‹ Thérapeutique urinaireChapitre 20 sur 307 · I. — Traitement opothérapique · texte numérisé non relu

I. — Traitement opothérapique

Ce traitement remplirait en grande partie les indications de la thérapeutique des néphrites clironiques, s’il neutralisait elTectivement les poisons retenus dans l’organisme au cours des insuffisances rénales. *

Ce sont les travaux de Brown-Séquard, sur la sécrétion interne du rein, qui ont orienté les thérapeutes vers la recherche d’un traitement opothérapique. 11 était en effet séduisant de suppléer, chez les Brightiques en état d’urémie commençante, à l’insuffisance de la sécrétion des produits glandulaires rénaux. .Mais, s’il est vrai que la notion d’imperméabilité et de défaut de filtration n’e.xplique pas tous les accidents du brightisme, il semble aussi qu’il y ait une exagération à faire jouer, comme Léon Bernard, un rôle important dans l’urémie au défaut de sécrétion interne de la glande. En tout cas, l’expérience n’a pas jusqu’ici confirmé les espérances qu’on avait fondées sur le traitement opothérapique des néphrites.

L’extrait i-énal employé par Brown-Séquard et d’Arsonval, l’e.xtrait glycériné de rein préconisé par Dieulafoy sous le nom de néphrine n’ont pas été consacrés par l’usage. 11 existe actuellement un certain nombre de produits opothérapiques plus récents, dont la valeur exacte n’est pas encore nettement déterminée.

B. Dubois, puis Benaut (de Lyon) ont conseillé l’emploi de la»)accralion aqueuse de la pulpe de rein cru administrée par voie gastrique.

Le mode de préparation est le suivant :

I)é(;aj)sulcr, couper, laver à l’eau fraldie deux ou Irois reins de porc ; hacher et triturer dans un mortier; laisser macérer la bouillie ainsi obtenue pendant (juatre heures dans 450 grammes d’eau salée à T ji. lOÜÜ; conserver à la glacière ou au frais.

NÉPHRITES. — TRAITEMENT OPOTHÉRAPIQUE.

Le liquide obtenu par décantation contient la grande majorité des produits glandulaires vraiment utiles ; on l’administre dans un peu de laiton de bouillon en trois ou quatre fois ; on répète chaquejour cette médication, mais son emploi ne doit pas dépasser dix jours consécutifs, après lesquels on laisse un repos de quatre ou cinq jours [)our recommencer si les symptômes l’exigent.

Cette médication serait, pour Renaut, une des plus actives et des plus efficaces employées jusqu’à ce jour ; elle produit avec rapidité des effets diurétiques, elle ramène et maintient l’élimination rénale à la normale ; si on la prolonge suffisamment, elle réduit et peut même faire disparaître l’albuminurie pendant de longues périodes; elle fait rétrograder l’hypertension artérielle, le bruit de galop, la tendance du cœur à la dilatation passive et pourrait même favoriser dans une certaine mesure la restauration des épithéliums rénaux.

Cependant le silence qui s’est fait sur ce traitement ne semble pas prouver que les espérances qu’il avait fait naître se soient entièrement réalisées; on lui a même imputé un certain nombre de résultats défavorables, qui imposent l'obligation d’en surveiller l’emploi de très près.

Le Renaut avait signalé la possibilité de petits accidents toxiques : ])rurit, urticaire, miliaire, crises sudorales, embarras gastrique ; on a vu encore des phénomènes d'intoxication générale plus accusés, obligeant à suspendre le traitement, l’augmentation • de l’albuminurie et même des accidents urémiques mortels (Gilbert et Castaigneb

Castaigne et Rathery, qui voient dans ces accidents l’effet de substances toxiques et en particulier néphrotoxiques contenues dans la macération, ont cherché à l’en débarrasser par l’action de suc gastrique artificiel ; ils ont obtenu une pulpe rénale active el inoffensive qui leur aurait fourni des résultats encourageants.

Récemment (I) le P'' Renaut, afin d’éviter en partie ces inconvénients, et notamment le dégoût que provoque l’ingestion par la bouche de la macération rénale, en a proposé l’administration rectale au moyen de lavements, qui .sont parfaitement gardés à la condition ([u’on les porte haut. La préparation se fait de la même fa(;on, dans 000 grammes d’eau distillée, et on divise en lavements de 200 grammes le liquide passé sur un linge lin.

.1. l’eissier (de l^yon) a employé le sérum sanguin de la veine rénale, déjà préconisé par Vilzou et Turbure (de Rucarest), en injections sous-cutanées. Ce sérum agirait en augmentant la fonction des épithéliutns, en neutralisant dans la circulation les

(I) Sociiili'f (le l/iérapci(/ir/ui\ 0 déc. l!inS.

.Maladies urinaires.

poisons urémi([ues, en provoquant dans l’organisme des phénomènes défensifs. U aurait donné des résultats tout à fait remarquables; mais les observations ne sont pas encore assez noml)reuses pour bien juger de la valeur du procédé.

On peut encore citer les essais sérotbérapiques de Casper et Engel, basés sur un principe très différent. Ces auteurs, admettant que l’organisme réagit par la production d'anticorps contre l’action d’albumines to.xiques, ont cherché à obtenir des antitoxines en injectant au lapin du sérum de néphritique. Le sérum de l’animal immunisé aurait eu une action des plus favorables sur l’évolution d’un certain nombre de néphrites. 11 est encore impossible d’avoir une opinion sur cet essai original de sérolhénqne anlinéphr étique. Cependant un essai fait dans le service de l’un de nous à l’hôpital Necker n’a pas fourni de résultats bien encourageants.

On peut conclure que, si l’opothérapie rénale est appelée à rendre de grands services, on ne po.ssède pas encore actuellement de méthode dont l’eflicacité ait été suffisamment vérifiée pour entrer dans la pratique courante.

Page 1