‹ Thérapeutique urinaireChapitre 36 sur 307 · I. — Albuminuries secondaires · texte numérisé non relu

I. — Albuminuries secondaires

Elles succèdent aux diverses variétés de néphrites aiguës, mais présentent un caractère de bénignité (|ui, joint à l’absence de symptômes d’insuflisance rénale, les sépare, temporairement, des néj)hrites vraies, en évolution ; les dénominations d’albuminurie

84 ACllARÜ ET PAISSEAU. — THÉRAPEUTIQUE RÉNALE.

minima (Talamon), parcellaire (CulTer et Gaston), cicatricielle (Bard), rdsiduale (Teissier) tendent à caractériser plus ou moins heureusement celte distinction.

Glini([uement elles aiïectent des modalités diverses; mais on peut distinguer deux types d'albuminuries, les unes variables ou intermittentes, orthostatiques ou alimentaires, les autres fixes et continues. Sans vouloir établir une démarcation absolue entre ces types divers, on doit cependant reconnaître que le pronostic est plus favorable pour les albuminuries fixes, invariables, que pour les albuminuries intermittentes variables, qui, les albuminuries alimentaires surtout, évoluent plus facilement vers la néphrite.

D’ailleurs, si les malades de cette catégorie ne sont pas, à propi-ement parler, des néphritiques, s’ils ne présentent ni œdèmes, ni hypertension, ni symptômes de petite urémie, un examen approfondi du fonctionnement de leur rein montre toujours, à des degrés divers, un trouble des éliminations que révèle le dosage des chlorures et de l’urée ou l’élimination provoquée du bleu de méthylène, des chlorures, etc., ou la cryoscopie.

C’est cette notion essentielle du trouble de la perméabilité rénale qui domine le traitement de ces variétés d’albuminuries.

A l’égard de la thérapeutique, il y a lieu d’envisager la question sous un jour sensiblement ditférent selon les conditions dans lesquelles se présente le malade. Celui-ci peut être seulement au lendemain de sa poussée rénale initiale, il ne s’est pas ou s’est mal soigné. D’autres fois, l’albuminurie date de plusieurs mois ou de plusieurs années; aucun traitement n’a eu d’effet sur la lésion, qui d’ailleurs n’a entraîné, jusqu’alors, aucune conséquence fâcheuse.

1° Albuminuries récentes. — Dans le premier cas, on traitera le malade comme un néphri tique, par le lait, par le régime déchloruré, par le repos, par une hygiène sévère. Ces indications particulières du régime seront fournies par l’étude du fonctionnement rénal, par les modifications de l’état général qui se produiront sous l’influence du régime. Ce traitement sera intégralement poursuivi tant qu’une amélioration plus ou moins lente, mais progressive, en monti’era l'efficacité.

Pour hâter la guérison dans les cas lenaces, on imposera aux malades une cure d'altitude ou bien on les enverra dans une station hydrominérale; on doit également essayer de cette ressource dans les cas rebelles avant de renoncer à faire disparaître l’albuminurie. La cure d’altitude SC fera dans des stations d’altitude modérée (1000 à 1 200 mètres), tempérées et abritées. Les stations des vallées méridionales du Valais sont particulièrement recommandables.

ALBUMINURIES. — ALBUMINURIES SECONDAIRES.

Le Iraitemcnt thermal, interne et surtout externe, se l'ait liabituellemenl clans des stations d'eaux modérément ferrugineuses, arsenicales et diuréticjues, telles c}ue Saint-Nectaire. La condition pi'éalable et indispensable est que la néphrite soit complètement « refroidie ». On attendra donc un temps suffisant après la disparition des accidents aigus, lorsqu'on sera assuré qu’il n’existe plus de pi’oressus rénal en activité.

On peut espérer, par un traitement patient et prolongé, venirà bout d’albuminuries, même tenaces ; mais il faut savoir que les chances de succès tiennent en grande partie aux conditions étiologiques dans lesquelles est survenue l’albuminurie : tandis que les albuminuries de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, delà pneumonie, de l’érysipèle, de la variole, du rhumatisme, des oreillons, de la rougeole, sont généralement passagères et assez facilement curables, les albuminuries post-scarlatineuses sont des plus persistantes; celles des angines graves, de la grippe, du paludisme sont également tenaces et rebelles.

2° Albuminuries anciennes. — Le but c[ue vise le médecin, en présence d'une albuminurie ancienne irréductible, est tout autre ; il ne s’agit plus, en effet, dans ces cas, de s’obstiner dans la recherche d'une guérison impossible, mais seulementde maintenir l’élatprésent, compatible d’ailleurs avec une existence à peu près normale, d’empècher la lésion rénale de s’aggraver, l’albuminurie de se transformer en néphrite au sens clinique du mot.

Certaines particulai-ités de l'albuminurie nécessitent des mesures spéciales, mais les indications généralcsdu traitement sont à peu de cho.se près les mômes dans tous les cas.

Pour restreindre dans la mesure du possible les auto-intoxications, on s'efforcera de régulariser les fonctions digestives, en combattant les troubles gastri(jues et la conslipation.

Les malades doivent éviter le surmenage physique et intellectuel. L’exercice modéré est d'une bonne hygiène, également éloignée des excès de fatigue et des cures exagérées de repos absolu que l'on imposait aux orlbostatiques, pendant des mois, et sans grande efticacité d’ailleurs.

L(!S conditions du régime alimentaire devront se garder aussi d’une négligence ou d’une sévérité également pi'éjudiciables àces malades: on sait les fâcheux effets d’une diète lactée prolongée ([ui aggravi* rapidement l’adynamie et la dénutrition. L’alimentation doit être seulement peu toxique, telle que la réalise un régime mixte, composé surtout de légumes, de viandes légères, d’œufs, de féculents, cl. excluant la charciitei’ie, le gilner, les épices, hîs fromages fermen-

lés; le vin pui’, les liqueurs sonl à rejeter, mais on peut permetlre les vins légers largement coupés d’eau.

On pourra même conseiller une alimentation plus recomtiluanle , carnée, prescrire l’usage de la viande crue pulpée chez les albuminuriques pâles, amaigris et alFaiblis.

Par contre, le régime alimentaire sera plus sévère, pre.sque e.\clusiveinent végétarien, si l’albumine urinaire est nettement influencée par l’alimentation. On devra surveiller alors la chloruration des aliments.

Les malades qui consentent à s’assujettir à une vie sobre, réglée, peu fatigante, sans e.xcès, à éviter les refroidissements peuvent, grâce à cette hygiène rigoureuse, à laquelle on peut ajouter les soins hygiéniques de la peau et l’hydrothérapie, compter sur une conservation pour ainsi dire indéfinie du fonctionnement de leur filtre rénal.

Page 1