NÉPHRITES. — INCONVÉNIENTS DU LAIT
Les chimistes et les physiologistes s’occupant de la question à leur tour ne lardèrent pas à intervenir et à remettre le régime lacté à la place qui lui appartient sous le rapport de la valeur alimentaire : « Le régime lacté, tel qu’il est souvent trop radicalement appliqué, ne supporte pas l’analyse critique;... l’alimentation logique et bien équilibrée de l’adulte par le lait seul est impossible à atteindre » (A. Gautier).
C’est la connaissance de la composition chimique du lait et des besoins alimentaires de l’organisme qui donne la clef de ses inconvénients et permet d’établir sur des bases rationnelles son emploi en thérapeutique.
Une ration alimentaire doit comprendre les principes essentiels en proportions déterminées et comporter un total suffisant de calories. La ration calorique moyenne d’entretien est évaluée par A. Gautier à 2 700 calories pour un adulte de 65 kilogrammes; elle est représentée par 4 litres de lait.
Sous le rapport qualitatif, il faut à l’adulte :
Grammes.
Albumine 100
Hydrates de carbone 400
Graisses 60
Or, 4 litres de lait contenant 216 grammes d’albumine et 333 grammes d’hydrates de carbone, il faudrait donc 4', 750 de lait pour fournir les 400 grammes de principes ternaires; mais on aurait en même temps unequantité surabondante, inutilisable et même nuisible d’albumine, le tout sous un volume inacceptable en pratique.
En s’en tenant aux 3 litres de lait, quantité généralement tolérée par les malades, on se rend compte que celle alimentation, déjà insuffisante pour un sujet au repos, apparaît, en tant que ration de travail, comme un véritable régime d’inanition.
Cependant ces considérations ne diminuent pas les avantages exceptionnels que l’on peut obtenir du lait; elles en imposent seulement un emploi rationnel et réglementé.
L’alimentation lactée intégrale reste un régime d’e.xception transitoire, dont la durée devra toujours être l)oriiée au strict nécessaire.
Dans les cas, d’ailleurs assez rares, ([ui en nécessitent rcm|)loi prolongé, on peut en faire un régime d’cnti'otien en lui adjoignant les liijdrutes de carbone qui lui font défaut; on y ari-ive facilement, et sans compromettre les pro[)riétés tbérapeuti(iues du régime, en introduisant dans l’alimentation du sucre, des biscuits, du pain grillé.
Dans tous les cas, mais surtout quand on en prolonge l’emploi, cette alimentation exige des précautions diététiques minutieuses, qui seront exposées avec le mode d’administration.
Enfin, chez les sujets (|ui présentent des symptômes d’intolérance bien caractérisée, on ne devra pas hésiter à renoncer au régime lacté, qui devient alors beaucoup plus nuisible qu’utile.
Si impérieuses et absolues que fussent les habitudes thérapeutiques qui avaient fait passer à l’état de dogme l’administration du régime lacté aux albuminuriques, bien des auteurs s’étaient efforcés de subvenir aux besoins alimentaires de ces malades, en utilisant dans leur régime des aliments empruntés aux règnes végétal et animal; mais ils ne tardaient pas à voir survenir des accidents qu’on attribuait à la nature des albumines employées. C’est à la connaissance des effets de la rétention chlorurée qu’on doit l’introduction dans la thérapeutique des régimes de déchloruration, (jui permettent de supprimer aux brightiques l’élément nuisible de leur alimentation et de les nourrir ainsi que l’exige l’activité physique, dont la plupart sont encore capables.