II. — Cathétérisme évacuateur
Indications. — Le sondage évacuateur est indiqué chaque fois qu’il existe une rétention d’urine, (lucllcs qu’en soient l’origine et la ([uantité.
Instriiincnts. — Suivant que le canal sera normal ou pathologique, on pourra cm()loyer les sondes suivantes :
Sonde en caoutchouc rouge, dite sonde de Nélatoii (lig. 38);
Sonde en gomme à bout olivaire (lig. 30);
Sonde béquille (fig. 40) ;
Sonde béquille bicoudée (fig. 41);
l'ig. 38. — Sonde en caoulchouc, deNélaton.
Bougies filiformes, droites, coudées, en baïonnette ou tortillées (fig. 42, 43, 44).
Les sondes sont graduées théoriquement de 1 à 30, chaque
l'ig. 39. — Sonde en gomme à bout olivaire.
numéro différant du précédent de 1 tiers de millimètre. En pratique, les numéros dont on a besoin commencent au n® 9 pour se termi-
Fig. iO. — Sonde béquille.
ner au no 23. En ayant de chaque sorte les numéros suivants 9, 12 15, 18, 21, on pourra parera toutes les éventualités du sondage.
Fig. 41. — Sonde béquille bicoudée.
Pour les sondes béquilles, il y a à se préoccuper non seulement de la grosseur, mais aussi de la coudure de l’e-xtrémité.
Les sondes métalliques et,enparticulier, les so7ides Fig. 42. - Dougie lilifoime droite. trousse sojit à laisser
absolument de côté; elles
sont danrjercuses même entre des mams expérimentées.
.Manuel opératoire. — 1® Urètre normal. — Toute sonde peut • trouve!' son emploi [tour le catbélérisme d'un urèlre normal; la .sonde en caoutchouc rouge se recommande pai- sa souplesse, qui la rend moins offensante jiour le canal ; elle es(, d'aulrc jiarl, d'une slérili.sation facile par Tébullilion.
La plus gl ande proprolé présidera à ce calbétérisrne (Voy. p. 301).
TECHNIQUE. — URÈTRE. — CATHÉTÉRISME. 313
La sonde enduite d’huile stérilisée est introduite dans le méat comme il a été dit pour la bougie exploratrice, et poussée progressivement pendant que de la main gauche
on tend la verge au maximum. Lg, seule précaution à prendre pendant cette introduction est de saisir la sonde pousser ; saisie à distance, elle s’infléchirait (fig. 45).
2° Urètre rétréci. —
Si les rétrécissements
sont peu serrés, toute espèce de sonde peut passer; mais, pour peu qu’ils soient assez accentués, il faut employer une sonde en gomme
Fig. .13. — Bougie coudée en baïonnette.
très près du méat, afin de pouvoir la
Fig. 44. — Bougie tortillée.
Cnlhélérisine avec In sonde molle (leNélalon. La sonde doit être prise Inès près du méat.
l'ig. 45. —
à bout olivaire,d(! calilire corresjiondant ou inférieur au numéro de la bougie exploratrice que l’on a pu faire passer.
La verge est tendue lortement pendant, que la main droite jiousse
la sonde. Le cathétérisme avec la sonde conique à bout olivaire doit
être fait très prudemment, car c’est une sonde qui, de par sa forme, peut être blessante ; si l’on éprouve de la résistance, il faut en employer une de calibre plus faible.
Si le rétrécissement est très serré, il faut employer les bougies filiformes. — On commencera par employer une bougie filiforme droite, qui, sous la simple poussée de la main droite, la verge étant bien tendue, traveiv sera le canal sans encombre. Mais il est possible que cette bougie soit arrêtée; on essaiera alors le cathétérisme en faisceau : une série de bougies filiformes droites seront introduites en même temps dans l’urètre et poussées jusqu’au contact du rétrécissement ; puis on poussera les unes après les autres chacune des bougies, dont l’une aura la chance de se trouver en face de l’orifice rétréci (lig. 4G) ; si l’on échoue ainsi, on tentera le cathétérisme au moyen d’une bougie en baïonnette, ou d’une bougie tortillée en spirale, qui, de par leur forme, pourront passer là où d’autres ont échoué (fig. 47). Un essaiera aussi du cathétérisme au moyen d’une filiforme introduite dans une sonde et sortant latéralement par fœil de celte sonde amenée au contact môme du rétrécissement. Si l’on ne possédait pas de bougie en baïonnette ou tortillée, on pourrait en fabriquer une e.Ntenqioranément en courbant une tiliforme droite, dont on maintiendrait la courbure en position par du collodion.
Il faut beaucoup de patience pour cathctériser un urètre rétréci, beaucoup de prudence et de douceur pour ne pas produire de fausse
TECHNIQUE. — URÈTRE. — CATHÉTÉRISME. 315
route; la bougie doit entrer sans qu’on soit en quelque sorte lorce de pousser; si elle éprouve une résistance, il ne faut pas insister.
Pour diminuer la congestion urétrale et favoriser le cathétérisme, on pourra injecter dans Purètre et y maintenir pendant cinq minutes 4 à 5 centimètres cubes de la solution suivante ;
Cblorbydrati' de cocaïne 1 gramme.
Solution d’adrénaline à 1 p. 100 XX gouttes.
Eau distillée stérilisée SO grammes.
ün essaiera, si c’est nécessaire, à plusieurs reprises, en laissantdes intervalles de six heures entre chaque essai et en faisant prendre
Fig. -IT. — Schéma monlranl comment une bougie coudée en baïonnette peut passer là où s’arrête une bougie droite.
des grands bains dans l’intervalle ; si le malade ne peut uriner, on lui ponctionnera la vessie; mais il n’y aurait pas grand inconvénient à laisser uriner par regorgement.
Lorsque l’on a réussi à franchir un tel rétrécissement, ou bien on pratiquera immédiatement l’urétrotomie interne, ou bien on laissera la bougie à demeure jiendanl quarante-huit heures; l’urine filtrera le long de la bougie ; au bout de ce temps, le passage est en général plus facile, le rétrécissement s’étant assoupli au contact de la filiforme, et l’on pourra quebiuefois passer alors une sonde.
Il est tout à fait exceptionnel (|ue l’on nepai-vienne pas à franchir un rétrécissement.
3“ Urètre déformé par une hypertrophie de la prostate. — Tout malade âgé en état de rélention n’est pas forcément un prostatiiiue, ou, s’il est pi'ostatique, il peut être aussi rétréci ; par conséquent, avant de faire choix d’une variété et d’un numéro de sonde, il faut explorer le canal suivant les règles.
Liant reconnu que l’urèlre n’est pas réiréci, on commencera par
essayer la sonde molle en caoutchouc rouge ; elle peut passer là même où la boule exploratrice a été arrêtée ; -il ne faut pas craindre d'insister avec elle, sa souplesse la rend inolTensivc.
Si cette sonde ne passe pas, il faut employer la sonde béquille, la sonde par excellence de l’hypertrophie de la prostate. Outre les qualités qu’elle doit au coude de son hec, qui lui permet de passer dans le canal prostatique coudé, elle a le grandavantage de pouvoir être maniée de loin ; celui qui s'en sert peutla prendre par son extrémité et l’introduire ainsi sans être obligé de mettre la main sur les portions de la sonde qui vont pénétrer dans la vessie; or ce contact
Kig. -18. — -Mandrins de Guyon, courbé et coudé.
des doigts est une cause d’infection, surtout lorsqu’elle est maniée par le malade.
On pourra encore essayer la sonde bicoudée, qui passera quelquefois là où la sonde béquille simple a échoué.
Pour l’introduction d’une béquille, il suffit de bien tendre la verge et de pousser la sonde en maintenant le bec de l’instrument en l’air ; la coudure de l’instrument doit regarder le nez du malade.
Kig. 19. — Sonde béquille, montée sur mandrin.
Un indice quelconque fait à l’extrémité antérieure de la sonde indique la situation de la coudure une fois que le bec de la sonde est dans le canal.
Si, enfin, le cathétérisme avec ces sondes échoue, on essaiera le calliétcrisme sur mandrin (lig. 50), f|ue l’on prati(]ue de la façon suivante : le malade est couché, le siège soulevé par un coussin, les jambes écartées ; l’opérattiur st* jilace à droile. Une sonde bé(|uille t'sl montée
TECHNIQUE. — URÈTRE. - CATHÉTÉ RlS.ME.
sur le mandrin droit ou courbe peut essayer l'autre), de telle
Fig. 50. — Cathétérisme sur mandrin.
Second temps : le bec de la sonde est conduit jusqu'à la région membraneuse, où il s’cngigc.
(si l’on ne réussit pas avec 1 un, on façon que l’extrémité du mandrin
l'’ig. 51. — Ciilh(Uénsnie sur mandrin. Troisième temps ; une fois In sondo engagée dans la région membraneuse, la sondo est poussée pendant que le mandrin est immobilisé ; on voit alors la courbure do la sonde s'accentuer.
n’arrive pas tout à fait au point où se coude la sonde. Une fois la j sonde bien assujettie sur le mandrin, on la manœuvre comme il
suit. Dans celle iniroducüon, on peut décrire trois temps : les deu.x premiers en tout semblables à ceux de l’introduction d’un instrument métallique, le troisième tout à fait particulier.
PuE.MiEK TE.MPS. — Introduction en transversale dans la verge, bien tendue, de la sonde dont la concavité regarde du côté de l'opéraleur. La sonde doit être ainsi poussée à fond jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée, en avant de la région membraneuse.
Deuxième te.mps. — La sonde est ramenée en verticale, c’est-àdire que lacourbure doit regarder en haut, en même temps que la verge toujours bien tendue revient sur la ligne médiane et est inclinée un peu sur l’abdomen; dans ce mouvement, le bec de la sonde pénètre dans la région membraneuse (üg. 31). On pourra aider à cette pénétration soit en déprimant les tissus en avant du pubis, soit en .soulevant l’instrument au périnée.
Troisiiaie temps. — C’est au moment où la sonde a pénétré dans la région membraneuse que la manœuvre du mandrin commence : aussitôt que la sonde est engagée, la main droite immobilise le mandrin, et la main gauche pousse le sonde, dont la courbure augmente à mesure qu’elle pénètre (fig. 51 >
Sila sonde n’éprouve aucune résistance, on continue à l'introduire; sinon il faut recommencer la manœuvre en retirant complètement sonde et mandrin.
Le cathétérisme d’un urètre prostatique est toujours possible pour une main un peu expérimentée; pour le médecin qui n’a pas toujours une grande habitude de ce cathétérisme, il faudra, s’il échoue, ne pas trop insister et faire la ponction hypogastrique, toujours moins dangereuse qu’un cathétérisme difficile jusqu’au moment où quel- (|u’un de compétent pourra pratiquer le sondage.
Conduite à tenir après le cathétérisme. — Une sonde ayant pénétré dans la vessie, la conduite ((ue l’on devra tenir variera avec la nature de la rétention. Le plus souvent, on évacuera l'urine complètement, et l’on retirera la sonde.
Chez les prostatiques en étal dedislension, l’évacuation est soumise à certaines règles que nous avons exposées à propos du traitement de l'hypertrophie de la prostate.
Enlin , dans certains cas, la sonde sera laissée à demeure (Voy. p. .320).