M DE MONT AL
oiivrtypr sons 1rs Iraifs d'une charmante femme, fille ou veuve (peu lui importait) , voulut tenter à son tour (le triompher de l'opiniâtre vertu de mademoiselle Julie : il se fit présenter chez elle.
Parmi les hommes qui avaient fait la cour à la hellc comédienne, les uns, comptant sur leur séduction personnelle, n'avaient voulu voir dans cette liaison qu'une relation de plaisir, et s'étaient montrés peu soucieux de se mêler aux intrigues de coulisses de mademoiselle Julie; d'autres, offrant des avantages solides , avaient exigé d'abord l'anéantissement d'une espèce de tante nommé madame Sauvageot, intolérable créature , dont l'influence sur mademoiselle Julie était extrême.
La conduite de M. de Montai fut tout autre et d'une prodigieuse habileté. Instruit par la découvenue de ses rivaux , il s'appliqua d'abord à captiver la tante Sauvageot. Aucune prévenance, aucun soin ne lui coûta pour conquérir celte horrible vieille ; il se fit sérieusement de la famille , prit un ardent intérêt aux rivalités de théâtre, aux jalousies d'emploi ({(réveillait nécessairement le talent de mademoiselh» Julie.
Soutien, preneur, séide déclaré de la jeune femme, M. de Montai ne recula pas devant les démarches les plus désagréables ; il trouva mille ressources dans son esprit souple et insinuant, capta la bienveillance de quelques journalistes de renom, les engagea très-adroitement dans une guerre acharnée contre les rivales de mademoiselle Julie, pénétra le
82 THERESE Dl'XOVER.
fond de toufes les intrigues, déjoua tous les complots de coulisses tramés contre elle. Infatigable , incessant, cordial et perfide, flatteur et impertinent, se souvenant et oubliant , selon l'occurrence qu'il était liomme du monde et gentilhomme, il finit par obtenir une action très-puissante sur l'entourage de mademoiselle Julie, devint son conseil et l'effroi de ses rivales.
Le mari le plus passionné pour le lucre et pour l'illustration que le talent dramatique de sa femme apporte à la communauté conjugale n'aurait pas montré un aspect plus humble, un fanatisme plus jaloux, que n'en montrait M. de Montai pour le talent et pour la personne de mademoiselle Julie.
Tant de soins , tant de dévouement , tant d'abnégation , eurent une douce recompense : M. de ^lon- (al, estimé de la tante Sauvageot, fut aimé de mademoiselle Julie.
Oui , madame Sauvageot ne put résister aux habiles séductions de M. de Montai. Il lui donna des preuves d'une vénération à la fois si tendre et si filiale , que la tante l'appela dès lors tantôt son enfant, tantôt son petit notaire, délicate et touchante allusion à la manière entendue avec laquelle M. de Montai débattait les intérêts matériels de mademoiselle Julie.
Ce succès, dont on ne voyait que la brillante surface, et dont ou ignorait les honteux ressorts, ce s'.iccès, en plaçant très-haut M. de Alontal dans la hiérarchie des gens à la mode, en étendant sa repu-