui avance, par une même paresse d'examiner.
Les faits donnent raison à notre conjecture. D'un côté, les hommes impuissants, par inertie del'attention, à combiner des idées, peser des motifs, tels sont les idiots et les pesants, sont excessivement facilesà tromper et, de l'autre, ceux qui, par perte de ressort de cette faculté, tombent dans une idée fixe comme les fous et certains savants, sont très incrédules au contraire, parce qu'ils ne peuvent plus se débarrasser des convictions étroites qui les enchaînent; ils font corps avec elles et, par cela même, rejettent l'examen des faits vraisemblables ne rentrant pas dans leur marotte habituelle. Il n'est pas de médecins qui ne sachent combien il est difficile d'inculquer à un fou qu'il y a des vérités probables en dehors de ses idées fixes ; et personne n'ignore combien il a fallu de temps, malgré des preuves évidentes, pour détruire chez les savants la conviction où ils étaient que le sang ne circule pas.
Si l'accumulation de l'attention est la cause de l'excessive crédulité et de l'impossibilité où est le dormeur en idée fixe d'être le maître de ses sens et de ses pensées, c'est encore l'accumulation de celte force qui est la cause de la vivacité de ses remémorations. Prenons encore le même somnambule. Si l'on présente à son attention l'idée à remémorer d'un objet connu, d'un objet de la vision, par exemple, il arrive que l'attention, en s'accumulant sur l'empreinte imagée restée latente dans l'esprit, la revivifie, la fait reparaître à la mémoire comme si son objet tombait réellement sous les sens: elle en illumine les linéa-
ments avec plus de netteté encore que la lumière ne dessine un tableau dans une chambre obscure. Plus puissante que le fluide lumineux, cette force, en outre des formes, du relief des corps, renouvelle aussi leurs dimensions véritables, leurs couleurs, etc.; elle les anime, leurdonne le mouvement; elle a la propriété de ressusciter tout un monde.
En principe, dans le cas dont il s'agit, et ce que nous avançons pour la vue peut s'appliquer à tous les sens, la sensation remémorée est identiquement la même que la sensation primitive, sensation consécutive à une impression visuelle; et, de même que la perception avait été d'abord presque à la fois visuelle et cérébrale, la sensation remémorée ou centrifuge est presque à la fois cérébrale et visuelle ; cette dernière se fait seulement en sens contraire et il n'y manque que l'objet réel. Dans ce phénomène de pure représentation mentale, puisque la sensation est à peu près instantanément aussi vive au foyer mémoriel qu'à l'organe sensible *, c'est que l'attention, massée et immobilisée sur l'idée-image mémorielle, est également et simultanément portée en abondance et mise en arrêt sur l'épanouissement des nerfs optiques.
Ce que nous émettons, à propos de la vision, ressort de ce qui suit d'une manière plus palpable. S'il s'agit, par exemple, de sensations tactiles rappelées en souvenir, nécessairement encore l'attention avec les sensations recréées rejaillit en même temps du cerveau vers les extrémités des nerfs du tact, soit sur une surface très étendue de ces nerfs, soit sur une surface très étroite et selon la mesure de l'idée exprimée. La preuve de cette simulta-
1 II est presque inutile de rappeler que la sensation a lieu aussi au cerveau, ce que démontre la propriété de s'halluciner, propriélé existant chez les personnes privées des nerfs sensibles par lesquels sont venues primitivement les perceptions.
néité exacte entre la sensation remémorée au cerveau et la sensation éprouvée en même temps à la périphérie du corps, nous l'avons obtenue maintes fois, en suggérant de la souffrance aux somnambules là où nous appliquions la main; ces dormeurs accusaient immédiatement une impression pénible dès que nous leur en avions donné la pensée, même si nous touchions plusieurs endroits à la fois.
Nous avons fait encore d'autres expériences aussi faciles à répéter, et qui prouvent avec quelle précision et quelle justesse la pensée est servie par l'attention, dans des parties étendues ou circonscrites innervées par des filets de l'organe du tact. Si nous promenions avec lenteur et alternativement la surface palmaire, ou seulement un doigt, sur des parties du corps d'un somnambule, tout en lui communiquant l'idée qu'il éprouverait de la douleur aux endroits en rapport avec notre mretin, à mesure que nous avancions, il accusait cette pénible sensation de la manière que nous la lui suggérions ; dès qu'elle paraissait dans le point touché, elle disparaissait dans celui que notre main quittait, et cette douleur était susceptible d'augmentation et de diminution; non-seulement en intensité, mais encore selon le plus ou moins d'étendue de l'endroit où nous appliquions la surface palmaire ou seulement un ou plusieurs doigts. Le somnambule créait à peu près ses sensations comme on fait naître des sons sur les touches d'un piano. Si nous restions au contact des enveloppes cutanées d'une manière continue, la souffrance ressentie par lui était continue.
Toutes ces expériences sont des preuves que, grâce à l'attention, les idées remémorées sont, peu s'en faut, immédiatement exprimées en sensations aux extrémités des nerfs du tact, et cela avec plus ou moins de durée et d'intensité, soit sur une seule, soit à la foisou successivement,
sur diverses parties du corps. Ce que nous disons pour la sensation remémorée de douleur communiquée aux nerfs du tact par le cumul de l'attention, nous le disons pour l'action de cette même force agissant à la suite d'une idée sur les nerfs des autres sens, sur Jes nerfs du mouvement et sur les nerfs sensitifs et moteurs du système ganglionnaire.
De ces expériences il résulte que, du moment que par suggestion l'on peut causer des phénomènes d'excitation nerveuse, partout où l'on en indique la formation, il est possible, par le même moyen, de susciter des phénomènes semblables dans les maladies par manque de ton: paralysies du sentiment et du mouvement, inertie des fonctions organiques, congestions sanguines, etc. etc.
Mais on ne se représente pas seulement des idées imagées que l'on vivifie, on s'en représente encore qui sont sans répercussion sensible et mouvementée : telles sont les idées pures ou celles qui sont négatives des idéesimages. IL est clair que les idées qui ne se rapportent à rien d'extérieur au cerveau, ni aux sensations, ni aux mouvements : les idées complexes, par exemple, ne peuvent avoir de contre-coup sur des filets nerveux en dehors de cet organe central; lorsque l'attention afflue sur ces idées le cumul en est exclusivement cérébral. Si, à un somnambule auquel on a suggéré l'idée réflexible de douleur, en un point du corps, ou, ce qui équivaut au même, la sensation douleur, on substitue à cette id^e l'idée fixe de la disparition de cette sensation centrifuge, de sa négation; il arrive que la force nerveuse qui venait de se porter en excès sur les nerfs du tact, cesse d'être accumulée dans le point indiqué. Elle se masse et s'immobilise au cerveau sur la dernière idée imposée, qui est négative et non représentative et toute douleur disparaît parce qu'alors cette idée pure est sans répercussion au dehors du cerveau; ne venant
directement d'aucun filet sensitif, elle n'est reportée à la périphérie d'aucune extrémité nerveuse, ce qui fait que la révulsion de l'attention sur elle est purement cérébrale. C'est dans ce déplacement de l'attention attachée d'abord à des idées imagées et créatrices de douleur, etc., déplacement opéré sur des idées pures devenant fixes au cerveau, que l'on découvre le secret du mode deguérison des maladies avec excès d'excitation chez ceux que l'on a mis dans les états de sommeil ou de charme ; après une suggestion négative faite dans le but de dissiper un accident maladif des organes, la force nerveuse révulsée restant alors toujours accumulée au cerveau sur une nouvelle idée non répercussive, ne nourrit plus le mal et faute de cet aliment, le mal disparaît. . Continuons encore notre argumentation sur le mécanisme de ces deux modes de guérison (car on ne peut trop y insister, il est des plus importants), et disons que ce qui explicitement et avant expérience, fait pressentir que dès guérisons de maladies sthéniques, même prolongées, peuvent avoir lieu de cette manière, c'est que des sensations douloureuses d'une durée indéfinie et venues pir remémoration, disparaissent fort bien par affirmation. Si l'on présente encore une idée-image à l'attention d'un somnambule profondément endormi, que ce soit l'idée d'un objet de la vision ou du toucher; et si on lui assure qu'il la gardera avec fixité plusieurs jours et même plusieurs semaines après le réveil, l'hallucination qui s'ensuit persistera le temps qu'on lui aura désigné. Nous avons fait durer ainsi avec ténacité, le mal de dents et la douleur de la stigmatisation chez des personnes .qui ne savaient ce que c'est de souffrir de ces deux manières différentes. C'est une preuve qu'il peut y avoir des névralgies dentaires sans caries et des stigmatisés sans stigmates, de même qu'il y a des idées fixes sans lésions
cérébrales. Or, une sensation remémorée de ce genre, sensation rendue permanente par suggestion et ressentie immédiatement et à la fois à l'extrémité de filets sensitifs, cesse aussi d'exister en substituant à l'idée-image fixe qui l'entretenait, l'idée pure et fixe de sa négation. Dans ce dernier phénomène encore, l'attention qui, du cerveau, se portait auparavant d'une manière continue à l'organe de la sensation < remémorée, reflue alors de la même manière sur une idée pure et, faute de conducteurs spéciaux à son service, devient sans expression en dehors du foyer mémoriel ; aussi, par une telle révulsion, l'organe souffrant reste forcément sans excitation et la douleur disparaît.
D'après ce qui précède, nous pouvons induire que les maladies avec exagération des éléments sensibles, moteurs, nutritifs, etc., qu'elles soient aiguës ou chroniques, peuvent cesser d'exister, grâce à l'action de l'attention accumulée sur des idées pures ; dans ces cas, de nonreprésentation mentale il y a en outre accompagnement obligé, de la part du dormeur, d'une crédulité excessive, d'une impossibilité complète à changer la pensée qui lui est imposée et d'une disposition acquise de rendre nuls, par suggestion et avec la même puissance, les sensations, les mouvements, la vitalité organique, choses que le même dormeur a la propriété d'exagérer outre mesure, à l'aide d'une révulsion opposée de l'esprit. De plus dans les affections asthéniques, au contraire, la force nerveuse étant en moins dans les tissus et, par suite, la nutrition, la sensibilité, les mouvements, etc., étant diminués ou arrêtés, il suffit, pour y appeler l'attention, et par cela même la guérison, de suggérer aux dormeurs des idéesimages ayant rapport à leurs accidents maladifs; nous venons de voir comment et à quel point on vivifie ces idées.
Qu'à l'aide d'une idée-image imposée le dormeur reporte en masse, et tour à tour, son attention sur des nerfs sensibles ou moteurs, voire même sur des nerfs présidant à la nutrition, aux sécrétions, etc., et qu'il en surexcite ainsi les propriétés organiques ; que de même il soustraie, au contraire, l'excès d'attention portée sur ces nerfs en mettant cette force en arrêt sur une idée pure, idée sans retentissement sur des prolongements nerveux et qu'il en calme encore ainsi les propriétés organiques, dans celte soustraction et ce cumul d'attention produit par suggestion, on retrouve cette fluctuation en plus ou en moins de la force nerveuse ; fluctuation dont nous avons déjà reconnu le mouvement dans la formation et l'existence du sommeil et de ses analogues, dans la production des maladies et des guérisons naturelles par causes morales.
D'après la possibilité qu'il y a, pendant le sommeil, de déplacer l'attention, soit en la massant avec fixité sur un point, soit en la soustrayant de même d'un autre point où elle est en abondance, on a le moyen par lequel il sera toujours facile d'agir à l'aide de la pensée sur toutes les maladies auxquelles l'humanité est sujette. Il sera rarement nécessaire de recourir à d'autres modes de perturbation révulsive nerveuse révélés par la manière dont les guérisons fortuites par causes morales s'établissent. Ainsi,il est bon de le répéter encore : là où il y aura excès de force nerveuse ou surexcitation, une idée pure, ordinairement négative du mal et suggérée au dormeur, devra à elle seule appeler cette force au cerveau, l'y concentrer et, par cette révulsion durable, amener la disparition du mal qu'elle sustentait. Là, au contraire, où il y aura diminution de force nerveuse ou manque de stimulation, une idée-image suggérée au dormeur sera suffisante pour diriger, vers les organes affectés, la quantité d'attention
nécessaire à leur retour continu à L'état normal. La suggestion faite dans ces deux- sens opposés, avec appel d'attention où elle est en moins et soustraction de cette force où elle est en plus, doit donc renfermer en elle-même le pouvoir d'équilibrer l'action nerveuse désaccordée, de rétablir l'ordre physiologique l. L'induction que nous tirons paraît d'autant plus vraie que des faits fortuits, mais positifs de guérisons par causes morales, faits produits par de semblables révulsions de la force nerveuse dans des étals analogues au sommeil, sont déjà venus la confirmer.
De prime saut, on est porté à croire que la méthode suggestive, pour obtenir des guérisons, doit être surtout favorable contre les maladies venues par la pensée. Ce que la pensée a pu faire en mal elle parait nécessairement devoir le réparer; car ce qu'elle met en mouvement de force dans un sens, elle a la propriété de le mettre dans un autre. M. Durand (de Gros) 2, dans un ouvrage sérieux au fond mais trop obscur dans la forme, a déjà
1 D'après ce que nous venons de dire sur la fluctuation dj la force nerveuse par l'action suggestive de la pensée sur l'organisme nous nous demandons avec un grand doute, si dans l'économie animale, pour la production de tous autres phénomènes semblables, il est besoin de nerfs plus spéciaux que les nerfs sensilifs et moteurs ? Exisle-t-ii, par exemple, des nerfs d'arrêt et des nerfs vaso-dilateurs du cœur ; c'est-à-dire des nerfs spéciaux calmants et excitants de cet organe,, comme l'admet Brown-Sequard ? Et des nerfs semblables à ceux-ci se distribueraient-ils, ainsi que l'affirme Gaskd, dans tous les muscles viscéraux et les glandes, pour y produire aussi les effets de sédation et d'excitation que l'on désigne aujourd'hui sous les noms d'effets inhibitoires et dynamogéniques? La nature, si économe dans ses moyens d'action et si multiple dans ses manifestations, n'agirait-elle pas partout par elle-même dans l'organisme, de la même manière que nous venons de le démonlrer plus haut, et cela avec une intelligence analogue, en se servant seulement des nerfs sensitifs et moteurs quels fju'ils soient ?
2 Eleciro-dynamisme vital, Paris, J.-B. Baillière, 1R55.
émis cette opinion. Pour lui, le pouvoir destructif de la pensée agissant remémoriellement sur l'organisme, est exactement l'étendue de son pouvoir réparateur.
Eh bien! l'expérience nous a prouvé que certaines maladies, venues par la pensée, ne guérissent pas par l'action de ce même agent, avec autant de facilité que le raisonnement porte à le croire. Ainsi le plus grand nombre des formes de la folie, et principalement l'hypocondrie, résistent à l'influence par suggestion ; et l'obstacle à la guérison, que l'on rencontre, tient surtout à la difficulté qu'il y a de mettre ceux qui sont atteints de cette maladie, dans le sommeil artificiel ; leur esprit a comme perdu de son ressort, absorbés qu'ils sont, depuis longtemps, par des idées fixes morbides.
M. Durand (de Gros) va plus loin, il dit : « Dans l'impression mentale par remémoration, réside la puissance de produire tous les effets dynamiques morbides ou curatifs dus à n'importe quel spécifique connu ou à connaître .» Nous avons des raisons qui nous font présumer que le pouvoir de la pensée est supérieur même à l'action des remèdes les plus héroïques. Il n'y a pour son emploi qu'un inconvénient. C'est, qu'en pratique, la thérapeutique morale n'est efficace à un si haut degré que sur le plus petit nombre des sujets, ceux qui jouissent de la faculté de tomber dans le sommeil extatique d'un saint François d'Assise.
Mais, de même que les maladies produites par causes morales se déclarent avec plus de violence lorsque la pensée est accompagnée d'émotion ; de même encore que les guérisons naturelles, par les mêmes causes, surviennent avec plus de promptitude, lorsque l'élément émotif s'y joint il arrivera aussi, lorsqu'on appellera l'émotion au secours de la pensée pondant le sommeil, afin d'amener des guérisons, que le résultat favorable sera sûrement et plus
rapide et plus durable. Ce que des faits de maladies et de cures, ayant lieu par hasard dans des états analogues au sommeil, nous ont prouvé en faveur de l'influence psychique ; ce que l'expérience des phénomènes physiologiques de l'état de repos nous font entrevoir pour obtenir des guérisons, nous le démontrerons sans réplique, en tentant d'arriver à ce dernier but à l'aide des divers états de sommeil pour point d'appui ; de la suggestion comme levier et de Faction de la pensée comme puissance.