URÉMIE. — INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
le régime lacté absolu, en employant le lait écrémé pour éviter les fermentations graisseuses. On peut même penser qu il y aui'ait intérêt à supprimer jusqu'aux dérivés de l’alimentation lactée, et c’est à cet ell'et que Kénon a proposé la diète hydrique prolongée pendant trois ou quatre jours. Cette manière de faire est parfois utile, surtout dans le cas d’urémie digestive; mais peut-être ne faut-il pas s’exagérer son efficacité : nous avons montré, en effet, (|u'en l’absence de tout travail nutritif les éliminations chlorurées tendaient également à se restreindre; ce qui est vrai pour les chlorures le peutêtre vraisemblablement pour les autres substances, et on peut se demander si la diète hydrique n’est pas un procédé plus radical en apparence qu’en réalité.
Quoi qu’il en soit, l’intoxication est trop profonde chez l’urémique pour que les moyens purement passifs puissent suffire, et il est nécessaire de provoquer d’une façon plus active l’élimination des poisons.
11. Élimination des poisons. — • On s’efforce de provoquer cette élimination en stimulant les organes de dépuration essentiels et secondaires ; mais, comme il est le plus souvent nécessaire d’obtenir des effets immédiats et sûrs, il est classique de pratiquer au préalable des évacuations directes sous forme de saignée et de ponction des épanchements liquides, s’il y a lieu.
La saignée est le grand remède de l’urémie et, dans bien des cas, la suprême ressource ; elle doit être pratiquée sans hésiter ; elle doit être précoce et copieuse, elle est le plus souvent le moyen le plus efficace et même le seul efficace. Il importe cependant de préciser ses indications.
A vrai dire, elle doit, en principe, être toujours pratiquée chez tout urémique; plus ou moins utile et efficace selon les cas, elle ne reconnaît qu’une seule contre-indication formelle, qui est l’anémie. Pour Castaigne, on ne doit pas saigner lorsque le chiffre des hématies est tombé au-dessous de deux millions par millimètre euhe et la richesse globulaire au-dessous de 6 p. 100. En pratique, il arrive souvent ([ue le médecin ne soit pas en situation de faire l’e.xamen du sang dans les délais voulus. On peut alors poser en règle générale qu’il y a plus d’inconvénients à temporiser qu’à saigner un ui'émique.
L’hypotension a été considérée comme une autre contre-indication : en réalité, on admet généralement qu’il est préférable de saigner encore dans ces cas, (|uitte à administrer aussitôt de la digitale, ( ornme Lecorche et lalamon, ou a pratiquer une injection saline.
Bai tels. Cadet de Gassicourt en avaient rejeté l’emploi chez l’en-
D'i ACllARD ET PAISSEAU. — THÉRAPEUTIQUE RÉNALE.
fant. Peter, .1. Jtenault la conseillèrent formellement, et elle n’est plus aujourd’hui discutée.
En tout cas, si la saignée est toujours indiquée, elle l’est formellement lorsqu’il y a coma, convulsions, hypertension.
La saignée générale est un moyen de désintoxication dont l’utilité est révélée par les améliorations inespérées qu’elle provoque parfois, chez des malades dont l’état paraissait désespéré. Outre son action sur l’équilibre circulatoire, elle permet d’obtenir une soustraction toxique des plus importantes : 32 grammes de sang contiennent 08'’, 50 d’extractifs, ce qui correspond à 280 grammes de liquide diarrhéique et à dOO litres de sueur.
Pour queses effets soientvraiment utiles, on doit la faire copieuse et retirer au moins de 300 à 500 grammes de sang, selon l’état général du malade. Elle peut être répétée un certain nombre de fois à un ou plusieurs jours d’intervalle ; dans les cas où il peut paraître nécessaire de pratiquer plusieurs émissions sanguines, il sera souvent préférable de recourir alternativement à la saignée générale et à la saignée locale avec des ventouses scarifiées au triangle de J.-L. Petit. Celle-ci agit plus directement sur la circulation rénale et comporte une spoliation sanguine bien moins importante.
Pour compenser la perte sanguine dont quelques auteurs n’étaient pas sans craindre les inconvénients chez des malades souvent très débilités, certains thérapeutes avaient eu l’idée de pratiquer la transfusion du sang. De ces tentatives rapidement abandonnées est née la méthode des lavages du sang ou de la saignée-transfusion avec des solutions salines physiologiques.
Sailli (de Berne), un des promoteurs de cette méthode, ne craignait pas de faire des injections intraveineuses de 1 litre de sérum artificiel, qu’il répétait jusqu’à quatre fois.
Ces procédés, si dangereux pour des malades de ce genre, hypertendus ou hypotendus, n’ont plus besoin d’être déconseillés; par contre, les injections sous-cutanées, dont les effets favorables ont été étudiés par Lejars, ont été et .sont encore couramment usitées, à la suite de la saignée ou même indépendamment de celle-ci.
Les injections de sérum artificiel ont pour but de provoquer un lavage destissusetde stimuler la diurèse, en forçant le barrage rénal.
Cette pratique, qui a rendu des services entre les mains de certains médecins, a besoin d’êlre minutieusement précisée dans scs indications; souvent inefficace, elle peut être dangereuse si elle n’est pas ap|)li(juée avec une grande prudence. Nous avons rapporté, ainsi que Bergé, des exemples des accidents (|ue |)eut déterminer l'injeclion de (luantités trop considérables de solutions salines.