I. — Régime lacté
1. liidicatiuiis du régime lacté. — 1° Régime lacté intégral. — On l’a longtemps considéré comme le régime de choix des malades atteints de néphi'ite, et l’on se résignait à regret à recourir aux régimes mixtes pour les malades qui se refusaient aie tolérer ou pour ceux dont on voyait les forces décliner rapidement à la suite d’une alimentation lactée prolongée.
La cliniqueet la chimie biologique s’accordent aujourd’hui à ne plus voir dans le régime lacté qu’un régime d’e.xception, dont les indications ont, en conséquence, besoin d’étre limitées.
La digestibilité du lait, son peu de toxicité, ses propriétés diurétiiiues en font le régime de choix de tous les états aigus', on l'emploie dans les albuminuries fébriles, ou mieux néphrites aiguës passagères des maladies infectieuses, au même titre que dans tous les états fébriles aigus, dans les néphrites aiguës proprement dites et dans les |)oussées aiguës au cours des néphrites chroniipies. 11 est entendu ([ue ce régime est maintenu, dans ces cas, tant (jne le tube digestif de ces malades, fébricitants et anorexiques, ne s’accommode i>as d’iiiK! alimentation plus substantielle; maison attendait
NÉPHRITES. — RÉGIME LACTÉ.
autrefois la disparition complète de l’albumine pour abandonner le régime lacté. On peut aujourd’hui diminuer beaucoup la durée de la diète lactée en mettant les malades au régime décliloruré dès que leur état généralle permet, surtout si le retour de l’appétit leur lait accepter une alimentation plus réconfortante. On aura encore recours, de préférence, au lait dans {'urémie commençante ou constituée, chez tous les malades dont la diurèse aune tendance à devenir insuftisante.
Le régime lacté a donc pour indications précises tous les accidents rénau.v aigus, toutes les poussées aiguës au cours des néphrites chroniques, toutes les périodes d’insuflisance fonctionnelle.
Mais, à côté de ces indications strictes, il est des cas où l’emploi du lait, pour ne pas s’imposer d’une façon aussi impérieuse, est cependant encore recommandable : il est d’une bonne précaution, lorsqu’on commence à traiter un albuminurique, de lui faire subir d’abord quelques jours de régime lacté. C’est seulement après l’avoir en partie désinto-xiqué, après avoir remonté sa diurèse, diminué le taux de l’albumine et mis son tube digestif au repos, qu’on doit rechercher le régime alimentaire dont il peut s’accommoder sans compromettre les heureux effets obtenus par la cure lactée, qui, employée de cette façon et à titre temporaire, donne des résultats remarquables.
11 semble également utile d’interrompre de temps à autre et de propos délibéré le régime alimentaire habituel d’un brightique pour le mettre à la diète lactée et au repos, pendant une huitaine de jours par exemi)le.
Le point délicat est de délermincr la durée des cures lactées et de savoir sur quelles bases on doit s’appuyer pour savoir à quel moment on en a obtenu tous les effets heureux qu’on en peut attendre.
11 est des cas où la question est tout naturellement résolue quand on voit survenir des signes d’intolérance ; les inconvénients du régime l’emportant alors sur ses avantages, le médecin a la main forcée et le changement s’inq)ose. ün ne devra môme pas attendre de voir s’aggraver les premiers troubles gastriques qui sont le pi'élude de .symptômes plus accusés, car les malades pourraient en garder du dégoût ou môme de l’intolérance gastrique, qui les priveraient d’une ressource si précieu.se aux périodes troublées de leur néphrite.
Dans les cas favorables, il faut donc savoir se borner et augmenter la ration alimentaiin dès que les malades, commençant à se lever, augmentent leurs dépenses et ont besoin de recettes i)lus grandes, sans attendis que la nutiàlion se trouble et que l’état général commence à décliner.
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Le mieux est de surveiller les ell'els du régime : on le conlinuera tant qu’il exei-cera une action favorable sur les signes fonctionnels, sur la diurèse, sur l’albuminurie; dès ([ue celle-ci cesse de diminuer et atteint un taux fixe, au-dessous duquel il est impossible de la faire descendre, l’action du lait est épuisée et, cessant d’être utile, il est bien près de devenir nuisible.
On peut alors, en manière de transition, faire passer les malades par une période de régime lacté mitigé.
2“ Régime lacté mitigé. — C’est un correctif du régime lacté : son but principal est de fournir une quantité d’albumine suffisante et de compléter la ration hydrocarbonée non pas en augmentant la quantité de lait, ce qui nécessiterait un excès d’albumine et un volume considérable de liquide, mais en ajoutant directement des aliments ternaires à la ration alimentaire lactée. Il n’y a en ell'et aucune raison pour rejeter systématiquement certains de ces aliments qui rétablissent heureusement l’équilibre chimique de l’alimentation lactée, sans avoir les effets parfois nuisibles d’une alimentation plus riche, de l’alimentation carnée en particulier.
On emploiera de préférence le régime mitigé quand l’état des malades semblera imposer une alimentation lactée prolongée, par conséquent Insuffisante. On l’emploiera encore chez les malades dont l’estomac n’est capable de tolérer qu’une dose limitée de lait, dose trop faible pour constituer une ration d’entretien ; un des principaux avantages de ce régime est en effet de permettre de réduire dans de grandes proportions la quantité de liquide à ingérer.
On l’utilise aussi parfois comme étape de transition entre le régime lacté intégral et les autres variétés du régime déchloruré.
Il semble même qu’on ])uisse l’employer avec d’autant moins de répugnance qu’on peut le considérer absolument comme un équivalent du régime lacté intégi'al, le sucre, le pain ou le biscuit ([u’il suffit d’adjoindre au lait pour compléter sa teneur en principes hydrocarbonés nécessaires ne modifiant en aucune façon les propriétés physiologiques essentielles du régime.
11. Pratique du régime lacté. — Régime lacté intégral. — 11 importe tout d’abord de fixer la dose de lait nécessaire théoriiiuement; on évalue en moyenne à 2 üOO calories le régime d’entretien d’un adulte du poids moyen de 05 kilogrammes; or, 4 litres de lait rei)résentent cette (|uantité nécessaire pour maintenir l’équilibre nutritif.
Si l’on renonce à considérer le régime laclé comme une alimentation durable, on pouria s’abstenir d’imposer une dose aussi élevée ([ue les malades acceptent souvent avec peine et (pii peut tiàtcr
NÉPHRITES. — RÉGIME LACTÉ.
l’apparition des accidents d’intolérance : 3 litres de lait, représentant environ 2 000 calories, feront une ration plus facilement acceptable et pratiquement suffisante, à titre temporaire, pour un sujet au repos.
Le mieux est de s’en rapporter aux capacités digestives du sujet; pour faciliter la tolérance et pour éviter les troubles de la dyspepsie lactée, cette alimentation doit être entourée de précautions minutieuses.
Prépar.xtiox du lait. — Le lait de vache est le seul employé dans la pratique, le lait de chèvre étant peu répandu dans les villes. 11 peut être pris cru ou bouilli. Cru, il est plus agréable et mieux accepté; on le considère aussi comme plus digestible; cependant, pour Gilbert et Chassevant, il séjournerait plus longtemps dans l’estomac que le lait bouilli. On ne l’emploiera de cette façon que s’il est de traite récente, s’il provient d’une vache rigoureusement saine et s’il est recueilli dans de bonnes conditions de traite et d’embouteillage. Toutes les fois qu’on ne peut être sûr de son origine, et surtout en été, il est plus prudent, pour écarter les risques de contamination, d’altération et pour assurer une conservation plus longue, de recourir à la chaleur. On peut le faire bouillir pendant un quart d’heure, ou le pasteuriser (chautfage à 70 ou 75“ et refroidissement brusque). Le chauffage au-dessus de 80“, s’il modifie sensiblement le lait, n’altère cependant pas trop profondément sa digestibilité ; aussi l’ébullition, malgré ses inconvénients, reste-t-elle le procédé le plus pratique et en tout cas le moins coûteux.
Le lait jieut de même être pris indifféremment froid ou tiède selon le goût des malades ; le lait froid est généralement mieux accepté, en particulier s’il y a excitation gastrique et tendance aux vomi.ssemcnts ; jiar contre, si l’on veut obtenir une digestion relativement rapide, on le fera prendre chaud.
■Ma.miîhe de l’admiiMstrek. — Le lait doit être considéré comme un aliment et non comme une boisson, et son ingestion est soumise à des règles précises.
Les jiriscs devront être divisées en un certain nombre de repas, à doses faibles et régulièrement espacées.
On a jiroposé de favoriser l’accoutumance en commençant par des quantités moindres (t',5 à 2 litres), (|u’on augmente progi-e.ssi veinent; cette précaution ne paraît jias indispensable.
Le nombre des repas jieut être (ixé à huit jiar vingt-(|uatre heures avec un repos de sept à huit heures pendant la nuit, ce (]ui repi'ésente une [iri.se toutes les deux heures. On peut augmenter la quantité à chaque prise et faire seulement sept repas toutes les deux heures
et demie. Les doses devront être réduites et les intervalles strictement respectés. Le lait. doit être bu lentement, « mangé » à petite gorgées, à la cuiller, de façon à prolonger le repas pour éviter qu’il ne forme dans l’estomac un bloc de caséine difficilement attaquable parles ferments digestifs et aussi pour lui faire subir l’action des ferments salivaires ; on a encore conseillé, afin de provoquer une action salivaire abondante, de faire sucer aux malades une brindille de réglisse .
Après chaque repas, les malades se rinceront soigneusement la bouche, afin d’éviter les fermentations et l’apparition du muguet. Pour prévenir la satiété, on peut couper le lait avec de l’eau de Seltz ou de Vichy, parfois avec du bouillon de légumes ou encore l’aromatiser avec du thé ou du café léger, de l’eau de fleurs d’oranger, en prenant soin que le coupage n’en augmente pas le volume de façon excessive. A. Piobin a minutieusement fixé les moyens à employer pour éviter les troubles gastriques et intestinaux qui aboutissent finalement aux accidents d’intolérance :
Une goutte de laudanum au début de chaque repas dans un peu d’eau ; additionner chaque prise d’une cuillerée à soupe d’eau de chaux qui combat les fermentations anormales. Si les digestions deviennent difficiles, on prescrira aux malades de rester étendus pendant une demi-heure après le repas, en plaçant au besoin des serviettes chaudes sur l’épigastre.
On peut encore essayer de prévenir la constipation, qui résulte de l’alimentation lactée lorsqu’elle est bien tolérée, par des coupages à l’aide de décoction d’orge ou d’avoine.
L’introduction dans la thérapeutique de ferments digestifs artificiels pourrait permettre d’aider à la digestion du lait; on peut essayer du ferment-lah, de la pepsine, de la pancréatine par exemple :
Pepsine lluidc, titre 100 10 grammes.
Glycéi'ine pure 80 —
Kau distillée de menthe Q S.p. loO.
Une cuillerée à soupe contient 1 gramme de pepsine.
La |)ancréatine se prescrit aux mêmes doses et de la même façon (pie la pe|)sine.
On ne doit pas oublier ([ue le régime lacté intégral, régime d’entretien, (comporte un repos (juasi absolu, au lit de pi'éférence, et <pie des fatigues [)bysi(|ues |)euvent suffir à |)i’ovoquer des phénomèims d’intolérance. Lnfin, s’il .se |)roduit des troubles digestifs : flatulences, douleurs intestinales, diari-bée, etc., on peut les soigner par les moyens ap|tro|iriés, mais il faut savoir (|iie le lait non .seulennmt ctî.sse alors d’êln; ni Me, mais devient nocif, car ses beureux