‹ Thérése DesqueyrouxChapitre 4 sur 13 · Voir infra, p · texte numérisé non relu

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14 Préface

Le lecteur du roman qui suit la démarche de Thérése ne peut qu’étre frappé de |’ insistance sur ce qu’on nommera le préalable Anne de la Trave. D’emblée on lit, par exemple : « C’était d’elle qu’il faudrait d’abord entretenir Bernard’. » Aux étapes capitales de la confession c’est presque toujours son nom qui revient, usurpant la place du mari. Le manuscrit soulignait ce que cette amitié, d’ ailleurs platonique, pouvait comporter de turbulences souterraines. A son corps défendant Anne jouait pour son amie un rdéle de révélateur. Devant ce miroir trop pur Thérése sentait en elle-méme un « fourmillement de bétes inconnues” ». La version définitive modifie l’image d’ Anne en accusant le contraste avec Thérése, en le subordonnant aux nécessités de I’ intrigue. Les deux amies ne sont jamais, |’adolescence passée, dans le méme camp: lorsque l’une se révolte, autre sert l’ordre établi. Dans le destin de Thérése, en outre, Anne devient ce que Mauriac appelle « la pierre de touche? ». Ajoutons : du malheur. Devant le plaisir que la jeune fille pressent a |’ approche de Jean, la femme de Bernard éprouve une jalousie doublement mortelle ; le rituel de l’épingle préfigure maladroitement la liqueur de Fowler. A peine a-t-elle lu les lettres frémissantes d’ Anne de la Trave que, dans son lit d’hétel, Thérése Desqueyroux écarte d’elle le corps endormi de Bernard. Et par le passage immédiat du verbe au sens figuré — cas de syllepse, en bonne rhétorique — le dessein criminel s’enracine en son coeur : « Ah! |’écarter une fois pour toutes et a jamais! le précipiter hors du lit, dans les ténébres*.

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