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II. — Albuminuries dites fonctionnelles

Malgré une étude minutieuse des particularités cliniques qui distinguent ces aihuminuries dites fonctionnelles, les discussions pathogéniques, dont n’est d’ailleurs encore ressortie aucune conclusion certaine, n’ont guère contribué à éclaircir ce chapitre si complexe de la pathogénie rénale. Cependant nous possédons actuellement une notion, essentielle en ce qui concerne la thérapeuli(|ue, et dont G. Lyon a bien montré l’importance à cet égard, c’est celle du terrain et des circonstances étiologiques communes à la plupart de ces variétés si nombreuses d’albuminuries. Si bien que le traitement de l’état général domine la thérapeutique des albuminuries fonctionnelles. 11 serait, par contre, exagéré de ne tenir aucun comjjte des particularités pathogéniques de ces albuminuries: une albuijiinurie gastro-intestinale et une albuminurie orthostatique comportent assurément des indications particulières; nous envisagerons donc successivement le traitement de l’état général et les traitements des diverses variétés pathogéniques de ces albuminuries.

Imlicalioius g;éiiérales du Iraiteinenl. — Parmi les variétés étiologiques et cliniques fort nombreuses en lesquelles ont été divisées et subdivi.sées les albuminuries fonctionnelles, on |)cut isoler un certain nombre de caractères généraux que l’on retrouve dans la jdupart de ces types morbides : ces albuminuries sont le [dus .souvent l’a[)anage des jeunes sujets et surviennent au cours de la seconde enfance et de l’adolescence [albuminuries de croissance); elles sonl très souvent intermittentes; elles sonl enlin susceplibles de disparaître soit sous l’iniluence du traitement, soit

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s|)ünlaiiémcnt, lor.squc l’adolescent devienl un adulte, ce qui leur a valu la dénomination iV albuminuries curables (G. Lyon).

En ce qui concerne les conditions générales dans lesquelles survi('iinent ces albuminuries, on peut discerner, au milieu de la com- ]de.\ité habituelle des causes, deu.x influences dominantes. L’une est celle de la débilité rénale (Castaigne), parfois acquise, lorsqu’on retrouve dans les antécédents des sujets une affection aiguë susceptible d’avoir retenti sur le rein, plus souvent encore transmise par l’hérédité, qu’il s’agisse soit d'une tare héi'éditaire rénale, soit d’une tare générale, diathésique, ce qui ramène à la seconde de ces influences, celle de l’état constitutionnel.

Les malades présentent très fréquemment, en effet, un ensemble de pertui'bations nutritives, de modifications humorales qui caractéi isent les états diathésiques et ont pu créer la lésion rénale ou le trouble fonctionnel qui entretient l’albuminurie.

Sous ce rapport, on peut, sans trop généraliser, faire rentrer la plupart de ces albuminuriques dans deux catégories principales.

Les uns sont des sujets d’aspect souvent florissant, gras, parfois même obèses; mais on relève dans leurs antécédents héréditaires ou personnels les attributs de la diathèse neuro-arthritique; ce sont ou ce seront, en même temps que des albuminuriques, des migraineux, des asthmatiques, des candidats à la gravelle ou à la goutte, d’où le nom d'albuminuries prcgoutleuses sous lequel on <Iésigne encore les albuminuries dont le type clinique habituel est V albuminurie cyclique ou maladie de Pavy-Teissier.

D’aulres fois, il s’agit d’enfants malingres, mai.gres et chétifs, à la peau blafai'de et terreuse, souvent anémiques, qui présentent des signes manifestes d’insuffisance circulatoire : hypotension, extrémités froides, troubles vaso moleui’s. Ces albuminuries, souvent orihostatiques, parfois continues, sont celles des anémiques, des fillettes scolioliques au moment de la puberté (Hutinel), ou ['albuminurie prétuberculeuse de Teissiei', phosphaturique de Robin.

On conçoit (|u’à ces deux catégories de malades si dissemblables corresimnde un traitement général très différent.

Aux premiers, aux neuro-arthritiques, on conseillera surtout les prati([ue.s hygiéniipjes, l’exercice, de préférence au grand aii-, la marche sans fatigue, des mouvements de gymnastique rationnelle, les .soins de la peau, l’hydi'othérapie. L’alimentation sera modérée, et on en proscrira Ions les aliments (pii jieuvent être la source d’éliminations toxiipies ; elle sera essentiellement laclo-céqclurienne pai- consé(|uent : féculents, légumes, œufs, lait, fruits; seules seront permi.ses les viandes légères et en quantité restreinte. G. Lyon

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conseille parliculiècemenl l’usage des lavements de sérum |)hysiologique, de 200 à 300 centimètres cubes, répétés trois fois par,semaine. Les eaux hydrominérales donnent souventdes résultats remarquables dans les cas de ce genre ; il en est ainsi du traitement interne et externe de Saint-Neclaire ; les arthritiques relèvent d’Évian, Vittel, Lonirexé ville, etc. ; les malades surtout nerveux de Néris, Plombières; les obèses précoces de Brides, Miers, Marienbad.

Les albuminuriques malingres, chélifs, pâles et débiles sont jusliciables d'un ti-aitement général tout différent; ce sont des sujets dont il faut, au contraire, stimuler la nutrition languissante.

A ces malades on évitera soigneusement toute fatigue, intellectuelle et physique; on les traitera par le repos, mais le repos au grand air, si possible dans les stations d'altitude modérée; on les fera dormir les fenêtres ouvertes et éviter les séjours prolongés dans les locaux où Pair est confiné. Le régime alimentaire s'inspirera des mêmes considérations; c’est surtout chez ces sujets que le régime lacté peut entraîner des conséquences désastreuses non seulement en ce qui concerne l'état général, qui peut péricliter rapidement, mais aussi vis-à-vis de la lésion rénale, car il peut provoquer une augmentation parfois considérable de l’albuminurie.

Tout au contraire, l’alimentation, sans cesser d'être hygiénique, doit être reconstituante dans la mesure du possible. Un conseillera aux malades un régime raisonnablement carné, l’usage de la viande crue pulpée; on les nourrira même, dans certains cas, comme des sujets menacés de tuberculose.

11 en est de même pour le traitement médicamenteux : l’huile de foie de morue, en raison des troubles digestifs qu’elle peut provoquer, sera remplacée avantageusement par le sirop iodo-tannique ; l’arsenic peut rendre des services, mais son emploi n’est pas sans inconvénients pour les malades porteurs d’une alîection rénale; aussi rejette-t-on habituellement le cacodylate de soude. On peut cependant combiner ce traitement de la façon suivante :

.Sirop iodotannique.

I à 2 cuillerées à soupe par jour pendanl trois semaines.

Arsénialc de soude Cm.tO

Kau 300 grammes.

\ cuillerée à café au moment de chacun des deux princiiiaux repas jiendant une semaine,

l.,es iraitements thermaux, dont l'efficacité peut être grande, varient avec les indications particulières tirées de l’état général : les stations arsenicales de La nourboule et lloyat conviennent aux lym-

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plialiques déprimés ; les hypotendus, aplasiques artériels, hénificieront des bains carbo-gazeux de Bourbon-Lancy, de Royat.

Indications particulières du traitement. — Il suffit, dans nombre de cas, de remplir les indications fournies par l’état général. Mais, parmi les diverses albuminuries fonctionnelles, il en est un certain nombre dont l'apparition est liée à une cause provocatrice souvent bien déterminée. 11 faut compléter le Irailement de l’élal général par une thérapeutique visant particulièrement cette cause.

Les albuminuries digestives sont surtout à considérer à cet égard. Ces malades, chez lesquels l’albuminurie est nettement conditionnée par l’alimentation et survient ou augmente à la suite des périodes digestives, sont habituellement des constipés, des dyspeptiques à estomac clapotant. Lorsque les troubles intestinaux prédominent, on s’efforcera de régulai’iser les fonctions digestives, de combattre la constipation. Le régime, classique maintenant, des féculents et pâtes alimentaires, avec suppression du lait et des œufs, peut donner les meilleurs résultats; on lui adjoindra la solution de Bourget :

Sulfate de soude 10 grammes.

Phosphate de soude 4 —

Bicarbonate de soude 3 —

Eau 1 litre.

Un verre à bordeaux au début des deux principaux repas pendant une semaine sur deux.

De temps à autre, on pourra administrer des laxatifs ; la magnésie ou de préférence l’huile de ricin à la dose d’une cuillerée à café. On pratiquera, mais sans e.xcès, de grands lavages intestinaux. S’il y a de l’atonie intestinale, on pourra essayer du massage abdominal.

Si les malades sont surtout des dyspeptiques gastriques, on surveillera particulièrement l’hygiène alimentaire : alimentation peu carnée, peu toxique, non irritante; insister sur la nécessité de manger lentement et de mâcher longuement; infusions chaudes à la fin des repas; faire étendre les malades une demi-heure pendant la période de digestion. S’il y a des fermentations gastriques, on prescrira la limonade chlorhydrique:

Acide cldorliydric[ue officinal . . -i gramme

Sirop de limons 30 grammes.

Eau distillée 20ü

Une cuillerée à soupe k la fin des repas (une cuillerée à café pour les enfants).

tj adjonction de fennents digestils au régime lacto-végétai'ien qui convient surtout à ces sujets (ferment-lah, suc gaslriqrrc nalui’el.

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pancréatine ou trypsine) peut avoir d’iieureux effets sur les albuminuries (l’origine gasti ique.

En fait de traitement hydrominéral, les constipés relèvent de (Ïhàtel-Guyon, les dyspeptiques de V'ichy ou de Pougues.

On traitera de môme le foie dans les albuminuries d’origine hépatique, ces malades étant habituellement des cholémiques.

L’albuminurie orthostatique comporte des indications moins précises : on a bien essayé d’imposer à ces malades un repos prolongé, mais l’albuminurie reparaît dès que les malades se lèvent; on se contentera de leur épargner toute fatigue excessive; il en est de môme pour les albuminuries physiologiques de senator, qui sont le plus souvent des albuminuries de surmenage ou de fatigue.

L’échec du traitement et la persistance de l'albuminurie ne’devront ’ainais faire abandonner l’ensemble de ces précautions hygiéniriues et diététiques, même si l’amélioration ne paraît pas très appréciable, car elles ne se bornent pas à sauvegarder le rein débile, à empêcher l’albuminurie de se transformer en néphrite (au sens clinique), mais elles contribuent grandement à favoriser la disparition de celle albuminurie au moment où le malade devient un adulte.

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